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CHAPITRE QUINZIÈME L'ESPAGNE ET LE PORTUGAL

§ L — Royaume de Castille et de Léon.

Sources : Voir p. 8i6. — Vives (Ant.), îa Moneda ca5teîlana\ discursos leidos ante la Real Academia de la Historia. Madrid, 1901.

La première pièce d'argent remonte, en Castille, à Alfonse X, contemporain de saint Louis, et la première pièce d'or à Sanche IV (p. 823). Mais ce n'est que plus tard, sous Alfonse XI (1312-50), que la frappe de l'or et de Targent devient régulière, et que s'ouvre, pour le monnayage castillan, une ère de richesse et de magnificence qu'aucun autre pays n'a jamais connue. D' Alfonse XI, nous possédons la dobla castellana d'or (fig. 1874) avec sa demie, le castellano, et son quart. A l'avers, du côté des trois tours, le roi s'appelle REX CASTELLE; au revers, du côté du lion, REX LEGIONIS. Le chiffre XX, apposé sur un des exemplaires de la dobla, signifie probablement 20 maravédisK Le nouveau gros (rea/) d'argent fin porte les mêmes types et les mêmes légendes. Quant au billon, rien n'y est changé : le cornado conserve son buste de roi couronné, à gauche ou de face, et le noven (?) son décor héraldique.

En tête de la série de Pierre I^^ le Cruel (1350-69), on place une médaille d'or de très grand module (68 mm.), pesant 45 grammes, c'està-dire 10 doblas. Le buste du prince, dans son manteau royal, est entouré d'une ravissante bordure gothique et du verset: dominus michi adiutor et ego dispiciam inimicos meos, pris dans le livre des psaumes. Le champ du revers est écartelé. Mais cette pièce porte une date posté-

I . On retrouve le chiffre XX sur une pièce d'or de Pierre Je' (au buste) et XV sur un castellano. Les poids de ces espèces divisionnaires (2,973 et 1,920 grammes) ne s'accordent pas bien avec le poids régulier (4,60 grammes) de la dobla.

rieurc au règne de Pierre : E(ra) M. CCC. LXXXX. Illll. Elle a été frappée

sous Henri III et ne peut passer que pour une médaille commémorative.

Tout en continuant l'émission de la dobla castellana (fig. 1875) et de

Fig. 1874

sa demie, Pierre I^*" créa la dobla et la demi-dobla au buste. Son réal est une belle pièce d'argent fin, au p couronné et ceint d'un double rang d'inscriptions qui, sur le demi-réal, se réduit à un seul. Un blanc de billon, aux armes de Castille-Léon, se fait remarquer par sa dimension au milieu de la monnaie d'appoint.

Henri II (1369-79) crée \t cavalier J'or; sur son gros d'argent, il

Fig. 1876

remplace le p de son prédécesseur par les sigles EN (fig. 1876); mais ses demi-gros, ou demi-réaux, présentent des variétés de texte, les uns portant dominus michi aiutor, les autres ayant, sur chaque face, le nom

Fig. 1877

Fig. 1878

du roi qui s'intitule à l'avers roi de Léon et, du côté du château, roi de Castille (fig. 1877). Même disposition sur les billons que nous avons fait reproduire (fig. 1878-1879) et dont l'un est anonyme. Un grand blanc porte le buste couronné de face, entre les lettres E-N.

De Jean I^r (1379-90), on ne connaît que des billons, presque tous à

Vagnus dei (fig. 1880), frappés pendant la guerre de Portugal et Tinvasionduducde Lancastre. Mais de sa femme, Béatrice, il existe un g^ro5 d'argent (unique), représentant le buste de la reine et portant Tinscription: BEATRICIS: DEI: GR: REGINA: CASTELE: E POR. Henri III (1390-1^106) ajoute aux types du réal une grande couronne surmontant

les lettres HEN. La légende XPC. VINCIT. XPC. REGNAT, tracée autour, se raccourcit sur les fractions, si bien que le quart de réal n'a plus que XPC. VINCIT. XPS. Des coronats de billon portent les quatre lettres ENRI ou LEON dans les cantons de la croix.

