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CHAPITRE TROISIÈME LES ÉTATS DE L'ANCIEN ROYAUME D'ARLES

Dans le courant du xu^ siècle, les vassaux dont les fiefs étaient compris dans l'ancien royaume d'Arles et qui ne possédaient pas le droit de battre monnaie, en furent investis par TEmpereur. L ouverture presque simultanée de tant d'ateliers nouveaux exigea de nombreux monnayeurs qu'on était forcé de s'attacher par certains privilèges et des concessions multiples. Pour sauvegarder ces privilèges et s'en assurer la jouissance régulière, les ouvriers formèrent une association sous le nom de «Monnayeurs du serment de l'Empire». La constitution définitive du Serment ne remonte qu'à la première moitié du xiv^ siècle, c'est-àdire à l'époque même de l'apparition de la grosse monnaie. Nous n'avons à nous occuper ici ni des droits de cette corporation, ni de ses assemblées périodiques, ou Parlements, qui se tenaient très exactement de i34jà 1523. Le D*" Chaponnière, François Rabut et autres ont publié sur ce sujet des travaux remarquables.

On a les empreintes de deux sceaux qui servaient à sceller les actes des Parlements. Elles ont pour l'histoire monétaire cet intérêt capital que les armoiries des divers États employant des ouvriers du serment de TEmpire s'y trouvent représentées. Ces États sont :

1) Le roi de Sicile comme comte de Provence.

2) Le duc de Savoie.

3) L'archevêque de Lyon.

4) L*évéque de Valence.

5) Le comte de Valentinois.

6) L'archevêque d* Arles.

7) Le prince d'Orange.

8) Le dauphin de Viennois.

9) L'archevêque de Vienne.

10) Le pape pour Avignon.

1 1) L'évêque de Lausanne, dont les armes ne figurent que sur le plus récent des deux sceaux.

C'est donc à la sigillographie que nous devons l'indication des pays qui rentrent dans ce chapitre. Les monnaiesque nous aurons àpasseren revue sont toujours confondues avec celles des Barons de France. C'est rhabitude de nos numismates depuis Duby, mais cette habitude est une hérésie historique et l'on s'étonne de la voir adoptée par nos contemporains, Poey d'Avant et M. Caron. Il est vrai que le premier exclut dQ ses Monnaies féodales de France le duché de Savoie, et que M. Caron écarte les papes d'Avignon. Duby avait accueilli indifféremment toute pièce émise dans les provinces qui, de son temps, appartenaient à la F'rance. Son plan pouvait flatter l'amour-propre national, car il faisait croire que la souveraineté de nos rois s'exerçait sur un espace très supérieur à la réalité. Au point de vue scientifique, il est aussi inadmissible que si l'on ajoutait aujourd'hui aux pièces baronales les monnaies des Carthaginois, des Vandales et des Arabes, parce que l'Algérie et la Tunisie sont des pays français.

§ I. — Comté de Provence,

On n'a aucun document précis sur la date de l'adoption du gros tournois de Saint-Louis par Charles I^r d'Anjou(i24$-i285). M. Blancard l'avait d'abord placée aux années 127$ et 1276, puis, revenant sur son opinion première, il s'est décidé pour 1 266 à 1 268. Mais les raisonnements ne donnent pas la certitude. S'il est improbable que le comte de Provence, déjà réprimandé pour ses imitations de la monnaie royale, se soit approprié, du vivant du roi, ce type nouveau, on ne voit pas non plus ce qui aurait pu l'en empêcher. Le gros provençal n'est d'ailleurs pas une contrefaçon servile de celui de France: son châtel est fleurdelisé, la légende COMES PVINCIE ne vise pas au trompe-l'œil et, au revers du gros, Charles prend le titre de roi de Sicile. Les deniers tournois et les coronats portant le même titre ont été frappes après 1 277.

Quant aux pièces d'or de Charles I^^ elles sont italiennes et nous les trouverons plus loin à leur place.

Les monnaies de Charles H d'Anjou (1285-1 309) sont faciles à distinguer de celles de son prédécesseur, car le roi s'appelle toujours KAROL* SED (secundus) ou K-S. Nous ne parlerons ici ni de ses saluts d'or et d'argent, ni du carlin au type du prince assis, frappés, sans exception, dans le royaume de Naples. Les seules pièces provençales de Charles II sont: un grand denier au buste de profil, couronné et drapé dans un manteau fleurdelisé (fig. i j8i), un gros à la tête de profil et deux deniers de billon, l'un à la tête de face, l'autre au châtel tournois; plusieurs

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pièces citées dans les documents contemporains restent à retrouver. Avec Robert (1309-154^) commence la longue série des carlins ou gillats frappés à Saint-Rémy aux types du Prince assis de face et de la croix cantonnée de fleurs de lis (fig. 1582). dont il existe beaucoup de variétés. Leur légende, honor régis, etc., est souvent remplacée par le titre

Fig. 158

Fig. i;82

de cornes P(ro)vincie et Forcalq(u)erii\ même leur poids (entre 5R%9oet 5R%20) et leur dimension ne sont pas toujours les mêmes. Leur nom provençal vient de l'italien gigliato (orné de lis). Dans le commerce, les gillats de Robert jouissaient d'une faveur telle que longtemps après sa mort on continua d'en frapper à son nom ; un trésor de plus de i 400 pièces a été découvert en Asie Mineure.

Le grand denier au manteau héraldique (fig. i $8^), le denier au même type, le gros d'argent à la tête couronnée, sont pareils à ceux du règne

Fig i-,85

Fig. i-,84

précédent. Mais sur le double denier (DEN. DVPLEX), les lettres PUIE sont placées sous une couronne dans le champ; de même, les lettres ROBT sur un denier (fig. 1 584) et une obole de billon, COP (cofiies Provinciae) sur une obole. Les coronats, grands et petits, ne font pas défaut non plus, ni le liard avec ses trois lis sous le lambel.

De la petite-fille de Robert, Jeanne de Naples (1^43-1382), nous avons une double série de pièces, celles qui sont frappées au nom seul de la reine (lOANNA ou simplement |), et d'autres émises du vivant de son mari, Louis de Tarente (i 347-1 562). La fabrication des monnaies d'or devient très abondante sous le gouvernement de Jeanne. Elle nous fournit, non seulement \q franc-à-pied, au type de la reine debout, en

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robe courte, mais une variante de ce sujet peu commun, représentant la reine dans une longue robe fleurdelisée, tenant le sceptre et 1 epée. Nous signalons, sur un de ces coins (Poey d'Avant, n. 401 1) une étrange interversion de titres: lOANREGPROFOLCIHR-ESICL. Plusieurs /or/ws d'or viennent à la suite: celui au buste couronné de face (2 exempl. variés uniques) (fig. 1 585), celui, très rare, à la couronne cernée de sept fleurs de lis, et le vieux florin au Saint-Jean-Baptiste, ayant au revers un lis épanoui,ou lacouronne surmontant deux lis sous unlambel,ou les armes de Jérusalem et d'Anjou. Les comtes de Provence, au lieu d'être les premiers, étaient les derniers imitateurs de la pièce d'or florentine.

