‹ Traité de numismatique du moyen âge (volume 3)Chapitre 3 sur 83 · Cf. Revue numism., 1858, p · texte numérisé non relu

Cf. Revue numism., 1858, p

3. Plusieurs auteurs attribuent à Henri I un denier de Montreuil-sur-Mer. Cette pièce n'est, ï notre avis, qu'un Philippe I, de Dreux, mal frappé et à légendes irrégulières.

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Les ateliers se multiplient et ne sont plus exclusivement établis dans les grandes villes. On possède aujourd'hui des pièces de Philippe I pour Paris, Orléans, Pithiviers, Étampes, Dreux, Mantes, Senlis, Pontoise, Sens, Chalon-sur-Saône et Mâcon.

Les deniers frappés à Paris conservent d'abord les empreintes du règne précédent. D'un côté, dans le champ, les lettres alpha et oméga suspendues par deux pals à l'X du mot REX de la légende circulaire ; d'autre part, le nom de l'atelier et une croix simple au milieu du champ. . Sur quelques exemplaires, l'inscription est placée extérieurement et à rebours, et la croix est cantonnée de A et CO.

Sur un denier de fabrication plus récente, les lettres A-CO, formant le type principal, ne sont plus attachées à des pals ; elles occupent seules le centre du flan.

Mais la monnaie parisienne devait encore subir sous Philippe I une double transformation. Bientôt le roi abandonne l'alpha et l'oméga pour en revenir au dispositif adopté sous Robert. Le mot REX s'étale dans le champ entouré de PHILIPPVS.

Enfin, une dernière modification est introduite. Au lieu de rex, c'est le commencement du nom royal, PHI. qui prend place au centre de l'avers, et la légende circulaire complète les trois lettres du milieu par LIPVS REX.

Ces modifications de type correspondent, suivant toute apparence, à des affaiblissements successif du titre. En 1103, les deniers étaient tellement altérés que le désordre* du cours était considéré comme une calamité publique. La chronique de Saint-Maixent se fait, en ces termes,' l'écho des plaintes unanimes du peuple: <c Fuit magna tribulatio, et nummi argentei pro aereis mutati etfacti sunt, »

A Orléans, Philippe I conserve le type antérieur en remplaçant la légende circulaire par son nom :

+ PHILIPVS REXD-I; les lettres placées dans le champ aux côtés du portail forment, avec plus ou moins de correction, le mot DEXTRA, qui complète D-l. en sous-entendant benedicta. Ce monnayage comprend '^' *'

des deniers (fig. 65 1) et des oboles. Sur certaines variétés, on voit dans les cantons de la croix du revers deux croisettes ou alpha et oméga.

L'atelier de Pithiviers, petite ville qui forme aujourd'hui un chef-lieu d'arrondissement du département du Loiret, copie le type du portail Orléanais. Au revers des deniers qui y sont émis, on lit + PITVERIS CASTRVM autour d'une croix pattée.

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A Etampes, où le premier type employé est une dégénérescence du monogramme, nous voyons bientôt se produire une copie du même portail. Le nom de l'atelier est CASTELLVM STAMPIS.

Mantes fournit des deniers portant SILIPVS REX et MEDANTEVN CAT. Le graveur a marqué son coin de deux annelets et de deux croisettes placés en losange, réminiscence inconsciente d'un type du roi Eudes.

A Senlis, c'est une dégénérescence du monogramme carolin, mais extrêmement altéré, qui marque le signe d'échange; on l'a décrite: croix sans pied accostée des lettres Cl-S-L-V où l'on retrouve les éléments de C/vitas 5i/t;anectis.

Cest aussi un monogramme qui marque les deniers de Pantoise, PONT-ESIVE, mais ce monogramme renferme peut-être les lettres principales du nom Filips.

A Chdteau-Landon, dans le Gâtinais, LANDONIS CASTA. un monogramme constitue également le type monétaire; c'est un souvenir vague de l'empreinte du roi Raoul accompagnée de deux O cruciformes et d'une croisette.

A Sens, le temple tétnistyle inventé par Cliarlemagne a traversé le xi« siècle, comme il avait traversé le ix«. Il nous est conservé dans toute sa pureté sur les deniers du roi Philippe I, comme sur ceux du comte Renaud (951-996). Nous avons donc des deniers sénonais présentant au droit: PHILIPPVS REX autour du temple, et au revers: SENONIS Cl VI S autour d'une croix cantonnée de globules et d'CO suspendus.

