CHAPITRE PREMIER LE ROYAUME DE FRANCE
DEPUIS L'APPARITION DU GROS D'ARGENT ET DE LA MONNAIE D'OR SOUS LOUIS IX JUSQU'A CELLE DES TESTONS SOUS LOUIS XII
Sources: Les ouvrages cités dans notre troisième partie, p. 353. — A. de Barthélémy, Lts monnaies de France sous saint Louis, étude insérée dans Saint Louis par H. Wallon. Paris, 1878, pp. 495-525. — M. de Marché ville, Le denier £or àî'agneî, dans la Revue numismatique de 1889. — M. de Marchéville, Le rapport entre Vor et l'argent au temps de saint Louis, dans V Annuaire de la Société française de numismatique, 1890. — M. de Marchéville, Le denier £or à la reine, dans la Revue numismatique de 1889. — L. Blancard, Du rapport de Vor à Varient sous saint Louis et ses successeurs, dans V Annuaire de la Société française de numismatique, 1890. — L. Blancard, La réforme monétaire de saint Louis, dans les Mémoires de V Académie de Marseille, 1888-92. — Vuitry, Les mottnaies et le régime monétaire de la monarchie féodale, de Hugues Capet à Philippe le Bel. Paris, 1876, in-8. — Vuitry, Les monnaies sous Philippe le Bel et ses trois fils. Paris, 1879, in-8. — Vuitry, Les monnaies sous les trois premiers Valois. Paris, 1881, in-8. — E. Boutaric, La France sous Philippe le Bel. Étude sur les institutions politiques et administratives du Moyen dge. Paris, 1861, in-8. — F. de Saulcy, Recueil de documents relatifs à Vhistoire des monnaies frappks par les rois de France depuis Philippe II jusqu'à François I. Paris et Màcon, 4 vol. in-4, 1879-92. — F. de Saulcy, Éléments de Vhistoire des ateliers monétaires du royaume de France depuis Philippe- Auguste jusqu'à François I. Paris, 1877, in-4. — E- ^e Saulcy, Histoire monétaire de Jean le Bon, roi de France. Paris, 1880, in-4. — F. de Saulcy, Histoire numismatique de Henri V et Henri VI, rois d'Angleterre, pendant qu'ils ont régné en France. Paris, 1878, in-4. — N. de Wailly, Mémoire sur les variations de la litre
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tournois, dans les Mémoires de V Académie des Inscriptions et Belles -Lettres, t. XXI. — Communications de M. de Marchévillc et de M. le comte H. de Castellane.
§ I. — Louis IX (1226-1270).
Les échanges se réglaient, au royaume de France, depuis les première efforts d'unification monétaire faits par Philippe-Auguste, suivant deux systèmes de compte : en monnaie parisis et en monnaie tournois. Ces deux systèmes avaient, l'un et Tautre, pour base le denier dont 12 formaient un sou, et dont 240 (ou 20 sous) formaient une livre; mais le denier de chaque système et ses divisions : demi-denier, maille ou obole, existaient seuls comme monnaie réelle ; la livre et le sou n étaient que des monnaies abstraites. Au commencement du xiii*^ siècle, 68 deniers parisis formaient l'équivalent de 100 deniers tournois. Sous Louis IX, ce rapport tomba jusqu'à 80 : 100, c'est-à-dire à 4 : 5, probablement par suite de l'usure progressive des deniers parisis mis en circulation '.
Deniers de billon, tournois ou parisis, étaient de bien faibles instruments pour satisfaire aux exigences croissantes du commerce. Louis IX résolut de compléter la série des monnaies réelles par l'adjonction d'espèces d'argent et d'or. Son règne marque, à ce point de vue, une date capitale dans l'histoire du monnayage, non seulement en France, mais dans l'Europe entière où son système fut adopté 2.
M. de Barthélémy a exposé les mesures successives prises par Louis IX dans la réorganisation du monnayage après son retour de sa première croisade 02^4).
