‹ Traité de numismatique du moyen âge (volume 3)Chapitre 20 sur 83 · C. — Pays rhénans · texte numérisé non relu

C. — Pays rhénans

a). Atdiers impériaux.

Dans la région rhénane proprement dite, neuf ateliers ont firappé la monnaie au nom des rois et empereurs : Cologne, Bonn, Ândemach, Remagen, Trêves, Prûm, Duisbourg, Aix-la-Chapelle et Boppard. Les quatre premiers furent absorbés par les archevêques de Cologne ; celui de Trêves eut un sort analogue et passa aux archevêques ; à Prûm, l'abbaye était déjà maltresse du monnayage; à Duisbourg, les émissions impériales cessent au xii^ pour reprendre incidemment sous Adolphe de Nassau ; à Aix-la-Chapelle, où le monnayage avait commencé tard, il dura pendant toute la période dont nous nous occupons; enfin, à Boppard, l'atelier ne paraît avoir ouvré qu'accidentellement sous Rodolphe de Habsbourg et son successeur.

Cologne. — L'atelier de Cologne n'est représenté jusqu'à ce jour, dans les collections, par aucun denier du fondateur de la maison de Saxe, mais son activité sous les Carolingiens rend improbable un chômage complet sous Henri l'Oiseleur. A partir d'Otton I, la Monnaie impériale et royale de Cologne travailla d'une manière très active jusqu'au milieu du xi* siècle. Il est extrêmement difficile de répartir entre les trois Ottons les pièces portant leur nom suivi de rex ou àHmperator. La difficulté est encore augmentée par l'existence d'un grand nombre de contrefaçons clandestines, à types et à légendes plus ou moins alté-

I . Luxembourg portait : émargent à cinq fasces tTa^^ur au lion de gueules, couronné £of broclnint sur le tout.

Googl(

590 TROISifeME PARTIE

rés, qu'il faut pouvoir distinguer des immobilisations locales. Nous nous bornerons à résumer le classement adopté par M. Dannenberg après un mûr examen des trouvailles :

Otton I (936-73) n'employa qu'un seul type, celui que Ton peut appeler par excellence le type de Cologne: d'un côté l'inscription s-colonia-a^ ou s-colonia-a, disposée en croix dans le champ, et de l'autre, orro rbx autour d'une croix cantonnée (fig. ÏO71).

Otton II, empereur (97^-83) conserve le môme type en substituant au titre de roi celui d'empereur, otto UiPERATOR ou oddo imp avg. Le nom est écrit indifféremment Oito ou Oddo.

Otton III, roi (983-996) nous donne quatre types différents : 10 le type précédemment décrit, avec oddo rex. — 20 otto rex. Croix cantonnée. Rev. : x?istiana RELiGio. Édifice à deux pignons sur lequel est écrit agri-pina; les légendes sont souvent incorrectes (fig. 1072). — 30 Tête diadémée à droite. Rev. : xpistiana religio. Dans le champ, en trois lignes : -h ag-ripp-ina. — 40 Tête diadémée à gauche. Rev. : Le type de Cologne : s-cx>lonia-a en croix.

Devenu empereur (996- 1002), Otton III en revient complètement au type primitif. Ses émissions furent l'objet d'un grand nombre d'imitations dans les ateliers du Rhin et de la Westphalie ; les pièces imitées ou immobilisées portent souvent au lieu de ODDO iMP avg des légendes telles que oddo ivip avg, oddo ivping, etc.

Fig. 1071 Fig. 107a

Henri II, roi (1002-24) continue le type de Cologne. L'autre côté des deniers porte la croix pattée, une tête de profil à droite, ou une tète couronnée de face. Après son couronnement impérial (1014-24), il fait usage des cinq dispositifs suivants : i» sca- COLO-NIA en trois lignes. Rev. : Croix cantonnée. — 20 sancta colonia. Temple carolingien à cinq colonnes. Rev. : Croix cantonnée. — 30 Buste couronné de face. Rev. : type de Cologne. — 4° Tête diadémée à droite. Rev. : type de Cologne. — 50 Buste couronné de face. Rev.: colonia. Croix cantonnée de deux globules et d'alpha-oméga.