Ce n'est plus un temple, mais une façade d'église avec son clocher, qui figure sur les deniers émis par Philippe à Dreux, DRVCAS CASTA. Nous verrons dans le prochain chapitre l'origine de ce type local.

A Mâcon, un losange accompagné de globules rappelle l'empreinte en usage sous le roi Robert. La légende circulaire est + PILIPVS RX. Au revers, nous retrouvons sur la plupart des pièces une lettre isolée, soit S, soit N dans le* champ, et tout autour le nom + MATISCON. Seule, une obole remplace la lettre par une croix pattèe cantonnée de globules.

Chalon-sur-Saône conserve sous Philippe I le grand B dans le champ qui caractérisait les émissions du règne précédent.

§ V. — Louis VI (1108-1137).

Les monnaies de Louis VI ne peuvent, à l'exception de celles de l'atelier de Dreux, être distinguées de celles de Louis VII que par l'examen du style naturellement plus archaïque et par l'étude des trouvailles.

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Pour l'atelier de Paris, nous accorderons donc à Louis IV les deniers suivants qui donnent la fidèle reproduction de types successivement employés par Philippe I :

10 + LVDOVICVS. Dans le champ: REX. Au revers: PARISII CIVIT. Dans le champ, une croix.

2^ + HLVDOICVS. Dans le champ : REX, mais accompagné, audessus et au-dessous, d'un annelet. Au revers: PARISIVS CITA. Croix cantonnée de deux S.

30 LVDOVICVS REX. Dans le champ, CO et À suspendus à des pals et accompagnés d'une croisette et de deux annelets. Au revers : PARISII CIVI. Croix cantonnée d'un A et d'un CO.

4? Même type, mais accompagné, à l'avers, de l'alpha et de l'oméga sans les pals.

La chronique de Saint-Maixent signale pour le règne de Louis VI deux affaiblissements successife, l'un en 1112: Iterum nummi mutati sunt et cum granis aliis facti sunt, l'autre en 11 20: Mutati sunt nummi,

A Pantoise, l'atelier monétaire copie le troisième type de Paris. Le nom du lieu, lorsqu'il paraît sous sa forme régulière, est PONTISAR CASTI, mais parfois des altérations successives en embrouillent les lettres et donnent une orthographe bizarre, telle que PONTISI CNRSI.

Orléans conserve sous Louis VI son portail traditionnel. On le voit, surmonté d'un annelet et accosté de deux C renversés, avec la légende + LVDOVICVS REX; au revers, AVRELIANIS CIVITAS. et une croix cantonnée d'un V et d'un O.

A Étampes, même portail, mais accompagné dans le champ des lettres SI-AP-IC. mise peut-être pour Stampis. Ce serait une abrévation du CASTELLVM STAMPIS écrit au revers.

Les deniers de Senlis, SINELECTIS CN. continuent à porter la figure dite croix à trois branches, mais cantonnée de deux fleurons et accompagnée au-dessous d'un CO couché (fig. 632).

Sens conserve son temple tétrastyle; mais en en remplaçant le fronton par une sorte de dôme.

A Bourges, on voit une tête barbue et couronnée, de face. La légende est + LVDOVICVS 'REX. Au revers, VRBS BITVRICA entoure une croix pattée ; le qualificatif urbs au lieu de civitas se retrouve sur les deniers sénonais: SENONIS VRBS.

Pour Château-Landon, M. Hoflfmann reconnaît à Louis VI deux de-

I. M. Daniel Mater a consacré une très intéressante étude à U Atelier de Bourges sous les Capétiens, dans V Annuaire de la soc. franc, de numism, 1890, p. 427 et suiv.

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. niers qui nous montrent la dégénérescence successive du monogramme de Raoul, dont nous avons constaté une première étape sous Philippe I. Le type le plus ancien porte + LVDOVICVS REX, pal accosté à droite et à gauche d'un CO couché entre un globule et un annelet (fig. 653). Celui qui nous semble le plus récent a le même pal accompagné à droite d'une crosse, à gauche d'une croix entre deux globules (fig. 654). Le revers des deux monnaies porte + LANDONIS CASTA autour d'une croix pattée ayant deux croisettes dans les cantons.

