I. R. Serrure, Bulletin de num,, 1893, p. i
io68
des armes de Chiny ressemblent beaucoup aux poissons barrois. GODIFRIDVS: COMES: CHINEIENSIS est la légende de \d. plaque qui porte le nom de latelier d'Avioth.
En 1 564, Arnould d'Orey vendit à Wenceslas, duc de Luxembourg, le comte de Chiny, déjà fort amoindri à cette date; Tacte de vente mentionne au nombre des « pourficts et honnours >> afférants à la terre, la « seignoirie de monoier ^.
§ V. — Évêché de Cambrai^,
Pendant la première partie de son épiscopat, Nicolas III de Fontaines (1249-1274) continua le système des mailles anonymes qui portent une tète mitrée avec crosse et main bénissant, et au revers une croix pattée cantonnée de CAMR. Cependant, l'évèque de Cambrai fut un des premiers à émettre, dans la région des Pays-Bas, des monnaies d'un flan plus large. Sans aller jusqu'à la fabrication du gros, il fit frapper des doubles esterlins de huit deniers et des esterlins simples. Sous le rapport des types, sa numismatique est peu compliquée; ses doubles esterlins ou petits gros (Wi;. 1638) représentent tous un buste mitre de
Fig. 1639
face, avec ou sans barbe, entouré de la légende : NICHOLAVS EPIS- CHOPVS ; au revers, une croix à branches doubles est cernée des quatre syllabes du mot CA-ME-RA-CV et la salutation afigélique.en l'honneur de la Vierge, patronne de Cambrai. Ce type, que les numismates appellent type cambrésien, fut employé, dans la suite, par plusieurs évèques et copié à Toul par Jean d'Arzilièrcs. Uesterlin, ou tiers de gros, de Nicolas de Fontaines est une des plus jolies pièces du moyen âge (fig. i6;9) ; le château à trois tours qu on y voit représente, selon toute apparence, le « Cateau-cn-Cambrésis », séjour favori des évèques, et il est certain que la monnaie y a été frappée.
Fn 1255, Nicolas avait conféré au Chapitre métropolitain de
I. Sources: P.-Ch. Robert, Numismatique de Camhrai. Paris, 1861, 40.
Cambrai, le droit de battre monnaie pendant les vacances du siège. Vingt ans après, le chapitre profita de cette autorisation, en frappant des petits gî^os qui ne diffèrent de ceux de Tévèque défunt que par la légende: MONETA CAPITVLI.
Enguerrand de Créqui (1274-1286) continua la frappe des petits gros au coin du buste mitre, et ses esterlins portent, en partie, le même type, mais d'autres inaugurent le type héraldique de l'écu aux trois lions armes de (Cambrai).
Guillaume I de H ai n au t (1286- 1296) ne nous donne que des e^/erlins anglais à la tète de face, aux cheveux ondoyants et ornés d'un chapel de roses (fig. 1640). Ces pièces sont les plus communes de la série cambrésienne; le seul trésor de Marchienne-au-Pont, près Charleroi, exhumé en 1 841, en a fourni 1 58 exemplaires.
Les esterlins du siège vacant, émis entre la mort de Guillaume et l'investiture de son successeur, ont également le type anglais.
mt
Fig. 1641
Gui II de Collemède (i 296-1 306) les adopte à son tour; mais SUT ses petits gros il place une aigle héraldique déployant les ailes (fig. 1641). Le graveur s est inspiré, dans une certaine mesure, d'un coin créé à Alost par Marguerite de Constantinople.
L'esprit d'innovation monétaire de Gui de Collemède se manifeste surtout dans la frappe de monnaies de billon, les demi-deniers tournois. Ces petites pièces, aussi au type de l'aigle, furent favorablement accueillies, et imitées, non seulement dans les ateliers seigneuriaux d'Elincourt et de Wallincourt, mais encore en Flandre, par Robert de Béthune. Le peuple les appelait coquibus ou cokibus, sans doute, dit M. Chalon, parce que le vulgaire voyait un petit coq, un « coquibus », dans l'aigle de leur empreinte; peut-être mieux parce que le maître de la Monnaie de Cambrai, chargé de leur fabrication, s'appelait Hanon, ou de Haen, nom flamand qui équivaut au nom français Le Coq.
Sous le gouvernement de Gui II, éclata une révolte de bourgeois qui força le prélat à fuir sa ville épiscopale. D'accord avec quelques numismates, nous rattachons à cette insurrection un coquibus dont les légendes indiquent une origine municipale : MONETA • CIVITAS — CAMERA- CENSIS.
L'cvêque ne retourna plus à Cambrai ; il fut transféré à Salerne, et son chapitre profila de la vacance du siège pour battre des coquibus avec MONETA CAPITVLI.
