‹ Traité de numismatique du moyen âge (volume 2)Chapitre 22 sur 165 · I. Sources: p · texte numérisé non relu

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mais déjà l'on essaya d'en créer de nouveaux à Ypres et à Douai, dans des fiefs relevant de la couronne de France. Ypres reçut en mars 1297 des lettres de non-préjudice, parce que la grosse monnaie comtale y était frappée concurremment avec les mailles municipales. En 1299, pendant la guerre, et alors que le roi de France occupait déjà Bruges, il y eut un atelier temporaire à Damme.

La série monétaire de Gui se compose de cinq pièces : petit gros à laigle, continuant le type créé par Marguerite (Alost et Ypres), esterlin à Taigle (Alost), esterlin anglais à la tête de face (Alost, Douai et sans doute Damme), denier noir (Douai) et maille noire (sans nom d'atelier).

C'est en 1 297 que Gui de Dampierre organisa la corporation des monnayeurs de Flandre, en leur accordant les avantages dont jouissaient ceux du serment de France.

Une certaine obscurité règne sur l'histoire monétaire des dernières années de Gui. En octobre 1299, Robert de Béthune, fils aîné du comte et administrateur du comté, conclut avec Jean II de Brabant un traité qui l'engageait à partager avec le duc les bénéfices de la fabrication et à ne laisser courir dans son pays que les monnaies de Flandre et de Brabant. Un traité additionnel du 2 avril 1500 stipule qu'on ne frappera dans les deux États que le gros, le demi-gros, le tiers de gros et le denier noir. A l'époque où cette convention fut signée, Robert de Béthune portait déjà le titre de comte de Flandre ; on peut donc se demander si les pièces du traité de 1 300 sont au nom de Gui ou à celui de son fils. Question vaine, car nous ne connaissons ni gros, ni demi-gros, ni deniers noirs de Gui pouvant s'appliquer aux termes de la convention.

Durant la captivité, en France, de Gui de Dampierre et de Robert, la Flandre fut gouvernée successivement par Guillaume de Juliers, Jean de Namur et Philippe de Thiette. Peu de temps après la bataille de Courtrai (11 juillet 1302), Guillaume de Juliers, petit-fils, par sa mère, du comte de Flandre, frappa son gros au châtel brabançon, avec les légendes : WIL' . DE . IVLIACO et MONETA DEREMÔE (Termonde).

Mais bientôt, Guillaume céda l'administration à Jean de Namur, fils du second lit de Gui de Dampierre. De Jean, nous avons le gros au châtel^ frappé à Alost, et sur lequel il s'appelle fils du comte, | • F : COÏT: FLAND. Les pièces au même type, forgées à Ninove (MONETA NINVE)» ne lui donnent pas ce titre, parce que cette terre lui appartenait en propre et relevait directement de l'Empereur.

Après Jean de Namur, il yeut un troisième administrateur, Ph ilippe de Thiette, qui gouverna jusqu'au moment où le traité d'Athies permit

à Robert de Béthune de rentrer en Flandre. Philippe, Pb.F. COÏT. FLAND ou Pb\ COÏT. FLAND, ne nous a laissé que son g^ro^aw châtel (Alost et Gand), mais on retrouve son nom, FILP» sur quelques mailles yproises, et la brisure de son écusson, une coquille, sur des mailles brugeoises. Au revers du gros d'Alost, on lit ce verset de Tépître aux Corinthiens : Gracia domini dei nostrifactus sum (idquod sum),

Robert de Réthune (i 305-1522), qui succéda à son père, fut obligé de céder au roi de France Lille, Douai, Orchies et leurs territoires.

Huit pièces différentes sont frappées à son nom :

10 Le^ro5d'AJost, qui reproduit le châtel de Jean II de Brabant.

20 hçgros tournois au type français. Les mots TVRONVS CIVIS sont remplacés par MON€TA FLAND'E ou MON€TA ALOST (fig. 1684) et les lis de la bordure par des feuilles de vigne.