En i2j2, le roi rendit à Chartres l'ordonnance interdisant l'imitation des types royaux par les feudaiaires. A partir de 1263 on ne devait plus se servir dans ses terres ni dans les fiefs dont les seigneurs n'avaient pas le droit de battre monnaie, que de tournois, de parisis et de deniers de Laon ou lovesiens. Cependant, eu égard à la disette du numéraire, Louis IX permettait de se servir de deniers bretons et angevins courant sur le pied de 5 pour 4 tournois, de deniers mançois courant sur le pied de i pour 2 angevins, enfin, d'esterlins, monnaie
1. P. 308, ligne 20, une faute d'impression nous a fait dire que 4 deniers tournois valaient 5 deniers parisis, alors qu'il faut lire le contraire; au surplus, il y a lieu de rectifier ce que nous avons écrit dans cet alinéa, conformément à ce que nous disons
2. Cf. sur les imitations dont le gros tournois fut l'objet: J. Chautard, Imitations des m.'innaies au type du gros tournois, dans la Revue belge de numismatique, 1872, p. 319 et suiv. — Menadier, Deutsche Mùnien, t. IV, 1 1 et suiv.
d'importation anglaise, valant 4 tournois, la plus forte espèce d'argent de cette époque. Dans le système de compte en usage, et suivant lequel 1 2 deniers formaient un sou, Testerlin représentait exactement le tiers du sou tournois de compte.
C'est au Parlement de la Toussaint 1265 V^^ nous voyons supprimer le cours de ïesterlin; il devait finir à la mi-aoùt suivante: « et veut le Roy et commande que estellins nequerreni à nul pris en son royaume dès la mi août en avant, fors à pois et à valeur de l'argent, » Cette même année, Louis IX rachète, au prix de 40 livres parisis, aux héritiers d'Henri Plartrard, le privilège, concédé en 1225, de graver les coins de la monnaie parisis dans tous les ateliers du royaume situés en deçà de la Loire.
La suppression du cours de Testerlin, le rachat dii droit de graver les coins de la monnaie parisis, font pressentir une réforme importante : la création d'un sol tournois effectif, le gros tournois, et la frappe d'une monnaie d'or.
M. de Barthélémy, auquel nous empruntons une partie de ce paragraphe, a cru pouvoir fixer l'apparition du gros tournois au 1 5 août 1 266, époque indiquée pour la cessation du cours des esterlins. Elle doit avoir eu lieu plus tôt, si nous nous en rapportons au texte suivant cité par M. de Saulcy, d'après les archives delà Monnaie, et daté du 24 juillet 1266 : « D'ung marc de Roy, d'autel argent et d'autele finance comme est la nouvelle touche ou neuf exemplaire que le Roy a fait et establi^ ne seront faits que 58 deniers du marc desusdit, et chascun des deniers desusditJ^ seront pesés en tele manière que le plus fort et leplusfeble ne s'eslongera du droit pois que chascun doit peser plus de deux grains.,., et seront Jlaonnej( et monnoie^ en tele manière que nul malicieus ne les puisse tondre ne limer apris mis hors... » Ce texte est pour nous la véritable ordonnance créatrice du gros tournois taillé à 58 au marc.
La modification de la taille des deniers tournois consista en la substitution de la taille de 220 pièces au marc à celle de 217 pièces au marc, que des textes positifs de 1251 et 1253 permettent d'attribuer à ces espèces antérieurement à la réforme. Le gros tournois de Louis IX était à. 1 1 deniers 12 grains d'aloi, c'est-à-dire à — d'argent fin. Les deniers tournois étaient de 3 deniers 18 grains.
On soupçonnait depuis longtemps que l'idée de la réforme devait être venue à Louis IX à la vue des monnaies arabes pendant son séjour en Egypte et en Terre-Sainte. Un savant, auquel la numismatique du moyen âge est redevable de nombreuses observations importantes, M. Louis Blancard, a montré que le gros tournois n'est, sous le rapport du type, qu'une imitation du dinar d'or (ou sarra^inas) frappé, de 12^1
à 1257, par les Chrétiens à Saint-Jean-d'Acre '. Le module des deux monnaies est le même ; sur Tune comme sur l'autre, on voit au revers deux légendes concentriques, la première marginale, empruntée à un texte sacré, l'autre intérieure, aux nom et titre du roi, et commençant toutes deux par une croisette.
