‹ Traité de numismatique du moyen âge (volume 3)Chapitre 15 sur 83 · Concession du même à Réginald, abbé de Memmleben · texte numérisé non relu

Concession du même à Réginald, abbé de Memmleben

994. Concession du même à l'abbé de Schwarzach dans l'Ortenau pour le village deFeldern: « Concessimus abbati in vilUi Vallator mercatum construendum cum omnibus appenditiis quae ad hoc pertinent, id est : moneta, teloneo, . . cunctisque aliis quae ad praedictwn mercatum nominafi possunt ».

996. Concession d'Otton III à Gotescalc, évêque deFreisingen: (n,,Md petitionem Goiescalcif Frisittgensis ecclesiae episcopi, talem utilitatem ac tantum Ijonorem, id est mercatum, omni die legitimum, imnetam Ratisponensetn, in loco Frisinga dicto,,, construi et adpritneittcaeptari concessimus,,. »

996. Concession du même à l'évêque de Salzbourg. Les termes de la concession sont les mêmes que pour Freisingen : « ... monetam Ratisponensem in loco Sal^urch dicto,., »

997. Confirmation par Otton III à l'évêque de Verdun du droit monétaire qui lui avait été cédé par le comte de Verdun, Frédéric.

998. Concession d'Otton III à Ansfrid, évêque d'Utrecht, de la monnaie de Zalt- Bommel : « Telotteum vero, moiutam et negotium générale fermentatae cerevisiae... immo quicquid in jam dicta villa [Bomelê] ad publicum bannum sive districtum perlimre visum est in comitatu Hnnerici comitis in pago Testerbantia dicto situm, atque eundem districtum cum moneta y banno et teloneo,.,. praelibato coenobio Sancti Martini confessoris penitus in proprium tradidimus... »

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999. Concession du même & Chrétien, évéquc dePassau: « Concessùnus et largiti sunuts ejusdem civitatis tnercatum, monetam, bannum, thdoneum et totius publicae rd àis^ tricium, tali tenore^ ut praedictus praestd, suique successores, omnem publicam rem, hactenus ncbis in eadem civiiate Paiaviensi pertinentefn, baheal ».

looi. Concession d*Otton III à Erlewin, évèque de Cambrai, pour le Cateau : «... dedimus jus, fas, atque Uuniiam fadendi, statuendi ac construendi tnercatum cum monela, theloneo, hamto.,, in loco qui vocatur Castellum Sanctae Mariae,,, »

1002. Confirmation d'Henri II à l'évéque d*Osnabruck.

1003. Confirmation d*Henri II à Erlewin, évêque de Cambrai, de ses droits monétaires à Cambrai et au Cateau.

1009. Confirmation par le même des droits monétaires de Thierry, évéque de Minden.

ioi2. Concession du même à l'abbé de Saint-Florin de Coblence pour Gillenfeld.

1018. Concession du même à Poppon, archevêque de Trêves, pour Coblence.

1018. Concession du même à Meinhard, évéque de Wurzbourg.

1023. Confirmation par le même des droits monétaires de Tévêque d'Osnabruck.

1023. Confirmation par le même des droits monéuires de Tabbé d'Echtèrnach.

1028. Confirmation par Conrad II des droits du même évêque.

1029. Confirmation de Conrad II à l'évêque de Freisingen : «... roboramus, quidquid ad.., ecclesiam hactenus pertinebai,... cum monasteriis,., forestis, mercatis, venacionibus, tehnus et percussura proprii numismatis.,, »

1030. Confirmation de Conrad II il Tévêque de Wurzbourg.

1031. Confirmation du même à Sigebert, évêque de Minden.

1033. Concession du même i l'abbé d'Helmershausen : » fVinoniS, Helmwardesbusensis ecclesiae venerabili abbati canussimus, largiti sumtis ac firmiter dedimus, fas, licenliam atque potestatem, in eodem loco, Helnnvardeshusano dicto,.. faciendi ac construendi mercatum, tnonetam constituendi.., »

1034. Concession de Conrad II à l'évêque de Bamberg : «... saiicimus, ut in abba^ tiis, monasteriis, comitatibns, forts, mercatibus, monetis,,, »

