I. Ch. Robert, Annuaire de la Soc. de niim
LA LORRAINE ET LES TROIS ÉvÊCHÈS
Vestevenant de Besançon, à la main bénissante (fig. 1621); Tauire, qui vient du petit trésor d'Autreville, reproduit le chàtel des deniers tournois français; sa légende est TVRON(us) DE VlCb-
Lev(}que fut sacré dans le courant même de l'année 1^27, et aussitôt le titre d'episcopiis se substitue à celui à'electus sur une série de pièces superbes, qui inaugure la suite des espèces frappées sur flan large et mince, et qui ne comprend pas moins de sept types différents :
10 Plaque imitée de celle de l'alliance entre Luxembourg et Bar (1342). Elle a pour type principal les armes de Monteil : trois croix de Toulouse avec une crosse brochant sur le tout (fig. 1622). Atelier : Marsal.
2° Gros, L'évoque à mi-corps, de face, bénissant, est placé entre deux petites croix de Toulouse. Môme atelier.
30 Demi-gros représentant la lapidation de saint Etienne (fig. 1625). Le premier
Fig. 1623
martyr est agenouillé, les mains jointes, entre deux hommes qui lui jettent des pierres. Au revers, une crosse posée en pal entre deux écus de Monteil. Même atelier.
40 Tiers de gros frappés à Metz et à Rambervillers. Évèque û mi- corps, de profil à droite. Revers : croix avec deux soleils et deux croissants dans les cantons.
$0 Denier d* argent au même type (Metz).
6" Denier d'argent et son tiers. Même type au droit ; au revers, crosse entre deux croix de Toulouse (Marsal et Rambervillers).
70 Deitier d'argent (Marsal), portant à l'avers : soit Tévêque assis de face, soit son écusson ; au revers la croix cléchée des Monteil.
M. Maxe-Werly veut ajouter à cette suite une imitation du double parisis à la fleur de lis de Philippe VI, mais la lecture des exemplaires connus est douteuse.
Jean III de Vienne (1 361-1 365) n'est représentédans noscollections que par deux pièces: un gros et un demi-gros (Marsal). Leur tvpe se compose d*un saint Etienne à genoux et d'une crosse entre deux écus aux armes de Tévôque : de gueules à taigle d'or brisé d'un lambel à trois pendants fig. (1624).
Ce type a été reproduit dans les premières années de Tépiscopat de Thierry V de Boppart (1565-1584) et au même atelier de Marsal ; mais bientôt, Thierry créa les gros à levôque debout qui comptent parmi les plus belles monnaies du moyen âge. Sur le tiers de gros, Teftigie est réduite à mi-corps, et le sixième ne présente plus qu'un buste de face. Le système monétaire de Thierry est complété par un billon, ïangevine, qui a pour type une CCI gothique.
Fig. 1624
Fig. 162,
Le 1 4 août 1 376, Thierry de Boppart engagea son privilège à la cité de Metz pour une période de dix années, et bien avant l'expiration de son bail (1385) il mit l'atelier messin complètement à la disposition des magistrats municipaux. Les successeurs de Thierry, privés de l'officine de Metz, n'auront plus que celles de Vie, Marsal et Épinal.
Raoul de Coucy (1 387-141 5) a frappé de grands et superbes gro^ — GROSSVS : D: MAR SAL — au type de saint Etienne debout, tenant un des cailloux de la lapidation et la palme du martyre; de chaque côté du saint, on voit Técu de Coucy brochant sur une crosse. Vn petit gros ou double tiers de gros, la pièce la plus commune de la série, représente saint Etienne en buste au-dessus de l'écu de Coucy : sur le demi-gros, le saint est agenouillé, et les écus de Coucy et d'Harcourt sont séparés par une crosse; le tiers de gros porte les armes de Coucy brochant sur une crosse ; le double denier (fig. 1625) et le denier nom au revers qu'une crosse droite; enfin Y angevine reste ce qu'elle était sous Thierry de Boppart.
LA LORRAINE ET LES TROIS ÉVÊCHÈS
Raoul est le seul cvêque médiéval de Metz qui ait inscrit sur ses monnaies le nom de sa famille : RAD • D • COCY ou (COVCI) EPVS.
Avec Conrad Bayer de Boppart (141 5-1459) se termine la numismatique messine : ses successeurs jusqu'au milieu du xvi* siècle renoncent au droit de signer les espèces. Conrad reprend les types de Thierry, mais reçu de sa famille, écartelé de deux lions et de deux dextrochères tenant un anneau, paraît sur plusieurs pièces de son épiscopat.