Le gros tournois a pour type principal un châtel tournois entouré des mots traditionnels TVRONVS CIVIS et d'une bordure de douze fleurs de lis placées dans autant d'oves. Le revers, directement inspiré par la pièce d'or arabe, porte, autour d'une croix, la légende : BNDICTV: SIT;N0M¥;DNI:NRI:DEI:IHV:XPI. tracée en caractères superbes (fig. 1456). Son poids moyen est de 4S^05.
Comme le gros d'argent, le denier d'or de Louis IX, créé vraisemblablement à la même date (i 266), se distingue par la perfection de la gravure, l'élégance extrême des lettres taillées en biseau et à arêtes vives, par la beauté du style qui laisse en arrière toutes les autres monnaies du moyen âge. Il n'est pas mentionné dans les textes contemporains, mais son attribution ne soulève aucun doute. Son extrême rareté actuelle contraste avec la profusion d'exemplaires que nous possédons du gros
Fig. 1456
Fig- »4S7
tournois. L'avers porte un écu semé de six fleurs de lis, dans un encadrement gothique formé de huit arcs de cercle ornés de lis intérieurement, à leur point de suture. Au revers, une croix fleuronnée est cantonnée de quatre fleurs de lis; l'inscription, empruntée à la séquence de Pâques, comme Ta démontré M. Frœhner, est : + XPC • VINCIT • XPC • REGNAT- XPC-IMPERAT; nous la retrouverons sur les monnaies d'or royales jusqu'à la Révolution. Le denier d'or à l'écu (fig. 1457J est d'or fin: son poids équivaut au poids du gros d'argent.
I. Revue numismatique, 1883, pp. 166-169. Cet article avait paru d'abord dans les Mémoires de l'Académie de Marseille, 1882. [M. Adr. Blanchet, dans les Comptes rendus de r Académie des Inscriptions, 1901, p. 258, n'admet aucune parenté entre le dûiar d'Acre et le gros tournois. Il constate que le centre du gros tournois, face et revers, n'est que la reproduction pure et simple du denier tournois, ce qu'on ne saurait mettre en doute.
§ IL — Philippe III le Hardi (1270-1285).
Pendant toute la durée de son règne, Philippe III se préoccupe de maintenir les droits de la monnaie royale en restreignant ceux des barons . L'ordonnance rendue à la Toussaint 1 27 1 , et dont les termes sont répétés dans presque toutes les ordonnances suivantes, exprime la volonté du roi « que nulle monnoie ne cuerre en nostre terre, forsque les nos propres, lesquelles sont usées à courre; que en la terre de no{ barons, qui ont monoie, une cuerre nule monnoye forsque la leur que ils tiennent de nous^ et les no^ propres )^. Les anciens deniers parisis et tournois continuent à circuler, et le peuple ne peut les refuser, « bien qu'ils soient pele^ >►, tant que les empreintes en restent visibles. Le roi tolère également le cours des esterlins d'Angleterre, à 4 deniers tournois.
Une très grande obscurité couvre l'histoire monétaire de cette époque. Philippe III a-t-il frappé delà monnaie d'or? Nous savons qu'en décembre 1 270, après la croisade, il en fit frapper à Messine pour 400 marcs d or, mais au coin du roi de Sicile. On nie maintenant qu'il existe des pièces d'or françaises à son nom, et il est possible que le roi s'en soit tenu à la fabrication itsgros et deniers tournois^ peut-être des deniers parisis. Mais comment les distinguer des monnaies identiques de son successeur? La distinction qu'on a voulu établir entre les monnaies de Philippe III et celles de Philippe IV, en donnant au premier les pièces où PHILIPVS est écrit avec un seul P, au second celles où le nom est orthographié PHILIPPVS. nous paraît trop subtile.
Alphonse de France, comte de Toulouse, et Jeanne, sa femme, étant morts sans enfants, au mois d'août 1271,1e roi Philippe III, neveu d'Alphonse, fit valoir ses droits d'héritier et prit possession de ce comté. L'annexion est rappelée par une rare monnaie de billon frappée à Toulouse et connue sous le nom de bourgeois de la Langue d'oc. En voici le type : à l'avers, une fleur de lis entourée de + PHILIPPVS REX ; au revers, une croix fleurdelisée coupant la légende circulaire : TO-LA-CI-VI. C'est à ce monnayage languedocien que nous sommes tentés de rattacher les gros tournois au châtel fleurdelisé, pareils à ceux de Charles I, roi de Sicile et comte de Provence.