Fig. 1684

Fig. 168;

30 Le gros (Alost) au lion flamand dans une épicydoïde à six lobes (fig. 1685). Ce beau type national a été copié par plusieurs princes, notamment en Hainaut et en Luxembourg.

40 Le peiU gros au cavalier (Alost).

50 Vesterîin à la tête couronnée de face (type anglais). Ces pièces existent pour Tatelier d' Alost et pour celui de Gand ; les monnayeurs de cette dernière ville y inscrivent : EDL ROBERTVS COMES. légende demi-flamande (edel = noble) demilatine, destinée à simuler TEDWARDYS de Toriginal.

60 Vesierlin à la tête de profil (type écossais), frappé à Alost (fig. 1686).

Fig. 1686

Fig. 1687

70 Billofis imités du royal tournois double de Philippe le Bel (Alost). 80 Billons au type de l'aigle, imités des coquibus de Gui de Collemède, évoque de Cambrai.

Après la mort de Robert de Béthune, sa succession eut deux compéti- III. 6^

teurs: Robert de Cassel, son second fils, et Louis de Nevers, son petitfils. En attendant la décision des pairs de France qui devaient juger L différend, Robert de Cassel s'empara de quelques châteaux. A Termonde il fit frapper des esterlins au type du lion dans un entourage endenché, meuble de ses armes (fig. 1687); il s'y appelle fils de comte: ROB. F', coït. FLAD., comme l'avaient fait jadis Jean de Namuret Philippe de Thiette. A Bruges, son nom ROBT' apparaît sur des deniers d'argent où un guerrier tient Técu aux armes du prétendant.

Louis de Nevers (1^22-1346), plus connu sous le nom de Louis de Crécy — il périt à la bataille de Crécy, le 26 août 1 346 — obtint gain de cause et succéda à son grand-père. C'est à lui que la Flandre doit l'introduction de la monnaie d'or ' qui fera la gloire de sa numismatique. Le Royal d'or (unique), au type du prince debout tenant Tépée et l'écu au lion, est inspiré des Royaux français. Il a été frappé à Saint- Bavon de Gand, avant 1337. Peu après, le florin, l'Ange, le demi-ange et la chaise le suivent, h^ florin est au lis épanoui; sur VAnge (également unique), on voit saint Michel (SANCTVS MICHAEL) debout sous un dais gothique, une croix à la main droite, la gauche posée sur Técu de Flandre, et sous ses pieds un dragon. La croix du revers est cantonnée de quatre lionceaux. Le demi-ange n'a pas été retrouvé. La chaise (ou hardi d*or)^ copiée sur celle de Philippe de Valois (1 j 36-1 j 58), n'est connue qu'à deux exemplaires: elle représente le comte (COMES: ET : DOMINVS : FLAND) assis de face.

La série d'argent de Louis de Crécy est la suivante :

10 Gros, appelé plus tard vieux gros. Il porte un grand lion dans le champ et, au revers, une croix brève ceinte de deux inscriptions.

20 Gros, MONETA: NOVA: COMITIS: FLAND. Son type est le lion flamand dans une épicycloïde à six lobes. Au revers, une grande croix, cernée d'une seule inscription, a dans ses cantons les lettres ^TCRlî-

30 Double tiers de gros ou petit gros. Même type au droit. Au revers, la croix, cantonnée de deux lions et de deux aigles, coupe la légende. Cette pièce frappée à Gand (fig. 1688)' et à Alost, est le point de départ de nombreuses imitations féodales. Elle a été reproduite très exactement par les comtes de Namur, les seigneurs de Cuinre, de Coevorden et de Salwerd, d'ÉIincourt et d*Arleux.

40 Tiers de gros (Gand et Alost). Lion dans le champ.

Dans la seconde partie du règne on a substitué aux monnaies qui précèdent les pièces que voici :

50 Gros au lion. Dans une bordure de douze feuilles de vigne, on voit un lion entouré des mots : MOR€TA F LARD. La croix pattée du revers coupe la première égende: LVD-OVI -C • CO" MES.

