‹ Traité de nosographie médicale (volume 2)Chapitre 60 sur 125 · II. C’e st un phénomène bien remarquable, et qui par sa · texte numérisé non relu

II. C’e st un phénomène bien remarquable, et qui par sa

(i) Le mot typhoïde s’applique spécialement, je le sais, à un état général; mais il est certain qu’au fond cet état ge'néral n’est qu’un diminutif de l’e'tat local connu sous le nom de putridité', gangrène etc.

D1VK1ISES ESPÈCES u’lINFLAMMATÎÜN. 49

constance mérite le nom de loi, savoir, que l’inflammation d'un tissu, d'un organe, tend à se communiquer, à s’étendre aux tissus, aux organes voisins. Ce phénomène rentre dans celui que Hun ter a signalé sous les noms de sympathie de contiguïté et de continuité.

La loi quenous recommandons à l’attention du lecteur se démontre chaque jour au lit des malades et dans les amphithéâtres, et pourtant jusqu’ici elle n’avait été formulée convenablement par aucun observateur. Quoi de plus commun, en effet, que de voir la pleurésie ou la pleuropneumonie, surtout la gauche , produire par voie de contiguïté l’endocardite et la péricardite! Quoi de plus commun que de voir la pleurésie diaphragmatique déterminer, à droite l’inflammation du péritoine diaphragmatique, hépatique, 1 inflammation superficielle du foie lui -même, et, à gauche, l’inflammation du péritoine diaphragmatique, splénique, l’inflammation de la rate elle-même! Qu’on cesse donc d’être surpris si tant de fois, à l’ouverture des cadavres, on trouve des adhérences, des taches ou plaques fibreuses, fi bro-cartilagineuses, sur le foie et sur la rate, chez les sujets qui offrent en même temps des adhérences, des plaques fibreuses, etc., de la plèvre.

Depuis que j’ai fixé mon attention sur ce point de l’histoire des inflammations, j’ai recueilli une masse énorme de faits en faveur de la coïncidence des inflammations de divers organes voisins les uns des autres , coïncidence qui tient ici à la loi de propagation ou de diffusion du foyer inflammatoire. 11 me suffit d’avoir posé Je principe et de l’avoir appuyé sur quelques exemples. Dans tout le cours de la partie de cet ouvrage consacrée à l’étude des inflammations en particulier, nous aurons de nombreuses occasions de faire ressortir la vérité et l’importance de ce principe.

Mais ce n est pas seulement sur les pqrties les plus rapprochées de lui que réagit et rayonne en quelque sorte le t. 4

50 DE LINFEAMMATION ET DE LA FIÈVflE.

foyer d’une inflammation intense : ce rayonnement, en diminuant, il est vrai, de force, à mesure cju il s’opère à des distances plus éloignées du foyer, s étend à 1 ensemble de l’économie, et de cette reaction ainsi généralisée surgissent des phénomènes, des accidents variés que nous ne tarderons pas à examiner en traitant de l’anatomie pathologique et de la séméiologie de l’inflammation. Ces phénomènes portent le nom de sympathiques on généraux. Ajoutons seulement que la réaction signalée ici ne dépasse pas ordinairement la mesure d’un simple excitement, mais que, dans d’autres cas néanmoins, elle devient assez forte pour produire un véritable état inflammatoire.

Il n’est point d’auteur qui ne se soit appliqué à signaler la différence qui existe entre cet état de réaction purement excitative ou dynamique et celui dans lequel il se développe une véritable inflammation, avec le cortège accoutumé des altérations matérielles qui annoncent sa présence. L’augmentation de la chaleur, de la fréquence du pouls, ne suffisent pas , en effet, pour caractériser une affection générale réellement inflammatoire. C’est là ce que Pinel avait déjà bien établi lui-même. « Dans les exercices violents et prolongés, dit-il, l’impétuosité du sang est très augmentée et la chaleur très intense; mais il n’y a point d’inflammation. » ( Nosogr t. I, p. 3.)

Il ajoute , ainsi que nous l’avons déjà dit, en exposant sa théorie :

« La cause de l’inflammation paraît tenir à un principe irritant, interne ou externe. Mais toute irritation ne produit point une inflammation ; car si la première est prompte et courte, elle est souvent sans effet, ou n’occasionne que de la douleur; si , au contraire, elle est prolongée, alors il survient, suivant les lois générales de l’économie animale, de la douleur, un afflux de sang, de la tension et de la rougeur » (caractères de 1 inflammation, selon Pinel).

DIVERSES ESPÈÇES DIM'LAMMATION. 51

Consacrons quelque temps à l’examen du point dont il s’agit ici.

La distinction des divers degrés de l'inflammation est d’autant plus importante que cet état morbide diffère notablement de lui-même, selon qu’on l’étudie dans tel ou tel de ses degrés. Est-ce à dire pour cela qu’il faille admettre autant de maladies différentes qu’il y a de degrés divers dans l’inflammation'? On le pourrait à la rigueur. Mais il suffit aussi de signaler les différences fondamentales qui caractérisent chacun des degrés de l’inflammation , et d’étudier ce grand acte morbide comme une sorte $ unité , variable dans le cours de sa complète évolution. A son premier degré, l’inflammation n' est, le plus souvent, qu’une simple surexcitation on irritation , qui ne désorganise point les parties , la dose du principe excitant étant trop faible pour produire cet effet. En physique aussi , le même agent détermine des elfets bien différents selon qu’il est appliqué à dose plus ou moins forte. C’est ainsi, par exemple, que les phénomènes de la chaleur et de l’électricité sont essentiellement différents selon les degrés d’intensité dont elles sont susceptibles. A un certain degré, la chaleur rougit, dilate, tuméfie, pour ainsi dire, les corps; à un plus haut degré, elle le6 décompose : à un certain degré , lefectricité ue modifie aussi que certaines conditions physiques des corps; mais à un plus haut degré, elle donne lieu à de nouvelles conditions, change leur nature , les décompose, etc.

La question des divers degrés d’intensité de l’état inflammatoire a de tout temps fixé particulièrement l’attention des pathologistes. Malheureusement aucun d’eux ne nous a tracé l’échelle exacte de cette intensité. Mais tout clinicien un peu exercé sait qu’une inflammation donnée de tel ou tel organe peut, sous le rapport qui nous occupe, se partager en trois nuances, en trois principaux degrés bien distincts; qu elle peut enfin être légère ou faible, ineuse ou grave, et moyenne ou modérée. Ces trois grandes

52 DE l’inflammation ET DE LA FIEVRE,

divisions comportent chacune d’ailleurs des subdivisions. Depuis plus de dix ans , nous avons appliqué cette catégorisation aux trois ou quatre mille cas de phlegmasies diverses observés dans notre service, et nous avons montré combien il est important de l’établir, si l’on veut faire preuve de quelque précision, de quelque certitude en matière de pronostic et de traitement.

Qu’on n’aille pas croire toutefois que la gravité plus ou moins grande du pronostic 11e soit qu’en rapport avec le degré d’intensité d’une phlegmasie. On se tromperait étrangement. Bien d’autres éléments doivent être pris en considération dans la solution du problème si délicat et si difficile du pronostic. Ce que nous voulons établir ici, c’est que, toutes choses d’ailleurs égales, une phlegmasie est d’autant plus grave qn’elle estplus intense; vérité si simple que , pour être adoptée , elle n’a besoin que d’ètre énoncée.

Les trois degrés principaux que nous venons d’établir ont été déjà reconnus par divers auteurs, entre autres par Richerand, qui les désigne sous les noms de premier, deuxième et troisième degré. Sans doute, dans quelques cas, l’inflammation peut, en un très court espace de temps, et comme d’emblée ou de prime abord, s’élever à son maximum d’intensité; mais, en général, elle ne l’atteint que graduellement, au bout d’un certain temps, et c’est pour cela que les mots premier, deuxième et troisième degré sont souvent remplacés par ceux de première, deuxième et troisième période.

On peut, en effet, distinguer les trois périodes que parcourt l’inflammation pour arriver à son entier développement et en quelque sorte à sa maturité, par les caractères que Richerand assigne aux trois degrés qu’il admet; caractères que voici : premier degré, injection des capillaires; deuxième degré, infiltration par suite de transsudation du liquide; troisième degré, infiltration dépendante du déchirement des vaisseaux. (Ces caractères , il est vrai , sont

DIVERSES ESPÈCES D’iNFLAMMATION.

très incomplets, ainsi que nous allons bientôt le voir en traitant des caractères anatomiques de l’inflammation à ses divers degrés , à ses diverses périodes.)

IV. Nous allons étudier rapidement ici cette question des périodes et des terminaisons ou de X évolution complète des inflammations, nous réservant de compléter cette étude en nous occupant des divers autres points de vue particuliers sous lesquels l’inflammation doit être considérée, c’est-à-dire en analysant, en réduisant à ses éléments constituants cette importante action morbide.

Abandonnée à elle-même ou traitée par une méthode trop peu énergique, une inflammation bien caractérisée persiste donc pendant un certain espace de temps , et parcourt diverses périodes qui peuvent être réduites à trois principales, généralement connues sous les noms de périodes d’ augment (incrementum), d'état , et de décroissement (decrementum ). En ayant égard aux principaux effets anatomicophysiologiques qui correspondent à ces diverses périodes, on pourrait encore les distinguer par les noms de période cl érection ou de congestion sanguine active sans notable altération de la structure des parties, ordinairement avec sécrétion d’une matière essentiellement organisable ; de période de ramollissement , de suppuration , d 'ulcération, c’est-à-dire de congestion sanguine, soit active encore, soit passive, avec altération plus ou moins profonde de la structure des parties ; et de période de résolution , de résorption , etc., ou de réparation des désordres organiques survenus dans les deux premières périodes.

L’inflammation, s’il m’est permis d’employer cette comparaison , décrit donc une sorte de courbe ou de parabole, dont les parties extrêmes correspondent aux périodes d’augment et de décroissement, tandis que le zénith où la partie moyenne de la courbe répond à la période où la maladie ayant atteint son maximum de développement, se maintient pendant quelque temps dans cet état

5 à de l’inflammation et de la fièvre.

avant d’entrer dans la dernière portion de la courbe qui

représente sa complète révolution.

Il ne faut pas oublier que certaines phlegmasies peuvent entraîner la mort avant d’avoir parcouru la triple période ci-dessus indiquée, ou quelles peuvent persister pendant un temps indéfini dans les organes sans atteindre la dernière période, celle de résolution , de décroissement, sans guérir complètement, en un mot, phlegmasies qui ont reçu le nom de chroniques.

Les diverses terminaisons de l’inflammation admises par les auteurs se confondent jusqu’à un certain point avec les périodes dont il vient d’être question. Ainsi, quand l’inflammation se termine par délitescence ou résolution , elle avorte pour ainsi dire et ne parcourt que la première de ses périodes. Au contraire, quand elle se termine par ramollissement, suppuration, ulcération , elle acquiert son plein et entier développement, elle parvient à sa maturité.

Il est une autre terminaison qui diffère essentiellement des précédentes, et qui tient à des conditions spéciales dont la connaissance est de la plus haute importance : je veux parler de la gangrène. Nous décrirons à part, dans un autre endroit de cet ouvrage, Y accident dont il s’agit, lequel ne constitue pas, à rigoureusement parler, une maladie, puisqu’il n’est autre chose que la mortification des parties qu’il occupe, qu’une véritable mort locale, à la suite de laquelle survient une décomposition putride également locale. Mais celle-ci, d’effet devient cause, et donne lieu à des phénomènes à' intoxication sui generis qui méritent une étude spéciale.

Tout ce qui précède se rapporte plus particulièrement à ce qu’on appelle X inflammation aiguë. Mais quand celle-ci passe , comme on le dit, à l’état chronique , c est-à-dire que la résolution ou la réparation des parties par les procédés naturels indiqués plus haut ne s opèrent pas, il survient une série, une succession de phénomènes très complexes,

DIVERSES ESPÈCES DINFLAMMATION. 55

et qui ont été et sont encore l’objet des plus vives discussions. Les auteurs ont décrit sous le nom d 'induration, de tumeurs, de dégénérescences diverses (i) , de productions accidentelles, les effets ou les suites que nous signalons ici. Les altérations ou, si l’on veut, les terminaisons ci-dessus indiquées , sont, comme celle de l’état aigu , le résultat de la sécrétion et de la nutrition vicieuses des parties, d’où naissent des produits, les uns organisables, les autres inorganisables. Au sein de ces produits, sous l’influence de forces chimico-organiques , se passent des métamorphoses sur le mécanisme desquelles nous reviendrons plus loin.

Broussais et les autres disciples de la grande école de Bichat ont beaucoup insisté sur les modifications de l’inflammation et de ses terminaisons, selon les différences de tissus et de propriétés vitales du lieu affecté. Citons en témoignage le passage suivant des généralités sur l’inflammation, consignées dans X Histoire des phlegmasies chroniques :

« L’inflammation présente une foule de variétés qui correspondent à la nature des faisceaux capillaires qu’elle occupe, et àson degré : ainsi (A), dans les faisceaux capillaires sanguins, épais ou fort étendus, et doués de beaucoup d’énergie, douleur, tumeur, rougeur et chaleur. — Par les progrès de la maladie, résolution, gangrène, induration rouge, suppuration , ulcère simple, guérison sans autre désorganisation que la condensation et la destruction du tissu cellulaire. — Par la prolongation dans les degrés peu énergiques , mêmes phénomènes, et de plus un développement des faisceaux lymphatiques qui ne permet plus la guérison sans désorganisation.