Nous venons de constater que la grande médaille d'or au nom de Pierre n'a pu être frappée que sous Henri III; il en existe une pareille, de Jean II (1406-54), au même poids (45 gr.) et de même dimension (68 mm.), équivalant à 10 doblas. On y voit l'écu de la Bande penché sous un énorme heaume à la couronne murale de Castille. Mais la pièce la plus extraordinaire du règne de Jean II est celle de 20 doblas, un cavalier d'or (fig. 1881), pesant 90 grammes et mesurant 93 millimètres. Sur l'une et l'autre, le titre DOMNVS précède le nom du roi; l'écusson que tient le cavalier est celui de l'ordre de la Bande. Il va de soi que de tels morceaux d'orfèvrerie, quoique parfaitement adaptés, sous le rapport des types et du poids, au système monétaire en usage, n'étaient pas faits pour la circulation et qu'il s'agit de bijoux monétiformes destinés à servir de pendants de cou.

Depuis 1442, Jean II frappe toute une série de pièces à Técu de la Bande: la dobla d'or en deux variétés: une première avec REX LEGI du côté de l'écusson, une autre (fig. 1882) avec REX CASTELL E LE. Même un billon, la blanca nueva, porte ce type. Sur le réal au buste, le roi s'appelle lOHANES SECVNDVS; du réal aux lettres lOHN sous une couronne, on a aussi le demi et le quart. La vieille légende dominus michi adiutor etc., y reparaît quelquefois, formant deux cercles concentriques. Comme sous Pierre le Cruel, un quart de réal ne présente, exceptionnellement, que les tours de Castille et le lion. Quant au billon, on trouve aussi le blanc à l'agneau pascal et à l'y couronné.

La numismatique d'Henri IV (1454-75) ne le cède à celle de son prédécesseur ni en beauté ni en variété. Sur ses pièces d'or, le roi est

Fig. 1881

assis de face, et son trône est une chaise gothique à dossier {silla alta)^ rarement une simple banquette {silla bajd), A ses pieds, un lion couronné ou non. Souvent, la figure du prince est encadrée dans un quadrilobe. Ces monnaies commencent parle demi-henri d*or, pour s'élever graduel-

Fig. 1882

lement au Henri d'or et aux pièces de 2, 5, 10, 20, 50 Henris d'or. Cette dernière, de 90 millimètres, pèse 229 grammes; c'est la plus lourde de toute la série espagnole. Selon la coutume, le prince ne prend à Tavers que le titre de roi deCastille et au revers son double titre, mais avec le numéro d'ordre: ENRICVS QVARTVS (ailleurs QARTVS, CARTVS. etc.). L'exemplaire que nous reproduisons (fig. 1883) est la pièce de 10 henris. A côté de ce type réservé à l'or, nous en voyons plusieurs autres : la dobla de la Bande, celle aux armes des deux royaumes, avec la légende

Fig. 1883

XPS. VINCIT etc. au revers, et une demi-dobla au roi assis, dont le revers porte, comme le billon, les armes écartelées dans une bordure carrée.

Le rea/ d'argent ne change pas d'aspect. Il conserve le buste couronné, de profil à gauche, et HEN sous une couronne (EN sur le demi); son quart est la pièce devenue populaire sous le nom de quartillo et valait 4 maravédis. Parmi les monnaies d'appoint, nous revoyons le blanc de la Bande et beaucoup de grands blancs au buste couronné de face.

Les monnaies frappées par Alfonse (1465-68), prétendant au trône et

proclamé roi, à Avila, contre son frère Henri IV, n'ont que des types connus. Cest \t cavalier d'or, c'est l'A sous une couronne (sur les espèces d'argent), le blanc de la Bande, et le buste couronné de face sur des grands blancs identiques à ceux que nous venons de citer. Le roi Alfonse V de Portugal qui, après la mort d'Henri, fît valoir pendant quatre ans (M75-79) ses droits à la couronne, n'a laissé qu'un gros d'argent, sur lequel, autour de l'écu de Portugal, on lit son nom suivi du titre de REX CAST.

