Histoire monétaire de Jean le Bon. Paris, 1880, in
Comptes rendus de la
26 juillet 1356: un point placé sous le châtel, et un point de chaque côté du lis qui surmonte le châtel.
13 sept. I3S6: un point dans le champ, à g. du châtel (costé dexire de la tour).
Fig. 1484
Fig. 1485
23 nov. 1356: châtel surmonté d'une croix, entre deux tourelles fleurdelisées
Gros du Langttedoc frappé par h comte d'Armagnac, pseudo-châtel tournois, dont le centre est occupé par un lis couronné (fig. i486).
27 mars et 25 avril 1 360: un point dans les o de iohes et de francorvm.
1 5 avril 1361 : châtel couronné, à trois points intérieurs.
Le type, pieusement conservé depuis un siècle, reste encore immobile, mais déjà on cherche à le transformer. Sur la variété dite Poillevillain, du nom d'un des maîtres-généraux, la croix s'allonge et coupe la légende
Fig. i486
Fig 1487
interne. Un pté/ort remplace la bordure de fleurs de lis par une inscription, met au revers une croix ornée et la cantonne du nom du roi, disposé en quatre trèfles (fig. 1487).
Quant au demi-gros tournois, il est infiniment plus rare ; on n*a retrouvé que celui du i > avril 1 361, avec deux points dans l'intérieur du châtel. Sur la maille blanche du 14 mai 1351, le châtel est entouré du mot FRANCORVM et d'une bordure de onze lis (fig. 1488) ; ce fut la première modification de la pièce originale de saint Louis.
Nous arrivons aux monnaies d'argent de création nouvelle.
Le blanc à la couronne (du 31 octobre i3)4) porte à l'avers le mot
FRANC entre deux barres horizontales ; au-dessus et au dessous, le champ est occupé par une couronne entre deux lis (fig. 1489). La pièce n'eut
qu'une durée éphémère, de sept mois, et sa taille de 80 au marc s'éleva, ou plutôt s abaissa rapidement à 120. Voici ses points secrets :
24 janvier 135$ : le mot franc est précédé et suivi d'un point; la croix a un point au bout de chaque bras.
20 mars 1351: même ponctuation; de plus, à la bande supérieure, un point à droitede 1 a fleur de lis de droite, et à la bande inférieure un point à g. de la fleur de lis de gauche.
22 mai 1355 : quatre points dans le champ, près des lis accostant les couronnes.
Elle fut remplacée, le 11 juillet 1^55, par le gros blanc à la queue (fig. 1490), ayant cours pour 12 deniers parisis, et ainsi nommé parce qu'il porte au revers une croix à long pied (queue) qui coupe la légende intérieure. Sur la face on voit, dans sa bordure traditionnelle de douze lis.
Fig. 1490
Fig. 1491
le châtel tournois couronne et à trois portes, entouré des mots Turonus civis. Émis à 72 au marc, puis taillé à 100 et chargé de points secrets, le gros à la queue disparut devant le gros à la couronne (Hg. 1491) (mars 1 3Ç7), autre métamorphose du gros de saint Louis, et incontestablement plus jolie. Une grande couronne royale, ceinte des mots FRANCORV-REX. s'y substitue au châtel, et la croix du revers est cantonnée de deux lis. La nouvelle monnaie était de 70 au marc ; elle ne subit aucune dépréciation. Néanmoins, en janvier 1 ^58, pour des motifs que nous ignorons, le dauphin créa une monnaie plus forte encore, le gros denier blanc à la
Jleur de lis, de 60 au marc. Une fleur de lis comme celle du florin d'or, mais surmontée d'une couronnelle et ceinte d'une bordure gothique, en constitue le type (fig. 1492), très connu sous son nom populaire àt patte d'oie; la croix du revers est cantonnée de quatre lis. Mais les frais de la guerre contre les Anglais prirent alors des proportions telles qu'au 5 août suivant on le mit à 80 au marc [différent: un annelet de chaque côté de la fleur). En novembre 1359, il était à 120.
