ROUGEOLE
le cou , la partie supérieure île la poitrine. Llles envahissent successivement le reste du tronc et les membres. En général , l’éruption est achevée dans 1 espace de trente-six. a quarante-huit heures. Les taches, d’abord isolées, solitaires, discrètes , se réunissent, confluent, et forment ainsi des plaques irrégulièrement configurées, disposées quelquefois en croissant ou en grappes, selon la remarque de Sydenham ( raceinalim coalescunl , dit-il). Ces plaques, en se réunissant à il autres , forment de larges espaces , dans lesquels la rougeur est continue, uniforme., comme dans la scarlatine, semblable à celle qui résulterait de l’application d’un sinapisme; et il est des cas où il est à peu près impossible de décider si ces rougeurs appartiennent réellement à des taches de rougeole confluentes, ou si, au contraire, elles ne constituent pas de véritables plaques scarlatineuses , car il n’est pas très rare de voir la rougeole et la scarlatine sévir simultanément sur le même sujet. Pendant le cours de l'éruption cutanée, la langue, le voile du palais, la gorge, rougissent, et sont quelquefois parsemés de petites taches un peu grenues , analogues à celles de la peau, avec sécheresse de la membrane muqueuse. L’éruption, une fois complète, persiste pendant un laps de temps à peu près égal à celui qu elle a mis à se développer. Le mouvement fébrile continue, en diminuant ordinairement un peu après l’éruption , ainsi que le coryza , le larmoiement, la toux, l’enrouement, la sécheresse et les douleurs de la gqrge.
Les malades atteints de rougeole exhalent une odeur particulière. « Cette odeur, depuis le début de la maladie » jusqu’au septième jour, est douceâtre; plus tard, elle » devient aigrelette et tout-à-fait semblable à celle qu’exha- » lent les plumes fraîchement arrachées sur une oie vi- » vante ou qui vient d’être tuée. (Rayer.) »
Le sang que fournit la saignée dans les deux périodes que nous venons d’étudier présente un caillot peu ou point
lo2 PHUiGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, rétracté, cl’une consistance moyenne ou peu au-dessous de la moyenne , d’un beau rouge à sa surface. Il n’est pas ordinairement recouvert de couenne, et quand il en existe une, elle est incomplète, peu résistante, mince, demitransparente. La sérosité ne nous a offert rien de particulier.
La durée de la seconde période, quand la maladie est abandonnée à elle-même, ou traitée par des moyens peu actifs, est de quatre à cinq jours. Elle peut être notablement diminuée par l’emploi d’un traitement énergique.
3° Période de déclin , de résolution ou de desquamation. — Vers la fin du premier septénaire, commence la résolution de la rougeole normale. Alors les taches , perdant de leur rougeur, prennent d’abord une teinte jaune pâle, puis s’effacent complètement, tantôt avec desquamation furfu racée fine, tantôt sans notable desquamation. Quand celle-ci manque, elle est comme remplacée par une sécheresse très marquée de l’épiderme , qui est en même temps rugueux , et cet état de la peau est accompagné d’un sentiment de démangeaison plus ou moins vive et incommode.
La résolution de l’éruption cutanée s’accomplit dans un espace de deux à trois jours. La résolution de l’affection catarrhale, je dirais presque de 'la rougeole de la muqueuse respiratoire, s'opère graduellement, en même temps que celle de l’éruption cutanée.
La durée de cette période est d’ailleurs subordonnée à l’énergie plus ou moins grande du traitement. On trouvera dans ma Clinique médicale des exemples frappants de cette vérité. Nous avons fait avorter des rougeoles naissantes (je parle ici de l’éruption cutanée ) dans l’espace de deux jours de traitement : alors il n’existe pas, à proprement parler, de période tle résolution.
I [.Considérée sous le rapport de ses degrés d'intensité, la rougeole a été divisée en deux grandes variétés, dont l’une
floue r.oi.r..
porte le nom île rougeole bénigne on légère , l’autre celui de rougeole maligne on grave. Entre ces deux extrêmes , il y a une foule de degrés qui peuvent se résumer en une troisième variété sous le nom de rougeole de moyenne intensité ou de moyenne gravité. Il est à peine nécessaire de développer ce qui vient d’être dit. En effet, la rougeole grave ou maligne est celle dans laquelle le catarrhe bronchique est intense , l’éruption confluente, le mouvement fébrile considérable (le pouls bat alors, chez les jeunes gens et les adultes, 120 fois et plus par minute, et la chaleur de la peau, prise sur l’abdomen, est brûlante, à 4o° centig., et au-delà, par exemple). L’affection de la membrane muqueuse respiratoire peut envahir jusqu’aux plus petites bronches et les vésicules bronchiques ellesmêmes, et cette variété de la bronchite capillaire ou de la pneumonie disséminée, lobulaire, augmente beaucoup la gravité du cas.
Une foule de complications peuvent ajouter à la gravité intrinsèquede la rougeole; parmi ces complications, il faut surtout noter, chez les enfants , les phénomènes cérébraux très prononcés ou la méningite rubéolique.
La gravité d’un cas donné de rougeole n’est pas toujours en raison directe de l’intensité de l’éruption cutanée. Cette dernière même n’est qu’un des éléments secondaires de cette gravité. En effet, il est des cas où la gravité de la maladie est en raison inverse de l’intensité de l’éruption. Ce n’est pas qu’alors, comme on l’enseigne vulgairement, l’exanthème soit rentré , qu’une métastase réelle se soit opérée; mais c’est qu’il existe des complications inflammatoires internes qui, en vertu de la loi duobus laboribus , etc., ont enrayé le développement delà rougeole, ont nui pour ainsi dire à sa complète évolution.
D’après ceque nous venons d’exposer sur les principales circonstances qui caractérisent les cas graves de rougeole, on peut aisément comprendre et prévoir quelles sont celles
1 ?,lt l'H LEG.M ASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER.
(|iii constituent les cas légers elles cas intermédiaires à ces deux ordres.
Sous le rapport de l’éruption cutanée considérée en ellemême, la rougeole offre des différences notables. Elleest tantôt confluente, tantôt discrète, mots qui n’ont pas besoin d’explication. Relativement à la couleur des taches, on a divisé la rougeole en rougeole à teinte rouge proprement dite et plus ou moins foncée , et en rougeole noire ( rubeola nigrci , Willan ) , variété qui me paraît différer bien peu de celle que M. Rayer a désignée sous le nom de rougeole hémorrhagique , et dans laquelle les taches et les plaques offrent une couleur noirâtre ou d’un rouge sombre, comme vineux. Dans cette variété, les taches ne s’effacent pas à la pression. Enfin plusieurs auteurs admettent une rougeole sans éruption cutanée ( morbilli sine morbillis). J’ai déjà dit plus haut que dans certains cas de rougeole très graves par suite d’accompagnements inflammatoires très violents, ou peut-être encore par suite de quelque autre circonstance mal déterminée ou tout-à-fait inconnue jusqu’ici , l’éruption cutanée était souvent très peu prononcée, et j’ajoute qu elle s’efface alors avec une grande promptitude. De ces cas à ceux dans lesquels on dit que l’éruption a manqué complètement, il semble qu’il n’y ait pour ainsi dire qu’un pas. Qu’il n’y ait qu’un pas, je le veux bien ; mais c’est un de ces pas qu’il n’est pas permis, on doit l’avouer, de franchir à la légère. .Sydenham luimême ne paraît pas l’avoir franchi. En effet , cet illustre praticien fait bien mention d’affections morbilleuses qui, en i G74, étaient caractérisées extérieurement par unesimple éruption de taches sur le cou et sur les épaules, mais il 11e parle pas de rougeole sans éruption aucune, et il dit positivement cjue l’éruption anomale ci-dessus indiquée ne différait de la véritable éruption de la rougeole qu’en ce qu’elle était partielle et non générale. De Iiaen,
HOUGEOLli.
