LES PAYS-BAS ET LA BOURGOGNE
rémission, dans les Pays-Bas, d'un grand nombre de monnaies nouvelles. << Rompant franchement avec le passé, dit M. Deschamps de Pas, il crée non seulement de nouveaux types, mais encore assigne à ces pièces des valeurs en complet désaccord avec celles en usage, en conservant toutefois Tunité monétaire de Flandre, le gros. » Les pièces suivantes se rattachent à l'ordonnance de 1487 :
i® Le grand rial d'Autriche en or à 24 carats, courant pour 24 réaux d'argent. C'est une monnaie magnifique, plus grande que toutes celles qui avaient été frappées jusqu'alors dans les Pays-Bas, et dont le dessin sent déjà l'influence des artistes de la Renaissance. Maximilien, MAXIMILIAN • DEI • GRA • ROMAR (sic) • REX • SEMPER • AVGV, y figure, assis sur un trône, portant un sceptre fleurdelisé et le globe. Au revers, l'écusson à l'aigle d'Autriche, surmonté de la couronne fermée, est entouré de la devise du roi des Romains:! EN E- MENSVRAM-ET -RESPICE- FINEM-i487(fig. 1777).
Fig. 1777
2° Le noble de Bourgogne que le peuple flamand appela schuithen et qui courut pour 1 2 réaux d'argent. Il représente Maximilien debout dans un vaisseau à trois mâts (fig. 1778). On n'en connaît pas d'exemplaire frappé à Bruges.
Fig. 1778
30 Le florin de Bourgogne au type du saint André debout et de face, sa croix derrière lui. Ce florin valait six réaux d'argent.
40 Le grand réaî d'argent où Maximilien est représenté en buste, à mi-corps à gauche, revêtu d'une cuirasse, la tète ceinte d'une couronne fermée. Il tient l'épée nue et le globe.
50 Le double griffon valant un demi-réal. Type : deux griffons affrontés.
6« Le simple griffon. Type: grilfon tourné à gauche; légende de l'avers: denarius simplex grifon nominatus ; au revers la devise : deumplus ama quam argentum,
70 Le demi-griffon à l'M couronnée.
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L'apparition de cette série de monnaies d'une grande variété et dW grande beauté devint une des causes de la révolte des Brugeois, pendant laquelle Maximilien fut séquestré au Cranenburg. Remis en liberté, après avoir signé des conditions onéreuses, le roi refusa de tenir ses promesses, et le pays lui répondit par un soulèvement général. La ville de Gand, qui avait cherché un appui chez le roi de France et obtenu de lui le droit de battre monnaie au nom de Philippe le Beau, entreprit un monnayage révolutionnaire, et Maximilien transporta à Fumes le seul atelier qui lui restait.
Les pièces émises par les Gantois révoltés forment une série très belle et du plus haut intérêt historique. On en commença la frappe dès le mois de janvier 1488. Plusieurs d'entre elles portent GANDA en toutes lettres et font voir un coin nouveau. Sur \t florin d'or au saint Jean, on voit l'effigie du saint entourée des mots : BAPTISTA PROSPER ADESTO. Le lion d'or et le demi-lion ont un lion heaume avec GANDA en exergue.
En argent, nous avons le double briquet, le briquet et ses divisions, le double patard au lion, le patard^ etc. Leurs légendes : EQVA- LIBERTAS- DEO • GRATA. FIAT PAX IN VIRTVTE TVA et IN DOMINO CONFIDO. nous renseignent sur les sentiments des bourgeois de Gand au milieu de l'insurrection, qui ne fut apaisée qu'en 1492.
Trois villes brabançonnes : Louvain, Malineset Bruxelles, avaient suivi l'exemple de Gand et monnayaient pour leur propre compte. Sur les pièces d'argent bruxelloises, on voit l'archange saint Michel, patron de la cité, terrassant le dragon ou s'appuyant sur un écu écartelé de Brabant-Limbourg. La monnaie de Malines porte deux écus au lion, heaumes et accolés. A Louvain, sur le dubbele lovenaar, saint Pierre figure à mi-corps, ayant devant lui un écu aux quatre lions.
A la même époque appartiennent les pièces frappées par ordre de Philippe de Clèves dans la petite ville de l'Écluse assiégée. Le florin d'or au saint Philippe n'est pdiS encore retrouvé; maison a deux monnaies d'argent, d'un dessin fin et original. L'une représente le lion flamand veillant aux portes du château de TÉcluse, l'autre donne le croquis de ce même château dans un encadrement multilobé. L'invocation AB* INIMICIS -MEIS- LIBERA- ME • DEYS- 1493 ressemble à un verset biblique.
