‹ Traité de numismatique du moyen âge (volume 3)Chapitre 4 sur 83 · LES HEFS FRANÇAIS JUSQU'A L'INTRODUCTION DE LA RÉFORME DE SAINT LOUIS · texte numérisé non relu

LES HEFS FRANÇAIS JUSQU'A L'INTRODUCTION DE LA RÉFORME DE SAINT LOUIS

Sources: F. Pocy d* Avants Monnaies féodales de France, Paris» 1858-62, 3 voL in-40 avec 163 planches. — E. Caron, Monnaies féodales françaises, Paris, 1882-84, in-40 avec 27 planches. — L. Blancard, Les Monnaies des barons et prélats de Franu é^ après f ordonnance de JSiS- Marseille, 1883, in-80, planches. — Les autres sources sont indiquées dans le cours du chapitre.

§1. — Généralités; origine et déclin du monnayage féodal; types; paléographie.

Nous réunissons dans ce chapitre la numismatique des fiefs firançais, c'est-à-dire de toutes les seigneuries situées dans les limites des anciens royaumes carolingiens de France et d'Aquitaine. Ces seigneuries eurent des destinées diverses. La plupart d'entre elles' furent annexées successivement au domaine de la couronne ou continuèrent à reconnaître la suzeraineté du roi de France. Dans le Midi, les fie& formés par les anciennes marches d'Espagne restèrent sous l'influence firançaise jusqu'à leur réunion au royaume d'Aragon.

C'est après la mort du dernier Carolingien,* à l'avènement de la dynastie capétienne, que la numismatique féodale prend son essor définitif. Hugues Capet ne fut que le premier des barons et son autorité ne s'étendait, que sur une région restreinte du centre et du nord; dans toute une partie de la France, le pouvoir du premier Capétien était complètement méconnu, a A peine au sud de la Loire a-t-on constaté que le vicomte de Châtellerault, la vicomtesse de Narbonne dans son testament, les vicomtes de Béziers et de Carcassonne, le cqmte de Barcelone, dataient leurs actes de l'avènement de Hugues Capet. Encore ce dernier ne qualifiait-il d'abord Hugues que de roi ou duc: Hugone magno rege velduce, dans une charte de 990. Si plus tard il le reconnut plus complètement, cet hommage ne fut pas désintéressé et n'eut d'autre but que de réclamer contre les Arabes le secours que tout suzerain devait à son vassal. Au contraire, les autres seigneurs du Midi protestaient contre l'élection de Hugues Capet qui, en réalité, n'avait été faite que

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par les vassaux» parents ou alliés des ducs de France, et par les évèques du Nord. Ds signaient leurs chartes régnante Domino nostro Jesu Chrisio, rege sperante, ou absente rege terreno, ou plus violemment encore Francis autem contra jus regnum usurpante Ugone rege^. » Il n'est p^s étonnant de voir dans une telle anarchie surgir, partout où le seigneur se croyait assez fort, des monnayages complètement autonomes.

Uexploitation des ateliers royaux situés dans une région avait, suivant toute apparence, £iit partie des avantages accordés par les Carolingiens aux personnages auxquels ils déléguaient leur pouvoir; le bénéfice résultant de la fabrication de la monnaie royale constituait de sérieux émoluments pour les ducs et les comtes placés depuis Charles le Chauve à la tête des provinces. L'usurpation des feudataires laïques ne consista que dans l'ouverture d'ateliers nouveaux et dans la substitution d'un type et de légendes autonomes au type et aux légendes des pièces royales. Une fois l'usurpation accomplie, les démembrements territoriaux des anciens comtés carolingiens, au xi^ et au xii^ siècle, multiplièrent les ateliers féodaux.

Les souverainetés ecclésiastiques, évêchés et monastères, appuyaient presque toutes la possession du droit monétaire d'un titre datant des Carolingiens; mais les diplômes des rois en faveur des églises n'accordaient jamais autre chose que les profits de l'exploitation d'un atelier royal en activité au moment de la concession ou à créer en suite de cette concession. Nous avons donné la liste de ces diplômes, p. 268. Pour les prélats, comme pour les barons, le monnayage à types autonomes est donc le résultat d'une usurpation.

Peu de monnayages seigneuriaux firançais ont leur source ailleurs que dans l'usurpation des droits régaliens accomplie pendant la période anarchique qui commence au temps de Charles le Simple et se termine vers le règne du quatrième Capétien. Nous ne pouvons guère citer que deux cas où le jus monetae ait manifestement une autre origine :

i"" Les apanages des fils de France. Le plus ancien fief détaché de la couronne pour être donné à un fils cadet du roi, est le comté de Dreux donné par Louis le Gros à son second fils, Robert. Louis IX détacha également du domaine royal, pour en doter ses firères, l'Artois, le Poitou et l'Auvergne, le Maine et l'Anjou.

2® Les concessions des rois d'Angleterre. Les rois anglais, maîtres de l'Aquitaine et du Poitou, concédèrent le droit de battre monnaie à quelques-uns de leurs vassaux; nous rappellerons une concession de

I. Voyez une note très intéressante de M. E. Caron dans les Procis-verbaux des séances de la Soc. franc, de numism., séance du 7 mars 1890, p. 11.

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Jean sans-Terre, du 27 mai 1215, faite à Savary deMauléon, puis une charte de Henri III, du 18 décembre 1226, en faveur de Hugues I, vicomte de Tliouars.

A mesure que Tautorité des rois de France s*aflFermit, nous voyons se manifesfer chez ces souverains le désir de concentrer entre leurs mains le monnayage français. De très bonne heure, la suppression des ateliers féodaux marche de front, dans les préoccupations de la couronne, avec l'agrandissement du territoire. Nous avons vu dans le précédent chapitre la tentative d'unification monétaire faite par Philippe* Auguste.

Les moyens employés par les rois pour enlever aux vassaux le lucratif privilège de rémission des espèces varient suivant les nécessités de la politique et tiennent tour à tour de la douceur et delà violence. Les rois* essayent de s'immiscer dans l'administration intérieure d'un atelier en rachetant, comme Philippe-Auguste à Tournai, conmie Philippe III le Hardi à Albi, la part d'un ayant droit. Ils font l'acquisition de la Monnaie elle-même : en 1328, Philippe VI, beau-firère de Gui I de Châtillon, acheta à celui-ci l'atelier comtal de Blois; quelques années auparavant Philippe V avait acheté à Charles d'Anjou les Monnaies de Chartres et d'Angers.

La première intervention violente de la royauté dans le droit monétaire des vassaux daté du règne de Louis EX. En 1262 le roi, se trouvant à Chartres, rendit une ordonnance interdisant aux barons l'imitation des types des espèces royales; nul ne put faire dorénavant « tnonnoie semblant à la monnoie le Roy, que il n'y ait dissemblanu aperte et devers croix et devers pilles ». L'année suivante il envoya auprès d'Alphonse, comte de Poitou, le doyen de Saint-Aignan d'Orléans pour lui signifier la défense formelle de continuer la fabrication des deniers poitevins au type tournois.