1035. Confirmation du même à l'archevêque de Brème pour Brème.

1037. Confirmation du même à l'évêque de Wurzbourg.

1038. Concession du même à l'archevêque de Brème pour Stade.

1038. Confirmation d'Henri III à Nitger, évêque de Freisingen.

1039. Confirmation d'Henri III à Brunon, évêque de Minden.

1040. Concession d'Henri III à Bemold, évêque d'Utrecht, de la monnaie de Groningue: «... villa Gruoninga.,. cum omni ejusdem comitatus strictiom, monetis, thehneis... »

1040. Concession d'Henri Illil'abbesse de Nivelles; l'empereur rend (reddimus) à l'abbaye la ville de Nivelles cum mercatUy leloneo et moneta.

1041. Concession à Nithard, évêque de Liège, du comté d'Haspinga, avec la monnaie et le tonlieu. .^

X046. Concession d'Henri III à Bernold, évêque d'Utrechtf:.de la monnaie de Deventer : «...talemproprietatem eidem ecclesiae, quaUm visi sumjus manu sub potestate tenere in loco Daventre dicto, in moneta, teloneis, placitis.., in proprium traaidimus ».

105 1. Confirmation du même à l'abbaye de Brauweiler, du lieu appelé Clôt en, dans le diocèse de Trêves, qui lui avait été donné : cum moneta et mercatu, per manum Henrici comitis palatini, par Richenza, femme de Mieceslas II, roi de Pologne.

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1051. Concession d'Henri m à rév6que de Brandebourg pour Ursleben: «... Dancwardo episcopo Brandmhirgmsi mercatum, monetam, thehneum, districtum uteraqm omnia ad haec,,, pertinmtia in loco Ursieve.., nostra imperiaJi auctoritate concessimus ».

1053. Concession d'Henri III à Azelin, évèque d'Hildesheim, de la monnaie de Wienhausen: tu in loco Huginhusen, pertinente ad episcopum Hiîdesbeimensem . . . tnercaium fieri jureque perpétua haberi concessimus,,, cum thehneo et moneta,,. »

1856. Concession du même au chapitre de Metz, du droit roonéuire à Sarrebourg.

1057. Concession d'Henri IV à l'évèque de Bamberg pour Hersbruck.

1057. Confirmation du même à l'évèque d'Osnabruck.

1058. Confirmation du même à l'évèque de Bamberg pour Bamberg.

1061. Concession d'Henri IV à Henri II, évêque d'Augsbourg : « ... jus cudendae monetae ad normam monetae Ratisponensis, more temporibus S, Udalrici ».

1062. Concession d'Henri IVà l'évèque de Bamberg: m.^ReguhribusBahenbergensis euîesiae.,, ad quendam locum iïlorum juris, Vurte dictum,,, mewatum, a pâtre nostro aliquando Nuorenherc translatum, cum tbeloneo et percussura proprii numismatis reddidimus ».

1 065 . Concession d'Henri IV à Einhard , évêque de S p i re , de l'abbaye de L i m b o u r g

• avec les droits monétaires qui y étaient attachés : «... qualiter nos ad ecclesiam Spirensem

6b fidèle servicium Einbardi ejusdem sedis episcopi abbatiam Limbnrch dictam in pago Spir-

gowe, m comitatu Henrici comitis sitam, cum ommbusappendicOs, hoc est villis,., mercatis,

theloneis, monetis, in proprium tradidimus,,, »

1065. Cession d'Henri IVàAdelbert, archevêque de Hambourg, pour Du isbourg : «... Adelberto Hamburgensi episcopo curtem nostram Tusbttrch dictam,,, cum omnibus appendiciis, hoc est monetam,,, in proprium dedimus ».

1065 . Concession par Henri IV à Adelbert, archevêque de H a m b 0 u r g , de la ville et de la monnaie de Sihzig: « Adalberto Hamburgensi episcopo villam Sin^be dictam, in pago Archgouwe, Pertoldi comitis sitam, cum omnibus appendiciis, hoc est monetis in proprium dedimus ».

1067. Concession d'Henri IV à l'abbaye de Lorsch: « ... ecclesiae , Laurisham,,, monetam propriam mercatumque publicum, quocunque sibi placuerit, fieri concessimus et in proprium donavimus ».