I. Congrh international de numismatique, 1900, p. 301 (article de M. de Marchéville).

LES PAYS-BAS MÈRIDÎOVaUX

ÎO9I

Ce type renouvelle à quelques détails près celui créé par la ville de Gand vers 1 303 (fig. 1689) ; il fut repris par Louis de Mâle et copié presque aussi souvent que le gros tournois. Nous le retrouvons en Brabant, en Hainaut, à Rumraen, à Fallais, en

Hollande, à Namur, à Luxembourg, à Cambrai, à Élincourt, à Serain, en Gueldre et jusqu'en Bretagne et en Aquitaine.

60 Demi-gros au lion.

70 Tiers de gros en billon, d'un module plus grand que Testerlin. Au droit, un lion ; au revers, une croix cantonnée de quatre têtes de lion et coupant la légende. Divers

Fig. 1689

Fig. /690

princes des Pays-Bas ont copié cette monnaie, notamment Guillaume II, comte de Hainaut.

8° Mite de billon portant une L entre quatre trèfles (fig. 1690). Elle a été imitée par quelques petits seigneurs des Pays-Bas.

Outre les espèces que nous venons de passer en revue, il existe un piedfort du denier parisis : au droit, FLA " M^O dans le champ ; au revers, autour de la croix, PARISIVS BRVIS. La légende semble se rapporter à Tatelier de Bruges.

Au commencement du règne de Louis de Crécy (1 323-1 325), un traité monétaire fut conclu entre lui et Jean I, comte de Namur. La seule pièce frappée en vertu de cet accord et qui soit parvenue jusqu'à nous, est un petit gros aux quatre lions dans un quadrilobe. Il sort de Tatelier de Vieuville dans le Namurois, et sa légende est : lOb'S COGD • RAGD : LVDOVIC:CO(D:FÂDI€.

Plus tard, Tan 1339, un autre traité fut signé à Gand avec Jean III duc de Brabant, les relations commerciales entre les deux pays exigeant la frappe d'une monnaie commune. La pièce flamande fut fabriquée à Gand même, la pièce brabançonne à Louvain ; elles portent à la fois les noms des deux souverains et des deux villes. Ce sont des gros au lion avec C'AïtDiït ; LOVAIH autour du lion héraldique (fig. 1691).

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On sait que le gouvernement de Louis de Crécy fut un des moins paisibles dans Thistoire de la Flandre. Pendant dix ans les Gantois étaient en révolte et le pays entier obéissait à l'administrateur Jacques van Artevelde.

Fig. 1691

A cette période de troubles se rattache un fait numismatique intéressant.

En 1345, le Parlement de Westminster décria les monnaies d'or anglaises, et, de concert avec les villes de Flandre, ordonna la frappe, dans les deux pays, de nouvelles pièces d'or : nobles, demi-nobles et quarts de noble, au nom d'Edouard III, destinés à courir chez les Flamands comme chez les sujets du roi.

Mais en 1345 seulement, les envoyés du roi s'arrangèrent avec les magistrats de Gand, de Bruges et d'Ypres pour l'émission de ces monnaies ; William Stury et Gilbert Wendlingburg furent chargés de forger en Flandre les nobles et leurs subdivisions. Longtemps on désespérait de jamais distinguer des nobles anglais les pièces d'or du continent, lorsqu'un numismate néerlandais, M. Hooft van Iddekinge, fit remarquer que, sur certains nobles, les lettres Y • B du mot final de la légende HYB (Hybernie) sont isolées par des points, tandis que !'€ initial d'Edwardus, également isolé, a la forme d'un ^. Chose curieuse, dans ces trois lettres Y. B. 6*. on retrouve précisément les initiales d'Ypres, Bruges et Gand, les trois grandes villes de Flandre. Quoi qu'il en soit de l'hypothèse, on reconnaîtra qu'elle est absolument ingénieuse.

Louis II de Mâle (i 346-1 ^84) eut son atelier monétaire d'abord à Bruges (1353), puis alternativement à Gand et à Malines.