§ m. — Philippe IV le Bel (1285-1314). L'histoire de Philippe le Bel, au point de vue de la numismatique, a
été traitée magistralement par Edgar Boutaric. Nous puiserons largement dans son livre pour la rédaction de ce paragraphe.
A partir de ce règne, la législation monétaire commence à être connue avec quelque détail, et son étude offre de l'intérêt, même à l'historien. On sait que Philippe le Bel fit subir de nombreuses variations au poids et à Taloi de son numéraire ; la tradition, populaire lui a infligé le surnom flétrissant de roi faux-monnayeur. Toutefois, il n'eut d'autre tort que d'appliquer une doctrine économique fausse, dont l'application était générale pendant tout le moyen âge.
Dans les premières années du règne, le système inauguré par Louis IX fut correctement suivi ; les altérations ne commencèrent qu'en 1289, et, dès 1294, le maître de la monnaie proposa de baisser de nouveau le titre des espèces pour réaliser des bénéfices qui permissent de faire face à la guerre contre les Anglais. D'abord combattu et ajourné, le projet ne tarda pas à être pris en considération (avril 1295), comme une source de richesses pour le trésor. Le roi acheta de grandes quantités de métaux précieux et défendit à tous ses sujets qui n'avaient pas six cents livres de rente, d'avoir de la vaisselle d'or et d'argent, leur enjoignant, sous peine de corps et de biens, d'en porter le tiers, dans les huit jours, aux hôtels des Monnaies et de tenir le reste à sa disposition.
A la suite de cette ordonnance, l'altération des monnaies alla en augmentant sans cesse jusqu'en 1305. Le tableau suivant du prix du marc d'argent en donnera une idée :
De lundi après la Opasimodo 1293 à la Trinité 1296, le
marc d'argent fin valait 61 sous tournois.
De la Trinité 1296 au mardi avant Noél 1296 SG sous tournois.
Du mardi avant Noël 1296 à la Saint-Martin d'été 1297. . 68 sous tournois.
De la Saint-Martin d'été 1297 à la Pentecôte 1298. ... 70 sous tournois.
De la Pentecôte 1298 à la Pentecôte 1299 75 sous tournois.
De la Pentecôte i299au dimanche après la Saint-Denis ^299. 78 sous tournois.
Du dimanche après la Saint-Denis 1299 à la Saint-Georges
1302 4 livres 5 sous tournois.
De la Saint-Georges 1302 aux Brandons 1302 (v. st.).. . 4 livres 8 sous tournois.
Dans le cours de Tannée 1 303, le roi fit semblant de vouloir revenir à la bonne monnaie ; le 24 juin, il ordonna de battre des petits tournois de bon aloi, mais qui furent de courte durée: la hausse du marc d'argent reprit plus forte que jamais. A l'Ascension 1304, il valait 6 livres tournois; en mars 1 305, son prix atteignait 7 livres 5 sols tournois.
Nouvel arrêt en juin 1 306 ; on frappe des royaux rf or valant onze bons petits parisis de ceux « qu'on fait forger nouvellement », et des gros d'argent de la valeur de ceux de saint Louis « non roognez ne usez )^,
avec quelques bonnes monnaies divisionnaires. Mais le roi revient immédiatement à ses anciens errements. Déjà, le marc d'argent vaut 7 livres 10 sols tournois. Les plaintes sont universelles. Enfin, à la date du 8 juin, on annonce que, du conseil de plusieurs prélats et barons, la bonne monnaie courrait à partir de Notre-Dame de septembre. Mais la mauvaise ne fut pas décriée; trois deniers anciens devaient avoir cours pour un denier nouveau; en effet, le prix du marc d'argent retomba subitement à 55 sols 6 deniers tournois.