» (B) Dans les faisceaux capillaires sanguins moins énergi-

(i) On a donné le nom de cancer à quelques unes de ces dégénérescences, de ces indurations , et Pinel lui-niéme déclare que \’ induration passe quelquefois à l'état de cancer. (Ouvrage cité, 6e édition. Paris, 1818, t. II, p. 17.)

gués et de peu d'épaisseur, tumeur et rougeur; mais quelquefois la chaleur et la douleur manquent. — Par les progrès , qui sont toujours moins prompts, résolution, gangrène , induration rouge, souvent entremêlée de faisceaux lymphatiques dégénérés, suppuration par exsudation et ulcère quelquefois rongeant, à cause d’un mélange d’induration blanche.

» (C) Dans les faisceaux capillaires blancs, la forme phlegmoneuse est possible, surtout dans les glandes conglobées, mais rare. Le plus souvent la tumeur seule est constante , la rougeur manque, la douleur a lieu quelquefois, la chaleur n’existe point. — Par les progrès , dans les glandes, résolution , induration , suppuration blanche et tuberculeuse; dans les tissus cellulaires, endurcissement lardacé; dans tous, ulcères rongeurs incurables, à moins que les parties endurcies ne soient détruites. »

La doctrine de Richerand, relativement aux terminaisons de l'inflammation , est au fond tout-à-fait conforme à celles de Pinel et de Broussais, ci-dessus exposées. Ses terminaisons, selon lui, sont la résolution, la délitescence, V induration , la gangrène , et le plus souvent la sécrétion d'un fluide différent selon la nature de l'organe enflammé (1).

Le même auteur enseigne que l’induration survient par suite d’une irritation prolongée , mais assez légère pour ne pas provoquer la suppuration ; il ajoute, avec raison, qu’après la cessation de l’irritation et de la fluxion , l’altération organique subsiste et ne se dissipe qu’avec lenteur. Il fait remarquer enfin que dans les glandes enflammées , si les répercussifs sont prématurément appliqués, il peut se manifester une induration, noyau d'un sguirrhe susceptible de la dégénérescence cancéreuse.

Pour bien comprendre les diverses questions qui se

(i) « Par le travail sécrétoire propre aux parties enflammées s opère, dit Richerand, une espèce de crise, longtemps désignée sous le noin de suppuration. »

TYPE, DURÉE DE l’ 1 N FL AMM ATI ON BIEN 'CARACTÉRISÉE. 57 rattachent au sujet qui nous occupe, il ne suffit pas d’avoir présentes à l’esprit les notions rapides contenues dans cet article, il faut encore avoir une connaissance approfondie des nombreuses altérations que l’inflammation, plus ou moins prolongée, détermine dans les parties solides et liquides dont se composent les organes et les appareils. [Voy. l’art. 4-)

ARTICLE III

TYPE FIE l’inflammation BIEN CARACTERISEE. — DUREE GENERALE DE CETTE MALADIE, ET DURÉE SPÉCIALE DE CHACUNE DE SES PERIODES.

I.Le type d’une inflammation parfaitement caractérisée est essentiellement continu. Sans doute, dans le cours de son évolution , ce travail morbide est susceptible de paroxysmes, d’exacerbations, qui se reproduisent à des intervalles plus ou moins réguliers, et qui surviennent plus particulièrement le soir et la nuit; mais jamais la rémittence qui suit ces paroxysmes, ces exacerbations, n’empéche de constater encore la présence des symptômes caractéristiques de l’inflammation , et cette inflammation elle-même, quand elle occupe des parties situées à la portée de nos sens.

L 'intermittence est un type incompatible avec une inflammation réelle, etsi j'ose le dire, bien conditionnée. J’insiste de toutes mes forces sur le fait général, sur la loi de cette incompatibilité , parce qu elle a été méconnue également et par 1 école de Pinel et par celle de Broussais.

Oui, c est à tort que Pinel avait fait une seule et même classe des fièvres continues et des fièvres intermittentes. Les lésions dynamiques et matérielles en lesquelles consistent les fièvres essentielles continues de Pinel ne sont pas, en effet, susceptibles de disparaître ainsi complètement pour revenir ensuite au bout de vingt-quatre, quarante-huit heures, etc. Professer aujourd’hui une pareille doctrine,

58 de l’inflammation et Dft la fièvre.

ce serait tomber dans une erreur qui mériterait à peine rhonneur d’une réfutation. Et cependant, je suis affligé de le dire , nous voyons encore des médecins qui, étrangers aux nouveaux progrès de la saine clinique, et arriérés d’un quart de siècle , décrivent des épidémies de fièvres intermittentes sous le nom de gastro-céphalites. Il est temps , plus que temps , de renoncer à des doctrines erronées qui ne sauraient résister à quelques moments de réflexion de la part d’esprits justes et dégagés de tout esprit de système.

Ainsi donc, il n’existe point, à rigoureusement parler, d’inflammations intermittentes , de sorte que par cela même qu’une maladie se présente sous le type intermittent, on peut en conclure quelle ne constitue point une inflammation , mais bien une de ces affections connues sous le nom d 'irritations nerveuses sur lesquelles nous reviendrons ailleurs. Jene crois pas qu d soit inutile de piesenter quelques nouveaux développements sur le point dont il s’agit. C’est pourtant, je l’avoue, une vérité bien simple que celle qui consiste à dire que les 1 amollissements, les collections purulentes, ou séro-pseudomembraneuses , les ulcérations , etc. , dont toute inflammation réelle peut être la cause, ne sont pas de loi die des lésions qui peuvent affecter un type intermittent. Je sais bien qu’une inflammation commençante n est pas encore caractérisée par les altérations indiquées; et, contre l’opinion commune , je démontrerai bientôt que cette inflammation, sous l’influence dune méthode suffisamment énergique , peut être arrêtée dans sa marche et guérie dans sa première période. Mais alors même, 1 état Aynamico -organique dont on a pu obtenir lavoitement n’en diffère pas moins essentiellement de celui qui donne lieu à une affection intermittente, puisqu’il n’est pas, comme ce dernier, apte à se dissiper rapidement de luimême pour se reproduire ensuite, et cela pendant un temps

TYPE , DURÉE DE LINFLAMMATION BIEN CARACTÉRISÉE. 59 indéterminé; puisque, au contraire, abandonné à luimême, il poursuit sa marche d’une manière continue, amenant, dans le cours de son évolution,, ces altérations organiques ou matérielles que je rappelais tout-à-l’heure, et qui, d 'effets devenant causes, constituent par ellesmêmes un véritable état morbide.

On ne saurait trop s’attacher à bien distinguer l’un de l’autre le travail inflammatoire proprement dit et l’excitation purement nerveuse, vitale, dynamique, locale ou générale, dont il est le principe. Cette dernière, quelle quelle soit en elle-même, peut se manifester en l’absence de toute inflammation réelle , et dès lors elle constitue une affection suigeneris, susceptible de disparaître promptement sans laisser après elle aucune de ces grandes altérations cpie l’inflammation proprement dite entraîne à sa suite , et de revenir d’une manière périodique, soit régulière, soit irrégulière. Cette excitation, cette irritation intermittente , périodique , peut être générale ou locale.

Quand elle est générale, et quelle porte sur le système nerveux qui préside aux fonctions de l’appareil circulatoire , il en résulte, si je ne me trompe, une véritable fièvre intermittente, laquelle diffère de la fièvre continue, en ce que celle-ci est produite, soit par une inflammation locale, qui réagit irritativement sur l’appareil circulatoire , soit par l’inflammation directe ou idiopathique de cet appareil. Mais que cette dernière doctrine soit vraie ou qu’elle ne le soit pas, ce qu’il y a dé certain, je ne saurais trop le répéter, c’est que, locale ou générale , une inflammation parfaitement caractérisée du tissu d’un organe n’est pas susceptible d’affecter un véritable type intermittent.

II. La durée de l'inflammation varie selon un grand nombre de circonstances : telles que la structure et la vitalité particulière des organes enflammés , la constitution , l’âge , le sexe des sujets , l’espèce des causes qui ont pro-

f>() de l’inflammation et de la fièvre.

vocjué la maladie , et surtout selon les méthodes, les formules thérapeutiques mises en usage.

Cette dernière condition mérite un examen spécial. On sait que les praticiens les plus renommés professent encore aujourd’hui que les diverses manières de traiter les phlegmasies en général, n’exercent aucune influence notable , soit sur leur durée, soit même sur leur mortalité. Nous discuterons plus bas ce dernier point; il ne s’agit, quant â présent, que du premier. Nous ne contesterons pas que, en effet, les maladies en général, et les phlegmasies en particulier , ne se jouent en quelque sorte d’un grand nombre de modes de traitements, et, si l’on veut, même de tous ceux usités jusqu’à ces derniers temps; et qu’en dépit d’eux, poursuivant leur marche, elles ne durent trois, quatre, cinq, six, septénaires, si elles n’entraînent pas la mortavantces époques, ou quelles ne passent définitivement, comme on dit, à l’étatchronique. Nous avons en de trop nombreuses ettrop déplorables occasions de constater cette triste vérité. Mais là doit s’arrêter la généralisation de la proposition que nous examinons. En effet, depuis plus de douze ans , nous avons montré à quiconque a voulu le voir, qu’il existait maintenant une manière de combattre les phlegmasies , par laquelle, si on l’appliquait à temps, ou abrégeait leur durée de plus de moitié, de plus des deux tiers même , par laquelle on parvenait à les faire avorter, en un mot ; résultat vainement mis en doute, ou même formellement nié par des hommes d’une opposition bien connue à tous les grands progrès de la science.

Je dois me contenter ici de l’énoncé de cette proposition , renvoyant pour les preuves cliniques , sur lesquelles elle est inébranlablement assise, aux chapitres de cet ouvrage consacrés à l’histoire spéciale des phlegmasies. J’ajouterai seulement que , contrairement à la doctrine généralement enseignée, il est d’autant plus facile d abréger la durée des phlegmasies et de les faire avorter, qu elles

AN AÎOM I K PAT HOLOGIQU E.

sont attaquées à une époque plus rapprochée de leur début. Plus tard, quand elles ont amené à leur suite la suppuration, les ulcérations, etc., il est évident qu’on ne peut plus en obtenir l’avortement, puisque faire .avorter une plilegmasie, c’est précisément empêcher le développement de pareilles altérations, lesquelles ont nécessairement une durée plus ou moins longue.

ARTICLE IV

CARACTERES ANATOMIQUES DE I.’lNFLAMMATlON , OU LESIONS DES SOUDES ET DES LIQUIDES QUE CETTE AFFECTION ENTRAINE A SA SUITE, DANS SES DIVERSES PÉRIODES; CONSIDÉRATIONS SUR LA PHYSIOLOGIE OU LE MÉCANISME DECES LÉSIONS ET SUR LEUR MODE DE REPARATION.

§ Ier. Anatomie pathologique.

A. Lésions des solides.

Rougeur, injection et développement des petits vaisseaux, tuméfaction ou épaississement avec légère augmentation de consistance, puis ramollissement, solutions de continuité ou ulcérations, telles sont les lésions fondamentales que l’on rencontre dans les tissus ou les organes qui ont été le siège d’une inflammation qui a parcouru ses deux premières périodes.

I. La rougeur et la tuméfaction que l’ouverture des cadavres nous permet de constater, quand elles dépendent exclusivement de l'inflammation, sont toujours beaucoup moins prononcées à cette époque quelles ne l’étaient pendant la vie. Personne n’ignore même que dans les cas où l’inflammation avait été de courte durée, les cadavres n’offrent plus que de faibles traces , ou même n’offrent aucune trace de rougeur et de tuméfaction.

La rougeur et l’injection sanguine varient, au reste, et dans leur intensité et dans leur forme, si l’on peut ainsi dire, selon une foule dé circonstances, dépendantes de la structure des parties, de la quantité plus ou moins considé-

62 DE l’inflammation ET DE LA FIÈVRE,

rable et delà disposition des vaisseaux qu elles contiennent, selon l’abondance et les qualités du sang, etc. üsous exposerons toutes ces particularités en traitant de chaque phlegmasie. Ajoutons seulement ici que tantôt la rougeur tient à une injection plus ou moins abondante des réseaux vasculaires , et tantôt à une sorte de teinture uniforme des parties par la matière colorante du sang.

Il faut bien se garder, à l’ouverture des cadavres, de confondre la rougeur qui nous occupe avec celle qui peut être le résultat de congestions sanguines dues à la déclivité des parties ou bien à Vimbibition sanguine des tissus produite par un commencement de décomposition putride, etc. Cette distinction peut offrir quelquefois des difficultés presque invincibles. Mais il est une règle dont on ne saurait trop recommander l’observation , c est de ne considérer une rougeur donnée comme un caractère d inflammation qu’autant qu’il n’existe aucune des autres causes propres à produire le même effet. D’ailleurs, ces dernières causes peuvent, dans certains cas, concourir, avec une inflammation antécédente, à la production de certaines rougeurs observées sur les cadavres.

