‹ Traité de nosographie médicale (volume 2)Chapitre 74 sur 125 · FIÈVRE AIGUË · texte numérisé non relu

FIÈVRE AIGUË

Selon Pinel, ces divers attributs réunis ne forment nullement une réalité, mais une pure abstraction qui sert de communication entre les divers ordres de fièvres, séparés ou réunis deux à deux, trois à trois, quel que soit le type de continuité, de rémittence ou d’intermittence.

Rien ne justifie peut-être davantage, dit-il, la distribution générale des fièvres en cinq ordres primitifs (en exceptant la peste, qui est toujours communiquée par contagion ), que 1 existence isolée de divers états de 1 organisme relatifs à cette division, et qui peuvent très bien exister plus ou moins longtemps sans fièvre, céder peu à peu à certains moyens mis en usage, ou bien précéder de quelques jours une des fièvres des cinq ordres.

Pinel s’élève contre la recherche de lacause prochaine de la fièvre et des fièvres primitives, recherche qui, selon lui, ne s’accorderait pas avec les principes d’une saine logique. Il veut qu’on s interdise d’ expliquer leur nature ou de fiaire voir comment elles dépendent d’une loi plus générale dans leur invasion , leur entier développement, et leurs terminaisons variées.

Les explications qu’il propose lui-même justifient, il est vrai, ses attaques. Que nous apprend, en effet, de clair et de positif l’extrait suivant de sa Nosographie relativement à la fièvre aiguë? « Une fièvre aiguë entraîne un si grand trouble dans l’économie animale , elle est accompagnée d’un si grand nombre de lésions des fonctions de la vie, avec des différences si marquées, soit suivant les diverses espèces, soit suivant les périodes de la même espèce, qu il est très peu vraisemblable qu’on puisse jamais déduire cette variété d’effets d’une autre propriété plus générale de notre organisation. » (P. 35a, t. 1er.)

Mais si le temps présent ne comportait pas les recherches dont il s’agit, il ne fallait pas les interdire à l'avenir. Ces recherches, d ailleurs, ne devaient point porter sur les causes prochaines, mais bien sur le siège ou la localisation delà fièvre

DE L’iNFLAMMATION ET DE LA FIÈVRE.

et des fièvres, et sur l’identité ou la non-identité de ces maladies avec celles qu’on désigne sous le nom de pblegmasies. On ne possédait pas encore tous les éléments nécessaires à la solution de ce grand problème. C’était là une tâche que les médecins de cette époque laissaient à leurs successeurs : nous verrous bientôt comment ces derniers s’en sont acquittés.

Au fond, dans la doctrine de Pinel, la fièvre est pour ainsi dire un être de raison, une pure et véritable abstraction. Mais c’est une grande erreur que de comparer ainsi le mot fièvre aux mots arbre, métal, qui s’appliquent à des objets, à des corps, tandis que le premier indique seulement un état donné de l’économie, une série ou collection de symptômes déterminés, Or, cet état morbide, différent d’autres états morbides, n’est point une abstraction, mais bien une réalité, et comme tel il doit avoir et a réellement un siège, et il tient à un mode spécial de lésion des parties qui en sont le siège. Ainsi, rien n’est donc moins frivole que de chercher à bien définir la fièvre et à faire connaître son caractère essentiel (i).

Réduit à ne pouvoir comprendre l’existence de la fièvre considérée en tant que maladie spéciale et indépendante, dans son embarras, Pinel va jusqu a déclarer que les divers états de l’organisme sur lesquels repose sa division des fièvres en cinq ordres peuvent très bien exister plus ou moins longtemps sans fièvre, ce qui est vrai; et il ne s’aperçoit pas que donner le nom de fièvre à un état de l’organisme qui peut exister sans fièvre, c’est assurément violer avec éclat les lois de la saine logique. D’un autre côté, qu’est-ce qu’une pure abstraction qui sert de communication

(i) A l'époque où Pinel écrivait, on ne savait presque rien de positif sur la classe des affectiops de tout l’organisme ( totius substantiel ), et l’on se doutait à peine de l’existence de ces plilegmasies des appareils généraux, queBiohat, dans son Anatomie générale, venait d’étudier sons le nom de systèmes.

FIÈVRE AIGUÉ. 16?

entre les divers ordres de fièvres, séparés ou réunis deax à deux, I trois à trois ?