1067. Concession d'Henri IV à l'évèque de Pas sau : « ... Pataviensi ecclesiae... villam quandam, Tyensfurt dictam, et transitum ipsius fluminis quod dicitur Maraclta, et infra haec loca Paumgartn, Stupherich, Mod^ulla, quod est praedium Amesti marchionis, quinquagintd regales mansos in pago Austriae, in marchia Arnesti marchionis sitos, cum omnibus appendiciis suis, hoc est: ,,, mercatis, teloniis, monetis,,. in proprium dedimus ».

1069. Concession d'Henri IV à l'évèque de Freisingen: «... Frisittgensi ecclesiae,., villas Cubida, Counca, O^pe, Ba^^ari, Trusailo, Steina, ... cum omnibus appendiciis suis, hoc est : ,,, tnercatis, teloniis, monetis,,, in proprium dedimus ».

1069. Concession d'Henri IV i l'abbaye de Siegbourg, à la demande de l'archevêque de Cologne : « Hanno archiepiscopus monasterium in monte Sigeberge nostrae tutelae subdidit, et mercatum, theloneum, monetam, etc., corroborari postulavit, Ejus desiderium implere studentes monasterium et omnia ad hoc pertinentia in nostram accipimus defensionem ».

1070. Concession d'Henri IV à Théoduin, évêque de Liège, de la monnaie de Dinant : «... Concedimus etiam ibidem monetam, telonium, mercatum, ut hec libère teneat

^ episcopus ».

107 1. Concession d'Henri FV à Théoduin, évêque de Li^e, .dç diverses localités situées en Hainaut. «... cum comitatibus, benefidis, advocatiis, teloniis, monetis, forestibus et omnibus appenditiis ».

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Nous arrêterons au règne d'Henri IV cette liste de diplômes, bien qu'il nous fût Éicile de la poursuivre jusqu'à une époque plus récente. Telle que nous la donnons, elle suflSt pleinement à montrer combien peu la multiplicité des concessions laissa de place en Allemagne au monnayage des rois et des empereurs. Les souverains ûe frappèrent plus au profit de leur liste civile que dans leurs possessions directes, et comme celles-ci étaient très dispersées, la série monétaire impériale ne présenta aucune unité. Entourées d'ateliers féconds et actifs, les oflEcines de l'empereur, placées le plus souvent sous l'administration d'un fermier ou d'un bailli (Foigt), suivaient dans chaque région le système monétaire de cette région ; aussi verrons-nous pendant notre seconde époque les monnayeurs impériaux de l'Ouest continuer la frappe des deniers bifiices, et ceux de l'Est émettre des bractiates. Il importe de se bien pénétrer de ce fait pour comprendre l'absence dans notre livre d'un chapitre spécial consacré à la numisnàatique des rois et empereurs d'Allemagne : il est absolument nécessaire de laisser les ateliers du souverain à leur place géographique;

On a vivement discuté en Allemagne la question de savoir s'il a pu exister simultanément, dans une même ville, deux ateliers monétaires, Tun restant sous la dépendance de l'empereur, l'autre travaillant pour le compte du seigneur local. Pour nous, et malgré l'autorité de H. Grbte, cette existence ne fait aucun doute. On peut invoquer en sa faveur un fait absolument concluant : le 28 janvier 908, Louis IV, dernier carolingien de Germanie, confirma à l'église de Tongres ou de Liège, dans la personne de son chef Etienne, la possession du tonlieu et de la monnaie de Maestricht qu'il lui avait donnés du consentement d'Albuin, comte de l'endroit. Cette donation, faite ob Dei sanctaeque Mariae atque Lamberti martyris amorem, ne s'étendait naturellement qu'au Maestricht d*alors, c'est-à-dire à la paroisse de Notre-Dame. Les faubourgs plus tard annexés à la ville restèrent sous la puissance des empereurs; la partie la plus importante du territoire impérial se comt)osait de la paroisse de Saint-Servais. Les empereurs y eurent un atelier • monétaire .qui frappa concurremment avec l'atelier épiscopal, sis en la paroisse de Notre-Dame. En 1204, l'empereur Philippe abandonna à Henri I, duc de Brabant, tous les droits qu'il avait encore sur Maestricht, et le double monnayage fut continué, à cette différence près que l'ancien atelier impérial frappa les deniers du duc'.