Fig- »495
Après ]e blanc denier à trois fleurs de lis (juin 13 59), qui n'eut qu'une existance assez courte (fig. 1493), un nouveau gros blanc à la couronne, de 53 13 au marc, et très dissemblabledupremier, parut le 22 août 1358. Au lieu de FRANCO sur une seule ligne, il portait FRANCO -RV-REX sur deux lignes, abritées sous une grande couronne (fig. 1 49 ), et sa croix, fleurdelisée, était celle du gros à la queue. En moins de six mois, la taille de cette pièce en était arrivée à 1 50 au marc ; des annelets ponctués, des points en forme de losange ou de triangle, guident le numismate à travers le dédale des émissions. Peu après, création du blanc à rétoile, avec
Fig. 149$
lOH'S-FRA'CO-REX (en trois lignes) dans le champ, et la légenae circulaire : MONETA : DVPLEX : ALBA. Au revers, deux étoiles dans les cantons de la croix (fig. 1495). Émise à 48 au marc (22 novembre 1 359), il fallut trois mois à cette belle monnaie pouraller à 60, 72, 80, 100 et 125 au marc, toujours avec les changements obligatoires des points en lo-
sange, etc. Le 50 août 1 ;6o, on essaya d'un nouveau gros denier blanc à la couronne, de 66 au marc. Celui-ci se reconnaît facilement au mot REX placé dans le champ sous la couronne royale (fig. 1490). Sur un autre.
Fig. 1496
frappé en octobre à Poitiers, par ordonnance du maréchal de Boucicaut, il ne reste plus que la couronne seule (fig. 1497). Nous avons même le demi-gros à ce coin. La série finit par un superbe gros aux fleurs de lis (5 décembre 1360), de 54 au marc (fig. 1498). Quelques jours après, Jean le Bon revint de sa captivité, et il ne fut plus question de monnaies nouvelles.
Les pièces de petit module eurent la même instabilité de types et de
Fig. 1498 Fig 1499
taille. En octobre 135^ le double tournois apparaît avec le mot REX sous une grande couronne (fig. 1499); deux ans après, la couronne est supprimée, et les lettres REX se trouvent entre six fleurs de lis, disposées sur deux rangs, les pieds tournés vers l'inscription (fig. 1 500). En janvier
Fig. isoo Fig. 1501
1 3 $8, l'avers de la monnaie ne porte plus qu'un grand lis, et son revers
une croix à long pied(fig. 1501), qui finit par loger quatre autres lis dans ses cantons.
Le denier tournois conserve son vieux châtel fortifié (fig. 1 502 et 1 503),
Fig. 1502
Fig. iio5
sans lequel il ne serait pas reçu dans les campagnes. La monnaie parisis aussi est d'abord frappée à l'ancien type, avec FRANCORV et FRA-NCO sur deux lignes; à partir de janvier 1359, '^ denier n'a plus que FRA (fig. 1 504). Les mailles tournois et parisis nous sont inconnues; on ne les trouve que dans l'ouvrage de Leblanc.
Fi4. 130-,
La dernière pièce que nous devons citer est le double bourgeois (fig.
1 505), courant pour 2 deniers tournois, et que le comte d'Armagnac fit
frapper pour les pays de la langue d oc. Son type est celui des bourgeois
forts de Philippe le Bel (1310); il compte parmi les raretés de la série
monétaire de Jean.
Les ateliers du règne de Jean sont, dans Tordre alphabétique : Agen, Angers, Bourges, Chalon-sur-Saône, Chaumont, Dijon, Figeac, Limoges, Loches, Mâcon, Montpellier, Paris, Poitiers, La Rochelle, Rouen, Saint- Laurent (près de Chalon), Saint-Lô, Saint-Pourçain (Allier), Saint- Quentin, Toulouse, Tournai, Tours, Troyes, Le Vigan (Gard), Mais plusieurs d'entre eux n'ont monnayé que temporairement.
§ X. — Charles V (1364-1380).
