‹ Traité de numismatique du moyen âge (volume 3)Chapitre 12 sur 83 · DEPUIS L'AVÈNEMENT DE LA MAISON DE SAXE JUSQU'A LOUIS DE BAVIÈRE · texte numérisé non relu

DEPUIS L'AVÈNEMENT DE LA MAISON DE SAXE JUSQU'A LOUIS DE BAVIÈRE

Sources : Dannenberg, DU dmtscben Mûnien der sâcbsischen und frànkischen Kmer\tit, Berlin, 1875, in-4. — Cappe» DU Mûm(en der deutschen Kaiser und Koenige des MiiUlaliers, Dresde, i.848-$7, 3 voL in-8. — Goetz, Deutschîands Kaisermùn:(m des Mitlddurs, Dresde, 1827, in-4. — J* Leitzmann, fVegvmser auf dem GebUte der deuiscben Mùn^kunde, Weissensée, 1869, în-8. — Kr. Erslev, Catalogue de la coIL detnonnaUs de feu Ch, Jûrgensen Thomsen, Seconde partie : Les MonnaUs du moyen dge, Copenhague, 1873, in-8. — G. Schlumberger, Des hractiates d* Allemagne, Considérations générales et classification des types principaux. Paris, 1873, in-8. — Les autres sources sont citées dans le cours du chapitre.

§ I. — Notions générales.

Ce n'est pas sans quelque appréhension que nous abordons ce chapitre. La numismatique de l'Allemagne féodale est tellement vaste, tellement enchevêtrée, que les écrivains d'Outre-Rhin ont reculé jusqu'à ce jour devant l'énorme entreprise d'en publier un tableau d'ensemble. Les difficultés que nous aurons à vaincre appartiennent à un double ordre d'idées : il s'agit d'abord d'être complets et exacts, c'est-à-dire de connaître une bibliographie presque sans fin et de distinguer dans les travaux des devanciers le bon grain de l'ivraie ; ensuite de posséder une méthode suffisante pour atteindre à la clarté.

a) Divisions chronologiques et géographiques de f histoire monétaire.

Si l'on envisage dans son ensemble la numismatique de l'Allemagne pendant la période de quatre siècles qui commence après la chute des Carolingiens et va jusqu'à l'introduction du gros d'argent et des monnaies d'or sous Louis de Bavière, on constate assez rapidement l'existence de deux époques distinctes.

L La première s'étend depuis l'avènement d'Henri l'Oiseleur en Lotharingie (923) jusqu'à l'avènement de la maison de Souabe (11 3'^). Elle comprend ainsi les règnes des rois et empereurs suivants : II. 33

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Henri I de Saxe, dit l'Oiseleur, roi d'Allemagne (919-) et de Lotharingie (923-936).

Onon I le Grand,, roi (936-), empereur (962-973).

Otton II, roi associé (961-), empereur associé (967-), empereur (973-983).

Otton m, roi (983r), empereur (996-1002).

Henri II le Saint, roi (1002-), empereur (1014-1024).

Conrad II le Salique, roi (1024-), empereur (1027-1039).

Henri m, roi associé (1028-), roi (1039-), empereur (1046-1056).

Henri IV, roi associé (io$4-), roi (1056-), empereur (1084-1105).

Henri V, roi (1105-). empereur (1111-1125).

Lothaire de Saxe (1125-1137).

Pendant ces deux siècles, TÂllemagne offre une assez grande unité au point de vue du système monétaire, qui reste longtemps la continuation pure et simple du système carolingien. Certes, sous le rapport du type, du style et des détails de l'exécution matérielle, on voit surgir des groupes géographiques ; le numéraire d'une même région a un aspect commun que l'œil du numismate reconnaît aisément ; mais en somme ces différences ne détruisent pas l'unité de l'ensemble du monnayage germanique.

M. Dannenberg qui a étudié, dans un livre remarquable, la plus grande partie de cette période post-carolingienne, répartit les monnaies de l'Allemagne entre six régions : la Lotharingie comprenant la Mosellane, les Pays-Bas et les Pays-Rhénans, la Frise, la Saxe, la Franconie, la Souabe et la Bavière.

n. La seconde époque a pour date initiale l'avènement de la maison de Souabe et va jusqu'à la fin de la période dont traite cette partie de notre livre. Cette époque comprend les règnes suivants :

Conrad III, roi (11 38-1 152).

Frédéric I Barberousse, roi (11S2-), empereur (1155-X190).

Henri VI, roi associé (1169-), roi (1190-), empereur (1191-1197).

Philippe, roi (i 198-1208).

Otton IV le Guelfe, roi (1198-), empereur (1209-1218).

Frédéric II, roi (1212-), empereur (1220-1250).

Henri VII, roi associé (1220-1235).