Philippe de Marigny (i 506-1 309) est le premier évêque dont nous ayons des gros entiers. Copiés sur les gros au lioti de Robert de Béthune, comte de Flandre, ils ont à Tavers un lion tourne à gauche dans une bordure à six lobes ; au revers, une croix pattée, autour de laquelle se développent les deux inscriptions: +XPC- VINCIT -XPC - REGNATXPCIMPAT et + MONETA CAMERACI. Ces gros sont d'une régularité d'exécution remarquable. Les lettres, d'une forme élégante et correcte, ont les jambages taillés en bizeau.
Les petits gros de Philippe de Marigny conservent le type cambrésien de la tête mitrée, et ses coquibus ne se distinguent de ceux de son prédécesseur que par le changement du nom propre.
Mais à côté des pièces que nous venons d enumérer, Philippe frappa de jolies petites mailles d'argent fin, parfois anonymes, parfois signées PH • EPC. Leur type est un bras tenant la crosse (fig. 1642). Ce sont les derniers souvenirs de l'ancien système.
Pierre III de Mi repoix (i 509-1 524) continue l'émission des pe///5 gros à la tète de face, en y ajoutant parfois une bordure ou en substituant à la croix pattée une croix fleurie. C'est sous son épiscopat que paraissent, dans le Cambrésis, les premiers petits gros au cavalier qu'on monnayait en Hainaut depuis Marguerite de Constantinoplc.
Fig. 1643
Ces «cavaliers» donnent au prélat le titre de comte : PETRVS-COMES- CAMERAC; ils sortent de l'atelier du Cateau-Cambrésis: MONETA- NOVACASTELLIINCAM.
Les monnaies de Pierre de Mirepoix ne sont pas toutes retrouvées. M. R. Serrure a publié une sorte de quart de gros, au type du bras tenant une crosse (fig. 1645). De plus, un document de 1512 nous apprend l'existence du demi-gros.
Le 28 août 1512, l'évèque de Cambrai et Guillaume I, comte de Hainaut, conclurent un traité aux termes duquel leurs monnaies devaient être reçues réciproquement dans les deux pays.
Gui 111 d'Auvergne (1524-1556) joue un rôle plus effacé dans la
numismatique cambrcsienne. M. Robert lui attribue un petit gros au champ écartelé d'une aigle et de trois lions, puis un denier de billon blanc au type de la mitre.
Cette mitre reparaît sur une pièce anonyme qui porte au revers une crosse en pal. Ses légendes: OBOLVS CAMERACENS — MONETA CAMERACENS (fig- '644) ne permettent pas de dire si Ton se trouve
en présence d'une monnaie épiscopale, ou si Vobole a été frappée par le chapitre après la mort de Gui d'Auvergne.
Guillaume II d'Auxonne(i ^36-1^42) refusa de rendre hommage au vicaire de TEmpire. alors Edouard 111 d'Angleterre, pour son comté de Cambrai, et chercha un appui auprès de Philippe de Valois. Ce fait politique eut une influence considérable sur les destinées du Cambrésis et son monnayage. Les relations commerciales entre Cambrai et la France devinrent plus étroites, et, pour faciliter les transactions, 1 evèque voulut avoir une monnaie qui pût être acceptée sans méfiance par les marchands et changeurs habitués aux espèces royales. 11 copia le gros au lis y le gros tournois et le double parisis de Philippe VI. Mais cette copie n'est pas servile: deux petites crosses adossées, unies par un cordon et surmontées d'une mitre, simulent, à s'y méprendre, la fleur de lis du gros. Pour les relations de ses sujets avec les Pays-Bas, l'évêque adopta le ^ro5 au lion, dont le modèle bien connu lui était fourni par les monnaies flamandes de Louis deCrécy.
Les documents monétaires écrits, presque totalement absents pour Cambrai jusqu'au milieu du xiv^ siècle, viennent nous renseigner d'une manière assez complète sur les émissions de Gui IV de Ventadour (1342-1349). Il s'en faut que toutes les pièces mentionnées dans les actes soient déjà retrouvées. Nous ne connaissons que deux pièces de Gui IV: \q florin d'or anonyme au type de Florence et à la légende FLOR-PSV- CA' (florenus praesulis Cameracensis) et le denier blanc portant dans le champ les mêmes lettres PSV sous une mitre (fig. 164^).
L'émission des florins d or continua sous les successeurs de Gui de Ventadour; on en connaît à la légende FLOR. EPL CA, puis d'autres avec FLOR-CAPI-CA (fig. 1646) que le chapitre fit forger après le iransfèrement de 1 evêque à Vabres (Aveyron).