Ses pièces d'or forment, à côté de celles de Philippe de Valois, la série la plus belle et la plus riche du moyen âge. Nous en connaissons onze : la chaise (avec l'écu à l'aigle), \di demi-chaise, le quart de chaise, le mouton^ \t franc à cheval, le lion heaume, le petit lion heaume, le vieil heaume et son tiers, le franc à pied et la nouvelle chaise (avec l'écu au lion). Deux autres, mentionnées dans les ordonnances, ne sont pas encore retrouvées : le demi-mouton et le royal. Voici la description des plus importantes :

10 Le lion heaume, d'or fin, taillé à 45 - au marc. LVDOVICVS ' DEI • GRA : COn^ * Z • DRS : FLAT2DRI€. Grand lion assis sur une estrade gothique à quatre clochetons et coiffé d*un heatîme, dont le cimier figure une tête de lion dans un vol ; en exergue: FLARDRES. Revers: + B€R€DICTVS : QVI : V€RIT : IH : ROn^lR€ : D05PIRI. Croix feuillue et fleuronnée à triple bande, cantonnée des lettres FLAR et portant en cœur la lettre D' ; le tout dans un entourage de vingt arcs de cercle. Le demi-lion présente le même type.

20 Ix vieil heaume, la plus grande des monnaies d'or de Louis de Mâle; taillé à 35 - au marc. Mêmes légendes que sur le lion heaume. Dais gothique à quatre clochetons, abritant deux lions debout qui tiennent un écu de Flandre incliné et surmonté d'un heaume couronné avec tête de lion et vol pour cimier. La croix du revers est cantonnée à la fois des lettres FLAH et de quatre petites aigles (fig. 1692). On possède

Fig. iC^z

un exemplaire du tiers de cette monnaie, exactement pareil, mais sans le dais et sans le mot FLANDRES en exergue.

3'» Lejranc à pied, taillé à 58 - au marc, représente le comte debout sous un portail

gothique, ayant un lion brodé sur son justaucorps ; sa main droite tient une épée nue, sa gauche repose sur Técu au lion. Un heaume, cime de la tête de lion et du vol, est placé à sa droite. En exergue, FLANDRES. Lacroix du revers, cantonnée des quatre lettres FLAR, est dans un quadrilobe et porte au centre le lion flamand dans un petit cercle (fig. 1693).

Fig. 1693

A l'époque de Louis de Mâle, les ateliers flamands étaient souvent dirigés par des Italiens, de Florence et de Lucques, qui ne devaient pas rester étrangers à la composition des types.

Les jàremières monnaies d'argent de Louis sont encore pareilles à celles de son prédécesseur. Il y eut un gros au lion, ne différant des gros de Louis de Crécy que par de légers détails, puis un demi-gros et un tiers de gros (Bruges).

Mais en 1364, alors qu'il créait le lion d'or, le comte ordonna la frappe d'un lion d'argent (fig. 1694) de deux gros, connu sous le nom

Fig. 1694

populaire de boidraeger (mot flamand qui signifie: porteur de heaume), et plus tard il y eut des demi-boidraegers^ des doubles tiers et même des tiers. Des imitations du lion d'argent se retrouvent dans les seigneuries du Nord de la France, des Pays-Bas et de la Westphalie.

En billon, Louis de Mâle inaugura la frappe des doubles mites avec FL dans le champ.

Après sa mort, la Flandre devint la dot de sa fille Marguerite, qui, par son mariageavec Philippe le Hardi (i 384-140$), transmit le comté à la maison de Bourgogne,

Dès son avènement, Philippe fit un traité monétaire avec Jeanne, duchesse de Brabant. Pendant cinq ans (^1384-1 389), une monnaie commune serait frappée à Malines et à Louvain, au nom des deux souverains. Ce sont les cinq pièces suivantes:

10 Deniers d'or de 40 gros : PHS DVX : BORG. Z : COM : FLAND • ION : DVCIS : BRABA. Édicule gothique à deux arcades sous lequel sont abrités, séparés par une colonnette, deux écus, l'un de Bourgogne moderne, l'autre de Brabant. R^- + MONETA : NOVA • FLANDRIE • ET • BRABANTIE. ÉcuauHonposé sur une croix très ornée dans un entourage de quatre arcs de cercle.