Ce que nous venons de dire de la rougeur est applicable à la tuméfaction des organes ou des tissus provenant d’une congestion sanguine.

La tuméfaction, la rougeur et l’injection d’origine inflammatoire, dans la première période, coïncident, avec une augmentation sensible de la consistance normale des parties , sinon toujours après la mort , du moins pendant la vie.

H. Le ramollissement des tissus et des organes ne survient d’une manière notable que dans la seconde période des inflammations. Cette altération , qui constitue réellement un des caractères anatomiques les plus importants de l’inflammation , entrevue par Dupuytren, à l’occasion de l’artérite, n’a été bien étudiée pour la première fois que par

M. Lallemand. Mais, depuis les beaux travaux de cet observateur si distingué ( i ), il n’est aucun médecin familier avec l’ouverture des cadavres , qui n’ait eu de nombreuses occasions de rencontrer dans les divers organes des ramollissements d’origine inflammatoire. lie cerveau, le foie, les poumons, la rate, les reins, les membranes muqueuses, le tissu cellulaire, etc., sont les parties dans lesquelles l’altération qui nous occupe se produit le plus facilement et le plus promptement. Toutefois, à la longue, elle se manifeste dans les parties les plus rebelles, au premier abord, à cet état, telles que les tissus fibreux, les cartilages , les os eux-mémes.

On admet deux espèces de ramollissement , savoir, le ramollissement rouge et le ramollissement blanc. Ces deux espèces ne sont au fond qu’une seule et même lésion observée à deux périodes différentes de la maladie inflammatoire dont elies ont été la suite. En effet, le même ramollissement qui était rouge à la période où la congestion sanguine existait encore dans toute sa vigueur, perd peu à peu ce caractère, à mesure que cette congestion diminue, et finit par devenir blanc , lorsque la congestion s’étant dissipée , il ne reste plus ou presque plus d’injection , et que, dans certains cas, au lieu d’une quantité plus ou moins notable de sang infiltré dans le tissu enflammé, on n’y trouve plus que du pus plus ou moins bien élaboré.

Le ramollissement offre, d’ailleurs, des degrés très variés, depuis la simple diminution de résistance à la pression, à la traction, etc., jusqu’à cette liquéfaction ou semiliquéfaction dans laquelle les parties semblent privées complètement ou à peu près de leur cohésion naturelle. Ajoutons que, selon la structure des parties, le ramollissement se présente sous des formes ou des aspects divers que nous aurons soin de faire connaître en temps et lieu.

(i) Voyez ses Lettres anatomico-palhologirjues sur l'encéphale et ses dépendances. Paris, 1820-1 836, 3 vol. in-8.

6/i de l’inflammation et de la fièvre.

De même qu’il existe des rougeurs et des congestions posthumes, cadavériques, de même aussi l’on rencontre des ramollissements qui sont l’effet pur et simple d’un travail qui s’est opéré après la mort des sujets. Nous n’avons pas besoin de dire qu’il est de la plus haute importance de ne pas confondre cette espèce de ramollissement avec celle d’origine inflammatoire. Nous signalons ici en passant cette grave circonstance, sur laquelle nous reviendrons en décrivant les divers ramollissements en particulier, celui de l’estomac, entre autres.

On ne confondra pas non plus un ramollissement gangréneux avec un ramollissement purement inflammatoire. Li odeur seule , à défaut d’autres caractères , suffirait pour faire distinguer le premier du second. En nous occupant de la gangrène et de ses suites , nous exposerons les autres caractères propres au ramollissement d’origine gangréneuse.

Qu’on se garde bien aussi de prendre pour de véritables ramollissements, le simple défaut de consistance que présentent certains organes par l’effet, soit d’une pure imbibition cadavérique, soit d’une infiltration opérée pendant la vie. Cela constitue un état de mollesse et non de ramollissement proprement dit. J’ai vu commettre des erreurs de ce genre, et de là une foule de discussions bien stériles sur la nature du ramollissement en général. Comment ceux qui prenaient parta ces discussions se seraient-ils entendus, puisqu’ils donnaient les uns et les autres le même nom à des états si différents, puisqu’ils attachaient un sens si différent à une seule et même expression?

III. La solution de continuité , ou l 'ulcération , n’est en quelque sorte que la continuation et comme le dernier terme de la perte de cohésion ou du ramollissement. L’inflammation ulcérative de J. Hunter ne constitue donc point, à proprement parler, une espèce particulière d’inflammation. L’effet dont elle tire son nom ( ulcération ) est inévitable

A N ATOM I K PATHOLOGly U E .

danstoute inflammation intense etprolongée; mais il se développe pins ou moins facilement, plus ou moins promptement, selon l’organisation, la vitalité des parties et les rapports de ces parties avec les agents extérieurs. C’est ainsi, par exemple, que les follicules muqueux s’ulcèrent bien plus facilement et plus promptement que les membranes séreuses, les organes parenchymateux ou glanduleux, les tissus fibreux, etc.

L’étendue, la forme, la profondeur, etc., des ulcérations présentent les variétés les plus multipliées. Elles changent de nom selon quelques unes de ces variétés : ainsi on appelle perforations celles qui ont détruit dans toute leur épaisseur les parois d’un organe creux, les parois d’une cavité quelconque; trajet fistuleux, fistules, celles qui marchant dans le sens de la longueur, creusent au sein des parties des sillons ulcéreux au moyen desquels s’établissent des communications anormales de divers genres.

Les espèces d’ulcérations que nous signalons , les perforations surtout, donnent lieu à des accidents plus ou moins graves, suivant qu elles affectent tel ou tel organe. Les perforations du cœur et des gros vaisseaux sdht suivies d’une mort rapide; les perforations de l’estomac, des intestins, des conduits excréteurs de la bile, de l’urine, etc., donnent lieu à des épanchements et par suite à une péritonite mortelle ; celles du poumon , à un épanchement d’air et de liquides variés (pus, matière tuberculeuse ramollie, etc. ) dans la cavité de la plèvre, et par suite à une pleurésie dont la terminaison est souvent, sinon constamment, funeste, etc., etc.

Nous n’étudions en ce moment que les ulcérations à la période de leur développement. Nous devons ajouter que l’inflammation qui les engendre une fois éteinte, si les ulcérations se trouvent placées dans des conditions conve nablcs, il s’établit dans le point qu elles occupent un travail vraiment admirable en vertu duquel il se forme un tissu

60 de l’inflammation et DM la fièvre.

nouveau ( tissu modulaire ) qu’on appelle cicatrice. Nous reviendrons bientôt sur cette opération salutaire, Vraiment médicatrice » qui fait partie de celles dont l'accomplissement a lieü pendant la troisième période de l’inflammation.

B. Lésions des lii|uides.

Lésions du sang .

I. Les solidistes, dont le règne a duré si longtemps» auraient dû trouver dans l’étude de l’inflammation ellemême, le plus commun de tous les états morbides de nature essentiellement vitale , l’éclatante preuve de leur erreur ; aussi a-t-on vraiment quelque peine à concevoir comment un pareil système a pu se soutenir. J. H un ter» dont oïl connaît plus le nom que les œuvres» n’avait point méconnu la part que joue le sang , ce prince de tous les liquides de l’économie, dans le grand acte de l’inflammation. Aussi a-t-il commencé ses belles recherches sur cet acte morbide, par des considérations générales sur le sang. A l’époque où il publia son Traité du sang et de l’ inflammation (1772), il paraît, au reste, que le solidisme n’était pas autant en honneur qu’il le fut plus tard. On en trouve la preuve dans le passage suivant de l’ouvrage indiqué : « Tout le monde accorde, dit Huuter, que le sang a une part considérable dans l’inflammation, ou au moins qu’il est affecté d’une manière spéciale par l’inflammation , et qu’il fournit par l’aspect qu’il présente un des signes ou des symptômes de son existence. En outre, le sang joue un rôle important dans ma théorie de l’inflammation. »

Nous partageons complètement les idées de limiter, et nous regrettons vivement que cet auteur et ses successeurs liaient institué aucunes recherches satisfaisantes sur les changements physiques et chimiques du sang qui abreuve les parties frappées d’inflammation (1).

(1) militer admet dans le sang, cette chair coulante (Roi deu), un principe vital. Vuici comment il s’exprime: «Le sang paraît être le plus

II. C’est un riche et beau su|et de recherches. Celles que j’ai faites jusqu’ici, dans le service clinique dont je suis chargé, m’ont fourni les résultats suivants.

Le sang que l’on retire pendant la vie par les ventouses scarifiées, appliquées dans le voisinage du foyer d’une inflammation franche, simple, bien développée (autour des articulations prises d’une inflammation dite rhumatismale, sur les parois de la poitrine dans les cas de pleurésie intense, etc.), offre les particularités suivantes :

i°Les rondelles se réunissent en une seule masse, en un seul caillot, analogue à celui d une saignée par la lan-

simple de tous les corps doués de la vie que nous connaissions. L’esprit n’est point accoutumé à l'idée d’un liquide vivant. Mais toltteS les parties émanent du sang. L’organisation n’est point la vie : celle-ci est une force. Le sang, comme les autres parties, doit son action vitale au matériel vitœ diffusa. » ( Ce materia vitœ diffusa est quelque chose qu’il compare à la matière propre du cerveau , et dont l’existence est une pure conception desoti esprit.) Hun ter ajoute qüe le chyle lui-même est probablement vivant.

Plus tard , Bichat émit sur la vitalité du sang et d’autres fluides , des opinions analogues à celles de limiter, et qu’il nous paraît utile de rappeler ici : « Le sang possède, pour ainsi dire, les rudiments de la sensibilité organique. Suivant que L vie dont il jouit lé met pliis ou Moins en rapport avec les fluides qùi y pénètrent^ il est plus oit Moins disposé à se combiner avec eux et à les pénétrer de celte vie qui l'anime... 11 est incontestable que les fluides qui servent à la composition vont toujours en se pénétrant d'une somme -plus forte de vie , depuis les aliments dont ils émanent jusqu’aux solides... Dire ce qu’est cette vitalité des fluides, cela est évidemment impossible ; mais son existence n’fest pas moins réelle, et le chimiste qui veut analyser les fluides n’en a que le cadavre, comme l’anatomiste n’a que celui des solides qu’il veut disséquer.» Des idées aussi vagues, aussi indéterminées que celles de Hunter et de Bichat laissent beaucoup à désirer, sâiis doute ; mais le principe doiit ils partent me parait incontestable, et un jour viendra où la physique et la chimie organiques, appliquées dans de justes bornes, nous révéleront, quelques uns des mystères de cette vie du sang et de quelques autres fluides. Déjà, comme on le verra plus loin, des recherches de cette physique et de cette chimie, sans lesquelles la médecine n<5 saurait bxisler à l’éhu de science exacte, nous ont fourni des données d’une grande valeur sur l’état normal et anormal du sang.

68 DE l’inflammation ET UE LA FlÉVltE.

cette, d’un rouge vif à sa surface, ferme, glutineux, plus ou moins rétracté, parsemé*" quelquefois de plaques de couenne dite inflammatoire, pouvant être soulevé sans se rompre et ne cédant ordinairement à la main qui le touche, le presse, aucune partie ou du moins quune très petite partie de sa matière colorante rouge. Ces caractères du caillot fourni par les saignées locales sont, d’ailleurs, plus ou moins prononcés selon le degré, la durée de l’inflammation, et selon certaines conditions individuelles qu’il serait trop long d'exposer ici.

Comparées aux rondelles d’une saignée locale pratiquée chez un individunon affecté d’inflammation, ou bien affecté d’une inflammation compliquée d’un élément septique , typhoïde, elles en diffèrent à ce point, que dès le premier aspect, avec un peu d’habitude clinique, rien n’est plus facile que de les distinguer les unes des autres. Dans le cas d’état typhoïde, au lieu d être plus fermes, plus glutineuses qu’à l’état normal , les rondelles sont molles, affaissées, réunies en une masse mal prise, comme diffluente dans les degrés les plus avancés de la maladie, rougissant fortement la main qui la presse , s’écrasant avec la plus grande facilité, etc. Leur couleur est brune ou noirâtre et non d’un rouge vif et rutilant comme celles dont nous parlions plus haut; elles ne se rétractent pas comme ces dernières , et ne présentent jamais des plaques d une véritable couenne inflamifiatoire.

2° La sérosité qui entoure les rondelles d’une saignée locale, dans les cas d’inflammation franche , telle que nous l’avons supposée , est ordinairement pure de tout mélange de matière colorante rouge, ou n’en contient que des atomes, tandis que, dans le cas d’une inflammation avec état typhoïde, cette sérosité est plus ou moins fortement rougie, noirâtre même quelquefois, attendu quelle contient une plus ou moins grande quantité du caillot mou , diffluent, signalé plus haut, soit à 1 état de simple mé-

lange, soit à l’état de dissolution. O11 peut compter sur la stricte exactitude de ces résultats , car nous les avons obtenus cent et cent fois, en présence de nombreux témoins, depuis douze ans passés que chaque jour nous avons examiné le sang de toutes les saignées locales que nous avons fait pratiquer au moyen des ventouses ( le nombre s’en élève à plusieurs milliers).