Voilà une dualité de pouvoir nettement constatée. Nous la retrouvons

I. J. de Chestret, Numismatique de la principauté de Liège, Bruxelles, 1890, in-4, p. 44 et suiv.

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à Mayence» à Cologne, à Strasbourg, àÂugsbourg, où, à côté de Tatelier du seigneur local, fonctionna pendant un certain temps un atelier au bénéfice de l'empereur.

Un passage du Miroir de Saxe, une lettre adressée en 1209 par Otton rV à Tarchevèque de Magdebourg, enfin une mention des Annales Metenses, nous apprennent que, lorsque l'empereur passait dans une ville, tous les droits monétaires y étaient momentanément suspendus et les monnaies étaient frappées à son nom'. Grote nous parait avoir démontré que ce droit n'exista jamais au x*, au xi* et au xii* siècles, et qu'il ne s'introduisit dans les mœurs qu'au xiii* siècle, grâce à l'autorité du Miroir de Saxe, compilation judirique partiellement tirée des capitulaires de Charles le Chauve».

Il nous reste à dire quelques mots de la manière dont les souverains allemands prélevaient sur leurs sujets ce qui constituait le plus clair des avantages du jus monetae: le seigneuriage ou Schlagscha% Dans les régions de l'Ouest, les bords du Rhin, la Westphalie, les Pays-Bas, en un mot dans les pays qui n'abandonnèrent pas l'usage du denier empreint sur les deux faces, le seigneuriage ne fut jamais exorbitant. De très bonne heure, les seigneurs laissèrent aux villes un droit de contrôle î ou établirent de concert avec elles un régime transactionnel qui sauvegardait, dans une certaine mesure, les intérêts du commerce. La conséquence de cette politique conciliante fut, comme le constate très bien Grote, que les villes ne se soucièrent pas d'accaparer le droit monétaire lui-même.

Dans les régions à bractéates, au contraire, la conquête du jus monetae dans toute son étendue fut un des premiers soucis des villes en quête d'émancipation. C'est qu'ici le Schlagschatx^ était devenu peu à peu un véritable moyen d'exploitation aux mains du seigneur, une succion permanente des fortunes particulières. Pendant toute la période des

1. Void le passage de la chronique messine, d'après un vidimus de i486, qui paraît donner une transcription plus correcte que les autres : « Mcssire H Empercires ail td droit en uste ville que ce lui plaît à venir en la ville, il envoyé son maistre maréchal devant. Si fait telle monnaie comme il veult. Cette monnoie si doit courre viij jours devant sa venue et tant comme il est en la ville et viij jours après son allée. » — Cf. P. Ch. Robert, Monnaies, jetons et médailles des ivéqties de Met^, Mâcon, 1890, p. 75.

2. Grote, Dos Mûnirecht der deutsclien Kônige und die Autoritàt des Sadtsenspiegels, dans les Mùnistudien, t. VIII, 1871, p. 313 et suiv.

3. Nous rappellerons entre autres les stipulations de la charte accordée en 13 14 par le duc Jean III aux Brabançons : a Item dat men niet maecken en sal noch slaen in Brahamlt eemgen penninck ten sy binnen vryen steden van Brahandt, ende nut raede van voorsi^, steden ende lande, 7*

