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80 Buste couronné de profil à gauche, le bras droit tenant une épée nue devant le visage. Rev. : Une église vue de profil.
Ces monnaies de Duisbourg sont d'une gravure si soignée qu'elles constituent de véritables petites œuvres d'art. Les effigies royales témoignent d'un eflfort réel tenté par le tailleur de coins pour abandonner la tête conventionnelle et se rapprocher du portrait. M. Dannenberg fait remarquer l'analogie du type d'Henri IV assis avec celui de certains deniers de Celles et de Stavelot, et déclare au surplus qu'il est copié du sceau royal.
En 1065, Henri IV donna Duisbourg avec toutes ses dépendances, y compris la monnaie, à Adalbert, évêque de Hambourg, mais, plus tard, la ville fit retour au domaine royal. Nous voyons, en effet, qu'en 1204, le roi Philippe l'engagea à Henri duc de Brabant, qu'en 1290 le roi Rodolphe l'engagea à Thierry, comte de Clèves, qu'en 1347 le roi Louis de Bavière l'engagea de nouveau à Jean, comte de Clèves, aux successeurs duquel elle resta désormais. Ces engagères, dont le souvenir a été conservé par les historiens, ne furent certainement pas les seules ; Duisbourg semble avoir reçu plus d'une fois encore la mission de venir en aide aux finances des empereurs en servant de gage à leurs créanciers. Nous avons décrit, p. 578, une série de deniers frappés vers la fin du XI* siècle, pendant que la souveraineté était exercée dans la ville rhénane par le chapitre de Saint-Servais de Maestricht. Nous avons également parlé, p. 576, des deniers émis à Duisbourg par Raoul de Zaeringen, évêque de Liège, aux subsides duquel Frédéric Barberousse dut avoir recours.
L'activité de la Monnaie de Duisbourg est confirmée au xii* siècle par un certain nombre de documents écrits. En 1144 une charte mentionne les WïWfittjW^^nw w(?«^/tf^. En 1173, Frédéric Barberousse fit un traité avec Philippe d'Alsace, comte de Flandre, qui promit de donner cours dans ses États aux deniers et oboks de l'empereur qui seraient expressément fabriqués à Duisbourg et à Aix-la-Chapelle pour la facilité des transactions'. En 1190, Duisbourg est l'une des deux villes du diocèse de Cologne dans lesquelles Henri VI déclare vouloir fabriquer ses espèces. La plupart des pièces de cette époque sont encore à retrouver si toutefois le nom de l'atelier figure dans leurs légendes. On possède un denier d'Otton IV (1198-1218) imité des pennies anglais
I. Warnkoenig, Histoire de la Flandre et de ses institutions civiles et politiques, Bruxelles, 1836, t. II, p. 425. — R. Serrure, Dictionnaire géographique de l'histoire monétaire belge, Bruxelles, 1880, in-8, sub verb : Occident. — Nous avons donné, p. $07, un extrait de ce diplôme.
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d'Henri II, et Cappe cite d'après le Catalogue de Reichel un denier d'Adolphe de Habsbourg (1292-98) reproduisant les types contemporains de l'atelier d'Aix-la-Chapelle, avec ces légendes : ADOLFVS ROM REX — DVSBVRG REGALIS CIVITAS.
Aix-la-Chapelle. — L'atelier impérial d'Aix-la-Chapelle commença à monnayer assez tard. Ses plus anciens produits connus faisaient partie de la trouvaille de Maestricht de 1856 publiée par M. Decoster, et remontent par conséquent à la seconde moitié du xi^ siècle. Ces deniers sont de même taille, de même titre et de même module que les pièces liégeoises contemporaines; ils ne portent pas la mention de l'empereur régnant, mais une tète couronnée de face ou de profil, accompagnée du nom de Charlemagne, CAROLVS. On sait que ce grand prince fut enterré à Aix-la-Chapelle où sa mémoire est encore particulièrement vénérée aujourd'hui. Le revers porte un temple tétrastyle à toit cintré ou un oiseau de profil ; le nom de lieu est écrit AQVIS GRA pour Aquis Granum.
A ces monnaies en succèdent d'autres représentant l'empereur légendaire en buste, parfois avec sceptre et globe crucigère, ou bien encore assis et tenant les mêmes insignes. La vue de l'église d'Aix-la-Chapelle
Fig. 1081 Fig. loS)
est reproduite au revers. Ces pièces portent parfois AQVIS GRAN et REX ROM. parfois AQVIS, mais souvent elles sont muettes. La trouvaille de Maestricht de 1853, publiée par M. Meyers, en renfermait un certain nombre et notamment le spécimen que nous donnons fig. 1082.
Sous Frédéric Barberousse (1152-90), le monnayage d'Aix-la-Chapelle, jusqu'alors languissant, devint très actif. Les deniers portent à l'avers l'empereur assis de face tenant le globe crucigère et Tépée, soit à l'épaule, soit posée sur les genoux; parfois l'épée est remplacée par une hallebarde. Au revers, la légende consacrée est ROMA CAPVT MVNDI souvent méconnaissable parla négligence de l'orthographe; le type est un édifice avec tours et arcades, vu de face (fig. 1083), ou le vaisseau d'une église dessinée de profil. Ces monnaies, dont les divisions ou oboles existent en très petit nombre, ont la taille et le titre des pièces de Cologne contemporaines.