Les rois eurent dès lors cette doctrine qu'il était interdit aux vassaux de frapper d'autres espèces que l'unité denariale et sa subdivision, l'obole ou la maille. Pour les feudataires, la réforme de Louis IX, c'està-dire la firappe de l'or et du gros d'argent, devait rester entourée d'une interdiction formelle. Ce fut à la suite de circonstances particulières que les ducs de Bretagne émirent de la grosse monnaie; quant aux comtes de Flandre et aux ducs de Bourgogne, nous verrons qu'ils commencèrent leurs premières émissions àt gros d'argent sur terre d'Empire, hors de portée des réclamations des monarques français.

Pour venir à bout des monnayages féodaux, les rois les entourèrent de toutes sortes d'entraves. Ils exigèrent que les espèces royales circulassent partout et resserrèrent le cours de chaque monnaie particulière dans les

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étroites limites de son pays d'émission. En 1305, par un mandement adressé le 19 mai au prévôt de Paris, Philippe le Bel porta un coup décisif aux droits des vassaux en décidant que leurs espèces devaient toujours être fabriquées au même prix et au même aloi. L'ordonnance de Louis le Hutin en 13 15 est conçue dans un même esprit, mais elle va plus loin encore en fixant le type des deniers : le monnayage féodal ne survécut pas dix ans à rétablissement de ce régime. L'ordonnance de 13 15 fut son arrêt de mort'. Désormais, les fils de France apanages furent privés eux-mêmes de la prérogative monétaire, jadis si enviée: lorsqu'en 1360 le roi Jean donna le comté du Maine à son second fils, il stipula la réserve absolue du droit de battre monnaie.

Au point de vue du type, la numismatique féodale comprend deux périodes entre lesquelles il est difiicile de placer une limite. Pendant la première, les coins portent presque exclusivement des empreintes dégénérées de certains dispositifs carolingiens; pendant la seconde, nous voyons apparaître les armoiries. Nos lecteurs reconnaîtront facilement ces deux périodes en comparant entre eux les différents paragraphes de ce chapitre.

Il nous reste à dire quelques mots de la paléographie monétaire de la France. Les observations que nous plaçons ici s'appliquent autant aux monnaies royales qu'à celles des seigneurs, mais c'est surtout pour l'intelligence et l'attribution de ces dernières qu'elles peuvent présenter un • réel intérêt.

A mesure qu'on s'éloigne des temps carolingiens, certaines façons de faire les lettres ou de graver les poinçons qui serviront à empreindre les légendes dans les coins, se régionalisent ou même se localisent. Dans la France méridionale et les Marches d'Espagne, les lettres sont, ainsi que le constate Lelewel, « robustes, corpulentes et gigantesques ; a fortement constituées, elles étalent leur massive construction. On y « remarque toujours un A presque ouvert à sa tête, semblable à un H. « et un V dont les troncs se' touchent à peine en bas. » Nous ajouterons que les S sont (réquemment couchés et que pour les C et les G, les graveurs font souvent usage de la forme carrée. Voici, choisie parmi les nombreuses légendes monétaires du Languedoc, une de celles qui feront le mieux sentir ces particularités paléographiques (fig. 672); elle

1. Trente monnayages féodaux sont nommés dans cette ordonnance : Nevers, Bretagne, Souvigny, la Marche, Brosse, Huriel et Sainte-Sevère, Chateaumeillant, Mehun-sur-Yèvre, Maguelonne, Germont, Le Mans, Limoges, Rethel, Laon, Angers, Poitiers, Blois, Vendôme, Châteaudun, Chartres, Meaux, Sancerre, Vierzon, Châteauroux, Cahors, Fauquemberg, Saint-Pol, Bourgogne.

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est emiJruntée à un denier d'Alphonse II, comte de Toulouse (1148). Au delà des Pyrénées, les tendances qui s'observent dans cette manière de faire les lettres sont encore plus accentuées.

Fig. 671

Dans la paléographie languedocienne, celle des deniers de Maguelonne tient une place à part ; mais il s'agit ici plutôt d'une dégénérescence, d'une déformation de légende, que d'inscriptions destinées à être lues (fig. 673). Comment en effet retrouver le mot RAMVNDS dans cet assemblage de caractères bizarres ?

Dans le centre de la France, et surtout en Champagne et dans le groupe des monnaies au type chinonais, l'alphabet a une tendance à devenir cunéiforme. Le nombre de poinçons dont le graveur fait usage est très restreint, et c'est presque toujours du même, en forme de coin, qu'il se sert pour les jambages droits des lettres. Les deniers de Saint- Aignan peuvent être cités comme l'exemple le plus caractéristique de ce groupe paléographique (fig. 674).

Fig. 674

Dans la région du nord nous trouvons de bonne heure un alphabet qui envahira plus tard le centre et s'y mêlera à l'alphabet cunéiforme. La lettre en usage en Picardie, en Boulonais, en Artois, en Vermandois, a été définie comme suit par Lelewel : a Son corps fut composé d'une large et solide colonne, égale de haut en bas, terminée par des filets pointus horizontalement tirés qui furent quelquefois ténus et prolongés, et rejoignant sts pointes réciproquement, donnaient une espèce d'alignement aux légendes. » Cette dernière particularité est surtout apparente sur les deniers de Philippe-Auguste frappés à Arras, Montreuil, Péronne, etc. La définition de Lelewel est parfaitement exacte, malgré l'incorrection de la forme dans laquelle elle est exprimée. Comme spécimen moyen de la paléographie du nord de la France au XII' siècle, nous donnerons la légende qui suit (fig. 675), empruntée à un denier de Raoul, comte de Soissons.

Certaines lettres, de forme toute spéciale, restent souvent, au xi* et

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37^ TROISIÈME PARTIB

au XII* siècle, l'apanage d'une région très restreinte ou même d'un atelier. Nous rappellerons ainsi Vo triangulaire de certains deniers de

Fig. 67J Rennes, Vn de Nevers, Vm de Reims, IV de Dijon, Chalon-sur-Saône et Mâcon, le J et le f également propres à la Bourgogne, Yo en forme de rosace en usage à Mâcon et au midi de l'Artois, à Montreuil, Boulogne, Lens et Saint-Pol, l'i inscrit dans 1'/, groupe propre à Orléans et à Nogent, etc. (fig. 676). .

