‹ Traité de numismatique du moyen âge (volume 2)Chapitre 38 sur 165 · LES ILES BRITANNIQ.UES II · texte numérisé non relu

LES ILES BRITANNIQ.UES II

Pour indiquer les esterlins qu'on donne aujourd'hui à Edouard III, il faudrait entrer dans des minuties qui ne conviennent pas au plan de cet ouvrage. Ceux de Tabbaye de Reading ont un pétoncle dans Tun des cantons de la croix. L'attribution des quarts d'esterlin est tout à fait arbitraire.

§ TV. — Richard II (13 77-1399).

Le poids du noble se maintient à 1 20 grains, et son type est identique à celui du règne précédent, sauf !'€ au centre de la croix, qu'on a remplacé par une R. Seule, la Tour de Londres frappe l'or, le gros, le demigros et les divisions de Testerlin ; Testerlin se fabrique aussi à York, et un peu à Durham, où les monétaires mettent une crosse abbatiale sur la poitrine du roi.

§ V. — Henri IV (1399-1413).

En 141 2, le poids du noble est réduit de 1 20 grains à 108, et au lieu de 45 nobles, la livre d'or en donne ^o. L'R du centre de la croix devient une h\ Même réduction du poids de l'argent; Yesterlin^ de 18 grains, fléchit à 15. Les pièces lourdes, au nom de Henri, lui appartiennent sûrement; pour les autres, il y a doute, et elles peuvent tout aussi bien être attribuées à son fils. Que les armes de France soient aux fleurs de lis sans nombre ou à trois lis seulement (innovation de Charles VI); qu'il y ait un trèfle dans le champ, avec ou sans la croisette percée en tête des légendes, ces différences ne sont pas assez importantes pour servir de guides infaillibles dans le classement. Sous Henri IV, York et Durham (DVNOLM. DVNVIC) ont continué à frapper des esterlins; le quart d'esterlin n'est connu que par un seul exemplaire.

§ VL — Henri V (1413-1422).

Sur ses monnaies anglaises, Henri V porte toujours le titre de roi de France, bien qu'il l'ait abandonné en [420, lors de son mariage avec Catherine de France, et échangé contre celui A'heres Franciae, Ses nobles d'or restent à 108 grains; on lui donne presque tous ceux sur lesquels l'écusson de France n'a que trois lis. Quant à ses monnaies d'argent, l'attribution est des plus difficiles. On classe à son règne les

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gros et demi-gros, frappés à Londres, qui portent une molette sur l'épaule gauche ou sur la poitrine du roi. Souvent, on voit une croisette percée au commencement de Tune ou Tautre légende. Des esterlins ont été frappés par Farchevêque d*York et le cardinal Thomas Langley, évèque de Durham.

§ VIL — Henri VI (1422-1461 et 1470-1471).

Sous le règne d'Henri VI, jusqu'à sa déposition en 1461, il n'y a aucun changement ni dans le type ni dans le poids des monnaies, de sorte que les difficultés d'attribution restent à peu près les mêmes. Il est cependant probable quelesnoWe^et leurs subdivisions, où l'annelet, la rosace, la pomme de pin, la croisette, le trèfle, etc., servent de signes de ponctuation, appartiennent réellement à ce roi. Parfois aussi, une fleur de lis y remplace la croisette en tête ou à la fin de la légende du revers.

Les mêmes observations s'appliquent à l'argent. Depuis l'an 1422, un atelier royal, établi à York, fonctionnait concurremment avec l'atelier de l'archevêque. Les évêques-monétaires de Durham, pendant cette époque, étaient Thomas Langley (1406-1437), Rob. Neville (1437-1457) et Laurence Booth (1457-1476).

Malgré sa courte durée (octobre 1470- avril 1471), la restauration de Henri VI nous a valu une série très intéressante et très riche de pièces d'or et d'argent. Nous verrons tout à l'heure que Y ange d'or, à 80 grains, et sa moitié, Y angelot, avaient été créés dans l'intervalle par Edouard IV. On en a frappé au nom de Henri, avec un lis dans le champ (fig. 1788),

Fig. 1788

et quelques rares exemplaires en subsistent. La lettre B, qui désigne l'atelier de Bristol, y est placée sous le navire, tandis que, sur l'argent, elle se voit sur la poitrine du roi. Mais le poids de la monnaie d'argent ayant été diminué par Edouard IV, il n'est plus possible de reconnaître, parmi les pièces classées à Henri VII, une pièce de

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Henri VI restauré. On a revendiqué pour lui quelques g^ro5 et demi-gros et même un esterlin. où Temblèmede Henri VII, un lis sur une rose, est absent, et où le mot REX est écrit BEX. L'esterlin d'York a pour différent une clef et la lettre G, initiale du nom de Tarchevêque George Neville. Quant aux fractions de Testerlin, tout essai d'attribution restera infructueux.

