‹ Traité de nosographie médicaleChapitre 5 sur 119 · INFLAMMATION DE L’APPAREIL LYMPHATIQUE. S · texte numérisé non relu

INFLAMMATION DE L’APPAREIL LYMPHATIQUE. S

de son étendue à la fois, ce qui constituerait une phlegmasie, sinon générale, du moins généralisée.

On peut citera l’appui de cette assertion l’existence simultanée d’un travail tuberculisateur dans un très grand nombre de parties tant extérieures qu’intérieures, travail qui n’est, en effet, qu’une inflammation chronique de l'appareil lymphatique. Mais les cas de ce genre n’ont pas été recueillis avec toute l’exactitude et tous les détails que doivent présenter les observations complètes; voilà pourquoi j'ai eu raison de m’exprimer ainsi que je l’ai fait au commencement de cette section.

Au reste, que l'inflammation de l’appareil lymphatique soit générale, généralisée ou partielle, elle offre, en quelque point qu elle se développe, certains caractères communs que nous nous proposons d’étudier ici.

II. Cette inflammation se partage en deux espèces distinctes, selon qu’elle affecte les ganglions ou les vaisseaux lymphatiques, soit ensemble, soit séparément. J’appellerai la première ganglionnite ou adénite lymphatique (lymphoganglionnite lymphadénite) , et la seconde lymphangite, phatite ( angioleucite de quelques auteurs). Je subdiviserai cette dernière en celle qui a son siège dans les troncs lymphatiques eux-mêmes, et à lacjuelle je conserverai le nom de lymphangite, et en celle qui occupe les ramifications plus ou moins fines et ténues de ces vaisseaux, pour laquelle je proposerai la dénomination de lymphangite capillaire. De même que j’ai compris sous la dénomination d’angéite ou d’angiocardite et les altérations de l’appareil sanguin et celles du sang qui le parcourt, ainsi , sous les dénominations de lymphangite et d’adénite lymphatique, je désignerai à la fois et les lésions des vaisseaux lymphatiques et celles de la lymphe produites par l’inflammation.

§ Irr. Caractères anatomiques.

1° A lAtat aigu.

a. Rougeur, injection, tuméfaction, caractères qui, jusqu’ici, n’ont été bien constatés que clans les cas d’inflammation des ganglions lymphatiques, soit extérieurs, soit intérieurs.

b. La présence d’une quantité plus ou moins considérable de pus est également la suite de l’inflammation de l’appareil lymphatique. Rien n’est même plus commun que la suppuration , soit des ganglions lymphatiques euxmêmes, soit du tissu cellulaire qui les environne de toutes parts, et qui concourt à leur structure. La suppuration des vaisseaux lymphatiques n’est pas aussi bien connue que celle des ganglions où ils se rendent (vaisseaux afférents ), et dont ils émergent (vaisseaux efférents). Dupuytren est un des premiers anatomo-pathologistes qui en aient observé des exemples : il trouva une matière puriforme dans les vaisseaux lymphatiques des membres abdominaux d’un sujet chez lequel ces derniers étaient le siège d’un foyer purulent. MM. Andral , Velpeau, Tonnelle, Nonat, Cruveilhier, Duplay, Bouchut et d’autres , ont eu depuis l’occasion de rencontrer du pus, soit dans les vaisseaux lymphatiques, soit dans le canal thoracique lui-même. Malheureusement, ces auteurs ne nous ont pas exposé les caractères physiques et chimiques qui pourraient distinguer cette espèce de pus de celle des autres organes : le plus souvent ils se contentent de l’énonciation pure et simple du fait.