Fig. ^6

Vers la fin du xii* et au commencement du xiii* siècle, les grands groupes géographiques de la paléographie monétaire commencent à perdre leur caractère. Les communications sont devenues plus faciles, les échanges plus nombreux, le commerce plus étendu. Nous assistons à une fiision des alphabets et à la formation lente de l'alphabet gothique. La paléographie monétaire fut en général très en retard sur celle des manuscrits '. Les premiers caractères qui montrent la transformation sont l'w, r«, Vh ronds, Vm et Vn perlés, le / minuscule ou saxon, Vx à traverse courbe. Ce n'est qu'au xiv* siècle que nous aurons à constater l'emploi d'un alphabet gothique complet. Voici deux .spécimens de l'alphabet de transition (fig. 677 et 678), l'un emprunté aux monnaies de Charles II d'Anjou (1285-1290), l'autre à celles de Robert duc de Bourgogne (1272-1305).

® IKS?IE®ILWS<S(§)îgï8(HS ^ aiKIÏ2)I3(S*2SWIIJSânS

'^ iS)irwïï®iNîiiiNi^n<s

Fig. 678

Les légendes commencent généralement par une croisette pattée, mais l'usage de ce signe initial n'est pas absolu ; il manque d'ordinaire

I. On consultera utilement les points de comparaison offerts par la paléographie des sceaux. Yoyti,V Introduction placée par Demay en tête de son Inventaire des sceaux de la Normandie, Paris» 1881, in-4.

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quand une figure, débordant le champ, prend la place qu'il doit occuper. La ponctuation n'existe pas avant le milieu du xii« siècle ; depuis lors, des points ou une apostrophe marquent les abréviations et quelques lettres barrées se montrent. On ne perdra jamais de vue que les points placés dans les légendes ne sont pas forcément Tindice de la fin d'un mot : souvent ils sont un simple difiérent monétaire, la caractéristique d'une émission, et n'ont aucun rôle paléographique à remplir.

S n. — Comté de CorbeiL

Bouchard I, fils puîné de Foulques le Bon, comte d'Anjou, épousa Elisabeth, veuve d'Aymon, premier comte de Corbeil. Il mourut vers 1012.

B. Fillon et M. Caron attribuent à Bouchard un denier portant à

l'avers + BVCHARDVS Ce autour d'un monogramme immobilisé de Raoul, et au revers + GRATIA D-l REX autour d'une croix pattée (fig. 679).

Cette pièce ne portant aucune indication géographique, l'attribution à Corbeil ^^' ^' reste très douteuse ; elle peut avoh: été

firappée dans quelque autre possession de Bouchard, qui fiit également comte de Vendôme et de Melun.

S ni. — Comtés de Dreux et dé Nogent.

Dreux, après avoir app^tenu à des comtes particuliers, passa entre les mains de Richard I, duc de Normandie (943-996). Celui-ci donna comme dot à sa fille Mahaut, en la mariant à Eudes II, comte de Chartres, de Blois et de Tours, la moitié de Dreux. Mécontent de la part faite à sa femme, Eudes II s'empara du comté entier. Aussitôt qu'il se fut mis en possession de Dreux, Eudes II y ouvrit un atelier dans lequel il firappa des deniers au type chinonais en usage, comme nous le verrons plus loin, dans ses comtés de Chartres et de Blois (fig. 680).

Eudes n semble avoir donné ensuite le comté de Dreux en fief à son firère Roger, évêque de Beauvais. Ce prélat 'était également seigneur de Nogent ', terre dont le sort fiit lié à celui de Dreux pendant lés trois

I. Nogent, aujourd'hui Nogent-le-Roi, est un chef-lieu de canton de Tarrondissement de Dreux (Eure-et-Loir).

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premiers tiers du xi* siècle. Voici la liste des successeurs de Roger, qui mourut en 1022.

Odolric, évéque d'Orléans (1022-1035). Simon de Montfort (105 5-1087). Isambard de Broyés (103 5-. , , .). * Amaury III le Fort (1087- 1089).

♦ Hugues Bardoul (. . . . -105 5).

Les historiens rapportent qu'après la mort d'Isambard, Hugues Bardouly ayant fortifié le château de Pithiviers, malgré la défense du roi Henri, fut dépossédé de tous ses fie&. Cest dans ces circonstances que Dreux fut annexé à la couronne; quant à la terre de Nogent, le roi la rendit à Hugues Bardoul.

Le type monétaire créé par Roger de Blois, ROGERIVSEPIS, dans ses ateliers de Dreux, DRVCAS CASTA. et de Nogent, NVIGENTI CA ou NVICETE CAS. est une église à trois portails vue de face (fig. 681).

Fig. 680 Fig. 681

Ce type fut conservé à Dreux et à Nogent par Hugues Bardoul, et à Nogent par Amaury le Fort (fig. 683). Hugues fut mis en possession de cette seigneurie du vivant même de son père, car sur le plus ancien de ses deniers (fig. 682), il prend le titre de miles au lieu de cornes; cette pièce a longtemps été attribuée à Meulan, à la suite d'une mauvaise lecture récemment relevée par M. R. Serrure». Le monnayage nogentais s^arrête après Amaury EL A Dreux les rois

Fig. 682 Fig. 683

Philippe I et Louis VI frappèrent des deniers à l'ancien type seigneurial de l'église, dont nous avons parlé dans notre premier chapitre. En 1 132

i, La numismatique féodale de Dreux et Nogent au xi« Hlcle^ dans le Bulletin de numismatique, mars 1891, p. 21.

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OU 1137, Louis VI donna le comté de Dreux à son second fils Robert, qui fut la souche d'une nouvelle maison comtale :

Robert I» 11 32 ou 11 57-1 184. Jean I, .12 34-1 249,

Robert II, 1184-1218. Robert IV, 1249-1282.

Robert m, 1218-1234. Jean II, 1282-1309.

On possède des deniers appartenant à cette maison de sang royal. En voici une courte description: +MROBERTVS; dans le champ ACOhES en boustrophédon. Au revers: DRVCAS CASTA autour d'une croix épaisse cantonnée de deux V. Ces monnaies sont copiées des deniers parisis du roi Louis Vil. U y a donc lieu d'établir, dît Poey d'Avant, qu'elles ont été frappées d'abord par Robert I, contemporain de ce roi, et que la fabrication en a été continuée pendant tout le xii* et une partie du xui® siècle.

§ IV. — Duché de Normandie^.

RoUon, maître de la Normandie par conquête, en fut solennelle* ment investi par Charles le Simple en 911. Depuis cette époque l'unité de pouvoir se conserva dans la province entre les mains des ducs qui jouirent du droit de monnayage. « Uen doit savoir, dit l'ancienne coutume normande, que toute la poste et jurisdiction des monnoyes appartient en Normandie au duc ».

Il semblerait qu'en présence de ce droit incontesté, la numismatique de ce duché dût ofirir une série nombreuse et bien suivie. Il n'en est rien. A partir du xii* siècle, le monnayage cesse complètement et les monnaies étrangères circulent seules en Normandie. L'explication de ce fait bizarre se trouve dans un accord conclu entre les Normands et leur prince, ainsi que M. Lecointre-Dupont l'a fort bien expliqué.