Au reste, Pinel s’est mis en contradiction avec luimême, dans ses généralités sur les inflammations, ou, connue nous l’avons vu précédemment, il donne nue existence très réelle et pour ainsi dire un corps à la fièvre , en la localisant dans le système sanguin-

§ II. Doctrine de Prost et de Broussais sur le même sujet.

Ces deux successeurs immédiats de Pinel n’ont gnère fait que marcher sur ses traces. Certains essentialistes avaien r. proposé \euv fièvre simple, sâns en donner une monographie satisfaisante. Les non-essentialistes ou les localisateurs, plus cpie Pinel encore, s’il est possible, ont négligé l’étude de la fièvre en tant que maladie existant par ellemême, et n’en ont dit que quelques mots en traitant des phénomènes réactionnels de l’inflammation. (Voy. plus haut l'article que nous avons consacré à ces phénomènes.)

I. Prost, d’abord, dont les travaux ont si puissamment concouru à l’élucitlation de la ténébreuse doctrine des fièvres, et qui mérite d’être mis au premier rang des vrais fondateurs de l'Ecole organique (i), Prost s'est beaucoup

(i) Justifions cette assertion par le passage suivant c|e la Médecine

éclairée par l’obsexvation, et l'o\ivçr\ure des corps, Paris, l8o4 : « Le bqt de mes recherches, (lit Prqst, est depuis longtemps la Cflpp{lis§<mc£ des altérations organiques dans les maladies; je rpe suis attaché surtout a celles r/ui donnent lien aux désordres des foliotions animales et ^ux fièvres... J’ai cherché à connaître tops les désordres des organes dans JfS maladies c-t 1rs différences qq’pn peut observer dans les Ft.uimss elles solides pendant leur coprs î ce travail demandait une volonté très dépidép, up courage inébranlable, et peut-être plps d’nnipur PPHr L (i) * * * v*e <bs autt'c5 que pour la mienne. » I’rosf ajoute qp’ayanl fie pnldier sqs pljse| va|iops , il a faitplus de quatre cents ouvertures de corps , dont begPPQup l’opf

retenu pendant une journée, et aucpne pendant moins de plusieurs heures. C’est ainsi qu’on parvient à faire des décpgvertps.

On litep optredaps ce même livre, si longtemps ignoré et si peu pqpnu

encore aujourd’hui (pag. xcu) : «Point d’effets sap$ causes; point de pauses

plus occupé des fièvres des divers ordres que de la fièvre considérée en elle-même. Voici ce que nous lisons à ce sujet dans divers passages de son Introduction : « La fièvre résulte des excitations communiquées à toutes les artères et au cœur, soit directement par le sang ou l’action de ses vaisseaux, soit sympathiquement par l’effet qu’exercele système nerveux sur le cœur et les divers organes... La fièvre est un trouble de la circulation artérielle , causé par l’excitation directe ou sympathique du système à sang rouge... On nomme fièvre divers degrés plus ou moins durables d’une altération de la circulation artérielle , qu’il est impossible de déterminer avec précision : l’état fébrile est donc indéterminé, et il est impossible de lui donner des limites exactes, puisqu’il est vrai qu’il ne commence qu’à certain degré d’une altération qu’on ne peut tracer, et que les maladies qui donnent lieu aux fièvres peuvent exister sans fièvre. »

On voit que Prost éprouve quelque embarras à expri-

qu'i ne résultent de l’action des matières et de l’exercice des systèmes, appareils et organes; cet exercice est dû à des moyens provocateurs, et ces moyens existent nécessairement dans les matières qui nous entourent, dans celles qui nous composent et dontnous faisonsusage. La nature est moins obscure dans l’accomplissement de nos fonctions et dans leur désordre que nous ne pensons. C’est notre indolence qu'il faut accuser, quand nous ne pouvons éviter à notre orgueil l'aveu de notre ignorance : consultons la nature, si nous voulons la connaître, et plutôt que de mettre nos erreurs à la place de la vérité, livrons-nous à sa recherche. »

Il est curieux de placer sous les yeux du lecteur la note que Prost a jointe à ce passage : « Quelquefois, dit-il, je fus approché par des jeunes et élégants docteurs, pendant que j’étais à mes recherches cadavériques ; j’inspirais de la pitié à quelques uns; d’autres traitaient mon travail avec ironie : plusieurs , parmi lesquels je vois avec peine des noms vénérés, s'imaginaient qu’on tenterait en vain de connaître ce qu’ils n’avaient pas appuis

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