FIÈVRE AIGUË
§ Ier. Doctrine de Pinel.
« Il faut se garder, dit Pinel, d’attribuer de la réalité à la fièvre en général , de la considérer comme existante par elle-même , de vouloir la définir: c’est un terme purement abstrait, comme ceux d arbre, de métal, qui conviennent a plusieurs objets analogues. Et que deviennent alors tant de graves dissertations, tant de recherches frivoles sans cesse vainement renouvelées depuis Galien jusqu’à nous sur le caractère essentiel et la définition de la fièvre (i) ! »
\ ingtans plus tard (iS 18), époque de la sixième et dernièie édition de sa Nosogrct/j/iie , Pinel , dans ses considérations préliminaires sur les fièvres essentielles ou primitives, disait ({>. 14 à 1 5 11 : « On a publié depuis quelques années à Paris, comme une nouveauté en pyrétologie, la découverte d une certaine fièvre dite simple, qui ne peut être, dit-on, rapportée à aucun des ordres que j’ai indiqués, mais qui peut les former par sa complication avec des symptômes inflammatoires, bilieux ou gastriques, muqueux, etc.; et on cite surtout pour exemple les fièvres intermittentes. Mais comme il paraît qu’on se fait illusion , et quoa donne une existence réelle à ce qui 11’est qu'une idée abstraite et générale , je me dispense de toute critique, et je me bornerai à faire remarquer que, dans cette nou- 'e acception du fièvre simple, on a voulu désigner un état
ùosog. philosoph. ; introduction, irc édit. Paris, an vu, paj. xix.
'Iti/l DE LINFLAMMATION .ET DE LA FIÈVRE.
dans lequel i! n’existe que les symptômes les plus ordinaires et les plus constants de toutes les maladies fébriles, tels que le froid , la chaleur, la sueur, la fréquence du pouls, sans aucuns caractères bilieux, muqueux, ataxiques, etc... Ce n’est pas ordinairement parmi les fièvres continues, qui ont presque toujours, pendant tout leur cours, un caractère bien prononcé, qu’on a cherché des exemples de la nouvelle fièvre ; mais on a pensé que les fièvres intermittentes offraient plus souvent cette apparence de simplicité. Nul doute, en effet, que ces dernières, après une longue durée, ne perdent les signes de leur nature primitive, et ne soient souvent alors constituées par des accès où l’on observe seulement le frisson, la chaleur etla sueur; quelquefois même l’un ou l’autre de ces symptômes vient à manquer: mais doit-on, pour reconnaître la véritable nature des objets, ne les considérer que quand ils sont dégénérés, et qu’il n’en reste en quelque sorte que des vestiges? Le véritable point de la question est de savoir s il y a de ces fièvres qui, dès leur origine, n’ont été ni bilieuses, ni muqueuses, ni d’aucun autre ordre. Or, toutes les fois qu’un observateur attentif et non prévenu a pu les observer a leur début, il aura reconnu l’un ou l’autre de ces derniers caractères. »
Dans l’appendice aux fièvres essentielles, l’auteur, insistant sur la supériorité de sa classification des fièvres, revient sur la même question, et la résout, ainsi qu on va le voir, à peu près de la même manière. Il rappelle que l’objection la plus souvent répétée a été celle de reconnaître une certaine fièvre dite simple, et qu’on regarde comme ne pouvant entrer dans son cadre. Les symptômes communs aux divers ordres sur lesquels repose i’existence de cette fièvre simple sont les suivants: « Une altération du pouls et de la chaleur, un sentiment de malaise et de faiblesse, un trouble général et plus ou moins marqué des fonctions. »