L'altération successive des monnaies causant au peuple un grand dommage, si les seigneurs en tiraient grand profit, les Normands, désirant remédier définitivement au mal, jugèrent à propos de transiger avec leur duc. Ils lui accordèrent un droit appelé jfouage ou monniage, consistant en un impôt triennal de douze deniers par feu, sous la condition que les monnaies ne seraient plus altérées. Dès lors la fabrication

I. Lecointre-Dupont, Lettres sur Vhistoire monétaire de la Normandie et du Perche, Paris, 1846, in-80. — L. Delisle, Des revenus publics en Normandie au xu« sikUy dans la Bibliothèque de VÈcole des chartes^ 1849, p. 173 et suiv. — R. Serrure, Les monétaires normands au xi« siècle^ dans le Bulletin de numismatique^ janvier 1891, p. i.

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des espèces devenant pour le souverain plutôt onéreuse que profitable, les ducs de Normandie cessèrent de fabriquer à leur coin et toute une région de la France resta sans monnaies nationales.

Le premier duc de Normandie qui semble avoir inscrit son nom sur les deniers est Guillaume Longue-Epée (927-943). On est d'accord aujourd'hui pour lui donner une curieuse pièce empreinte au droit et au revers d'une croix cantonnée et portant comme légendes WILEL- MVS-ROTOMACS. Guillaume fut l'un des seigneurs qui, à la mort du roi Raoul, avaient aidé au retour en France de Louis d'Outremer, réfugié en Angleterre. Ce prince profita de la minorité de Richard I, fils de Guillaume, pour installer à Rouen des gouverneurs de son choix et y battre monnaie à son nom.

Fig. 684

Les pièces de Louis d'Outremer, dont nous avons déjà parlé en traitant de la numismatique carolingienne, ont été révélées par un trésor exhumé en 1869 à Saint-Taurin d'Évreux, et renfermant une quarantaine de deniers et i'oboks.

Fig. 68$ Fig. 686

Richard I (943-996) mit sur ses monnaies les types carolingiens du temple ou du monogramme. Les légendes se composent comme sous son père du nom ducal et de celui de l'atelier, RICHARDVS-ROTO- MAGVS (fig. 684).

Fig. 687 Fig. 688

Sous Richard II (996-1026) les types se multiplient, bien qu'ils soient dans leur ensemble d'une conception très uniforme. Il y a toute-

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fois une exception à faire pour les pièces où le nom de Rouen est accompagné de celui de saint Romain, patron de la cité : le centre du champ y est occupé par le mot EPS entre quatre besants, mot qui complète la légende ROTOMA : ROMANS. A l'avers de cette pièce Richard prend le titre de marquis: RCARD MARCHIS (fig. 685).

Fig. 689 Fig. 690

Dès le règne de Richard II le monnayage rouennais s'immobilisa, et sous ses successeurs les émissions devinrent absolument barbares. Les coins portent des entrelacs, des croix, des frontons de temple diversement disposés (fig. 686 à 689). Un certain nombre de deniers, révélés par une trouvaille récente', portent, en deux lignes, un nom de monétaire (fig. 690). Voici les noms relevés jusqu'à présent:

AND-RO Andréas NI-GO ) ^,. ,.

GA-FI Gaufridus NI-IO [ ^^^^1^"^

GO-DE Godericus RA-BO Radbodus

GO-FA Gofardus RA-DVL Radulfus

lO-VER Gofredus RO-GE Rogerius

HE-NR Henricus RO-SA Rotsardus

NI-GEL' Nigellus STE-FAN Stefanus

HV-GO ) RO-L>N Rolandus

HVI-GV ) ^"^0 Ri-Ni Rinierus

Toutes ces pièces sont d'une frappe et d'une gravure déplorables. L'aloi des espèces dégénéra en même temps que les types, jusqu'au moment où le droit de fouage, dont nous avons parlé au début de cet article, vint arrêter le monnayage des ducs de Normandie, au milieu du XII* siècle.

S V. — Duché de Bretagne^.

U y a peu de provinces dont la numismatique ait donné lieu à autant

•I. Voyez une note de M. Mary, Rev, nutnism., 1890, p. 494.

2. Bigot, Essai sur les, monnaies du royaume et du duché de Bretagne. Paris, 1857,

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de travaux et à autant d'erreurs que la Bretagne. Aujourd'hui encore il s'en faut que tous les points aient été éclaircis. La responsabilité de ces obscurités doit quelque peu remonter aux savants bretons qui, entraînés par leur vieil esprit de nationalité, ont toujours voulu reculer l'antiquité de leurs monuments historiques.

Dans son remarquable catalogue de la collection Rousseau, Benjamin Fillon a essayé d'apporter quelque lumière au milieu du savant désordre où ses devanciers avaient laissé la série bretonne. Nous résumerons son travail en tenant compte des amendements que M. Caron y a apportés, grâce aux trouvailles, en somme peu nombreuses, faites pendant ces trente dernières années. Nous présenterons aussi quelques attributions nouvelles.

a La première chose à constater, dit Fillon, en mettant le pied dans ce prétendu dédale de la numismatique bretonne, est le point de départ du monnayage féodal de la province. Ce point de départ fut le type de Charles le Chauve immobilisé aussitôt après le triomphe de la révolte d'Erispoê en 852. A dater de ce moment, il fut seul employé jusqu'au commencement du xi* siècle, et les monogrammes des espèces fabriquées pendant cette longue suite d'années ne furent que les reproductions de celui du roi franc'. »

« L'empreinte de Charles le Chauve subit, on le conçoit, en un pareil laps de temps, de nombreuses modifications, jusqu'à la seconde moitié du x* siècle, elle se conserva néanmoins presque pure ; mais elle éprouva alors des changements essentiels tout en gardant ses éléments constitutifs. » La plus ancienne altération porte sur les légendes des deniers carolingiens ; le GRATI A D-l REX devient GRATIA D- RIX. GIATAI D- RIX. etc.; le REDONIS CIVIS devient i RIDONIS CIVIS. RIDOIIISC. puis enfin VRBIS RIDONS (fig. 691). Sur des pièces ' un peu plus récentes, la formule carolingienne est remplacée par + MON ETA ^'^' ^' CIVI ; selon B. Fillon, ces pièces auraient été frappées à la suite de l'une de ces tentatives d'affranchissement municipal qui ont précédé de long-

în-80. — A. de Barthélémy, Notes sur Vhistoirt monét, de Vanc, province de Bretagne dans la Rev. numism., 1856 et 1859. — B. Fillon, Collection J. Rousseau, Monnaies féod, françaises. Paris, 1860, in-80, p. ;77 ^ ^^i^. — J. Aussant, Etude de numismatique bretonne, dans les Mém. de la Soc. archéol. du départem. d' lUe^t-Vilaine, 1865, p. 154. — L. Blancard, Nouveau classement des monn. bretonnes antérieures au monnayage de Philippe- Auguste, dans les Mim\ de VAcad. de Marseille, 1888-89. I. L'historien de la Bretagne Dom Morice rapporte un acte très curieux dont les

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temps la grande révolution des communes. Nous doutons qu'il faille leur accorder une importance historique'. Dans la seconde moitié du x* siècle, nous assistons à la création

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d'un numéraire autonome. Le monogramme carolin complètement barbare est entouré du titre ducal; au revers, la légende désigne l'atelier de Rennes (fig. 692 et 693).