Fig. 6$2 Fig.^6sj Fig. 6s4

La ville de Compiêgne se révèle sous Louis VI comme atelier de la troisième race. Ses deniers, restés d'une rareté excessive, sont empreints d'un châtel à galerie crénelée et portent à l'avers le nom + CVMPSIENE, forme en langue vulgaire intéressante à noter ^

A Dreux, nous retrouvons l'édifice qui se voit sur les deniers de Philippe L Les deniers sont d'une gravure très fine; sur quelques variétés, on peut voir, à l'intérieur. du monument représenté, les cloches qui le garnissent. Les légendes sont + LVDOV-CVS REX et + DRV- CAS CASTA, celle-ci placée au revers, autour d'une croix pattée garnie d'une fleur de lis dans deux de ses cantons. En 1 132 ou 1137, Louis VI donna Dreux avec le titre de comté à Robert, son troisième fils.

Montreuil-sur-Mer, comme Dreux, porte un édifice. Les légendes portent + REX LODOVICVS et + MONSTE- ROLVM. correctement écrits (fig. 6s s)-

A Mâcon aussi, les types du règne précédent persistent sur les deniers et les oboles. En voici la description: +L + OS+V + C, F'«- *iî dans le champ, la lettre S; au revers, une

croix évidée au centre en forme de losange, avec quatre globules dans les cantons.

I. Le Blanc publie, p. 162, un document du règne de Louis VI, relatif d Tatelier de G>nipiègne, qui nous instruit des incidents auxquels l'ouverture de cet hôtel donna lieu : « In nomine sanciae et individtiae Tritiiiaiis, Ego Liidovicus Dei gratta Rex Francorum, notumfierivolocunctisfidelibus, tamfuturis quant instantibus, qtiodNos, qui contra volunlatem Jjominum de Compettdio ibi monetam fieri volebamus, tant propter discordiam inde ortam, tam propter eorum petitionem, ilHs concedimus ut neque Nos, nec Itères noster umquam amplius Compendii monetam fieri faciamus, sed iîlis in perpetuum annuimus, ut talis moneta ad medietatem ibi perpétua mittatur, qualis antecessorum suorum temporibus ibidem cucurrisse cognoscitttr, etc, »

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Quelques feudataires, contemporains de Louis le Gros, mentionnent son nom sur leurs espèces. A Laoït, les types restent dans les traditions du nionnayage de Robert et de Tévêque Adalbéron : au droit et au revers paraît une tête de face ornée d'une coiffure qu'on peut prendre à volonté pour une couronne ou pour une mitre basse. Les légendes sont : LVDOVICVS REX et LVDVNENSIS.

Nous ne parlerons pas ici des monnaies de Langres, de Nevers et d'Angoulêmc ^ sur lesquelles le nom de Louis est une immobilisation du nom de Louis d'Outremer plutôt que celui d'un roi, contemporain des émissions continuées. Les sires de Bourbon copièrent dans la première partie du xii* siècle les coins de Nevers en conservant autour de la faucille + LODVICVS REX ; il est probable que la contemporanéité du règne de Louis VI avec les débuts du monnayage bourbpnnais n'a pas été étrangère à la reproduction du nom Ludovicus rex sur les espèces seigneuriales.

S VL — Louis VII (1137.1180).

Louis Vn dit le Jeune venait d'épouser Éléonore, fille et héritière de Guillaume X, duc d'Aquitaine, lorsque la mort de Louis VI l'appela au trône de France. Il fut couronné duc d'Aquitaine à Poitiers, le 8 août 1 137, et roi de France à Bourges le 25 décembre suivant.

Le II juin 1147, Louis VII partit pour la croisade avec la reine Éléonore, laissant le soin de l'état à Suger et à Raoul, comte de Vermandois. En 11 52, il fit prononcer la nullité de son mariage et perdit fî«- ^$^

en même temps les provinces que sa femme lui avait apportées en dot.

Le monnayage au nom de Louis Vil comprend trois groupes : i** les monnaies frappées dans le domaine de la couronne ; 2° celles frappées de 1137a 1152 dans les ateliers aquitains ; 3° quelques pièces seigneuriales sur lesquelles on a fait figurer la signature du roi.