Le carlin à la devise honor régis, etc., n'a pas encore reparu ; nous ne connaissons que celui qui porte le titre Comitissa Provinciae, etc.; puis quelques coronats d'argent, doubles et simples, et une assez jolie suite de billons où le â^e;2iarius) duplex, créé par Robert, se distingue au milieu des inévitables lis sous le lambel.

Fig. ijSé

Les monnaies de Louis et Jeanne (1^7^-1 562), si elles ne donnent pas simplement les initiales L-ETI, portent toujours les mots rex et regina (une fois LETI-REX), et le nom de Louis s'y écrit tantôt Ludovicus, tantôt Lodovicus. On n'a de leur règne commun que \q florin d'or au lis, le carlin et le gros au châtel tournois (TVRONVS PVICE), très rares, d'assez nombreuses variétés du coronat d'argent {ï\^, 1 586) et quelques billons.

A la mort de Jeanne, le comté de Provence échut à son fils adoptif, Louis \^^ d'Anjou, second fils du roi Jean le Bon (1 ^82-1^84), qui mourut bientôt en Italie et dont le successeur, Louis II d'Anjou (i 584- 1417), encore mineur, couronné en 1 389, eut sa résidence à Naples jusqu'en 1399. On sait qu'avant son départ pour l'Italie, le premier fit frapper monnaie dans l'atelier papal d'Avignon. On lui attribue Vécu d'or aux armes d'Anjou ancien et moderne (lambel et bordure de gueules), dont le revers porte la légende : Xps rex ve(n)it in pace^ deus ho(mo) fac(tus) est. Lq franc à pied, qu'on appelait alors florin de la chambre. qui est une copie des royaux de Charles V et sur lequel on ne lit que le titre de DUX KALABRI-AND, peut avoir fait partie de l'émission

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avignonnaise, car Louis P'* était duc de Calabre et d'Anjou jusqu'au 50 août 1585. Mais nous n'avons aucun moyen de distinguer les monnaies de ces deux princes homonymes qui se confondent encore avec Louis II I (1417-14^^).

Quoi qu'il en soit, la série d'or est très belle. Copie exacte de celui des rois de France, Vécu reproduit même le Xps, vincit du revers, en le remplaçant quelquefois par Xps. rex renit, etc., ou posuî deiim adiutore{rï\) meum. Lq florin d'or (fig. 1^87) a le champ parti de Jérusalem et d'Anjou; quant à Targent et au billon, le carlin est de toute rareté; on a naturellement continué la frappe des sols coronats et du double denier.

En 1414, un traité monétaire fut conclu avec le pape d'Avignon pour rémission de pièces ayant cours dans les deux Ktats. Le quaternal ou sixain (avec REX sous une couronne ou pp sous une tiare) valait 4 deniers de Provence ou 6 deniers d'Avignon: le patac (avec PUIE ou PPPP dans le champ) en était la moitié.

René d'Anjou (14^5-1480) nous a laissé une suite magnifique de monnaies aussi attachantes par leurs inscriptions que par leurs types, presque toutes, malheureusement, d'une rareté extrême. Son Jîorin d or, appelé Magdalon dans les textes, parce qu'il représente le buste de sainte Madeleine tenant le vase à onguent, offre quatre variétés dont les plus curieuses remplacent le nom et les titres du roi par les mots : MARIA: VNXIT:PEDES:XPISTI. tandis qu'au revers la double croix de Lorraine est entourée du premier vers d'une hymne célèbre : 0:CRVX:AVE:SPES: VNICA. Seules, les lettres RR (Renatus rex), accostant la croix, disent que la pièce est du roi René, et un différent monétaire, la tarasque, indique l'atelier de Tarascon.

Le demi-écu d'or (unique) porte l'écusson couronné et la croix de Jérusalem avec ses croisettes dans les cantons. Comme monnaies d'argent, nous retrouvons Iq gros, imitation du gros de Charles Vil et Louis XL Le blanc de billon et le demi-blanc sont copiés aussi sur les monnaies royales, et rien d'original ne distingue le type des coronals. Mais d'autres billons, surtout ceux à la croix de Lorraine (fig. m<S8), s'écartent considérablement des traditions monétaires du moyen âge et nous avertissent

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que nous sommes déjà en pleine Renaissance. Sur une pièce frappée à Tarascon on lit : Renatus ex liliis Sicilie coronatus ; une obole à i'R dans le champ ne porte, comme le Magdalon, que la légende pieuse o crux ave, qui se complète sur le denier par spes unica. Souvent les deux faces de la pièce sont couvertes d'armoiries, dont le roi avait un grand choix à sa disposition, étant à la fois roi de Sicile, de Jérusalem, de Hongrie, d'Aragon, comte de Provence et duc de Bar. L'orthographe de son nom est quelquefois fautive: Regnaius,

Fig. ii88

Fig. i-,89

Son héritier, Charles III d'Anjou 11480-1481), dont le nom est presque toujours suivi du mot ANDEGAVIE (une seule fois il s'appelle KaroL tercius^ continue la frappe Aw florin d'or au type de la Madeleine, en modiliant un peu la figure de la sainte, qui a les cheveux rejetés derrière les épaules, et en prenant pour légende du revers : in hocsigno vinces ifig i S89]. Ses pièces d'argent ou de bas argent portent la croix de Lorraine, ses blancs imitent les espèces royales. On sait que Charles 111, mort sans enfants, légua le comté de Provence à Louis XL

Archevêché d'Arles,

La fabrication des deniers et oboles anonymes continue pendant tout le xiii^ siècle. Les statuts d'Arles nous apprennent qu'en 1234 un traité monétaire fut conclu entre l'archevêque et le podestat de la ville, qui se partageaient par moitié les frais et bénéfices du monnayage. Mais nous ne connaissons pas de pièce arlésienne que l'on puisse rattacher à une telle convention, à moins qu'il ne s'agisse du gros de billon, encore unique, qui porte au revers les mots SANTVS TROPHIMVS avec la croix cantonnée de deux mitres et de deux aigles (Caron, pi. XVII, 10). Au xivc siècle seulement, les archevêques commencent à inscrire leurs noms sur leurs monnaies; sur une vingtaine de prélats qui, pendant deux siècles, ont occupé le siège d'Arles et qui n'exerçaient pas toujours leur droit monétaire, six seulement sont représentés dans nos médailliers, le plus souvent par des pièces d'une insigne rareté:

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Galhard de Saumate (13 18-1323).