« Nous voici, continue B. Fillon, arrivé au moment où comtes et ducs signent leur numéraire. Nous ignorons si Geoffroi, fils de Conan ie Tors, qui régna de 992 à 1008, introduisit sur le sien cette innovation; nous ne le pensons pas. » Le premier souverain breton dont on ait une pièce signée certaine est Alain III (1008-1040); ses monnayeurs conservent encore le monogramme carolin et la légende l'appelle ALEN RIX. Ce prince, dit M. Blancard, a très bien pu prendre la qualification de roi, car il était fils de Geofiroi que plusieurs appelaient roi, Alanus, Gaufredi filius qui etiam rex a nonnullis vocabatur (D. Morice, a** 1027, p. 363), et on disait de lui-même qu'il gouvernait vaillamment la monarchie de Bretagne : Alano totius Britanniae numarchiam strenue gubernante (IHd., L cit.). Pour un grand nombre de numismates, la légende ALEN RIX n'a cependant pas cette portée : elle serait une simple imitation de l'ancienne légende carolingienne. Nous croyons que les deux opinions sont très bien conciliables.

Alain mourut en 1040, laissant pour héritier un enfant de quelques mois, Conan II. Le jeune prince fut placé sous la tutelle de son oncle, Eudon de Penthièvre, qui essaya de se rendre maître de toute la Bretagne. On n'attribue à Eudon (1040-1057) pas moins de trois types difiérents :

dispontioDS rappellent les monnaies frappées dans ce pays à l'empreinte carolingienne : Haec carta indicat aique conservât quod pignoravit Duil lUvus RiveUn et ^us homo nomine Catkfwen salinam quae vocatur Permet sitam in pîehe Weran in villa Albi pro viginti earolias sdidis, — Histoire de Bretagne, t. I, col. 298.

I. Poey d'Avant et Fillon estiment que le type carolingien rennois immobilisé fut employé non seulement à Rennes, mais dans les autres ateliers bretons. M. Caron s'est élevé» avec raison, contre cette théorie. — Monn. fM. françaises, p. 20.

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i<* Imitation du temple carolingien. Les légendes sont rétrogrades et incorrectes; ED^ DVX BRITANIE — + EDONIS CIVITAS.

2^ Imitation du monogramme d'Herbert du Mans. Les légendes sont également rétrogrades et incorrectes,+ EDO DVX BRITANE — REDONS CIVITAS.

y Tête à droite. Au revers, une croix pattée, cantonnée de deux étoiles dans les cantons supérieurs. Les légendes sont + DVX BRITANNE — + QVEMPERLI. ^'«- ^^

Cette pièce anonyme est classée parmi celles d'Eudon, parce qu'elle servit de prototype aux pièces du comté de Penthièvre. Cest le seul produit connu de Tatelier de Quimperlé pour cette époque du monnayage breton (fig. 694).

Au sortir de sa minorité Conan II (1057-1066) trouva en usage dans l'atelier de Rennes les coins reproduisant le monogramme d'Herbert du Mans. Il en continua l'emploi pendant tout son règne et en émit des quantités considérables. Conan II se contente du titre de ornes; ses pièces portent : CONANVS COMES — REDONIS CIVIT

(fig. 69s).

A Conan II succéda en 1066 son beau-frère Hoel II de Cor-

Fig. hi Kg. ^

nou ailles. Une trouvaille faite à Bain (lUe-et-Vilaine) a révélé les monnaies de ce prince. Leur type se compose des lettres HL surmontées d'un trait abréviatif ; les coins, mal trempés et sans cesse regravés, s'altéraient rapidement au moyen âge, aussi trouve-t-on un grand nombre d'exemplaires du denier d'Hoêl II sur lesquels les deux lettres de son nom sont remplacées par trois jambages (fig. 696).

Alain IV, dit Fergent ou le Roux, succéda à son père en 1084. Il comipença son règne par une expédition contre Geoflfroi le Bâtard, comte de Rennes, qui fiit fait prisonnier et mourut la même année. Bigot a attribué à ce Geoflfroi des deniers que nous croyons devoir rendre à Geoflfroi Plantagenet; nous en parlerons plus loin.

Le monnayage d'Alain Fergent comprend deux types. Sur ses pièces les plus anciennes, le duc, ALANVS, copie l'étoile qui marque les monnaies si répandues des seigneurs de Déols. Sur les plus récentes, il

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grave une croix ancrée formant une sorte de rosace (fig. 697). D n'est pas hors de propos de rappeler qu'en 1096 Alain se croisa et fit le voyage de Terre-Sainte, où il passa cinq ans. En iii2> il se retira dans le monastère de Redon.

FIg. «97 Fîg. é^

Conan III le Gros (1112-1148) frappa, selon nous, ce denier à tète, copie des monnaies de Guingamp, que les numismates bretons font remonter à Conan I (fig. 698). On est généralement d'accord pour classer également à son règne les deniers qui portent dans le champ, rangées en triangle, les trois lettres IVS. Toutes ces pièces sont frappées à Rennes; une charte de l'abbaye de Sainte-Croix en Talmond mentionne cependant, sous le règne de Conan m, la monnaie de Nantes.

Après la mort de ce prince, son gendre, Eudon de Porhoet, fut proclamé à Rennes. Les habitants de Nantes et de Quimper choisirent comme duc Hoël m, fils de Conan m, qui avait été désavoué par son père. En 1156, Hoël fut chassé par les Nantais qui se donnèrent à Geoflfroi Plantagenet, firèfe d'Henri II, roi d'Angleterre; Geofiroi mourut en 1158.

On attribue à Eudon de Porhoet des deniers de très bonne gravure portant + BRITANNIE autour d'une croix ancrée, cantonnée de quatre points, et + DVX EVDO autour d'une croix pattée.

Hoël m est laissé sans monnaies par les numismates, mais nous classerons à Geoffroi Plantagenet (1156-1158) les deniers avec IVS en triangle et les légendes + GAVFRIDVS — + BRITANNI6. Ce monnayage est la continuation de celui de Conan III le Gros (fig. 699).

