DEPUIS LA RÉFORME DE SAINT LOUIS
Sources (Voir p. 371).
Lorsque Louis le Hutin rendit sa célèbre ordonnance de 1515, qui réglait le monnayage des feudataires français, les seules pièces autorisées furent le denier et lobole. La frappe de l'or et de la grosse monnaie d'argent resta le privilège exclusif de la couronne.
Les rois suivants, jaloux des droits qu'on avait laissés à leurs vassaux, firent tous leurs efforts pour les supprimer. Cela explique le très petit nombre des ateliers féodaux ouverts au delà du premier quart du xiv« siècle. La monnaie seigneuriale s'est éteinte avant de parvenir à la fabrication du gros et des pièces d'or.
Dans le Nord du royaume, quelques vassaux ont tourné la difficulté en créant des hôtels monétaires sur terre d'Empire. Ainsi les souverains de Flandre et les comtes de Saint-Pol, propriétaires du fief d'Élincourt. Mais l'exception n'est pas la règle. Nous n'aurons, en somme, à nous occuper dans ce chapitre que de trois duchés importants : la Bretagne, l'Aquitaine et la Bourgogne, assez forts pour braver l'autorité du roi.
Comme annexe à la paléographie monétaire dont nous avons exposé plus haut (p. 574-377) les transformations, nous donnons ici quelques spécimens de l'alphabet gothique des xiv*" et xv*" siècles:
Fig. 1558
LES FIEFS FRANÇAIS
§ I. — Comté d'Évreux.
Le comté d'Évreux appartenait aux rois de Navarre depuis 1 329. Trois monnaies seulement de Charles le Mauvais (1343-87) portent au revers le titre de COMES EBROICENSIS : un blancde billon à la croix cantonnée de couronnes (fig. 1 537) ou de fleurs de lis », un sol coronat et un denier coronat. Nous laissons à la Navarre (p. 1006) une série
d'autres pièces frappées à son nom ; mais le groupe principal des monnaies de Charles ne peut être sorti que de son atelier d'Évreux, installé probablement au château d'Évreux, qui s'appelait château de Navarre. Ce sont ses nombreuses imitations des espèces royales de France. Pendant la captivité de Jean, son beau-père, et les troubles de la régence, dont il fut un des fauteurs principaux, il ne se fit pas scrupule de copier la chaise d'or de Philippe VI, Vécu d'or de Philippe et Jean, le gros à la fleur de lis sans nombre, le compagnon (Caron, pi. 1, 20), le blanc à la molette, où la légende K'OL'S-NAV'RO-REX dans le champ se substitue à IOH*S-FRACO-REX, les blancs à la couronne, au lis couronné et aux trois fleurs de lis, le denier tournois de Charles V, les double tl denier par isis de Jean. 11 est certain que d'autres contrefaçons seront signalées tôt ou tard, car chaque année on en publie de nouvelles. On attribue à Philippe de Longueville un gros tournois à la queue qui porte la légende PHVS NAVARRE. Cette pièce, de mauvais billon, pourrait avoir été fabriquée par Philippe pendant la captivité de son frère Charles le Mauvais (1356-57). Elle est d'ailleurs d'une extrême rareté.