Etienne II de la Garde (1351-1361).

Guillaume H de la Garde (1361-1574) Eustache de Lévis (1475 -1489).

Nicolas Cybo (1489- 1499). Jean Ferrer (1499-15 21).

Galhard de Saumate (G et GALDS) n'eut d'autre ambition que d'imiter les monnaies papales; le billon d'Arles [denier et obole) porte la mitre d'Avignon. Une simple S désigne le nom d'Etienne de la Garde qui, le premier, prit le double titre d'archevêque et de prince. C'est à lui que remontent les premiers y?orm5 d^or arlésiens (antérieurs à 1 354), copiés sur ceux du pape. 11 y en a d'autres, en plusieurs variétés, deGuillaume Il qui, en môme temps, a frappé un franc-à-pied en or, pareil à celui du roi Charles V et n'ayant aucun caractère épiscopal, car le seul titre qu'on y lit est dei gra(tia) p(rinceps) Ar(e)lat(ensi)s. Sur son blanc de billon, imité des blancs de Charles V, le grand P couronné et enjolivé d'une boucle ne peut signifier que pn'nceps. Le double denier figure Tarchevêque debout, bénissant; le û^ew/er porte une tôle mitrée de face. A cette petite série s'ajoute une pièce d'argent au type de saint Trophime assis; comme sur la monnaie anonyme, dont nous venons de parler, la croix du revers est cantonnée d'aigles et de mitres.

Il faut franchir plus d'un siècle pour arriver aux trois derniers archevêques d'Arles qui ont battu monnaie. Comme les Italiens, ils font volontiers suivre leur prénom de leur nom de famille. Eustache de Lévis n'a frappé que des oboles à la mitre et des deniers^ les uns au type de saint Trophime assis, les autres avec les lettres ^^ ou plutôt ^^ dans le champ. Ces lettres ont été diversement interprétées; elles sont sans contestation possible l'abrégé du mot pr inceps. On retrouve la même suite de billon sous Nicolas Cybo (SIBOTI ou SIBAVTI), augmentée d'un double denier d'argent au type de l'archevêque assis de face, tenant la crosse et bénissant. De Jean Ferrer, nous ne possédons que Vécu d'or à ses armes, copié sur l'écu d'or royal et orné de la devise : servire deo regnare est; le prélat y prend les titres de prince d'Arles et de Mondragon.

§ IIL — Comtat VenaissinK Après la mort d'Alfonse, comte de Toulouse, le pays venaissin échut I . Une des sources capitales de l'histoire monétaire d'Avignon est l'ouvrage resté

au roi Philippe III le Hardi, qui le céda au pape (1274). Le chef-lieu du gouvernement papal était Pont-de-Sorgue, jusqu'en 1 505 ; quant à la ville d'Avignon, elle appartenait longtemps encore, par moitié, au roi de France et au comte de Provence. En 1290, Philippe IV le Bel abandonna sa part à Charles Il d*Anjou, puis Clément V vint s y installer (1305). En 1548, le souverain pontife, profitant des embarras d'argent de la reine Jeanne, lui acheta la ville, au prix de 80000 florins d'or.

Voici la liste des papes qui ont frappé monnaie en France jusqu'au commencement du xvi« siècle :

Boniface VIII (1295-1303),

Clément V (1305-13 14). Clés ou Clemens papa quint(us),

Jean XXII (1316-1334). lohes papa XXII.

Benoît XII (i 5 34-1 342). Bencdktus pp duodecim(us).

Clément VI (i 342-1 352). Cîetne(u)s pp scxliis ou sestus.

Innocent VI (15 5 2- 1362). lutiocen (-cens, -centius) pp sexlns ou sestus.

Urbain V (1362- 1570). Urhatius pp qvnttts ou qvtus, qvnts,

Grégoire XI (i 370-1 378). Gregorius pp imdec.

Siège vacant (1378;.

Clément VII, antipape (i 378-1 394). Ckmens pp septimus ou sethnus, seins, seths, etc.

Benoît XIII, antipape (i 394-1417). Bcnedictus (-ditus) pp XIII ou tredecimus.

Jean XXIII Cessa (i 410-14 15). lohes (loattes) pp vigesimus III.

Martin V Colouna (14 17-14 31). Martinus pp quintus.

Eugène IV (143 1-1447). Eugetiius (Eugiiius, Egttus) pp quartus.

Nicolas V (1447-143 5). Kicolaus pp quintus.

Calixte III Borgia (1455-1458). Calixtus (Calistns) pp tertins ou tercius.

Pie II Piccolomini (14 5 8- 1464). Pu pp \\, ou Pins papa secun.

Paul II Barbo (1464-1471). Paultis pp scciindus.

Sixte IV deïla Roverc (147 1- 1484). Sixtus papa (ou pp') quartus.

Innocent VIII Cibo (1484-1492). Imiocentius (-cencius) pp octavus.

Alexandre VI Borgia (1492-1503). Alexander pp VI.

La série commence par un gros d'argent de Boniface VIII (1295- 1303): DOMINI : BO: PAPE, buste mitre de face tenant la clef ; 1^ CO(iTi)lTAT VENASSIN. croix cantonnée d'un B'. Cette pièce a été frappée par Mattia da Theato, gouverneur du comtat venaissin depuis 1 500. A quelques exceptions près, toutes les monnaies papales d'Avignon sont d'une rareté extrême. Les clefs en sautoir ' y paraissent déjà sous Clément V (1305-13 14), dont le gros d'argent au buste mitre de face porte au revers une double légende concentrique: Comii(atHs) Venasini et le verset de l'Apocalypse XI, 17 :

inachevé, du cardinal Garampi, Saggi d'osservaiioni sut valore délie anticht nionete pontijîiic, Roma, 1766, i^^^. On n'en connaît que très peu d'exemplaires.

I. Les clefs droites et adossées sont remblème du Patrimoine de Saint - P ierre ; on est surpris de les rencontrer aussi sur quelques monnaies avignonnaises.