L'an 1 349, Charles IV, roi des Romains, interdit la frappe de l'or à levêque de Cambrai; néanmoins, la numismatique de Pierre IV d'André (i 549-1368) s'ouvre par une belle série de monnaies d'or copiées en 1362 sur les pièces royales de France: le mouton, le franc à
Fig. I94Î
cheval aux noms des quatre évangélistes (fig. 1647) et le royal. En argent, nous rencontrons le botdraeger ou double gros au lion heaume, copié des pièces de Louis de Mâle.
Fig. 1647
C'est également le comte de Flandre qui fournit au prélat le dessin de son gros au lion. Vient ensuite une plaque imitée des monnaies hainuyères de Marguerite H (fig. 1648); sur quelques variétés de cette pièce,
Fig. 1648
Pierre d'André remplace les barres de l'échelle de Hainaut par deux crosses. Les types français du gro^ à la couronne {^s,. 1649), ^^ g^*^^ blanc au châtel, du double denier à légende horizontale (fig. 1650) et de diverses monnaies divisionnaires ont, de même, servi de modèles aux monnaveurs de Téveché.
Robert II de Genève (i 568-1 371) frappa le/rawcàjp/W (fig. 1651), le franc à cheval et le florin d'or, qu'il faudra chercher parmi les florins anonymes à la légende FLOR -EPI • CA, dont il a été question à propos de Gui de Ventadour. Deux monnaies d'argent de Robert sont
Fig. 1649
Fig. 1650
connues jusqu'ici : le gros tournois et le gros qui porte, entouré d une bordure, 1 ecu de Cambrésis penché et surmonté d'un heaume couronné. Divers doubles de billon à la légende CAM-ERC en plein champ terminent la série de cet évêque que les documents écrits permettent de croire beaucoup plus nombreuse.
Lorsque le siège de Cambrai fut devenu vacant par l'élévation de
Fig. i6jx
Robert de Genève au cardinalat, le chapitre exerça pour la cinquième fois ses droits monétaires. Nous rattachons à cette vacance le magnifique double mouton d'or dont vient de s'enrichir la Bibliothèque nationale et qui porte, du côté de la croix, la légende bien explicite : + CA- PITVLVM • CAMERACENSE • SEDE • VACANTE. L'inscription est répétée presque intégralement sur les doubles de billon qui répartissent CAM-ERD sur deux lignes.
L'investiture de Gérard de Dainville (1371-1378) mit fin au monnayage des chanoines. De Gérard, M. Robert ne connaissait qu'une seule pièce d'or, h/rancà cheval. Depuis la publication de son livre, \q grand mouton, mentionné dans une instruction du 8 mars 1572, a été retrouvé. Une troisième pièce qui, aux termes d'une ordonnance du 5 avril 1372, doit représenter un évêque debout tenant l'écu de Cambrésis et une crosse, reste à découvrir.
Les espèces d'argent de Gérard se composent du gros à reçu heaume
dUATRlÈME PARTIE
(fig. 1652), pareil à ceux de Robert de Genève, et du gros tournois conservant autour du châtel la légende TVRONVS CIVIS des mon-
Fig. x6$2
Fig. 1653
naies royales de France. On connaît aussi le double de billon avec Tinscription CAM-ERC en deux lignes.
Le successeur de Gérard, Jean IV de Serclaes (1378-1389I, semble ne pas avoir monnayé ; la numismatique cambrésienne du moyen âge entre définitivement dans sa période de déclin.
André de Luxembourg (1390-1396) n'a battu que de menues espèces de billon portant un écu à ses armes (fig. 1653). C'est la première fois qu'un évêque de Cambrai emploie son blason personnel et son nom de famille: ANDRIV DE LVCEBOVRT.
Sous Pierre V d'Ailly (i 598-1412), la production monétaire est tout aussi pauvre. Une seule pièce e^ attribuable à ce prélat, une sorte de plaque chargée d'une aigle nimbée, profilée à gauche et encadrée dans des équerres et des arcs de cercle.
Jean V de Gavre (1412-1439) adopte le système des drielanders que le duc de Brabant, Jean IV, devenu comte de Hainaut et de Hollande, venait de créer, le 17 février 1420, dans le but d'établir l'unité monétaire dans les trois pays [dry landen en néerlandais) soumis à son autorité. Ce système, sur lequel nous nous étendrons davantage en parlant des comtes de Hainaut, est représenté dans la numismatique cambrésienne par des drielanders^ des demi-drielanders et des billons
noirs servilement copiés, figurant deux écus penchés l'un vers l'autre dans une bordure fleurdelisée (fig. 1654). Un seul drielander fait exception, les écus, l'un aux armes de Cambrésis, l'autre à celles de
Gavre {d*or au lion de gueules^ à la bordure engrêlée de on^e pointes de sable), y étant séparés par une crosse.