A côté des monnaies de Jean le Bon, la numismatique de Charles V est presque insignifiante ; mais la taille et le titre des pièces, à part quel-
972 QPATRIEME PARTIE
ques fluctuations passagères, se sont maintenus, sous ce règne, sur un pied excellent. Le royal (ou réal) d*or, pareil à celui de Jean, n'est encore connu que par son piéfort; mais lefranc-à-pied, appelé denier d*or aux fleurs de lis, parce que le dais gothique y est placé dans un champ semé de lis, se trouve en grand nombre. Ces deux pièces se ressemblent d'ailleurs, et si la croix du réal est cantonnée de quatre lis, les cantons à\x franc à pied ont deux lis et deux couronnes. Sur \q franc à chevaL également pareil à celui de Jean, de petits dauphins sont apposés au commencement des légendes, ce qui le fait rentrer dans la série delphinale. En argent fin, on n'a frappé qu'une seule espèce, le vieux gros tournois, avec son châtel surmonté d'une couronne. Le denier Manc aux fleurs de lis (fig. i $06), plus connu sous le nom de blanc de donne ', porte un K couronné et accosté de deux lis. Créé en i 36), en même temps que \e franc à pied, il ne disparaîtra qu'en 1 584. Quant à la monnaie d'appoint, elle ne sort pas de ses types usuels.
Depuis 1349, Charles V avait le titre de Dauphin de Viennois et les ateliers du Dauphiné frappaient monnaie à son nom. Bientôt, après la mort de Jean, Fig. ijoé \q monnayage delphinal prit une extension consi-
dérable et la variété de ses espèces fut même supérieure à celle des pièces françaises. Le florin d'or de gros poids, avec KA • FRANC • REX • DLPH • VI manque toujours à nos collections. Un franc à cheval, presque identique à celui que nous venons de citer dans la série royale, portait la légende : KAROLVS : FRANC : REX : DALPS:VIENN (Hoff'mann, n. 5). Lui aussi nous manque, avec le re'al d'or au type du roi assis entre deux dauphins.
Les pièces d'argent, la cadière et le carlin, reproduisent précisément ce type, qui est celui des monnaies locales du Viennois au temps de Guigues VIII et d'Humbert. Deux dauphins ornent le siège du prince assis de face et tenant le sceptre. Au revers de la cadière, copié sur le gros tournois, le titre DALPHS. VENENS forme la légende intérieure; sur le carlin, les mots K • DALPH • VIENES entourent Teffigie du roi, et les mots FRANCORVM REX sont coupés par la croix du revers, dont les cantons renferment quatre fleurs de lis. Une autre imitation du gros tournois est le gros delphinal, également à « deux rondeaux d'écriture >►, et où le châtel a cédé la place à un dauphin. Le dauphin est aussi le type principal de la monnaie d'appoint, excepté sur une pièce où les lettres KROL, dans le champ, sont accostées d'un dauphin et d'une couronne.
I. Fausse lecture de Delombardy. Voir F. de Saulcy, Documents, 1. 1, 480.
Bien des variétés décrites dans les manuscrits contemporains restent à retrouver.
A la liste des ateliers, il faut ajouter Condom et Saint-André-lès-Avignon (M67). La Monnaie de Tours fut réorganisée en \^6$. Plusieurs francs à pied, et aussi un denier blanc au K couronné, portent une lettre isolée, plus petite, L. P ou R ; ils doivent avoir été frappés à Limoges, à Poitiers et à La Rochelle (1 372), villes reconquises sur les Anglais. En 1363, Limoges était encore un des ateliers du Prince noir; Poitiers appartenait à Edouard 111 depuis le traité de Brétigny (1360) jusqu'en 1371. En eflFet, ces petites lettres sont caractéristiques des monnaies anglaises d'Aquitaine.
§ XL — Charles FI (1380-1422).
Pendant sa minorité, Charles VI était placé sous la tutelle de son oncle, le duc d'Anjou. Marié en 1 385 à Isabeau de Bavière, dont il eut douze enfants, il marchait contre le duc de Bretagne, lorsqu'il fut pris subitement d'un accès de folie (i 392). Les trente années qui suivirent cet accident comptent parmi les plus malheureuses de l'histoire de France, le roi ne recouvrant la raison qu'à de courts intervalles. Néanmoins, le règne de Charles VI fait époque dans la numismatique (Hoffmann, p. 47). Son écu d'or est devenu le type de la principale monnaie de l'État jusqu'à Louis XIV ; le gros tournois perd, dès cette époque, définitivement son châtel; la vieille légende benedictum sit, etc. s'efface devant une formule plus courte, sit nomen domini benedictum, qui ne sera abrogée que par la Révolution. Enfin, les points secrets des ateliers remontent à Charles VI, et la série des monnaies franco-italiennes commence avec lui.
