‹ Traité de numismatique du moyen âge (volume 3)Chapitre 16 sur 83 · II · texte numérisé non relu

II

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Le type de la tête impériale ou royale de face, que M. Dannenberg croit avoir été introduit en Allemagne dès Otton I, trahit une origine byzantine indéniable. Il fut principalement employé dans le bassin du Rhin depuis Strasbourg jusqu'à Utrecht. Des Pays-Bas il passa en Angleterre, où il devint sous Guillaume II et ses successeurs la marque habituelle des pennies. Nous réunissons dans nos figures 932 à 957 les principales formes de têtes de face relevées sur les monnaies allemandes du x« et du XI* siècle.

Lorsqu'Henri III, empereur (1046-56), eut créé Tatelier de Goslar pour y convertir en espèces les lingots d'argent extraits des mines du Hartz, cette ville devint le véritable centre de l'influence artistique byzantine. Les deniers de Goslar portent d'un côté le buste de face de l'empereur et au revers les deux bustes également de face des saints Simon et Jude (fig. 9S8). Ce type de Goslar fut copié dans plusieurs ateliers : à l'est, il s'étendit jusqu'à Magdebourg, et à l'Ouest, il trouva en Frise, sous Egbert I (1057-68), des centres de reproduction très actife (fig. 959).

Nous venons de passer en revue les trois monnayages carolingien, anglo-saxon et byzantin, qui eurent dans la formation des types allemands la part la plus essentielle. Vers la fin du xi* siècle, toutes ces notions d'art se combinent, se mêlent aux créations nouvelles des tailleurs de coins, et donnent aux monnaies germaniques un aspect de grande diversité. A l'ancien temple succèdent des représentations d'églises conçues dans le goût du jour; dans les ateliers épiscopaux, l'image de l'évêque en pied, en buste, à mi-corps, envahit l'avers des deniers; dans les régions à bractéates, l'art monétaire produit parfois des images d'une finesse et d'une surabondance de détails étonnantes. Seigneurs revêtus de leurs armures et tenant le bouclier, l'épée ou la bannière, posés parfois entre les deux tourelles de leur château fort; reproductions réduites de villes vues à vol d'oiseau; cavaliers chevauchant l'épée au poing; images de saints patrons; empereurs assis sur leur trône ; aigles éployées ; emblèmes municipaux ; saints subissant le supplice ou étendus dans le tombeau ; tout ce que l'imagination du moyen âge peut créer, se retrouve sur les espèces. • Dans les pays qui conservèrent une monnaie sérieuse, non réduite, par

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L* ALLEMAGNE 5}î

Texcès des prélèvements seigneuriaux, à de minces feuilles métalliques, les types n'eurent jamais cette variété prodigieuse qui caractérise les bractéates. En Westphalie et sur les bords du Rhin, ce furent Cologne et Munster qui produisirent le plus grand nombre de types pendant le xu*' et le xiii* siècles. A Munster, les plus anciens deniers portèrent une église à deux tours, et au revers, autour d'une croix, l'inscription immobilisée, des deniers des Ottons frappés à Cologne ; dans la seconde, partie du xii* siècle, ce revers fut remplacé par la tète de face de saint Paul. Comme nous Tavons dit dans notre précédent paragraphe, le denier conserva toujours dans ces régions un poids et un titre élevés. Il n'y avait qu'une différence minime entre la valeur des deniers westphaliens et celle des pennies ou esterlins d'Angleterre; ces espèces, très recherchées sur le continent et aussi répandues dans le nord-ouest de l'Allemagne que l'avaient été jadis les deniers anglo-saxons, devinrent au xni* siècle les modèles de tout un monnayage d'imitation. On frappa des esterlinSy non seulement avec les noms des seigneurs qui les faisaient émettre, mais parfois en copiant les légendes des prototypes, soit partiellement comme à Munster, soit intégralement comme dans les ateliers de Lippe, d'Arnhem et de Cunre. Les pennies anglais des rois Henri H, Jean et Henri III (12 16-1272) furent imités en Westphalie et aux Pays- Bas par les empereurs ou seigneurs suivants :

Dortmund,

Otton IV, empereur,

Frédéric II,

La Marck,

Adolphe I,

Cologne,

Adolphe,

Herford,

Henri de Molenark,

Munster,

Ludolphe,

Schwalenberg,

Bolkwin III,

Lippe,

Bernard III,

Gueldre,

Anonymes vers Otton II,

Cunre,

Anonymes,

xiii« siècle.

Certains ateliers, comme celui d'Osnabruck et ceux de Bernard III de Lippe, préfèrent au type anglais celui des esterlins irlandais de Jean (i 199-12 16), où l'effigie royale est placée dans un triangle. L'usage de ce triangle resta très répandu, même lorsque la tête qu'il encadrait eut (ait place à une image de saint ou à un emblème héraldique.

e). Paléographie et légendes,

La forme des lettres sur les monnaies frappées en Allemagne par les rois et empereurs delà maison de Saxe diffère peu de celle des lettres caro-

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53^ TROISIEME t^ARTlE

lîngiennes.Cest toujours Talphabet romain entremêlé de quelques lettres minuscules ou ropdes, le d, Ve, Vm, le g, mais d'un tracé plus grossier et généralement sans régularité ni proportion (fig. 960). Lelewel remarque une influence anglo^axonne dans le g carré et Va « chargé d'un toit ».