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agimus tibi grattas omnipotens deus ; le demi-gros, au môme type, n'a que Co(m)it(atus) ou com, Venasini, quelquefois Venaisini, Ce sont des imitations de la monnaie provençale, habilement faites pour les besoins du commerce. Jean XXII (i 316-1554) se distingue par la création de la monnaie dor (1322). Il emprunte aux Florentins \c Jlon'n dor au lis qui, peu à peu, est adopté dans tout le Midi et devient une des espèces les plus importantes du moyen âge. Le florin de Jean porte, comme différent, les clefs en sautoir et, autour du lis, COMES VENSI- De Charles d'Anjou, le même pape imite le carlin au prince assis sur un siège orné de têtes de lion. Comme ses prédécesseurs, il s'appelle Cornes Venasini, Seules, ses pièces de billon présentent des types intéressants: pp lOHANNES. croix. ^L VIGESIMV • SECCw'î) et dans le champ, les lettres DVS, dont la disposition rappelle les vieilles monnaies des comtes de Toulouse. Puis lOHES PAPA XXIU buste mitre de face. ^ COMES VENASINI. croix. De Benoît XII (1554-1542), on ne possède encore que le carlin, mais son successeur. Clément VI de Beaufort (i 542-1 552), le dernier qui prend le titre de cornes Venasini (ou Venesini), emploie déjà une assez grande variété de types; il introduit la légende SANT PETRI sur \e Jlon'n d'or; sur l'argent: Sanctus Petrus ou Sanctus Petrus et Paulus, qui tiendront désormais une large place dans le monnayage papal. A côté du carlin au pape assis, bénissant, nous trouvons sous son règne legro^au buste bénissant (fig. i ^90),

Fig. 1590

les premiers billons à la mitre, et le premier emploi d'un blason de famille (la rose). C'est à partir de Clément VI que les papes portent toujours la tiare à trois couronnes. Innocent VI (1 5^2-1 562) se signale par une autre innovation ; il supprime le florin et le remplace par le sequin d'or, au type de saint Pierre assis et de la mitre surmontant deux clefs en sautoir. Urbain V (i 562-1 570) s'inspire des monnaies royales et seigneuriales qui placent les mots REX ou DVX sous une couronne, pour mettre les sigles pp sous une tiare. On a aussi son demi-carlin. L'an 1 567, il se rend à Rome ; les quelques jours qu'il y reste sont mis à profit pour frapper des g^ro5 d'argent à la légende FACTA IN ROM A;

puis il revient mourir en France, tandis que Grégoire XI (i 570-1 378), qui quitte Avignon vers la fin de 1 576, meurt à Rome. On a publié son sequin d'or à la tiare et aux deux roses, meubles de ses armoiries. Un sequin analogue et deux gro^ d'argent, Tun à la tiare, Tautre au pape assis, se rapportent au siège vacant de 1378 (SEDE VACANTE); il n'y en a pas qu'on puisse attribuer avec certitude à une vacance de siège antérieure.

Le schisme d'Occident venant à éclater, Avignon n eut plus, à partir de cette date, que des antipapes: Clément Vil et Benoît XII I. Clément Vll.(i 578-1 594) choisit trois types différents pour son sequin'; tous sont à la tiare pontificale, seule, accostée de deux doubles clefs, ou surmontant le blason de famille du pape (armes des Comtes de Genève). Au revers de ce dernier type du sequin, autour de Saint-Pierre assis de face, on lit S • PETRVS APOSTOLS. L'écusson de famille reparaît aussi sur une variété du carlin et sur le billon.

Le blason personnel de Benoît XIII (i 394-1417) était un croissant, allusif à son nom de famille, ^e Luna. Nous le trouvons sur son sequin d'oî\ son gros d'argent et parfois dans les cantons de la croix. L autorité de cet antipape ne fut reconnue, partiellement, que jusqu'en 141 1, année de la capitulation de son neveu, qui tenait le château d'Avignon. 11 mourut en Espagne.

De Jean XXIII Cossa (1410-141 $), qui s'appuyait sur les troupes de Louis d'Anjou, nous avons plusieurs sequins frappés dans le comtat. Leur type est la tiare placée au-dessus des armes particulières du pape, ou au-dessus des sigles RR séparées par une cuisse (cossa). Cette même pièce de blason figure sur le carlin et le gros d'argent. Nous avons déjà parlé (p. I 017) du traité monétaire conclu. Tan 141 4, avec le comte de Provence.

Après la fin du schisme (1415)9 l^s souverains pontifes continuent leur monnayage d'Avignon, sans rien changer aux types adoptés par les papes exilés ou les antipapes. Une colonne couronnée représente les armes de Martin V Colonna ( 1417-145 1). Malheureusement, ce chapitre de la numismatique est fort peu étudié encore, les pièces inédites sont disséminées dans les revues et les catalogues de vente, et les descriptions manquent presque toujours d'exactitude. C'est sous Tépiscopat de Martin que paraissent pour la première fois les quatre R dans le champ, imitant le RVIE des comtes de Provence, et dont l'explication a donné lieu à de vives controverses. Nous pensons qu'ils signifient : Petrus, Paulus. papa. Sur les monnaies de Nicolas V (1447-1455). on retrouve le môme type. Calixte 111 (14$ $-1458) met sur ses pièces le bœuf des Borgia, et son sequin d'or porte, en même temps, les armes

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de son légat, Pierre de Foix. Les cinq croissants, blason des Piccolomini, figurent sur les monnaies de Pie II (i4$8-i464), qui introduit la légende Provinciae ducatus sur largent et le bronze. Paul II (1464- 1471) se sert encore de cette légende, puis elle disparaît pour faire place, sousSixte IV (1471-1484), à SPETRVS AVIGIONIS (sic), entourant rimage du prince des apôtres. De Sixte IV, nous avons deux pièces d'or de poids différent: Tune de 3e^45, l'autre de i5%4o; on y voit récusson du légat Julien de la Rovère. Le même légat marque de ses armes le sequin dor d'Innocent VIII (1484-1492) à la légende S-PETRVS AVINIONIS. la seule de toute cette série de monnaies d'or qui ne soit pas d'une insigne rareté. Il nous reste à citer deux carlins d'argent, au pape assis, qui sont une vraie innovation, mais qui n'ont été frappés que sous le gouvernement d'Innocent VIIL L'un porte, sous la tiare et les deux clefs en sautoir, les lettres AVI ; l'autre a pour légende GLORIA IN EXCELSIS DEO. et dans le champ, on lit tantôt AVI, tantôt AVIGI[O^NE. H en existe des essais en cuivre.

Alexandre VI Borgia (1492-1503), le dernier pape de la période qui nous occupe ici, ne semble avoir frappé que des monnaies d'argent etdebillon, aux types accoutumés. Au revers de son gros, la croix longue, cantonnée de quatre clefs en sautoir, est cernée de la légende SANTVS PET KWE(nionensis).

A partir du pontificat de Jules II, les légats d'Avignon commencent à frapper monnaie en leur propre nom ; nous les retrouverons au tome suivant, p. 53.

