II
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482 TROISlillE PARTIE
S LXXXIV. — Archevêché de Reims^.
Les archevêques de Reims figurent au nombre des plus anciens feudataires jouissant en France du droit de battre monnaie. Nous avons, dans un précédent chapitre, p. 272, signalé des deniers frappés par l'archevêque Adalbéron (969-988) du vivant du roi Lothaire.
Le type de ces pièces est une tête de profil. Sur des monnaies analogues aux monnaies semi-royales d' Adalbéron de Laon et du roi Robert, nous trouvons, à Reims, une tête de face reproduite au droit et au revers. Les légendes sont + A(RCHIE)PICO REM et F(RANCO)RVM REX. Bien que ces deniers soient anonymes, on peut sans trop d'invraisemblance les rapporter à répiscopatd'Arnoul (982-991 et 996-1021).
On n'a pas encore retrouvé de monnaies de l'archevêque Ebles de Roucy (1021-1033), qui réunit le comté de Reims aux domaines de l'église, mais, à partir de son successeur, la numismatique archiépiscopale dispose d'une série rarement interrompue jusqu'au commencement du XIV* siècle.
* Gui I de Châtilion, 1033-10J5, * Gui II, cardinal Paré, 1205-1206. *GervaisdeChâteau-du-Loir, 105 5-1067. * Aubry Humbert de Hautvilliers, 1207-
* Manassès I de Gournay. 1069-1080. 1218.
*Renaud I du Bellay, 1085-1096. ^Guillaume II dejoinville, 1219-1226.
*Manassès II deChAtillon, 1096-1x06. * Henri II de Dreux, 1227-1240.
* Raoul le Verd, 1106-X124. Juhcl de Mathefélon, i24$-i25o. Renaud II de Martigné, 1128-1138. Thomas de Beaumetz, 1251-1263. *Sani$on de Mauvoisin, 1140-1161. Jean I de Courtenay, 1266-1270. •Henri I de France, 1162-1175. Pierre I Barbette, 1274-1298.
* Guillaume I aux Bbnches-Mains, 1176- ^Robert I de Courtenay, 1299-1324.
1202. Guillaume m de Trie, 1324-1334.
Pendant toute cette période le type des deniers et des oboles de Reims reste assez uniforme. U se compose toujours à l'avers du nom de l'archevêque régnant écrit soit en deux lignes, soit en monogramme. Manassès I seul conserve le monogramme de son prédécesseur et signe dans la légende circulaire. Au revers la croix pattée est cantonnée de lis, de globules ou de croissants ; sur une pièce de Manassès U, qui apparaît conmie une exception dans le monnayage rémois, le grénetis qui ceint la croix est remplacé par un quadrilobe.
, I. Maxe Werly, État actuel de la numism, rémoise, dans la Rev. belge de nutnism., 1889.
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Nous réunissons dans le tableau suivant les dispositif que revêtent sur les pièces les noms des divers archevêques (fig. 865 à 878).
Gui I Gttyai» Ifânaaièt H Renaad I
i^So i^tù
lUool Suuon Henri I G«ilUiuiM I . Gui I
KîâS 01
Albéric Henri U GnOlânme H Robert I
Fig. 8é$ à 878
Les légendes des deniers rémois sont très remarquables. Gui I signe ses monnaies tantôt du titre de pratsul, tantôt de celui d*archipraesuL Ses successeurs Gervais et Manassès I emploient aussi cette dénomination ; mais elle disparait après ce dernier archevêque. Au revers de ses pièces Gui I écrit VITA XPISTIANA. sorte d'adapution du Cbristiana religio qui eut tant de vogue sous les Carolingiens.
Les deniers de Gervais et de Raoul I portent REMENSIS NVMMVS. NV5R REHISIS, formule dont on chercherait en vain un autre exemple sur les monnaies françaises du moyen âge. Sous Manassès I reparait une inscription carolingienne: SCE MARI... SHENSIS. A panir de Samson de Mauvoisin, le nom de la cité rémobe, REMIS CIVITAS, forme Tinscription habituelle du côté de la croix.
Les droits monétaires des archevêques de Reims sont reconnus dans l'ordonnance de Louis le Hutin, en 13 15 : « Item la monnoic l'archevesque de Reins : les deniers doivent estre à iiij d. xij grains de loy, argent le koy, et de xvij s. viij d. de pois, au marc de Paris; et les maailks de la dicte monnoie doivent estre à iij d. xviij grains de loy, argent U Roy, et de XV s.vd. oboles doubles de pois au marc de Paris, et neporrafairequelax* partie de maailks doubles; et ainsi vauldront les deniers et les maailles dessus dictes, • autant plus ne mains comme les par[isi:(] petix, et les maailles par\isii\. »
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484 TROISlàBiE PARTIE
S LXXXV. — Comté de RetbclK
La numismatique primitive du comté dcRethel est encore peu connue. L'ordonnance de Louis le Hutin réglementant en 13 15 le monnayage des barons dit : « Item, la monnaie au conte de Rtthtl : les deniers doivent estreàiijd. xvj grains de loy, argent le Roy, etdexixs. vjd. de pois au marc de Paris; item, les maailles de la dicte monnaie doivent estre à iij d. de loy, argent le Roy, et de xvj s. ix d. maailles doubles de pois, au marc de Paris; et ne pourront faire que kx^ de maailles y c'est-à-dire ix. c. l. de deniers et c l. de maailles doubles; et ainssi vaudront les deniers et les maailles dessus dictes avalué l'un l'autre à peti:(^ tourn[oi7Î\ et a maailles toum[oises]y xx d. mains la livre que petix, tourn[oi:(\, c'est-à-dire que les xiij deniers de la monnaie dessus dicte ne vauldront que xij petix^ tournlpisl. »
Le comte Louis I (1290-1322) frappait ses monnaies au type que voici : + LVDOVICVS COMES. Croix cantonnée de croissants. K. RE- GITESTENSIS. Peigne champenois surmonté de trois râteaux. Les râteaux étaient les armes parlantes du comté de Rethel, qui portaient : de gueules à deux râteaux endentelés d'or.
S LXXXVI. — Évéchi de Beauvais\
Ce fat sous Hugues Capet (987-996) qu'au témoignage des monnaies,
les évêques de Beauvais inscrivirent leur nom sur le numéraire. L'évèque Hervé
1(986-998) fit au roi cette concession grande d'accoler le nom de Hugues au sien sur les deniers et les oboles qu'il forgea : + HVGO REX HERVEVS. Le type de ces pièces est la continuation du '^' '^ monogramme de Charles (fig. 879).
Un intéressant dépôt de monnaies beauvoisines exhumé en 1863 à Thérines (Oise) renfermait, en même temps que des deniers très mal frappés d'Hervé, des pièces des évêques Henri de France (1149- 1162) et Barthélémy de Montcornet (1162-1173). On ne trouva
1. V. Gaillard, Histoire polit, et numism. du comté de RUbû, dans la Rsv. heJge de numistn.y 185 1, p. 113 et suiv.
2. Voillemier» Essai sur tes monnaies de Beauvais, dans les Màm. de la Soc, Acad. de l'Oise, t. III, 1858.
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dans ce dépôt aucune monnaie d'évèque du xi* siècle et de la première moitié du xii*; ce fait et la dégénérescence excessive des pièces d'Hervé ont permis de supposer que longtemps après son épiscopat ses successeurs forgèrent à son type,, et que, pour Tatelier de Beauvais, Henri de France fut le premier qui changea» par l'inscription de son nom, les légendes des deniers.
Le type des pièces ne sort pas cependant de la tradition carolingienne. Â Beauvais, plus tard qu'ailleurs, le monogramme de Charles continua à former la marque officielle du signe d'échange; on le retrouve jusque sur les deniers de Philippe de Dreux (1175-1217), le dernier évêque dont le monnayage ait été constaté par des monuments authentiques.
 l'époque de cet évêque se rattache une sentence arbitrale rendue en 1208 par le bailli de Beauvais ; ce document donne des renseignements précieux pour l'histoire monétaire locale. Il nous apprend que la monnaie de Beauvais était la propriété du seigneur évêque, et /]u'elle ne se forgeait point ailleurs que dans le palais épiscopal ; que deux parties d'argent fin et trois parties de cuivre ou environ formaient le titre des espèces ; que sur chaque livre de pièces fi:appées, l'évêque prélevait quatre deniers à titre de seigneuriage. Nous y trouvons enfin cette remarque importante que les évêques n'ayant pas usé de leurs droits de fabrication autant que l'exigeaient les besoins de leur comté, la monnaie royale était reçue dans ce fief au même titre que la monnaie épiscopale.