Nous arrivons aux Rois Catholiques, Isabelle de Castille (1474- 1504) et Ferdinand V d'Aragon (1474-1516), qui terminent la numismatique médiévale de l'Espagne et inaugurent l'époque moderne. Une grande pièce d'or, du poids de 70 grammes, se place sur la limite même du moyen âge et de la Renaissance, car ses légendes, en lettres gothiques à l'avers, sont déjà écrites en lettres romaines au revers. Elle représente les bustes affrontés du roi et de la reine et, dans un cadre orné du verset ; sub umbra alarum tuarum prote(ge me), l'écusson de Castille-Aragon soutenu par une aigle. Le chiffre XX indique que la pièce valait 20 ducats.

Les bustes en regard sont le motif principal des monnaies d'or d'Isabelle et Ferdinand, toujours accompagnés des paroles bibliques: quos deus coniunxit homo non separet (Évangile selon saint Marc, x, 9). Mais la demi-dobla reçoit aussi un autre type, l'F couronnée et, au revers, l'Y couronné, comme le quart de réal. Le réal d'argent, s'il n'a pas un décor purement héraldique, porte les lettres FY couronnées, avec l'inévitable quos deus. Sur le billon, les deux initiales jouent un rôle prépondérant, mais la vieille légende dominus michi adiutor s'y installe de nouveau autour de l'écusson. Les variantes de ces pièces (Jblanca, demie et quart) ne se comptent pas.

Le 13 juin 1497, les Rois Catholiques abrogèrent, par l'ordonnance de Médina del Campo, le système monétaire en usage. Voici, d'après CampatïQT (Indicador manual, p. 435), les chiffres et marques des ateliers qui ont fonctionné pour les rois de Castille. Les noms des sept ateliers les plus actifs sont imprimés en italiques:

A, Avila? M couronnée, Madrid

B, BS Burgos MVR. Murcie?

C, CA Cuenca P et R couronné, Palencia? CA et calice, Coruna S, SE, Séuiîîe

G| g Guadalajara? T, TO, Tolède

G. Grenade V. Villalon?

lAEN. Jaen VA. Valladolid?

L, Léon aqueduc, Segovia

M, Madrid coquille, Coruna

M, Madrigal ? Médina del Campo? écuelle, Cuenca

L*ESPAGNÊ 134$

§ II. — Royaume d'Aragon.

Les monnaies de billon de Pierre IV (1335-87) ne se distinguent de celles de ses prédécesseurs Jacques I^^ et Jacques II que par le nom propre du roi. Ce sont le coronat (cornado) et le demi-coronat au buste de profil et à la croix patriarcale. D'un grand blanc aux mêmes types, il n'existe plus que le piéfort. Mais les premiers florins d'or au lis datent de ce règne. Leur légende est: + ARAG-0 REX P. On y a relevé les différents les plus variés (tour, casque, épée, couronne, rose, écusson, un C qui est la marque de l'atelier de Saragosse), et même le demiflorin et le quart sont retrouvés. Jean I^^*" (1387-96), Martin (1396lAio) et Ferdinand 1^^ de la maison de Castille (1412-ié) n'ont d'autre monnaie que le florin d'or et son demi, reconnaissables aux seules initiales du nom royal (I0. M. F).

Sous Alfonse V (1416-58), nous voyons à côté du florin (A. AL. ALF) un coronat de billon, qui donne au roi le titre de rex Aragonum ya/en(tiae). Mais le monnayage d'Aragon prend un aspect nouveau sous Jean II (1458-79), dont le règne a laissé des traces non moins profondes dans la numismatique castillane. A l'exception d'une pièce d'or encore unique, le timbre d'or, qui représente Jean II debout et, au revers, imité d'un coin d'Alfonse V pour Valence, Técu penché sous un heaume, toutes les monnaies de ce roi, or ou argent, ont pour types le buste couronné de face, armé d'un sceptre, et l'écu paie d'Aragon. En même temps, les titres se multiplient, et le mot Aragonum est suivi des initiales de quatre autres royaumes : Navarre, Sicile, Valence et Majorque. Si le dei gracia est suivi d'un C ou de CA, CAR, la pièce a été frappée à Saragosse.