On sait qu'à côté de ces monnaies d'argent, Jean de Gavre frappa des anges et demi-anges d'or, dont aucun n'a reparu jusqu'à présent.
Jean VI de Bourgogne (14^9-1480), malgré son long règne de quarante ans, n'a pas exercé ses droits monétaires. Son successeur Henri de Berghes (1480- 1 503) est le dernier évêque dont nous ayons à nous occuper. On parle de ses ducats d'or de 38 patars, qui ne sont pas encore découverts; mais on possède une série d'argent complète, reproduisant le type des monnaies contemporaines des Pays-Bas. Ces pièces portent un écu écartelé aux armes de Cambrésiset de Berghes: coupé au i«r parti de Brabant et de Berthoud qui est d'or à trois pals de gueules^ au 2« de Bautersem qui est de sinople à trois macles d'argent.
Fîg. léîs
Au revers, l'évêque inscrit des maximes tirées des livres saints : avarus non implebitur pecunia (fîg. 1655), n/A/V iniquius quam amare pecuniam ou encore noli laborare ut diteris.
§ VI. — Seigneurie d'Elincourt (comtés de Saint-Pol et de Ligny) ' .
Elincourt en Cambrésis fut acquis en 1300 par Gui IV, comte de Saint-Pol (1300-13 17), qui y établit aussitôt un atelier monétaire. Située sur terre impériale, cette seigneurie échappait à la juridiction du roi de France et permettait l'exercice d'un monnayage non soumis au contrôle du roi, quoique en concurrence avec la monnaie française.
De Gui IV, nous connaissons toute une série de pièces : le denier à la gerbe (fîg. 1656) des anciens comtes de Saint-Pol en Artois (p. 502) ; le même et son obole à la légende MONETA • SANTI • PAVLI ; un petit gros
I. Rigollot, Mém. sur les motinaies des comtes de Saint-Pol dans la Rev. numism. de 1850. — Poey d'Avant, t. III, p. 418.
aUATRIEME PARTIE
au cavalier, portant cette curieuse inscription locale: MONETA RECTA DE ELINCOVR — GVIDO COMES SCI PAVLI ; un gros à l'aigle avec, au revers, les mots AVE MARIA GRATIA en légende intérieure (fig. 1657);
Fig. 16$ 6
Fig. 1657
un gros au portail (fig. 1658), copie de ceux de Jean I**" de Namur; un coquibus de billon imité du type cambrésien, enfin une pièce de bîllon qui a toutes les apparences d'une monnaie bretonne (fig. 16 J9), le champ étant occupé par Téchiquier de Dreux écartelé de Limoges.
Fig. 1658
Fig. i6ç9
Cette dernière imitation s'explique par le mariage (en 1 292) de Gui IV de Saint-Pol avec Marie, fille du duc de Bretagne.
Marie survécut à son époux jusqu'en 1339. Elle conserva, sans doute à titre de douaire, la seigneurie d'Elincourt et fit frapper, à son propre nom, dQS petits gros au lion flamand, avec MARIE DE BRETAGNE
Fig. 1660
Fig. 1661
(fig. 1660), dos gros liégeois à l'aigle (fig. 1661) et des doubles deniers
OÙ figurent une aigle et la légende w ■ g^ en deux lignes. En même
temps, Marie de Bretagne contrefaisait les espèces françaises ; le roi, par lettres du mois de décembre 1337, lui fit prendre l'engagement de
« faire faire sa monnoye, en son chas tel d'Elincourt, de telle sorte quelle « serait différente » de celle de France.
Après la mort de Marie, la seigneurie d'EIincourtfit retour aux comtes deSaint-Pol. Jean de Châtillon (13 17-1 344) y continuale monnayage. On possède Tessai (en argent) d'une pièce qui devait être une sorte d'écu d'or; les armes de Jean y tiennent Tavers, et la légende du revers
Fig. 1662
dit en français mélangé de latin: MONETA DELINCOVRT FET : EN FRANS ARLEVS (fig. 1662). De son fils et successeur, Gui V, nous n'avons absolument rien.
La période pendant laquelle la seigneurie, avec les comtés deSaint-Pol et de Ligny, appartenait aux princes de la maison de Luxembourg, fut la plus florissante au point de vue numismatique.
Gui VI de Luxembourg(i 360-1 371) a frappé un grawrfmow^on ûf'or (fig. 1663), A^ux francs à chepal aux noms des quatre évangélistes, dont Tun anonyme (fig. 1664; un franc à cheval semblable porte le nom de révoque de Cambrai, Pierre André, p. 1072), l'autre avec COM ES DE LINI ET S. PA(u)LU et plusieurs variétés de francs à pied en or. En argent, nous possédons son gros au lion, imité de celui de Louis de Crécy (fig. 1665) et portant en toutes lettres: Guido de Lusenb(urgo); de même son demi-botdraeger (MONETA DE SANT POL),
pareil à celui de Louis de Mâle, quelques deniers noirs au lion debout, etc.