S LXXXVn. — Comtés de Vermandois a de Valois^.
En 1077 Herbert IV comte de Vermandois (1045-1080) réunit à ses états le comté de Valois, du chef de sa femme. De leur union naquit une fille, Adélaïde, qui fut mariée à Hugues le Grand, fils d'Henri I roi de France. Ce Hugues devint la souche d'une nouvelle maison comtale :
Hugues, 1080-1 117. Raoul II, 1152-1167.
Raoul 1, 1117-1152. Isabelle et Philippe d'Alsace, 1167-1183.
Les premières monnaies des comtes de Vermandois et de Valois sont de grands deniers d'argent, contemporains d'Herbert IV, puisqu'on les a rencontrés dans les trouvailles avec les deniers amiénois aux légendes, PAX-ISIAMVNAI. Ces pièces, fi-apppées à Saint-Qiientin, ville
I . Desains, Notice sur la numismatique de la vitte de Saint-Quentin et du wmtiâe VernumdùiSf dans la Rev, numism,, 1837, p. 107 et suiv.
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486 TROISIÈME PAIOIE
principale du Vermandois, sont anonymes. Elles portent à l'avers une
figure informe assise sur un trône, sans légende, et au revers le mot MARTI R.
placé en une ligne dans le champ, accompagné en inscription circulaire de, + CORO-NATVS (fig. 880).
Hugues (1080-1117) mit le pre- "'* "^ mier son nom sur ses deniers, dont le
type est une sorte de portail. Les légendes donnent + HVGO COMES
h VERANVMIV... On n'a pas encore retrouvé de monnaies pour les
deux comtes du nom de Raoul qui se succédèrent après Hugues.
En 1167 Isabelle, sœur de Raoul H, lui succéda au Valois et au Vermandois, avec Philippe d'Alsace, comte de Flandre, son époux. Philippe, qui dans son comté patrimonial montra la plus grande attention aux affaires du monnayage, n'eut pas moins de trois ateliers dans ses nouvelles possessions : Crépy, Saint-Quentin et Péronne.
A Crépy, il charge de lafabricationdesJmi^j le financier Simon, que nous allons retrouver exploitant les hôtels monétaires d'Amiens et d'Ar-
Fif. 881 Fig. 882
ras. Voici le type de ces pièces : + PHILIPVS COMES. Dans le champ, CRE-SPI en deux lignes, t^. + SIMON FECIT. Croix pattée avec croissants et S dans les cantons (fig. 881). Les monnaies de Péronne, PE- RONIA, ont pour type une tourelle élevée sur une arcade garnie de créneaux (fig. 882). Le nom de Philippe y est écrit sans indication de son titre de comte. A Saint-Q.uentin, la tête de face du patron local entourée
desonnom,-h SCSQVINTINVS, occupe une
des faces des deniers et des oboks. Sur l'autre
nous trouvons le mot COMES sur une bande
transversale coupant tout le champ, et + PHI-
LIPVS en légende circulaire (fig. 883). C'est,
^»«- **J comme on voit, un retour vers l'empreinte
des plus anciennes monnaies vermandoises ; à Saint-Quentin, comme
ailleurs, on voit Philippe d'Alsace développer l'esprit municipal.
A la mort d'Isabelle de Vermandois, décédée sans enfants le 26 mars 1183, son époux voulut retenir sa dot en vertu d'une donation qu'elle lui en avait faite pour sa vie. Mais Éléonore, sœur d'Isabelle, réclama cette succession comme plus proche héritière ; trop faible pour soutenir
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ses prétentions, elle eut recours au roi de France Philippe-Auguste. A la suite d'une guerre malheureuse, le comte de Flandre se vit obligé de céder le Valois et le Vermandois à sa belle-sœur. On possède d'Éléonore de Vermandois (1183-1214) des deniers de billon servilement imités des deniers parisis de Philippe-Auguste. L'inscription du champ, destinée à simuler le FRA-NCO des pièces royales, est ALI-ENO.Les l^^endes circulaires sont COVIROMENDI et S. QVINTINVS. nom de l'atelier monétaire.
Éléonore de Vermandois eut quatre maris. Le troisième d'entre eux, Mathieu d'Alsace, frère du comte de Flandre, semble avoir du vivant de son frère, et à la suite d'une convention dont la portée ne nous est pas connue, exercé à Crépy en Valois le droit monétaire. C'est en eSet à lui et à nul autre que doit être attribué un denier dont voici le signalement: + MAD COMES FLANDRE. Dans le champ, CRE-SPI en deux lignes. 1^. + SIMON ME FECIT. Croix comme sur le denier battu à Crépi par Philippe d'Alsace'.
A la mort de Mathieu d'Alsace, Éléonore se maria en quatrièmes noces avec Mathieu de Beaumont. Ce seigneur frappa à Crépy, comme administrateur des biens de sa femme, des deniers où il prend le titre de MADEVS COMES. Le type de quelques-unes de ces j)ièces est le même que celui des deniers de Philippe et de Mathieu d'Alsace, mais le nom du monétaire Simon est remplacé par le nom de Crépy, CRISPETVM. Sur d'autres deniers, le mot crespi du champ est remplacé par les trois lettres AHO placées entre deux lis; nous voyons dans ces lettres une abréviation du nom d'Éléonore ou Aliénor de Vermandois. Après la mort de cette princesse (1214), le Valois et le Vermandois furent réunis à la couronne de France.
S LXXXVin. — Comté de Soissons^
La véritable puissance féodale des comtes de Soissons date du xi* siècle, époque à laquelle leur fief devint héréditaire dans la maison de Vcr-
1 . On ne s'explique pas biçn le titre de cornes Flandre écrit au nominatif sur ce denier; on s'attendrait bien plutôt, en effets à y Witcomitis Flandrie en sous-entendant frater. Peut-être sommes-nous en présence d'une de ces fautes de latin fréquentes dans les légendes monétaires. C'est ainsi que plus Urd un gros au cbdlel de Jean de Namur, fUs du comte de Flandre et gouverneur du comté, portera i. F. comes flandrie, alors que la légende habituelle et correcte est i:F:corr:FLANDRiB. -
2. If. Maxe Werly, Numismatique soissonnaise, dans la Rev, numismatique, 1884, p. 82 et suiv. — Voillemier, Essai pour servir à Vhistoire des monnaies de la viUe de Soissons et de ses comtes, dans les A£&n. de la Soc. des antiquaires de Picardie, 1863, p. 119 et suiv.
mandois. « Ce fut alors, sans doute, que les comtes devenus presque indépendants prétendirent s'attribuer tous'les droits de la souveraineté en exerçant le plus envié de tous, celui de battre monnaie.
Guillaume Buse, 1058-XO99. *Jean IV, 1284-1289.
Jean I, 1099-1x18. •Jean V, 1 289-1297.
Renaud II, 1118-1146. Hugues, 1297- 1306.
•Yves de Nesle, 1x64. •Jean de aermont et Jeanne, tuteurs,
• Conon ou Canon, x X78-X 180. 1307-. ...
•Raoul, X180-X237. Marguerite et Jean de Hainaut, X306-
•Jean II, 1237-X270. 1344.
•Jean III, 1 270- x 284.
Aussi longtemps que les comtes de Soissons furent en possession du droit de battre monnaie, le type uniformément employé sur leurs espèces fut le temple, rappelant dans sa donnée générale le temple carolingien. Le plus ancien comte dont la monnaie ait été retrouvée est Yves de Nesle, qui s'intitule + IVO : COMES — + SVESSIONIS.