Les changements apportés aux types aragonais par Pierre de Portugal (PETRVS QVARTVS, 1464-66), prétendant au trône, ne sont que des innovations de second ordre. Sur les monnaies d'or de Pierre, extrêmement rares, des bordures gothiques entourent le buste royal et l'écu paie qui devient une large cordiforme. Deus in adiutoriutn meum intende en est la devise. Écusson, bordure et légende ont été copiés par le successeur de Pierre, René d'Anjou (RENATVS PRIMVS» 14^7-70)» dont on a le ducat, le demi-ducat et le quart. Quant aux monnaies de Ferdinand, seules les pièces d'argent à la tête de face et un billon (I^ croix patriarcale) sont antérieurs à la réforme de 1497.

§ III. — Royaume de Faïence.

En 1238, Valence, jusque-là au pouvoir des Mores, fut conquise par Jacques I^r (1238-76), et bientôt le royaume tout entier était incorporé à la couronne d'Aragon. Les deniers (réaux) et oboles de Jacques qui ont au revers VALENCIE et une croix à long pied, dont la traverse est figurée par des feuilles, appartiennent encore à l'ancien système et représentent la tête couronnée du prince (lACOBVS REX)? de profil à gauche. Avec Don Martin (1396-1410) et Fernand I^r (1410-16), c'est le buste couronné de face qui apparaît sur le gros d'argent, dans une bordure d'arcs de cercle, et en même temps le mot VALENCIE est régulièrement suivi de MAIORICARVM. Le revers de toutes les pièces d'or et

d'argent de Valence porte l'écu aux trois barres droites, renfermé dans un losange et coiffé d'une couronne (fig. 1884). Sur une grande monnaie d'or d'Alfonse V (14 16- 58), l'écu casqué se substitue à l'effigie Fig. ,884 du roi. Cette pièce, pesant 24 grammes,

est connue sous le nom de Timbre de Valence. On connaît aussi le demi-timbre (ou demi-casque). Seuls, les deniers de billon conservent le buste couronné à gauche et la croix feuillue qu'on appelle « arbre de Valence », c est-à-dire les vieux types de Jacques I^^^. Jean II (1458-79) ne semble avoir frappé que des gros et demi-gros, et les pièces d'or des Rois Catholiques sont toutes postérieures à la réforme monétaire.

§ IV. — Comté de Barcelone,

Nous avons vu (p. ^39) Jacques 1^^^ (1213-76) inaugurer une nou-

Fig. 188; Fig. 1R86. Pierre III (T276-8O

velleère du monnayage catalan, en prenant pour type le buste couronné.

de profil à gauche (fig. 1885). Ce type s'est immobilisé jusqu'à la réunion du comté avec le royaume des Rois Catholiques, si bien que les monnaies des princes suivants :

•Pierre III (II de Catalogne) (1276-85). 'Ferdinand 1er (1410-16).

* Alfonse III (II de Catalogne) (1285-91). 'Alfonse V (IV de Catalogne) (1416-58).

•Jacques II (i 291- 13 27). *Jean II (1458-79).

♦Alfonse IV (III de Catalogne) (1327-36). 'Henri IV de Castille (1462-63).

•Pierre IV (III de Catalogne) (i 336-87). 'Pierre de Portugal (1464-66).

•Jean I" (1387-96). •Ferdinand II (V de Castille) (1479-15 16),

•Martin (i 396-1410).

ne se distinguent entre elles que par le nom propre du roi et l'amélioration progressive du style. Au revers, la croix qui coupe la légende CIVI- TAS BARCHINONA (ou seulement BARQINONA) est cantonnée d'anneletset de globules rappelant Testerlin. Sous Ferdinand II, un petit B se voit quelquefois au centre de la croix, comme le P sur les monnaies de Perpignan. On frappe surtout le gros et le demi-gros, dont beaucoup sont devenus rares, mais aussi le denier et lobole.

