‹ Traité de nosographie médicale (volume 2)Chapitre 33 sur 125 · L.XXXIX · texte numérisé non relu

L.XXXIX

cela nous répondrons que lu nature d’une maladie ne peut être connue que par ses symptômes , ses caractères anatomiques et la cause productrice de cette maladie, et que par conséquent nous ne nous écartons point du principe que nous avons posé plus haut. Le nom d’inflammation lui- même vient du principal symptôme de la maladie qu’il représente, maladie dont la nature intime ne nous est point encore exactement connue (i).

» VI. Le premier principe qui doit servir de base à un système vraiment philosophique ou rationnel de nomenclature médicale, c’est donc de dénommer les maladies d’après leur nature connue ou présumée. Et comme la modification anatomique ou physiologique en laquelle consiste cette nature est le plus souvent de l’ordre des actions qui sont du ressort des sciences physiques ou chimiques, il s’ensuit que c’est réellement la langue de ces sciences qu’il faut alors transporter dans la médecine. Aussi, dans tous les temps, plusieurs maladies ont-elles reçu des noms purement chimiques, physiques, mécaniques^). En se servant de ce langage, les nomenclateurs n’ont fait qu’obéir aux lois de cette analogie qui, selon Condillac , serait l’unique principe que l’on doive invoquer dans lu création d’une saine nomenclature.

» Conformément au principe ci-dessus posé, il faut créer

(1) Lorsque nous n’avons pas encore déterminé la nature intime d’un acte ou d’un phénomène quelconque, nous comparons cet acte, ce phénomène, à quelque autre acte, à quelque autre pbe'nomène que nous connaissons mieux et avec lequel il offre une ressemblance plus ou moins complète. Cela fait, nous donnons au premier la même de'nomination qu’au second, et nous considérons alors cette dénomination comme étant fondée sur la nature même du phénomène ou de l’acte auquel elle a été appliquée. Le sens de la dénomination, ainsi déterminé, ne saurait induire en erreur.

(2) Les mots inflammation , putridité , etc., sont des exemples des dénominations chimiques ou physico-chimiques ; les mots anévrisme , phlébeelasie, cardiectasic, etc., sont des exemples de dénominations mécaniques.

XC PROLÉGOMÈNES

autant de noms essentiellement différents qu’il y a de

maladies de nature essentiellement différente.

» Quand les maladies sont complexes, leur nom doit l’être également. Par conséquent, ce serait commettre une grave erreur que de désigner une foule de maladies dans lesquelles existe un élément inflammatoire, combiné avec d’autres éléments morbides, par un nom qui rappellerait uniquement l'idée d'inflammation : telles sont, entre autres, celles connues sous le nom de peste, de fièvre jaune, de syphilis, de variole, de rougeole, de scarlatine, etc. Il est évident que ces maladies ayant quelque chose de spécifique , surajouté à l’élément inflammatoire , ce serait un contre-sens de nomenclature que de leur donner le même nom qu’aux inflammations pures et simples. Désigner aussi les différents typhus sous le simple nom de gastro-entérite , ce serait évidemment violer les principes de toute saine nomenclature.

» VII. Indiquons rapidement quelques autres principes subordonnés en quelque sorte au précédent.

» i° Il convient de donner aux diverses maladies des noms d’autant plus analogues que les maladies ont entre elles plus de ressemblance.

» 2° Une maladie de même nature pouvant affecter des organes différents, il faut que son nom, variable en raison de la diversité des organes, ait aussi quelque chose d’invariable comme sa nature, afin que ce nom représente bien à la fois et le siège et la nature du mal : c’est conformément à ce principe qu’ont, été créés les mots gastrite , entérite , encéphalite, phlébite, etc. En effet, grâce à leur désinence commune, ces mots indiquent tous une inflammation, tandis que la différence du siège de cette inflammation est représentée par celle du radical de ces divers mots.

» 3°Le solidisme ayant régné presque seid en médecine pendant la dernière période de cette science, il est urgent, aujourd’hui que l’humorisme a reconquis ses légitimes

NOMENCLATUKE.

droits , d’introduire dans la nomenclature pathologique des mots spécialement consacrés à la désignation des maladies des liquides, et mieux choisis que ceux proposés par les anciens humoristes.

» 4° Quant aux maladies compliquées, leur dénomination devrait , comme nous l’avons dit, indiquer les divers éléments morbides qui les constituent. Pour éviter la longueur des mots qui résulteraient, dans certains cas, de l’application de ce principe, les nomenclateurs pourront, sans doute, imaginer différents artifices. Toutefois, la nomenclature des diverses combinaisons morbides est, à notre avis, l’un des sujets les plus difficiles sur lesquels puisse s’exercer 1 intelligence humaine. Elle prépare de véritables tortures à quiconque voudra s’en occuper sérieusement.

» 5° Il ne faut pasintroduire ou conserver dans la langue de la médecine plusieurs mots qui aient une seule et même signification, et c’est avec le même soin qu’il faut en retrancher les mots à double sens ou à sens mal déterminé, qui ne s’y rencontrent encore qu’en trop grand nombre, et qui sont si propres a perpétuer les disputes (i).

» 6° Pour apporter dans la nomenclature médicale toutes les améliorations dont les révolutions que la médecine a subies récemment la rendent susceptible, il serait, selon nous, indispensable que ce sujet fût confié à une réunion de médecins les plus distingués sous le rapport de leur capacité, et dégagés de tout esprit de secte ou de système. »

B. Ce que je proposais de confier à une société de médecins, M. le professeur Piorry vient de l’exécuter à lui

(i) Parmi les noms vicieux de maladies dont il importerait de purger eu quelque sorte le vocabulaire de la médecine, on doit signaler ceux de cancer , de lupus , d’élèphantiasis , de mal de Sium, de fièvre des Antilles , de noli me langere , de trousse-galant , etc. On peut en dire autant des dénominations dans lesquelles on fait entrer, comme clément essentiel , le nom d’un auteur. Exemple : maladie de Polt, maladie de Drighl , maladie de Corrigan , etc.

PROLÉGOMÈNES

soûl. C’était le moyen le plus expéditif; car, on le sait assez, une société procède , en général, avec bien plus de lenteur qu’un seul homme possédant toutes les connaissances nécessaires à l’accomplissement d’un travail donné.

Je ne puis que féliciter M. Piorry de la persévérance avec laquelle il a poursuivi la tâche difficile qu’il s'était imposée. On trouvera dans cette Nosographie un certain nombre de dénominations conformes aux principes de nomenclature indiqués plus haut. Nous serons heureux d’adopter quelques unes des dénominations nouvelles proposées par M. Piorry, dont la vaste réforme embrasse d’ailleurs jusqu’au nom même de la médecine.

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