Fig. 1664
Le nom de Walerand (1371-1415) figure sur quatre pièces d'or différentes : un grand mouton, copie servile de celui de Jean 111 de Brabant, un mouton, un franc à pied (fig. 1666) au type français, puis un noble d'or (fig. 1667) imité des pièces anglaises jusque dans sa légende : € XX GO WALL€RD S D€l 2 GRA 5 COM S D€ 5 LYN€IO.
Fig. 1665
En argent, Walerand imite les blancs de Charles V en y plaçant un grand W gothique dans le champ. Sous son règne, le titre de comte de Z^'g^wj efface celui de Saint-Pol, qui ne reparaît plus sur aucune monnaie. Le nom de latelier d'Elincourt se lit sur un gros au lion (fig. 1668),
Fig. 1666
et l'existence de la pièce est prouvée par d'autres documents, car l'imitation systématique de ses coins provoqua de la part du roi de France de frc-
quentes réclamations. En 1376, des lettres royales nous apprennent qu'un orfèvre nommé Guesclin le Charpentier a taillé pour Walerand 4i frans à pié et à cheval, moutons et blans sur la forme, figure et 4c grandeur des nos très, excepté que en yceulx est escript le nom de 4i nostre dit cousin ». En conséquence, Guesclin est détenu à Paris.
Fig. 1667
Le 7 mars de la même année, Tofficier qui tenait le compte de la monnaie de Saint-Quentin est destitué, parce que « il avoitesté maistre delà 4c monnoie d'Elincourt en laquelle l'en avoit contrefait par plusieurs 4K. fois les monnoies du Roy ^.
Fig. 1668
Philippe de Saint-Pol (1420), plus tard ducde Brabant, fit frapper des florins d'or au saint Pierre, au type de l'alliance rhénane, et simultanément, à Ruminghem (Artois) et à Elincourt, des chaises dor (klinkaerts) pareils à ceux que Philippe le Hardi fabriquait à Malines, Philippe le Bon à Namur et à Gand, Jean IV de Brabantà Maestricht. De même, son atelier d'Elincourt fut chargé de la frappe des cromsteerts de 2, I et un quart de gros.
Le dernier seigneur qui ait monnayé à Elincourt fut Jean III de Luxembourg (14^0-1440), comte de Ligny, petit-fils de Gui VI. On a de lui des écus d'or au buste de saint Pierre imités des pièces brabançonnes ; le saint tient Técu au lion brisé d'un lambel, et le revers porte la légende pieuse /?ajc xpi maneat semper nobiscum. Les pièces d'argent ne sont que la reproduction de types bourguignons : cromsteerts, demtcromsteerts, quarts de cromsteerts et billons noirs à l'écu.
io8o
QyATRIEME PARTIE
§ VII. — Seigneuries de Crévecœur et d'Arleux.
Vers 131 î, Robert de Béthune remit à son neveu Jean de Flandre les seigneuries de Crévecœur et d'Arleux. Jean établit dans les deux localités des ateliers monétaires. A Crévecœur, il frappa de petits gros au cavalier, MONETA NOVA CREPICORDI- A Arleux,ses émissions sont plus variées; ony trouve, en dehors des petits gros au cavalier (WlOHEJk NOVA DE ARLEVS)» Vesterlin anglais à la tête de face, et des deniers
Fig. 1669
de billon au type insolite d'un édifice fleuronné, entouré de l'inscription : MONETA NOVA DE A qui se complète en exergue par les lettres: LVES (fig. 1669).
Jean de Flandre avait épousé Béatrix de Saint-Pol. Après la mort de son mari (1325), Béatrix continua pendant quelque temps le monnayage au château d'Arleux. Sous le nom de Beatris de Sancto Paulo, elle fit forger des gros à l'aigle, comme ceux d'Adolphe de la Marck, évèquede Liège, et des petits gros au lion pareils à ceux de Lxjuis de Crécy.
En 1 337, Béatrix vendit les seigneuries à Philippe de Valois.
§ VIII. — Seigneurie de Serain,
Le petit fief de Serain-en-Cambrésis, qui relevait de Crévecœur, devint le siège d'un atelier monétaire sous Walerand II de Luxembourg,
Fig. 7670
seigneur de Ligny (1 304-1 353). On connaît des gros au lion, des petits
gros au cavalier et à l'aigle (fig. 1670), des esterlins à la tête couronnée de face et un petit billon, encore inédit, portant Técu au lion luxembourgeois.
