‹ Traité de nosographie médicaleChapitre 62 sur 119 · LICHEN · texte numérisé non relu

LICHEN

quelquefois éparses sur une région ou sur toute la surface du corps; inflammation qui se termine naturellement par une desquamation furfuracée et plus rarement par des excoriations superficielles , mais très rebelles. «

Le lichen affecte ordinairement la marche chronique, quelquefois cependant la marche aiguë.

Bateman en admet six variélés (Willan n’en avait établi que cinq). La description de M. Bayer comprend les six espèces de Bateman, plus une septième, savoir : i° lichen simplex ; a0 lichen pilaris; 3° lichen circumscripius ; 4° lichen agrius ; 5° lichen lividus ; 6° lichen urticatus ; 7" lichen tropicus. Que dire d’un tel luxe de variétés? ce que nous avons déjà dit en parlant d’autres phlegmasies cutanées, aussi malheureusement divisées en variétés. On va voir, en peu de mots , quelle est, en effet, la valeur d’une pareille division du lichen en sept variétés. M. Rayer convient luimême que le lichen tropicus 11e constitue pas réellement une variété. Où en serions-nous, en effet, si nous devions admettre ainsi des variétés de maladie selon les lieux où celle-ci peut se développer? Qu’est-ce que la variété dite lichen circumscriptus, celle dite lichen pilaris? Sans doute, il est bon de tenir compte des circonstances du siège d’une maladie dans telle ou telie région de la peau, de la forme plus ou moins régulière de l’éruption. Mais établir des variétés sur des circonstances aussi minimes! Qu’est-ce que la variété qu’on appelle lichen agrius ? Rien autre chose au fond qu’un véritable eczéma, et ce qui le prouve bien, c’est qu’un observateur qui fait autorité en pareille matière, M. Alibert, a fondu cette variété dans la description de sa dartre squameuse humide. La variété ([li on désigne sous le nomdelichen urticatus se confond réellementavecl urticaire ou ne constitue qu’un composé du lichen et de l’urticaire. Dans l’un et l’autre cas, il ne mérite pas d’être décrit comme une véritable variété. Qu’est-ce que la variété lichen lividus ? M. Rayer dit que celte espèce de lichen est très rare , et qu’il

n’en a observé que deux exemples, et chez des individus dont la constitution avait été détériorée par des chagrins profonds et des privations de toute espèce. Ces circonstances modifient, sans doute, jusqu’à un certain point , les caractères et la marche du lichen; mais elles ne sauraient être le fondement d’une variété, à moins d’établir une variété analogue pour toutes les autres maladies, ce qui compliquerait singulièrement la nosologie, et nous ramènerait à la méthode de Sauvages.

Je conclus de ce qui précède que de toutes les variétés du lichen, la seule qui! importe de décrire est le lichen simplex. Autour de cette description peuvent se grouper les circonstances qui modifient cette maladie , sans en faire autant de variétés réelles.

Le lichen simplex ou normal peut être partiel on général. Les régions dans lesquelles on rencontrele plus souvent le lichen partiel sont: la face dorsale de la main et de l’avantbras , le jarret, le visage , le cou, la région sternale, etc. Lorsque le lichen, après s’être montré d’abord sur quelques régions, envahit ensuite graduellementtoute la surface du corps , il ne le fait ordinairement qu’en laissant des intervalles dans lesquels la peau conserve son intégrité , et l’on a remarqué que, pour les membres, il affectait particulièrement leurs régions postérieure et externe.