Dans tous les cas où l’état inflammatoire règne , soit primitivement, soit secondairement, dans tout l’appareil sanguin, sans complication typhoïde, le caillot fourni par les saignées bien faites, à l’époque où la maladie est, pour ainsi dire, dans son plein, offre une rétraction plus ou moins considérable , et se recouvre d’une couenne ferme , résistante, épaisse, à demi organisée en membrane, plus ou moins retroussée sur ses bords, etc. Je reviendrai sur cette couenne, justement appelée inflammatoire, et sur d’autres caractères du caillot, quand il sera question de la fièvre continue.

ID. D’après les recherches de MM. Andral et Gavarret, « on trouve une augmentation constante de la fibrine dans les maladies fébriles qui sont symptomatiques de cette sorte d’altération des solides , que de temps immémorial on a appelée une phlegmasie (i). » Ils considèrent comme une production nouvelle cette fibrine en excès ; ils rattachent à cet excès de fibrine la formation de la couenne ; ils prétendent que la fibrine de nouvelle formation, qui entre dans la composition de la couenne , se coagule avec moins

(i) Selon M. Andral, il existe une autre grande classe de maladies fébriles dans lesquelles la fibrine n’augmente jamais, reste souvent en quantité normale, et souvent aussi diminue. M. Andral les désigne sous le nom de pyrexies, et il établit une différence essentielle entre ces pyrexies et les pklegmasies. Je me réserve de revenir ailleurs sur cette doctrine, que les faits ne me permettent pas d’adopter sans réserve et restriction. Quant à présent, je me contenterai de faire observer, avec Hunier et tant d autres, que ce qu’on appelle phlegmasie 11e doit pas être considéré, ainsi que le dit M. Andral , comme une altération des solides seulement.

7 0 de l’inflammation et de la fièvre.

de rapidité que l’ancienne; et do la , disent-ils , une autre cause qui favorise l’apparition de la couenne, puisque ce retard dans la coagulation de la fibrine permet aux globules de gagner le fond du vase, en laissant au-dessus d eux la fibrine encore en dissolution ou en suspension dans le

sérum.

La portion de fibrine que l’on trouve dans la partie du caillot située au-dessous de la couenne, est très peu abondante relativement à celle qu’on extrait de la couenne ellemême. M. Àndral n’a pas encore précisé ce rapport. Il établit que la nature fibrineuse de la couenne est démontrée par l’examen microscopique comme par 1 analyse chimique.

M. Andral pose en principe que la production spontanée d’un excès de fibrine dans le sang, est d ailleurs indépendante des divers états dans lesquels peut se trouver l’économie, chez les individus affectés de phlegmasie aiguë. S’il en était rigoureusement ainsi, ce qui n’a pas été démontré par M. Andral, cette espèce d’altération du sang serait la seule peut-être qui ne serait pas subordonnée a certains états de l’économie, letat septique ou typhoïde,

par exemple, qui peuvent coïncider avec une phlegmasie. M. Andral convient d’ailleurs que , dans çe dernier état, la force qui pousse la fibrine à s accroître, contrebalancée par une force contraire , est réduite au minimum de son pouvoir.

Chez l’homme, la fibrine, dans une inflammation aiguë bien établie, oscille ordinairement entre les chiffres 6 et 8 ; elle peut atteindre le chiffre 10. Les deux maladies dans lesquelles M. Andral a vu la fibrine s’élever le plus , sont la pneumonie et le rhumatisme articulaire aigu. C.ette eu constance justifie pleinement ce que nous avions dit sur la nature essentiellement inflammatoire du rhumatisme articulaire aigu bien caractérisé. Frappé de ce caractère du sang rhumatismal, M. Andral se livre à quelques xe-

marques sur lesquelles nous pourrons revenir pu traitant de cette maladie en particulier,

L’élévation du chiffre de la fibrine apparaît dans le sang dès que l’état phlegmasiquc commence. Jusqu’à présent, M. Andral a vainement cherché à s’assurer si, avant que 1 altération qui marque la phlegmasie apparût dans le solide, le sang ne se modifiait pas d’abord dans sa composition. Ses analyses ne lui ont encore montré autre chose que la naissance simultanée de ces deux faits, mais il ne lui semble pas cependant qu’on en ait fini avec une question aussi grave, et dont la solution définitive doit décider si, dans ce grand phénomène de l’inflammation, le commencement de la maladie existe dans le solide ou dans Je sang, ou bien si l’altération de l’un n’est pas tellement solidaire de l’autre, que toutes deux doivent naître nécessairement dans le même temps. J’avoue que cette question ne me paraît pas aussi grave qu’à M. Andra!; qu’il importe assez peu de savoir à qui, du sang ou des solides, revient la priorité de l’altération, et qu’il tombe d’ailleurs sous le sens que la cause productrice d’une inflammation frappe à la fois sur les solides et sur le sang, en un mot, sur une partie douée d’organisation et de vie, organisation et vie qu on ne peut concevoir sans le concours du sang et des solides.

Lésions des liquides sécrétés.

h 11 nous reste à parler maintenant des altérations de quantité et de qualité des liquides sécrétés à la surface ou dans la profondeur des parties enflammées, liquides dont le sang lui-même est la source commune. Les altérations de ces liquides ne sont pas moins constantes que celles de ce dernier liquide , et les unes supposent en quelque sorte les autres. Malheureusement, nous avons encore à signaler ici une grande lacune. En effet, ces altérations n’pnt encore été I objet que d’un bien petit nombre de recherches physico-chimiques , et dans ce petit nombre de recherches

7 2 DE l’inflammation ET DK LA FIÈVRE,

combien en pourrait-on compter qui aient été faites avec une précision convenable, une exactitude suffisante?

Quoi qu’il en soit , on a donne le nom générique de pus ou de matière purulente, puriforme, à 1 un des produits anormalement sécrétés sous 1 influence de 1 inflammation , et Hunter s’est, servi de cette circonstance pour établir une espèce particulière d’inflammation, celle qu il appelle suppurative. Nous ferons , à cet egard , la même remai que que nous avons déjà faite à 1 occasion de 1 inflammation ulceiative du même auteur, savoir : que la formation du pus ne caractérise point une inflammation de nature spéciale , mais un certain degré, une certaine période ou terminaison de toute inflammation.

Toutefois, il ne faut pas croire que tous les tissus indifféremment fournissent , sous l’influence de leur inflammation , un véritable pus. Le tissu cellulaire ou le tissu séreux, qui n’est qu’une modification du premier, sont les seuls qui sécrètent ce véritable pus. Mais comme il existe dans tous nos organes une quantité plus ou moins considérable de tissu cellulaire , il est évident que tous , enflammes à un certain degré, peuvent sécréter une masse plus ou moins abondante du liquide dont il s agit.

N’oublions pas d’ailleurs que les tissus cellulaire et séreux (les synoviales sont une dépendance de ce derniei)

ne sécrètent pas eux-mêmes du pus proprement dit, à toutes

les périodes, à tous les degrés de leur inflammation, ainsi que nous le verrons en étudiant celle-ci en particulier.

Mais doit-on désigner sous le nom de pus les secieta anormaux fournis par des organes enflammés , ayant poui fonction de sécréter , non plus cette sérosité qui abonde plus ou moins dans tous nos organes , mais des liquides spéciaux, comme le mucus , la salive, 1 urine, la bile, etc.? non, assurément. Or, il est bien certain que cesdheis liquides éprouvent, sous 1 influence de 1 inflammation dont les organes qui les sécrètent peuvent être le siège, de

notables changements , sur lesquels nous appellerons l’attention des lecteurs quand nous nous occuperons des diverses inflammations en particulier.

Il nous suffira, pour le moment, de présenter quelques considérations sur le pus proprement dit en général , et sur ses espèces principales. Ce liquide anormal, qui, comme nous l’avons dit , en raison de la présence du tissu dont il provient dans tous les organes de l’économie vivante, peut être, jusqu’à un certain point, regardé comme un produit commun à tous les organes enflammés, tant intérieurs qu’extérieurs, doit être étudié avec le même soin et par les médecins et par les chirurgiens.

II. Voici, d’après Hunter, quelles sont les principales propriétés du pus :

« Le pus, dans son état le plus parfait, présente à la première vue certaines particularités qui consistent principalement dans sa couleur et dans sa consistance.

» Il contient des globules blancs nageant dans un liquide que l’on pourrait d’abord prendre pour le sérum du sang, et qui très probablement est mêlé de lymphe coagulante ; car le pus se coagule en partie après sa sortie des vaisseaux qui le sécrètent comme le mucus. Ce liquide est coagulé par une solution de sel ammoniac, ce qui n’a lieu pour aucune autre des humeurs animales, d où Hunter conclut que des globules nageant dans un liquide coagulable par ce sel, doivent être considérés comme du pus.

» La proportion de ces globules blancs du pus dépend de la santé des parties qui l’ont formé. En effet , lorsqu’ils sont en grand nombre, le pus est plus épais et. plus blanc, et on l’appelle du pus de bonne qualité, ce qui veut dire que les solides qui l’ont produit sont dans une condition favorable de santé. Il compare la formation du pus à celle du lait, lequel , au commencement , est d’abord constitué principalement par du sérum, puis contient une plus grande proportion de globules, et l’animal chez lequel les

7 4 de l’inflammation et de la fièvre.

globules sont le plus abondants est aussi celui dont le lait est le plus riche.

»La pesanteur spécifique du pus est supérieure à celle de l’eau; sa saveur est fade , douceâtre; son odeur est spécifique , variable ; toutefois , on prétend que l’on peut reconnaître à l’odeui' du pus quelques maladies, comme, par exemple, la gonorrhée vénérienne,

« Les diverses plaies donnent des espèces de pus très différentes , et l’on ne peut douter que les différentes pm> lies dont se compose le sang ne puissent entrer, dans des proportions diverses, dans la composition de ce liquide. On observe même que tout ce qui est en solution dans le sang peut se montrer en plus grande quantité dans telle sorte de pus que dans telle autre.

« Les ulcères vénériens produisent du pus vénérien ; les ulcères de la variole, du pus varioleux; les ulcères cancéreux, du pus cancéreux (i).»

Relativement aux variétés du vrai pus signalées par Hanter , je ferai remarquer qu’il ne faut pas les confondre avec les variétés que présentent les sécréta de divers tissus cqinparés les uns avec les antres. Il tue semble que le docteur George Pearson n’a pas assez tenu compte de cette remarque dans la distinction qu’il a cherché à établir entre les diverses espèces de pus, qui selon lui peuvent être rapportées à quatre principales, savoir : i° le pus sain ou crémeux et de consistance uniforme ; 2° le caillebotié et de consistance inégale ; 3° le pus séreux et clair ; 4° le pus visqueux et glaireux (a).

L’éditeur de Hunter, le docteur J. -F. Palmer, plus

(1) f ïunter ayant analysé |e pus provenant d’un ulcère cancéreux, il a trpuvé que cette matière différait du vrai pus. Mais cette analyse ne lui a pas fait connaître la différence spécifique qui existe entre la matière provenant d’un cancer et celle provenant d'un bubon vénérien, etc. D’ailleurs, il n’qttacbe pas assez, d’impprtanrp aux analyses chimiques.

(2) Transi et. philos. , p. 2 9 4, 1 8 1 o ,

évidemment encore que le docteur George Pearson , parait avoir confondu sous le nom commun de pus les sécréta fournis par les divers organes enflammés , ainsi qu'il résulte du passage suivant extrait des notes ajoutées par lui aux œuvres de Hunter :

« On dit que le pus des membranes muqueuses contient une plus grande quantité d’albumine que le pus ordinaire;

1 e pus des os, une plus grande quantité de phosphate de chaux; celui qui est forme par l'inflammation goutteuse , une plus grande proportion de carbonate et de phosphate, et peut-être d’urate de chaux ; celui des abcès scrofuleux , une plus grande proportion relative de soude et de muriate de soude.

» Toutes les fois que les parties suppurantes ou la constitution ne sont pas saines, la production du vrai pus cesse, et le liquide sécrété change en proportion de l’altération morbide; en général , il devient plus clair et plus transparent, et constitue ce qu’on désigne sous le nom de sanie $ On y trouve moins de la matière qui le rend coagulable par une solution de sel ammoniac , et il se putréfie plus promptement ; il devient irritant pour la surface suppurante et les parties adjacentes , ce qui n’a pas lieu pour le véritable pus ; il produit l’excoriation de la peau et l’inflammation ulcérative, comme les larmes excorient la peau de la joue à cause de la grande quantité de sels qu elles contiennent. En raison de cet effet , on a dit que ce pus était corrosif, mais il n’a point réellement cette qualité ; alors il n’est pas apte à produire les granulations . «

Hunter pense que le pus qui est pur n’a pas une plus grande tendance à la putréfaction que les humeurs naturelles. Mais il est des circonstances propres à hâter ce travail de décomposition ; comme la communication du foyer de suppuration avec l’air, le siège de ce foyer auprès d’un intestin rempli de matière fécale , d’une partie frappée de gangrène, etc. Il est clair que le pus sanieux ,

7 6 de l’inflammation et de la fièvre.

de mauvaise nature, se putréfie plus promptement que le pus vrai , louable. « C’est ce qui a lieu , dit Hunter, dans plusieurs maladies spécifiques. En effet, dans ces cas, la sécrétion n’est pas ordinairement du vrai pus : elle est généralement mêlée avec du pus.