Pour Conrad II, roi (1024-27) aucune pièce n'a encore été signalée. On en revint peut-être au type impérial d'Otton III ou on continua à se servir des coins d'Henri II. Conrad II, empereur (1027-39) ^^"^ donne cinq variétés monétaires : i» Tète diadémée à droite. Rev. : Type de Cologne. — 20 Tète couronnée à gauche. Rev. : Type de Cologne. — 30 Croix cantonnée. Rev. : sca-colo-nia en trois lignes. — 40 Croix cantonnée. Rev. : sancta colonia. Temple carolingien à cinq colonnes. — S® Croix cantonnée. Rev. : Temple où les colonnes sont remplacées par quatre lettres écrites en deux lignes.

M. Dannenberg signale trois types pour Henri III, roi (1039-56) : i» Croix cantonnée. Rev. : Temple carolingien à cinq colonnes. — 2» Tète de face. Rev. : Même temple. — 30 Tète de face. Rev. : Temple dont les colonnes sont remplacées par quatre lettres en deux lignes.

Googl(

l'Allemagne $91

Après Henri m, le monnayage royal et impérial de G>logne subit une éclipse jusqu'au règne de Frédéric Barberousse (1152-90)». Les deniers de ce prince le représentent assis, de face, tenant le globe crucigère est un sceptre fleurdelisé ; au revers prend place un édifice à trois tours ou à une tour accostée de deux drapeaux. La légende est SA COLONIA PAIC MAT. Sancta Colonia pacis mater, mais les lettres sont fréquemment interverties, et par suite, le sens de l'inscription est rendu inintelligible. Le réublissement de l'atelier impérial par Frédéric Barberousse ne fut pas du goût des archevêques de Cologne, habitués, pendant près d'un siècle, à profiter seub des bénéfices résulunt, dans leur ville, de la fabrication des espèces. Aussi, à l'avènement d'Henri VI, en 1190, l'archevêque Philippe de Heinsberg fit promettre à l'empereur que dorénavant il n'y aurait plus dans tout le diocèse de G>logne que deux ateliers impériaux, l'un à Duisbourg, l'autre à Dortmund : « Conceditnus ci et eulesie coloniensi, dit ce diplôme, ut de cetera in diocesi coloniensis archiepiscopatus nullas monetas habeamus, nisi duos, scilicet apud Duisburg et apud Tremaniam, easque de utero cudi non permittimus, nisi secundum antiquam cansuetudinetn, inbibetites etiam ne tam in archiepiscopatu coloniensi, quant extra eundem archiepiscopatum aliqua moneta fiât secundum valentiam, etformam et imaginem coloniensis monete. » Cette promesse paraît avoir été aussitôt révoquée, car on possède des deniers et des oboles d'Henri VI et de ses successeurs immédiats. Sous Henri VI (1190-97) et Philippe (1198-1208), les types restèrent à peu près ce qu'ils étaient sous Frédéric Barberousse ;• mais la production fut peu active. Dans les premières années du xm^ siècle, les empereurs suspendirent à Cologne l'exercice de leurs droits, cédant évidemment aux sollicitations réitérées des archevêques.

Bottn. — Une trouvaille faite à Bonn en 1890 et décrite par M. P. Joseph^ a fait connaître des deniers frappés dans cette ville et portant le nom, légèrement altéré, d'Henri II (1002-24). Ces pièces ont à l'avers VI-ERO-NA en trois lignes, et au revers une croix pattée cantonnée de globules.

Andemacb. — Nous avons des monnaies d'Andernach, ANDERNAKA, pour Otton III roi (983-1002) de deux types difiérents : une aigle ou

1. Dannenberg, DU aachener und kôltur Denare der Hohcnstaufischen Zdt dans les Berlifur BlâlUrfùr Mùn:(^, Siegel- und Wappenkunde, t. III, i866, p. 41 et suiv.— Le même, DU aachener und kôlner Mûn^en der Hohenstau/en^Kaiser dans la ZeitscJtr, Jur Numism,, t. I, p. 69.

2. Der bonner Denarfund von 1890, dans le Jahrhuch des Vereins von AUertbumsfr, im RheinL,t, XC, p. 103.

un nœud à trois boucles dans un enclos ; le revers porte une croix pattée. Après Otton III, l'exercice du monnayage passe à Thierry, duc de Mosellane, puis aux archevêques de Cologne ^

Remagen. — On ne possède de pièces impériales de cette ville que pour Otton III. Leur type se compose d'une tête couronnée à gauche et d'une croix cantonnée de globules posés dans des croissants. Le nom de l'atelier est écrit RIGEMAGO.