§ V. — Comté de Gérone.

Exceptionnellement, les comtes de Barcelone Martin (1396-1410), Jean II (1458-79) et Ferdinand II ont frappé monnaie à Gérone. Nous possédons leurs gros et demi-gros au buste couronné à gauche, à reçu d'Aragon en losange et à la devise : dominus proiector meus et adiutor. Sur les petits deniers de billon, il y a, au revers du buste couronné, soit larbre de Valence, soit Técusson de Gérone (CIVITAS GE- RVNDA), si le buste lui-même n'est pas remplacé par Técu d'Aragon. Les pièces de cuivre qui portent à Tavers un grand G (ou GE) et, sur la face opposée, l'écu losange de la ville, sont du xv^ siècle et ressemblent plutôt à des méreaux d'échevins qu'à des monnaies.

§ VI. — Comté et ville d'Urgel.

Les comtes qui ont battu monnaie après la rupture des liens féodaux qui rattachaient Urgel à la France (1258), sont au nombre de quatre:

•Ermengaud X (1267-1314). ♦Pierre d'Aragon (1347-1408).

•Thérèse de Entenza (1314-27). •Jacques II d'Aragon (1408-12).

Thérèse avait introduit un type nouveau : 1 ecusson d'Urgel ; mais

jusqu'à présent, on ne connaît d'elle que des pièces de laiton unifaces, avec TE ou TER COM. H n'en est plus de même de Pierre d'Aragon, dont il existe deux types différents : l'ancien, à la crosse entre deux

trèfles, et l'écu en losange aux armes d'Urgel et de Catalogne (fîg. 1887). Pierre s'appelle tantôt VICOMES VRGELLI, tantôt simplement COMES, ou encore COMES ET V.

D'autres monnaies de laiton unifaces portent la légende civitas Urgellencis ou Vrgellina autour d'une porte de ville. Elles appartiennent à la cité d'Urgel et n'ont rien de commun avec la série comtale.

Fig. 1887

§ VII. — Villes de Lerida et de Tortosa.

Quelques monnaies du xiv^ siècle ont été frappées à Lerida par les comtes de Barcelone. Ce sont, pour la plupart, des pougeoises de cuivre, marquées, sur chaque face, de trois fleurs de lis sur une seule tige et portant la légende PVGESA DE LEDAou LEIDA. Sur l'une de ces pièces, un billon, on voit le buste royal couronné, de profil, sans légende, et la croix du revers, cantonnée d'annelets et de points, coupe le mot ILERDANCIS. Le même type se retrouve à Tortosa (TORTOSANIE ou TORTOSA CI).

§ Vin. — Fille de Tarragona.

Une série de pièces de cuivre, de laiton et de plomb porte à l'avers un grand T et au revers les armes de la ville, entourées de la légende DE TARAGONA. Ces monnaies (Heiss, pi. 94) sont du xiv^ siècle et du commencement duxv^.

§ IX. — Comté de Rou s sillon.

Dans une ordonnance de 1362, il est question de florins d'or, portant la légende FLANDRIA {sic)ei frappés à Perpignan. Nous n'avons aucun moyen de vérifier le fait. Mais à partir du xv^ siècle, les rois d'Aragon ont monnayé à Perpignan, comme comtes de Barcelone et de Roussillon (COMS BARCKNON A Z ROCI), ou avec le titre seul de comtes de Rousil-

Ion (COMES ROCILIONIS). Leurs premières pièces (gros et demi-gros, denier et obole) remontent à Ferdinand I^^ (1412-16); elles ont le type de Testerlin : buste couronné de profil; croix de Barcelone coupant la légende et cantonnée des lettres pp. Sur les monnaies d'Alfonse V (1416-58), les deux p sont supprimés (fig. 1888); mais Jean II (h 58 -79) les reprend comme marque de l'atelier de Perpignan.