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bracUates, on pratiqua dans Test de rAUemagne des démonétisations périodiques, suivies de mises en cours de pièces nouvelles, chacune de ces opérations financières constituant pour le peuple un impôt onéreux. A mesure qu'on s'avance dans le xiii* siècle, dit M. Schlumberger ', on voit se rapprocher de plus en plus les époques fixées pour la refonte des bractéates, et dans la seconde moitié de ce siècle prévaut presque partout la coutume de refrapper annuellement la monnaie... Dans chaque atelier, depuis le jour de cette nouvelle émission fixé par une ordonnance, ni le maître de la monnaie, ni les ouvriers de la corporation, ni personne dans la ville, ne pouvait, sans encourir des peines sévères, pratiquer des échanges avec les anciens pfennigs qui étaient démonétisés, soit le jour même, soit deux ou trois jours plus tard. Tout Vargent monnayé devait, au bout de chaque année, retourner ainsi à la monnaie ; chaque habitant était forcé, sous les peines les plus graves, d'y apporter le sien, et pas un pfennig ne devait en être détourné pour un autre usage. Une fois rapporté à l'atelier monétaire, l'ancien argent était refondu et rendu, sous forme de bractéates,à sts anciens possesseurs, et le droit monstrueux de l'époque forçait chaque habitant à acheter ces nouveaux pfennigs par l'abandon d'un nombre équivalent d'anciens, avec addition d'un ou de dtux pfennigs en plus par cent. Plus tard, cet impôt vexatoire, destructeur de tout commerce et source d'un gain énorme pour le seigneur, s'éleva jusqu'à quatre, six et même douze pfennigs pour ctnt... »

c) Le système ntonetaire.

Monnaies de compte et monnaies réelles. — Après la chute des Carolingiens, le système monétaire resta en Allemagne tel qu'il avait été étabU par Charlemagne. On continua à compter à la livre (libra, talentum, pfund, pond); la livre se subdivisât en 20 sous (solidus, schilling); le sou en 12 deniers (denarius, pfenning, penning); de sorte qu'une livre équivalait à 240 deniers.

Vers la fin du xi* siècle, l'habitude de compter par livres à 20 sous et à 240 deniers fut abandonnée pour le compte par mar^x (marca, siclus). C'est dans un document contemporain de Markward, évêque d'Osnabruck (1088-1092), qu'il est pour la première fois question d'une monnaie de compte appelée marc; mais la substitution du compte par marcs au compte par Uvres ne fut ni brusque ni générale. A Minden, par exemple, on comptait encore en livres au milieu du xv« siècle. Le

I. Schiumberger, Des bractéates d'Allemagne. Paris, 1873, in-8, p. 113 etsuiv.

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marc, monnaie de compte, se subdivisait en 12 sous et 144 deniers; il était donc égal aux deux tiers de la livre.

Dans les Pays-Bas et dans TOldenbourg, on comptait parfois, au XIII* siècle, par marcs d'ester lings. Cette monnaie de compte, d'origine anglaise et plus £iible que l'autre, ne comprenait que 10 sous ou 120 deniers. On trouve par exemple dans les documents :... marcae sterlingarum, marcam pro decem solidis computando.

La série des monnaies réelles ne se composait que de deux pièces pendant toute la période saxonne et franconienne : le denier et le demidenier ou obole (obolus, halbling). Au xiii* siècle, on frappa dans certains pays des quarts de deniers (quadrans, vierling, viering).

Taille et titre des monnaies. — Le pied légal fut pour toute l'Allemagne, jusqu'à l'apparition des bractéates au milieu du xii* siècle, le pied carolingien d'après lequel on taillait 240 pièces d'un denier dans une livre pesant d'argent fin. La livre correspondant à 367 gr. 2, le poids théorique du denier était i gr. 53.

Lorsque l'emploi du marc de Cologne, comme poids de l'argent, se fut généralisé dans la seconde partie du xii* siècle, on tailla 160 deniers au marc-pesant. Le marc de Cologne correspondant à 233 gr. 855, le poids théorique du denier devint i gr. 46.

Dès la fin du xii* siècle, la monnaie fut partout l'objet d'affaiblissements successifs. Les documents écrits relatifs à ces affaiblissements, les ordonnances monétaires, en un mot, sont trop rares pour qu'on puisse faire l'histoire de la diminution graduelle du poids du deoier qui correspond presque toujours à une diminution de module. Du reste, à mesure que le monnayage perd son unité primitive, le cours des espèces se restreint à la région, voire à la ville où elles sont émises, et l'histoire économique de la monnaie devient toute locale.