Yves associa d'abord à son pouvoir Canon, qui devait lui succéder. Ce Canon avait épousé Agathe de Pierrefonds et, probablement lorsqu'il n'était encore à Soissons que comte associé, il émit à Pierrefonds des deniers au type soissonnais sur lesquels il inscrit : + MON€TA CAHOn — + DE PI€R€FONT. Après son avènement au comté, le monnayage au nom de Pierrefonds fut sans doute arrêté, Canon disposant de l'hôtel de Soissons, où il battit des deniers portant + CANON COM ES — h SVES- SIONIS.
n est impossible de répartir les monnaies soissonnaises au nom de
Jean entre les divers comtes homonymes qui se succédèrent au xiii* siècle. Nous sommes tentés d'admettre que tous monnayèrent au même coin (fig. 884).
La monnaie de Jean de Clermont, '*** époux de Jeanne, veuve de Hugues, et
tuteur de la fille posthume de ce dernier, Marguerite, se distingue nettement de toutes les* autres. On y lit en effet lObS D€ CLAROMONTE, ce qui ne laisse aucun doute sur son origine.
On ignore la date précise à laquelle cessa le monnayage des comtes de Soissons, encore mentionné dans l'ordonnance royale de 13 15. Voici ce qu'en dit ce célèbre document: « Item, la ntannoie au conte de Soissons, qu'on appelle noires, doivent estre ,à iij d. xij grains de loy, argent le Roy, et de xxiiij s. de pois, au marc de Paris, et vauldront les deniers dessus di^i, avalua^ à parisis peti^ et à-maailles parisis, les xx noires xij parisis petix^.j»
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S LXXXK: — Abbaye de Smt-Midard.
Louis le Débonnaire accorda vers 826 à Tabbaye de Saint-Médard de Soissons le droit de frapper de la monnaie royale^ sous la condition que les émoluments seraient consacrés au service qui se faisait en Thonneur. de saint Sébastien. Ce privilège fut confirmé par Charles le Chauve, et sans doute aussi par Carloman.
Jusqu'au règne de Robert, les abbés de Saint-Médard, qui depuis Lothaire dessinaient un temple sur les deniers et les oboles dont la fabrication leur était confiée, inscrivirent le nom du roi de France ; mais après ce roi, les légendes deviennent illisibles et tiennent bientôt de la fantaisie. Comment, en effet, chercher un sens raisonnable, une explication sérieuse à des assemblages de lettres aussi incohérents que ceux-ci :
VHSVTHNV 3DI3DFH3Pi30
VHRVTHNV I3PD33D-3333D33
Le temple dégénère à mesure que l'altération se produit. Lorsqu'à la fin du XI* siècle les monnayeurs abbatiaux veulent sortir de la routine, l'empreinte primitive des deniers leur est tellement sortie de la mémoire, qu'à leurs yeux ce qui reste du temple leur parait un étendard mal dessiné. Nous les voyons aussitôt rectifier le coin, et cet emblème, désormais destiné à marquer les pièces, abbatiales, s'étale sur le champ des espèces. Les légendes deviennent, + SANCTVS — + ME + DA + RD- VS.
Cette transformation graduelle du temple carolingien a été parfaitement démontrée par M. Maxe Werly. Elle n'est d'ailleurs pas plus extraordinaire que les modifications subies par les monnaies de Valenciennes jusqu'au moment où fut constitué le monogramme de Hainaut.
Aux deniers dont nous venons de parler en succèdent d'autres sur lesquels se montre au droit une tête nimbée, de profil à droite : CAPVT SCI MEDARDI. Sur l'autre face l'étendard est conservé; les monnayeurs en ont fait définitivement le SIG- NVM SEBSTN. la marque caractéristique de Saint-Sébastien (fig. 885).
Le monnayage de l'abbaye de Saint-Médard semble avoir été absorbé par celui des comtes de Soissons:
il cesse en effet à peu près à l'époque ^*»' "$
où ce dernier se développe entièrement, dans la seconde moitié du
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TROISlàME PARTIE
XII* siècle. Les pièces abbatiales les plus récentes connues jusqu'à ce jour sont des deniers portant soit une main tenant Tétendard, soit deux étendards adossés à une crosse. Le revers porte la croix habituelle des pièces de Tépoque, cantonnée soit d'annelets et de croissants, soit de deux croissants. Les légendes sont : SO SEBASTIAN' — SCS MEDARDYS.
$XC. — Évichi de LaanK
Les monnaies épiscopales de Laon portèrent en règle générale sur Tune de leurs £ices le buste et le nom de Tévéque» sur Tautre le buste et le nom du roi de France contemporain. C'est sous Tépiscopat d'Âdalbéron que ce type semble avoir pris naissance ; on le retrouve, avec les modifications que comporte le style de l'époque, sous Gazon II de Champagne. Nous donnons ici la liste des évéques qui occupèrent le siège de Laon entre ces deux époques extrêmes :
• Adalbéron, 977-1030.
Gébuin, ....-1049.
Léothéric, 1049-1052.
Élinand II, 1052-1098.
Enguerrand II de Coucy, 1098-1104.
Gaudry, 1106-1112.
Hugues I, 11x2-1x13.
Barthélémy de Vir, 1113-1151.
Gautier I de Saint-Maurice, 1151-1155.
* Gautier II de Mortagne, 1 1 5 5-1 1 74. ^ Roger I de Rozoy, 1174-1201.
Renaud I de Surdelle, 1201-T210.
Robert I deChdtillon, 1210-1215.
Anselme de Mauny, 121 5-1 238.
Gamier, 123 8- 1249.
Itier de Mauny, 1 249-1 261.
Guillaume I de Moustiers, 1 261-1270.
Geof&oi I de Beaumont, 1 271- 1279.
Guillaume II de Châtillon, 1279-1285.
Robert II de Thourotte, 1286- 1297.
Gazon I de Savigny, 1297-1307.
* Gazon II de Champagne, 13 10-13 17?
Les deniers de grand module frappés aux noms de Tévéque Âdalbéron et du roi Robert sont presque toujours si mal frappés que les légendes sont illisibles ; la plupart des exemplaires répandus aujourd'hui dans les collections sont des produits évidents d'une fabrication immobilisée. Sous le roi Louis V, l'évèque qui omet son nom et le remplace par LAYDYNENSIS renouvelle les coins. A Laon a dû se produire le même fait qu'à Beauvais, c'est-à-dire que les coins gravés au début de la dynastie capétienne ont continué à empreindre les flans monétaires jusqu'au milieu ou à la fin du xii* siècle.
Nous avons du reste une preuve de cette hypothèse dans le fait qu'en 1158 l'évèque Gautier de Mortagne se fit renouveler par le roi Louis VII le droit de battre monnaie. Les pièces frappées en vertu de
), Des^ns, Rechercha sur Us mçnnmef de lM<m. Saint-Quentin, 1838, in-4.
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ce nouveau privilège diffèrent sensiblement des autres par le*module> la fabrique et TafFaissement notable du poids.
Bf. 886 ' Fig. 887
Le nom de Gautier parait sur les deniers et les oboles, associé à celui du roi Louis VII (fig. 886); celui de son successeur, Roger de Rozoy, est accompagné d'abord du nom de Louis VII> puis de celui de Philippe-Auguste (fig. 887).
Il y a une nouvelle lacune dans le- monnayage laonnais pour toute la durée du xiii* siècle. La dernière pièce connue, et encore ne Test-elle que par un ancien dessin, porte associés les noms de Gazon II et de Louis X. C'est de cette pièce qu'il est question, en 13 15, dans la fameuse ordonnance sur la monnaie des barons : Item, la monnaie de Vevesque de Laon que l'on appelle maailUs lovtsiennes doivent estre à iij d. xviij grains de loy, argent le Roy, et de xv s. maailUs doubles de pois, au marc de Paris. »
S XQ. — Seigneurie de Coucy,
Une charte de Raoul I, sire de Coucy, datée de 1187, prouve que les sires de Coucy avaient une monnaie particulière circulant dans leurs terres : denarium monetae terrae meae. Ce denier, dont on a retrouvé un exemplaire, porte à l'avers une sorte de châtel avec clocher et trois arcades cintrées. Les légendes sont, + RADVLFVS — + CO- CIACVS.