Après la conquête du Roussillon par une armée française (1^62-93), toute une sériede pièces d'or, d'argent et de billon fut frappée par les rois de France Louis XI et Charles VIII. Ces monnaies portent le p de Perpignan au centre de la croix.

Plus tard, Ferdinand II (1479-1516) se servit à la fois des types consacrés et de l'innovation faite par Louis XI. Sur son croat (ou réal) d'argent, la croix porte un p au centre, et il existe une intéressante suite de billons, au type du saint Jean debout et à la légende ecce agnus dei, dont le revers montre un pp gothique entouré des mots: VILLE PERPINIANI. Du reste, l'usage de placer une lettre monétaire au centre de la croix remonte à Ferdinand \^^ d'Aragon, roi de Sicile.

Fig. 1888

§ X. — Seigneurie de Montpellier.

L'an 1273, Jacques 1*^^ d'Aragon (1213-76), sur les instances des consuls de Montpellier, ordonna la frappe, à Castelnau, d'une grosse monnaie d'argent fin (denier et obole) à 60 pièces au marc, et son fils Jacques II de Majorque (1276-13 II) eut hâte de ratifier cette ordonnance en 1277. Il s'agit des beaux gros d'argent à la légende DOMINVS MONTISPESVLANI, qui représentent à l'avers une croix à branches égales couronnées, au revers les barres catalanes et les armes de Montpellier, un tourteau, dans une bordure de roses et de trèfles (fig. 1889).

Jacques III vendit la seigneurie, en 1349, au roi de France, moyennant 120000 écus d'or.

Fig. 1889

§ XL — Royaume de Majorque et de Minorque.

Un an après la conquête de Valence, Tîle de Majorque fut reprise sur les Mores par Jacques 1" d'Aragon. Mais le monnayage espagnol n'y commence qu'en 1300, sous Jacques II, et se continue pendant plus de deux siècles, jusqu'aux Rois Catholiques. Le type du réal d'or et de ses divisions (demi, quart et huitièqie) est le roi assis de face dans un cadre gothique, tenant le globe et la main de justice; au revers, la croix patriarcale, à double traverse, dans un encadrement non moins gracieux. De Pierre IV (1343-87), on en a toute la série; ses successeurs n'en ont plus frappé. L'argent et le billon portent le buste couronné de face, avec ou sans bordure, et une croix à long pied est le type immobile de leur revers. Dans les cantons de cette croix, on relève une grande variété de symboles: roses, rameaux, étoiles et molettes d éperon, coquilles, fleurs de lis, écus pointus ou losanges, lions, taureaux et chiens, qui ne peuvent être que des différents monétaires. Le réal, son demi et son quart, forment la série d'argent; les billons s'appellent dobler, diner et malla. Le roi porte toujours le titre de rex Maioricarum ou, à partir de Pierre IV, celui de rex Aragonum et Maioricarum,

Naturellement, le royaume de Majorque comprenait aussi les îles adjacentes; mais Alfonse V (1416-56) fit frapper un petit diner de cuivre (au buste couronné), dont la légende ALFONSVS REX se termine au revers par MINORICARVM. L'exemple n'a pas trouvé d'imitateur.

§ XIL — Royaume de Portugal'.

La fabrication d'une monnaie supérieure au denier remonte en Portugal au règne de Denis I^^ (1279-1325), si on admet l'authenticité d*un/or^e dont la valeur devait être celle du gros tournois de France. Le type de cette pièce est formé de cinq petits écussons ou quinas disposés dans le champ : + DIONISII REGIS PORTVGALIE ETALGARBI; au revers, une croix pattée est entourée d'une double légende: ADIV- TORIVM NOSTRVM- IN- NOMINE DOMN — QVI FECIT CELVM ET TERRAM. Mais l'écriture est postérieure à l'époque de ce roi, et la monnaie, dont il n'existe que deux exemplaires, doit être une restitution faite pour les collectionneurs de gros.

j. Sources, p. 816.

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