» Les sondes d’argent deviennent presque noires quand elles sont plongées dans la suppuration dune plaie de mauvaise nature ; il en est de même pour les préparations de plomb qui sont appliquées sur le pus que produisent ces plaies. Le même changement est produit dans la couleur des métaux par les œufs qui ne sont pas complètement frais , quoique non putréfiés. Le docteur Crawford attribue , dit-il, cet effet à Y air hépatique animal (hydrogène sulfuré).»

Hunter avance avec raison « que le pus proprement dit est un liquide très différent de celui qui est sécrété pendant la période adhésive de l’inflammation, soit dans le tissu cellulaire, soit dans les cavités séreuses, ainsi que du secretum naturel des canaux tapissés par des membranes muqueuses. On ne retrouve point le pus dans le sang comme on trouve la lymphe coagulante produite dans la première période de l’inflammation ; il est le résultat d un changement, d’une décomposition , d’une sécrétion faite aux dépens du sang. Les propriétés du vrai pus , envisagées isolément, peuvent appartenir à d’autres produits; mais quand elles sont toutes réunies, elles le distinguent de tout autre. Le liquidedans lequel nagent les globules du pus est coagulable par une solution de sel ammoniac, propriété qu’aucun autre secretum animal, selon Hunter, ne possède ; enfin, il est le produit d’une action morbide qu’on appelle inflammation. »

On voit que les recherches de Hunter laissaient beaucoup à désirer sur les caractères physiques et chimiques du pus. Schwilgué s’est efforcé de combler quelques unes des lacunes qui restaient sur ce point d anatomie patholo-

gique des liquides, mais lui-même a laissé beaucoup à faire encore à ses successeurs.

IF. N ous allons maintenant donner l’analyse des recherches de cet observateur, telle qu’on la trouve dans la Nosocjraphie de Pinel, dont il était l’un des élèves les plus distingués.

« Pour parvenir à la connaissance des caractères distinctifs du pus, Schwilgué a d’abord analysé le liquide que tous les médecins ont regardé jusqu’ici comme le pus par excellence; savoir, le produit de la suppuration du tissu cellulaire. Il en a multiplié les analyses dans toutes les circonstances propres à modifier la suppuration. Il a ensuite analysé successivement, avec le même soin et sous les mêmes rapports, le liquide opaque blanc-jaunâtre qui se trouve dans les aréoles des tissus parenchymateux en suppuration, celui qui suinte des surfaces muqueuses et séreuses enflammées, etc.; en un mot, le produit de la suppuration de tous les systèmes d’organes susceptibles de suppurer. Il a multiplié beaucoup ces analyses, en les liant toujours à l’histoire particulière de la maladie. C’est de là qu’il s’est élevé à la connaissance des propriétés physiques du pus, à celle de sa composition, de son mode de formation, de son analogie avec le sérum du sang, etc. il a ensuite cherché à établir les caractères qui différencient le pus en général d’avec le lait, le sperme, le mucus, l’urine critique, et à découvrir les signes distinctifs des différents liquides qui se forment par l’effet de l’inflammation de chacun des systèmes organiques en particulier.

» Voici les résultats qu’il importe ici de connaître plus particulièrement. Le pus du tissu cellulaire est un liquide opaque, d’un blanc jaunâtre, coagulable par la chaleur, les acides et l’alcool , susceptible d’être dissous et rendu visqueux, et filant par les alcalis et les carbonates alcalins sursaturés.

» L’albumine contenue dans le pus est déjà dans un état

7 8 de l’inflammation et de la fièvre.

de concrétion. En effet, elle est opaque et de consistance de purée ; elle se coagule moins par la chaleur et les acides Concentrés que ne le fait l’ albumine ordinaire; elle se dissout dans les alcalis, et repasse ainsi à létat ordinaire de l’albumine.

» La liqueur, consistante, opaque, d un blanc jaunâtre, qui suinte des membranes muqueuses enflammées, celle qui est exhalée dans le même cas par le système séreux , celle qui s’écoule de la plaie des vésicatoires, celle qui remplit les aréoles des organes parenchymateux en suppuration , se rapprochent du pus du tissu cellulaire par leurs propriétés physiques et chimiques : elles donnent à l’analyse les mêmes produits. Ces différents liquides, ainsi que le conclut Schwilgué, doivent donc être désignés sous le nom de pus, aüssi bien que le produit de la suppuration du tissu cellulaire. B ailleurs tout produit de la suppuration de ce dernier tissu n’est pas constamment purulent, puisqu’il est quelquefois sanieüx et ichoi'eux. Du reste, la suppuration ne suppose pas nécessaii’ement la destruction des tissus, puisqu’elle Consiste quelquefois dans une exhalation ayant lieu à la surface ou dans les aréoles des tissus organiques, et d’autres fois dans le ramollissement des concrétions albumineuses, comme cela s’observe dans les tubercules.

» L’humeur dite purulente des tissus séreux est donc un véritable pus, et mérite le nom de plis du système séreux : celle qu’ml appelle communément pur forme doit être désignée soüs le nom de pus des membranes muqueuses, etc. Si oïl leur a refusé Ce nom, cela vient, sans doute, d’une part de ce que les inflammations des membranes séreuses et muqueuses avaient été regardées pendant longtemps comme de fausses inflammations, et, de l’autre, de ce qu’on croyait que la destruction du tissu était une condition de la suppuration.

» La plus grande analogie existe entre le pus et le sé-

rum du sang; les mêmes matériaux se trouvent dans l’un et dans 1 autre : la principale différence paraît consister dans l’état de concrétion de l’albumine , dans une modification de la matière extractive, etc.

» La solution du carbonate sursaturé de potasse dans douze parties d’eau distillée forme, avec le pus, une liqueur filante et visqueuse quelle ne produit pas avec le sang, le lait, etc. Mais ce moyen ne peut servir à distinguer le pus des différents systèmes d'organes entre eux, et quelque multipliées qu’aient été les recherches de Schwilgfié* il n’a pu parvenir à découvrir des caractères spécifiques invariables : le pus de chaque système d’organes est susceptible d’éprouver tant de modifications par des circonstances accidentelles, qu’il sera probablement constamment impossible de parvenir à ce résultat si désiré. »

III. M. Andral a récemment publié sur le sujet qui nous occupe des recherches dont voici la substance :

Les produits qui peuvent prendre naissance dans le solide atteint d’inflammation sont, selon M. Andral, ou le liquide que fournit dans son état physiologique le solide enflammé, mais modifié sous le double rapport de sa quantité et de ses qualités, ou du pus, ou quelques uns des éléments mêmes du sang (i).

S’occupant exclusivement de cette troisième sorte de produit, M. Andral dit que les deux principaux éléments du sang qui se séparent le plus ordinairement de ce liquide sous 1 influence de 1 inflammation , sont l’albumine et la fibrine, la première étant dissoute dans le sérum.

Le sérum fourni par un solide enflammé, pas plus que

(i) Ceci ne s accorde pas complètement avec ce qUe j’ai dit plus haut; mais je crois devoir faire remarquer que la distinction de M. Andral manque peut-être de netteté, de précision, d’exactitude. Eu effet, le pus est aussi un liquide fourni par le solide enflammé, et ce liquide diffère par sa quantité et ses qualilés du liquide fourni par ce solide à l’état physiologique. D’uu autre côté, le pus contient quelques uns des éléments du sang, comme le troisième produit dont parle M» Andral.

celui qui s’échappe du sang dans toute autre circonstance, n’est jamais exactement semblable au sérum du sang, relativement à la proportion de l’albumine qu il contient : on peutétabliren principe général que les sérosités morbides, quelle que soit leur origine, ne sont pas ordinairement aussi riches en albumine que le sérum du sang; mais, toutes choses égales d’ailleurs, parmi ces sérosités celles qui se rapprochent encore le plus, par la quantité d albumine qu’elles contiennent, du sérum du sang, et qui quelquefois même l’égalent, sont les sérosités exhalées parles surfaces enflammées. Dans le sérum du pus provenant d’un abcès par congestion, contenant en suspension un grand nombre de globules de pus, M. Andral trouva une quantité d’albumine à peu près égale à celle qui existe normalement dans le sérum du sang. Cette expérience nous apprend, ajoute M. Andral, que dans le liquide purulent que fournit un solide enflammé , il y a une partie qui n’est autre chose que le sérum même du sang, auquel se trouvent mêlés en nombre plus ou moins considérable ces corps singuliers qu’on appelle des globules de pus.

Selon M. Andral, l’inflammation, qui ne peut s’accomplir sans que le sang vienne à se charger d’un excès de fibrine, détermine aussi, dans les parties où elle a lieu, la séparation d’une certaine quantité de ce principe. Mais, ajoute-t-il, cette séparation n’est pas toujours évidente: on l’observe surtout de la manière la plus manifeste, soit dans le sérum séparé du derme par l’action des cantharides, soit dans celui qui remplit les cavités des membranes séreuses enflammées. Pour démontrer que cette matière est réellement de la fibrine, M. Andral a examiné au microscope les flocons qui nagent au sein des sérosités, ou les fausses membranes encore molles qui sont étendues à la surface libre des membranes séreuses enflammées; et d y a trouvé un réseau parfaitement semblable à celui que lui avait offert la fibrine du sang. Cela lui a suffi pour ne

ANATO.M I E PAT I IOLOG I QU E .

pas douter que la matière floconneuse qui nage dans le liquide des vésicatoires et que les fausses membranes des séreuses ne fussent effectivement constituées par une substance complètement analogue h celle qui, dans le sang, porte le nom de fibrine.

M. Andral n’a pas encore eu l’occasion de constater si ce même réseau se retrouve dans les couches pseudomembraneuses qui recouvrent dans certains cas les membranes muqueuses. Il pense qu’il pourrait se faire que, sous l’influence d’un travail pathologique, d’autres principes que la fibrine vinssent à acquérir la propriété de se coaguler; et, par une nouvelle hypothèse, il se demande jusqu’à quel point l’acidité habituelle des membranes muqueuses et de la peau ne favorise pas cette coagulation dans les principes albumineux qui , accidentellement et par le fait de la maladie, peuvent se séparer du sang à la surface libre de la peau et des membranes muqueuses. M. Andral ne fait pas attention ici que rien n’est moins démontré quel’acidité/2rt6z7t<e//edela peau et de toutes les membranes dites muqueuses, à la surface desquelles peuvent se développer des pseudo-membranes : aussi me paraît-il infiniment probable qu’il faut chercher ailleurs la cause réelle de la formation de ces pseudo-membranes.

Quant au pus, M. Andral avoue que, dans l’état actuel de la science, il est bien difficile de dire comment il se forme et quelle est sa nature. Il ne saurait admettre, avec quelques uns, que les globules du pus soient une transformation de ceux du sang. Il y a si bien entre eux, dit-il, une différence de nature, que si l’on verse un peu d’ammoniaque sur un mélange de pus et de sang placé au foyer du microscope, on voit tous les globules de sang disparaître, tandis que les globules de pus ne s’altèrent en aucune façon (i).

M. Andral pense également que le pus ne se forme pas

(i) Ce serait donc à tort que notre savant collègue, dans son Traité d anatomie pathologique (t. I, p. 389), et M. Gendrin (Hist. anat. des in -

82 de l’inflammation et de la fièvre.

non plus aux dépens du sérum , dont on trouve 1 albumine intacte, et dans lequel il est simplement répandu sans se confondre le moins du monde avec lui. Ailleurs, M. Andral dit positivement que le pus n’a pas d’analogue dans le sang (pt 108 ).

M. Andral poursuit ainsi le cour6 de ses ingénieuses hypothèses :

«Les globules de pus ne seraient-ils donc autre chose « qu’une modification de la fibrine, qui, au lieu d’arriver „ à l’état de réseau , serait restée à l’état de corpuscules » graniformes? Seraient-ce ces corpuscules qui, en se grou- » pant avec une certaine régularité, produiraient les glo- » bules de pus? Dirai-je, à l’appui de cette manière de voir,

» qu’en examinant au microscope le liquide séro-fibrineüx » séparé des globules sanguins par le sulfate de soude, il » m’est arrivé plus d’une fois de voir les corpuscules qui . » nagent au sein de ce liquide se grouper en petites masses « qui me paraissent avoir la ressemblance la plus parfaite » avec les globules du pus? Il eût été impossible d’y trouver i, la moindre différence. D’un autre côté, lorsqu’on examine » du pus au microscope, on ne voit pas seulement des glo- » bules volumineux et bien formés : on voit aussi à côté » d’eux un grand nombre de molécules exactement pa- » reilles à celles qui nagent dans le sérum du sang; on voit » manifestement ces globules se rapprocher, se réunir, sé „ grouper enfin en masses arrondies. Que si enfin l’on «considère attentivement un globule de pus bien formé,

» il paraît à son tour constitué par Une agglomération de „ molécules plutôt juxtaposées quelles ne sont confondues;

« ce ne sont pas là certainement des corps formés tout » d’une pièce et constituant un seul tout homogène, comme « les globules de sang. »

Jlainmdlloni , t. Il, p. 4?9) avaient ahiiohcc? t|ue les globules de pus n etaient autre chose que des globules du sang modifiés dans leur volume et dans leur couleur.