FIf . 9te

Quelques lettres dont l'emploi était rarissime ou sans exemple sous les Carolingiens : k,Xj ^f deviennent d'un usage fréquent par suite de l'influence exercée sur le latin des légendes par les langues germaniques.

Le nombre des lettres liées augmente dans une grande proportion; quelques ateliers des bords du Rhin et du bassin de la Moselle y ont continuellement recours. Nous donnons ici les principales de ces ligatures, qui comprennent les groupes suivants :ar, au, et, ht, hr, ma, nu, imp ou mp, nd, nr, or, tr, th, va, vir, uo; souvent deux ou plusieurs ligatures apparaissent dans une même légende (fig. 961). Les abréviations comportent aussi quatre lettres barrées, e, l, p, s; cette dernière est la plus

Fig. 96i Fig. 9*3 ^i- 9*4

fréquente. L'inscription dans laquelle nous avons constaté le plus de lettres liées et le plus d'abréviations (fig. 962), figure sur un denier de Raimbcrt, évèque de Verdun (1024- 103 9). Nous avons dit en parlant du type des monnaies que lemploi du monogramme carolingien est exceptionnel en Allemagne ; celui de monogrammes de création propre

est tout aussi rare. Dans toutes les pièces réunies par M. Dannenberg on trouve à peine deux exemples de monogrammes, l'un à Maestricht sous Otton U, l'autre à Celles sous Henri III (fig. 963 et 964).

Vers le dernier quart du xii« siècle, et surtout dans la première moitié du XIII', l'alphabet « prit, dit Lelewel, une tournure aplatie,

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<r rampante. Dans des étroits et bas alignements, la stature-nain des

« lettres roule et jette loin en avant les ventres, les bosses, les bras et

« autres membres étendus et prolongés. On y remarque quelquefois

« des formes extraordinaires des m et des i, des c, e, u, qui sont la

« suite de mélanges des lettres semi-gothiques ». Nous reproduisons ici,

Fîg. 9^ Fîg. 967

d'après Lelewel, Talphabet des lettres aplaties (fig. 965), quelques « formes extraordinaires » (fig. 966) et quelques caractères semi-gothiques du xiii« siècle (fig. 967).

Sur les bractéates Taplatbsement des caractères ne fut jamais aussi grand que sur les deniers émis dans les régions occidentales ; disposant de plus d'espace, le graveur était tenu à moins d'économie. A cette diflférence près, l'alphabet employé est identique ; c'est toujours un mélange de lettres latines, belles et bien formées, et de lettres semi-gothiques.

Pendant la première époque du monnayage allemand, les deniers portent habituellement une inscription au droit et au revers ; on trouve toutefois un certain nombre de revers sans légende et, exceptionnellement, quelques pièces complètement muettes. Pendant la seconde époque, la monnaie à doubles légendes reste de règle dans la région occidentale ; par contre, dans le Brandebourg et dans certains pays à petits deniers ou à bractéactes, tels que les Pays-Bas, l'Alsace, la Souabe, les monnaies anépigraphes sont d'un usage courant.

En règle générale, les légendes comprennent, d*un côté, le nom du souverain monnayant; de l'autre, celui de l'atelier: c'est la tradition carolingienne. Le nom de l'atelier est toutefois fi-équemment remplacé par celui du saint patron. On trouve ainsi, sur les pièces centemporaines des empereurs saxons et franconiens: S.Lebuinà Deventer, S. Ludger à Hclmstad, S. Domitien à Huy, S. Lnmbert à Liège, S. Servais ou S*' Marie à Mîiestricht, S'* Marie à Verdun, S. Kilian à Wurzbourg, S. Etienne à Metz, etc. Cette manière d'indiquer l'atelier est souvent gênante pour les attributions, car plusieurs localités d'une même région peuvent être placées sous un même vocable. Parfois, dans les ateliers ecclésiastiques, le nom du prince est omis au profit du nom du saint qu'accompagne le nom de la localité ; parfois aussi, dans la première période surtout, le nom de lieu est remplacé par celui d'un feudataire, et la légende comprend l'indication de l'empereur et celle de son vassal.

L'empereur est exceptionnellement désigné par son nom seul, sans titre; le plus souvent, le titre de rex ou d'imperator accompagne le nom;

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imperator est presque toujours abrégé. Souvent il y a imp. aug., mais jamais rex aug. M. Daimenberg s'en étonne» car cette rédaction du titre royal n'est pas rare dans les documents écrits. Conrad II, le premier en Allemagne, et sur des deniers de Mersebourg» ajoute Rûmanorum. Les deux titres REX IMP sont souvent réunis dans une même légende, notamment à Huy, Spire, Donmund, Worms, Deventer. Quelquefois le titre est précédé de Dei gratta, Dl GRA ou GRA Dl; cette rédaction,, qui ne paraît pas dépasser Otton El, se rencontre sur les deniers si nombreux aux noms d'Otton III et Adélaïde et sur ceux qui ont été frappés, comme eux, dans la région de Magdebourg, Hildeshcim, Quedlinbourg ; on la trouve aussi sur quelques pièces strasbourgeoises, et enfin dans les ateliers du bassin moyen de la Meuse, Liège, Huy, Maestricht et Visé. Très rarement, les empereurs prirent le titre decaesar, et Ton trouve une seule fois cacsar invictus sur un denier dont l'attribution géographique n'est pas encore cenaine. Dans les ateliers de l'Alsace et de la Souabe, les qudliûcatik pius, magnusow pacificus accompagnent parfois le nom des souverains de la dynastie saxonne.