Parmi les pièces dor, Vagnel seul conserve son type traditionnel. Vécu d'or, créé en 1384, est d'une belle simplicité (fig. ^'^' ''°^
1507); le heaume et son
demi, le petit heaumet (fig. 1508), sont absolument nouveaux dans la frappe royale; la chaise (fig. 1509) diffère beaucoup de celles de Philippe IV, Philippe VI et Jean le Bon. Appelée double d'or dans les textes, elle fut commandée par le Dauphin, en 1420, mais sa fabrication
dUATRlÉME PARTIE
ne dura que six mois, ce qui explique sa rareté. Quant au salut d'or (fig. 1510), qui représente la salutation angélique avec le mot AVE inscrit
Fig. i;o8
sur une banderole et, au revers, la croix « hospitalière )^ dans une bordure d'arcs de cercle, il a été copié par les rois franco-anglais. Si la demi-chaise n'existe qu'en un seul exemplaire, le demi-écu et le demisalut ne sont connus que par un manuscrit du xvi^ siècle.
Dans la série d'argent et de billon, il y a une jolie pièce nouvelle, le gros heaume (fig. i j 1 1), avec sa croix ornée de pommes de pin. Le gros
Fig. 1510
tournois, créé en 141 5, porte la légende grosus (sic) turonus autour de trois fleurs de lis sous une couronne; le^^em/'-gros porte SEMI: GROSSVS au revers. Ces fleurs de lis sont le type favori de l'époque ; nous les retrouvons sur lajlorette de 141 7 (fig. 1 5 1 2) et ailleurs, tantôt trois, tantôt deux ou une seule, avec ou sans la couronne. Un petit parisis a les lettres FRAN sous une couronne.
Charles VI était en même temps roi de France et Dauphin de Viennois. Ses monnaies delphinales sont d'une fatigante monotonie. En dehors de la cadière d'argent, où le prince est assis entre deux dauphins, tous les types. sont français, et la simple substitution d'un dauphin à un lis ou à l'une dës^ couronnelles de la croix suffit pour les rendre viennois. On a le guenar (fig. 1 5 1 3) et le gros blanc avec leurs demis, le liard à la croix longue, puis plusieurs autres espèces de valeur moindre.
Pour distinguer entre eux les produits des vingt ateliers monétaires du royaume, on se servait de points secrets ou, depuis 141 1, d'annelets
placés SOUS une lettre déterminée de la légende. Ce système avait pris naissance en Dauphiné ; voilà pourquoi les noms des trois officines del-
Fig. IÎ12 Fig. ISI3
phinales figurent en tête de la liste suivante, dressée d'après l'ordonnance du II septembre M89.
Lettre i Crémieux.
2 Romans K
3 Mirabeî-aux-Baronnies, transféré à Embrun (1406), puis à Montélimar
(1426). Tous les ans, pendant cinq semaines, un atelier temporaire fonctionnait à la foire de Briançon (1406-17).
4 Montpellier.
5 Toulouse.
6 Tours.
7 Angers.
8 Poitiers.
9 La Rochelle.
10 Limoges.
11 Saint'Pourçain.
12 Mdcon, transféré temporairement à Lyon (141 5).
13 Dijon.
14 Troyes 2.
15 Rouen.
16 Tournai (17e lettre, pendant quelques mois, en 1421).
17 Saint-Quentin (de 1 384-1465 avec une molette d'éperon),
18 Paru.
19 Saint-Lô.
20 Saint' André de Villeneuve les- Avignofi. Saiîtte-Menehould (i^^i): points remplacés par des croisettes. Marvejols (1418): î entre les deux premiers mots des légendes.