2® Double gros dit roosebeker (chapel de roses). Écus de Bourgogne et de Brabant juxtaposés ; au-dessus, une couronne (chapel) de roses entre deux fleurs de néflier. Rev. Écu au lion sur une croix ornée de fleurs et de têtes de dragon.

30 Gros dit demi-roosebeker.

40 Demi-gros (fig. 1695) dit quart de roosebeker.

pue

S® Double mile de billon avec '^ dans le champ.

lOH

Les monnaies d'argent et de billon de la convention de 1 584 furent,

elles aussi, fréquemment imitées. Le nom de roosebeker reviendra souvent dans ce chapitre.

Mais bientôt Philippe le Hardi voulut avoir des monnaies à son seul

nom. Il commença par reproduire le type de lachaised'or et du botdraeger d'argent, puis, en 1386, des pièces entièrement nouvelles firent leur apparition :

10 Le double heaume d'or de 40 gros. Deux écussons, le premier de Bourgogne, Tautre de Flandre, inclinés l'un vers l'autre et timbrés de leurs heaumes respectifs : tel est le type de cette jolie pièce.

20 Le double gros. \

30 Le gros. ? Type : deux écus juxtaposés et surmontés du mot FLADRES.

40 Le demi-gros. /

50 La double mite de billon, ou — de gros.

6° La mite de billon, ou — de gros.

Les monnaies d'argent de cette émission ont été imitées en Brabant, à Namur, à Liège et ailleurs.

Le 3 avril 1 387, Philippe le Hardi changea ses types ; voici les pièces qui se rattachent à cette nouvelle ordonnance :

i» Ange d'or de 60 gros. Ange debout tenant à sa main droite Técu de Bourgogne et à sa gauche l'écu de Flandre (fig. 1696).

20 Demi-ange d'or.

30 Double gros. Deux écus, légèrement inclinés l'un vers l'autre, sont surmontés d'une grande aigle aux ailes ouvertes.

40 Gros.

$0 Double mite de billon.

Enfin, pour les années i }88 et 1389, il nous reste à signaler rémission du noble d'or, du demi et du quart de noble, identiques aux monnaies anglaises, puis de trois pièces d'argent : le double gros, le gros et le demi-gros, dont le type principal est un lion assis, portant au col une mante (ou volet) aux armes de Bourgogne (fig. 1697). Ces pièces ont été

Fig. 1697

émises, non seulement en Flandre, mais aussi dans la terre de Fauquemont, que Philippe le Hardi avait reçue en gage de Jeanne, duchesse de Brabant.

Nous arrivons à l'histoire monétaire, très courte d'ailleurs, de Jean sans Peur (140J-1419), fils du précédent. Sa première ordonnance (1407) se rapporte à la fabrication de doubles écus d'or, demi-écus et quarts d'écu, de doubles gros, gros, demi-gros et quarts de gros d'argent, et de doubles mites et mites de billon. Les espèces d'or et la plus forte pièce d'argent n'ont pas été retrouvées ; le type du gros est un lion debout, surmonté de l'écu de Bourgogne, avec une bordure extérieure de fleurs de lis.

De 1410 à 1418, le numéraire de Jean se compose d'un noble d'or et d'une série de pièces d'argent ayant pour type les deux écus juxtaposés sous un heaume. Enfin, du 10 avril 1419 jusqu'à la mort du comte, on

fig 1698

frappe des heaumes d'or et des doubles gros d'argent avec leurs subdivisions habituelles. Ces pièces, que le peuple appelait cromsteert (queue tordue), se reconnaissent au lion debout portant sur son flanc l'écusson de Bourgogne (fig. 1698).