Il est à remarquer que les rois d'Allemagne continuèrent sur leurs monnaies allemandes à s'intituler rex, bien qu'ils fossent déjà couronnés empereurs par le pape. M. Dannenberg cite plusieurs exemples de ce (m ; le plus concluant est tiré de la série messine : sur un denier de l'évêque Etienne de Bar (1120-1163) on trouve le buste impérial avec HEINRICVS REX ; or le seul Henri contemporain d'Etienne est Henri V, déjà empereur depuis iiii.

Les feudataires laïques omettent souvent leur titre pendant la première époque du monnayage allemand; ainsi font les comtes deHainaut, de Namur et de Frise. Adolphe II, comte de Berg, fait suivre son nom de celui de sa terre : ADOLFVS DE MONTE. Les ducs de Saxe, de Haute-Lorraine et de Bavière, usent dès le début du mot DVX. Henri, comte palatin (1045-1061), se fait honneur de cette dignité en la mentionnant sur ses espèces ; enfin vers la fin du xi* siècle, Thierry, avoué de Goslar, ajoute à son nom les premières lettres du mot advocatus.

C'est surtout à la fin du xii* siècle que la titulature se développe et prend de l'extension, principalement sur les bractiates. Nous noterons, dans le cours de ce chapitre, les légendes les plus intéressantes sous ce rapport ; bornons-nous à signaler ici quelques titres exceptionnels, comme ceux de SIMON NOBILIS. DOMICELLVS SIMON. SIMON IVVENE. pour juvenis, SIMON VIR NOBILIS, qui se lisent sur les deniers de Lippe pendant la minorité de Simon I (1275-1344) ; remarquons aussi cette particularité essentiellement allemande que le titre précède souvent le nom du souverain.

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Les princes ecclésiastiques joignent généralement leur titre à leur nom dès le début de leur monnayage autonome. Les évêques se nomment à peu d'exceptions près episcopus. Le mot praesul ne se rencontre à l'époque saxonne et franconienne qu'à Metz, Toul et Verdun ; dans Test de l'Allemagne, il ne paraît qu'une fois chez Burchard, évêque d'Haïberstadt. Les archevêques se contentent très souvent du titre d^episcopus. Conrad, archevêque de Cologne, s'intitule minister. Les qualificatiÉs honorifiques sont rares sur les monnaies ecclésiastiques ; on peut citer le mot pius sur quelques deniers de Cologne. A partir de la seconde moitié du xii* siècle, dans quelques évêchés, on trouve sur des monnaies le titre dUlecius; c'est ainsi que s'intitulent les évêques élus par le chapitre, investis par l'empereur, mais non encore consacrés par le Souverain Pontife.

L'indication d'un numéro d'ordre placé à la suite du nom d'un seigneur pour le distinguer d'un homonyme, est exceptionnelle. On trouve , HEINRICVS SECVND* sur un denier d'Henri II de Limbourg, évoque de Liège (1145-1165), mais M. Dannenberg ne connaît pas d'autres exemples de ce fait pour la période dont il s'est occupé.

Les saints sont parfois mentionnés sur les monnaies sans le titre de sanctus ; d'autres fois, sanctus est remplacé par un titre différent. On trouve ainsi : Petrus apostolus à Worms et à Hcrford, Lebuinus confesser à Deventer, Stephanus et Lambertus martyr à Huy, Stephanus protomartyr à Halberstadt, Sixtus papa dans la même ville, Gerirudis virgo à Nivelles, Maria Virgo à Verdun, Martinus archiepiscopus à Utrecht, Hiltigardis regina à Kempten, etc. D'autres fois encore, on lit sur les pièces un nom de saint précédé de sanctus et suivi d'une autre épithète, comme sanctus Paulus apostolus à Munster au xiii« siècle, sanctus Martinus Moguncie dominus sur les bractéates des archevêques de Mayence frappées à Erfurt.

Les noms de villes sont écrits seuls ou accompagnés d'un mot tel que civitas et urbs. Ces dénominations ne sont nullement réservées aux grandes villes ; de très petites localités s'en décorent dès le xi* siècle. Au XIII* siècle, il n'est pas de chef-lieu de seigneurie qui ne se pare du titre de civitas. Les autres quaUficatife ethniques sont rares ; par contre, un certain nombre de villes se décernent de pompeuses épithètes: Cologne et Bamberg s'appellent sancta. Les villes qui copient sur leurs deniers le type de Cologne copient aussi le mot sancta en se l'appliquant. Deventer et Thiel se proclament l'une et l'autre bona, et Trêves, beata. Au xiii* siècle, Dortmund s'intitule regia. Il est intéressant aussi de noter certaines réminiscences classiques, certains souvenirs glorieux d'histoire locale qui ont leur écho dans les légendes des monnaies* C'est

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ainsi que Xantcn est désignée par sancta. Troja, Trêves par Bclgica civitas ou secunda Roma, Toul par Lcucha civitas, Spire par Ncmetis, Cologne par Agrippina, Metz par Mfiiwma/nVi^ Verdun par urbs Clavofum, Strasbourg par Argentina, Bonn par Vcrona, etc.