On n'a pas encore de monnaies du fils et successeur de Raoul I, Enguerrand III le ^^' ***
Grand (1191-1242), mais on attribue à Raoul II (1242-1250) des deniers d'aspect plus moderne que ceux de son aïeul, au droit desquels se montre une forteresse vue de profil (fig. 888).
§ XCn. — Évichi de Noyon.
La plus ancienne monnaie des évoques de Noyon connue aujourd'hui est un denier de Ratbode II (1068-1098), découvert en compagnie de
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pièces d'Âdalbéron de Laon, et de deniers amiénois à la légende centrale
PAX. Voici le type de cette pièce : ADB... Dans le champ, EPS. ^.
NOVIOM VS. Croix aux bras horizontaux de laquelle pendent deux oméga. On n'a pas retrouvé de monnaies des évéques de Noyon pour la plus grande panie du xii^ siècle. Le même fait d'immobilisation, que nous avons constaté à Beauvais et à Laon, s'est peut-être produit à Noyon, l'activité monétaire de cette ville ayant toujours été très restreinte. Le monnayage reparaît avec Renaud (1175-1188) et Etienne (1188- 1221), qui marquent l'un et l'autre leurs deniers soit d'une main bénissant, soit d'une croix haussée sur une étoile et accostée de deux crosses (fig. 889).
Suivant une ingénieuse observation de M. Caron, la double crosse, allusion évidente à l'union séculaire sous un même Fig. 889 prélat, des évêchés de Noyon et de Tour-
nai, n'avait plus, à la fin du xii* siècle, de raison d'être. On peut supposer que ce type n'est qu'une continuation d'un type existant avant Renaud sur des monnaies encore à retrouver.
Voici quels furent les évêques de Noyon depuis Ratbode II jusqu'à Renaud :
Baudry, 1098-11x3. Baudouin II de Boulogne, 1 148-1 167.
Lambert/ 1 1 14-1 1 22. Baudouin III de Beuseberg, 1 167-1 174.
Simon I de Vermandois, 1 123-1 148.
S XCm. — Évichi d'Amiens.
Pendant la période féodale, l'histoire monétaire d'Amiens est des plus embrouillées ^ Trois pouvoirs, l'évêque, le comte et la commune, jouissent à la fois des prérogatives du monnayage. On a pu remarquer dès le règne de Charlemagne une dualité dans le monnayage amiénois : il y a des deniers portant AMBIAN. d'autres SCI FIRMINI. Nous croyons devoir admettre que dès l'origine de la féodalité, l'évêque s'empara de l'un des ateliers carolingiens, tandis que le comte s'adjugea l'autre.
La série des évêques d'Amiens est encore bien pauvre. On ne connaît qu'un denier au nom de Foulques II (1036-1038), + FVLCO EPIS- COP, et au type du temple très déformé.
I . R. Serrure, Quelques mots sur Vhistoire monétaire d'Amiens pendant la période féodale, dans le Bull, de numism., t. II, 1882-83, p. 38.
LES FIEFS FRAKÇAIS 493
S XCIV. — ComU d'Amiens.
De . toute la série des comtes antérieurs au xii* siècle, un seul, Gautier II (986-1027)9 nous a laissé une monnaie, un denier à Tempreinte du temple. Les légendes donnent en même temps que le nom du comte VVALTERIVS C, l'indication de la ville, + AMBANIS CVIAS (fig. 890).
En iiSS» Philippe d'Alsace, comte de Flandre, contracta mariage avec Isabelle, sœur et héritière de Raoul le Lépreux, comte de Vermandois et d'Amiens. Cette ville fut momentanément réunie au comté de Flandre. Philippe d'Alsace afferma la fabrica- (i tion de son numéraire à un financier \ nommé Simon, et aussitôt nous voyons les forges amiénoises produire de beaux Fig. 890
deniers, d'une exécution très soignée. Au droit, la légende PHILIPPVS COMES entoure sur les plus anciens le type FAX immobilisé. Sur des pièces d'une fabrication plus récente, la même inscription encadre un A accosté de deux fleurs de lis. Au revers, une croix cantonnée de deux S et de deux globules est ceinte du nom du monétaire, SIMON FECIT.
A une époque qu'il sera toujours difficile de déterminer, Philippe d'Alsace, préoccupé par l'idée d'une fusion complète de l'Amiénois et de la Flandre, y introduisit le système monétaire de ce dernier pays. On ne frappa plus de grands deniers de métal allié, mais de petites pièces ou mailles d'argent fin offrant le nom du comte, et, dans le champ, les lettres AMB (Ambiani), disposées en triangle autour d'une étoile. Au revers, autour de la croix, figure une légende au sujet de laquelle on n'est pas encore fixé, LIPLLOA.
Après la mort d'Isabelle de Vermandois, décédée le 26 mars 1182, le comte de Flandre voulut retenir son héritage, qui à défaut d'hoirs devait faire retour à la couronne. Le roi Philippe-Auguste réclama l'Amiénois les armes à la main et le réunit au royaume (i 186).
S XCV. — Commune d'Amiens.
Dès le XI* siècle, il existait à Amiens un pouvoir municipal dont l'action était distincte de toute autre autorité. Cette espèce de commune, smon de droit, du moins de fidt, avait ses primores urbis, ses viri,
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authentici babenUs in pkbe et in cUro pondus testimonii. Cest à cette commune primitive que MM. Mallet et Rigollot' attribuent des deniers porunt la légende + ISIAMVNAI. + JSIAMVNTAI. aussi bien du côté de la croix qu'autour du type PAX qui constitue le droit de la pièce. Découvertes en compagnie de deniers du xi* siècle, ces monnaies sont contemporaines de la réforme faite à' Corbie par Tabbé Evrard, lequel, en 1085, ordonna à ses monnayeurs de tailler les deniers du monastère sut le pied du numéraire amiénois. La légende ISI A MVNAI a été interprétée par M. RigoUot d'une manière aussi ingénieuse que naturelle; il y a vu les mots : ici a monnaie, ceci est la monnaie, en langue vulgaire. Les premières monnaies municipales d'Amiens sont souvent d'une barbarie de style, d'une négligence de frappe incroyables. Il y a bien lieu de leur appliquer un passage de Guibert de Nogent. Parlant des espèces dé mauvais aloi que Tévéque de Laon Élisait frapper, Guibert dit que ce prélat essaya d'introduire dans ses terres : ambianenses obolos, corruptissimum etiam quiddam.
En U13, les Amiénois entreprirent d'étendre leurs privilèges et de faire passer dans le droit ce qui existait déjà en fait. Soutenus par le roi dé France Louis le Gros, ainsi que par Tévêque GeofFroi, leur révolution
communale fut bientôt accomplie et la ^ « pax » amiénoise proclamée. Avec S M. Caron, nous reporterons à cette épo- 7 que les premiers deniers sur lesquels les légendes PAX — CIVIBVS TVIS — AM- "^ •»' BIANIS remplacent le PAX— ISIAMVNAI
primitif. Comme le dit fort bien M. Rigollot, ce changement de légendes indique une véritable consécration du droit de battre monnaie (fig. 891). Sous Philippe d'Alsace, la commune d'Amiens continua à exercer les droits monétaires; mais elle battit des mailles du système flamand, Cts pièces portent AMB en plein champ, comme les monnaies comtales. Quant aux légendes circulaires, MONETA — CIVIVM, elles ne laissent pas de doute sur l'origine du numéraire. Nous nous trouvons en présence de l'exemple le plus caractéristique du monnayage communal dans le nord de la France^.
1. Notiu sur unedicouverU de monnaies picardes, Amiens, 1841, in-8.
2. Rigollot, Mim, sur une tnonnaie du xii« siècle frappée par l'autorité municipale d^ Amiens, dans les Af^. de la Soc. des antiq. de Picardie, t. V, 1842, p. 335' — Caron, Monnaies communales d'Amiens, dans V Annuaire de la Soc, franc, de numism,, t. II, 1867, p. 179.
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S XCVI. — Abbaye de Corbie.