Le 9 janvier 1166, Frédéric Barberousse ordonna la frappe de nou-
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velles espèces destinées à Êiciiiter les relations avec les pays mosans.Voici les principales dispositions de ce diplôme dont le texte est heureusement venu jusqu'à nous : « Preterea ne crcbra mutatio monetc, que aliquando gravior, aliquando levior esse solebat^ in dampnum tam gloriosi loci de utero redundet, ex consilio curie noslre monetam inibi cudifecimus in eadempuritate^ gravitatey forma et numéro perpetuo duraturam. De marca cudentur viginti quatuor solidi, duodecim solidis coloniensium semper equipolentcs, ita videlicet, ut ex his viginti quatuor solidis duodecim solidi colonienses haberi possint, et de duodecim solidis coloniensium viginti quatuor solidi aquensium sine impedimento possint cambiri. Forma vero denariorum talis erit, quod ex una parte erit imago S. Karoli et eius super scriptio, ex altéra parte nostra imago cum nostri nominis super scriptione.., » Les monnaies conformes à ces prescriptions ont été retrouvées par MM. J. et A. Erbstein'. Elles portent, au droit, FREDERIC* et la tête couronnée de face de l'empereur accompagnée d'un sceptre crucigère ; au revers S CAROL' IP et la tète couronnée de face, avec grande moustache, de Charlemagne, qui venait d'être canonisé le 29 décembre 1 165. Le « faire » de ces deniers est identique à celui des pièces contemporaines de Maestricht et du pays de Liège, avec lesquels ils étaient destinés à circuler. Ce fut une préoccupation constante de Frédéric Barberousse que d'assurer à l'Allemagne des débouchés commerciaux dans les Pays-Bas ; il obéissait à la même pensée qu'en 1166, lorsque six ans plus tard il conclut avec Philippe d'Alsace le traité dont nous avons parlé précédemment et par lequel il obtenait, pour ses monnaies frappées à Duisbourg et à Aix-la- Chapelle, un libre cours en Flandre. Ce traité de 1 173, si précieux pour la numismatique rhénane du moyen âge semble resté inconnu à tous les numismates allemands. C'est à eux qu'il appartient cependant de nous dire quelle fut cette nouvelle monnaie frappée par Frédéric I apud Dusburch,.. in denariis et apud Aquisgrani in obolis. Bornons-nous à rappeler la découverte en Belgique de deux trésors, l'un à Huy ', l'autre à Beveren 3 où les deniers de Frédéric Barberousse avec ROMA CAPVT MVNDI et l'empereur assis tenant la hallebarde se trouvaient en très grand nombre.
Ce type fut conservé par Henri VI (1190-1197) et par Philippe de Souabe. Le monnayage de ce dernier ne fut pas de longue durée et
1 . Ikr dîteste aachener Denar mit dem Brusthilâi Karîs des Grossen, dans Aus dresdmer Sammlungm, i^ fascicule. Dresde, 188 1, in-8.
2. R. Serrure, La trouvaille de Huy dans le BulL mens, de numism, et d'archéoL, t. I, 1882, p. 145 et suiv.
3. A. De Witte, Trouvaille de Beveren, dans la Revue belge de numism., 1892, p. 211 et suiv.
les produits en sont restés rares. Au début de la guerre pour la succession d'Henri VI, Walerand de Limbourg défendait Aix-la-Chapelle, au nom de Philippe, contre son compétiteur Otton de Brunswick. Forcé au bout de six semaines de rendre la place dont il avait la garde, il se tourna du côté d'Otton et assista le 4 juillet 1198 au sacre de ce prince. Il semble que Walerand de Limbourg avait obtenu en engagère les profits de la Monnaie d'Aix-la-Chapelle. Un texte de 1202 dit en elfTet : « RexOttommetam aquensem a domino WalrantodcLimburg expédiât et tant rex quant Walramtis illi monete renunciabit in perpetuunt, et dominus legatus sub anathemate prohibebit monetam in Coloniensi suntate cudi^ ». Les premières monnaies d'Otton IV (1198-1214) sont la reproduction, avec quelques variantes légères, de celles frappées par ses prédécesseurs ; les dernières, émises sans doute après 1202, s'éloignent du type de Cologne pour se rapprocher de celui adopté par Frédéric I en 11 66 : à l'avers le prince est toujours assis de face, mais au revers, les mots CAROLVS REX entourent la tète de Éice, avec grandes moustaches, de Charlemagne.
Sous Frédéric II (1215-1250), le type le plus fréquent est, au revers, un édifice à trois tours ayant parfois sous le portail la face à moustaches du grand empereur : SANCTVS CAROLVS. comme dit l'inscription du pourtour. Les dernières monnaies frappées du vivant de Frédéric II ont, au revers, le nom, WILLELMVS REX. du roi des Romains, Guillaume de Hollande. A l'avers, le souverain régnant est toujours représenté dans sa posture traditionnelle, mais sur les deniers signés par Guillaume, comme sur ceux de Richard de Cornouailles (1257-1269),*^ personnage auguste tient un sceptre fleuri au lieu de la hallebarde ou de l'épée.
L'anarchie du Grand Interrègne provoqua un ralentissement d'activité, peut-être un chômage complet, dans les travaux de la Monnaie d'Aixla-Chapelle. Pour retrouver une série, il faut passer à Rodolphe de Habsbourg (1273-1291) qui réorganisa l'atelier, veilla à l'émission de pièces de belle empreinte, et adopta des coins nouveaux. D'un côté les deniers conservèrent Tempereur assis de face avec l'épée et le globe : RV- DOLPH' ROM' REX: de l'autre, la légende VRBS AQVENSIS VINCE ceint un édifice à trois tours et à arcade sous laquelle est placée une couronne. La gravure a fait des progrès notables depuis le milieu du xin* siècle; ces deniers ont un mérite artistique réel. Nous retrouverons leur type dans l'atelier de Boppard. Il est très probable que la réorganisation de la Monnaie d'Aix-la-Chapelle eut lieu après cette