§ IV. — Principauté d'Orange.

Au xiv« siècle, la numismatique d'Orange commence à devenir une des plus intéressantes du Midi delà France. Eneffet,avec Bertrand IV (1282-1355), de la maison des Baux, les monnaies cessent d'être anonymes. BTDVS PRINCEPS est la légende d'un billon très rare qui a pour types l'aigle impériale à double tête, et une croix cléchée cantonnée des lettres AOICN (Aorasicensis). Cette croix étant copiée sur les monnaies franco-anglaises de l'Aquitaine postérieures à 13 17, la pièce doit avoir été frappée dans le dernier tiers du règne de Bertrand. Le gros au cavalier, avec sa double légende : signum crucis et moneia civitatis Aurasice procède du gros tournois de France et du gros de Valenciennes (fig. 1591).

On attribue à Raimond III (133J-1540) une obole unique, du

Musée de Marseille (Caron, pi. XVIII, 0, parce que la disposition des lettres °Ç^. dans le champ, rappelle les monnaies similaires de Robert, comte de Provence (1509-1 545), et nous ne voyons pas d'inconvénient non plus à lui donner un gros d'argent au cavalier (Poey d'Avant, pi. 98,7), pareil à celui de son prédécesseur.

Raimond IV (i 340-1595) a frappe un nombre considérable de pièces, et des plus variées, imitées, selon la coutume de sa maison, des monnaies contemporaines : royales, anglo-françaises, papales d'Avignon, épiscopales de Die, comtales de Charles II d'Anjou, car son numéraire circulait légalement en Provence. Le cornet y joue le même rôle que la fleur de lis sur les monnaies du roi, tantôt seul oudansunécusson, tantôt relégué dans les cantons de la croix, répandu en semis ou employé comme décor de sceptre.de manteau ou de bordure. Il s'appelle Ramundus (ou Raimundus) de Baucio.

Fig. /Î9I

l-ig. IÎ92

Les premières pièces d'or frappées à Orange sont de Raimond IV. Son y7or//2, antérieur à 1 554, présente trois types différents: la fleur de lis (dont on cite 25 variétés), l'écu chargé d'un cornet (fig. i ^92) et le cornet seul dans une bordure enjolivée. Le franc à pied a le champ semé de cornets, Ic/î'anc à cheval est copié sur la pièce delphinale de Charles V (i 565-1 565). Sur le^ro^ d^argent, on voit le Prince assis de face, ou le cornet entre deux étoiles. A côté du denier d'argent au grand A (initiale d'Aurasica), nous en connaissons d'autres qui portent de curieuses légendes religieuses: 5. Caterin(a) de Auraica (la sainte assise, tenant un trèfle), ave S. Magdelena (buste couronné de face), alatelina (même buste). Dans ce dernier mot, il y a probablement une erreur de graveur, et il faut corriger À\ Catelina ; le changement de TR en L ne saurait surprendre dans ce nom propre (Catalina en espagnol).

Voici les monnaies de billon frappées par Raimond IV: double et denier au léopard d'Aquitaine : denier à la tête ou au buste, tantôt couronnés, tantôt sans couronne; grand denier au buste mitre et nimbé de saint Florent (S. Florentius), évêque d'Orange; denier aux initiales RA, ayant pour légende les premiers mots de l'Ave Maria. Le blanc au

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grand R couronné et accosté de deux lis une contrefaçon du blanc, au grand K de Charles V, attira au prince une réprimande du roi (i ^74). Il y a aussi les monnaies à la mitre du pape, à la fasce horizontale, au cornet sur Tccusson, aux quatre cornets dans le champ, ou à la croix cantonnée de vingt cornets. Mais la pièce la plus curieuse de cette série vraiment inépuisable est celle qui représente un écu penché sous le heaume et qui porte l'indication de son aloi: dupl(Qx) d, III g, XX (double au titre de 3 deniers, 20 grains). Il n est pas besoin de dire que presque toutes ces monnaies sont d'une excessive rareté, quelques-unes n étant connues que par un seul exemplaire. Le Musée de Marseille en possédait, avant le vol dont il a été victime, la suite la plus riche.

La question des Jlorins d*or à la légende lAVRA, attribués à la veuve de Raimond, Jeanne de Savoie, n'est pas encore élucidée suffisamment.

Après Raimond IV, mort sans héritier mâle, la principauté échut à sa fille Marie des Baux, femme de Jean i*'' de Chalon (1393-1418). Les trois premiers princes de la maison de Chalon n ont frappé que du billon. Jean i*»^ (lohannes de Cabillone) choisit pour types le heaume fig. (1 593), la mitre d'Avignon et le cornet. Louis de Chalon

(1418-1463), dit le Bon, s'écrit toujours Luducus. Il ne déroge pas aux habitudes de sa famille en copiant les blancs du roi Charles VI ; ses monnaies portent 1 ecusson aux trois cornets et 1 ecu écartelé de Chalon-Orange. Ce sont les plus rares de la série d'Orange, bien qu'il ait régné 45 ans. Sur un gros de billon, unique, on trouve la légende : GROS : MONT : D : lONKE, restée inexpliquée. Les princes d'Orange possédaient plusieurs ateliers monétaires, dont un à Mondragon (Saulcy, Documents III, 403). Il est possible que MONT : D signifie cette localité ; M. Laugier avait identifié JONKE avec Jonquières.

Guillaume VIII (1463-147S) met de nouveau D*CAB après son nom. Avec son fils Jean II (1475-1502,) c'est la frappe des pièces d'or qui recommence. Sur le heaumet d'or, on lit lOHS : DE : CABILLONE. Les types du billon sont: le Prince debout, tenant l'épée (imitation du hardi royal), l'écusson timbré d'un casque et parfois accosté de trois III. 65

ÎOlè O.UATRlfcME PARTIE

P. les trois cornets dans un cercle trilobé, puis les lettres PRCS (princeps) dans le champ.

De 1478-1482, il y eut un prince intérimaire, d'origine badoise, Philippe de Hochberg, qui ne créa pas de type nouveau. Le dernier prince légitime de la maison de Chalon, Philibert (1502-1530) s'appelle Phs de Cabillone sur les quelques billons qu'on a de lui. Après sa mort, le gouvernement passe à son neveu, René de Nassau.

§ V. — Comlé de Valenîitwis et Diois^.