Dans le domaine de la couronne, le règne de Louis le Jeune est marqué par un événement numismatique d'une certaine importance : la création, ou tout au moins l'adoption définitive dans l'atelier de Paris d'un type monétaire qui restera pendant deux siècles celui du

I. Voyez, p. 254, Torigine du type nivernais sous Loub d'Outremer. — Les prototypes du monnayage d'Angoulême au nom de Louis d*Outremer ne sont pas retrouvés, mais nous sommes absolument de Tavis de Poey d'Avant, 1. 1, p. 50, quant à Torigine du type angoumoisin.

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366 TROISifeME PARTIE

dmier et de Vobole parisis ; au droit, les coins sont gravés au nom royal LVDOVICVS RE. avec, dans le champ, FRA-NCO pour Francarum, en deux lignes ; au revers une croix pattée est ceinte de + PARISII CIVIS

(fig. 656).

Mantes, qui n'abandonne pas ses traditions monétaires, frappe sous Louis le Jeune le denier suivant : + LVDOVICVS REX. Croix cantonnée de deux annelets; au revers CASTRVM MAJ, NAT ou NATA.

Fig. 6s7 à 662^

avec deux annelets et deux croisettes disposés en quadrilatère dans le champ (fig. 657). C'est un type, né d'un coin d'Eudes, que nous avons • déjà constaté sous Philippe I.

A ÉtampeSy la porte représentée à l'avers des deniers de Philippe devient, par une altération curieuse à noter, l'initiale de la ville (fig. 638). Un caractère général des monnaies de Loiiis VII, et qui peut servir à lés distinguer de celles de Louis le Gros, est précisément que les anciens types locaux se transforment au point de devenir absolument méconnaissables. Les deniers et les oboUs d'Étampes peuvent se décrire ainsi : + LVDOVICVS REX I ; dans le champ, un E couché, au-dessous plusieurs globules et une croisette. Au revers, CASTELLVM STAMPIS et une croix cantonnée de deux A.

L'atelier de Château-Landon continue à ouvrer sous Louis Vil, comme il l'avait fait sous ses deux prédécesseurs. Le type reste dans les mêmes données, mais la dégénérescence du monogramme de Raoul atteint ses dernières limites : un pal accosté de deux crosses que surmontent trois points occupe le champ des deniers^.

A Montreuil'Sur-Mer, les deniers, plus petits et d'argent moins fin que ceux de Louis VI, reproduisent l'édifice, mais en le réduisant à deux colonnes supportant un cintre. Le nom de l'atelier est + MOSTEROL ou MVSTEROL ^

A Bourges, le monnayage royal fut particulièrement actif. Les produits sont caractérisés par la présence, au revers, d'une croix fleuronnée, à long pied, que nous retrouverons sous Philippe-Auguste/

Dans le duché d'Aquitaine, Louis Vil frappa à deux types différents sans indication, spéciale d'atelier. Les deniers et oboles du premier type

1. L. Lex, Denier inédit de Chdteau-Landon, dans la Rev, numism., 1884, p. 80.

2. £. Caron, Trésor de Pantoise, dans V Annuaire delà Soc. franc, de numism,, 1892, p. 276.

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présentent à l'avers XODVICVS REX autour d'une croix pattée, au revers, DVX-AQVI-TANI-€ en quatre lignes. Les pièces du second type portent les lettres REX en triangle (fig. 659), le nom LODOICVS en légende, et au revers + ET + DVX avec la croix pattée habituelle '.

Dans les ateliers de Bordeaux et de Saintes j on emprunte, pour les besoins du règne de Louis VU, le type immobilisé de + LODOICVS dont nous avons signalé l'existence à Angoulême. Trois croisettes (fig. 660) occupent le champ des deniers sur lesquels le nom d'atelier est + BVRDEGALV ou + STÉIN+AS.

G)mme monnayages féodaux mentionnant sur les pièces le nom du roi, nous rappellerons ceux de Laon, de Bourbon, de Langres et d'une localité encpre indéterminée.