Walerand s'y appelle GVALERAMN' DNS DE LINI. WALERANDVS DE LINY. GVALER' DE LVSENB, etc.; l'atelier est clairement indiqué par MONETA SERAIN. SERENE. SERENENSIS. etc.
§ IX. — Seigneurie de Wallincourt.
La seigneurie de Wallincourt en Cambrésis relevait des sires de Crèvecœur et, en arrière-fief, des évoques de Cambrai ; mais par une de ces complications fréquentes dans le droit féodal, le donjon de Wallincourt relevait des comtes de Hainaut.
Jean de Wallincourt obtint, vers 1309, du comte de Hainaut le droit de monnayer dans son donjon; néanmoins, le 5 janvier 13 14, il crut devoir céder aux réclamations de Tévêque de Cambrai et renonça à tous ses droits acquis en fait de monnayage.
On ne possède de lui que les petits gros au cavalier qui ont pour légendes : + IObARR€S DRS D€ VVAL' — + 5nOR€TA : ROVA : WAVLAIRCORT.
§ X. — Cùtnté de Hainaut '.
Une ordonnance monétaire du roi Philippe le Hardi mentionne, en 1273, les << deniers de Valenciennes de trois deniers parisis >► et les 4< valenciennois à Teschelle qui sont contrefaiz à nos gros tournois d'argent ». C'est le document le plus ancien constatant l'introduction de la grosse monnaie dans le comté de Hainaut. Les pièces en question sont très probablement Vesterlin à reçu au lion et le gros au monogramme, frappés au nom de IOHANN€S COM€S, soit de Jean I" d'Avesnes, mort en 1257, soit de son fils Jean II, qui auront frappé ces pièces du vivant de Marguerite de Constantinople.
Cette princesse, qui fut la véritable souveraine du Hainaut de 1244 à 1280, avait son atelier monétaire à Valenciennes où elle fit fabriquer de ]ol\s petits gros, c'est-à-dire rfowWes tiers de gros au cavalier, dont Taloi
I. R. Chalon, Recherches sur Us monnaies des comtes de Hainaut, 1848. — Suppléments, 1852, 1854, 1857 ^^ ^^9^ ^^ dernier par A. de Wittç,
et le type eurent un succès énorme dans les transactions commerciales. On les a imitées partout.
Après la mort de sa mère, Jean II d'Avesnes (1280-1504) frappa des gros à Vécu aux quatre lions et d autres à Yéchelle ou au monogramme (fig. 1671), destinés à circuler sur le pied des gros tournois de
Fig. 1671
Fig. 167a
France, des petits gros au cavalier (fig. 1672, frappé à Maubeuge), au lion (fig. 1673) ou à reçu au lion, valant deux esterlins, des esterlins au type anglais de la tête de face, de petits deniers valenciennois d'argent fin, souvenirs de l'ancien système, des pièces de billon imitées du Royal parisis double de Philippe le Bel, d'autres billons portant un lion dans le champ (fig. 1674), ^^c. L'oHicine ordinaire du règne est toujours la ville de Valenciennes, mais il y eut des ateliers temporaires à Maubeuge (Melbodium) et à Mons (Montes), pendant la guerre que le comte eut à soutenir contre sa capitale révoltée.
En 1296, Jean II, pour mettre de Tordre dans son administration, fit prendre à Paris une copie du vidimus fait par Philippe le Bel pour les privilèges des monnayeurs.
Fig. 1673
Fig. 1674
Le fils de Jean II d'Avesnes, Guillaume I^*" le Bon (i 304-1 357), se présente à nous avec une série de pièces très complexe. Comme son père, il a frappé le petit gros au cavalier, Vesterlin anglais, des billons au lion ; mais à côté de ces espèces déjà connues, nous voyons paraître un grand nombre de coins nouveaux. Le monogramme hennuyer est gravé sur cinq variétés de petits gros (fig. 1675); on le reproduit sur un esterlin (fig, 1676) et sur le billon. Comme monnaie équivalente au gros tournois, le comte de Hainaut adopte le gros portant un lion dans
l^ PAYS-BAS MÉRIDIONAUX
une épicycloïde à six lobes, comme le faisait, en Flandre, Robert de Béthune. Dès la seconde année de son règne, il fit ouvrer, dans son donjon de Wallincourt, les petits billons à Taigle, appelés coquibus
Fig. 1675
(fig. 1677) et copiés des pièces analogues de Gui de Collemède, évêque de Cambrai.
En I } 12, il conclut avec Pierre III, évêque de Cambrai, une alliance
ig^^:-.