Depuis le xii'' siècle, ce comté appartenait à la maison de Poitiers, qui ne semble avoir obtenu le droit de battre monnaie qu'entre 1 510 et 1312, sous le règne de l'empereur Henri VII de Luxembourg. 11 n'existe pas de pièce qui puisse être attribuée avec certitude à Ai m ar IV (1277- 1 3 29), mais nous savons qu'en 1 5 27, un atelier monétaire fonctionnait à Puygiron (Drôme). Un denier au buste de la Vierge couronnée de face pourrait appartenir à Aima r V (i 329-1339); de Louis i" (1339-1345), on n'a absolument rien. Mais ses deux successeurs: Aimar VI (1345- 1374) et Louis II (1374-1419) nous ont laissé une série numismatique très riche. Leur atelier principal était établi à Crest, depuis 1359.

Aimar VI (Aman'us de Pictavia) a frappé plusieurs variétés du^orin d'or ^ au lis épanoui, en imitation de celui du Dauphin de Viennois. Ces florins, postérieurs à 1354, portent deux légendes différentes : A. com. Val, e, Di, et A, di. g. com. Va,, où les mots deigratia méritent d'être signalés. On les retrouvera sur les monnaies du Prince d'Orange, autre imitateur des pièces delphinales. Le carlin (ou gros) de billon,de même que le demi-gros, représentent la Vierge à l'enfant assise, sur un siège à têtes de lion, avec la légende: Ave Maria gra(tia) ple(na) d(omi)n(ujs tecu(m), type emprunté au carlin de Jeanne de Provence et copié plus tard par l'évêquede Valence, Guillaume de la Voulte. Quant aux doubles et deniers, ils ne diffèrent pas beaucoup des espèces épiscopales, avec leurs écussons et leurs aigles. Nous citerons le denier au grand A, et un autre qui porte les lettres AMAR dans le champ.

De Louis 11 (Ludovicus de Pictavia, ou simplement Ludovicus cornes) y nous avons deux variétés du gros (carlin) d'argent ou de billon:

1. Vallentin du Cheyiard, de l'étal actuel de la numismatique des comtes de Valeniimis et Diois. Valence, 1899 (Extrait du Bulletin de la SociiHê d'arcLvologie de la Drôme). — Comptes rendus de la Société de num., 189$, p. 8 (Caron).

2. Roger Vallentin, les florins d'or d'Aymar VI (Revue num. fr., 1896, p. 174).

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le comte assis entre deux écussons, et le même assis sur un siège à têtes de lion, tenant à la main le sceptre coiffé d'un cornet. Ce dernier type est une copie maladroite des carlins du Prince d'Orange. Sur les deniers, on voit un buste de profil, couronne de roses; un buste de face (obole: tète de face), tenant le sceptre ; l'écusson de Poitiers ; LVD dans le champ ; une grande L. Un gros de billon, imité du blanc de Charles V, a la grande L couronnée d'un chapel de roses.

D'après une enquête de 142 1, Louis II aurait transféré son atelier monétaire de Crest à Chabrillan, ou à Upie. Il fit cession de ses droits, moyennant 50000 écus d or, à Louis XI dauphin qui, à son tour, les revendit au duc de Savoie. Ce ne fut qu'en 1498 que Louis XII réunit le Valentinois à la couronne et donna le Faucigny en échange. En même temps, il érigea le comté en duché, en faveur de César Borgia (1498-1507); plus tard, Henri II conféra le titre de duchesse de Valentinois à Diane de Poitiers, et Louis XIII, en 1642, donna au prince de Monaco ce même duché érigé en pairie. Il ne fut définitivement incorporé à la France qu'en 1793.

§ VL — Évêchide Valence et Die.

Les évêques de Valence et Die portent le titre de comte (episcopus et cornes)^ et le type principal de leurs monnaies est l'aigle impériale, rappelant que ce titre avec les droits régaliens leur avait été accordé par Frédéric I". Cette concession faite par l'empereur devint la source d'une lutte interminable entre les évêques et les comtes de Poitiers, anciens possesseurs du Valentinois.

Un denier de billon, anonyme, à la légende eps et cornes Valen, et Dien\ est postérieur à 1276, date de la réunion des deux évêchés.

Voici la liste des prélats qui ont frappé monnaie :

Guillaume II de Roussillon (i 298-1 331).

Henri I de Villars (13 37-1 342).

Jean III Jouffroy (1352-13 54).

Louis Ide Villars-Thoire (13 54-1 379).

Guillaume III de la Voulte (i 379-1 383).

Amédée II, cardinal de Saluces (i 383-1 388).

Des trois premiers, nous n'avons que des pièces de billon, à l'aigle et aux armes de l'évêque. Louis de Villars (Q. VL ou Q. VLAS) s'appelle parfois electus (ELET), au lieii d^episcopus^ car son investiture n eut lieu que dix ans après son élection. Il frappe les premiers gros et demi-gros (fig. 1 594) d'argent, et un de ses gros de billon a pour type

une grande L. Guillaume de la Voulte nous a laissé le magnifique gros d'argent unique^ dont nous faisons reproduire le dessin (fig. i$95). Le même évêque s'approprie un type introduit par Aimar VI, comte de Valentinois: la Vierge à l'enfant assise sur un siège à têtes de lions et entourée de la légende: Ape Maria gra(tia) ple(na) d(omt)n(u)s tecu(m). Au revers de cette pièce, il prend le titre d'eps et com. Dien, et Valen., intervertissant les noms des deux évêchés. Quant au cardinal

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de Saluées, qui n'était pas évêque, il s'appelle sur son gros de billon : A. de Salue. admi(ni)strator ecc(lesi)ar(um) et comicta(tuum) Val. et Dien, L'aigle y porte les armes de Valence en cœur, et lëcusson du revers est celui de la maison de Saluées.

En 1456, l'évêque, placé depuis longtemps sous la souveraineté du Dauphin, se fit renouveler, par Louis XI, ses privilèges monétaires, mais rien ne prouve qu'il ait trouvé l'occasion et les moyens de les exercer.

§ VIL — Evêché de Saini-Paul-Trois-Châteaux ^ ,

Les évêques de Saint-Paul (Tricastrinum, comme ils disent sur leurs monnaies, au lieu de Tricastini) n'ont pas de type monétaire qui leur appartienne en propre: ils prennent le buste de la Vierge de Die, la tête de profil de Vienne, l'aigle de Valence, la mitre d'Avignon, la rosace du Puy. Jusqu'ici, les noms de six évêques seulement figurent sur la liste des prélats qui ont frappé monnaie :

Benoît (i 288-1 305?).

Dragonet Artaud de Montauban (1306?-! 328).

Hugues Aimeric (i 328-1 348).

Guillaume Guitard (i 348-1349).

Jean Coci (i 349- 1 364).

Jacques Artaud de Montauban (i 364-1 367).

I. Roman, classement des monnaies épiscopaks de Saint-Paul -TroiS'Chdteaiix (dans la Rez'ue num. fr., 1886, p. 488 et 1902, p. 379).