Celui des observateurs cités tout-à-l’heure dont les recherches sont les plus récentes, M. le docteur Bouchut, a particulièrement étudié l’anatomie pathologique des vaisseaux lymphatiques du ventre à la suite de la maladie complexe dite fièvre puerpérale (i). Voici ce qu’il nous

{ 1 ) tuiles sur la fièvre puerpérale , par le docteur Bouchut, interne, etc. Los recherches <le U. Bouchut portent su r 5 4 teimnes atteintes de fièvre

INFLAMMATION DE LAPPAREIL LYMPHATIQUE, apprend : « Nous n’avons rencontré que trois cas dans lesquels les lymphatiques du ventre fussent distendus par le pus; quelques uns de ces vaisseaux étaient rougeâtres, flexueux et irréguliers, avec des renflements de distance en distance remplis par une matière blanche que l’on faisait cheminer par la pression. On en trouvait de semblables dans le mésentère et sous le péritoine qui tapisse l’utérus. Quant aux ganglions, ils étaient rouges et ramollis; aucun d’eux n’était arrivé à la suppuration. Nous n’avons pas une seule fois trouvé du pus dans le canal thoracique. « NI. Bouchut ajoute qu'à la Maternité, ces altérations des lymphatiques ont été très fréquemment observées, et qu elles ont été rencontrées par M. Ducrest , interne de cet hospice, chez des femmes mortes quelques heures ou quelques minutes seulement après la couche. Les vaisseaux lymphatiques affectés étaient encore fort petits , asseztendus , sans flexuosités ni renflements ; et pour la couleur et l apparence , ils auraient pu être confondus avec de petits filets nerveux , si la pression n avait fait circuler un liquide blanchâtre, ayant le caractère du pus, contenu dans leur intérieur.

Quelques auteurs se sont demandé s’il était bien certain que le pus trouvé dans les vaisseaux lymphatiques fût le résultat de leur inflammation; s’il ne pouvait pas y avoir été transporté par voie d’absorption. C’est parce que les cas relatifs à 1 objet qui nous occupe n’ont pas été observés et décrits avec tous les détails convenables qu’une pareille difficulté a pu être élevée. lui effet, tels qu’ils ont été rapportés pour la plupart, ils prêtent à cette objection et à bien d autres. Nous ferons cependant observer que l’absorption du pus en nature par les lymphatiques ne repose aujourd hui sur aucun fait de quelque valeur, et que les connaissances acquises dans ces derniers temps sur les fonctions de 1 absorption des diverses matières déposées à

puerpérale, parmi lesquelles a5 succombèrent. C’est à l’hôpital Nocker que les malades fuient reçues.

la surface ou à l’intérieur des organes, ne sont rien moins que favorables à l’opinion dont il s’agit.

Je ne sache pas qu’au lieu de pus proprement dit, on ait rencontré dans les lymphatiques de la matière pseudomembraneuse. Si ce genre de sécrétion s’opérait sous l’influence d’un certain degré de lymphangite, il arriverait sans doute quelquefois qu’une oblitération des vaisseaux lymphatiques serait la conséquence du travail adhésif et organisateur qui s’accomplit en pareille circonstance, ainsi qu’on l’observe pour les veines et pour les artères.

De même (pie le pus véritable ou le pus pseudo-membraneux fourni par la membrane interne des vaisseaux sanguins peut, par son mélange avec le sang, donner heu à des produits composés particuliers, de même , probablement, du mélange d’un pus véritable ou d’un pus pseudomembraneux sécrété par la membrane interne des vaisseaux lymphatiques avec la lymphe, pourrait naître un produit complexe spécial qu’il ne faudrait pas confondre avec les produits simples dont il serait la combinaison , confusion qui n’a peut-être pas toujours été évitée par les observateurs qui se sont occupés de l’étude des matières anormales rencontrées par eux à l’intérieur des vaisseaux lymphatiques. Ajoutons que le chyle différant de la lymphe, la combinaison , ou du moins le simple mélange des diverses espèces de pus avec le chvle ne formerait pas des produits exactement semblables à ceux qui résulteraient du mélange de ces mêmes espèces de pus avec la lymphe proprement dite.

Mais c’est nous arrêter trop longtemps sur des questions que les faits ne nous permettent pas de résoudre. Comme le sang se coagule dans les veines et les artères par l’effet d’une phlegmasie suffisamment intense, la lymphe se coagule-t-elle dans le même cas? La science ne peut encore répondre par des faits précis à cette demande; l’analogie porterait à y répondre par l’affirmative.

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