Le^pays où le denier resta toujours le plus près de sa valeur intrin-' sèque primitive fut la Westphalie, la région monétaire de Cologne, de Munster, de Soest, de Dortmund, d'Osnabruck. Grote a calculé qu'Engelbert I, évêque d'Osnabruck (123 9-1 2 50) taillait ses deniers à 168 au marc de Cologne, ce qui donne un poids théorique de i gr. 39. Un intéressant rapport, qui fera parfaitement saisir la valeur élevée que conserva toujours le denier westphalien, est fourni par le § 21 des lois frisonnes connues sous le nom de Leges upstalbomicae, promulguées vers 1328, au commencement de la période dont nous nous occuperons dans notre quatrième partie : « Turonense pro 4 monasteriensibus seu osnabrugensibus, vel pro ) sterlingis novis de Anglia computato; 4 turonenses pro is monasteriensibus seu osnabrugensibus, qui vulgo niie penningen nuncu-

pantuYyComputamus «.Ainsi, au commencement du xiv* siècle, lés deniers wcstphaliens valaient le quart d'un gros tournois et il y avait même une légère prime sur les pièces de l'émission la plus récente.

Il s'en faut de beaucoup que dans toutes les parties de l'empire germanique les espèces aient conservé une taille aussi élevée. Dans les Pays- Bas, en Lorraine, à Trêves, dans les Trois-Évêchés, en Alsace, les deniers, tout en restant empreints sur leurs deux Éices, deviennent progressivement plus petits et moins lourds. Un document des premières années du xii* siècle établit entre les deniers d'Utrecht et ceux de Westphalie le rapport suivant : 6 librae 12 solidi Daventriensis monetae, quae valet 4 marcas et 4 solides Sosat\ensis monetae, c'est-à-dire que 15 84 deniers frappés à Deventer valaient 624 deniers frappés à Soest. Le rapport est comme 33 esta 13, soit plus de deux et demi. A Trêves, en 1160, on taillait 20 sous, soit 240 pièces au marc, soit un poids théorique de o gr. 9743 par petit denier. A Luxembourg, au commencement du xni* siècle, la taille était de 320 au marc, soit un poids théorique de ogr. 7308 environ par petit denier'.

A Minden, sur la frontière occidentale de la région des bractéates, l'évêque Conrad de Diepholz ordonnait le 30 septembre 1265 à ses monnayeurs d'employer i marc d'alliage pour 4 marcs d'argent fin, et de tailler 327 pièces d'un marc de métal ainsi composé. Cette taille donnait à ses bractéates un poids théorique de 0 gr. 6745. En 11 80, à Hildesheim, on taillait 24 sous, soit 288 deniers, au marc; en 1226, à Magdebourg, 44 sous, soit 528 pièces; en 123 1, en Brandebourg, 60 sous, soit 720 pièces.

d) Type des momtaies.

Le type des' premières monnaies allemandes est la continuation, du type carolingien, avec cette particularité, dit M. Dannenberg, que le

Fig. 919 Fig. 930 à 9)2 Fig. 9)j et 934

monogramme est d'un emploi exceptionnel. Il n'en est pas de même du

1. Cette taille résulte du passage suivant de l'acte d'affranchissement de la ville

d*Echtemach en 1236 : « dabit XII denarios îucemhurgenses ejus ponderis juxta quod

marca vaUat XXVI solidos et octo denarios.., ».

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526 TROISlàuE PARTIE

temple tétrastyle (fig. 929), qui fut conservé, parfois avec quelqueis altérations, inconscientes ou voulues (fig. 930 à 932), dans deux régions de l'empire : i^ dans le bassin moyen du Rhin et le bassin de la Moselle, c'est-à-dire à G)logne, Xanten, Mayence, Strasbourg, Esslingen, Trêves et Metz; 2® dans le bassin supérieur du Danube, c'est-à-dire en Bavière et en Autriche, à Ratisbonne, Âugsbourg, Naabbourg, Freisingen, Eichstaedt et Salzbourg. Le temple de cette seconde région est celui des deniers carolingiens d'Italie : les colonnes sont remplacées par des lettres (fig. 933 et 934).