Grand itUerrègtu (1250-1273). — A la mort de Frédéric II conmience le grand interr^ne, qui dura jusqu'à l'élection de Rodolphe de Habsbourg. G>nrad IV, fils de Frédéric II, associé au royaume dès 1237, dispuu Tempire à Guillaume de Hollande. Une mort prématurée l'empêcha de faire triompher ses prétentions (1254), et quelques années plus tard le titre d'empereur passa à deux étrangers, Alphonse de CastiUe et Richard de Cornouailles. A la faveur des troubles qui suivirent la mort 'de Frédéric II, les grands vassaux s'emparèrent de la plupart des domaines qui composaient la dotation de la couronne, tandis que les villes impériales s'érigeaient en véritables républiques.

Rodolphe de Habsbourg, roi (1273-1291).

Adolphe de Nassau, roi (1291-1298).

Albert I de Habsbourg, roi (1298-1308).

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Hepri VII de Luxembourg, roi (1308-), empereur (13 12-13 13).

Louis de Bavière, roi (1314-), empereur (1328-1347).

Frédéric de Habsbourg, prétendant (1314-1325), associé (1325-1330).

Pendant cette seconde époque, l'unité du monnayage allemand, qui tendait à se rompre sous les derniers souverains de la dynastie franconienne, disparait complètement à la faveur du grand interrègne. Il faut désormais distinguer deux grandes régions où la monnaie se frappe dans des conditions absolument différentes. La région occidentale^ c'est-à-dire la Haute et la Basse-Lorraine, les Pays-R,hénans, la Frise, une partie de la Franconie et de la Souabe, enfin la Bavière, continuent à émettre des deniers d'argent, empreints sur les deux faces. La région orientale, c'est-à-dire la Saxe, une partie de la Franconie et de la Souabe^ frappe des bractéates et n'a plus d'autre numéraire que ces minces et fragiles feuilles d'argent empreintes d'un seul côté.

Pour ne pas multiplier les paragraphes, nous ne scinderons pas ce chapitre en deux parties chronologiques d'après les époques que nous venons d'indiquer. Nous nous bornerons à suivre les divisions géographiques adoptées par M. Dannenberg.

b) Li droit de battre monnaU.

Le droit de battre monnaie fut exercé, en Allemagne, par les rois ou les empereurs et par les feudataires. L'origine du monnayage de ces derniers est la même qu'en France : pour les seigneurs laïques, les ducs, les comtes, les marquis ou margraves, l'exploitation d'un ou de plusieurs ateliers résulta du fait même de leur charge ; les profits du monnayage furent l'une des sources les plus claires du revenu afférent à leurs fonctions administratives ; mais le monnayage dut évidemment se faire en principe au nom du suzerain, et c'est par le seul fait d'une usurpation que les types et les légendes devinrent, brusquement ou par étapes lentes, autonomes.

Aux prélats, la possession d'un atelier fut généralement concédée par diplôme du suzerain. Les Ottôns, dont la politique favorisait la création d'une aristocratie épiscopale et abbatiale, non héréditaire, destinée à servir de contrepoids à l'aristocratie héréditaire des grands fielEs, donnèrent au monnayage ecclésiastique un développement considérable en multipliant les concessions. Celles-ci ne comprirent toutefois à l'origine que les bénéfices d'une fabrication à faire au nom du roi ou de l'empereur concédant. Ce fut par une usurpation analogue à celle des seigneurs laïques, que les prélats atteignirent à l'autonomie de leurs coins monétaires.

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5 lé TROISIÈME PARTIE

En principe, les empereurs conservèrent toujours sur les monnaies de leurs vassaux une autorité suzeraine. Nous n'en voulons d'autre preuve que ce qui se passait à Liège, où Tévêque n'était recpnnu prince et ne pouvait user de son privilège monétaire qu'après avoir exhibé les lettres patentes de son investiture. Une charte de 1240, émanant du conseil, des échevins et de toute la communauté de Liège, déclare : « Ke mon signer le vesque ne, puet demandeir serviche dedans la citeit de Liège, ou de monaie faire novelle, que quant ilh at pris navellement sa régale » ^

Lelewel et de Koehne * ont dressé la liste des concessions royales et impériales &ites en faveur des églises et des monastères. Nous la reproduisons en l'augmentant de citations tirées des documents originaux, en la complétant et en la rectifiant sur quelques points :

937. Otton I concède la monnaie â Baldéric, évèque d'Utrecht: « ... inUrvmtu dikciae cùt^ugis nostrae Edgidae, nu non fiddis nostri Giselberti, ducis Lotbariarum, licentiam concedimus monetam fiendi in civitaie Trajectensi,,, »

941. Concession du même à Fulbert, évéque de Cambrai : « ... Insuper nostra îargitione concedimus praefato episcopo et successoribus ^us omne teloneum cum moneta dvitatis suae Cameracensis. »

945. Concession du même à BoYon, abbé de Corvei, pour Meppen : « Bovoni

Corbeiensium abhati monetam et tehnium in loco Meppen nominato in propriwn dona-

vimus. »

947. Concession du même à Kralon, abbé de Saint-Gall, du droit monétaire à Roschach.

952. Concession du même à Drogon, évéque d'Osnabruck, du droit monétaire â Wiedenbrûck : « ... monetam et nurcatum puhlicum in loco Vuitunhruca nuncupato, . concessimus, »

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