ANÀtOMÎE PATHOLOOÎQUK. 8S

Ainsi, en résumé, deü.V matières, l’ütte globulaire, lautre réticulaire, caractérisent dans les solides, selon M. Andral, la présence de 1 inflammation. La matière réticulaire n’est autre chose que de la fibrine parfaitement semblable à celle qm existe dans le sang, et susceptible de passer à l’état d organisation ; la matière glnbulaire est peut-être encore cette mémè fibrine, mais altérée dans sa nature, arrêtée dans sa coagulation, et incapable de toute organisation.

<i Tandis qtte l'organisme tend en quelque sorte à s’aS- » sitniler à son profit la matière réticulaire, il tend an » Contraire â rejeter amdehors là matière globulaire dont » la présence lui pdrtè dommage. Tant quelle ii’est point «éliminée, il y a maladie, et Cettè élimination ne se fait » point elle-même sans qu’il en résulte souvent de graves ») accidents. » M. Andraî terminé par cette dpinioh,qUe les globules de pus peuvent pénétrer, siliOii en totalité, du moins en fragments, en débris, dans lé torrent circulatoire, lesquels fragments se réuniraient ensuite pour re= constituer les globules primitifs.

J avoue que, malgré tout le poids que peut leur prêter 1 autorité de M. Andral, ces dernières assertions et quelques autres cju’ütt trouve datls lé travail de notre Savant collègue, en raison même de leur importance , réclament impérieusement de nouvelles recherches.

IV. Dans le cours de microscopie qu’il vient dë publier, M. Donné nous fournit les documents suivants Sur les caractères microscopiques du pus. Selon lui, CeS Caractères microscopiques du pus Sont les mêmes que ceux du mucus. Les globules de ces deux substances sonttoüt-à-fait semblables. Mais il y a autre chose que des particules solides datls lepiis, et c’est par la partie liquide qu’il se distingue du mucus; d’ailleurs, le microscope n’est pas juge de cës différences. Sous ce rapport, il faut convenir qu’il y a loin de la fidélité* et, si j’ose le dire, de la perspicacité du microscope à celle du clinicien, armé seulement de ses

8 h de l’inflammation et de la fièvre.

sens et de ses moyens naturels d’exploration. En effet,

au premier aspect, quoi de plus différent que le pus et le

mucus?

Quoi qu’il en soit, voici un extrait des recherches de M. Donné sur les globules purulents. Si, dit-il, on examine au microscope, avec un pouvoir amplifiant de 3oo fois, une petite gouttelette de pus, on aperçoit une multitude de particules sphériques , grisâtres , pointillées , à bords nets et prononcés, et d’un diamètre de i/ioo à peu près de millimètre (c’est-à-dire un peu plus grosses que les globules de sang); ces particules sont les globules du pus qui flottent dans un liquide incolore et diaphane. Ils se composent d’une enveloppe ou vésicule granuleuse, renfermant dans son centre un noyau composé de petites granulations ou globulins , ordinairement au nombre de trois ou quatre. Ces globulins résistent à Faction de l’eau et se désagrègent promptement dans l’ammoniaque ; ce réactif transforme la matière purulente en une masse visqueuse, qui ne peut plus se séparer en s’écoulant, et qui tombe en un seul flocon lorsqu’on la verse d’un vase dans un autre (i).

L’eau iodée colore en jaune les globules purulents, et l’éther en sépare une certaine quantité de matière grasse.

Tels sont les caractères des globules du pus louable, phlegmoneux, récemment sécrété, qui n’a point séjourné longtemps dans les cavités, dans les foyers, dans les parties qui le fournissent. Dans des circonstances opposées à celles que nous signalons , les globules du pus se déforment, se rident, se désagrègent, en un mot ne présentent plus les caractères ci-avant exposés.

(i) J’ai eu occasion de constater plusieurs fois l’effet ci-dessus indique'. Cette action de l’ammoniaque sur le pus est bonne à se rappeler dans un certain nombre de circonstances. Comme ledit M. Donné, elle explique pourquoi, par exemple, on ne trouve plus les globules purulents intacts dans le pus mêlé à l’urine ammoniacale, et comment ce pus prendra dans cçtteespèce d’urine la forme de flocons visqueux, filants et glaireux.

ÏYI. Donné regarde les globules du pus comme un produit de sécrétion de la membrane pyogénicjue ; il ne pense plus, comme il le faisait autrefois avec beaucoup d’autres micrographes, que les globules sont constitués par des globules sanguins altérés, malades, par une sorte de précipité de la matière fibrineuse du sang. On aura peut-être quelque peine à croire que les globules du pus n’aient rien de commun dans leur origine el dans leur nature intime avec les globules du sang , et ne résultent pas d'une transformation morbide de ces derniers. Mais l’opinion d’un micrographe tel que M. Donné est d’un u’op grand poids pour être rejetée sans plus ample informé, d’autant mieux qu’elle concorde avec celle de M. le professeur Andral.

Voici maintenant, d’après M. Donné, l’influence du pus sur la fibrine. Qu’on reçoive, dans un tube fermépar un bout, du sang sortant de la veine au moment d’une saignée ; que dans un second tube, contenant du pus phlegmoneux frais, on reçoivedusang,demanièreàmettre trois parties de celuici pour une de pus, et qu’on agite aussitôtle tube afin de mélanger intimement les deux substances avant la solidification du sang, la coagulation s’opère dans les deux tubes avec des différences plus ou moins prononcées dans la couleur et la consistance du caillot, dans la séparation du sérum, suivant certaines propriétés particulières et suivant la proportion du pus; mais au bout de o f à 48 heures, l’aspect de la matière est bien différent dans les deux tubes; dans l’un, le caillot est encore ferme et intact ; dars l’autre (celui qui contenait du pus), la fibrine est devenue molle et diffluente, èt le caillot par conséquent n’a plus de résistance, en même temps qu’il est d’une couleur plus foncée, presque terne.

Indiquons maintenant les résultats des recherches microscopiques de M. Donné sur le pus de la blennorrhagie ,

des chancres et des bubons ; sur 1 e pus tuberculeux, le pus cancéreux, etc.

Dans l’état actuel de la science, et malgré les recherches

86 DE LINF^AMM4TiqN J£T de la fièvre.

publiées sur ce sujet par MM ! Ghige, Gruby et autres, M. Donné affirme que le pus de la blennorrhagie uré traie ou vaginale ne diffère en rien, au microscope, du pus d’un phlegmon ordinaire; que le pus des ulcérations syphilitiques primitives , des chancres, lorsqu’ils n’ont pas été traités par des applications topiques, contient des vibrions nombreux et d’une grande ténuité; que le pus de la simple balanite présente les mêmes animalcules , tandis qu’on ne les rencontre pas dans le pus des chancres secondaires, pas même dans celui des bubons, qui, d’après les expériences de M.Ricord, est susceptible de donner naissance à un chancre par inoculation.

« Nous connaissons les caractères microscopiques du pus phlegmoneux- Noiis voudrions pouvoir donner des caractères également nets et précis pour distinguer le pus tuberculeux , le pus cancéreux, etc. ; mais ici nous n’hésiterons pas à avouer notre impuissance, quoique, tout récemment, un observateur, M. Lebert, ait énoncé des moyens qu’il considère comme suffisants pour reconnaître ces différentes espèces de pus. Sans contester en rien la vérité des faits sur lesquels il s’appuie, nous doutons que, dans la pratique, il fût possible de se fier à de tels caractères pour affirmer , sans autre renseignement, que telle substanceest du tubercule ramolli et que telle autre appartient à la suppuration cancéreuse (i). »

§ II. ?hysio)pgie pathologique , ou considérations sur le mécanisme des ^Itérations ci-avant décrites.

Si nous avons consacré beaucoup d’espace au premier paragraphe de cet article, il n’en sera pasdemêmedusecond. Gu effet, exposer la physiologie pathologique ou le mécanisme des lésions que nous venons de décrire , ce serait répéter ici çe que nous avons consigné dans l’article où nous nous sommes occupé des diverses théories sur l'inflammation. Nous avons vu, d’ailleurs, combien l’histoire

(i) A. Donné, Cours de microscopie. Paris, 1 844 ? P- 20°-

de l’inflammation laissait à désirer sons ce rapport. Il ne tant pas s’en étonner, puisqu’il s’agit d’une matière extrêmement difficile, délicate, et que nous possédons à peine quelques ébauches des recherches exactes qui seraient indispensables pour dissiper les ténèbres dont elle est enveloppée. Pour bien comprendre les lésions dont il s’agit, pour les expliquer convenablement, il faudrait d abord connaître parfaitement les fonctions de la circulation capillaire, de la sécrétion, de la nutrition, de la calorification normale, et les causes qui président à leur exercice. Eu effet, les altérations des solides et des liquides par nous décrites ne sont évidemment que des résultats des modifications que ces fonctions intimes ont subies sous l’influence de ce qu’on appelle une inflammation. Nous avons à peine aujourd’hui quelques unes des innombrables données nécessaires à la solution d’un problème à tant d’inconnues.

Ce n’est que par des expériences physiques et chimiques exactes et suffisamment répétées, qu’on pourra parvenir à expliquer tout ce qu’il y a d’explicable dans le mécanisme de l’afflux du sang, de sa coagulation au sein de ses vaisseaux, dans le mécanisme du ramollissement, de l’ulcération et des autres actes morbides que détermine l'inflammation, considérée à ses divers degrés, L’acte morbide connu sous le nom d 'ulcération , sorte de décomposition organique^ comparable, sauf la différence des conditions de vitalité, à celle qui s’opère dans les corps inorganiques ou privés de la vie sous l’influence de la combustion ■ l’ulcération, dis-je, a été en particulier l’objet d’études intéressantes de la part de Hun ter. Mais ces recherches ont vieilli, et on ne saurait trop engager les vrais observateurs à reprendre en sous-œuvre cette grave et difficile matière. En effet, la théorie de Y absorption interstitielle , par laquelle le célèbre Anglais explique l’ulcération, ne saurait supporter aujourd’hui un examen sérieux,

Cela dit sur le travail désorganisateur complexe dont l’inflammation est la cause, nous allons présenter quelques considérations sur le travail organisateur ai réparateur qui lui succède.

A. Mode de réparation des solides; production des cicatrices et autres tissus accidentels.

Nous venons de voir quelles sont les altérations fondamentales des solides et des liquides dans les d Le', ses périodes de l’évolution du travail inflammatoire. Supposons maintenant que ce travail désorganisateur est à sa fin, et voyons ce qui s’opère après lui. Or , les suites de ce travail varient singulièrement selon la composition , la structure e<. les rapports des parties avec les agents extérieurs.

I. Lorsque ces parties communiquent avec l’extérieur, et que les sécréta d’origine inflammatoire ont été expulsés au-dehors, il ne reste plus rien à faire aux forces réparatrices ou médicatrices de la nature , qu’à remédier à la perte de cohésion ou bien aux solutions de continuité, aux ulcérations dont nous avons parlé plus haut. La première lésion ne tarde pas à disparaître par le retour de la vie nutritive à son type normal, et les ulcérations sont remplacées , au bout d’un temps plus ou moins long, variable selon une foule de circonstances, par un produit de nouvelle formation connu sous le nom de cicatrices.

Ces cicatrices , ces organes nouveaux , formés de toutes pièces aux dépens de quelques uns des éléments sécrétés oar les surfaces ulcérées (l’élément fibrineux spécialement), n’ont guère été étudiées que par les chirurgiens; et les seules qu’ils aient ainsi soumises à leur étude (étude bien incomplète encore), sont celles qui succèdent aux plaies et aux ulcérations de la peau et de quelques membranes muqueuses extérieures. Le mécanisme de cette cicatrisation rentre, au fond, dans celui qui préside à la cicatrisation des plaies réunies par première

intention. Hunter a , comme on sait, décrit sous le nom d inflammation adhésive , celle qui se termine ainsi par la sécrétion d’une matière qu’il désigne sous le nom de lymphe coagulante , laquelle matière n’est autre que celle connue aujourd’hui sous les noms de lymphe plastique, matière organisable, etc., et dont la fibrine paraît constituer, sinon la totalité, du moins le fond ou la base (i). Ce medium unissant (Hunter), cet agent admirable de tant de réparations naturelles ou artificielles, est le produit d’une inflammation dont le degré est inférieur à celui qui détermine la véritable suppuration , et c’est pour mieux faire sentir la différence qui existe entre les deux opérations vitales qui président, l’une à la formation de ce medium unissant, l’autre à la formation du pus proprement dit, que le profond observateur appelle la première inf amination adhésive , et la seconde inf animation suppurative. Ce travail d’adhésion, dont on trouve le type dans ce qui se passe quand on rapproche immédiatement les deux lèvres d’une plaie récente faite par un instrument tranchant, est une sorte de transition entre l’action rormale et l’action morbide qui constitue l’inflammation la plus simple. Aussi Hunter, qu’on ne saurait trop citer en pareille matière, commence-t-il par distinguer la réunion par première intention de toute inflammation; toutefois, il admet ensuite que pour le travail de la réunion par première intention , il survient quelquefois une inflammation, souvent extrêmement utile , dit-il , en ce qu’elle augmente la puissance d’union dans les parties divisées (a) ; mais il

(1) Dans ses Considérations sur le sang, limiter dit que la lymphe séparée des globules rouges constitue la couenne , et que cette lymphe enveloppe les globules rouges. Il compare la coagulation du sang, acte de la vie , à la réunion par première intention.