Le désordre avait duré onze ans; sa brusque suppression eut des suites funestes. Jamais les pièces altérées n'avaient eu cours pour leur valeur nominale, ou plutôt les objets de consommation et autres renchérissaient en proportion de l'altération des espèces. Tel loyer qui, avant 1295 , était de 10 sous de bonne monnaie, n'avait été renouvelé en 1505 que pour 30 sous de faible monnaie. Quand on en revint au système de saint Louis, les propriétaires exigèrent de leurs locataires ou de leurs fermiers le paiement en bonne monnaie du loyer stipulé pendant que la monnaie mauvaise avait cours. C'était demander trois fois le prix réel prévu par le contrat. Le peuple de Paris se plaignit bruyamment, des émeutes eurent lieu, on saccagea la maison d'Etienne Barbette, un des maîtres de la Monnaie, et le roi lui-même fut assiégé dans le Temple. On réprima ces excès, mais l'échelle à observer entre la monnaie bonne et mauvaise pour l'acquittement des contrats et des marchés fut réglée tant bien que mal.
La fabrication des espèces loyales continua ainsi jusqu'en 1311, puis, dès le mois de janvier de cette année, Philippe le Bel en revint une dernière fois à ses pratiques néfastes. En septembre 1313, le prix du marc d'argent était remonté à 3 livres 10 sous tournois. La perturbation jetée dans les affaires s'accrut, et l'irritation contre le roi et ses conseillers devint générale. Vaincu par ces plaintes, Philippe IV promit de faire frapper de bonne monnaie à partir de la Madeleine 1313, terme qui fut prorogé jusqu'au mois de septembre. Cette fois, le roi tint parole; mais le rétablissement de la monnaie sur l'ancien pied amena les mêmes ruines qu'en 1 306.
Par suite des variations dont nous venons de retracer très sommairement l'histoire, la série des monnaies frappées pendant le règne de Philippe le Bel est considérable. La nomenclature suivante donne, d'après les observations de MM. de Marchéville et de Castellane, la succession chronologique des types ; pour plus de clarté, nous croyons utile de renvoyer aux planches de Hoffmann :
1285. Gros tournois à Vo rond. Même type que le gros tournois de Louis IX (Hoffm., no 5).
Denier tournois. Même type que le denier tournois de Louis IX.
1288? Petite masse ou mwerf'or (Hoffm., no 3 des monnaies attribuées à Philippe III). Le roi, assis de face, sur un siège orné de deux têtes de lion, tient un sceptre fleurdelisé et une fleur de lis; dans le champ, à droite et à gauche, un lis. Revers: Croix feuillue cantonnée de quatre lis (fig. 1458).
1295. Masse d'or (royal dur ou grand florin. Hoflfm., n» 4). Même type du roi assis, dans un encadrement formé d'arcs fleurdelisés à leurs points de jonction. Rev. : Croix feuillue cantonnée de quatre lis, le tout dans un encadrement de quatre arcs et de quatre angles. La masse était taillée à 34 — au marc. Des lettres patentes adressées en 129$ au comte de Nevers lui donnent cours pour 20 sols, c'est-à-dire pour une livre parisis.
Petit royal ou deini-masse d'or (Hofïm., n© 2). Le roi assis, comme sur les pièces précédentes, mais sans encadrement. Rev. : Croix feuillue cantonnée de quatre lis et coupant la légende (fig. 1459). Cette pièce était taillée à 70 au marc.
Maille blanche d'argent (Hofïm., n® 9). Mêmes types que le gros tournois, dont elle représentait la moitié.
Royal parisis double de billon (Hoff"m.,no 20). moneta dvplex. Au centre, le mot REGA-Lis sous une fleur de lis (fig. 1462). Rev. : Croix feuillue, ne coupant pas la légende.
Ftg. 1460
Fig. 1461
Petit royal parisis de billon (Hofim., no 22). Mêmes types sans les légendes circulaires.
Double tournois de billon (Hoff'm., no 23). mon. dvplex régal. Fronton de châtel tournois entre deux lis (fig. 1463). Rev. : Croix pattée, cantonnée d'un lis.
Mitte royale tournoise de billon (Hoffm., no 2$). Fronton de châtel tournois entre deux lis, sans légende circulaire. Ra. : Croix fourchée cantonnée de p-h-r-ex.
Juin 1303. Chaise d'or (Hoffm., no 3). Le roi assis, de face, sur une chaise gothique à haut dossier et à clochetons, tient un sceptre fleurdelisé et un lis. Bordure formée par une épicycloïde. Rev. : Croix feuillue dans un quadrilobe cantonné de couronnes (fig. 1460).