A côté des ateliers qui relevaient directement du roi ou de la régente Isabeau de Bavière (1417), ceux de Dijon, Mâcon, Châlons et Troyes
1. Variantes indiquées par R. Vallentin, Différents de la Monnaie de Romans, 1389- 1556 (Valence, 1894).
2. 1399 : un point entre v et i de vincit, un autre entre v et s de Karolus. — 14 11- 1413 : un point sous le c de gracia et sous Te de régnât.
monnayaient, au nom de Charles VI, par ordre du duc de Bourgogne, le roi d'Angleterre tenait la Normandie, et le Dauphin (Charles Vil), retiré à Bourges depuis 1418, avait, le 12 octobre 1419, des officines dans une vingtaine de villes. Nous n'en connaissons que très imparfaitement les différents monétaires :
Bourges.
C binon.
Figeac ou Foi iras.
Fontenay le-Comte (1420- 1430).
Guise.
Loches.
trèfle
Lyon.
coquille
Mont-Saint-Michel (?).
Montferrand.
Niort.
Orléans.
Parthenay.
Saumur (non pas Sens), 1420-29.
En 1 396, la République de Gênes, déchirée par les factions des Guelfes et des Gibelins, se mit sous le protectorat de la France et fut administrée par un délégué du roi, d'abord par Walerand de Luxembourg, comte de Ligny, plus tard par le maréchal de Boucicaut. Cela dura jusqu en 1409 et finit par le massacre de la garnison française. Les monnaies franco-génoises de Charles VI ont, toutes, les armes parlantes de la ville, une porte (tanua), entourée de la légende Conradus rex Romanorum en souvenir du roi Conrad qui avait accordé à la cité le droit de fabriquer elle-même son numéraire. On possède le ducat d'or (fig. 1514), le tiers de dujcat en deux variétés, le gros et la patacchina d'argent valant 6
•'g- MM
Fig- >S>>
deniers (fig. 151$), puis quelques deniers en billon. Parfois les armes de France y sont combinées avec celles de Gênes dans un même écusson. Le roi s'appelle: K- REX • FRANCOR- D(ominus) lANVAE. Les lettres monétaires qui se trouvent sur quelques-unes de ces pièces sont les initiales des noms des maîtres d'atelier. Une série analogue, moins Tor, a été frappée à Savone, qui appartenait alors à la République de Gènes.
Ce sont des billons à Taigle couronnée : patacchina, deniers et petits deniers (COMVNIS SAONE).
§ XII. — Henri V d'Angleterre (1415-1422).
Henri V, roi d'Angleterre depuis 141 5, fut appelé en France par son allié, le duc de Bourgogne, et gagna la bataille d'Azincourt (141 5). Quatre ans après, il avait fait la conquête de toute la Normandie. Par la paix de Troyes (1420], il devint régent et héritier de la couronne, au détriment du Dauphin, mais bientôt la mort le surprit au château de Vincennes (22 août 1422), deux mois avant la mort de Charles VI.
Sa numismatique se divise nettement en deux périodes, séparées par le traité de 1420 et son mariage avec Catherine, fille d'Isabeau de Bavière. Ses monnaies sont copiées sur les espèces françaises. Aussi bien sous Henri V que sous Henri VI, les types franco-anglais sont surtout héraldiques, et le gros tournois reste à Técart.
La première ordonnance monétaire du roi (15 septembre 1419) nous apprend qu'à cette date, desgros, frappés à son nom , étaient déjà en circulation. Elle décrète l'émission simultanée de petits moutons d or, de gros, dem is et quarts de gros, puis de doubles et den iers tournois. Quelques rares exemplaires du mouton sont venus jusqu'à nous ; ils portent les sigles HF-RX sous l'agneau pascal. Le g^'os, dit Jlorette, est pareil à celui de Charles VI (trois lis sous une couronne), le demi-gros et le quart (unique) ont reçu aux trois lis. Au revers de ces trois pièces d'argent fin, la croix est cantonnée du léopard anglais, de lis et de couronnelles, et une h gothique se voit au centre de la croix du quart de gros. Une variété du gros est celle, d'aspect plus anglais, où deux léopards soutiennent une couronne abritant les trois lis de France ifig. 15161.
Des billons de cette première période: doubles tournois [Ou 7nansois) à trois lis, deniers tournois à deux lis, n ont pas été retrouvés. Mais un denier ^'^- ^^^^
au léopard et aux légendes Henricus rex, Turonus civis appartient certainement à cette même série.