Depuis le règne de Louis de Mâle, les comtes de Flandre s'intitulaient comtes par la grâce de Dieu, Jean sans Peur fait seul exception à cette règle. Ses titres sont simplement DVX BVRG COM. FLAND» sans allusion au droit divin.

Philippe le Bon, qui succéda en 14 19 à son père assassiné à Montereau, continua rémission des monnaies en usage lors de son avènement. On connaît ses nobles^ demis et quarts de nobles, son heaume d'or (très rare, fig. 1699), ses doubles gros auxécus juxtaposés sous un heaume, ses cromsteerts et leurs fractions. En 1426, il y ajouta la chaise d'or et \si demi-chaise (fig. 1700;, dites klinckaert, d'un très bas titre, et après

Fig. 1700

1428 un double gros au type du heaume d'or, c'est-à-dire à Técu penché sous un casque (fig. 1701) dont le cimier est une fleur de lis. Mais en

Fig. 1701

14; 5, ayant réuni sous son sceptre la plus grande partie des Pays-Bas, il créa pour ses diverses provinces un système monétaire uniforme que nous étudierons plus loin.

§ XIII. — Duché de Brabant^.

L'origine de la grosse monnaie remonte, en Brabant, au règne de

I. Van der Chijs, De Munten der hertogdommen Brahatid en Limburg, 185 1, in-4. A. de Witte, Histoire monétaire des comtes de Louvain, ducs de Brabant. Anvers, 1894- 1900, in-4, } vol.

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Jean I (1268-1294) sous lequel nous voyons successivement apparaître, à côté des anciens/?e//Y5 deniers d'argent fin, d'abord Yesterlin^ puis son double, enfin le gros et le demi-gros copiés sur le gros tournois de France.

Le type des deniers est un lion ou un écu au lion. Quelques pièces, imitées des monnaies hollandaises, ont à lavers une petite tête tournée à gauche. Sur les plus anciens esterlins, valant 4 vieux deniers, on voit reçu au lion de Brabant entouré du titre ducal (DVX BRABANTIE); au revers, une croix à doubles bandes est contournée de quatre lettres donnant le nom soit d'un monétaire WALT(arius). soit de l'atelier: LOVA. Louvain, BRVX, Bruxelles, TRIT, Maestricht, DALE, Dalheim. En 1288, à la suite de la bataille de Woerringen, Jean I s'empare de Bonn où il frappe monnaie (CIVITAS BVNENS')» ^^ réunit à ses états héréditaires le duché de Lim bourg. Les esterlins frappés à Anvers, Bruxelles, Dalheim et Louvain ont désormais pour type l'écu parti au lion de Brabant et au lion de Limbourg ; le titre de DVX LIMBVRGIE est placé en toutes lettres autour de cet écu ou autour de la tête de face, couronnée de roses, pendant que celui de DVX BRABANTIE se lit au revers. Dans les derniers temps de son règne, le duc revient aux esterlins de type purement anglais (tête de face). Il faut aussi signaler un petit denier à la tête de profil, frappé à Dordrecht,où le duc possédait un droit de juridiction.

Les petits gros valant deux esterlins proviennent de l'atelier de Bruxelles. Leur type est essentiellement local : l'archange saint Michel debout tenant une lance et les trois clous de la passion.

Pour ses g^ros (que M. de Witte laisse à Jean II), le duc commença, selon toute apparence, à copier servilement le type français. Un gros tournois anonyme porte du côté du châtel : TVRONVS Cl VI S, et du côté de la croix: + BRABANTIE : DVX. Puis les monnayeurs bruxellois créent un dessin nouveau qui va obtenir un succès considérable: le châtel à deux tourelles entouré des mots : MONETA : BRVXEL et d'une bordure où le lis français est remplacé par des groupes de trois globules. Ce type a été reproduit sur des doubles tiers de gros qui remplacèrent dans l'atelier bruxellois les pièces à l'archange.

Jean I, à diverses reprises, contracta des alliances monétaires. Le beau médaillier de M. de Jonghe renferme un esterlin à l'écu au lion, du monétaire WALT, qui porte les deux noms du duc de Brabant (| • DEI GRATIA) et de Thierry VII (DIDERICVS COM), comte de Clèves.