§ V. — Cité de Met:^^
En 1334, révêque Adhémar de Monteil céda pour deux ans «au 4c maistre escheving et auz treze et aus paraiges et à toute la commune noteit de la citeit de Mes » la fabrication des monnaies.
Nous venons de voir comment, en 1383, Thierry de Boppart abandonna complètement aux bourgeois la propriété de Tatelier messin. La
Fig. 1627
Fîg. 162S
Fig. 1629
cité exerça ses nouveaux droits en faisant, avant la fin du xiv^ siècle, des émissions considérables àc florins d'or, Ait gros d'argent, de bugnes ou
Fig. j6;o Fig. 1631 Fig. 1632
tiercelles, de demi-bugnes ou doubles deniers, de deniers et (ï angevines
I. F. de Saulcy, Recherches sur les tnonnaies de la cite de Met^ dans les Mim. de r académie de Met^, 1836.
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(quarts de deniers). La plupart de ces monnaies portent Timage de saint Etienne. Sur Icsjlorins et les gros les plus anciens, le patron de Metz apparaît debout, profilé à gauche, dans un double contour elliptique: sur les gros plus récents (fig. 1626) et les bugnes (fig. 1627), le saint est agenouillé. Les angevines, dont la légende QVARTVS DENAR indique la valeur, ont le plus souvent dans le champ 1 ecu messin : parti d'argent et d'or (fig, 1628-1632).
§ VL — ÉvMjé de ToulK
Jean d'Arzilières (ij 10-1321) introduit à Toul l'usage de la grosse monnaie. Toutes ses pièces sont copiées de monnaies étrangères : un petit gros, de deux esterlins, imite à s'y méprendre le type cambrésien de la tête mitrée de face : un autre reproduit le cavalier de Jean II d'Avesnes, comte de Mainaut. Uesterlin (encore unique) qu'il frappe à Blénod (MO- NET -A BL-NOD), porte un écu parti à deux lions, comme les pièces de Jean I duc de Brabant. Le double denier montre le cavalier à droite et l'épée entre deux alérions de Ferri IV de Lorraine; enfin c'est à Renaud de Bar, évêque de Metz, qu'il emprunte le type des deniers qu'il fait forger à Liverdun (MONETA* D* LIBER').
Les monnaies royales de F'rance servent de modèle exclusif à toutes celles que l'on connaît d'Amédée de Genève (1 321-1 530). Cet évèque fit frapper dans son château de Liverdun un demi-gros tournois imité du demi-gros de Charles IV, et un double tournois à la couronne, analogue à ceux de Philippe de Valois. Les légendes du demi-gros de Toul sont arrangées de manière à simuler celles de la pièce française : + KASTRO MEVS et FLAN CbO LIB' D'. C'est sous le règne d'Amédée qu'on place les curieux petits deniers au type lorrain (de Ferri IV) du guerrier debout et de l'épée en pal, portant les légendes TOVL-NO CITEL « Sous cet épiscopat, dit M. Robert, les bourgeois de Toul eurent une guerre acharnée avec cinquante gentilshommes du pays ; la noblesse lorraine et la bourgeoisie messine vinrent grossir les rangs des deux partis; on se battit plusieurs années; enfin les Toulois gagnèrent deux combats décisifs et imposèrent les conditions de la paix. En présence de ces faits, et si Ion considère que les types du guerrier et de l'épée sont précisément ceux de la Lorraine d'alors, il nous semble que l'on ne doit pas hésiter à reconnaître dans notre spadin une monnaie émise
I P.-Ch. Robert, Recherches sur les monnaies des èvrques de Toul, in-4, 1844. — Description de la collection numismatique de M. P.-Ch. Robert, in 8, 1886.
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parles bourgeois dans l'orgueil de leur puissance. TOVL NO CITEI, Tout notre cité! n'est-ce pas leur cri de guerre inscrit sur leur monnaie ? »
Thomas de Bourlémont(i 350-1^^) ^stdetous lesévôquesdeToul celui dont le monnayage a été le plus actif si Ton en juge par le nombre et la variété de ses espèces répandues dans le commerce des médailles. Les armes du prélat :/a5ce d'argent et de gueules de huit pièces avec une crosse en pal comme brisure personnelle, y figurent souvent, mais le type le plus ordinaire est Vesterlin anglais. L'évêque imite aussi le gros blanc à la fleur de lis de Philippe de Valois.