§ Vm. — Edouard IV (1461-1483).

Le règne de cet usurpateur marque dans la numismatique par plusieurs innovations heureuses. En 1465, le poids des nobles fut reporté de 108 grains à 120, leur type fut modifié, et en même temps on créa une espèce nouvelle, TAnge et l'Angelot d'or, à 80 et 40 grains.

Les nobles d'Edouard IV antérieurs à cette réforme sont très rares. On appela les nouveaux: « nobles à la rose » ou réaux (ryals), la rose blanche de la maison de Lancastre étant gravée sur les deux faces de la pièce, à l'avers sur le flanc du vaisseau, au revers dans un grand soleil qui broche sur la croix fleuronnée et fleurdelisée (fig. 1789). L'initiale du nom d'Edouard, un E, est inscrite sur le pavillon du navire; les différents monétaires, soleil et rose, étaient les emblèmes personnels du roi. Quant aux demis et quarts de nobles à la rose s le demi a le vaisseau et la légende : Fig. 1789

domine ne in furore iuo arguas me ; sur le

quart, on lit : exaliabitur in gloria, et le vaisseau est remplacé par un écusson.

L'ange d*or etïangelot ont pour types l'archange saint Michel debout, tuant le dragon, et, entouré du vers : per crucem tuam salva nos Christe redemptor, un navire, dont le mât se dissimule derrière une large croix et l'écu écartelé de France-Angleterre. Dans le champ, E et une rose. La légende de V angelot: O crux ave, spes unica est empruntée à une vieille hymne de l'Église; nous l'avons rencontrée (p. 10 17) sur le magdalon d'or de René d'Anjou.

On possède deux séries de monnaies d'argent de ce roi, l'une antérieure, l'autre postérieure à la réduction du poids ordonnée en 1464. Dans la seconde série, le gros, qui pesait 60 grains, n'en pèse plus que 48, et les 15 grains de l'esterlin sont réduits à 12. Sept ateliers étaient ouverts. Bristol, Coventr}% Norwich et York frappaient l'or concurremment avec

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la Tour de Londres; les monnaies de Canterbury portent la crosse et les armes de Tarchevêque Bourchier (i 454-1486); sur celles de Durham, les lettres B ou D s'appliquent aux évêques Booth (i457-i476)et Dudley (1476-1483).

§ IX. — Edouard V (avril à juin 1483).

Il existe un ange d'or unique et quelques gros, non moins rares, qui ont pour différent monétaire une tête de sanglier. Frappés à Londres, on les classe au règne éphémère du jeune Edouard V, placé sous le protectorat de son oncle, le duc de Gloucester (Richard III), qui avait une tête de sanglier dans son blason de famille. Un demi-ange d'or et d'autres gros^ au différent du soleil et de la rose, sont donnés au mènne roi, et pour le même motif, car sur les monnaies de Richard III, la rose et le soleil figurent plus fréquemment encore que la tète de sanglier. Quoique de simples présomptions, ces attributions ont leur degré de vraisemblance; elles s'appuient sur le témoignage d'un chroniqueur (Ross de Warwich), qui affirme l'existence de monnaies au nom d'Edouard V.

§ X. — Richard III (1483-1485).

Les seules monnaies d'or qu'on ait de lui sont Yange et Vangelot^ avec une R dans le champ (fîg. 1790). Ces pièces, forgées à Londres par Robert Brakenbury, ont presque toutes une tête de sanglier pour différent; elles comptent parmi les grandes raretés delà série anglaise. La

Fig. 1790

même marque, ou la rose et le soleil, apparaissent sur presque toutes les pièces d'argent. Ateliers provinciaux : York et Durham ; l'S sur l'esterlin de Durham est l'initiale du nom de Tévêque Sherwood, le Q au centre de la croix désigne l'atelier. On ne possède aucun quart d'esterlin de Richard 111.

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S XI. — Henri VII (1485-1509).