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De Benoît (BD. le D barré), on ne connaît qu'une seule pièce, un denier à deux rosaces, Tune de sept pétales, l'autre de six. Une obole (tète àg.)portelenom deDragone/: MONETA DRAGON(^'0- Hugues Aimeric (H, HV ou HVGO), en dehors d'un gros d'argent à Taigle éployée, a frappé trois variétés de deniers : à la tète couronnée de la Vierge, à la tête à g. entourée de la légende moneta S. Patili, et au champ écartelé, c est-à-dire aux armes de l'église de Saint-Paul {trois aigles) et de 1 evêque. Ses oboles, avec obolus civis, portent la mitre. Le même champ écartelé a servi de type pour les deniers de Guillaume Guitard, JeanCoci, (|HS) et Jacques Artaud (!'• EPISCOPVS); quant aux florins d'or, relativement les moins rares de cette série, ils n'ont que les sigles | • EPS, et nous ne voyons aucun moyen de les répartir entre Jean Coci et son successeur. Leur création est antérieure à 1354.

En 1408, un traité fut conclu à Grenoble entre le gouverneur du Dauphiné et lëvèque Dieudonné d'Estaing, autorisant le roi-dauphin (Charles YI) à faire forger à Saint-Paul des monnaies d'or et d'argent aux armes delphinales et à la crosse. Les bénéfices de ce monnayage mixte devaient être partagés entre 1 evêque et le roi. Mais aucune pièce de ce genre ne nous est parvenue, et il n'est pas probable que le roi de France ait profité d'une autorisation contraire à sa politique '.

§ VIIL — Seigneurie de Montélinmr^.

Montélimar (Montilium Ademari) appartenait en commun à deux branches de la famille d'Adémar, une des plus illustres maisons de Provence. Chacun des coseigneurs possédait un quartier de la ville, mais s'accordait rarement avec son voisin. S'il n'existe pas de monnaies des barons de Rochcmaure (branche aînée), ni de leurs successeurs, les Grignan, c'est qu'ils n'avaient pas le droit d'en frapper; mais les barons de la Garde (branche cadette) ont émis, au xiv<^ siècle, un assez grand nombre de pièces d'or, d'argent et de billon, aujourd'hui toutes d'une insigne rareté.

Un double denier anonyme se place en tête de ce monnayage. Ses deux

1. R. Vallentin, du prétendu monnayage mixte de Dieudonné d'Estaing, evêque de Saint- Paul, et de Chartes VI. Valence, 1895.

2. L. Vallentin, Recherches sur le monnayage des seigneurs de Montélimar (dans la Revue num.fr., 1885, p. 56). Les florins d'or de Gaucher AdJxmar (dans R. Serrure, Bulletin de Num., 1896, p. 141).

légendes, presque identiques (dominus de Mont(ilio) à Tavers, dominas Montilii au revers), ne peuvent être allusives au condominium des deux branches, car la croix y est cantonnée des croiseltes cléchées, dites tolosanes, qui figurent dans les armes de la famille de la Garde, et nous verrons tout à Theure une pièce où le nom de cette famille est répété jusqu'à trois fois.

De Gaucher Adémar (i 546-1 560), on a le florin d'or au lis(G* DNS- MOTIL) en cinq variétés; le sol coronat en argent où le mot SEX {valant 6 deniers d'Avignon) est gravé sous une grande couronne fleurdelisée, imitant le coronat provençal au mot REX; puis un denier de billon, sur lequel Gaucher s'appelle dei gra(cia) dominus Mont(ilii).

Hugues Adémar IV (i 360-1 387) a frappé des carlins au Prince assis de face, imités de ceux d'Orange. Sesdoubles d'argentet de billon présentent des types variés, copiés, sans exception, sur les monnaies de Provence, mais reconnaissables, au premier coup d œil, à leurs croisettes cléchées. On a déjà retrouvé le coronat au mot SEX. le double qui porte

les lettres HVG sous un casque, transformation du double à la mitre

MO

papale, et le denier avec vji: dans le champ. Hugues IV s'écrit Hugo

Ademarii, quelquefois Hugonus. au génitif, avec une faute d'orthographe. Mais sur un grand blanc de billon, à l'A' couronnée, on lit DE GARDIA. imitant le DEI GRACIA du blanc de donne de Charles V, son prototype, et au revers la légende dominus de Garda est entourée d'une autre plus longue : Hugo Ademarii Mo(n)tilii e\t Gar\de dns.

Depuis 1340, un quart de Montélimar était la propriété du pape qui, en 1 374, la donna au comte de Valentinois. Louis II de Valence s'empara du second quart (i 377) qui ne fut restitué qu'en 1422. Dans l'intervalle, la seconde moitié du fief, elle aussi, avait été cédée au Saint-Siège (i 383) qui la rendit au dauphin (Louis XI) en 1447.

§ IX. — Dauphins de Viennois, comtes d' Al bon.

Les droits monétaires, accordés au Dauphin par l'empereur Frédéric Barberousse (i i jO'l^i furent confirmés par Frédéric II (1238). Entre la date de cette confirmation et l'avènement de la maison de laTour-du-Pin ( 1 28 1 ), se placent quelques deniers anonymes qui portent au revers le titre de comte d'Albon (comes Albonis)^ puis les monnaies frappées en commun avec 1 cvèque de Grenoble et les deniers similaires à la légende CO(mes) DALFINVCO autour des armes de Vienne: un dauphin. Au revers de ceux-ci, on lit tantôt VIENENSIVM, tantôt le seul nom de saint Vincent.

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Humbert I«r. baron de la Tour-du-Pin(i 281 -1307), devint dauphin de Viennois par son mariage avec Anne, sœur aînée de Jean I*^*" d'Albon qui était mort sans postérité. L'initiale de son nom se voit sur les pièces de levêque de Grenoble; mais nous possédons de lui deux monnaies uniques, deux gros d'argent, où son nom est écrit en toutes lettres : HVMB' et HVMBERTV, autour du type parlant de ses armes (le dauphin). L'un de ces gros ne porte au revers que les mots ET COMES ALBONIS ; Tautre, plus original, a deux légendes concentriques: AVE MARIA (jKk(ti^) PUe)H(a), et BENEDICTA SIT SANTA TRINITAS.

LegT05 au cavalier de Jea n II (1 307-1 319) est copié sur celui de Valenciennes que le prince d'Orange a reproduit à son tour. Les monnaies de billon de Jean II sont les dernières qui donnent au dauphin le titre de cornes Albonis.