en admettant des rougeoles sans éruption, des rougeoles sans rougeoles. Ils affirment, il est vrai, avoir vu des ens de ce genre. Mais la question est précisément de savoir si les cas dont il s’agit appartenaient bien à la rougeole. M. Rayer, ainsi que nous, reconnaît avoir observé des rou geôles dont l éruption était incomplète , et gui pouvaient être rattachées h la variété signalée par Sydenham ; mais il déclare naVOirpoint vu défaits semblables a ceux indignés par De llaen, Grégory et M. Guersant, guoigue son attention se soit portée sur ce point depuis quelques années ( i ). Ma propre observation est entièrement conforme à celle de M. Rayer, et j’avoue que, jusqu’à plus ample informé, jenepuis, dans la crainte de me tromper, me résoudre à considérer comme une vérité hors de doute l’existence de rougeoles sans rougeoles.
Par opposition à ces rougeoles sans éruption, il est des auteurs qui en admettent dans lesquelles manque le catarrhe, et pour ainsidire l’éruption bronchique. Dans cette forme , signalée par Willan, il n’existe pas non plus de fièvre. M. Rayer dit avoir observé des cas de ce genre, et il se demande si ces rougeoles sans catarrhe , considérées comme effet d’une cause épidémique, sont les analogues des varicelles observées dansles épidémies de variole. Mais il ajoute qu’il est difficile de les distinguer de certaines roséoles autrement que par leur cause, et que toute distinction entre elles est impossible lorsqu'elles sont sporadiques.
La rougeole peut, chez le même individu, coexister avec la scarlatine. J’ai vu des cas bien tranchés de cette sorte de composé exanthématique; j’ai même vu deux ou trois cas de combinaison de rougeole, de scarlatine et de variole. Dans les cas de ces éruptions complexes , on observe en même temps la réunion des accompagnements ordinaires de chacun des éléments nosologiques qui concourent à la composition de ces éruptions. Ainsi, par exemple, j’ai vu souvent coïncider la bronchite, le coryza, le larmoiement,
(i) Dict. rte méd. et de ehirurr/ie pmi., art. RotiftKoi.K, t. XV, p, 817.
136 PHLF.GM ASIFS ET IRRITATIONS KN PARTICULIER.
avec lancine soit simple , soit compliquée d’amygdalite. Relativement à cette dernière combinaison, faut-il admettre que, par cela même qu’elle existe, il y a réellement complication de la rougeole avec la scarlatine? Je ne le crois pas. J’ai vu , en effet, des scarlatines bien franches , bien caractérisées et bien simples, avec accompagnement d’angine et de bronchite; comme aussi j’ai vu des rougeoles bien simples, bien régulières, avec accompagnement simultané de bronchite et d’angine.
Chez la plupart des sujets atteints de rougeole , l’affection inflammatoire de la membrane muqueuse respiratoire disparaît en même temps que l’exanthème, ou peu de temps après lui. Malheureusement, néanmoins, il n’en est pas toujours ainsi. Lorsque cette phlegmasie se présente sous la forme de bronchite capillaire, de pneumonie lobulaire, ou disséminée, elle est trop souvent rebelle, surtout quand elle n’est pas énergiquement combattue, et peut entraîner la perte des sujets. Fréd. Hoffmann avait déjà noté que la rougeole peut être suivie de phthisie. J’ai observé moi-même quatre ou cinq exemples bien frappants de tuberculisation consécutive à l’affection bronchique et pulmonaire qui accompagne la rougeole.
§ II. Résultats fournis par l'ouverture des corps.
Dans le paragraphe consacré par M. Rayer au sujet qui doit nous occuper ici , on lit ce qui suit :
« Observations anatomiques. Vogel avait placé le siège de » l’exanthème delà rougeole dans l’épiderme. Des recher- » cites plus exactes ont démontré que la rougeole affectait » spécialement la membrane muqueuse des voies aérien- » nés et le corps réticulaire de la peau, qu’on trouve in- » jectés chez les individus qui ont succombé à cette ma- » ladie. Les caractères anatomiques des inflammations » morbilleuses, la rougeur et la sécrétion des bronches ou « de l’intestin, ne diffèrent pas sensiblement de ceux que
iiouGi:on:.
« l'on observe ù la suite des autres inflammations non spé- » cifiques des mêmes parties. Laënnec présume que l’or- » thopnée suffocante qui emporte quelquefois les enfants » à la suite de la rougeole, est le résultat d’un œdème idio- » pathique du poumon. J’ai vu cette difficulté de la respi- » ration produite par une bronchite pseudo-membraneuse » très intense et mortelle. Dans les rougeoles anomales et » compliquées , on trouve des lésions variées suivant les » parties affectées; quelquefois aussi la mort ne peut être » expliquée par les altérations des solides observées à l’ou- » verture des cadavres (i). »
On voit que nos connaissances anatomico-paiholngiqucs sur l’exanthème rubéolique lui-même sont bien bornées. Je n'ai, pour ma part, rien à ajouter au peu que nous possédons sur ce point. J’ai trouvé les altérations qui caractérisent la bronchite, la pneumonie lobulaire etla tuberculisation pulmonaire chez quelques individus emportés par la rougeole. Une autre maladie dont j’ai montré les caractères anatomiques aux personnes qui suivent ma clinique , c’est Y endocardite. Cette endocardite rubéolique dont nous avons annoncé l’existence du vivant de quelques sujets, se reconnaît à des caractères qu’il n’est pas le lieu de décrire ici, et pour lesquels nous renvoyons à l’articl eEndocardite de cet ouvrage et du Traité clinique des maladies du cœur. Je me contenterai de faire remarquer que nous avons toujours eu giand soin, à l’ouverture des cadavres, de ne pas confondre une simple rougeur par imbibition avec les altérations caractéristiques de l endocardite ; que d’ailleurs la simple rougeur d’une partie, abstraction faite de toute autre donnée, ne saurait jamais suffire pour affirmer qu il a existé une inflammation là où se rencontre cette rougeur.
§ III. Étiologie.
La rougeole est une maladie produite par un agent spécifique qui échappe à nos moyens physiques et chimiques,
(i) Traité des maladies de la peau, t. I, p. 17g.
et qui, par conséquent, ne nous est connu que par ses effets pathologiques.