L'an 1489, le roi ordonne la frappe d'une monnaie d'or nouvelle, le souverain, au poids double de celui de l'ancien noble d'or, c'est-à-dire à 240 grains, et de proportions inusitées dans la numismatique du moyen âge. Seules, les pièces espagnoles atteignent et dépassent le même diamètre. La légende du revers reproduit celle du noble : lesus autem transiens, etc.; le type de l'avers ne se donne pas non plus pour une innovation, c'est la copie du florin d'Edouard III avec le roi assis de face, tenant le sceptre et le globe. Il en existe jusqu'à quatre variantes. Sur les deux premières, le champ est tantôt sans décor, tantôt entièrement quadrillé et fleurdelisé; sur les autres, il est semé de lis, et la différence se réduit à la forme du siège, surchargé d'ornements gothiques et placé sous un dais, ou décoré d'animaux fantastiques. Au revers, la double rose de Lancastre couvre tout le champ; elle porte l'écusson de France-Angleterre, couronné ou non. Les deux couronnes, celle du roi et celle de l'écusson, sont fermées. Les légendes, écrites en lettres gothiques sur les trois premières variantes, se rapprochent sensiblement de l'alphabet romain sur la quatrième.

Il n'existe qu'un seul exemplaire, un essai, du double souverairiy pesant 480 grains, et très peu du souverain simple.

A côté de ces pièces nouvelles, nous avons les anciennes. Le réaly ou noble à la rose, non moins rare, représente le roi dans un navire, mais le revers de la monnaie (écu aux trois lis, brochant sur une rose) fait déjà prévoir le type du souverain ; il pouvait donc passer pour un demi-souverain. L'ange porte tantôt la légende qui lui est propre : per crucem tuant, etc., tantôt il prend celle du noble : ihc autem. Sur Y angelot (^ o crux ave, etc.) la ponctuation est parfois figurée par des rosaces. Toutes ces pièces d'or sortent de l'atelier de Londres, mais nous ne pouvons entrer ici dans la question, très compliquée, des difl^érents monétaires.

Dans la série d'argent, Henri VII se distingue par l'introduction de la tête de profil. L'effigie du roi, de conventionnelle qu'elle était, devient un véritable portrait. Une pièce très rare, le shilling, valant 12 pennies ou esterlins, nous montre cette tête profilée à droite, coiff'ée de la couronne fermée, et cernée d'une légende où le nom propre est suivi du chifl're VII ou du mot SEPTIM(us). Au revers, une croix fourchée, coupant la devise posui deum adiutorem meum, broche sur Técu de France-Angleterre (fig. 1791). Deux fractions du

shilling : un gros et un demi-gros {tiers et sixième), ont le même type et les mêmes légendes, avec ou sans le numéro d'ordre du roi ; mais Yesterlin de cette série montre le roi assis et porte au revers, comme d'habitude, un nom d'atelier. Sur l'ancien gros au buste de face, la couronne royale est tantôt ouverte, tantôt fermée, et les collectionneurs, qui recherchent naturellement les deux types avec une même

ardeur, constatent la grande rareté de Yesterlin à la couronne fermée. Sigles monétaires: M pour l'archevêque Morton ( 1 487- 1500) de Canterbury, T pour l'archevêque d'York, Thomas Rotherham ( 1 480- 1 5 00 ) , DS pour l'évêque William Senhouse de Durham (i 502-1 507), DB probablement pour son successeur Christophe Bainbridge (1507-1509). L'attribution de la sigle BD est incertaine.

Fig. 1791

§ XII. — Henri VIII (1309-1547).

Sous le règne de Henri VI II, la monnaie d'or s'accroît encore de deux espèces nouvelles et subit, à partir de 1526, des diminutions de poids considérables. On peut la diviser en cinq groupes :

Double souverain à 480 grains (roi assis sur son trône, une herse à ses pieds. La famille Beaufort avait une herse dans ses armes). Deux exemplaires connus, l'un pesant 474, l'autre 788 grains. Ce sont des essais.

Souverain à 240 grains, peu commun.

Real ou noble à la rose, à 120 grains, pareil à celui d'Edouard IV (roi debout dans un navire; différent : herse couronnée). Exemplaire unique.

At^t d'or à la légende per crucem tuam, etc., de 80 grains, pareil à celui de Henri VII.

Angelot à 40 grains.

Double souverain à 480 grains ; la seule pièce connue pèse 470 grains.

Souverain à 240 grains, peu commun.

Ange à* or â 80 grains.

Georges-noble à 71 - grains. L'avers représente la nef des Anges d'or, mais â l'écusson

suspendu au mât on a substitué une rose, et les lettres du champ sont bK, initiales des noms d'Henri VIII et de sa première femme Catherine d'Aragon (1509-15 3 5). Au

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revers, saint Georges â cheval tue le dragon (fig. 1792). Légende: tali ikata signo mens fluctuare nequit, empruntée aux hymnes du poète chrétien Prudence et visant le signe de la croix.