Les monétaires, entrepreneurs ou fermiers de la monnaie, à l'exception de ceux de Bavière et d'Augsbourg, ne se font pas souvent connaître pendant le règne des rois franconiens et saxons. Plus tard, les mentions qu'on en trouve en Brabant, par exemple, sont également anormales. Nous les signalerons à mesure que nous les rencontrerons dans le cours de ce chapitre.

Les légendes constituant une dénomination de la monnaie elle-même ou une indication de sa valeur sont rares pendant la première période: on trouve DENARIS pour denarius sur un denier d'Âlbéron I, évêque de Liège (1120-1128), GEFRI DENARII sur des pièces de Bernard II, duc de Saxe (1011-1059), MONETA sur des deniers frappés à Bruxelles, Celles, Huy, Namur et Visé; NOTA, abréviation de tnaneta, sur de nombreuses monnaies d'Egbert I comte de Frise, etc. Pendant la seconde période, le mot moneia apparaît constamment suivi du nom de Tatelier; le mot denarius prend place sur des deniers d'Henri duc de Mecklembourg (i 178-1228) et sur un assez grand nombre de bractéates parmi lesquelles nous rappellerons celles de Frédéric Barberousse. - Une place à pan dans Tépigraphie monétaire de l'Allemagne appartient aux deniers frappés au xi* siècle à Gittelde par les archevêques de Magdebourg ; sur ces pièces les légendes, écrites en langue vulgaire, sont, si Ton prend la variante la plus correcte : lELITHES PENINC.^t^ de Gittelde, et HIRSTEIDTEBISCOP. ià est représenté Vévtque. Cest^ croyons-nous, le seul exemple du mot penning, pfennig, sur une monnaie allemande de* cette époque.

La formule HIR'STEID TE BISCOP, qui entoure, sur la plupart des deniers de Gittelde, une effigie épiscopale, trouve son pendant sur un grand nombre de bractéates où on lit, par exemple, EGO SVM BERNHARDVS, DVX HENRICVS EST. MARIIO EST OTTO. SCS MAVRICIYS DVX EST. C'est à la fois une affirmation de droits acquis et une explication naïve du type.

Sur un assez grand nombre de deniers, des mots placés dans le champ ou en légende circulaire expliquent de la sone le sujet représenté. On trouve ainsi: BASILE ou CVRA, auprès d'une église; CLAVIS auprès d'une clef; SCVT IPRAT scutum imperatoris, autour de l'écu impérial; BACVLVS à côté de la crosse de l'évêque d'Utrecht; CRVX, O SCA CRVX, CRVX XRISTI, SCRVCDEI autour d'une croix; MVTV. AGNVS PATIENS, EQVVS VENAL, PERV VOC, kquila

VICTRIX, sur des deniers liégeois, auprès d'un mouton, d'un agneau pascal, d'un cheval mis à l'encan, du perron liégeois ou de l'aigle impériale; BAN'DVC-LOV. handum ducis Lovante, à côté de la bannière brabançonne du duc Henri I (i 190-123 5), CAPVT autour de la tête des Albert, comtes de Namur, VICTORIA à côté de Tépée victorieuse deGodefroid H, duc de Basse-Lorraine (1065-1070), CASTRVM ADEIBERTI comitis autour d'un château sur une bractéate attribuée au comte Adalbert de Wernigerode (i 187-1207), CAPVT DE LIPPIA autour d'une tête, sous Bernard III de Lippe (1229-1265). Nous pourrions, sans grand profit, étendre encore cette liste.

Lorsqu'on examine les monnaies allemandes de la fin du xii^ siècle et du commencement du xiii% deniers bifaces ou bractéates, on est frappé de l'incorrection de certaines légendes, qui contraste si étrangement avec la régularité des caractères employés. Cette incorrection est parfois telle qu'il faut renoncer à lire l'inscription et « ne voir dans cette foule de lettres jetées pêle-mêle que de véritables pseudo-légendes, substituées aux légendes ayant un sens déterminé, par l'ignorance grossière des ouvriers monétaires. » On sait en effet que « les lettres étaient mobiles et qu'on les disposait sur le coin une à une, de sorte qu'il suffisait d'un ouvrier peu lettré pour faire ces légendes sans sens ; il faisait une série de lettres pour l'œil, sans s'occuper de savoir si cela donnait

des mots Dans les cas les plus nombreux, dit M. Schlumberger,

auquel nous empruntons cette citation, la pseudo-légende remplissait simplement le rôle d'un ornement, d'une sorte de décoration obligée. »

S n. — Lotharingie.

Après la mort du dernier Carolingien d'Allemagne, les seigneurs de la Lotharingie embrassèrent le parti de Charles le Simple, roi de France. Celui-ci établit dans le pays, comme duc bénéficiaire. Renier au Long Col, comte de Mons, auquel succéda en 916, du consentement du roi, son fils Gislebert. Le nouveau duc de Lotharingie refusa de se'soumettre au roi Raoul, successeur de Charles le Simple, parce qu'il n'était pas de sang carolingien, et reconnut la suzeraineté d'Henri l'Oiseleur, roi de Germanie, dont il épousa plus tard la fille. Après la mort d'Henri, Gislebert, voulant s'affranchir de toute hégémonie, s'unit au duc de Franconie pour renverser Otton I, mais les ducs furent vaincus et Gislebert périt vers 940, noyé dans le Rhin.