Fig. 699 ' Fig. 700

Conan IV le Petit (1156-1171), comte de Richemont et petit-fils, par sa mère, du duc Conan m, s'empara en 1 156 de Rennes et déposséda Eudon de Porhoet. En 1158, à la mort de Geofiroi Plantagenet, il réunit à ses possessions le pays de Nantes, mais cette ville lui fiit II. 25 .

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enlevée la même année par Henri H, roi d'Angleterre. Les deniers de Conan IV portent dans le champ, rangées en triangle, les trois lettres du mot DVX ; c'est une transformation du type de Conan III.

En 1167, Conan IV, en guerre contre les seigneurs bretons, appela à son secours le roi d'Angleterre. Comme prix de cette intervention, le Ëiible duc de Bretagne dut fiancer à Geofiroi, fils du monarque anglais, sa fille et héritière Constance. Henri II fit couronner solennellement son fils à Rennes, en 1169, et à la mort de Conan IV, arrivée en 1171, Geoflfroi devint duc de Bretagne, bien que son mariage avec Constance n'ait été célébré qu'en 1181.

Nous attribuons à Geoffroi II (1171-1186) deux types de deniers. Les plus anciens, frappés peut-être dès son couronnement en 1169, reproduisent exactement les coins de Conan IV; la seule diflférence consiste dans le changement du nom et dans le cantonnement de la croix. Nous classons également au fils d'Henri II d'Angleterre les deniers portant une sorte de fleur de lis (fig. 700) que Poey d'Avant attribue à Geoflfroi Plantagenet, comte de Nantes (1136-58).

Geoflfroi n mourut en 11 86, laissant sa femme enceinte d*un fils qui fut nommé Arthur. Constance se remaria en 11 99 avec Guide Thouars, dont elle eut deux filles, Alix et Catherine. Arthur fut reconnu comte de Bretagne à Rennes en 11 96; il devint duc en 1201, après la mort de sa mère. En 1203, il fut assassiné par Jean sans Terre qui retint prisonnière Eléonore, la fille unique du malheureux prince. C'est dans ces circonstances que Gui de Thouars prit le titre de duc comme baillistre de sa fille Alix ; mais en 1206 Philippe-Auguste intervint dans lesaflfaires de la Bretagne, et ceignit la couronne ducale, en laissant toutefois la régence du pays à Gui de Thouars. Pour la période de vingt ans qui va de la mort de Geoflfroi II à l'intervention de Philippe-Auguste (i 186-1206), on ne frappa en Bretagne aucune monnaie signée. Les ateliers de Rennes et de Nantes mirent en circulation un nombre ' immense' de deniers portant une croix ancrée (fig. 701)

et les légendes DVX BRITANE - REDONIS CIVI ou NANTIS CIVI.

tlM, 701

Nous avons passé en revue, dans le § VIII du chapitre I, les monnaies frappées en Bretagne par le roi de France. « Il conserva d'abord le type du pays, dit M. Caron. C'est l'intérêt de tout possesseur récent de ne pas froisser les habitudes de ses nouveaux sujets, et

I. La seule trouvaille de Mareuil comprenait 8 à io,ocx) de ces deniers présentant des variétés de coins infinies.

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nous voyons le même fait se produire en Poitou et en Aquitaine. La légende porte d'un côté PHILIPVS REX et de l'autre DVX BRITANIE. G)mme type, il conserva à Rennes et à Nantes la croix ancrée. Cette concession faite aux habitudes du pays, Philippe-Auguste introduisit insensiblement et par transition le type tournois. » Sur les dernières pièces le titre de DVX est omis; les pièces sont purement royales.

Pierre Mauclerc, fils de Robert H, comte de Dreux, fut choisi par Philippe-Auguste en 1212 pour épouser Alix, fille aînée de Gui de Thouars et de la duchesse Constance. Avant le mariage, Philippe exigea de Pierre qu'il lui fît hommage lige et qu'il reçût les hommages des Bretons avec cette clause : « sauf la fidélité due au roi de France, notre sire. » Pierre fit cet hommage le 27 janvier 121 3 et fut dès lors regardé comme duc de Bretagne.

Le monnayage de Pierre Mauclerc est anonyme. On en revint, dans les ateliers de Rennes et de Nantes, aux types employés avant Philippe-Auguste. Après l'annexion à la Bretagne d'une partie du Penthièvre, Pierre introduisit le type de la croix ancrée dans l'atelier de Guingamp, qui devint un des plus actifs du duché de Bretagne.

En 1237, Pierre Mauclerc remit son duché à Jean, son fils aîné, qui fut reconnu duc de Bretagne par les états et couronné à Rennes dans le mois de novembre.

Fig. 702 Fig. 703 Fig. 704

La série de Jean I le Roux (1237-1286) nous fait entrer dans la période où Théraldique fournit la plupart des types monétaires bretons. Des deniers anonymes firappés à Guingamp, + CASTRI (d16'AHP\, montrent à l'avers un champ échiqueté de Dreux au franc quartier de Bretagne' ; l'émission de ces monnaies avait peut-être commencé dès la fin du règne de Pierre Mauclerc; elle se continua sous les successeurs de Jean, jusque sous Arthur IL Bigot a établi une classification assez rationnelle de ces pièces dont la quantité fabriquée fut énorme (fig. 702).

Le monnayage signé de Jean I comprend des deniers et des oboles sur lesquels nous retrouvons ses armes, dans le champ, dans un écu triangulaire ou dans un écu carré, dit en bannière (fig. 703 et 704). Les ateliers de Nantes et de Rennes ne sont indiqués que par leurs

I. Dreux portait : khiqueti $as^ ii d'or. Les armes de Bretagne étaient : tf^bertnine.

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initiales, mais un remarquable monument donne en l^ende bien explicite le nom d'une ville nouvelle comme atelier, VRBS VENETENSIS, Vannes. C'est un double denier reproduisant Tancien type de la croix ancrée. Un passage de la chronique de Rhuis semble faire allusion à ce monnayage : « MCCUX. Nova moneta recepta fuit in Venetis in vigilia Beatae M. T., tempare qusdem comitis. » Les types monétaires de Jean II (1286-1305) sont également empruntés à rhéraldique. On ne connaît de son règne que des deniers et des oboks; sur quelques pièces Jean II emploie un écu d'hermine (fig. 705) au lieu de Téchiqueté de Dreux au ^•7*5 franc canton de Bretagne. Les monnaies portent souvent, dans un des cantons de la croix, une lettre isolée, telle que R, b, I, B; c'est à tort que Bigot a voulu voir dans ces initiales des lettres d'ateliers monétaires. Aucun texte n'est venu confirmer cette hypothèse.