La rougeole peut régner d’une manière sporadique, ou d’une «lanière épidémique. Elle ne sévit, en général, qu’une seule fois sur le même individu. Elle se communique d’un individu à un ou plusieurs autres cpii n’en ont pas encore été atteints. Toutefois , il faut admettre dans ces derniers une prédisposition à la contracter, puisque, parmi les sujets placés dans le foyer de la contagion, on en voit quelques uns que la maladie respecte. Les mêmes sujets qui ont traversé impunément une première épidémie de rougeole, peuvent en être frappés dans le cours d’une deuxième ou d’une troisième.
La rougeole se transmet par contact ou par infection. Les expériences de F. Home , répétées par Speranza dans une épidémie de rougeole qui régnait, en 1822, à Milan, tendent à faire admettre que cette maladie peut être produite par l’inoculation du sang des personnes qui en sont affectées. Alex. Monro et Looke disent avoir inoculé la rougeole avec l’humeur lacrymale et la salive des individus atteints de cette affection. Dewees , d’après Chapman, nous apprend, au contraire, que des essais ont été inutilement entrepris au dispensaire de Philadelphie pour inoculer la rougeole, soit avec le sang, soit avec les larmes , le mucus nasal ou bronchique, et les lamelles exfoliées de l’épiderme. J'avoue que tous les faits dont il vient d’être question ne me paraissent rien moins que concluants. Les expériences de Speranza tendent , ainsi que je l’ai dit plus haut , à faire admettre comme possible l’inoculation de la rougeole par le moyen du sang d’individus affectés de cet exanthème. Mais il ne faut pas perdre de vue que les sujets chez lesquels l’inoculation dont il s’agit fut pratiquée étaient placés dans la sphère de la contagion , et que, par conséquent, ils auraient pu être atteints, quand bien même ils n’auraient pas été inoculés.
HOUOEOLf'..
La rougeole règne dans tous les climats. On a prétendu (P.-M. d’Anghiera) qu’elle était inconnue dans Je nouveau monde avant l’année 1 5 i 8, époque ou elle y aurait été importée. Cette assertion n’est pas rigoureusementdémontrée.
La rougeole peut attaquer tous les âges; néanmoins, elle sévit de préférence sur les enfants et sur les jeunes gens. Assez rare chez les adultes , elle l’est infiniment plus encore chez les vieillards.
Les épidémies de rougeole peuvent éclater dans toutes les saisons. Les auteurs assurent cependant qu elles sont plus communes à la fin de l’hiver et au commencement du printemps qu’en aucun autre temps. On ne sait rien de positif encore sur les conditions ou circonstances extérieures qui impriment à ces épidémies un cachet de bénignité ou de malignité. C’est là une de ces grandes obscurités qu’on rencontre à chaque pas quand on aborde l’étude des constitutions médicales , laquelle, comme nous i’avons déjà dit, est presque entièrement à refaire.
§ IV. Pronostic et mortalité.
Considérée en elle-même, la rougeole est une maladie dont le pronostic est subordonné, d’une part aux divers degrés d intensité qu elle peut présenter, et d’autre partau mode de traitement qui lui est opposé. Lorsque la rougeole est légère, bénigne ou d’une gravité moyenne, le pronostic ne doit pas être fâcheux, pourvu que le traitement soit bien dirigé. Dans la rougeole grave , maligne, il n’en est plus ainsi. Un assez grand nombre de sujets sont emportés par cette espèce de la maladie. Malheureusement nous ne possédons aucun document statistique satisfaisant sur ce sujet. La proportion des morts aux guéris nous est* donc enii rement inconnue aujourd’hui. Les uns succombent par l’effet d’une phlegmasie cérébrale ; les autres par l’effet de la bronchite capillaire, et de la pneumonie lobulaire ou de la tuberculisation pulmonaire. Ce sont là réellement les
l/|l) PHLKGMASlIïS F.T IKIUTATIONS K N PAtmCL'I.lK R. principales causes de la terminaison par la mort, Toutefois, il faut tenir compte aussi et des accidents qui surviennent quelquefois du côté du tube digestif et de V endocardite dont nous avons parlé, et de cette altération du sang qui constitue un des éléments fondamentaux de la maladie.
Il peut survenir d’ailleurs des accidents tout-à-fait extraordinaires qui ne sauraient être ici l’objet d’aucunes considérations générales.
J’ai vu dans le cours de cette année ( i 844) mourir subitement une demoiselle d’une trentaine d’années, atteinte d’une rougeole qui, jusque là, s’était présentée sous les auspices les plus bénins. L’éruption, d’abord bornéeau visage, n’envahit que lentement le reste du corps. Je venais de quitter cette demoiselle, que j’avais trouvée, comme à l’ordinaire, dans un état satisfaisant, et j’étais à peine de retour chez moi que l’on courut me chercher pour des accidents survenus après ma visite. Je me rendis sur-lechamp auprès de la malade, et je la trouvai morte. C’était une personne méticuleuse, un peu hypochondriaque. Circonstance digne de remarque, c’est que, la rougeole régnant chez un bon nombre d’individus avant l’époque où cette demoiselle fut atteinte elle-même, elle en avait concu nue assez vive frayeur, disant qu’à son âge la maladie devait être bien plus dangereuse qu’à un âge plus jeune.
§ V. Traitement.
1. Il n’en est pas de la rougeole comme de la variole: on n’en connaît pas la vaccine. L’ isolement est, quanta présent, le seul moyen prophylactique. L’époque à laquelle la contagion n’est plus à craindre n’a pas encore été bien précisée. Suivant M. Rayer, dans les cas de rougeole sporadique, l’isolement doit être prolongé jusqu’au vingtième jour environ. Suivant le même auteur, « dans les épidémies de » rougeoles graves et malignes , la prudence conseille d’é-
KOOGKOLE.
u loigner les enfants du théâtre de l’épidémie. Lorsque la » rougeole est bénigne, loin de la redouter, on a conseillé » de l'inoculer aux personnes qui ne la contractent pas, » dans l’espérance d’en augmenter encore l’in nocuité onde » mettre la constitution à l'abri d’une infection plus grave. » C'est là un point qui, si je ne me trompe, réclame de nouvelles recherches.
II. Mais passons au traitement curatif. C’est ici qu’il importe de ne pas négliger la distinction que nous avons établie précédemment sous le rapport des divers degrés d’intensité ou de gravité de la rougeole.
A. Dans la catégorie des cas de rougeole légère, bénigne , il suffit des boissons délayantes, rafraîchissantes, légèrement béchiques et diaphoniques, secondées par une diète convenable, et une sage application des lois de l’hygiène.
B. Les cas appartenant à la catégorie suivante (celle des cas moyens) réclament de plus l’emploi des émissions sanguines modérées. Une saignée du bras, puis une ou deux saignées locales sur la région de la poitrine, selon que la phlegmasie bronchique est plus ou moins intense, pratiquées dans l’espace de vingt-quatre à quarante-huit heures, suffisent dans 1 immense majorité des cas.