On possède de Gislebert des deniers au temple et à la légende chré-

tienne, portant autour delà croix du revers la légende + GISLEBERTVS'. Ces monnaies sont remarquables par Tomission de toute mention

royale; nous estimons qu'elles ont été

émises pendant la révolte du duc de

Lotharingie contre Otton I (fig. 968). Ce

qui vient à Tappui de cette opinion, c'est

l'absence de toute monnaie frappée par

Fig. 968 les successeurs immédiats de Gislebert :

Henri I, frère d'Otton I (940- . . .)> Henri, fils de Giselbert (mort en

944) et Conrad le Roux (944-953).

En 953, le roi Otton I, après avoir destitué Conrad qui s'était révolté contre lui, donna le duché de Lotharingie à son frère Brunon, archevêque de Cologne. Brunon, pour faciliter le gouvernement du pays et en assurer la sage administration, le partagea en deux provinces. Il y eut, dès lors, un duché de Haute-Lorraine ou de Mosellane, étendant sa juridiction sur Metz, Toul, Verdun et le Luxembourg, et un duché de Basse-Lorraine ou de Lothier, comprenant les Pays-Bas et les régions rhénanes, Brunon se réserva le titre d'archiduc. Cette division administrative ne lui survécut pas; après sa mort, les duchés et les grandes principautés ecclésiastiques ne reconnurent plus dans l'ordre féodal d'autre supérieur que le chef de l'empire.

Comme l'ont fait MM. Grote et Dannenberg, nous diviserons la Lotharingie en trois régions qui forment des groupes numismatiques assez bien déterminés : la Mosellane, les Pays-Bas, les pays Rhénans.

A. — Mosellane, a). Ateliers impériaux^.

Les rois et empereurs de la maison de Saxe eurent des monnaies à leur nom pour quatre villes de la Mosellane, mais ces ateliers, successivement concédés à des pouvoirs ecclésiastiques, s'affranchirent de bonne heure et s'attribuèrent des coins autonomes.

Metx^. — Henri l'Oiseleur (923-936) frappa à Metz des deniers à* txctV lent style. Leur type se compose du temple transformé, que M. Dannen-

1. A. De Witte. Trois deniers de Gislebert, duc de LotJjaringie, dans V Annuaire de la Sac, franc, denumism,, 1889, p. 177 et suiv.

2. P. Ch. Robert. Éludes numismatiques sur une partie du nord-est de la France, Metz, 1852, in-4, p. 225 et suiv.

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berg appelle « holzkirche «^ et de la croix pattée cantonnée de quatre globules. Le temple porte au centre l'initiale de la ville et est entouré de la légende +METTIS CIVITAS; du côté de la croix figure le nom du roi, + HEINRICVS REX. On n'a pas encore retrouvé de monnaies messines d'Otton I, et, dès Otton II, l'évêque de Metz associe son nom à celui de l'empereur. Après Henri II, les évêques s'affranchissent complètement de la signature impériale, qui ne reprendra plus sa place sur les pièces épiscopales qu'exceptionnellement, au xn' siècle, sous Poppon et Etienne de Bar.

Toul. — On possède des deniers purement royaux et impériaux frappés à Toul sous Otton I (936-973). Leur type se compose du mot TVLLO, écrit transversalement dans le champ, et de la croix cantonnée de quatre globules et entourée du nom du souverain (fig. 969). Sous l'épiscopat d'Etienne, le nom de Tévêque de Toul est associé à celui d'Otton III, et sous l'épiscopat de Brunon (1026-105 1), les deniers toulois deviennent complètement autonomes.

Verdun. — Henri l'Oiseleur conserva à Verdun le type employé dans cet atelier par ses prédécesseurs carolingiens : à l'avers, les deniers et les

Fig. 969 Fig. 970

oboles portent REX dans le champ, avec + HEINRICVS en légende circulaire ; au revers, +VIRDVNI entoure une croix pattée (fig. 970). Les coins de Henri l'Oiseleur, après lui, s'immobilisèrent à Verdun, ce qui prouve déjà une intervention féodale dans le monnayage. A partir d'Otton III, la mention de l'évoque paraît généralement associée à celle du roi. On possède toutefois quelques deniers aux noms seuls d'Henri II et d'Henri TH. Peut-être ont-ils été frappés aussitôt après l'avènement de c^s rois; nous attribuons, dans tous les cas, l'émission de ces pièces à l'atelier épiscopal, dont la plupart reproduisent les types usuels. Ces deniers portent, à l'avers, la tête du roi de profil à droite ou à gauche ; le revers sous Henri II est occupé par les lettres S + A ou le chrisme, sous Henri III par une main que nous retrouverons sur les pièces de l'évêque Richard. Le nom de l'atelier est indiqué soit par VIRDVNVM soit par SCA MARIA. L'autonomie épiscopale complète ne s'est aflSrmée à Verdun qu'au milieu du xi* siècle.