Trêves, -r- Le monnayage au nom de rois ou d'empereurs commence à Trêves avec Otton I (936-73); ses deniers royaux, OTTO REX. d'un aspect encore tout carolingien, sont marqués d'un petit temple accosté des lettres du mot TREVERIS. exactement comme sur les pièces de Louis l'Enfant dont nous avons donné le dessin à la p. 263. M. Dannenberg attribue à Otton H, empereur (973-83), plutôt qu'à son père, un denier au temple tétrastyle ; puis sous Otton III, roi (983- 996), les coins sont une adaptation de ceux qui étaient en usage à Cologne (fig. 1073). Henri n (1002-14) met sur ses deniers son buste couronné à droite, et au revers un édifice avec deux tours latérales. La monnaie devient ensuite semi-archiépiscopale. On a bien encore un denier d'Henri V (1106-23), mais cette pièce est certainement sortie de l'atelier des archevêques : c'est à la suite de l'avènement d'Henri V ou d'une visite qu'il fit à Trêves, que son effigie y a été représentée. Ce denier porte HEINRICVS CESAR autour d'un buste couronné, avec sceptre, à gauche, et PAX PETRVS autour du buste de saint Pierre tenant les clefs.

Fîg. 1073 Fig 1074.

Prûm. — M. Ménadier a récemment attribué à l'atelier de l'abbaye dePrûm des deniers zix nom d'Henri II (1002-14) HENRICVS REX ou HEINRICVS CAESAR. portant au revers le buste du Christ (fig. 1074). Après Henri II, ce monnayage devint purement abbatial.

I . M. Dannenberg attribue encore à Andernach un denier de Conrad II, empereur, portant le buste couronné de face, avec globe et sceptre, et reproduisant au revers un temple identique à celui des pièces frappées dans cet atelier par Piligrim, archevêque de Cologne. Aux côtés du temple est écrit ooi-ngi. Le nom d' Andernach n'étant pas écrit sur la pièce, l'attribution de M. Dannenberg n'est pas incontestable ; odikgi est peut-être un nom de lieu non encore identifié.

Googl(

Duisbourg. — La création de l'atelier de Duisbourg ne parait pas antérieure à Télévation de Conrad II à Tempire (1027-39). Nous avons vu, p. 528, que cette ville devint, sous le rapport du type et du style,

Fig. 1075 Fig. 1076 Fîg. 1077

le foyer principal de l'influence anglo-saxonne sur le continent. Les deniers de Conrad II portent tous son buste couronné de face et au revers le mot + DIVSBVRG écrit en croix, au milieu du champ, et cantonné de croissants ou d'arcs qui encadrent parfois des têtes de face ou des profils d'oiseaux (fig. 1075). Henri III, roi (1039-46) écrit le nom de l'atelier dans les cantons d'une grande croix à doubles bandes (fig. 1076). Devenu empereur (1046-56), il met au revers de ses pièces un dispositif dont une croix, des arcs et les huit lettres de DIVSBVRG continuent à faire les frais (fig. 1077). Il n'est pas facile de distinguer le monnayage d'Henri IV de celui de son prédécesseur. M. Dannenberg n'hésite cependant pas à reconnaître à la période royale d'Henri IV (1056-84) huit types pour la succession desquels nous proposerons un ordre diflférent de celui qu'il admet:

10 Tête couronnée de face. Revers : le mot orvsBVRG écrit dans quatre cercles, les lettres groupées deux par deux (fîg. 1078). Ce type est évidemment le plus ancien, car la tète de face le rapproche de ceux appartenant à Henri III.

20 Tôte couronnée de profil à droite. Au revers, le coin de rémission précédente est conservé.

30 Tète couronnée de profil à gauche. Rev. : les huit lettres du nom de lieu disposées dans les intervalles d'une sorte de roue à huit rais dont le centre est occupé par une croix (fig. 1079).

Fig. 1078 Fîg. 1079 Fig. 1080 Fîg. 1081

40 Tète de profil i droite. Rev. : Le roi assis de face, couronné, la main gauche étendue et tenant de la droite le globe crudgère (fig. 1080).

50 ^ yo. Tète couronnée de profil à droite. Rev. : Un édifice présentant, suivant les exemplaires, trois formes très différentes. Nous donnons la variété la plus curieuse sous notre fig. 1081.

Page 1