Arthur II (1303-1312) conserva les traditions de monnayage à types héraldiques, mais, possesseur de la vicomte de Limoges, il fit souvent entrer les armes de cette terre dans la composition de ses armoiries. Son numéraire comprend des deniers et des oboles; les pièces frappées à Guingamp sont anonymes; celles où l'atelier n'est pas mentionné portent généralement + ADVXBRITANI6 — COœES Rl- Cb€œVD.

Nous étudierons dans la quatrième partie de ce livre le monnayage des successeurs d'Arthur II.

S VI. — ComU de PenthUvre.

« Personne ne fi:af)pa monnaie en Bretagne, excepté les comtes des Bretons; la branche de Penthièvre, qui fit forger des monnaies portant le nom de la ville de Guingamp, n'agit ainsi que parce qu'elle ne reconnaissait pas la suprématie de ses aînés et que ses membres portaient, comme les ducs, le titre de comtes des Bretons'. »

C'est à la mort de Geofiroi I, duc de Bretagne, en 1008, que commence l'histoire de la branche de Penthièvre. Les deux fils du duc, Alain et Eudon, se partagèrent son héritage, et le second obtint les diocèses de Tréguier, Saint-Brieuc, Saint-Malo et Dol. Voici la chronologie d'Eudon et de ses successeurs :

Eudon, 1008-1079. • '^ Etienne I» seul, 1095-1156.

GeofFroi et Etienne I, fib d'Eudon» Geoâ&oi Boterel XI, fils d*Etienne, 1 1 56. 1079-1095. Rivallon.

I. A. de Barthélémy, Manuel de nutnism, du moyen dge, Paris, 185 1, p. 165.

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Etienne U. Henri I, seigneur de Goello.

Geoffix>i m. Alain fils d'Henri, 1205-1212.

Alain le Noir, comte de Richemont. ' Henri II d'Avaugour, 1212-1255

Le prototype des monnaies de Penthièvre est un denier qu'Eudon frappa à Quimperlé» comme baillistre du duché de Bretagne et tuteur de son neveu Conan. Le type de cette pièce, une tête à droite, fut copié à Guingamp sous Etienne I (1093-1136), qui inscrivit sur ses pièces son nom, + ST€PbAN COOD. et celui de son atelier monétaire, + G^IN6-ANP (fig. 706).

Les coins d'Etienne s'immobilisèrent et furent conservés, en s'altérant et devenant toujours plus barbares, sous les successeurs de ce comte. Alain de.

Goello, qui en 1205 réunit tout le Penthièvre sous sa puissance, remplaça le nom d'Etienne par le sien: + ALEN CONES. Ce monnayage fut de courte durée, car bientôt Philippe-Auguste se fit "'' '*^

reconnaître en Bretagne et frappa à Guingamp des deniers sur lesquels son nom, + PblLIPVS R€, accompagne l'ancien type. Nous avons déjà parlé de ces pièces dans notre chap. I.

L'atelier de Guingamp fut annexé au duché de Bretagne sous Pierre Mauderc.

S Vn. — Comté d'Anjou.

Dans les dernières années du x« siècle ou les premières du xi% Foulques Nerra (987-1040), comte d'Anjou, affranchit le monnayage d'Angers de l'empreinte royale. Ses deniers, conçus dans le goût carolingien, portent son monogramme arrangé à la façon de celui de Carolus. On y retrouve facilement toutes les lettres du nom

Kg. 707

FVLCO; la légende circulaire est empruntée aux légendes carolingiennes : GRACIA DEI CORES. Le nom de l'atelier, écrit autour de la

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croix pattée du revers, est ANDECAVIS suivi du qualificatif rit/fto^^ chis, civ, etc. (fig. 707).

Le monogramme de Foulques s'immobilisa sur les monnaies angevines et s'y conserva, presque sans partage, jusqu'à la seconde moitié du XIII* siècle. Geoffroi II (1040-1060) le reproduit sur sts deniers et ses oboles, où le nom de l'atelier est écrit YRBS ANDECAVIS, et le nom du prince 6-OSFRIDVS COS, GOSIDVS COS. GOSEDVSCOS. Suivant. M. Caron, ce titre de COS est l'abréviation de consul plutôt que de cornes; en effet, une chronique contemporaine des souverains d'Anjou s'appelle Gesta consulum Andecavensium. La croix qui figure au revers des deniers de Geoffroi II porte, suspendus aux branches latérales, un alpha et un oméga, dispositif qui reste jusqu'au xiii* siècle une des particularités caractéristiques de la monnaie angevine (fig. 708). Les successeurs de Geoffroi II semblent avoir attaché peu d'importance à la signature des espèces. Quel que soit le nom 'du prince régnant, les deniers portent le nom, soit de Foulques, soit de Geoffroi, et ces

FIf . 70« Fig. 709

noms sont maintenus simultanément sur les coins, ainsi que Fillon l'a observé. Un £ût remarquable vient fournir la preuve évidente de cette persistance du nom d'un prince depuis longtemps décédé : il existe une obole au type tournois, évidemment fi-appée au commencement du XIII* siècle, qui a comme légende FVLCO COMES (fig. 709).

Voici la liste des comtes d'Anjou pendant la période d'immobilisation monétaire :

Foulques IV le Rechin, 1060-1109. Henri Court-Mantel, 1168-1189.

Foulques V le Jeune, 1109-1129. Richard Cœur de Lion, 1189-1190.

Geoffroi V Plantagenet, 1129-1151. Jean sans-Terre et Arthur, 1199. Henri II d'Angleterre, 11 $1-1 168.

Pendant la première partie de son règne, Charles I (1246-1285) continua à se servir de l'ancienne empreinte immobilisée; mais il abandonna cet usage et mit son nom, CAROLVS COMES, sur les espèces, tout en conservant d'abord le monogramme de Foulques (fig. 710). « Quelque temps après, il le remplaça par une clef dont il trouvait, dit très justement Fillon, la configuration dans le monogramme, et par

des fleurs de lis, placés de Êiçon à rappeler l'ancienne disposition du type (fig. 711). Cette remarque permet de classer chronologiquement les monnaies de Charles I, qui sont d'autant plus anciennes que leur em-

Fig. 710 Fig. 711 Fig. 71a

preinte se rapproche davantage de la primitive. » Outre les types que nous venons de citer, Charles I émit des deniers à deux clef$ adossées (fig. 712).

Charles I, devenu roi de Sicile, s'intitule sur les plus récentes de ses monnaies KREX SICILIE. C : ANDEGAVIE (fig. 713).