Un atelier se trouvait établi dans le monastère de Saint-Pierre de G^rbie dès Tépoque mérovingienne. Nous avons vu (p. 272) que dès le temps d'Eudes les abbés s'affranchirent de l'autorité royale. Nous devons passer au milieu du xi* siècle pour retrouver la trace du monnayage de Corbie. L'abbé Foulques (1048-1095) inscrivit son nom sur des deniers empreints d'une crosse accostée de deux croisettes. Le revers porte une clef, la clef de saint Pierre, et la légende CENOB* CORBEIE.
Au gouvernement d'Evrard (1095) se rattache un curieux' règlement monétaire édicté par l'abbé d'accord avec ses monnayeurs Lambert et Héron. Il y est dit notamment que les deniers ti les oboles de G^rbie seront forgés selon le poids et l'aloi des monnaies d'Amiens. Les pièces d'Evrard ont au droit la crosse accostée d'un alpha et d'un oméga; au revers, une croix pattée. Ce type fut conservé par les successeurs d'Evrard.
Pendant la première moitié du xii* siècle le nom de l'abbaye est remplacé par celui de Saint Anschaire : ANSCHERYS, moine de Corbie qui fonda l'église de Hambourg et catéchisa les Germains. Ce nom s'immobilisa sur les coins et les monnayeurs ignorants et routiniers lui firent subir, les transformations les plus bizarres, AN- S€B€IRV. ANSCIddVS, ANCICIVS etc. Rj. 891
Au revers l'inscription ABBAS CORBEIE est tout aussi torturée (fig. 892). Ces monnaies au nom d'Ansdhaire, longtemps d'une grande rareté, sont répandues en nombre «considérable dans les collections depuis la trouvaille d'Albert où elles étaient mêlées à des deniers de la commune d'Amiens.
Voici la liste des abbés de Corbie pendant le xi* et le xii* siècle. Les noms de ceux dont il existe des pièces signées sont précédés d'un astérisque :
Herbert, ici 5. ^Jeanl de Bazancourt, 11 58.
Richard, 1016. . Hugues I, 1172.
•Foulques I, 1048. •Josson, 1185.
•Evrard, 1095. Nicolas III, 1187.
KicolasI, X096. Gérard, 1193.
Robert, X123. Jean II de Baslin, 1196.
Nicolas II, 1142. Foulques II, 1198.
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En 1185, Philippe-Auguste s'immisça dans le monnayage de Corbie, ordonnant à l'abbé de recevoir dans ses terres les espèces royales et lui promettant à son tour de ne pas mettre d'obstacle à la libre circulation du numéraire abbatial. L'émission des pièces autonomes continua sans doute jusque vers le milieu du xiii* siècle, pour céder enfin devant la politique centralisatrice des rois de France.
S XCVn. — Seigneurie d'Ancre.
Vers 1115, Charles de Danemark, fils du roi Canut et d'Adèle de Flandre, reçut de son cousin germain, Baudoin comte de Flandre, la terre d'Ancre en Picardie.
Charles ouvrit dans le château d'Ancre
un atelier monétaire où furent frappés
des deniers portant au droit, + MO-
NETA CA et dans le champ RO-LI en
deux lignes; au revers, la légende
+ INCRENSIS autour d'une croix
^"«••^^ • pattée(fig, 879).
La seigneurie d'Ancre changea de nom après la mort violente du
maréchal d'Ancre, et prit le nom d'Albert, en l'honneur d'Albert de
Luynes, le nouveau favori de Louis Xm.
S XCVm. — Baronnie de Picquigny.
D'après une charte de Garnier de Borrenc, abbé de Corbie en 1300, les barons de Picquigny, vassaux de l'église d'Amiens, avaient le droit de faire monnaie propre. Les monnaies de Picquigny n'ont pas encore été retrouvées.
S XCK. — Comté de PonthieuK
La numismatique de Ponthieu commence sous Gui I (105 3-1 100) par l'émission de deniers très barbares frappés à Abbeville, la seule ville de leurs états où les comtes aient ouvert une monnayerie. Le type de
I. Deschamps de Pas, Essai historique sur Us monnaies des comtes de Ponthieu, dans les Mhn. de la Soc, des Antiq, de Picardie, t. XIII, 1854.
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ces pièces, vague souvenir de certaines monnaies du roi Eudes, est formé d'une croisette entourée de deux croissants et des lettres OTO deux fois répétées (fig. 880). Parfois les légendes VVIDO COMES — ABBATIS VILLA sont correctes, mais le plus souvent l'orthographe prête à des
Rf. 880 Fig. 881
erreurs ou des interversions. L'émission de ces monnaies, dont le fait d'une longue fabrication peut seul expliquer 1,'excessive dégénérescence, fut sans doute continuée sous les successeurs immédiats de Gui. Un monnayage nouveau (fig. 881) fait son apparition sous Jean I (1147-U91). En 1x86, le comte afferma à une èimille de financiers, à Godin, à Simon, frère de celui-ci, à Baudouin fils de Godin, et aux
Fig. 88a FIf. 88}
fils de Simon, l'exploitation de la monnaie et du change dans toute l'étendue du Ponthieu'. Ce Godin signe des deniers : GODN FECIT.
Sous Guillaume III (1191-1221) les coins des deniers sont copiés des parisis de Philippe-Auguste. Les lettres PON-TIV occupent, rangées
I . Le document qui constate cette remise à ferme de l'exploitation du monnayage en Ponthieu est d'une telle importance pour l'histoire monétaire que nous croyons devoir le reproduire id d'après la transcription de M. Deschamps de Pas : In nomiiu Patris et Filii et Spiritus Sancti. Amen, Notum sit omnibus tam preseniibus quant futuris quodego, Johannes cornes Pontivi et WUUlmus, filius fneus, et Beatrix comitissa, uxor mea, concessimus Godino et Symoni fratri ^us heredibusque suis, BaJduino viddicet, filio Godini, etJUiis Symonis, monetam nostram et cambitum jure hereditario in omni terra nostra, taU vÙelicet conditione, quod singulis annis xii lïbras de censu nobis reddent, vi in natale Domini et VI infesto sancti Johannis; et de bis xii îibris, x îibras mihi reddent, et XL solidos comitisse; quod si numeta ceciderit, viddicet vd majoris vd minoris precii quampresens nuhneta fada fuerit, ex illa moneta, quam ipsi facient, prinu> anno mibi ducentas lïbras reddent, postea censum xn librarum, ut predictum est ; et sciendum est, quod aUquis in omni terra mea monetam vd cambitum non poterit facere, nisi voluntate et permissions eorum. Operabuntque monetam quando iUis placuerit, d cessàbunt quando voluerint, Predidus vero Godinus et Symon frater g'us mibi et Willdmo filio meo fecerunt bonUnium ; redpimusque II. .32
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en deux lignes, le champ droit de la monnaie. Ce type des [légendes bilinéaires resta en faveur sous les successeurs de Guillaume m, Jean de Nesle (1251-1279) et Edouard I roi d'Angleterre (i 279-1 290); les monnaies de celui-ci portent généralement un léopard anglais passant entre les deux lignes (fig. 882).
Lorsqu'Édouard II voulut succéder à son père, le comte d'Alençon lui contesta la possession du Ponthieu. Tandis que le procès demeurait en suspens, la terre resta consignée entre les mains du roi Philippe le Bel. En 1294, le roi de France reconnut à la cité d'Âbbeville le droit de faire frapper une monnaie municipale. M. Deschamps de Pas rapporte à cette époque de rares deniers et oboles de billon offrant au droit un écu triangulaire aux armoiries de Ponthieu ', entouré de l'inscription trilatérale: AB-BEV-ILE. Le revers présente un léopard surmonté du mot REX (fig. 883). Dans l'opinion de ce numismate, le magistrat d'Âbbeville, en ordonnant la frappe de ces pièces, aurait voulu constater le droit reconnu du roi d'Angleterre, bien que celui-ci ne pût exercer une autorité effective dans le comté de Ponthieu.
Edouard II obtint gain de cause en 1299; il est le dernier souverain du Ponthieu qui ait monnayé.
se— Comté de Boulogne^.
Le comté de Boulogne, fief de la Flandre, puis de l'Artois, possède
une numismatique qui se distingue par la mobilité extrèn^e de ses types.