Remiremont, — Nous attribuons a Remiremont ks deniers d'Otton I où son nom, placé autour de la croix pattée, est associé au type carolingien

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dn monogramme avec la légende : GRATIA D-IIIX. Les premières monnaies autonomes de l'abbaye deRemiremont conservent ce monogramme snr des pièces où l'atelier est explicitement indiqué.

b). ÉvéMieMetiK

Le premier évêque de Metz dont le nom figure sur les monnaies est Thierry I (963-984). Le type de ses rf^iVj est une continuation de celui d'Henri l'Oiseleur : à l'avers un temple entouré de la légende SCA METTIS DEODERICVS; au revers, une croix pattée cantonnée de OTTO, nom d'Otton H, et, en. légende circulaire, le titre impérial + IM-PRT AVG. (fig. 971). Les exemplaires les plus anciens sont bien gravés et frappés avec soin, mais bientôt le travail se néglige, les tailleurs de coins intervertissent les lettres des légendes, les empreintes des flans dénotent une très grande mollesse.

Rg- rji Kg. 972

Adalbéron II (984-1004) continua à faire usage du type de son prédécesseur. Le nom d'Otton II cantonne toujours la croix des deniers. L'évêque s'intitule indifféremment episcopus et pracsuL

Nous distinguons cinq émissions différentes pour le longépiscopat de Thierry II (1004-46). Cet évêque abandonna au début de son règne le

temple d'Henri l'Oiseleur pour reprendre

ràncien temple carolingien resté en vogue

dans un grand nombre d'ateliers allemands.

Le nom d'Henri II et celui de l'atelier,

Fig. 97, HINRICVS REX MET. sont écrits au droit;

le revers porte DEODERICVS PRESV (fig. 972). La seconde émission

est au môme type, mais l'évoque s'est débarrassé de toute tutelle;

la mention d'Henri II est omise, et DEODERICVS PRESV se trouve

répété des deux côtés. Ces monnaies de Thierry II composaient la plus

grande partie du trésor exhumé en 1887 à Thionville ; leur taille et leur

I. F. de Saulcy. Recf)ercl)es sur les monnaies des éi'éques de Mei^, dans les Métn. de VJcad. deMeti, t. XIV, 1832-1833 ; Supplément, dans le môme recueil, t. XVI, 1834- 1835, — P. Ch. Robert, Monnaies, jetons et médailles des évéqttes de Met^, mémoire achevé par R. Serrure, dans V Annuaire de la Soc, franc, de numismatique, 1887 à 1890.

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frappe témoignent d'une négligence qui dépasse l'imagination : les âans, malarrondisy parfois carrés, mal aplanis, sont à peine empreints sur leurs parties les plus saillantes. La troisième éitiission correspond à un affaiblissement du poids et à une réduction du module des deniers ou des oboles^ qui portent un temple à fronton cintré (fig. 973), dont nous retrouverons l'image sur les pièces contemporaines de Luxembourg et de Cologne. A l'ancien atelier de Metz, MEDIOMATRICYM, viennent se joindre deux forges nouvelles, Marsal et Épinal. La quatrième émission de Thierry II comprend les deniers sur lesquels le nom de l'atelier est placé en deux lignes dans le champ: MET-TIS, MAR-SAL. SPI-NAL. SPE-TRVS; la localité désignée par le vocable de saint Pierre n'a pas encore été déterminée avec certitude. Le cinquième et dernier monnayage de Thierry II se compose de pièces portant à l'avers une tête nue à gauche, et au revers une croix pattée. Le module des deniers, qui était de 21 millimètres au commencement de son épiscopat, est descendu à i8 millimètres.

Adalbéron III (1047-72) a commencé, suivant nous, son monnayage par les deniers portant à l'avers une tête à gauche, et au revers un temple, que P. Ch. Robert range à Adalbéron II (fig. 974). L'évêque y prend parfois le titre de ADELBERO PRESVL, la ville y reçoit parfois l'épi-

fî«- 974 Fig. 97$

thète de sainte, SANCTA METTIS.Nous considérons comme appartenant à une seconde émission Its deniers où saint Etienne, SCS STEPHANVS, patron du diocèse, est représenté à genoux, les mains jointes ; au revers, une petite croix pattécf'est ceinte d'une double légende donnant le nom de Metz et celui d'ADELBERO EPS (fig. 975). Sur les pièces de la troisième émission, enfin, saint Etienne est agenouillé, les bras étendus dans l'attitude de l'adoration ; la croix du revers est cantonnée des lettres de M-ET-T'IS ou de S-PIN-AL, et entourée du nom et du titre de l'évêque. Le module des deniers messins a encore décru; le diamètre est maintenant de 17 millimètres.

Le dernier type que nous venons de signaler fut conservé par Hériman (1073-90) au début de son épiscopat, dans les ateliers de Metz, de Marsal et d'Épinal. Puis, le buste de saint Etienne remplace son image agenouillée; au revers, la croix pattée, simple ou cantonnée, continue à occuper le champ (fig. 976). Hériman fut activement mêlé aux luttes

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du pape et de Henri IV ; deux fois il fut chassé de son siège par l'empereur et remplacé d'office. On possède un certain nombre de deniers anonymes aux types d'Hériman, qui furent probablement frappés pendant ses exils ; ils portent l'indication des ateliers de Metz, de Marsal et de RVOMILINGIS. localité encore indéterminée, mais pour laquelle on a proposé des identifications avec Remilly, Rémelange et Rimling.

