DES INFLAMMATIONS DE LA PEAU EN GÉNÉRAL
ARTICLE PREMIER
CONSIDERATIONS PRÉLIMINAIRES; CLASSIFICATION DES PHLEGMASIES DE LA PEAU.
I. Les maladies de la peau en général , et les phlegmasies de cet appareil en particulier, ont été, dans ces derniers temps, l’objet de recherches importantes soit en France, soit à l’étranger, et notamment en Angleterre. Chez nous, Alibert, Biett, MM. Rayer, Cazenave, Gihert et quelques autres ont puissamment concouru aux progrès de cette partie de la pathologie, et leurs ouvrages seront les sources où nous puiserons abondamment pour la composition de ce chapitre. Toutefois, je dois le dire, sous plusieurs rapports, la pathologie cutanée en général , et la partie de celle-ci qui traite des phiegtnasies en particulier, laissent encore beaucoup à désirer, et n’ont pas encore atteint ce degré de précision et d’exactitude qui caractérise toute science bien constituée. C’est ainsi, par exemple, queles auteurs ne sont pas encore parvenus à découvrir les rapports qui existent entre certaines formes des plilegmasies cutanées et les éléments anatomiques nombreux qui entrent dons la composition de la peau. La classification et la nomenclature de ces plilegmasies n’auront pourtant acquis toute la perfection dont elles sont susceptibles qu’à l’époque où les rapports dont il s’agit auront été l’une des bases fondamentales de cette classification et de cette nomenclature. Malheureusement nos connaissances sur l’anatomie et la physiologie de cet appareil d’une structure
lio PHLBGMASIE8 BT IRRITATIONS EN PARTICULIER.
si compliquée, connu sous le nom de peau , sont, ellesmêmes fort incomplètes (i).
Celui qui fera pour les phlegmasies des divers éléments constituants de la peau ce qui a été fait pour les phlegrn.asies des parties constituantes de l’œil, du cœur, etc., etc., rendra le plus signalé service à la science , et répandra un jour toutnouveau sur les phlegmasies si Variées de la peau. Toutefois, ce n’est pas seulement dans les éléments spéciaux de la peau, mais aussi dans les éléments qu elle possède en commun avec les autres organes, tels que les vaisseaux sanguins et lymphatiques, les nerfs, qu’il faut aller chercher le secret d’une foule de différences que présentent à l’observateur attentif les phlegmasies indiquées.
Il nous serait facile de pousser plus loin ces considérations sur la localisation pour ainsi dire immédiate des affections de la peau ; mais ce serait dépasser le but que nous nous proposons dans cet ouvrage , et d’ailleurs nous ne pourrions le faire sans aborder celles des maladies cuta-
(l) En m’exprimant ainsi, je ne fais que reproduire l’opinion des auteurs les plus récents qui ont écrit sur le sujet dont il s'agit Pour le prouver, il me suffira de rapporter ici le passage suivant des Recherches anatomiques et physiologiques sur les appareils tégumentaires fies animaux , publiées en 1 835 par MM. Breschet et Roussel de Vauzème: « La structure de la peau est encore bien peu connue, malgré les travaux de beaucoup d’hommes célèbres. Noire ignorance du nombre des éléments organiques du tissu cutané et de leur disposition a naturellement donné naissance à des opinions erronées sur plusieurs des fonctions de l’enveloppe tégumentaire... Depuis Malpighi jusqu’à Gaultier, on a reconnu en général quatre parties plus ou moins distinctes dans l’enveloppe tégumentaire : le derme, le corps papillaire, le tissu muqueux de Malpighi et l’épiderme. La nature et les rapports de ces diverses parties entre elles ayant échappé aux moyens ordinaires d’investigation, chaque auteur a substitué une hypothèse aux lumières que lui refusait l’anatomie, ce qui n’a fait qu’embarrasser la question au lieu de la résoudre. »
Après avoir dit que le travail de Gaultier sur la structure de la peau n’a pas toute l’exactitude que l’auteur aurait pu lui donner plus lard, s’il n’eût été enlevé par une mort prématurée , lors des désastres de la campagne de Moscou, MM. Breschet et Roussel de Vauzème ajoutent que
CLARIFICATION DES l’HLECMASIES DE LA PEAU. lll nées qui ne doivent pas être étudiées dans ce chapitre, ce qui serait contraire à la saine méthode.
II. Les phlegtnasies de la peau avaient été longtemps confondues avec quelques autres maladies cutanées sous le nom vague de dartres. Alihert , qui avait conservé cette dénomination, admettait, comme on sait, un grand nombre d’espèces de ces dartres inflammatoires , qu’il avaiL distinguées les unes des autres par des dénominations spéciales ajoutées à leur nom commun. Les dermatologis tes anglais et les dermatologistes français, dont les ouvrages sont aujourd’hui classiques , ont suivi une autre méthode que celle du célèbre médecin de l’hôpital Saint- Louis. Mais leurs classihcations sont bien loin d’être complètement satisfaisantes: celle de M. le docteur Rayer nous a paru mériter la préférence. Mettons-la sous les yeux du lecteur (i).
leurs propres recherches les ont conduits à reconnaître dans la peau six éléments anatomiques dont voici les noms :
t° Demie; 1° papilles ; 3° appareil diapnogène (organes de la sécrétion et de l’excrétion de la sueur), composé d’un parenchyme glanduleux et de canaux sudorifires ou hidraphores ; 4° appareil d’inhalation , ou canaux absorbants; 5° organes producteurs de la matière muqueuse , ou appareil blennogène , lequel est composé d un parenchyme glanduleux ou organe de sécrétion et de canaux excréteurs ; 6" appareil producteur de la matière colorante , ou appareil chromatogène , composé aussi d'un parenchyme de sécrétion et de canaux excréteurs.
Considérée dans son ensemble, la peau, disent les anatomistes que nous venons de citer, forme un tout comme enveloppe générale du corps; elle n’est pas un organe, mais bien une série d’appareils, parce qu’elle renferme une multitude d’organes dont les actions sont distinctes les unes des autres. C’est une chose remarquable en anatomie que tant d’organes divers, et pour ainsi dire étrangers les uns aux autres, soient rassemblés dans le même tissu, le derme, modification particulière des tissus fibreux ou albug nés. Cette modification n’appartient qu’à la peau, dans laquelle on pourrait ainsi ne voir qu’un tissu proprement dit , renfermant une partie des appareils sensitif, circulatoire, sécrétoire et absorbant. (Ouvrage cité, p. 1 14.) — Voyez aussi Traite' d’anatomie générale , par J. Hcnle, trad. del’allemand par A.-J.-L. Jourdan. Paris, i843,t. I,p.a37 ’ L N, p.5pi, (t) Dans leur Manuel sur les maladies de la peau , MM. Schedel et C'a-
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Inflammations de la peau.