Fig. 1676
Fig. 1677
pour le cours réciproque des espèces hennuyères et cambrésiennes dans les deux pays. Le i mars i ^^6 (v. st.), autre traité, avec Jean III duc de Brabant, pour la fabrication d'une monnaie commune. Cette monnaie devait être « un blanc denier d'argent de 10 s. 4 d. de compte au marc de Troyes, et de 9 d. d'argent le roi » destiné à courir les deux pour un gros. M. Chalon n'est pas parvenu, dit-il, à retrouver cette pièce, qui figure cependant sur ses planches : c'est le demi-gros aux quatre lions dans un quadrilobe, type qu'on retrouve en Brabant, sous Jean III. Nous rattachons à la même convention les gros et quart de gros au même type ' , puis Yesterlin au type brabançon de l'écu aux quatre lions.
Les monnaies de Guillaume II (15^7-1 545) sont faciles à confondre avec celles de son prédécesseur. On peut affirmer que la plus ancienne monnaie d'or hennuyère, retrouvée jusqu'à ce jour, lui appartient: c'est \q florin au lis portant la légende +^- COM • bAMIA.
Quant aux monnaies d'argent, on peut lui attribuer des gros tournois copiés des pièces françaises, des gros au monogramme hennuyer
I. Le gros est attribué par erreur à Guillaume II dans l'ouvrage de M- CLalon, pi. IX, no 6(>.
de plusieurs types variés dans les détails (fig. 1678), des gros au lion pareils à ceux de Louis de Crécy, des tiers de gros au lion, sans compter diverses monnaies de billon blanc ou noir dont le coin porte presque toujours le monogramme.
Fig. 1678
Marguerite II d'Avesnes 0]4S'i^^(>), qui avait épousé l'empereur Louis de Bavière, recueillit Théritage de son frère. Elle continua rémission des florins d'or au lis. Quelques-unes de ses monnaies d'argent sont d'une composition originale: telles cette plaque et ses subdivisions où l'aigle éployée tient un losange au monogramme du Hainaut, telle cette autre plaque au grand monogramme cantonné des syllabes bA-bO-ZE-FR (Hanonia, Hollandia, Zeiandia, Frisia), dont le type a été copié par l'évèque de Cambrai.
Sous le même règne, il faut placer un gros au lion de Louis de Bavière, pièce unique et qui porte la légende MONETA HANONIE. L'empereur, en la faisant frapper, aura voulu affirmer ses droits de suzerain du comté.
Le règne de Guillaume III l'Insensé (1356-1389) donne une suite de pièces d'or qui peut rivaliser en beauté et en magnificence avec celles de Philippe de Valois et de Louis de Mâle. On y voit le double mouton, le mouton, le double cavalier, le cavalier, le double roy^al, le royal et Iq franc à pied. L'argent ne compte pas moins d'une dizaine de types différents, parmi lesquels le monogramme se maintient à la première place. Ci-contre (fig. 1679) un double gros aux noms des quatre évangélistes: |OHA. LVCA. MARC. MATE.
M. Chalon a retrouvé dans les archives un petit nombre de documents relatifs à la fabrication des monnaies de Guillaume III, mais il est à peu près impossible d'identifier les pièces que nous possédons avec celles mentionnées dans les ordonnances. On peut toutefois y puiser des renseignements sur le système monétaire en usage et les proportions de valeur des diverses pièces entre elles. En 1366, les monnayeurs du Hainaut frappaient des /or^ d'argent courant pour 2 s. 6 deniers, avec leurs subdivisions : h demi-for ci le tiercelé. En 1384, on émet trois
monnaies d'argent, à 1 6, 8 et 4 deniers, puis des deniers de billon. En I $87, le maître de Valenciennes livre des monnaies d'argent appelées plaisans (à 1 5 d.) et leurs tiers, les tiercelins.
Fig. 1679
A la mort de Guillaume l'Insensé, son frère Albert de Bavière (1389-1404), qui gouvernait le Hainaut depuis 1358, prit le titre de comte. On connaît ses grandes couronnes et ses couronnes d*or, imitées desécusdorde Charles VI. Son argent est très varié sous le rapport des t)'pes : monogramme, aigle tenant un écu écartelé de Bavière-Hainaut, écu parti de Bavière-Hainaut penché (fig. 1680), grand losange aux
Fig. 1680
Fig. 1681
armes écartelées (fig. 1681), etc. Aucune de ces pièces ne fut imitée par les voisins, ce qui, du reste, est arrivé à la plupart des monnaies hennuyères.