Demi'Geoiges-noble à 30 ^ grains. Un seul exemplaire connu.

Couronne^ 57 "~ grains, créée en novembre 1526. Type: rose couronnée entre deux lettres variables, quelquefois couronnées aussi, soit bK (pour Henri et Catherine), bA (pour Anna Boleyn, 1532-1536), bl (pour Jeanne Seymour, 1536-1537), soit bR (Henricus rex). Légende: Henric. VIII , rutilans rosa sine spina. ¥^ Écu écartelé

Fig 1792

et couronné, entre les mêmes initiales. Le nom du roi est tantôt du côté de la rose, tantôt au revers, en tête de ses titres.

Demi-couronne, à 28 ^ grains. Ici, le nom de Henri ne se lit jamais du côté de la rose; son numéro d'ordre est parfois un 8 arabe (fig. 1793), et les lettres du champ ne sont pas couronnées.

Souverain, réduit à 200 grains, très rare. Au lieu de la herse, le roi a une rose à ses pieds, son numéro d'ordre est un 8 arabe, ses titres se complètent par HIBE(rniae) REX, et Técusson du revers est soutenu par un lion et un dragon. Le monogramme WS, qui se voit sur un des exemplaires du Musée britannique, indique que la pièce a été frappée à Bristol, par le maître de la Monnaie, William Sharington.

Ange d'or, également avec le titre de roi d'Irlande accordé par le Parlement en 1543.

Angebt.

Demi-angelot y à 20 grains, extrêmement rare.

IV et V. — 1544 et 1545.

5(n«/^flm à 192 grains, pareil à ceux du groupe précédent. L'émission de 1545 n'a plus de lettres gothiques.

Demi-souverain à 96 grains. Ceux qui représentent un adolescent, à la place d'un roi barbu, doivent avoir été frappés après l'avènement d'Edouard VI.

Couronne à 48 grains. Légende : HENRIC • 8 • ROSA (ou RVTILANS ROSA) SINE SPINA (plus souvent SPINE). Les lettres du champ sont une b et une R couronnées.

Demi-couronne à 24 grains.

Les monnaies de Henri VIII en argent pur sont des exceptions à [la règle, presque toutes étant en billon et d'un très bas titre. On y rencontre quelques nouveautés qui, seules, méritent l'attention, les affaiblisse-

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ments successifs du poids et du métal fin n'offrant pour nous qu'un intérêt secondaire.

Le shilling ou to/on, postérieur à 1 5 43, parce que le roi y porte toujours le titre de roi d'Irlande, représente le buste barbu et couronné, de face, drapé dans le manteau royal. C'est un portrait très fidèle. Au revers, une rose couronnée est entourée de deux R couronnées et de la légende posui deum, etc. Il existe des divisions {gros et demi-gros) au même type. Vers la fin du règne, le shilling est en billon et reçoit la légende CI VITAS LONDON (fig. ï794)> comme les esterlins de Londres et d'York (civitas

mm

Eboraci) ou les demi-gros de Bristol et de Canterbury (civitas Bristolie.

civitas Cantor.). Ces marques d'atelier toutes médiévales dureront

jusqu'au règne d'Elisabeth.

Sur un gros, également de la dernière période du monnayage de

Henri VI 11, on lit autour de la croix et de Técus-

son: REDDE CVIQVE QVOD SVVM EST. In

.^ demi-gros, encore unique, porte la même devise.

Fig. ,-^j Nous faisons reproduire un quart d^estérlin (far-

thing) au type de la herse et à la légende rutilans

rosa (fig. 1795); au revers, une rose occupe le centre de la croix. On en

connaît plusieurs variétés.

A côté de ces innovations, les anciennes espèces, consacrées par le temps, se maintiennent et ne se distinguent entre elles que par la détérioration graduelle du métal et la diminution du poids. De 48 grains, le gros tombe à 42 ' (buste jeune, de profil), puis à 40. Les deux premières émissions de Vesterlin ont pour type le roi assis sur un trône; sur la seconde, Henri VllI s'appelle lui-même, comme sur ses pièces d'or, rose sans épine: H • D • G • ROSA SINE SPINA.

Quant aux ateliers, nous avons vu que Bristol frappait aussi des monnaies d'or (vers i ^45) ; à Canterbury et à York (i 545), il y eut un atelier royal à côté de l'atelier des archevêques. A York, les lettres XB désignent Christophe Bainbridge (i $08-1 5), TW Thomas Wolsev (,1515-

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