M. Deschamps de Pas classe les premières monnaies battues à Bou-
Fig. 884 Fif. 88$
logne à Eustachell (1049-1093). Les deniers àt ce comte portent à
eoi botta fide utpoU nostros homines et amicos, ta habita constderatione, quod ipsi preUvamine xx solidas reddent. Et ut bec actio rata permamat, sigilli nostri auctoritate presentem cartam signare fecimus. Testes hujus pactionis fuerunt: Hugo, abbas de Vàleolis^ etc., etc. Actum hoc anno verbi incarnati MCLXXXVI (1186).
X. Le comté portait : éCa^ur à trois bandes d'or, à la bordure de gueules, 2. Deschamps de Pas, Etude sur les monnaies de Boulogne^ dans la Revue numisma^^ tique^ 1885.
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Tavers une sorte de nœud ou fleur à trois pétales^ dont le dessin est usité au X* siècle chez les rois de Northumberland. Les légendes sont + EVSTACHIVS — + VRBS BOLONIE. Les O dans l'épigraphie des monnaies de Boulogne affectent toujours la forme d'une rosace à quatre feuilles.
Le règne d'Eustache III (1093-1123) nous donne un denier d'un type essentiellement anglais, et qui pourrait fort bien avoir, été battu dans les possessions du comte situées au delà de la Manche. On y voit un lion passant sur une sorte d'édifice à arcades et une légende: €IS- TAObIVS. La croix du revers est formée d'une escarboucle garnie de lis et de divers ornements ; sur le bord du flan, des croissants, des croisettes, des globules pointillés en creux tiennent lieu de légende (fig. 884).
Il faut également rendre à Eustache III un denier dont quelques exemplaires se trouvaient dans la trouvaille de Corbie et qu'on avait d'abord attribué à Eustache IV. Cette pièce est caractérisée au droij; par un large carré angle de quatre annelets, figure dans laquelle on a voulu retrouver une représentation sommaire de la ville de Boulogne, qui offre en effet un plan carré avec tours aux angles. Au revers, ce denier porte tout au long la légende VRBS BOLOINC (fig. 885).
La première mention des monnaies de Boulogne que l'on ait jusqu'ici trouvée dans les chartes remonte environ à l'époque d'Eustache III.
Après l'abdication d'Eustache III, sa fille Mahaut reçut le Boulonnais et les nombreux domaines que le comte possédait au delà du détroit. La princesse avait épousé un neveu d'Henri, roi d'Angleterre, Etienne de Blois (1125-1150). On ne connaît qu'une pièce pouvant être attribuée avec certitude à ce prince : un denier de style anglais portant à l'avers les images en pied d'Etienne de Blois et de sa femme s'unissant pour tenir un sceptre fleurdelisé.
Eustache IV (1150-1x53) succéda à son père. Les numismates lui attribuent un denier où prend place sa tète de profil à droite, précédée d'une épée nue. Le nom du comte est écrit €VSTACblVS, et l'atelier est indiqué par VRBS BOLONI€ (fig. 886).
Ona de Guillaume 11(1153-1159), firère d'Eustache IV, des deniers portant une sorte de croix à pied fiché, les bras fleuronnés.
A la mort de ce comte, sa sœur Marie, qui était abbesse de Ramsey en Angleterre, quitta les ordres monastiques et ceignit la couronne comtale. Elle épousa Mathieu d'Alsace, fils de Thierry comte de Flandre. Ce Mathieu fit forger à Boulogne des deniers portant sur l'une de leurs faces un grand A cantonné de croissants et accompagné de l'indication locale.
Ide, fille aînée de Mathieu et de Marie de Boulogne, leur succéda
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s 00 TROISIÈME PARTIE
en II 73. Elle eut quatre maris : Mathieu H, Gérard m duc de Gueldre, Bértholdduc de Zachringen et Renaud comte de Dammartin. La numismatique de ce dernier est seule retrouvée. Elle nous fournit d'abord un denier à la légende: RCINNAVT COMS. dont l'empreinte est un A précédé d'une épée nue posée en pal. Du côté de la croix, le nom de Tatelier est écrit en français : BOLVNGNE (fig. 887). A ce type fut substitué celui des parisis que le roi Philippe-Auguste émettait dans ses villes anésiennes et picardes ; il est beaucoup moins original. Le droit du flan porta dès lors la légende bilinéaire BOL-ONV. entourée de
Fig. 886 , Rg. 887
+ RENAD' COM. Renaud de Dammartin, qui' mourut en 1227, prisonnier du roi de France à la suite de la journée de Bouvines, est le dernier comte de Boulogne qui semble avoir exercé les droits monétaires.
5 Q. — Comté de Lens^.
La numismatique de Lens est de découverte récente. A l'époque où Poey d'Avant publiait son corpus des monnaies féodales, on n'en soupçonnait pas l'existence. Le comté de Lens, placé dans la mouvance du
Fig. 888 Fig. 889
comté de Flandre, appanenait aux comtes de Boulogne. Le créateur de l'atelier monétaire futEustachel, ditàl'Œil, dont on possède deux deniers fort curieux reproduisant le type du monogramme carolin. Les légendes sont + EVSTAC.I...ml et + LENSICASTEL; le titre qui
1 . R. Serrure» L atelier féodal de Lens en Artois^ dans V Annuaire de la Société franc, de numism., 1887.
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soit le nom d'Eustache semble être celui de marquis, que prenait à cette même époque Baudouin IV comte de Flandre (fig* 888).
Eustache I, à sa mort (1049), laissa la terre de Lens en panage à son troisième fils Lambert. Elle passa ensuite à Eudes II (1054-1095). Ce prince nous donne un denier d'argent fin, de. module réduit, analogue à ceux qui se battaient en Flandre à la fin du xi" siècle. Le type est formé d'un annelet autour duquel sont rangés quatre croissants et quatre annelets. Les détails de la gravure rappellent tout à fait les monnaies boulonaises. Les légendes sont + €VSTACHIVS — + L€SNEN" SIS(fig,889):
Sous Eustache III (1095-1125) le type reste le même, mais est enfermé dans un grand carré aux côtés duquel est écrit le mot M-ON + €T-A. La forme de ro est identique à celle que cette lettre prend sur les monnaies de Boulogne. Du côté de la croix, Eustache écrit son nom en langue vul- r». 890
gaire (fig. 890).
Un petit denier d'argent fin, selon lé système de Flandre, reproduit exactement le dispositif des deux figures debout tenant le sceptre, créé à Boulogne sous Ma haut et Etienne de Blois (1125-1150).
On n'a pas encore retrouvé de. monnaies de Lens d'Eustache IV (1150-1153) et de Guillaume II (ii53-'ii59) ; mais il existe une tnailk d'argent frappée dans cette ville par Mathieu d'Alsace, époux de Marie de Boulogne. Du module des pièces flamandes ou contemporaines, cette maille reproduit, à quelques détails près, le type du denier à l'A battu à Boulogne par Mathieu. Jusqu'à la fin du monnayage de Lens, on remarque ainsi une double particularité : le système monétaire est emprunté à la Flandre, le type est pris à Boulogne. *
Renaud de Dammartin, quatrième mari d'Ide de Boulogne, vendit à Philippe-Auguste la terre de Lens qui fut réunie au comté d'Artois.
S en. — Comté de SainUPoU.
Le comté de Saint-Pol, situé sur les confins de l'Artois et de la Picardie, releva d'abord de la Flandre, puis du comté de Boulogne. Ses anciens possesseurs, de la maison de Candavène, portaient comme armes : à^azur à la gerbe d'avoine £or.
I . Rigollot, lAim, sur les tnmn. des comtes de Saint-Pol, dans la Revue nunUsm,, 1850, p. 203 et suiv.
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Le premier comte de Saint-Pol auquel on attribue une monnaie est Hugues Hou son successeur immédiat Hugues III (1131-1141). On a de lui un denier portant dans le champ, en deux lignes, HV— OcT avec l'inscription circulaire + SCS PAVLVS ; au revers est une croix pattée accompagnée dans deux de ses contours d'une longue tige d'avoine, prolongée jusque dans la légende MON-€TA +. La forme des O est la même que sur les pièces de Boulogne.