Guillaume IV (1404-1417) créa un type de toute beauté pour ses monnaies d'or: l'ange qui, dans un enclos de palissades, tient l'écusson écartelé. Il y eut des Anges d'or (ou Haies d'or) du Hainaut, des double tiers et des tiers d'ange. L'argent ne donne parfois qu'une reproduction des coins d'Albert, mais le lion assis dans l'enclos et tenant l'écusson aux armes du comte est aussi d'invention nouvelle. Des pièces au même type ont été frappées par Guillaume pour son comté de Hollande. Nous y reviendrons en traitant de cette province.
De son second mariage avec Marguerite de Bourgogne, fille de Philippe le Hardi, Guillaume IV eut une fille du nom de Jacqueline (141 7- 143}) qui lui succéda. Cette princesse, veuve du Dauphin, frappa
I086 aUATRlfeME PARTIE
immédiatement après son investiture une belle monnaie d'or à Técartelé de France, Bavière, Dauphiné et Hainaut, en y prenant les titres de Ducissa Jacoba Bavarie delphina Viennensts, comitissa Hanonie, Hollandie, Zelandie\m2Î\s nous n'en avons que le dessin conservé par l'auteur hollandais Van Houweninghen.
Le 4 avril 1418, Jacqueline épousa à La Haye son cousin Jean IV duc de Brabant (1418-1427). Ce prince mit naturellement son nom sur les espèces. Nous en examinerons les types en parlant des monnaies brabançonnes, car Jean ordonna l'uniformité des coins pour ses diverses provinces. Les pièces frappées dans le Hainaut portent, pour la plupart, l'indication de l'atelier de Valenciennes : MONETA : FCA : IR : VAL€RC. VAL€. VALC.
Dès 1420, Jacqueline de Bavière se sépara de son mari pour se marier avec Humfroi, duc de Glocester. A partir de cette époque, les monnaies hennuyères portent de nouveau le nom seul de la duchesse : ducissa Jacoba dei gratia comitissa Hanonie, Hollandie et Zelandie. Les pièces représentent le lion dans la haie, de Guillaume IV.
Enfin, l'an 1424, profitant d'une absence d'Humfroi, Jean IV de Brabant envahit le Hainaut et assiégea Mons, où Jacqueline s'était renfermée. La duchesse appela à son secours Philippe le Bon, duc de Bourgogne, qui confisqua le comté et en prit le gouvernement avec le titre d'administrateur. Jacqueline ne lui céda le Hainaut définitivement qu'en 1435, et le pays, en devenant une province des Pays-Bas bourguignons, perdit son existence propre.
§ XL — Seigneurie de Beaumont.
En 1 246, la terre de Beaumont, près Jemmapes, apanage des fils puînés des comtes de Hainaut, échoit à Baudouin d'Avesnes, fils de Mar-
guerite de Constantinople. Ce seigneur frappe des petits gros au cavalier (fig. 1682), au même type que ceux de sa mère. Il y prend le titre de DNS BELLI MÔTIS ou BELIMÔTIS.
§ XII. — Comté de Flandre^.
Lorsque la comtesse Marguerite de Constantinople (i 244-1 280) commença, en Flandre, à faire frapper de la grosse monnaie, elle établit ses ateliers Tun à Alost, l'autre à Saint-Bavon « encosté Gand », c'est-àdire dans la Flandre impériale. Son but était naturellement de se soustraire au contrôle du roi de France et, bien que la partie de son comté qui relevait de la couronne française fût plus importante que celle qui dépendait de l'Empire, nous devons distraire maintenant la Flandre des fiefs français, pour la ranger parmi ceux de l'Allemagne. Cette division, du reste, a ses avantages. Les types monétaires des Pays-Bas méridionaux forment un ensemble inséparable, les États exerçant, les uns sur les autres, une très grande influence, aussi bien au point de vue économique qu'au point de vue artistique. En traitant, à cette place, de la numismatique flamande, nous ne risquons pas de l'isoler de celle des autres provinces belges.
Les petits gros frappés par la comtesse Marguerite valent deux esterlins ou les deux tiers du gros tournois de France. Dans l'atelier d'Alost, le type est une aigle à deux têtes dans un quadrilobe (fig. 168^) ; c'est
Fig. 1683
l'aigle allemande. L'émission des petits gros d'Alost commence de bonne heure; en 1275, Marguerite donne pour trois ans l'exploitation de l'atelier de cette ville à Claës Dekin de Bruges. L'atelier de Saint-Bavon de Gand ne paraît dans les textes qu en 1 277, et son nom ne figure pas sur les espèces. On peut affirmer que les petits gros, si rares, qui portent l'écusson au lion de Flandre, viennent de Saint-Bavon. L'évêché de Liège, les comtés de Loos, de Luxembourg, de Florennes, de Salm, les seigneuries de Coevorden et de Cuinre ont, à tour de rôle, imité ce type. Sous Gui de Dampierre (1280-1305), l'atelier le plus actif fut Alost,