Sur les monnaies de la seconde période, Henri V prend le titre d'Héritier de France, hej^es Francie, tandis que ses pièces anglaises continuent à l'appeler roi de France. On en connaît quatre : le salut d'or, le III. 62
gros aux deux léopards soutenant la couronne, un autre g^ro5. où le léopard, entouré de lis, est surmonté d'une couronne, et un double tournois dont le type (léopard sôus un lis) exprime plus simplement la même idée. Le salut représente lëcu écartelé de France-Angleterre entre la Vierge et Tange Gabriel qui lui montre le mot AVE tracé sur une banderole et éclairé par le soleil. Au revers, dans une bordure fleuronnée, une croix à long pied est accostée d'un lis et d'un léopard, et, sous le pied de la croix, on distingue Vh minuscule qui est l'initiale du nom royal. Les monnaiesd argent de celte époque portent, sans exception, la même A au centre de la croix. Henri V ne monnayait qu'en Normandie : à Caen, à Rouen (marque secrète : annelet sous la première lettre) et à Saint-Lô (annelet sous la seconde lettre^
§ XIIL — Henri VI d'Angleterre (1422-1461).
A la mort de son père, Henri VI était âgé de quelques mois seulement ; proclamé roi de France après le décès de Charles VI, il fut placé sous la tutelle du duc de Bedford qui prit le titre de « Monseigneur le gouverneur et régent le royaume de France ». Le mariage d'Henri avec Marguerite d'Anjou, fille du comte René de Provence, eut lieu en 1445 ; mais à cette date, le prestige des armes anglaises avait déjà diminué considérablement. Paris appartenait aux Français depuis 1436, Rouen et la Normandie furent repris en 1448 et 1449, la Guienne en 1455.
Toutes les provinces au nord de la Loire, et même la Bourgogne, ont frappé monnaie sous la régence du duc de Bedford. La première pièce de billon ordonnée est le grand blanc aux écus (fig. 1 5 17) qui porte deux fois le mot HÊRICVS dans le champ : à l'avers au-dessus des écus juxtaposés de France et France-Angleterre, au revers sous une croix pareille
Fig. 1S17
Fig. iîi8
à celle du salut d'or. Le roi y est appelé Francorum ci Anglie rex. Le salut rf'or (fig. 1 518) fut maintenu avec celte modification que la bande-
rolc, portant le mot AVE, ne s'y développe plus en ligne horizontale, mais en ligne verticale.
On a ensuite le petit blanc aux écus accolés (fig. 1 5 19), où la croix du revers est flanquée, non plus d'un lis et d'un léopard, mais des lettres HR; le tresin (de 3 deniers), où les écus accolés sont coifles d'une couronne (légende: TVRONVS : TRIPLEX: FRANC); ie denier tournois (fig. 1^20) portant sur une même ligne la fleur de lis et le léopard
(TVRONVS FRANCIE); \2i maille tour noise (?[gA<^i\) au léopard sous une croix pattée et au lis sous une croix pattée (OBOLVS CIVIS)- On a aussi deux types différents du /7e^/Yj[?^r/5/5 (PARISIVS CIVIS) avec HÈRI sous une couronne.
La seule pièce vraiment nouvelle du règne est Y angelot d'or de 1427
Fig. x>ii
Fig. 1)22
(fig. 1522), bien que son revers ne soit qu'une simplification de ceux du salut et du grand blanc. Nous en connaissons une variante, un piéfort de bas argent, ayant servi d'essai, qui porte la croix habituelle des pièces dor françaises et la légende ^a/ptîx in virtute tua.
Voici la liste des ateliers d'Henri VI, avec leurs différents monétaires :
Amiens agneau pascal au pennon.
Arras. ....... losange.
Auxern fer de moulin.
CMlotis-sur-Martie . . croissant.
Dijon véronique (saint suaire).
Mdcon trèfle.
Le Mans racine (armes du duc de Bedford).
Nevers étoile.
980 dUATRIEME PARTIE
Paris couronnelle.
Saint'U fleur de lis.
Saint-Quentin molette d'éperon.
Rouen léopard.
Troyes rosette.