Aucune pièce n'a été retrouvée jusqu'à ce jour pour Enguerrand (i 141- II 50), mais le monnayage d'Anselme (11 50-1 174) est représenté dans les collections par des deniers dont voici le type : + SC. PAVLVS. Tige d'avoine épanouie en croix. Revers : ANSEL. COMS. Croix cantonnée de deux croisettes et de deux annelets.
Le type que nous venons de décrire fut continué par Hugues IV (1174-1205)^ mort en croisade à Constantinople. Une lacune existe dans la série de Saint-Pol pour Gautier de Châtillon (1203-1220), Gui n (1220-1226) et Hugues V (1226-1248). Gui III (1248-1289) frappa des deniers sur lesquels il copie les deniers parisis de Philippe- Auguste. Le milieu du champ y est occupé par le mot PA-VLI en deux lignes; dans la première, entre le P et l'A. figure une petite gerbe d'avoine (fig. 891).
Les pièces de Hugues VI (1289-1292) ne sont connues que par un
dessin de Duby : une gerbe placée dans le champ en forme le type. C'est le même coin qu'utilisait Gui IV (1292-13 17), et qui lui fut solennellement reconnu par l'ordonnance royale de 13 15. Voici le passage qui, ^«- ^^ dans cet important document, intéresse le
comte de Saint-Pol : « Lts deniers du conte de Saint Pol sont à iii d. xviii grains de loy et de xx s. de taille » . En 1 30e, Gui IV donna à Jehannin Tadin de Lucques un bail pour « faire et ouvrer la monnaie par tout le comté de Saint-Pol pendant le cours de dix-huit mois ».
S cm. — Seigneurie de Fauquemberg.
Les seigneurs de Fauquemberg, châtelains héréditaires de Saint-Omer, exercèrent au xni* siècle et au début du xiv» le droit de battre monnaie.
La pièce la plus ancienne que l'on possède est un denier de billon d'Adeline de Guines, tutrice de Guillaume VIII qui devint majeur en 1273. Voici la description de cette curieuse monnaie: + AL' CAST' SCI-AVD'. Croix cantonnée de deux quintefeuilles. Sur l'autre face, on
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lit DNA FALCONB en deux lignes, accompagnées au-dessus et audessous d'une croisette entre deux roses (fig. 892).
Guillaume VIII, qui prit le titre de comte, ne nous a pas laissé de pièces, mais nous en possédons de sa fille Éléonore, qui lui succéda vers 1290. Les plus anciennes sont du même système que celles d'Aline, En voici le type : ELIE-NOR en deux lignes, dans le champ; la légende Fig. 89a
circulaire, qui commence par une petite tour, est COMITISSA DE ; elle se continue au revers autour de la croix : FAVQVEMBERGVE.
A une époque difficile à déterminer, Éléonore introduisit dans sa seigneurie l'usage de mailles flamandes et artésiennes d'argent fin/ Cest la fabrication de ces pièces qui lui fut permise par l'ordonnance royale de 13 15, où nous lisons: «Item, la monnoie à la dame de Fauquemberg doit estre à xi d. et xii grains de loy, argent le Roy, et xlvii s. de pois au marc de Paris ». Le type des petites mailles de la dame de Fauquemberg se compose à l'avers d'une efligie fé- ^*' *^'
minine en pied, tenant sur le poing gauche un faucon, et au revers, d'une croix losangée cantonnée de quatre rosaces (fig. 893).
S av. — Comté de GuinesK
Les puissants comtes de Guines exercèrent peut-être le droit de battre monnaie. Cest le sentiment de M. Deschamps de Pas, qui leur attribue de petits deniers d'argent fin, du xii' siècle, frappés dans le système de la monnaie flamande et artésienne. Nous ne citons cette attribution que pour mémoire ; la question du monnayage de Guines devrait être étudiée à nouveau.
S CV. — Comté de Flandre^ Les marquis, puis comtes de Flandre, qui relevaient en partie de
1 . Deschamps de Pas, Quelques monnaies inédites, dans le BuU, de la Soc. des antiq, deMorinie, 1S78.
2. V. Gaillard, Recherches sur les monnaies du comte de Flandre, Gand, 18 $2, in-8. — Dewîsmes. Catalogue raisonné des monnaies du comté d'Artois, Saint-Omer, 1866, in-8. •'!- C.-A. Serrure, Observations archéologiques à propos de quelques monnaies inédites de
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la France et en partie de l'Empire, s'attribuèrent les droits monétaires dans la seconde moitié du x® siècle'.
Arnould II (964-986) inscrivit le premier son nom, OLDVS
ou ER+RAINOLIDVS : sur de grands deniers très barbares frappés dans
Kg. «94 Fîg. 89$
Tabbaye de Saint-Bertin à Saint-Omer, ...AVDOMARV (fig. 894), ou dans la ville de Bergues-Saint-Winoc, BERGAS S. VINOC... (fig. 89s); les premiers ont pour type une tête, les seconds une croix à centre évidé ou losange et cantonnée de fleurons, de manière à simuler un monogramme carolin.
Sous Baudouin IV le Barbu (989-1036), trois ateliers au moins sont en activité dans le comté de Flandre. A Gand, G'ANT CIVITAS, les deniers sont à l'empreinte carolingienne du temple tétrastyle ; il en est de même à Bruges, SCI DON ATI BRV (fig. 896). Un atelier non indiqué sur les pièces, mais que M. Deschamps de Pas croit, avec quelque apparence de raison, être celui d'Arras, marque tous ses produits de la légende BONVS DENARIVS.** Il n'y a pas moins de trois types portant cette
Fîg. 89« Pig. 897
inscription; on a des deniers au temple, on en trouve d'autres chargés d'une sorte de rosace formée de quatre ellipses entrelacées (fig. 897), d'autres enfin sur lesquels une épée nue posée en pal est accostée des lettres CO-OO. Les légendes circulaires des monnaies de Baudoin IV lui donnent toujours le titre de marquis, BALDVINI M AR ; le titre de cornes serait
Saint-Omer, dans le Messager des sciences Jiist, de Belgique, 1856, p. 212 et 500. — R. Serrure, Mélanges numismatiques, iv« article, dans la Revue belge de numism., 1880, p. 188.
I. La numismatique dénariale du comté de Flandre formant un ensemble difficile à scinder, nous parlerons dans ce paragraphe des ateliers situés dans la Flandre impériale comme de ceux placés dans la région relevant du royaume de France. Les premiers sont du reste en très petit nombre.
I . Deschamps de Pas, Quelques observations sur les premières monnaies des comtes de Flandre, dans la Rmie numism., 1883, p. 170.
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une allasion à l'annexion à la Flandre du comté de Valenciennes, opérée en 1006.
Les mpnnaies d'Arnould II et de Baudoin IV se trouvent rarement dans leur pays d'origine. Presque tous les spécimens connus proviennent de trouvailles faites sur les côtes de la Baltique, en Danemark, en Prusse, en Russie.
La première mention écrite d'un atelier monétaire sur le sol de la Flandre, celui de Lille, remonte à Baudouin V (1036-1067), et bientôt apparaissent des deniers d'argent battus daps Fig.sjs
cette ville. Leur type principal se compose de la légende CO-A — + INS-VL>E, écrite en trois lignes séparées par des rangées de points; le nom de la ville est répété du côté de la croix (fig. 898).
L'atelier d'Ypres, I PERE A, s'ouvre presque en même temps que celui de Lille ; les deniers portent une tête casquée de profil, accompagnée d'une bannière. Aucun nom de comte n'y figure, mais on y trouve la signature d'un personnage : TANSMERVS, sur l'identité duquel on n'est pas encore fixé. A mesure qu'on s'avance dans la série monétaire de Flandre, on voit le module des pièces décroître d'Une manière constante, mais le métal ne cessa jamais d'être fin. Les pièces de Baudouin IV mesurent 18 mm. environ; à la fin du xi* siècle on ne trouve plus que 15 mm. ; à la fin du xiii® les mailles ont 1 1 mm. à peine.