II.Quelsque soient le siège spécial etl’étendue du lichen, il se reconnaît aux caractères suivants : on observe des élevures rouges, solides, ne contenant ni sérosité ni pus, souvent acuminées et d’un volume qui dépasse rarement le volume d’un grain de millet. Avec cette éruption , se déclare un sentiment de fourmillement et de léger prurit, qui paraît augmenter pendant la nuit. Plus ou moins irrégulièrementdisséminéessur la peau, ces papules persistent pendant quelques jours, sept à huit, par exemple; puis elles perdent de leur coloration rouge et se terminent par une desquamation jurfuracée. Si de nouvelles éruptions

lichcn.

n’apparaissaient pas, Ja maladie serait guérie, et au lieu d’être chronique, c onirne elle l’est le plus souvent, elle affecterait réellement la l’orme aiguë. Mais c’est qu’il succède effectivement des éruptions nouvelles à celles qui se sont ainsi terminées par desquamation , et la maladie peut se prolonger pendant des mois et des années, reparaissant souvent dans des régions quelle avait abandonnées pendant un certain temps. Lorsque le lichen est assez intense, et qu’il occupe des régions pourvues de poils, les bulbes de ceux-ci peuvent participer à l’inflammation, et de là des accidents locaux dont nous avons parlé ailleurs.

Lorsque le lichen persiste pendant un temps considérable, plusieurs mois, par exemple, et qua différentes reprises, il s’est développé dans la même région, la peau qui en a été le siège acquiert une épaisseur et une fermeté remarquables, sorte d’hypertrophie accompagnée d’une teinte d’un jaune gris sale.

II J. Le lichen simple ne donne lieu à aucune réaction fébrile notable. C’est bien à tort aussi que Willan a prétendu que l’éruption de cette affection était toujours précédée de symptômes fébriles.

§ II. Étiologie.

Nous lisons dans M. Rayer, que le penchant colérique, chez les enfants, une constitution nerveuse et irritable chez les adultes prédisposent au lichen ( i ), et que l’influence d'une forte chaleur sur la peau, l’abus des liqueurs spiritueuses doivent être placés au rang des causes occasionnelles ou déterminantes de cette maladie.

L’influence de la chaleur paraît incontestable , et se déduit de plusieurs faits, tels que ceux-ci: i°le lichen se

(i) On ne doit pas, je pense, attacher une grande importance à ces prédispositions. Willan et M. Itayer ont décrit à part, sous le nom de slrophulus , une affection lichéiioïde assez fréquente chez les enfants à la mamelle. MM. Seliedel et Cazenave n’ont point admis cette espèce , et j'ai cru devoir les imiter.

3iJ/| PHLEGMASIËS ET tlUUTATlOBIS EN PARTICULIER, reproduit, chaque année, pendant les saisons chaudes et disparaît ou s’affaiblit du moins pendant les saisons froides; eL le visage, plus exposé que toute autre partie aux ardeurs du soleil, est le siège le plus fréquent du lichen ainsi produit, vulgairement connu sous le nom de dartre farineuse , parce que la desquamation qui le termine fournit une matière blanche, analogue à la farine; 2° les bras et les avant-bras qui , chez les cuisiniers , les forgerons, etc., reçoivent habituellement 1 influence d’une température assez élevée, sont fort souvent le siège d’une éruption lichénoïde.

L’édûlogie complète du lichen laisse encore beaucoup à désirer.

§ III. Pronostic.

Le licben n’est point en soi une maladie grave et qui puisse compromettre sérieusement, je ne dis pas la vie, mais même la santé générale. Cependant, il ne faut pas ignorer qu’il constitue souvent une affection rebelle et qui porte une atteinte profonde à un organe dont l’intégrité, sous un certain rapport, celui de la beauté, est* surtout chez les femmes, d'une assez grande importance.

§ IV. Traitement.

On peut, en très grande partie, appliquer au lichen le traitement que nous avons assigné à d’autres affections cutanées, l’eczéma, par exemple. Cependant, il est certaines modifications qu’on doit faire subir h ce traitement : les voici d’après M. Rayer. Il faut insister sur l’usage intérieur des boissons acidulées, soit avec les acides minéraux, soit avec les acides végétaux. Les bains simples seront administrés, en nombre assez considérable. Les bains sulfureux, selon M. Rayer, sont constamment nuisibles dans le lichen aigu et rarement utiles dans le chronique. Il avoue cependant qu’il a obtenu la guérison de plusieurs cas de lichen héréditaires, rebelles, sujets à de fréquentes récidives,

Page 1