C. Enfin quand il s'agit de la catégorie des cas de rougeole grave , maligne, caractérisée par un violent mouvement fébrile, une bronchite capillaire très forte, avec ou sans pneumonie lobulaire, etc., il ne faut point hésiter à pratiquer coup sur coup un nombre suffisant de saignées générales et locales. C’est après ce tâtonnement qu’inspire la prudence médicale, que j’ai fini par appliquer à cetle catégorie de cas de rougeole, mais à cette catégorie seule ment , l'énergique formule par l’emploi de laquelle j’avais obtenu tant et de si remarquables succès dans les maladies les plus franchement inflammatoires. Cette méthode de traitement était, je ne l’ignorais pas, contraire aux
règles, je veux dire aux préjugés de l 'école. Mais ce n’est pas la première fois quon s’est permis de déroger heureusement aux doctrines reçues, pourvu que la sagesse et la prudence éclairent de leur flambeau les réformes tentées par l’esprit de progrès.
Par cette nouvelle formule, je suis enfin parvenu à diminuer de moitié au moins la durée des rougeoles et des scarlatines graves , et, eequi est infiniment plus important, à conjurer la mort dans un bon nombre de cas, contre lesquels j’avais vu, pendant une quinzaine d’années, échouer les anciennes méthodes. J’aurai soin de réunir en faisceaux bien groupés les divers cas que j’ai recueillis depuis dix à douze ans, et de les publier dans une prochaine édition de ma Clinique médicale.
Qu’on n’exagère pas notre pratique, quon l’observe strictement en tenant compte de toutes les nombreuses circonstances auxquelles elle doit s’accommoder, et l’on ne tardera pas à se convaincue que, dans la maladie qui nous occupe, comme dans tant d’autres, elle ne trompe point l’attente de ses partisans éclairés.
Je ne saurais trop prévenir les jeunes praticiens que la bronchite capillaire et la pneumonie lobulaire sont au nombre des accompagnements ou des complications de la rougeole qu’il importe le plus de ne pas négliger. Même avec le traitement le plus énergique, dirigé d’après les règles de la plus saine, de la plus exacte expérience, chez certains sujets mal disposés, parmi lesquels se rangent les individus mous , lymphatiques, on ne sera pas toujours assez heureux pour obtenir une prompte guérison et pour ne perdre aucun malade. Mais, sur la foi de faits très nombreux et sévèrement observés, je puis affirmer que dans les cas dont il s’agit, traités par les anciennes méthodes , la mortalité est plus que double de celle qui peut avoir lieu malgré l’emploi bien entendu de notre formule, secondée par les moyens adjuvants dont nous avons parlé dans nos
SCAHLATINK.
généralités sur le traitement des phlegmasies, et dont nous aurons à nous occuper encore en traitant en particulier des phlegmasies concomitantes de la rougeole.
Les saignées ne doivent être employées que dans les premières périodes de la rougeole, et tant que les phénomènes inflammatoires sont assez graves pour compromettre la vie des sujets. Ici, comme dans toutes les questions de pratique, c’est uniquement par l’expérience clinique la plus répétée, c'est-à-dire par l’observation attentive d’un grand nombre de cas particuliers, que l’on peut apprendre à manier convenablement les différentes méthodes de traitement, à déterminer nettement les indications de tel ou tel moyen, et à fixer rigoureusement les conditions qui en comportent l’emploi dans une mesure appropriée à la maladie en général, et à chaque catégorie de cas particuliers qu elle peut présenter.
ARTICLE II
SCARLATINE
§ I«r, Idée sommaire de la maladie, symptômes et modes d’évolution.
La scarlatine est une maladie inflammatoire, complexe, contagieuse, caractérisée essentiellement par un mouvement fébrile, ordinairement accompagné de mal de gorge, et suivi, au bout de deux ou trois jours, d’une éruption de taches rouges, qui finissent par se confondre en une rougeur uniforme qui envahit la totalité ou la presque totalité de la peau.
Nous allons d’abord décrire la scarlatine la plus ordinaire, pour ainsi dire normale, et nous indiquerons ensuite les principales variétés de la maladie. Nous partagerons le cours ou l’évolution de cette maladie en un certain nombre de périodes , ainsi que nous l’avons fait pour la rougeole.
i Période d’invasion ou de la fièvre a incubation. Le mou-
i/l h PMLliGMASIES ET IllhIT AXIONS EN I*ARTICtiI.IEfl. vement fébrile par lequel débute la scarlatine ordinaire et régulière ne diffère pas de celui que nous avons brièvement décrit à l’occasion de la rougeole. Mais tandis que la toux, le larmoiement, réternument , accompagnent la fièvre d’incubation de cette dernière, X accompagnement ordinaire de la fièvre d’incubation de la scarlatine consiste en un mal de gorge d’une intensité variable. Divers phénomènes, tels que des vomissements, des étourdissements, de l’assoupissement, etc.’, peuvent avoir lieu dans la période qui nous occupe, et jusqu’au moment de l’éruption on est. exposé, si l’on n’v prend bien garde, à commettre des erreurs de diagnostic.
Quelquefois, selon certains auteurs, entre autres M. Rayer, l’éruption de la scarlatine simple a lieu sans symptômes précurseurs sensibles.
2° Période dé éruption et de développement de P exanthème cutané. Celte période commence dès le second ou le troisième jour de la maladie. On observe sur différentes régions de la peau de petites taches rouges qui vont en s’élargissant, forment de larges plaques qui confluent ellesmêmes, se réunissent, de sorte que toute la peau prend une teinte rouge uniforme. Cette teinte est vive, écarlate, quelquefois d’un rouge encore plus foncé, et dans cette nuance, ainsi que Huxham en avait déjà fait la remarque, il semble que la surface du corps ait été barbouillée avec du suc de framboise. Il est certaines régions de la peau dans lesquelles la rougeur est plus foncée que dans les autres : telles sont les aines, les aisselles, la partie interne des cuisses. L’éruption commence ordinairement par la face et le cou, d’où elle s’étend au tronc et aux membres; elle est accompagnée d’un gonflement léger de la peau, surtout au visage (quelquefois même cette dernière partie est assez fortement tuméfiée); la rougeur s’efface à la pression et revient ensuite.
L’éruption ne se borne pas à la peau. Elle se propage
SCA II I- ATI NK.
ordinairement à la membrane miKjueu.se de la bouche et du pharvux, qui devient rouge- ccarlate, couleur que présente à un haut degré la lace supérieure de la langue; de telle sorte que cette partie paraît comme écorchée ou dépouillée de son épithélium. En même temps que la membrane muqueuse est rouge, sèche, les amygdales sont ordinairement gonflées, et il n’est pas rare de voir l’angine affecter la forme diphthéritique ou pseudo-membraneuse. Le mouvement fébrile diminue quelquefois après l’éruption. Néanmoins il ne faut pas trop compter sur cette rémission, et le contraire peut avoir lieu. La peau est chaude, brûlante , sèche.