Mais reprenons notre examen chronologique de l'histoire monétaire de Flandre. Baudouin VI de Mons(io67-io7o) installa à Audenarde, au dire de Sanderus, un atelier dont les produits ne sont pas encore
FIg. 899 Pîg. 960
retrouvés; peut-être y a-t-il dans l'affirmation de cet historien une confusion avec l'officine qui s'ouvrit vers cette époque non loin d' Audenarde, dans l'abbaye d'Eenham:
Le règne de Robert I le Frison (1070-1092) apporte une riche moisson de pièces dont la gravure délicate et la firappe d'une régularité remarquable contrastent avec celles des monnaies flamandes antérieures. Les ateliers sont établis à Saint-Omer dans l'abbaye de Saint-Bertin, et à Arras dans le monastère de Saint- Vaast, VEDASTE. VEDASTV ; fréquemment le nom du prince paraît sur les espèces, au génitif, RO- BERTI. Les types sont très variés et dénotent, au point de vue artistique, malgré la simplicité de la composition, de réels efibrts (fig. 899 et 900).
Sous Robert II de Jérusalem (1092-1111) ces monnayages continuent, mais peu à peu les abbés auxquels les ateliers comtaux sont confiés s'affranchissent du contrôle du suzerain, et battent des pièces à
Fig. 901 Fig. 901
peu près muettes. En 1108, on trouve citée la monnaie de Termonde. Pendant la croisade de Robert H, sa femme Clémence de Bourgogne exerça comme gouvernante la souveraineté en Flandre et frappa des deniers signés de son nom, CLEMENTIA (901). Le seul exemplaire connu de ce remarquable monument historique provient de la trouvaille d'Erweteghem, qui jeta tant de lumière sur la numismatique flamande du premier quart duxii* siècle. Cette même trouvaille renfermait un denier d'Arras, MO-ATBA'f N (fig. 902), présentant avec la pièce de Clémence une curieuse analogie; les deux monnaies furent probablement firappées par les soins des abbés de Saint-Vaast.
Flf. 9«5 Fïf- 9<H Fîg. 90s
Quelques numismates attribuent à Baudouin VII dit de la Hache (1111-1119), plutôt qu'à Baudouin de Hainaut, le compétiteur de Robert I, un denier sur lequel le nom BALDEVIN entoure une dextre bénissant (fig. 903).
Charles le Bon (1119-1127) signe de son monogramme un charmant denier lillois aux légendes COMITIS— DE INSVLA. qui nous a été révélé par la trouvaille d'Erweteghem (fig. 903); sur une obole analogue le nom de Tatelier est remplacé par MONETA, et le monogramme est légèrement varié (fig. 904).
Charles le Bon mourut assassiné en 1127 sans laisser d'héritiers directs. De nombreux seigneurs aspirèrent au trône flamand. Guillaume de Normandie, qui l'emporta le premier grâce à Tappui du roi de France, ne nous a pas laissé de monnaies à son nom, mais à son règn^ éphémère se rapporte un des documents les plus intéressants que le temps nous ait conservés : Toctroi de privilèges, parmi lesquels celui de monnayage, fait le 14 avril 11 27 aux habitants de Saint-Omer. Voici le passage de cette charte qui est relatif à la monnaie : « Monetam meatn in Sancto Au-
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domarOy unde per annum XXX libras habtbam, et quidquid in ta habere debes ad restaurationem dampnorum suarum et gildae suae sustentamentum constitue . Ipsi vero burgenses monetam per totam vitant meam stabilem et banam, unde villa sua nulicretuvy stabiliant. »
Après la mort de Guillaume de Normandie, Thierry d*Alsace (1128-1168) resta seul maître du comté. Pour son règne les monnaies signées font totalement 4.éfaut ; mais nous savons qu'il retira aux habitants de Saint-Omer le droit monétaire qui leur avait été concédé par Guillaume, pour le rendre à Tabbaye de Saint-Bertin. En 113 2 Thierry» monétaire d'Ypres, et en 11 62 Thierry de Rode, monétaire d'Alost, sont cités dans des chartes.
Philippe d'Alsace (11 68-119 1) fr^Ppa des deniers à son nom, à Gand, à Ghistelles, GISTLE MO, à Ypres et à Arras. Ceux de Gand portent Pb COMES autour du type local de la tête casquée ; ceux de Ghistelles portent F* COMES; les pièces d'Ypres et d* Arras ont la légende PHI- LIPPVS en toutes lettres.
En 1173 Philippe d'Alsace convint avec Frédéric Barberousse, empereur d'Allemagne, de donner cours dans ses états aux deniers et oboles de l'empire qui seraient expressément iBrappés à Duisbourg et à Aix-la-Chapelle pour la facilité des transactions commerciales : Ut autem mercatores melius habeant commodum, dit le diplôme impérial, novam monetam apud Dusburch cudi praecipimus in denariis et apud Aquisgrani in obolis, quorum marcha praeponderabit uno denario coloniensis monetae, bos etiam denarios et obolos cornes Flandrensis per terram suam dandos esse* praecipiet.
Fîg. 906 Fig. 907 Fig. 908
Vers la fin de son règne, Philippe d'Alsace afferma l'exploiution d'un atelier très important, celui d'Arras sans doute, à un financier nommé Simon, peut-être le même personnage avec lequel le comte de Ponthieu traita en 11 86 pour l'exploitation de l'atelier d*Abbeville. Ce monétaire signe des mailles très communes, dont le type se compose de deux lis aboutés et accostés d'un croissant et d'une étoile. Le nom de Simon y paraît seul ou suivi des lettres F. FE, FEC. FECI (fig. 906).
Philippe d'Alsace avait pris pour emblème favori le lion, qui devint le meuble des armes flamandes. Ce lion figure sur des mailles municipales d'Aire. Le comte donna des privilèges municipaux à un grand
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nombre de villes qai se prévalurent de lears franchises pour monnayer : telles furent Bruges, Ypres, Orchies, Loo, Bergues-Saint-Winoc, Gand. En 1185, les deniers de Douai sont cités dans les chartes.
A la mort de Philippe d'Alsace, sa veuve Mahaut de Portugal reçut un douaire considérable. Qn lui attribue un denier de Saint-Omer portant COMITISSA en légende (fig. 907), et des pièces du monétaire Simon, portant dans le champ le monogramme HE entouré de la letttre C quatre fois répétée et d'annelets (fig. 908), dispositif dans lequel ou a vu une sorte de charade pour Mco com(iûssz). Les charades et les jeux d'esprit sont assez communs sur les monnaies firappées vers la même époque à Saint-Omer ; cette explication des deniers de Simon ne doit donc pas être absolument condamnée, quelque singulière qu'elle puisse paraître.
Le comte Baudouin VIII de Hainaut (1191-1194) est généralement doté par les numismates belges de mailles au type brugeois du guerrier debout, sur lesquelles celui-ci tient un bouclier i trois chevrons vu de profil. Les trois chevrons sont en effet les armes de l'ancienne maison de. Hainaut. C'est peut-être à Baudouin VIII, plutôt qu'à son fils et successeur Baudouin IX de Constantinople, qu'il Êiut attribuer les mailles gantoises à la légende B* COMES ; elles offrent en effet une ressemblance parÊdte avec les monnaies de Philippe d'Alsace.
On ne connaît aucune monnaie de Jeanne de Constantinople (1205-1244); mais c'est à son époque qu'on vit s'achever le mouvement d'affranchissement municipal et surgir, par le fait, de nombreuses mailles locales. La comtesse octroya des privilèges à Termonde, Courtrai, Axel, Bourbourg, et toutes ces villes monnayèrent.
Nous allons réunir en un ubleau alphabétique le monnayage flamand non comtal, qui prit une certaine extension dès la première moitié du XII* siècle. Ce monnayage comprend trois abbayes et un grand nombre de villes ; nous marquons d'un astérisque les localités situées dans la partie du comté de Flandre qui relevait de l'empire.
Aire, type : lion passant ; légende, ariensis (fig. 909).
* Ahst. Les plus anciens deniers d' Alost portent à Tavers un profil casqué avec épée, et la légende arnot ; au revers, une croix brève et alost. Au début du xiii« siècle
Fig. 909 Fig. 910 Fig. 911
ou à la fin du xii«, les pièces portent un guerrier à mi-corps, la main droite tenant une bannière, la gauche appuyée sur la hanche. Cest le type des sceaux communaux. Sans légende.
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