Guigucs VIII (1 319-1 333) a frappé le prem ier^/or/Tiû? or delphinal au lis; un document fixe la date de cette fabrication au 7 février 1327. Son carlin d'argent représente le Prince assis entre quatre dauphins; sa monnaie noire n'offre pas de type nouveau.

Humbert II (i 333-1 549), le dernier prince de la maison de la Tour, nous a laissé une suite monétaire assez considérable: florin d'or de deux poids (^différents: tour et dauphin), gros, denier et grand denier d'argent et de nombreuses variétés du douzain de billon. Sur un de ces douzains, au Prince assis entre deux dauphins, on lit le nom de la monnaie: DOSINI : DALPHINAL. sur le sizain: SISENI : DALPHINALS. Quant aux ateliers des comtes, en dehors de Grenoble, on cite, à des époques diverses: Chabeuil, Crémieux, Mirabel, Mollans, Pisançon, Romans, Serves, la Tronche, Veynes, etc. ; ils n'ont pas tous fonctionné simultanément.

A l'abdication d'Humbert II (16 juillet 1349), le Dauphiné échut au fils aîné du roi de France, le duc de Normandie (Jean le Bon), qui s'en dessaisit en faveur de son fils Charles, et depuis lors le Vitînnois fut toujours l'apanage de laîné du roi qui prenait le titre de Dauphin.

Ce sont, en effet, les types français qui prévalent maintenant sur les monnaies delphinales. Par son lieutenant, Henri de Villars, archevêque de Lyon, Charles Vdauphin (1 349-1 364) fait reprendre d'abord la frappe, longtemps interrompue, au florin d'or au lis (avec K* ou KAROL), en deux variétés : celui de gros poids {différent: une tour)et celui de petit poids (différent: un dauphin). Les gros d'argent, sur lesquels le prince s appelle primogenitus Francorum régis, ont déjà le chàtel tournois ou les lis dans le champ ; mais sur les uns, la bordure est formée de lis alternant avec des dauphins, et sur les autres deux dauphins sont escortés par deux fleurs de lis. Les mêmes motifs héraldiques, lis et dauphin, diversement

employés et très ingénieusement disposés, servent de décor à la monnaie noire. Après son avènement au trône (i 364), Charles V continue de porter son titre de Dauphin de Viennois, car son fils aîné (Charles VI) ne naquit qu'en 1 568. Nous avons laissé à la série royale les pièces émises, par lui et ses deux successeurs, avec le double titre de rex et dalphinus. Il n'est pas toujours facile de les répartir entre trois princes du même nom. Quant aux ateliers de ces premières années du monnayage francodelphinal, encore distinct de poids et d aloi du monnayage royal, on cite: Crémieux, Mirabel, Rochegude, Romans et temporairement (1576n77)» pour les florins dor, la Côte-Saint-André et Sa in t-Georges-d' Espérance.

Sous Charles VI, Tan 1382, la Chambre des comptes du roi établit sa suprématie sur les monnaies du Dauphiné; dès 1585, l'ouvrage ne se juge plus à Grenoble, mais à Paris. En même temps, on renonce à tailler les espèces au marc de Grenoble, légèrement inférieur au marc de Paris, et les pièces qui, jusque-là, n'avaient pu courir qu'en Dauphiné, peuvent circuler dans toute la France. Pour distinguer les émissions de chaque atelier, on y met des points secrets, ou plutôt des annelets secrets.

Trois des fils de Charles VI prirent successivement le titre de Dauphin : Louis l*"^ (1410- 141 5), Jean (i 416-1417) et Charles VII (1417-1422).

Louis 1^»^ s'appelle toujours Ludo. primog(enitus) Fran(corum) régis et seules, les pièces qui portent ce titre, peuvent lui être attribuées avec certitude; toutes les autres sont du futur Louis XI. Un de ses deniers a pour type Técu penché, écartelé de France-Dauphiné et timbré d'un heaume; son liard à la bannière (écu losange ou écu carré) est copié sur les pièces du duc de Savoie; ses deniers dentelés enferment le dauphin dans un cercle de lobes. L'annelet sous la 2^ lettre désigne latelier de Romans, sous la 3* celui d'Embrun; les autres ateliers sont Crémieux et Briançon.

De Jean (141 6- 141 7), la seule monnaie connue est un billon à lecu carré. Charles VII dauphin n*a pas de type nouveau; de plus en plus, on se sert des types français avec adjonction d*un petit dauphin, soit avant les légendes, soit dans un des cantons de la croix. L*écusson est celui de Vienne ou celui de France-Dauphiné. Mais le titre des espèces s'altère d'une façon inquiétante et ne se relève qu'après la mort de Charles VI.

Louis II (i 440-1456), c'est-à-dire le roi Louis XI avant son avènement au trône, relève un peu la monotonie des monnaies delphinales en frappant des écus d'or au champ écartelé; nous en connaissons de nombreuses variétés. Ses pièces d'argent et de billon portent, la plupart, le même type héraldique. On lui donne aussi une obole à la légende |HS

ANCIEN ROYAUME D ARLES

[XPjCTVS. n n'y a pas de monnaie frappée à son nom, où il prenne à la fois les deux titres de rex et de dalphinus. Le dernier dauphin figure sur les monnaies de Louis XIV, frappées au commencement du xvin<= siècle.

§ X. — Archevêché de Vienne,

La frappe des monnaies anonymes au chef de Saint-Maurice à gauche n'a dû cesser complètement qu en 1 578. On a de nombreux gros (fig. 1 596) et demi-gros, doubles, deniers et oboles du xiv« siècle, la plupart à la légende MAXIMA GALLIARVM. De 1 510 à n, 15, la monnaie de l'archevêque était inférieure d'un cinquième à celle du roi de France, 20 livres viennoises équivalant à 16 livres tournois. L'archevêque Jean II

de Nant consentit, en 1405, à ce que la juridiction temporelle de la ville fût commune entre le Dauphin et lui. Dès lors, le Dauphin prit le titre de seigneur et comte de Vienne. L'atelier archiépiscopal de Romans était un atelier delphinal depuis 1 342.

§ XL — Archevêché de Lyon^.

Le classement des monnaies lyonnaises est très incertain. En se basant sur des considérations de style, on place dans la première moitié du xiv'' siècle les deniers à l'L cruciforme accostée du soleil et delà lune, puis après 1350 ceux qui ont pour décor une bordure gothique, une croix longue ou double, ou feuillue, ou fleurdelisée. Sous l'épiscopat de Charles d'Alençon (1365-1375)? o^ frappait des gros d'argent valant 8 deniers viennois, en même temps que des deniers blancs qui n'en valaient que 6 et 2, et des deniers noirs équivalant à ceux de Vienne. Nous en avons plusieurs. Sur \c fort (ou double denier vien-

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