Il s’écoule un espace de trois à quatre jours à partir du moment où débute l’éruption jusqu’à celui où commence la résolution, lorsque rien n’est venu troubler le cours naturel de la maladie.
3° Période de résolution cl de desquamation. Vers les cinquième ou sixième jour, la rougeur diminue, et elle s’efface ordinairement en suivant le même ordre qu elle avait suivi dans son apparition successive sur les diverses régions de la peau. En même temps que les parties pâlissent, elles se dégonflent, ce qui est surtout sensible au visage; le mal de gorge se dissipe. Ces changements s’accomplissent dans l'espace de deux à trois jours ; à cette époque, l’épiderme se ride, se sèche déplus en plus , et bientôt il se détache sous forme d’écaillcs ou de squames plus ou moins étendues, mais toujours beaucoup pl us larges que celles qu’on observe à la suite de l’éruption rubéolique. Ces écailles s’enlèvent par une légère traction, et les larges lambeaux qu’on détache ainsi du tronc ou des membres peuvent être comparés à des pelures d’oignon ou à des morceaux d’un parchemin assez fin. L’épiderme des doigts se détache , chez certains sujets , sous forme de fourreaux analogues à des doigts de gant. Si l’on ne craignait de se servir d’une comparaison un peu grossière, on pourrait
] /((} PIILEGMA.SIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIEK.
tüve aussi que les doigts se dépouillent de leur épiderme comme les pattes d’une volaille préliminairement exposées à la chaleur du feu. Quelques malades disent qu e leur peau change comme celle des serpents , et j’ai actuellement dans mes salles une malade de ce nombre. Chez elle, en quelques points, avant de tomber, l’épiderme est soulevé par une légère couche d’humidité séreuse (i).
La durée de la desquamation est de trois ou quatre jours, et même davantage. A l’époque où elle s’opère, il n’existe plus ou presque plus de mouvement fébrile, la langue perd de sa vive rougeur, devient rosée , et conserve toutefois un aspect lisse très marqué pendant quelques jours encore.
Comme la rougeole, la scarlatine est accompagnée d’une odeur sut génois , que M. Heim a comparée à celle gue ion sent dans les magasins où ion conserve de vieux harengs, de vieux fromages , ou bien encore à celle qu’exhale à quelque distance la loge où fon retient les lions et les autres animaux de proie. Je n’ai pas encore suffisamment étudié ce point de séméiologie.
§ II. Variétés de la scarlatine sous le rapport de son intensité y de ses accompagnements et de ses complications ; accidents consécutifs ou maladies secondaires.
Willan et 1V1. Rayer admettent quatre formes de scarlatine : i° la scarlatine simple ( scarlatina simplex ) ; 2° la scarlatine avec angine ( scarlatina anginosa ) ; 3° la scarlatine sans exanthème [scarlatina sine exanthemate) \ 4° la scarlatine maligne [scarlatina maligna).
Les deux premières formes ont été réunies par nous en une seule, sous le nom de scarlatine ordinaire ou normale, attendu que l’existence de l’angine dans la scarlatine normale est aussi constante que la bronchite l’est dans la rougeole également normale. La scarlatine sans angine est
(i) Un nouvel épiderme, tin , mince, luisant, ne tarde pas à remplacer l’épiderme qui est tombé.
SC Ail I .TIN fi ■
une exception connue lu rougeole sang bronchite; il est des cas (et j’en ai actuellement un sous les yeux) ou l’angine est si légère tjue les malades ne s’en plaignent pas : elle existe cependant.
Je rappellerai ici ce que j’ai dit à l’occasion de Ja rougeole, savoir, que l’ accompagnement particulier à chacunedes deux fièvres éruptives connues sous le nom de rougeole et de scarlatine n’est pas toujours isolé; qu’ainsi chez quelques sujets atteints de scarlatine, il existe une bronchite ou même une pneumonie lobulaire en même temps qu’une angine plus ou moins violente, pouvant affecter les diverses formes dont nous parlerons en traitant de cette phlegmasie.
La scarlatine maligne est en quelque façon à la scarlatine simple ce qu’est l’entéro-mésentérite simple ( forme inflammatoire de la fièvre dite typhoïde) à l’entéro-mésentérite typhoïde ( forme adynamigue de la fièvre typhoïde). Voici d ailleurs comment elle est décrite par M. Rayer:
« Elle débute comme la scarlatine angineuse, et, dans » l'espace de deux à trois jours, elle est caractérisée par » des symptômes d'une extrême gravité. Quelquefois elle » s’annonce par une douleur fixe dans quelque partie du » corps : ce phénomène , observé par de llaen , était du » plus mauvais augure dans la constitution épidémique de » 1777 a 1778, décrite par Meza. A un frisson profond » ( hprror ) succède, dans la scarlatine maligne , une fièvre « ardente : soif inextinguible, céphalalgie, pouls fréquent » et véhément, ardeur à la gorge , vomissements et diar- » rhée, coma ou délire ; trois ou quatre jours après, érup- » tion de taches , quelquefois plus élevées que dans lascar- » latine bénigne ; parfois urines sanguinolentes. La teinte » de l’exanthème est faible et livide; il est parfois parsemé » de pétéchies; sa durée est incertaine; il peut paraître et « disparailre à plusieurs reprises; le pouls est petit et irré- » gulier; quelquefois les dents et la langue sont couvertes
» de croûtes noires ou brunes, les yeux sont mouillés et » fortement injectés , un écoulement fétide a quelquefois » lieu par les fosses nasales, les joues sont d’un rouge » foncé; il y a en même temps surdité, délire chez les » adultes ; coma, agitation chez les enfants , haleine fétide,
» respiration bruyante et laborieuse, occasionnée par des » mucosités épaisses et visqueuses déposées dans le pha- » rynx; déglutition difficile ou impossible, constriction des » mâchoires, exsudation noirâtre à la surface des amyg- » dales et des parties voisines. Un coma continuel, la diffi- » cul té extrême delà respiration , une diarrhée abondante, » la formation de nombreuses pétéchies, annoncent une » mort prochaine.
» Le très petit nombre de malades qui survivent à ces » premiers accidents ont encore à redouter les suites de » l’inflammation des voies aériennes et' des organes diges- » tifs, qui persiste après la guérison de l’exanthème. Des » escarres gangréneuses se forment souventau trochanter » et au sacrum; elles sont suivies de larges ulcérations » dont la guérison difficile prolonge encore la convales- » cence. Lorsqu’elles sont jointes à des inflammations » intestinales chroniques , ces ulcérations sont toujours » graves et souvent mortelles.
» Dans d’autres cas , la mort a lieu quelquefois soudai- » nement dès les deuxième, troisième ou quatrième jours » (scarlatine nerveuse ), après un état d’agitation et d’an- » goisse extrêmes, avec grande fréquence du pouls » ( i 2 o à i4o pulsations par minute), après du délire ou » du coma , avec éruption complète ou incomplète de » l’exanthème ( i). »
Quant à la scarlatine sans exanthème ( scarlatina sine sccirlatinâ), son existence ne me paraît pas plus clairement démontrée que celle de la rougeole de même espèce, et l’on peut d’ailleurs appliquer à la scarlatinece que nous avons
(i)Dict. de méd. et dechir. pratiq. , art. Scarlatine , t. XIV, p. 5^0 .