Gros tournois d* argent dit à Vo long (Hoffm.,no 8). Même type que les gros tournois précédents, mais To de tvronvs allongé.
Maille tierce à Vo long, d'argent (Hoffm., n© ii). Même type; la croix du revers est cantonnée d'un lis.
Denier tournois à l'o long, de billon (Hoffm., no 1 6). Même type que les deniers tournois précédents, mais avec To de tvronvs allongé.
Maille tour noise à Vo long, de billon (Hoffm., no i8). Même type.
Fig, 1462 Fig. 1463
Décembre 1303. Royal parisis double, de billon. Même type que le royal par isis double de 1295, mais avec un point secret, marque d'affaiblissement, sous le mot rega-lis.
Mai 1305. Manteletd'or (Hoffm., n© 2 des monnaies attribuées à Philippe III). Le roi debout, vêtu d'un long manteau, tient un sceptre fleurdelisé; à droite et à gauche, un lis. Rev. : Croix fleurdelisée dans un quadrilobe cantonné de trèfles (fig. 1461).
Gros tournois à Vo rond, d'argent.
Denier tournois à l'o rond, de billon.
Maille tournoise à Vo rond, de billon.
Denier parisis, de billon (Hoffm., n© 14): fra-nco en deux lignes. Rev.: Croix pattée.
Maille parisis, de billon (Hoffm., n© 1$). Même type.
1308. Maille tierce a Vo rond, d'argent (Hoffm., n© 6). Même type que le gros tournois dont cette pièce valait le tiers.
Janvier 13 10. Agneld'or (Hoffm., no i) frappé au même titre et à la même taille que la monnaie d'or de Louis IX. f agn. d'i. qvi. toll. pcx:a. mvdi. miserere nob. Agneau pascal nimbé, tenant un fanion ; dessous : ph. rex. Rev. : Croix feuillue dans un quadrilobe cantonné de lis.
Bourgeois fort, de billon (Hoffm., no 26). bvrgensis. Dans le champ, for-tis sous une couronne. Rev : Croix tréflée à long pied, coupant la légende.
Bourgeois neuf, de billon (Hoffm., no 28). bvrgensis. Dans le champ: Nov-vs en deux lignes sous un lis. Rev. : Croix pattée à long pied coupant la légende.
Maille bourgeoise, de billon (Hoffm., n© 30). Même type.
Juin 131 3. Denier parisis, de billon.
Maille parisis, de billon.
Denier tournois, de billon.
Maille tournoise, de billon.
On est mal renseigné sur les ateliers monétaires de Philippe IV. Les documents dépouillés par Boutaric et ceux que M. de Saulcy a réunis, permettent de constater l'existence des ateliers de Paris, Tournai, Troyes, Saint-Pourçain, Montpellier, Toulouse, Montreuil-Bonnin, Rouen, Mâcon, Saint-Quentin et Sommières. L'officine de Tournai
était une acquisition récente ; nous avons vu (p. 5 1 2) comment Philippe- Auguste prit pied dans cette ville. A la fin du xni« siècle, un évêque tournaisien lui accorda l'autorisation de monnayer dans latelier épiscopal. Cette permission, d'abord d'une durée de quatre ans, fut prolongée plusieurs fois, entre autres par Tévêque Jean de Wasonne, le lundi après la fête de saint Vincent 1293. Lorsqu'en 1296, le roi de France envahit la Flandre, il établit un autre atelier à Bruges; l'existence de celui-ci en 1298 est formellement reconnue par les textes.
§ IV. — Louis X le Hutin (13 14-13 16).
Le monnayage de Louis X comprend les mêmes espèces qui avaient été frappées à la fin du règne de Philippe le Bel, c'est-à-dire des agnels
d'or (fig. 1464) et, en billon, des deniers tournois et des deniers parisis. Le type ne subit aucune modification. Avant M. de Marchéville, on avait partagé les agnels entre Louis IX et X.