Poppon (1093-1 103) fit usage de deux types très dissemblables, auxquels il est difficile d'assigner un rang chronologique. Le premier se compose, d'un côté, de saint Etienne agenouillé, S STEPHANI, de l'autre, du mot POPPO écrit sur une bande horizontale limitée par un grenetis, qui coupe la légende circulaire HINRICVS. nom de l'empereur Henri IV. Le second donne à l'avers une église à deux clochers, + POPPO HETN-S EP-S. et au revers, le buste de &ce de saint Etienne (fig. 977).

F»«- 976 Fig. 977

Sous Adalbéron IV (1103-1115) les deniers portent toujours l'image agenouillée ou le buste de saint Etienne. Au revers, le coin représente une croix simple ou cantonnée, le mot METTIS écrit sur les bras d'une croix pointillée, une main tenant une crosse. Le nom de l'évêque est orthographié indifféremment ALBERO EPC ou ADELBERO EPS- Adalbéron IV avait été imposé aux Messins par l'empereur Henri IV ; son épiscopat fut très troublé, et le 28 mars 11 15, le concile de Reims y mit fin par une déposition. Ces circonstances expliquent l'existence de deniers anonymes, de même type que les pièces signées; ces monnaies donnent l'indication de deux ateliers indéterminés, RVME- LINGIS. RIMVLIGIS. que nous avons déjà rencontré au temps d'Hériman, et SOCCHEIS. SOCCHENEIS.

La succession d' Adalbéron IV donna lieu à de longues querelles, j usqu'au jouroùÉtienne de Bar (11 20-1 163) eut été reconnu, d'un commun accord, par Henri V et le clergé. Les Rf- 978 premières monnaies frappées par Etienne por-

tent le buste et le nom du roi de Germanie ; le nom de Tévêque, STEPHANVS EPC, figure au revers autour de la croix. Les espèces autonomes qui succèdent à cette émission reproduisent les types en usage sous Adalbéron IV (fig. 978) ; un assez grand nombre omettent le nom de Tévèque, mais on constate l'activité des ateliers de

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Metz, de Marsal et de Saveme. Etienne de Bar reconquit la ville d'Épinal, dont Simon I, duc de Lorraine, s'était emparé à la faveur des troubles, au temps d'Hériman ; il y conserva la forge monétaire existante et laissa aux deniers d'Épinal le type qu'ils avaient sous le gouvernement ducal : un édifice à double portail cintré et à toit aigu et crucigëre. Sur plusieurs de ces monnaies le nom de l'évêque est omis et celui de la ville inscrit en double ; les deniers d'Épinal semblent au .surplus être taillés suivant un autre pied que les pièces messines.

Sous Thierry III de Bar (1164-1171), les deniers portent soit son effigie à mi-corps, tenant le livre des évangiles et la crosse, soit celle de saint Etienne tenant le livre et la palme du martyre. Le premier de ces deux types est reproduit sur des pièces anonymes indubitablement contemporaines. Les monnaies de Thierry III, répandues dans les collections par la trouvaille de Bidestroff, ont encore 16 millim. de diamètre environ et 75 centigr. de poids. Sous Frédéric de Plu voise (i 171-73), le module ne dépasse plus guère 15 millim. Les deniers et oboles de cet évêque et de son successeur Thierry IV de Lorraine portent le buste épiscopal entouré du nom, et une croix pattée avec le mot METENSIS.

Sur les pièces si communes de Bertram (1179-1212), l'évêque est vu à mi-corps et bénissant, le revers est occupé par une dextre bénissant posée sur une large croix (fig. 979). Conrad de Scharphenneck (12 12-1224) se conforme au type de son prédécesseur, sauf dans l'atelier d'Épinal qui continue à user d'une empreinte spéciale ; l'édifice roman est devenu un donjon crénelé (fig. 980) ; les pièces portent CONRADVS- ESPINAL. une double mention de la ville, et parfois encore le nom du patron, S GEVRIS, saint Gueuric. La trouvaille de Diarville, qui a fait connaître la plupart de ces monnaies, renfermait trois exemplaires d'un

Kg. 979 Kg. 980

denier portant à l'avers OTTO et une aigle, au revers O ESPINAL et deux poissons. M. J. Laurent' voit dans ces poissons les armes du comte de Salm, partisan d'Otton IV, qui se serait emparé vers 121 2 d'Épinal sur Conrad de Scharphenneck, partisan déclaré de Frédéric II ; la ville aurait fait retour à l'évêque de Metz après la bataille de Bouvines, qui eut pour conséquence indirecte le triomphe de Frédéric II.

I. Noiice sur une découverte de numiaies lorraines faite à Diarville (Meurtbe)^ dans les Annales de la Soc. d'émulation des Vosges, t. XI, 1864, p. 138.