(2) La réunion par première intention , sans production d’un secretnm inflammatoire, a lieu, selon Hunter, par l’intermédiaire du sang coagulé qui adhère aux deux surfaces; et la rapidité est telle, qu’elle s’opère presque immédiatement, dans l’espace de vingt-quatre heures,

ge hâte d’ajouter que l’inflammation peut aller plus loin qu’il n’est nécessaire pour cela , et que le pus n’est pas favorable à la réunion , non plus que la sécrétion trop abondante du medium unissant ,

Distinguant les parties lésées en celles qui sont exposées ou qui communiquent avec l'extérieur , et en celles qui ne communiquent pas ainsi avec l’extérieur , limiter fait judicieusement remarquer que les premières suppurent à un moindre degré d’inflammation et plus longtemps que les secondes , ce qu’il attribue à ce que les surlaces affectées ne sont point en contact avec d’autres surfaces vivantes , contact qui tend à donner naissance à Y acte adhésif (1),

Nous l'envoyons aux traités de chirurgie pour de plus amples développements sur les cicatrices, et la cicatrisation en général, nous réservant d’indiquer les particularités quelle présente dans tels ou tels organes, quand nous nous occuperons de l’inflammation ulcéraiive de ceux-ci. Nous reviendrons touD-àd’heure sur les adhérences ennous occupant des métamorphoses qui se passent dans les sécréta formés au sein des parties qui ne communiquent pas

par exemple. Il est bien difficile, à mon avis, de démontrer péremptoirement qu’un certain degré d’inflammation n’a pas concouru à la production de la matière organisable qui constitue le» adhérences et les cicatrices. Mais il importe, au reste, fort peu d’assigner tel ou tel nom à l’acte qui donne naissance au produit destine a former une adhérence ou une cicatrice, pourvu qu’on s’entende sur les conditions mêmes de cet acte.

(i) Hunter a considéré la formatioti des croûtes comme un des phénomènes qui se rattachent à l’histoire de la réunion par première intention. Selon lui, une croûte peut être définie du sang desséché sur une plaie simple , du pus desséché sur une plaie suppurante , du mucus produit par une surface enflammée et desséché, une escarre provenant d’une cause quelconque, et qui s’est trouvée dans des conditions telles qu elle a pu se dessécher. Relativement à la première espèce de croûte , voici ce qu il dit : « Si les parties n’ont pas été rapprochées , le sang forme une couche coagulée qui se dessèche et devient un obstacle a la suppuration. Cette croûte n’est pas vivante, et la cicatrisation a lieu au-dessous delle. »

avec l’extérieur, Nous ajouterons cependant ici qu’il serait bien à désirer que de nouvelles recherches sur le grand acte de la cicatrisation fussent entreprises, et qu’elles eussent pour objet de déterminer, au moyen de procédés exacts et rigoureux, les divers phénomènes physico-chiiniques qui en font partie.

Ce qu’il y a de bien démontré par l’expérience journalière, c’est « l'influence qu’exerce la composition dn sang sur la formation rapide ou lente , complète ou incomplète de la cicatrice. Chez les animaux défibrinés les plaies ne se cicatrisent pas, ou du moins très imparfaitement. Si la fibrine eût été soustraite en totalité, aucuns points ne se fussent réunis, même en apparence (i). » Qui ne sait que chez; l’homme , sous l’influence d’un véritable appareil typhoïde, les cicatrices ne s’opèrent que très difficilement, qu’elles se détruisent même quelquefois après leur formation, etc., etc. ?

Les observations, mille fois répétées, que nous avons faites sur la formation et les métamorphoses de la couenne du sang inflammatoire, nous ont pour ainsi dire permis de prendre la nature sur le fait dans ses opérations d’organisation de la membrane modulaire ou pyogénique, et des fausses membranes en général , lesquelles ne sont au fond qu’une couenne inflammatoire séparée du liquide sécrété par les membranes séreuses enflammées. En effet, la couenne d ie inflammatoire du sang a, sous presque tous les rapports, la plus grande ressemblance avec la matière pseudo-membraneuse des séreuses enflammées. Or , au bout de quelques heures , après une saignée bien faite, dans un cas d’inflammation fébrile franche (arthrite, pleurésie rhumatismale, ou produite par un refroidissement), la couenne inflammatoire, d’abord molle comme de la graisse qui se fige , et amorphe , présente bientôt l’aspect

(0 M. Magendie, Leçons sur les Phénomènes physiques de la vie , faites au Collège de France , t. III, p, 3i8.

membraneux, offre des cellulosités ou des franges celluleuses flottantes au-dessus d’elle , et, dans un bon nombre de cas, montre des taches , des points , des lignes rouges, qui paraissent tout-à-fait semblables aux taches, aux lignes rouges qu’on ne tarde pas à découvrir dans la matière pseudo-membraneuse qui s’organise : ce sont là des rudiments de vaisseaux. Poussant plus loin nos rapprochements , nous ajouterons que l’adhérence de la face inférieure de la couenne, j’ai presque dit delà pseudo-membrane d’un sang inflammatoire avec la surface du caillot, peut être compaiée à l’adhérence de la fausse membrane ou de la couenne des séreuses enflammées avec la face libre de celles-ci , et que la rétraction de la couenne pseudomembraneuse du caillot produit le renversement de ce dernier, comme la fausse membrane qui se forme à la surface d’une plaie suppurante en tire peu à peu la circonférence vers le centre. En un mot, pour s organiser définitivement et vivre , il ne manque à la couenne inflammatoire vra;e que d’étre placée dans les mêmes conditions que les pseudo-membranes , cest-à-dire en rapport avec des tissus vivants et à l’abri du contact de 1 air et des autres injures extérieures (i).

II. Nous avons étudié spécialement les cas dans lesquels les produits de 1 inflammation ont été expulsés au-debois , occupons-nous maintenant de ceux dans lesquels le seciétum inflammatoire est verse dans des cavités closes de toutes parts , comme les cavités des membranes sei euses des divers ordres (séreuses proprementdites, synoviales, bourses muqueuses, etc.), ou déposé dans le tissu cellulaire qui se rencontre dans la trame de tous nos organes. Ce produit peut être du véritable pus, ou bien un liquide séro-pseudomembraneux. S’il s’agit de véritable pus, liquide accidentel

(i) Toutes ces circonstances ne portent-elles pas à croire que les éléments les plus simples de l’économie , les tissus cellulaire et séreux, patexemple, existent presque tout formes dans le san,q dit infl.tmmatoiu

PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE, non organisable, tantôt il est résorbé en totalitéau boutcTun temps plus ou moins considérable , tantôt, au contraire, il reste accumulé, ou du moins n’est résorbé qu’en partie, et, soit qu’il s’organise un kyste autour de lui, soit qu’il ne s’en organise pas , il constitue un véritable corps étranger. Comme tel , il devient l’objet d’indications particulières, les unes du ressort de la chirurgie, les autres du domaine de la médecine, indications sur lesquelles nous reviendrons en temps et lieu.

Nous venons de dire que le véritable pus n’était pas organisable. Il ne faudrait pas néanmoins prendre trop à la lettre cette assertion. En effet, il est des espèces de pus qui contiennent une matière plastique , organisable , et c’est elle qui, se déposant autour du foyer du pus, finit par se transformer en une' enveloppe séreuse ou séro-fibreuse, désignée sous le nom de kyste. Cette espèce de pus tient en quelque sorte le milieu entre le pus parfait, inorganisable, et le liquide séro-pseudo-membraneux dont nous allons nous occuper.

Lorsque l’inflammation , contenue dans les limites qui distinguent celle que Hunter appelait adliésive , donne naissance à ce dernier produit, voici ce qui arrive : la partie liquide ou séreuse est résorbée au bout d’un temps plus ou moins rapide, tandis que la partie coagulée, pseudo-membraneuse, qui se compose principalement défibriné, ne tarde pas à s’organiser , et de là des adhérences , des brides, des plaques, etc., qui d’abord séreuses, celluloséreuses, séro-fibreuses , peuvent plus tard, par l’effet de certaines circonstances , se transformer en tissu fibreux , fibro-cartilagineux , s’incruster de sels calcaires, etc., etc.

La formation de ces tissus nouveaux ne diffère pas au fond de celle du tissu modulaire ou des cicatrices dont nous avons parlé précédemment. On peut dire, par exemple, que les deux feuillets d’une membrane séreuse , tapissés d’une couche pseudo-membraneuse s’unissent entre eux

9/| DE l’inflammation ET de la fièvre.

par une sorte de première intention , comme les lèvres d’une plaie récente rapprochées Tune de l’autre; Dans l’un et l’autre cas, le medium unissant est le même : c’est la lymphe coagulante de Hun ter, la matière pseudo-memhra^ neuse, plastique, jdbrineusto) des auteurs modernes. Le mécanisme de l’organisation et, si j’ose le dire , de la vivification de l’élément pseudo-membraneux, rentre dans celui qui préside à la formation et au développement des tissus et des organes naturels. Nous abandonnons aux physiologistes la tâche d’en fournir une explication complète et satisfaisante. Nous ajouterons seulement que le développement de stries, de lignes rouges, puis de vaisseaux distincts dans les tissus parasites ou accidentels;, est un des caractères qui annoncent formellement en eüx l’organisation et la vie. Comme l’embryon , ils parcourent , dans leur évolution, divers états, diverses métamorphosesdontl’étude n’a pas encore été faite avec tout le soin et toute l’exactitude nécessaires;

Quoi qu’il en soit, diverses productions accidentelles, et un état d’hypertrophie plus oü moins Considérable des tissus ou des organes qui ont été le siège d’une inflammation prolongée au-delà d’un temps variable selon plusieurs circonstances, sont donc constamment au rang des suites incontestables, évidentes, palpables de la maladie dont il s’agit. Niel’ ce fait , ce serait nier le mouvement et la lumière elle-même; Mais, et les produits accidentels, ces sortes d’organes surajoutés , et les organes naturels hypertrophiés , sont à leur tour susceptibles de divers travaux morbides, sous l'influence desquels ils peuvent éprouver des transformations, des dégénérescences, des métamorphoses que nous nous bornons à signaler ici, nous réservant de nous en occuper plus longuement ailleurs.

J’ajouterai néanmoins ici que de longues et nombreuses recherches, faites sur les différentes caüses qui entraînent tant de modifications dans les divers produits acciden-

tels , me conduisent à présumer que les altérations de la fibrine du sang, celles du tissu graisseux et les produits anormaux qu’il sécrète, jouent un certain rôle dans le développement du produit particulier connu sous le nom vague ds cancer . Il m’a semblé, par exemple, que cette espèce de cancer à laquelle on donne le nom A' encéphalôïde , se développait plus particulièrement dans les organes abondamment fournis d’un tissu graisseux ou médullaire. La matière suijfeuse liquide ou demi-liquide exprimée par la pression de certaines masses encéphaloïdes, i n a paru pouvoir être considérée comme provenant, du moins en partie* du secretum anormal auquel donne lieu un état morbide encore peu étudié du tissu graisseux, lequel état morbide pourrait bien, si je ne me trompe, ne pas différer essentiellement de celui qu’on connaît dans les autres tissus sous le nom d inflammation chronique.

Nous en avons dit assez ici sur le rôle que joue si souvent l’inflammation à divers degrés, dans le développement des tissus, des produits accidentels , analogues ou non ana^ logues aux tissus normaux , dans la formation des nombreuses lésions organiques ( ciironiques-organiques de Corvisart), question tant agitée , tant controversée depuis une trentaine d’années. Plus tard , quand nous décrirons spécialement ces diverses lésions, en nous efforçant de les soumettre à une classification convenable, nous examine-' rons si l’inflammation en est toujours la Véritable origine. Pour le moment, il nous suffit d’avoir montré de quelle manière elle y prend part, et nous insistons, en terminant, sur ce point, savoir, que, nées de l'inflammation „ les

productions accidentelles survivent, pour ainsi dire, à

leur mère, et que, parmi elles, les unes (celles qui sont

organisées) peuvent devenir pour leur propre compte le siège d’une inflammation , tandis que les autres (celles qui ne sont pas organisées ) se comportent à l’instar de véritables corps étrangers.