Les pièces frappées à Calais sont toutes au type anglais. Nous en possédons la série complète, argentetbillon: le^ro^ de4esteriins (fig. 1525), le demi-gros, le denier ou esteriin, la maille (\ '2 estedin) et le quart.
On y lit régulièrement VILLA CALISIE. Quant au noble d'or k la légende DNS • HIR • CA, son attribution à Calais est douteuse.
§ XIV. — Charles Fil (1422-146 1).
Exclu de la succession par le traité de Troyes (1420), Charies VII n'était obéi, à la mort de son père, que de l'autre côté de la Loire. Son royaume allait de la Touraine au Languedoc. Il soutenait mollement et sans succès la lutte contre les Anglais, lorsque la fortune lui revint avec les victoires de Jeanne d'Arc (1429); mais il fallut un quart de siècle pour reconquérir progressivement Paris (14^7), Rouen (1448), Bordeaux (14^1) et le duché de Guienne (1453). Calais seul dut rester entre les mains de l'ennemi.
Les monnaies d'or de Charles VII sont au nombre de quatre :
1 . Vagih'l. C'est le dernier qu'on ait frappé en France ; il se distingue difficilement de celui de Charles VI.
2. Vécu à la coutvtine, dont il existe plusieurs variétés. L'écusson est toujours accosté, soit de deux couronnellcs, soit de deux lis couronnés (janvier 143s anc. style- 141)), soit d'une couronnelle et d'un lis. Le second type porte, au commencement des légendes, tantôt une croisette, tantôt une couronnelle. Ordinairement, les cantons de la croix du revers renferment quatre couronnelles, mais sur les exemplaires frappés par ordre du duc de Bourgogne, deux d'entre elles sont remplacées par des briquets. Au revers du troisième type, il n'y a pas de bordure; une seule couronnelle occupe le centre de la croix, qui est cantonnée de quatre fleurs de lis attachées.
Sur le demi-écu, aucun symbole n'accoste l'écusson, et une simple croix, sans cantonnement, est inscrite dans un champ sans bordure.
3. Le royal à* or (1429-143 5). Type: le roi en grand costume, debout et de face, tenant le sceptre et la main de justice. Champ semé de fleurs de lis (fig. 1524).
4. Le franc-à-chevaî, dont on ne possède qu'un seul exemplaire. Cavalier galopant à gauche. Revers : croix cantonnée de deux k.
La chaise d'or, frappée à Tournai, de 1422 à 1433, n'est pas retrouvée.
Dans la série d'argent etde billon, les fleurs delis jouent un rôle prépondérant, mais quelques très belles pièces attirent le regard par Toriginalité du dessin ou leur intérêt historique. Ainsi le gros aux rondeaux (fig. 1525) et cet autre où Técu de France se détache sur un trèfle orné de trois couronnelles (fig. 15 26). Hoffmann a eu raison d'enlever une partie de ces gros à Charles VIII et de les restituer à Charles VII, car il en existe une variété dont les légendes commencent par des briquets, et sur beaucoup d'exemplaires, deux briquets se substituent à deux des couronnelles de l'avers. Ces monnaies (gros et demi-gros] ont été émises par le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, après sa réconciliation avec le roi.
La plaque de Tournai et la demi-plaque portent une croix coupant la légende et dont les cantons renferment les lettres FRAC, rappelant le FLÂD des gros flamands du même Philippe le Bon. Fabriquées de 1427 à i44i,ellesdevaientfaciliter les relations commerciales entre la Flandre
Fig. 1J26
Fig- »S27
et les provinces frontières. Lsi/lorctte [1426-143 1) est copiée sur celles de Charles VI et de la régence.
La jolie suite des grands blancs et petits blancs au K couronné entre deux lis (fig. 1 527) fut créée en 1432 et destinée à la solde des francs-archers ; de là, leur nom populaire de « gros des gens d'armes )>. Il y en a de deux sortes : les uns portent une croix non cantonnée, les autres, frappés à Bourges sous la maîtrise de Jacques Cœur (1455), ont dans leurs cantons les symboles accoutumés, dont le nombre variait selon la valeur de la pièce. Sur la monnaie tournois on lit invariablement :
TVRONVS FRACIE.