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544 TROISlàME PARTIB

Sous Jean I d*Apremont (1225-1239), nous voyons d'abord une continuation du type de Bertram et de G)nrad, puis, à la suite d'un nouvel affaiblissement, les coins reçoivent à l'avers l'effigie de l'évêque tenant la crosse et portant la mitre, qui apparaît ici pour la première fois; au revers, une croix pattée cantonnée de globules, de croissants ou d'étoiles, est entourée du mot METENSIS. Jean d'Apremont fut chassé en 123 1 par ses sujets, et ne put rentrer qu'en 1235 dans sa ville épiscopale ; . peut-être la restauration de l'évêque concorde-t-elle avec la. modification des espèces. Les monnaies messines du xin* siècle présentent une particularité qui leur est commune avec celles de Toul, de Lorraine, de Luxembourg et de Trêves ; le flan étant un peu plus large que les coins, les monnaies ont le bord plus épais que le centre.

Jacques de Lorraine (1239-1260) conserva d'abord sans rien y changer le second type de son prédécesseur, puis il agrandit son buste, supprima la crosse et mit au revers, rendu anépigraphe, une grande croix à branches trifoliées, cantonnée de lis. Après Jacques, la monnaie messine devient complètement anonyme. Philippe de Florange (1260- 1264), Guillaume de Traisnel (i 264-1269), Laurent de Léîsterberg (1269-1280) et Jean de Flandre (1280-1282), n'ont pas de numéraire signé ; les ateliers, multipliés dans tous les domaines du temporel, frappent de petits deniers, de 13 millim. et de 50 à 55 centigr., portant à l'avers l'effigie mitrée à gauche, et au revers un nom de lieu autour d'une croix. Ces noms sont tous écrits en fran- ^*t'9Bt ç^jg. jjQ^g avons ainsi DE MES pour Metz,

CHAISTE pour Châtel-Saint-Germain, CONFANT, GONFLANT pour Conflans-en-Jarnisy, DE VI, DE VIS, C'EST VI pour Vic-sur-Seille, MOIINVI pour Moyenvic, (fîg. 981), MARSAVT par Marsal, ESPI- NAVS pour Épinal, RANBERVIL' pour Rambervillers. Ces monnaies, qui se trouvaient réunies en grand nombre dans la trouvaille de Saint- Vith, sont d'une gravure charmante.

Bouchard d'Avesnes (1282-1296) reprit le monnayage signé. A Épinal, nous trouvons des deniers empreints à l'avers d'un écu au lion brisé d'une crosse en bande; au revers le buste de l'évêque est représenté bénissant comme sur les 'pièces anonymes ; la légende commence d'un côté par B • ESPI et se termine de l'autre par NAVS (fig. 982). Cet exemple d'un mot réparti par moitiés sur les deux côtés d'une pièce est loin d'être unique en épigraphie monétaire. A Marsal, l'écu de l'évêque est accosté, des syllabes BOV-CAR-DVS: au revers figure une croix pattée avec la légende + MARSALLENSIS. M. de Saulcy a publié un titre

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constatant que le 30 janvier 1292, Tévêque vendit, pour cinq ans, sa monnaie de Metz à la ville. On n'a pas retrouvé jusqu'à ce jour de deniers frappés à Metz au nom de Bouchard d'Avesnes.

FIg. 983 Fig. 985 Fig. 984

Gérard de Rhelanges (1298-1302) reprit à Metz et à Conflans le type des deniers anonymes du trésor de Saint-Vith, mais il écrit son nom lERAD autour du buste mitre. Â Épinal, il copia un dispositif créé par Ferry III, duc de Lorraine : son écu, billetté à la bande et brisé d'une crosse en pal, est placé dans une étoile à six pointes (fig. 983).

Renaud de Bar (1302-13 16) introduisit dans ses domaines la réforme dont le duc Ferry III avait pris l'initiative ; il frappa dans son seul atelier d'Épinal des doubles deniers au type lorrain du cavalier et de l'épée en pal ; seulement il eut soin de remplacer par des bars les alérions des pièces qui lui servaient de modèles. Les deniers copient le type lorrain du guerrier debout, ou le modifient légèrement en remplaçant le guerrier tenant l'épée et Técu par un évêque tenant la crosse et le livre (fig. 984). On ne connaît jusqu'à ce jour aucune monnaie d'Henri de Viennois (13 19-1324) ; son épiscopat appartient du reste à notre quatrième période.

c) Chapitre de Mei^, à Sarrebaurg.

Le chapitre métropolitain de Metz obtint en 1056 de l'empereur Henri III le droit de frapper monnaie à Sarrebourg. Les premières pièces qui semblent avoir été émises à la suite de cette concession remontent à la fin du xi^ siècle; ce sont des deniers au buste de saint Etienne, analogues aux monnaies anonymes du temps de l'évêque Hériman (1073-1090). Plus tard, au xii** siècle, les deniers sarrebourgeois portent non plus l'effigie du patron du diocèse, mais celle de saint Paul, sous le vocable duquel le chapitre de Metz se trouvait spécialement placé. Le revers a généralement une croix pattée, une main tetiant une crosse. Les dernières monnaies sarrebourgeoises ont été retrouvées dans le trésor de Saint-Vith, ce qui prouve que leur émission remonte à la seconde moitié du xin* siècle. Le type, copié des petits deniers épiscopaux contemporains, est, à l'avers, un évêque bénissant de profil à gauche, au revers, un écu au dextrochère tenant une crosse et mouvant de senestre. Le nom de Sarrebourg paraît sous les formes suivantes: SAREBYRC. SAREBOC et SAREBOR.

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