En attendant, Maximilien continua de mettre son nom sur les coins des Pays-Bas, mais en s'appelant/?ére de Philippe le Beau: MAXIM' REX -ROMANORV- PATER. Puis, dès le 14 décembre 1489, rerais en possession de la maimbournie dans une partie des états de son fils, il ordonna l'émission de quelques monnaies nouvelles. Il y eut le magni-
LES PAYS-BAS ET LA BOURGOGKë ÎI7I
fique double florin d'or de Bourgogne (1490), œuvre de Jean de Nimègue, avec le buste du roi des Romains au-dessus de Técusson allemand (exemplaire unique); puis le florin d'or et le demi-florin au saint André (revers : écu à l'aigle surmonté d'une couronne), un florin d'or au Christ assis (Anvers, 1492) (fig. 1779), et une série complète de pièces
Fîg. 1779
d'argent à types héraldiques. Seul, le quadruple patard porte au droit le jeune Philippe le Beau debout, armé de Tépée, couronné, cuirassé et tenant devant lui un écu à neuf quartiers. Ce coin rivalise en beauté avec les réaux d!or de 1487.
§ V. — Majorité de Philippe le Beau (1494- 15 06).
A son avènement, Philippe le Beau se contente de substituer son nom à celui de son père, sans rien changer aux types existants. On ne connaît pas de pièce d'or de cette date. Mais bientôt (1495) le prince annonce qu'il fera forger une monnaie nouvelle, et le 10 avril 1496 paraît l'acte qui ordonne cette fabrication. Il crée :
10 Denier d'or fin, nommé toison d*or. Le type de cette belle et grande pièce est formé de deux lions debout soutenant le briquet de Bourgogne avec le bijou de la toison d'or.
20 Denier d*or, nommé florin phiîippus et portant l'effigie en pied de saint Philippe.
30 Pièce de six gros d'argent, appelée toison d'argent. Type : le bijou de la toison d'or.
40 Double patard ou pièce de quatre gros.
50 Patard ou double gros d'argent.
Le système monétaire inauguré par cette ordonnance s'est maintenu jusqu'à la mort de Philippe, mais les types furent modifiés encore une fois, en 1 504 :
10 Nouvelle toison d'or portant les armes du prince entourées du collier de la Toison d'or et soutenues par deux lions debout.
20 Nouveau florin phiîippus avec saint Philippe de face, à mi-corps, ayant devant hii l'écu couronné de Bourgogne- Autriche.
îîjl CLUATRlfeME PARTIE
30 Demi-florin d'or philippiis,
40 Nouvelle toison d'argent, aux armes entourées du cordon de Tordre» et une série de subdivisions, les unes à Técu couronné, les autres aux armes en plein champ.
Ateliers monétaires de la majorité de Philippe le Beau : Bruges pour la Flandre, Anvers et Maestricht pour le Brabant, Dordrecht pour la Hollande, Namur pour le comté de ce nom. Le 2} mars 1502, le duc décrète la réouverture de l'atelier de Luxembourg qui travaille jusqu'en
En dehors de ses monnayeries des Pays-Bas, Philippe le Beau créa un hôtel monétaire à Dôle pour la Franche-Comté. La marque particulière de cette officine était un petit sautoir, et ses pièces portent uniformément: MONETA • IN • COMITATV- BVRGVNDIE. Sous le rapport de la taille, les monnaies franc-comtoises se rapprochent des pièces françaises: la pièce d'or, par exemple, est une sorte d'écu; mais au point de vue du type, elles ont la plus grande ressemblance avec le double patard et ses dérivés appartenant aux Pays-Bas.
Un réal d'argent^ frappé à Anvers (i 505) porte Técu écartelé de Philippe et de sa femme Jeanne de Castille, avec la légende : PHS'ETlOHANA • DEI • GRA * REX • ET • REGINA.
Sous Philippe le Beau, les possessions bourguignonnes de Belgique avaient décru d'une province, la Gueldre, qui, dès 1492, s'était donnée à Charles d'Egmont. Toute sa vie, ce prince lutta héroïquement contre Philippe, Maximilien et Charles-Quint. On lui doit une série monétaire assez fournie, âts florins d'or au saint Jean et au saint Martin, des cavaliers d'or dont tant d'exemplaires circulent encore aujourd'hui, puis une suite très variée de monnaies d'argent. Ce fut lui qui introduisit en Gueldre l'usage des testons et des thalers.
§ VL — Minorité de Charles-Quint (1506-1313).
La mort de Philippe le Beau, à Bruges, laissait ses états aux mains d'un enfant mineur. Maximilien d'Autriche fut encore une fois chargé d'administrer le pays en qualité de tuteur.
Les monnaies de la minorité de Charles-Quint portent comme légende MONETA ARCHIDVCVM..., comme celles des premiers temps de la minorité de Philippe. On frappe des florins (fig. 1780) et demi-florins d'or au saint Philippe, des doubles patards et leurs divisions.
Les ateliers restent les mêmes, sauf Luxembourg qui est supprimé. Le