Les notables réunis en 1514 à ^'^' ^^^^ Paris avaient signalé le mon-
nayage des barons comme un des obstacles à l'établissement, en France, d'une circulation monétaire normale. En nij, Louis le Hutin fit dresser une liste des feudataires exerçant le droit de battre monnaie, et détermina les conditions invariables de taille et de titre dans lesquelles les espèces seigneuriales devaient être frappées. Comme nous l'avons dit plus haut (p. 374), cette ordonnance devint l'arrêt de mort du monnayage féodal.
§ V. — Philippe V le Long (13 16-1322).
Les monnaies frappées sous Philippe V, frère de Louis X, sont exactement conformes au système de saint Louis. En or, nous retrouvons Vagnel, en billon les deniers tournois et parisis, en argent le gro5 tournois dont la fabrication reprit vers le mois de mars 13 17. Il n'est pas facile d'établir une distinction entre les monnaies de Philippe V et celles des rois homonymes. Par analogie avec les pièces de Charles IV, on lui donne les agnels d'or qui portent à l'avers, sous le nom royal, de petits
différents tels qu'une étoile ou un marteau. Des différents semblables figurent sur des gros tournois et sur certaines pièces de billon.
Poursuivant la politique de ses prédécesseurs, Philippe V acheta, le 17 janvier 13 19, les droits monétaires du seigneur de Bourbon, et le 14 mai suivant, ceux de Chartres et d'Anjou.
§ VI. — Charles IV le 5^/(1322-1328).
Charles IV, frère de Philippe V, lui succéda en janvier 1322. Il était comte de la Marche, et son avènement au trône eut pour résultat immédiat la réunion de ce comté aux domaines de la couronne. Le 20 février 1322, une ordonnance, datée de Senlis, prescrivit l'émission de trois espèces :
1 . Agnels d*or courant pour 20 sols. Leur type est identique aux agnelsde PhilippelV et V; ils n'en diffèrent que par le nom du roi : kl' rex, placé sous l'agneau.
2. Gros tournois d'argent, courant pour i $ deniers. La légende qui entoure la croix du revers est : -f karolvs fr. rex. Ces pièces furent frappées en très petite quantité, et l'on en arrêta la fabrication pendant la guerre contre les Anglais. Il n'en est plus question dans les ordonnances suivantes de Charles le Bel, mais on sait que leur cours s'éleva jusqu'à 20 deniers parisis.
3 . Deniers parisis. Le type est probablement celui des deniers parisis plus anciens, avec fra-\xo en deux lignes.
Le is octobre 1 322, des lettres patentes du roi augmentent le nombre des espèces en créant le double parisis et 1 obole parisis (petite maille). Le denier parisis^ émis précédemment à 4 deniers 12 grains, fut réduit à 3 deniers 18 grains.
Le 2 mars 1323 (n. st.), Charles IV fit frapper des mailles blanches d'argent valant 6 deniers parisis. Le type de ces mailles blanches est analogue à celui des gros tournois, mais le châtel y est entouré du mot FRANCHORVM. Dès le 4 mai 1323, leur titre fut porté à 1 1 deniers.
Enfin, le 16 février 1326 (n. st.), on changea la monnaie d'or. Aux agnels furent substitués les premiers royaux d'or fin, de 58 pièces au marc, ayant cours pour 25 sols parisis, et les demi-royaux de 116 au marc. Le type du royal (fig. 146 5) est le roi debout, tenant un long sceptre fleurdelisé, sous une arcade gothique; au revers, une croix feuillue est cernée d'un quadrilobe cantonné de couronnes.
Le 24 juillet 1326, par une dernière ordonnance, Charles IV crut remédier à ses embarras financiers par un affaiblissement sensible des mailles blanches et des doubles parisis. Le système de Philippe le Bel était appliqué de nouveau.
S'il est facile, pour lor et l'argent, de rapporter aux ordonnances les
pièces que nous possédons, il n'en est pas de même pour le billon. Comment s'y prendre pour distinguer les doubles ti deniers parisis^ des doubles et deniers tournois ? M. de Marchéville fait attention à la forme de la croix. Sur les parisis, cette croix, ornée ou non, ne coupe jamais l'inscription circulaire ; sur les tournois, au contraire, la croix est une croix à pied, coupant la légende. A l'exception des premiers parisis de
Fig. 1465
Fig. 1466
rémission de février 1322, le type des billons de Charles IV est une simple couronne. Parfois, cette couronne surmonte le mot REX ou l'initiale du nom du roi ; sur les doubles parisis que l'on peut reporter à l'émission du 2 mars 1523, la couronne apparaît seule (fig. 1466); sur les pièces affaiblies du 24 juillet 1 326, un annelet est placé dessous. Charles IV se conforma, lui aussi, à la politique de ses prédécesseurs en cherchant à éteindre le monnayage des barons. Le 22 avril 1322, il acheta les droits monétaires du comte de Beaumont-le-Roger.