SCARLATINE
dit de la rougeole relativement à certaines circonstances qui peuvent exercer une influence plus ou moins marquée sur le développement de l’éruption cutanée (i).
Outre les quatre formes de scarlatine ci-dessus indiquées, M. Rayer a signalé quelques autres variétés dans certaines complications dont elle est susceptible. La première de ces variétés est caractérisée par la présence de sudumina et de miliaire : elle a reçu de Frank le nom de sccirlalina mi/iformis. Cette complication se rencontre dans les cas où des sueurs ont eu lieu pendant un certain temps, ce qui n’est pas très commun, du moins dansja période d’éruption (2). D’autres variétés ont lieu lorsque la scarlatine est compliquée de rougeole, de variole, d’érysipèle, d’urticaire, d’hémorrlîagie cutanée, etc. J’ai déjà parlé de cas où la rougeole , la scarlatine et la variole se rencontraient ensemble chez un seid et même sujet. « J’ai vu plusieurs fois, dit » M. flayer, des éruptions varioliques , et le plus souvent le » chichen-pox compliquer la scarlatine. Tout récemment » encore , j’ai vu un cas de scarlatine maligne hémorrha- » gique, rapidement mortelle , offrant cette complication : » la peau était ecchymosée aux paupières, au menton et
(1) Je prie le lecteur de bien faire attention que je ne nie pas absolument l'existence (le la scarlatine sans éruption , mais que je me borne à déclarer que cette existence ne me paraît pas démontrée par des faits assez exactcmentobservés. Après avoir avancé que Huxliam, Rumsey , Stoll et Dance ont constaté l existence de Jièvres scarlatines sans éruption , M. Rayer ajoute cpt il ne les a point observées. Je ne les ai point obseï vées non plus. Je suis bien loin, d ailleurs, de conclure des faits qui me sont propres cpte leur existence est impossible, car ces faits ne sont pas assez nombreux, et n’ont pas été recueillis d'ailleurs pendant le cours de grandes épidémies de scarlatine. Encore une fois , je m’en tiens strictement à cette assertion , savoir, que, dans l'état présent de la science, les faits sur lesquels on se fonde pour admettie la scarlatine sans éruption aucune ne me semblent pas suffisamment circonstanciés.
(2) J’en ai actif. Ilcmcnt un exemple sous les yeux, chez un enfant d’environ quatorze ans. Un très grand nombre de petits grains d'un blanc perlé se détachent sur la surface rouge de la peau.
150 PHUiGMASIliS KT IRRITATIONS K N PARTICULIER.
» sur les joues ; au cou , sur la partie antérieure de la poi- » trine, on remarquait une belle teinte rouge-écarlate uni- » forme ; la peau des membres était marbrée de taches » violettes ou noirâtres, irrégulières, cjui ne pâlissaient pas » parla pression ; des pustules varioliques existaient sur le » pénis et à la paume des mains, dont la peau n’offrait pas « la teinte de la scarlatine. J’ai , en outre, observé plusieurs » cas de scarlatine compliquée de purpura hœmorrhag ica . » Parmi les accidents consécutifs à la scarlatine, on a particulièrement noté une anasarque, sur laquelle M. Rayer a présenté les considérations suivantes :
« Pendant la convalescence , du quatorzième au quin- » zième jour de la maladie, et quelquefois plus tard, on » observe une anasarque dont l’étude mérite une attention » particulière. Cette hydropisie a lieu surtout eu hiver, et
» chez les enfants, à la suite de l’impression du froid
» Tous les auteurs sont d’accord sur la gravité de cette » espèce d’anasarque. D’après Plenciz et deHaën, elle est » beaucoup plus meurtrière que la maladie primitive (i). » Plenciz, Storck, deHaën et Withering regardent cette » hydropisie presque comme une seconde période de la » scarlatine , comme un de ses caractères distinctifs (2). » C. Vieusseux attribue cette hydropisie à l’impression du » froid; Robert de Langres, à une crise imparfaite (3). » Blackall et, plus récemment, M. Peschier ont constaté » que, dans cette espèce d’anasarque, l’urine était souvent
(1) L’anasarque par elle-même ne saurait être plus meurtrière que la maladie primitive. Chez les individus qui succombent au milieu de l’anasarque, il existe d’autres lésions dont de Haën ne paraît pas avoir tenu compte ici.
(2) Cette doctrine est entachée d’une grande exagération, pour ne pas dire plus. Quand la scarlatine est bien traitée et que les malades ne s’exposent pas aux causes ordinaires de l’anasarque , cet accident est très rare. Je ne l’ai rencontré dans aucun des cas que j’ai observés depuis plus de dix ans.
(3) Cette explication île signifie absolument rien aujourd'hui.
SCARLATINE. lr)l
» albumineuse, G. Uberlachor en attribue ia cause A mie » affection des reins (i) Il y a, dans l'ensemble de ces » remarques, bien des motifs pour rechercher si cette » espèce d’anasarque n’est pas une variété de l’hydropisie » que M. Brifjht a fait connaître; que MM. Grégory et » Christison ont éclairée par de nouveaux laits, et sur la- » quelle j’ai fait moi-même un assez grand nombre de re- » cherches (2). En effet, comme la maladie de Brighl, l’a- » nasarque consécutive à la scarlatine est presque toujours » produite par l’impression du froid et de l’humidité (3). » Au début de ces deux maladies, on observe souvent une » altération particulière des urines, qui sont brunes, albu- » mineuses et chargées de cruor. 'foutes deux sont très » graves, et se terminent quelquefois par des hydrothorax » et des hydrocéphales, et sont bien distinctes des hydro- » pisies passives qui dépendent d’un obstacle au cours » du sang, et dont M. Bouillaud a si bien fait connaître le » mécanisme (4). Je n ai pas eu l’occasion d’examiner, » après la mort, les organes et les reins, 'en particulier, » d individus morts d’anasarque, suite de la scarlatine, » quoique j’aie été assez souvent dans le cas de faire de » semblables recherches sur des individus qui avaient suc- » combé à la maladie de Bright. Je n’en ai pas trouvé » d’exemples parmi les nombreuses observations publiées
(1) Quelle est cette affection propre des reins? Sur quels faits exactement recueillis repose cette opinion?
(2) Nous parlerons plus loin des importantes recherches de M. Rayer, et de celles que nous avons pu faire de notre coté. Nous essaierons alors de réduire à leur juste valeur les altérations des reins considérées comme causes cfliydropisies.
(3) Mais l’anasarque active ordinaire se manifeste aussi le plus ordinairement sous l’influenv’e de cette même cause.
(4) Il n’est pas aisé de comprendre la gravité de cette anasarque, considérée ainsi indépendamment des lésions concomitantes dont elle n’est quelquefois que l’effet. Quanta son mécanisme, il laisse encore quelque chose à désirer.