 Laony les coins reproduisent les empreintes des deux bustes que nous connaissons déjà (fig. 663) ; les légendes donnent les noms du roi et des évêques Gauthier II (11 5 5-1 174) et Roger de Rosoi (1175- 1201) qui se succédèrent sur le siège laonnois. Les monnaies des sires de Bourbon, contemporaines de Louis VII, portent un profil imité de la tête de saint Maurice de Vienne ou une dextre empruntée aux estevenants de Besançon (fig. 661 et 662). A Langres, les évêques placent

Fig. 66} Fig. 664

sur leurs deniers le nom du roi autour d'une crosse accostée d'un croissant et d'un soleil (fig. 664). Les pièces de l'atelier indéterminé désigné par DOMCASTELLVM et que Duchalais classe à Châteldon, portent LVDOVICVS VIVIT et un monogramme copié de celui d'Herbert du Mans.

§ Vn. — Philippe II, Auguste (i 180-1223).

Les possessions directes de la couronne furent considérablement augmentées sous Philippe -Auguste, sous lequel la puissance royale reçut

I. Duby a publié un ^nier portant un lion dans le champ, qu*il attribue à Louis VII, roi de France et duc d'Aquitaine. Cette pièce, que M. Hoffmann a également reproduite, pi. VII, fig. 8, n'est qu'un exemplaire fruste d'une monnaie frappée à Aquila, dans les Abruzzes, par le roi de Sicile Louis d'Anjou.

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368 TROISIRME PARTIE

un remarquable accroissement. Les villes d'Ârras et de Saint-Qmer lui échurent comme dot de sa femme Isabelle de Hainaut (1191) ; le Vermandois fit retour à la couronne ; Tan 1204 Philippe confisqua la Normandie, et presque simultanément la Touraine, le Poitou, l'Anjou, le Maine reconnurent son autorité. Âlssoudun et à Déols, ce fut comme tuteur de son fils Louis que le roi inscrivit son nom sur les monnaies de ces seigneuries. En Bretagne, enfin, Philippe-Auguste, se posant comme défenseur intéressé des droits de la jeune Alix, fille de Gui de Thouars, s'empara en 1206 de Nantes et prit le titre de duc ; il conserva la souveraineté du pays jusqu'en 12 13, lorsqu'Alix eut épousé Pierre Mauclerc.

L'œuvre d'unification entreprise par Philippe-Auguste se manifeste dans le domaine monétaire par la réglementation des privilèges des monnayeurs du royaume ^, et par l'extension donnée au type parisien dans les ateliers situés au nord de la Seine. Le denier parisis acquit ainsi

. droit de cité dans une partie considérable des possessions de la Couronne, puisqu'on le frappa non seulement à Paris, mais à Montreuilsur-Mer, où le type de l'édifice .fut abandonné, puis à Arras, à Péronne et à Saint-Omer. D'autre part, le denier tournois, qui courait à raison

n de d/ pour ^parisis, circula dans les pays d'entre Loire et Seine et jusqu'en Bretagne.

Au point de vue de l'empreinte, les deniers et les oboles de Philippe- Auguste forment trois groupes distincts suivant qu'ils appartiennent au type parisis, au type tournois ou à d'anciens types locaux qui survivent.

Le type parisis se compose à l'avers du mot FRA-NCO placé en deux lignes et en boustrophédon, La légende circulaire est PHILIPVS REX. Au revers figure une croix parfois cantonnée d'annelets ou de fieurs de lys, et le nom de l'atelier, PARISII CIVIS, ARRAS CIVIS. MOVTVRVEL. Montreuil, PERONNE et SEYNT HOMER. Saint- Omer. Ces derniers noms sont, comme on voit, écrits en langue vulgaire. Les deniers odomarois portent au droit deux petites crosses placées entre les deux lignes du mot FRA-NCO ; ces crosses témoignent d'un droit que Tabbé de Saint-Bertin conservait sur l'atelier monétaire.

I. En 121 1, dit Le Blanc, p. 163, Philippe -Auguste rendit une ordonnance réglant le salaire et les droits des monnayeurs. Suivant M. L. Delisle, Catalogm des actes de Pliilippt'Aùguste, p. xcvi et 301, cette charte serait suspecte. Un acte de Louis VIII de 1225, dont M. de Barthélémy a donné le texte dans son Essai sur la monnaie parisis, p. 12, semble prouver que les coutumes des monnayeurs existant antérieurement ne constituaient pas un règlement écrit.