On possède d'autres esterlins émis conventionnellement par Jean I et Arnould V, comte de Looz; leur type est un écu aux armes parties des deux souvçrainsj ou simplement aux deux lions de Brabant-Limbourg.

Une charte de 1285 parle d'une troisième alliance monétaire conclue entre le duc et Jean de Flandre, évêque de Liège. Nous savons aussi qu'en 1291, Jean 1" porta à quatre-vingt-dix le nombre des monnayeurs de ses états et qu'il leur accorda d'importants privilèges.

De son côté, Jean II (1294-1^12) prit deux cents monnayeurs nouveaux à son service en augmentant, dans une certaine mesure, les immunités dont ils jouissaient.

Ses premiers gros et demi-gros tournois sont à l'empreinte dite du portail brabançon^ mais se distinguent de ceux de Jean I par la bordure de l'avers, qui a les anciennes fleurs de lis, et leur fabrication, au lieu de se borner au seul atelier de Bruxelles, s'étend à ceux d'Anvers (fig. 1702),

Fig. 170a Fig. 1703

de Maestricht et de Rolduc. Nous en avons qui portent au revers le nom du comte de Namur (p. 1 121). Sur des esterlins bruxellois, on retrouve le même type du châtel brabançon (fig. lyoO-

Il est impossible de dire jusqu'à quelle époque Jean II fit usage de ce coin. Il y renonça sans doute par suite du grand nombre d'imitations qu'en firent les petits seigneurs belges. Toujours est-il que nous voyons, à un moment donné, le type du châtel remplacé par les quatre lions dans un quadrilobe (fig. 1704) ou l'écu aux quatre lions placé, sans

Fig. 170J

légende, dans une bordure fleurdelisée (fig. 1705). La trouvaille d'Herckla- Ville a rendu très commune cette pièce frappée à Maestricht, à Anvers et sans doute aussi à Bruxelles.

Comme pièces de moindre valeur, la numismatique de Jean II a le petit gros au cavalier (Anvers et Genappe) (fig. 1706), puis des esterlins de divers coins (fig. 1707). C'est sous le même règne que se montrent, en

IIOO

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Brabant, le premier piéfort en billon et la première monnaie noire, notamment une imitation du royal parisis double de Philippe le Bel. Il ne peut entrer dans notre cadre de nous arrêter en détail à toutes ces variétés.

Fig. 1706

Fig. J707

Les premières monnaies brabançonnes d'or datent du règne de Jean III (13 12-13 5 5). Ce sont des florins d'or au lis et de superbes chaises d'or.

Les monnaies d'argent ne subissent pas, dans leur aspect général, de grandes modifications dans la première moitié du xiv" siècle. Le plus

souvent on y voit les armes écartelées aux quatre lions, tantôt serrées dans un écu, tantôt se mouvant dans un quadrilobe.

L'atelier d'Anvers en revient, pour les gros, au type du châtel; Louvain préfère un type Fig. 1708 local : saint Pierre à mi-corps, tenant devant

lui reçu écartelé. A Maestricht, une pièce d'argent de grand module, dont on ne connaît que l'essai en cuivre, porte saint Servais debout entre deux petits écussons et foulant aux pieds un dragon. Nous faisons reproduire le quart du gros (fig. 1708) à ce même coin.

Des doubles esterlins de type anglais (tête de face) portent la légende MONETA NRA ANTWERP. Les numismates belges prennent cette pièce pour une monnaie commune au duc de Brabant et au roi d'Angleterre, Edouard III, frappée pendant le séjour de celui-ci en Belgique. En effet, Froissard nous apprend que le roi « fit faire monnaie d'or et d'argent à Anvers, à grand foison »; mais le double esterlin doit être de l'empereur d'Allemagne.