III. La résorption des parties liquides decertains sécréta d’origine inflammatoire, l’organisation des parties plastiques , pour ainsi dire viables , de ces mêmes liquides, et quelques autres phénomènes qu’il n’est pas le lieu de signaler ici, sont considérés à juste titre comme les effets, les travaux admirables de ce qu’on appelle le nisus formativus , ou bien encore, en ayant égard à quelques-uns des résultats, la nature médicatrice. Mais il ne faut pas s’imaginer que, dans tous les cas, les phénomènes dont il s’agit, et spécialement l’organisation de certains produits inflammatoires , soient salutaires et qu’une puissance intelligente y préside. Sans doute, cette organisation est très salutaire quand il s’agit de la formation d’une cicatrice à la surface d’une solution de continuité plus ou moins large, d’une ulcération plus ou moins étendue, ou bien entre les lèvres d’une plaie; mais dans combien de cas ces produits organisés ne gênent-ils pas ou n’empêchentils pas même complètement le jeu, les fonctions de certains organes? Sont-elles salutaires et l’ouvrage d’une nature intelligente, prévoyante, ces adhérences entre des parties qui doivent être séparées pour le libre exercice des fonctions, comme, par exemple, les adhérences des bords opposés des paupières, de la face in terne de celles-ci au plobe de l’œil, les adhérences qui s’établissent entre les valvules du cœur et la face correspondante des cavités de cet organe, ou bien entre les bords opposés de ces soupapes organisées, les brides accidentelles qui renversent certaines parties, les paupières entre autres, etc., etc.?

Ainsi donc les tissus accidentels qui s’organisent au sein des parties qui ont été enflammées ne servent à réparer les lésions consécutives à cette même inflammation et ne sont utiles que dans certaines circonstances. Ils ne sont avantageux le plus souvent qu’autant que l’art est intervenu pouren régler, en diriger en quelque sortelc développement. Alors seulement on peut dire que, semblable à la

PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE, lance d’Achille , l’inflammation guérit les blessures qu’elle a faites. Combien de produits, d’ailleurs, naissent de cette œuvre morbide, qui , sous tous les rapports , sont essentiellement nuisibles!

C'est donc avec raison que limiter, qui se complaisait en quelque sorte dans la recherche des causes finales , admettait que, « dans les inflammations, tantôt les substances de nouvelle formation sont créées dans un but salutaire, et que tantôt elles constituent un principe morbide.

» Les adhérences et les granulations, suivant que la guérison s’opère par première ou seconde intention, sont du premier genre. Leur création est comme une reproduction des principes naturels et de la force de développement. Les substances morbides, au contraire, sont, si l’on peut ainsi dire, des monstruosités (i). »

D’un autre côté, la résorption du pus, nécessaire à la guérison du mal local, n’est pas toujours innocente; elle est même quelquefois la source d’une affection générale bien plus grave que la maladie locale. Cette résorption ne s’opère impunément pour la constitution qu’autant que le pus est de bonne nature, louable. Mais quand il possède des propriétés septiques, ou des propriétés délétères d’autre nature, toxiques en un mot, alors on voit éclater ces redoutables accidents qu’une mort prompte termine presque constamment, comme ne le savent que trop tous les observateurs familiarisés avec l'étude de ce qu’on désigne assez généralement aujourd’hui sous le nom d 'infection purulente. Cette infection purulente n’est, d’ailleurs, qu’une des espèces ou des formes d’une infection que, pour ma part, j’ai, depuis près de vingt ans, l’habitude d’appeler infection septique ou putride, expressions plus précises que

(1) Ouvrage cité, cliap, VII, du médium unissant; traduction de M. le docteur Richelot.

celles d’étal typhoïde ou gdynamique dont -se servent les observateurs élevés à l’école de Pinel (i).

B. Réparation , dépuration des liquides et spécialement du sang ; crises.

Ce n’est pas seulement dans les organes proprement dits, mais encore dans les liquides, et particulièrement dans le sang, que la nature opère des phénomènes de réparation et pour ainsi dire de revivification. Étudiée dans les liquides en général et dans le sang en particulier, une partie de cette opération si compliquée porte le nom de dépuration. Or, c’est par la voie des sécrétions, et par celle de la sécrétion de l’urine surtout, que cette dépuration s’accomplit. Ces sécrétions pathologiques, ces crises, sont, au reste, pour les matières anormales dont il importe que le sang soit débarrassé, ce que les sécrétions normales, véritables crises naturelles, sont pour certains principes que le sang, dans l’état de santé ordinaire, ne pourrait retenir sans qu’il survînt plus ou moins promptement des accidents plus ou moins graves. Il y aurait beaucoup à dire sur la grande question de l’élimination des diverses substances étrangères qui peuvent circuler dans la masse sanguine ; mais qu’il me suffise d’avoir en quelque sorte posé l’énoncé du problème. J’y reviendrai en traitant des

(x) La dénomination d’ infection purulente , il faut le dire, n’est rien moins que complètement exacte. Lu effet, toute espece de pus n est pas propre, par sa pre'sence dans le torrent sanguin, à faire naître les divers symptômes qui caractérisent letqt morbide connu sous le nom d 'infection purulente. La résorption d’une quantité plus ou moins notable de pus louable , qui n’a éprouvé aucun travail de décomposition ou fermentation putride, a, comme je l’ai noté tout-à-l’heure , lieu tous les jours dans certaines pldegmasies terminées par suppuration, sans qu’il en résulte de graves accident!}. Le seul pus capable de produire les accidents propres à l’infection purulente est, je le répète, celui qui, soit par son contact avec l’air, soit par toute autre cause, a déjà subi une putréfaction plus ou moins avancée, et c’est pour cela que je range l’infection dont il est la matière parmi les espèces que comprend 1 infection septique , putride , ou typhoïde , véritable genre de maladie.

SYMPTÔMES DE l'i INFLAMMATION.

lésions du sang. Qu’on me permette seulement d’ajouter que le sang, diminué de quantité, dépouillé par la maladie, par les sangsues, par la diète, de ses éléments nutritifs, etc., se répare au moyen d’un régime alimentaire sagement dirigé, secondé par l’influençe d’un bon air et des autres agents hygiéniques. Cette réparation est d’autant plus rapide , plus facile , que la maladie a duré moins longtemps; et ue là , sous le rapport qui nous occupe, l’avantage immense de la nouvelle formule des émissions sanguines ■

ARTICLE V

EXPOSITION IUISONNÉE DES SYMPTÔMES, Oü DES SIGNES DE 1,’lNFLAMMATION;

DIAGNOSTIC

Dans les inflammations, les fonctions communes à toutes les parties, la vitalité générale, et les fonctions spéciales qui sont dévolues à chacune d’elles, éprouvent des modifications plus ou moins profondes. Et comme les conditions physiques, anatomiques ou matérielles des organes malades sont elles-mcmes plus ou moins modifiées, il en résulte un troisième ordre de signes dont la connaissance, ignorée presque complètement jusqu’à ces derniers temps, est de la plus haute importance pour le diagnostic, comme il nous sera facile de le démontre)’.

Ce n’est pas tout : en vertu des rapports, des sympathies qui lient les organes les uns aux autres, ou mieux par l’effet de cette Iqi de diffusion de l’inflammation dont nous avons parlé précédemment, de cette réaction qu’exerce la partie enflammée sur la constitution tout entière, et sur quelques unes de ses parties en particulier, de nouveaux phénomènes morbides apparaissent, et portent le nom de phénomènes généraux, sympathiques , réactionnels. Ce n’est pas, d’ailleurs, par une réaction purement vitale, dynamique, nerveuse, que le foyer inflammatoire influe sur les autres parties de l’organisme. En effet, au sein même de

100 DE l'inflammation ET DE LA FIÈVRE,

ce foyer, selon diverses circonstances énumérées plus haut , des absorptions ou résorptions anormales viennent parfois à s’opérer, et il en résulte des infections variées qui se révèlent à l’observateur par des symptômes particuliers. Ces distinctions bien comprises, on pourrait désigner sous le nom de symptômes par difjitsion ou par rayonnement ceux qui ont lieu plus ou moins loin du foyer primitif de l’inflammation et qui se passent plus spécialement dans les solides, et sous le nom de symptômes par infection ceux qui tiennent aux résorptions anormales, ou bien encore aux sécrétions également anormales qui s’opèrent à la surface des vaisseaux enflammés. Il serait beaucoup trop long de développer ici tous les détails qui se rattachent à chaque ordre des symptômes que nous venons d établir. Nous nous en tiendrons en conséquence aux généralités les plus importantes, et nous aurons soin, dans la description des diverses inflammations en particulier, de faire ressortir les phénomènes que nous nous sommes contenté d’esquisser ici à grands traits.

g, Ier. Signes ou symptômes locaux, idiopathiques.

A. Signes du premier ordre ou signes qui dépendent de la lésion de l action vitale commune. (Vie organique ou intérieure.)

Ces signes se partagent eux-mêmes en deux espèces : les uns dérivent immédiatement de la lésion vitale qui constitue l’inflammation; les autres proviennent de la présence des sécréta anormaux et autres altérations matérielles que l’inflammation entraîne à sa suite.

1. L’augmentation de la température de l’organe affecté, la rougeur, la tuméfaction, la rénitence, l’induration, la sécrétion anormale qui s’opère dans cet organe, tels sont les symptômes les plus généraux de l’inflammation : ils tiennent essentiellement à cet acte morbide, et sont en rapport constant avec lui. Mais ces signes, les trois premiers du moins, ne peuvent être constatés que dans les

SYMPTÔMES DE L’iNFLAMMATION.

cas où les parties affectées sont placées à la portée de nos sens. Ils lions échappent donc dans un très grand nombre de cas, et le diagnostic ne se fonde que sur les signes des autres ordres. Nous n’insistons pas d’ailleurs sur cette espèce de signes, attendu que les considérations quelle comporte ont été présentées dans l’article consacré à la théorie, au mécanisme de l’inflammation en général et de la production de ses caractères anatomiques.

Nous devons cependant mentionner ici les recherches suivies que nous avons faites , depuis plus de dix ans , pour apprécier avec le thermomètre les divers degrés d’élévation de la température de la partie enflammée quand elle était extérieure, et de la température générale du corps. D’autres observateurs ont fait plus tard de pareilles recherches qui ont confirmé les nôtres.

il. Les signes de la seconde espèce, ceux qui sont le résultat de l’état physique ou anatomique anormal des parties, méritent, avons-nous dit, une étude sérieuse, et leur connaissance a réellement changé la face du diagnostic, en lui imprimant un caractère de précision et d’exactitude en quelque sorte merveilleuses. Ces signes varient singulièrement selon les organes. Citons des exemples de cette espèce de signes j ustement appelés ■physiques. Lorsque la pleurésie, la péricardite , la péritonite, la synovite, etc., ont déterminé un épanchement plus ou moins considérable, le volume, la forme, la configuration des cavités dans lesquelles l’épanchement s’est, formé offrent des changements remarquables; la résonnance normale de quelques unes de ces cavités n’est plus la même, et d’autres, phénomènes acoustiques, des phénomènes mécaniques, qui ont lieu normalement dans les organes que ces cavités contiennent, sont également modifiés, comme nous le montrerons de la manière la plus explicite en traitant de ces maladies en particulier.

Quand le poumon est hépatisé, suivant l’expression vul-

102 de l’inflammation et de LA fièvre.

paire , la percussion de lu région de la poitrine qui lui correspond ne donne plus un son clair, coirime à l’état normal; le bruit déterminé par le passage de lair dans les vésicules pendant l’inspiration et l’expiration est modifié, etc. Quand le coeur est tuméfié par l’effet du raptus inflammatoire, que ses valvules sont boursouflées, tapissées de pseudo-membranes, de concrétions sanguines , que ses orifices sont rétrécis par la présence de ces productions étrangères , etc., les bruits de cet organe , l’étendue de la matité de la région précordiale, etc., etc., ne sont plus tels qü a l’état normal.

Ce qui vient d’être dit des organes respiratoires et du centré de la circulation est applicable à tous les autres organes en général, en sorte que, dans 1 histoire particulière de l’inflammation de chacun d’eüx , il sera question de signes fournis par les modifications anatomiques ou matérielles que l’inflammation leur a fait subir. Mais lès conditions anatomiques dont il s’agit ne doivent pas être considérées uniquement sous le point de vue des signes purement physiques dont elles sont la cause ; elles sont de plus le point de départ de certaines lésions fonctionnelles' proprement dites, que l’on a trop souvent rapportées à une lésion vitale ou dynamique. Ainsi, par exemple, les fonctions propres du poumon sont entravées par un épanchement pleurétique qui comprime cet organe, par une hépatisation qui s’oppose à la pénétration de l’air dans les vésicules pulmonaires; les fonctions propres du cœtii’ sont entravées à leur tour par les concrétions sanguines ou pseudo-membraneuses dont nous parlions plus haut; celles du cerveau, par la compression qu’un épanchement dans les ventricules et dans la grande cavité de l’arachnoïde exerce sur lui, par la présence du pus infiltré dans son tissu, etc.; celles du larynx, par l’épaississement des cordes vocales, par la présence de pseudo-membranes, etc.; celles du pharynx, par le gon-

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