§. VII. — Philippe FI de Valois (1328-1330).
Charles IV, mort le 1 février 1 328, ne laissait pas de fils. Deux compétiteurs se trouvèrent en présence: Edouard III, roi d'Angleterre, petit-fils, par sa mère Isabelle, de Philippe IV, et Philippe de Valois, petit-fîls, par son père Charles de Valois, de Philippe III. Philippe de Valois qui avait été proclamé régent par son prédécesseur, monta sur le trône. Il réunit au domaine de la couronne son apanage, c'est-à-dire les comtés de Valois, d'Anjou et du Maine, puis le comté de Champagne. En 1 349, Humbert II, dauphin de Viennois, lui céda le Dauphiné; en 1350 il acquit Montpellier. Par contre, la bataille de Crécy, perdue en 1 346, livra Calais aux Anglais.
Philippe VI se distingue surtout dans la fabrication de la monnaie d'or, qui, par la richesse et la variété de ses types, donne la plus haute idée de l'art monétaire au xiv^ siècle. Dans l'espace de vingt-deux ans,
il y eut quatorze refontes de la monnaie courante. Sous le rapport économique, ce règne se divise en cinq périodes. Pendant deux ans, jusqu'à la fin de 1329, la monnaie fut maintenue faible, telle qu'elle était à la mort de Charles IV ; de n 29 à i j 37, le roi établit et conserva la monnaie forte; de 1337 à 1343, 1^ numéraire subit de fréquentes fluctuations, selon le système de Philippe le Bel ; de 1 343 à 1 346, nous assistons à un retour à la forte monnaie, mais des affaiblissements nouveaux eurent lieu de 1 346 à la fin du règne. Nous allons examiner ces diverses périodes avec autant de détail que le permet le plan de ce livre.
irc période (i 328-1 329). — A partir du 2 mai 1 328 on met le nom de Philippe, au lieu de celui de Charles, sur les royaux d'or, les mailles blanches d'argent et les doubles parisis de billon.
2'î/?e>/orfe (1329-1337). — Le roi reconnaît la nécessité de réformer ses monnaies ; c'est l'avis des « prélats, barons, bonnes villes et gens compétents)^. En septembre 1329, diverses lettres patentes, adressées aux sénéchaux des villes de province, nous apprennent la fabrication des pièces suivantes :
I. Parisis d*or fin, qui auront cours « pour 20 sois de bons petits parisis, de la valeur de ceux qui estoient frappés du temps de saint Louis ». Ils étaient taillés à 33 — au marc. Le parisis d'or représente le roi assis de face sur une chaise à dossier ogival et à clochetons; il tient le sceptre fleurdelisé et la main de justice, et ses pieds reposent sur deux lions couchés (fig. 1467). Le revers porte une croix feuillue dans un encadrement formé de quatre arcs et de quatre angles, ces derniers terminés par des lis.
Fig. 1467 ï^ig- >468
2. Gros parisis d^ argent mis en circulation pour « 12 bons petits parisis ». Type: une couronne surmontant les mots franco-phi, placés sur deux lignes, est entourée de la légende: -f- parisivs civis argenti et d'une bordure de quinze lis, qui expriment peut-être la valeur de la pièce en deniers tournois (fig. 1468). Le revers porte une croix pattée, cernée d'une double légende et cantonnée de deux lis. Cette monnaie est sans contredit la plus belle pièce d'argent du moyen âge, qui ait été faite en France.
3. Gros tournois d'argent équivalant « à 12 petits deniers tournois » comme ceux de saint Louis. Leur type est le même que celui des fro5 tournois de Philippe le Bel, mais une étoile se voit sous le second v de tvronvs, de même qu'une étoile figure sur \e gros parisis sous le V de civis.