En 1 339, Jean III conclut un traité avec Louis de Crécy. En vertu de cette convention, on frappe, aussi bien à Gand qu'à Louvain, des gros et quarts de gros au lion signés des deux souverains. Dès 1 336, il avait fait un traité semblable avec Guillaume I de Hainaut.

Comme ses voisins, Raoul et Jean I^r de Lorraine, le duc s'appelle sur plusieurs de ses monnaies dux Lot (haringiae) et marchio sacri imperii, en reprenant des titres portés par ses ancêtres jusqu'au xi« siècle.

IIOI

Fig. 1709

Jeanne et son mari Wenceslas, duc de Luxembourg (1555- 1385) recueillirent la succession de Jean III qui fut le dernier rejeton mâle de la maison de Brabant. Leurs monnaies portent le plus souvent leurs deux noms réunis, mais parfois Wenceslas les signe seul. Sur le mouton d'or (frappé à Vilvorde) on lit simplement W€n DVX sous les pieds de Tagneau; \t florin d'or au saint Servais, frappé à Maestricht, et Vécu d'or au saint Pierre de Louvain (1375) o^^t pour légende: WENCESLAVS - Z • lOhAN A DEI GRA • BRAB • DVCES.

Les monnaies d'argent brabançonnes de Jeanne et Wenceslas sont assez nombreuses. Elles empruntent à la Flandre le type du gros et du demi-gros au lion ; Tatelier de Louvain frappe des pièces à type local :

les tourelles (fig. 1709), qui représentent une église à deux tours latérales, au-dessus d'un écu écartelé.

A Maestricht, la monnaie porte une

figure debout tenant l'écusson et une épée; son nom vulgaire est bryman.

Wenceslas mourut sans enfants à Luxembourg en 1383. Jeanne restée seule (1383-1406) et se sentant trop faible dans une guerre qu'elle soutenait contre le duc de Gueldre, conclut une alliance offensive et défensive avec Philippe le Hardi, comte de Flandre. Cette alliance fut rendue plus étroite encore par une convention monétaire arrêtée pour cinq ans (i 384-1 389), en vertu de laquelle on mit en circulation une très belle monnaie portant les noms des deux souverains. Nous l'avons décrite en traitant de la numismatique de Philippe le Hardi (p. 1094); le peuple la nomma roosebeker, chapel de roses.

Les cinq ans de l'accord révolus, la duchesse de Brabant mit son nom seul sur les espèces. A cette dernière période du règne se rattachent VAnge d'or (unique), un cavalier d'or, un écu à la tourelle, frappé à Louvain, qui rappelle la tourelle d'argent aux noms de Jeanne et Wenceslas, enfin quelques billons noirs avec les lettres O^C{issà) dans le champ.

Les dernières monnaies d'argent de Jeanne reproduisent le type du roosebeker ou de diverses pièces de Jean III de Brabant et de Philippe le Hardi.

Avec Jeanne s'éteignit, en 1406, l'antique maison des ducs de Brabant. Antoine de Bourgogne (1406-141 5), second fils de Philippe le Hardi et de Marguerite de Mâle, hérita du duché. Dès le 19 mai 1404, et du consentement de Jeanne, il avait été nommé gouverneur (ruwaart) du

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pays. C'est pendant ces deux années précédant son avènement définitif qu'il fit frapper à Anvers quelques monnaies avec le titre de ANTHO- NIVS DE BVRG. DVX LIBVGIE.

Après l'investiture (décembre 1406), les monnaies d'Antoine lui donnent le titre de duc de Brabant. Les documents que l'on possède sur les affaires monétaires de cette époque nous apprennent que le duc émit tout d'abord un écu d'or au saint Pierre, valant 48 gros, pièce qui n'a pas reparu encore. Par une ordonnance du 20 décembre 1409, il ordonna la frappe de pièces d'or nouvelles: le lion d'or et le double lion d*or; enfin, en 1412, il créa un florin d'or de Bourgogne, dont l'original n'est pas retrouvé non plus.

Telle que nous la connaissons aujourd'hui, la série monétaire d'Antoine se compose des pièces suivantes :

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