Au temple se rattache une représentation qui parait pour la première fois (fig. 935) sur un denier d'excellent style, frappé à Metz par Henri l'Oiseleur (923-936). Ce type, que Lelewel appelle un « temple de bois » et M. Dannenberg une « holzkirche », se répandit dans le bassin moyen du Rhin et celui de la Moselle, concuremment avec l'ancien temple tétrastyle ; nous le retrouvons aussi dans le bassin du Main, à Wurzbourg, et c'est vraisemblablement de là qu'il pénétra en Saxe, dans les ateliers d*Erfurt, Magdebourg, Gittelde, Quedlinbourg, Halberstadt et Hildesheim. Le monnayage qui marque l'époque où la « holzkirche » fut particulièrement en faveur est celui aux noms d'Otton III et de sa grand-mère Adélaïde (fig. 936 et 937).

Rg. 936

Un autre type carolingien, qui eut en Allemagne le plus grand succès, est celui qui se compose d'une légende, généralement le nom de Tatelier, placée horizontalement dans le champ. Ce dispositif, qui rappelait celui de certains coins popularisés par le monnayage anglo-saxon, fit au temple une concurrence redoutable. Nous le trouvons sous sa

Fig. 9)8 Fig. 959

forme pure à Cologne, à Toul, à Strasbourg, à Dortmund, au temps d'Otton I (936-973). Dans la première de ces villes, le type de l'inscription horizontale fut, dès le règne d'Otton I, légèrement modifié; on mit au-dessus du mot COLON I A un S barré, au-dessous un grand A

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accosté d'un caractère ressemblant à la fois à un G et à la volute d'une crosse, de manière à composer un dessin en forme de croix : Sancta Colonia Agrippina. Le G qui nuisait un peu à la symétrie fot rapidement omis(fig. 938 et 939).

Le type de Cologne, favorisé par Texcellent aloi des deniers qu'il légalisait, obtint sur le marché une vogue énorme, non seulement dans les régions du Rhin et de la Westphalie, mais dans la Basse-Lorraine. Nous le retrouvons pendant la période des dynasties de Saxe et de Franconie dans les ateliers suivants : Bruxelles, Anvers, Liège, Dinant, Munsterbilsen, Maestricht, Remagen, Andernach, Trêves, Thiel, Halberstadt, Fritzlar, Brème, Paderbom, Corvei, Osnabruck, Soest, Spire, Schwabach, Strasbourg, Bâle, etc. En Westphalie, le type de Cologne s acclimata et subsista jusqu'à la fin du xii* siècle, concurremment avec les nouvelles empreintes épiscopales^ Dans la Flandre impériale, l'atelier de Tabbaye d'Eenham conserve sur sts mailles une immobilisation du type de Cologne, jusqu'au milieu du xni* siècle.

Le buste de profil, d'un emploi assez rare sous les Carolingiens, e^ fréquent en Allemagne dès le règne d'Otton L D'abord limité à l'atelier de Strasbourg et à la Souabe, son emploi s'étend sous Otton III aux ateliers de la Basse-Lorraine, et sous Henri II à ceux de la Bavière et de la Westphalie. Beaucoup de ces bustes s'éloignent tellement du modèle carolingien qu'il «serait téméraire de vouloir établir ici trop d'analogies.

Il nous reste à parler de la croix qui formait sur les monnaies de la seconde race le type tradiuonnel du revers. Elle reste, à l'origine, d'un emploi exclusif au revers des monnaies des Trois-Évèchés et de la Lorraine ; mais en Allemagne elle est, dès le début, très firéquemment détrônée par d'autres types. Son usage est toutefois dominant dans les Pays-Bas, le pays de Liège excepté, dans l'atelier impérial de Dortmund, et en Bavière, à Augsbourg, Ratisbonne, Naabbourg, Salzbourg, où elle accompagne, au revers, les types habituels du temple et du buste de profil. Dans l'atelier de Cologne, la croix persiste jusqu'aux règnes d'Henri II et de Conrad IL

De toutes les influences étrangères qui vinrent agir sur le monnayage allemand et modifier l'allure carolingienne de ses types, la plus importante fut celle qui résulta de la circulation, sur le continent, des monnaies anglaises. Cette circulation fut énorme, car toutes les trouvailles

I. Cf. une note sur l'expansion du type de G>logne dans P. Joseph, Der bonntr Demrfund von 1890, dans les Jahrh. des Ver, v. AîUrthumsfreunde im Rheinl,, t. LXXXX, p. Ui et suiv.