» par M. Grégory ; mais pendant la vie, il y a une identité » si parfaite dans l’expression des phénomènes de ces deux » maladies, que l’autopsie des cadavres démontrera très » probablement qu’elles sont de même nature (i). »
Pour terminer ce qui est relatif aux maladies secondaires dans la scarlatine, M. Rayer indique des ophthalmies, des otites, des laryngites, des bronchites, des entérites , des amauroses, des parotides et des inflammations du testicule chez les adultes, des engorgements des glandes sousmaxillaires et inguinales chez les enfants. M. Rayer fait toutefois remarquer que ces maladies sont plutôt accidentelles que secondaires.
D’après mes propres observations, dans la scarlatine comme dans la rougeole, la bronchite concomitante (elle est beaucoup moins commune dans la scarlatine que dans la rougeole) peut entraîner à sa suite la tuberculisation pulmonaire. îSous en avons recueilli un exemple remarquable, il y a trois ou quatre ans, chez un jeune homme couché dans nos salles de clinique. Les deux poumons, dans presque toute leur étendue, étaient parsemés, farcis, pour ainsi dire, de granulations dites tuberculeuses (phthisie granuleuse de Bayle).
Considérée sous le rapport de son intensité ou de sa gravité, la scarlatine, comme la rougeole, présente trois degrés bien distincts : elle est légère , grave ou moyenne . {Voyez, à cet égard, l’article Rougeole )
§ III. Résultats fournis par l'ouverture des corps.
L’anatomie pathologique ne nous a rien appris sur l’éruption scarlatineuse qui n’ait été dit à l’occasion de la description des symptômes locaux. Quant aux altérations que l’on peut rencontrer dans divers organes intérieurs,
(i) J’ai quelque peine à croire que les reins soient très gravement malades dans l’anasarque dont peuvent être affectés les convalescents de la scarlatine.
SCARLATINE. 153
tels que les bronches, les poumons, les centres nerveux, les viscères digestifs, lorsque ces organes ont été le siège d’une phlegmasie concomitante terminée par la mort, il est clair que ce n’est pas ici le lieu d’en tracer la description.
Je ne dirai donc que deux mots sur l’état du système circulatoire dont nos prédécesseurs avaient trop négligé l’exploration. Chez quelques individus enlevés par la scarlatine, comme chez d'autres morts de la rougeole, nous avons trouvé des traces certaines d’endocardite, et depuis que notre attention s’est fixée plus particulièrement sur ce point, nous avons pu, dans quelques cas, reconnaître pendant la vie l’existence de cette espèce d’endocardite, sur laquelle nous avons eu à nous expliquer précédemment. Je n’ai pas fait encore de suffisantes recherches sur l’état du sang. Il m’a paru ne pas différer beaucoup, par son aspect et sa consistance, de celui des individus qui succombent à tome autre affection fébrile dans le cours de laquelle des phénomènes typhoïdes plus ou moins marqués se sont ajoutés aux phénomènes purement inflammatoires.
Voici ce que nous apprend M. Rayer sur le sujet qui nous occupe :
« Lorsque la mort est arrivée le deuxième jour de l’inva- » sion (scarlatine nerveuse), je n’ai trouvé qu’un peu de » rougeur dans la membrane muqueuse bronchique; les » traces de la scarlatine étaient évanouies. Lorsque la mort ” avait eu lieu le troisième ou le quatrième jour, la mem- » brane muqueuse du pharynx, de la trachée et des bron- » ches offrait une rougeur uniforme; le cerveau présentait » un engorgement sanguin, et le réseau vasculaire de la » pie-mère était injecté; la membrane muqueuse de l’es- » lomac offrait quelquefois une rougeur pointillée de pe- » tites ecchymoses. Dans la seconde période de la maladie, >• les lésions étaient à peu près les mêmes, avec cette seule » différence qu’elles étaient plus évidentes; j’ai trouvé de » la rougeur, et quelquefois un dépôt de pus dans les
15/| PiILKGMASJES ET 1IUUTATI0NS EN PARTICULIER.
„ amygdales et le tissu cellulaire sous- muqueux de la » partie supérieure du larynx; la membrane muqueuse de » la trachée et des bronches était rouge ou d’une teinte li- » vide uniforme; les petits vaisseaux de la pie-mère céré- » braie ou rachidienne étaient injectés et offraient quel- » quefoisde petites ecchymoses, et les ventricules latéraux » contenaient de la sérosité; mais quelquefois aussi, je n’ai » rencontré aucune lésion qui pût rendre compte des sym- » ptômes cérébraux observés pendant la vie. Le sang a été » peu examiné. J’ignore s’il jouit, comme dans la rougeole, » de propriétés contagieuses. J’ai observé des boursoufle- » menls insolites des plaques dePeyer et de la plupart des » follicules des intestins, des ecchymoses et du sang à la » surface de la membrane muqueuse gastro intestinale » (scarlatine hémorrhagique), plus rarement des épanche- » ments sanguinolents et purulents dans la cavité des plè- » vres, qui, par la promptitude de leur développement et » de leur marche, semblaient tenir du génie de la scarla- » tine; la bouche, les fosses nasales et le pharynx ont pré- » senté souvent la rougeur et les altérations propres à l’an- » gine couenneuse. »
§ IV. Étiologie.
Comme la rougeole, la scarlatine constitue une maladie spécifique, c’est-à-dire une maladie produite par un agent sui generis , lequel ne nous est connu que par la propriété qu’il possède ainsi de donner naissance à la scarlatine, car il s’est dérobé jusqu’ici à tous nos moyens physiques et chimiques d’observation. Quel que soit cet agent, une fois qu’il a développé la scarlatine sur un ou plusieurs sujets, ceux-ci acquièrent la funeste propriété de communiquer la maladie dont ils sont atteints, aux individus qui n’ont pas encore payé le tribut à cette maladie (i): lascar-
(1) Bien rarement , en effet, la scarlatine frappe deux fois le même individu. Sur deux mille cas, VVillan n’a pas rencontré un seul exemple
SOUU.ATINK.
lutine est donc une muladie contagieuse. On prétend tonte fois qu’elle l’est à un moindre degré que la rougeole. « Petit- » Radel a cherché vainement à l’inoculer; mais on assure » que Stoll v est parvenu. J. Frank assure même quelle » peut se transmettre de l’homme au chien (i). »
Fa scarlatine affecte une remarquable préférence poulies enfants et les adolescents; rare chez les adultes, elle l’est bien plus encore chez les vieillards. Tous les sujets d'ailleurs ne présentent pas la même aptitude à contracter la scarlatine, et, chose singulière, le même individu n’est pas toujours également apte à recevoir l’impression du contagium scarlatineux. C’est ainsi que , parmi de nombreuses personnes exposées à la contagion, les unes en sont frappées, tandis que les autres y échappent, et que ces dernières, après avoir bravé impunément une première épreuve, sont, à une nouvelle épreuve, frappées de la maladie. M. Senn dit avoir observé que la scarlatine n’attaquait presque jamais les femmes grosses admises à la Maternité, mais qu elle se développait facilement chez elles après l’accouchement.