1^ dernier évêque de Toul, dont on ait retrouvé des monnaies, est Pierre de la Barrière (1361-1^3). Il fit frapper des gros et leurs subdivisions, chargés de 1 ecu épiscopal sur une crosse en pal ; ses armes sont écartelé à trois fasces et au lion. Sur toutes ces pièces, Pierre prend son nom de famille : PETRVS : DE : BARR* : EPS : TVLLI.
§ VII. — Évêché de VerdiinK
Du milieu du xii*^ siècle jusqu'au commencement du xiv", il y a, dans la numismatique verdunoise, une lacune qui sera comblée avec le temps. Les pièces frappées dans 1 evèché au xiv*" siècle sont toutes copiées sur les monnaies royales, et d'assez mauvais aloi. « La France, dit M. Ch. Robert, ayant pris pied en Champagne, se trouva voisine du Verdunois et commença à s'occuper de ce qui s'y passait. A la mort de Tévèque Jean III (1297-130?), Philippe le Bel lui fit donner comme successeur Thomas de Blamont. Ce prélat conclut en 1 303 avec son protecteur un traité qui mettait le Verdunois, terre d'Empire, en quelque sorte entre les mains du roi de F'rance. »
Le premier prélat dont, jusqu'ici, on ait retrouvé des monnaies, est Henri IV d'Ap remont (1312-1350). On a les cinq pièces suivantes portant son nom :
10 Imitation du gros tournois a la couronne de Philippe de Valois. 20 Imitation du gros tournois à la fleur de lis du même. 30 Imitation de la maille tierce de Philippe le Bel. 40 Imitation du denier tournois du môme. 50 Imitation du double parisis du même.
Cette dernière imitation est très adroitement conçue; l'inscription REG'A'LIS du prototype devient LEG'A-LIS, et la fleur de lis qui
I. P.-Ch. Robert, Monnaies et jetons des évêques de Verdun dans V Annuaire de la Soc. franc, de numism., 1885 et 1886.
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la surmonte est remplacée par deux feuilles accostant un petit écu à la croix d'Apremont, brisé d'une crosse.
Sur les mailles tierces, on lit €C MON€TA V[ijRD\ formule analogue à celle qui se trouve sur les esterlins toulois de Thomas de Bourlémont: €C MON€TA NOSTRA. Les lettres €C sont évidemment Tabréviation de ecce. Les deniers tournois de Verdun, au lieu de TVRONVS CIVIS. portent VIRDONVS CIVIS et, du côté de la croix,. la légende se termine par un 5f parasite pour servir de trompe-roeil et rappeler l'X de REX.
Du successeur d'Henri d'Apremont, Hugues de Bar (155 i-i 562), nous n'avons que des copies du gros denier blanc, du denier blanc à la queue et du double tournois à la couronne frappés par le roi Jean.
Après Hugues, cinq prélats se succèdent à Verdun sans qu'on ail retrouvé trace de leurs monnaies: mais les documents écrits font croire que Tatelier ne resta pas absolument en chômage :
Jean IV de Bourbon, 1362-1372.
Jean V de Dampierre, 1372-1375.
Gui III de Roye, 1375-1381.
Liébaut de Cousance, 1 381-1404.
Jean VI de Saarbruck, 1404-1420.
Louis, cardinal de Bar (1420-14^0) et petit-fils du roi Jean, a monnayé à Verdun et à Varenncs. On possède son gros (GROS*- EPAT • VIRD),son demi-gros (SEM*- GROS' VAREN') et plusieurs pièces divisionnaires, au type de Técu du prélat. Sur les monnaies de grand module, Técu écartelé de Bar et de France est timbré du chapeau de cardinal. Louis n'y prend jamais le titre d'évôque et s'appelle simplement LVDOVICVS : CARD' : BARRER' : ADMIST'.
Le dernier évêque de Verdun qui ait frappé monnaie au xv* siècle est Louis de Haraucourt (1449-1457), LVDOVICVS • EPS • VIRDVNS. Son gros d'argent, de même que les fractions du gros, portent invariablement, à l'avers, le blason de famille (croix au franc quartier chargé d'un lion), et la croix du revers y est presque toujours cantonnée d'étoiles, au nombre de quatre ou de deux, selon le module de la pièce. Sur sa contrefaçon du denier messin, on lit: QVARTVS D'-