En dehors des ateliers dont nous avons donné la liste, les documents de répoque citent ceux de Mouzon (141 8-1450), du Puy-en-Velay (1420- 1423) et de Riom (1422-1425). Un des maîtres de la Monnaie d'Angers remplace temporairement la marque secrète, un point sous la septième lettre, par un cœur.
Charles VII était Dauphin de Viennois depuis la mort de son frère Jean (141 6). Ses monnaies delphinales postérieures à la mort de son père lui donnent les deux titres de Rex et de Dalphinus. Leurs types restent stationnaires : armes écartelées ou un dauphin seul, tantôt dans récusson à bordure gothique, tantôt dans le champ, et presque toujours accompagné d'un lis ou d'une petite couronne.
La République de Gènes s'étant de nouveau donnée à la France (1458), le roi, à la sollicitation du doge Pierre Fregoso, en confia le gouvernement à Jean, duc de Lorraine, qui fut expulsé trois ans après (1461). Le ducat d'or frappé pendant l'occupation française, de même que Xo^gros d'argent et les petits detiiers au type du portail génois et de la fleur de lis, ressemblent à ceux de Charles VI. Mais sur un ducat d'or de la colonie génoise de Chio, on voit le roi de France agenouillé et recevant des mains de saint Laurent une bannière. Les lettres CLI [Carolus liber ator] y sont gravées le long de la hampe.
Il n'existe pas de pièce de Savonc émise au nom de Charles VIL
§ XV. — Louis XI (1461-1483).
Dans une grande partie des provinces qui composent la France actuelle, le monnayage change de fond en comble sous le règne de Louis XL Après l'annexion du Dauphiné (1461^, la Normandie (1466) et la Guienne (1472) font retour à la couronne, et à la mort de Charles le Téméraire (1477), la Bourgogne, la Picardie et l'Artois sont incorporés à la France. Louis XI vise déjà à la simplification du système monétaire. Il n'a qu'une seule pièce d'or: Vécu à la couronne ou au soleil, csltV angelot, dont on ne possèdeplusquc lcrfem/(fig. 1 528), n'était
qu'une espèce de médaille commémorative de l'institution, faite au château d'Amboise, de l'Ordre de Saint-Michel (i août 1469). Sur Vécu et le demi-écu au soleil, les armes de France sont timbrées d'un petit soleil ; sur Vécu à la couronne, les mêmes armes sont accostées de deux fleurs de lis, et la croix du revers est cantonnée de quatre couronnelles.
Une belle pièce d'argent, aux trois lis sous la couronne royale, est appelée gros de roi. Dans le billon, F^g- jj^s
nous retrouvons la couronne et le
soleil comme signes distinctifs. On a aussi le grand blanc delphinal au soleil. La monnaie d'appoint reste fidèle à la tradition et le hardi de Guienne, au type du prince à mi-corps, devient une espèce française, probablement par nécessité, les paysans de la Guienne ne connaissant que les types anglais.
L'an 1467, le maître de l'atelier de Montpellier, Philippe de Vaulx, met sur ses coins une fleur de souci, son emblème personnel ; celui d'Angers remplace le point sous la septième lettre par un croissant. Leur exemple sera suivi par d'autres et bientôt deviendra la règle jusqu'à la fin du règne de François 1.
Beaucoup de monnaies de Louis XI — or, argent et billon — portent au centre de la croix la lettre p. Elles sont frappées à Perpignan '. L'an 1462, le roi acquit sous la réserve du rachat, de Jean 11 d'Aragon, le Roussillon et la Cerdagne. Dix ans après, Jean reprit Perpignan par la force des armes, mais dès 1476, le pays tout entier était reconquis par les Français et resta sous Tautorité du roi de France jusqu'en 1493. Les documents écrits nous apprennent que râtelier de Perpignan monnayait pour Louis XI depuis 1464. Nous avons son écu d'or, son gros d'argent, son blanc au soleil, le petit blanc, le hardi au dauphin et plusieurs autres espèces de valeur inférieure.
Jusqu'à la révolte de 1464, Gênes et Savone appartenaient à la France. On ne connaît pas
de pièce franco-génoise de cette époque; mais quelques rares monnaies de Savone, telles que \Qgros d'argent [ï\^. 1 529), le triple denier et le petit