M. Rayer prétend que la scarlatine règne toujours cl'une manière épidémique. Cette assertion me paraît trop absolue. En effet, on observe quelquefois des scarlatines sporadiques. Les épidémies de scarlatine, si l’on en croit les auteurs, sévissent le plus souvent vers les équinoxes. « On l’observe pendant l’hiver, lors des vicissitudes atmosphériques, ou lorsque le temps est humide, froid et nébuleux, et dans d’autres saisons, après des pluies abondantes, immédiatement suivies d’une grande chaleur.» M. Rayer, dans les ouvrages duquel j’ai puisé le passage qu’on vient de lire , ajoute :
du fait dont il s’agit M. Rayer assure en avoir récemment observé un exemple.
(i) J’emprunte ces dernières assertions à l’article Scarlatine , publié par M. Rayer dans le Dictionnaire de médecine et de chiruirjie pratiques , et je suis loin de les accepter cotnine des vérités démontrées.
« Les épidémies de scarlatine , considérées individuel- » lenient, offrent toujours un caractère particulier qui les » rapproche ou les éloigne de quelques autres. Certaines » épidémies ont été remarquables par leur caractère de » bénignité. Une douleur fixe était un des symptômes » graves de l’épidémie observée eu 1777 et 17 78 à Coït penhague , par Meza (1 ). La scarlatine maligne a été cé- » crite par Sennert , en 1619, et observée en Saxe, en 1 6g5 » et 1697 (2). Ch. Morton a donné le tableau d'une épi- » démie de scarlatine avec parotides et bubons. L’épi- » démiede 1 7/(8 et 1 749, observée à La Haye, était accom- » pagnée d'ulcérations delà gorge et des parties génitales. » Dans l’épidémie d’Upsal, de 1741, décrite par Rosen, » des parotides n’étaient point de mauvais augure. L’épi- » démie observée en 1751 par Navier à Châlons-sur-Marne » et celle qui fut observée à Vienne en 1770 et 1771 par » de Haën et Kirchvogel offrirent tous les caractères de » la scarlatine maligne.
» Certaines épidémies se sont montrées avec un carac- » tère mixte ou compliqué : telle était l’épidémie décrite » par Lorry, en 1 777. Celle qui fut observée par Aut. Stark, »à Vienne, en 1759, était accompagnée d’une éruption «miliaire; l’épidémie de Céphalonie, décrite par An- » gel. Zullato, fut remarquable par une complication » bilieuse et vermineuse (3). »
0) On ne dit pas où siégeait cette douleur fixe, ni quels étaient les symptômes graves. C’est une omission importante.
(2) Qu’était-ce que cette scarlatine maligne ? et comment comparer les faits incomplets des anciens épidémiographes avec ceux qui auraient été bien décrits par les observateurs exacts de notre époque?
3) Après avoir cité, d’après M. ltayer, un certain nombre d’épidémies de scarlatine décrites par des observateurs antérieurs au siècle où nous vivons, je ne puis m’empêcher de faire remarquer combien de pareilles descriptions sont peu propres à prouver d’une manière satisfaisante cette proposition, savoir : que les épidémies de scarlatine , considérées individuellement-, offrent toujours un caractère particulier qui les rapproche
SCAKLAT1NE.
§ V. Pronostic et mortalité.
Ce que nous avons dit du pronostic et de la mortalité de la rougeole est en grande partie applicable au pronostic et à la mortalité de la scarlatine. Tout bien calculé, celleci paraît d'ailleurs plus grave que la rougeole.
Je crois devoir appliquerait pronostic de la scarlatine ce que j’ai déjà dit du pronostic des maladies fébriles , en général, savoir, que ce pronostic n’est pas seulement subordonné à l’intensitc de la maladie principale, à ses complications, etc., mais aussi au mode de traitement.
Les auteurs n ont encore faitaucunes recherches exactes sur le chiffre de la mortalité dans les cas de scarlatine, soit épidémique, soit sporadique: c’est une lacune importante à combler. On trouvera dans ma Clinique médicale quelques résultats qui me sont propres.
La scarlatine avec violente angine de forme diphthéri tique (angine gangréneuse de plusieurs anciens observateurs ) est généralement considérée comme une maladie très grave et fréquemment mortelle. Des faits assez nombreux déjà me permettent d’annoncer que le chiffre de la mortalité baissera beaucoup quand le mode de traitement que nous avons appliqué à cette forme d’angine sera généralement adopté et bien dirigé.
M. Rayer et d’autres ont noté que la scarlatine des femmes récemment accouchées est ordinairement grave.
M. Rayer assure que la scarlatine hémorrhagique et la scarlatine nerveuse sont presque toujours mortelles.
§ VI. Traitement.
Le traitement de la scarlatine ne diffère point notablement de celui de la rougeole. Je renvoie donc les lecteurs
ou les éloigne de guelgucs autres. Ce n’est que par la ilesci iption exacte île nouvelles épidémies que l’on pourra suffisamment éclaircir le point important de pratique dont il est ici question.
15S PHLBOMASIES ET UUUTAÏIONS EN PARTICULIER, à ce que j’ai dit à l’occasion de ce dernier, en leur recommandant seulement de pratiquer les saignées locales toujours le plus près possible des phlegmasies concomitantes de la scarlatine, et par conséquent au cou dans les cas les plus ordinaires.
Les purgatifs, le tartre stibié, les lotions et les aspersions froides tant vantées, sont des moyens sur lesquels on aurait, en général, grand tort de compter.
Certes, je ne craindrai pas d’affirmer que si l’on employait dans les scarlatines graves ce dernier moyen (lotions et aspersions froides), dont Currie, Whitering, liateiuan, et plus récemment le docteur Ant. T. Thompson, se sont déclarés les partisans, comparativement avec les saignées répétées dans la mesure que j’ai essayé de déterminer , secondées par les autres moyens antiphlogistiques , on ne tarderait pas à le considérer comme très dangereux. Ce n’est pas que, dans certains cas bien spécifiés , les lotions et les aspersions froides , habilement combinées avec les émissions sanguines et autres moyens antiphlogistiques directs ou indirects , ne puissent être heureusement employées ; mais, encore une fois, un pareil système de traitement, employé exclusivement et déprimé abord dans les scarlatines graves , malignes, me paraît un remède moins propre , en général, à diminuer le mal qu’à l’aggraver. Cette crainte est même jusqu’à un certain point respectée, sinon partagée par les partisans des lotions et des affusions froides, si je m’en rapporte au passage suivant de l’article Scarlati'iiç, inséré par M. Rayer dans le Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques : « La crainte d’une répercussion , exprimée par les ma- » lades ou les assistants, a quelquefois obligé les médecins » anglais à réduire cette méthode à de simples lotions » froides acidulées sur les mains, sur la face, sur le cou » et sur le tronc. » M. Rayer ajoute qu'il a eu, dans un certain nombre de cas, la satisfaction de voir s'améliorer sur-