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de monnaies du xi* siècle faites sur le sol allemand atx)ndent en deniers anglo-saxons. L'argent insulaire pénétra dans le nord de l'empire par les côtes de Frise et dans l'ouest par la voie commerciale du Rhin. C'est dans certaines villes baignées par ce fleuve que nous verrons les types anglo-saxons s'acclimater de préférence et tenter le plus le burin des tailleurs de coins. Lelewel, qui avait parfaitement compris toute l'importance de l'influence exercée par l'Angleterre sur le monnayage

Fig. 940 à 944

allemand, attribuait à l'invasion danoise de Canut l'expatriation d'un grand nombre d'artistes qui trouvèrent, selon lui, asile et travail dans les ateliers rhénans. C'est à l'adroit burin de ces émigrés que l'on devrait la création des écoles artistiques auxquelles appartient sans contredit la régénération du monnayage de l'empire.

Le foyer principal de l'influence anglo-saxonne sur le continent germanique paraît avoir été l'atelier impérial de Duisbourg. Les deniers frappés dans cette ville par Conrad II (1024-39) et Henri III (1039-56) montrent différents types où l'influence insulaire est évidente : c'est le même genre d'ornementation, la même profusion de perles, la même variété ingénieuse dans la disposition des légendes, qui prennent l'as-

Rg. 94$ Fig- 946 Fig. 947 Fig. 948

pect de véritables logogriphes (fig. 940 à 945). Il y a certainement quelques-uns de ces dessins dont on ne retrouve pas les prototypes anglo-saxons directs, mais il faut néanmoins reconnaître que tous appartiennent à un genre, à une inspiration venue d'Angleterre.

Parmi les ateliers où le même style est encore manifeste, nous citerons Andemach, où monnayèrent tour à tour Thierry, duc de Mosellane (984-1025) et Piligrim, archevêque de Cologne (1022-3 6). Nous avons pour Thierry un dispositif anglo-saxon absolument pur : la grande croix pointillée occupant tout le champ et portant une inscription sur

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l'Allemagne $24

les bras. Le type préféré par Piligrim a beaucoup d'analogie avec le premier de ceux que nous avons signalés pour Duisbourg : l'archevêque l'importa dans l'atelier de sa métropole. Dans les Pays-Bas, les types anglo-saxons trouvèrent un accueil hospitalier à Deventer, où les deniers d'Henri III portent une main divine descendant des nuages (fig. 947) ; mais leur centre d'action le plus fécond et le plus durable fut la Frise, où toutes les espèces du comte Brunon III (1038-57) et les premières de son successeur Egbert I (1057-68), ont des traits auxquels se reconnaît, à n'en pas douter, l'influence anglo-saxonne (fig. 948).

Lelewel voit encore des traces de l'action puissante exercée par l'art monétaire anglais sur celui de l'Allemagne dans une foule de détails d'exécution. Ainsi, « le sceptre à trois ou quatre globules,... les têtes diâdémées à la chevelure dressée et rayonnante,... les couronnes à trois globules... », tout cela, l'Allemagne le devrait aux modèles anglosaxons.

Après l'Angleterre, ce fut Byzance qui eut sur le monnayage germanique l'influence la plus sérieuse. Une trouvaille £ûte en 1872 à Althôfchen, dans la province de Posen, renfermait plusieurs deniers, incontestablement frappés dans les a-teliers orientaux de l'empire, qui reproduisent non seulement le type, mais les légendes de certains modèles

Kg. 949 Fig. 9$o

byzantins. Nous donnons ici les plus caractéristiques de ces pièces (fig; 949 et 950), La première est copiée servilement sur un sou d'or de Théophile, Michel et Constantin VIII (830-840); la deuxième joint, à un avers byzantin, un revers à la croix pattée portant en légende le nom du roi et empereur Henri II. Plusieurs deniers allemands également sans

Rg. 9SI Fig. 91* Fig. 9$j

nom d'atelier reproduisent au revers une image chère aux monnayeurs de Byzance : le buste de face du Christ se détachant sur un nimbe crucigère (fig. 95 1).

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