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Le type tournois est une transformation du temple carolingien ; né à Tours, dans Tabbaye de Saint-Martin, sa caractéristique est une sorte de châtel bien connu de toutes les personnes s'occupant de numismatique du moyen âge : pendant deux siècles le type tournois va être en vogue dans toute une partie de l'Europe et les croisés le porteront jusqu'en Orient. Sous Philippe-Auguste le denier tournois se frappe dans l'abbaye de Saint-Martin-lès-Tours, SCS MARTINVS, dans la ville de Tours TVRONISCIVIS (fig. 666), et enfin à Rennes, CIVI REDONIS.

Hg. 66$

Fig. 666

Les types locaux persistent dans les autres ateliers de Philippe-Auguste^ Nous allons les énumérer rapidement :

Bourges : Tête barbue et mitrée de face. Au revers, une croix trifoliée dont le pied coupe la légende (fig. 667).

Déols : Deux triangles superposés formant étoile (fig. 668). Au revers, une croix pattée et la légende DE DOLIS.

Issoudun: ^ surmonté d'un trait, EXOLDVNI (fig. 699). Au revers, une croix pattée.

Guingamp: Tête barbue avec une étoile devant la bouche, GVIN- GAMP (fig. 670). Au revers, une croix.

Fig. 667 Fig. 668 Fig. 669 Hg. 670

Au monnayage royal en Bretagne se rattache encore un denier ayant au droit PHILIPPVS REX, croix, et au revers DVX BRITANNIE, croix ancrée, sans indication du lieu d'émission, qui parait être Nantes.

A Laon, l'évêque Roger de Rosoi associe à son nom le nom du roi comme l'avaient fait ses prédécesseurs. Les types restent les mêmes (fig. 671). Il existe une monnaie laonnoise portant d'un côté le buste du roi Louis Vil et de l'autre celui de Philippe-Auguste, mais c'est selon toute vraisemblance une pièce hybride et non le monnayage n. 24

Fig. 671

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370 TROISIÈME PARTIB

du jeune Philippe, associé par son père à la royauté. Ces exemples de mélanges de coins sont fréquents à toutes les époques, et Ton aurait tort d'y accorder plus d'importance que n'en mérite un simple accident de monnayage.

On a voulu retrouver un atelier monétaire de Philippe-Auguste dans .la ville de Tournai; cette conjecture, dont E. Gariel s'est fait le champion, repose sur une ignorance de l'histoire monétaire locale'. A Tournai, le droit de signer la monnaie appartenait aux évèques, mais l'exploitation de l'atelier et la perception des bénéfices résultant de la fiibrication formaient un fief héréditaire dans la famille des châtelains*. En 1202, Everard de la Vigne, châtelain de Tournai, vendit au roi Philippe-Auguste le tiers des bénéfices qu'il percevait sur la monnaie épiscopale. Cette intrusion du roi de France dans le monnayage tournaisien est évidemment une première tentative pour s'emparer de l'atelier épiscopal, mais les termes mêmes de la charte de cession de 1202 excluent toute idée d'émissions royales sous Philippe-Auguste.

S Vm. — Louis FUI (1223-1226) et Louis IX (1226-1270).

Le règne de Louis Vm ofire un médiocre intérêt au point de vue numismatique. Le roi se borne à frapper des deniers parisis et des deniers tournois, ainsi que leurs subdivisions, les oboles, aux types en usage sous son père; mais les ateliers cessent d'être mentionnés sur les coins et les légendes TVRONVS CIVIS, PARISIVS CIVIS. deviennent, à notre sentiment, une simple formule, un nom de monnaie sans valeur géographique. C'est une étape de plus accomplie dans la voie de la centralisation du monnayage natiqnal.

En 1225, Louis Vm concéda à Henri Plartrard le privilège de graver les coins de la monnaie parisis dans les pays en deçà de la Loire. Cette concession était Êiite à titre héréditaire et resta dans la même famille jusqu'au moment où les descendants de Henri Plartrard y renoncèrent entre les mains de Louis IX,' c'est-à-dire en 1265.

L'absence complète de documents relatifs à l'administration monétaire de Louis EX, pendant une période qui va jusqu'à son retour de Terre Sainte, autorise à croire que l'on ne changea rien aux monnaies avant la grande réforme créatrice du gros tournois.

1. Voyez les articles de Gariel et les réponses qui y ont été faites par les numismates belges dans la Revue belge de numismatique de 1881 à 1885.

2. R. Serrure, L'atelier monétaire des Éviques de Tournai (Bull, de num.» t. II, p. 11).

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