Sous Charles II (1285-1290), qui en revient au nom écrit' en toutes lettres KAROLVS COm€S — AnDEC'AVEnSIS. le type se compose de la clef placée entre deux lis (fig. 714 et 713) ou entre un lis et tme rosace. ^

Fig. 7'l Rg. 7H Fig. 71$

En 1315, sous le règne de Charles III de Valois (1290-1325), qui continua les types de son prédécesseur, la monnaie d'Angers est mentionnée dans l'ordonnance qui règle le monnayage des barons :

« lUnij la monnoie d'Angiers : les deniers doivent estre a iij d. x grains de hy, argent le Roy, et de xix s. vjd.de pois, au marc de Paris, et les maailles doivent estre de ij d. xxj grains de loy, argent le Roy, et xvijs. iiij d. maailles doubles au marc de Paris; et m pourront faire que le x* de maailles, c'est à dire ix. c h de deniers et c l. de maailles doubles, et ainsi vauldront les deniers et les maailles dessus dictes, avalué l'un parmi l'autre à peti:(^ tournois et à maailles tournoises iij s. iiij d. moins la libvre que peti:(^ tournois, c'est à dire que les xiiij d. de la monnoie dessus dicte ne vauldront que xij peti^ tournois. »

Le 14 mai 13 19 le roi Philippe V acheta à Charles m les monnaies de Chartres et d'Anjou, mettant fin de la sorte à la fabrication du numéraire féodal.

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S Vin. — Abbaye de Saumur.

Vers le commencement du xi* siècle, Tabbaye de Saint-Florent-lès- Saumur exerça le droit de battre monnaie. On a retrouvé un denier d'argent dont voici la description: + BEATI FL0R6NTII. Croix pattée. ^. CASTRV SALMVRV. Qef dans le champ (fig. 716).

S IX. — Comté du Maine.

Le monnayage féodal du Mans commença au x« siècle par des deniers sans nom royale au type du temple ou des quatre petits temples \ posés en croix. La légende conserve le ^ + GRACIA Dl REX, mais elle n'a assurément ici que la valeur d'une simple copie.

*■ '* Au commencement du xi* siècle,

Herbert I Eveille-chien, comte du Mans (1015-1036), crée un type monétaire qui reste à l'état d'immobilisation jusqu'au milieu du XIII* siècle sur les coins de l'atelier mançois. En voici la description : + COAES CENOMANNIS. Au centre le monogramme d'Herbert, i^. +SI6'NVM DEI VIVI. Au centre une croix pattée, cantonnée dans les cantons inférieurs d'un A et d'un G) attachés aux bras transversaux

(fig. 717)-

^ Fig. 717 Kg. 718 Fig. 7i>

En 1246, Charles d'Anjou (1246-1285) devint comte du Maine et modifia le monnayage. On distingue nettement trois étapes dans la transformation subie par les types.

I*» Le monogramme d'Herbert est conservé, mais les légendes deviennent K. COMES PROVINCIE-FILI REGIS FRANGE, ou plus simplement K- FIL. REGIS. FRANCIE, lorsqu'au revers le nom français ANIEYNS DOVBLES remplace la devise religieuse.

2® Le monogramme d'Herbert, dont le sens s'était perdu, est défiguré par les graveurs des coins et devient une figure informe. Les

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légendes sont CAROLREXSICILIE etTanden SIGNVM DEI VIVI(fig. 718).

3<* On fait faire une révolution semi-circulaire à la figure bizarre précédemment créée et cette figure produit une sorte de couronne.

Désormais, une couronne de mieux en mieux dessinée formera le type de la monnaie du Mans> sur laquelle Charles II (1285-1290) et Charles III de Valois (1290-13 17) omettent leur signature, que remplace l'indication œOn€TA: CEn05R (fig. 719).

Dans toutes les pièces que nous venons d'énumérer il ne se trouve pas une oboU. « Je ne crois pas, dit Poey d'Avant, qu'on en trouve jamais. En voici la raison. Les deniers du Maine avaient une valeur double de celle des autres provinces qui leur servaient d'obole. » H n'est etf^ efiet question que de deniers dans la célèbre ordonnance dé Louis le Hutin (13 15) : « Itenij la monnoie du Mans : Us mansois doivent estre à' vi d. de loy, argent le Roy et de xvj s. de pois, au marc de Paris ; et ainsi vauldront les mansois dessus dicts xx d. mains la livre que peti^^ tournoi^j c^est à dire que les xiij mansois ne vaudront que ij s. de peti:(^ tournois. »

Philippe de Valois réunit le Maine à la couronne. Lorsqu'en 1356, le roi Jean donna le comté à son second fils Louis,. il stipula formellement que le droit de battre monnaie n'était pas compris dans Tapanage : Salvis tamen et nobis retentis et reservatis juribus nostrae regaliae, monetis et exuptionibus eccksiarum catbedralium.

SX. — Abbaye de Saint-Martin de Tours,

L'abbaye de Saint-Martin, qui dès l'époque mérovingienne percevait les produits du monnayage, tenta de s'afiranchir de tout contrôle royal

Fig. 720 Bg. 721 Fig. 72a

dès lé ix« siècle. Au x« siècle la tentative fut reprise et cette fois réussit pleinement. Les plus anciens deniers ont une tète de profil, le chef de saint Martin, qui devint le modèle du monnayage chinonais ; puis est adopté par l'atelier abbatial, à Tavers des deniers et des oboles, le temple tétrastyle carolingien entouré de SCS MARTINYS, undis que, du côté de la croix, on écrit TVRONVSCIVITAS. Peu àp/eu, le temple primitif s'altère; la croisette centrale du temple disparaît; trois colonnes centrales, réduites dans la suite à trois globules, soutiennent le fronton, tandis que deux hautes tours accostent l'édifice. Un croquis permettra

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mieux qu'une description de suivre ces transformations successives, d'où sortit le type tournois, qui doit jouer un rô)e si considérable dans la numismatique du xiv« siècle (fig. 720, 721 et 722).

L'abbaye de Saint-Martin avait été oubliée dans l'ordonnance de 13 15 ; aussi la voyons-nous réclamer auprès du roi Louis X qui, le 12 mai 13 16, prescrivit de ne point troubler les doyen, trésorier et chapitre de Saint- Martin dans l'exercice de. leurs droits monétaires.

S XI. — Seigneurie de Loches.

M. Gariel a fait connaître un denier du xi* siècle appartenant à cette localité. C'est une pièce anonyme portant au droit et au revers la légende + hOCAS CASTRO. Le type semble une dégénérescence d'un des types d'Eudes.

S Xn. — Comtés de Blois et de Chartres.

Le premier comte héréditaire de Blois et de Chartres fut Thibaut le Tricheur. Ses successeurs, dont voici la liste, conservèrent la possession des deux comtés réunis :

Eudes I, 978-995. Thibaut IV le Grand, 1102-1152.

Thibaut II, 995-1004. Thibaut V le Bon, 1152-1191.

Eudes II, 1004-1037. Louis, 1191-1205.

Thibaut m, 1P37-1089. Thibaut VI, 1205-1218. Etienne, 1089-1102.

Après la mort de Thibaut VI> les comtés de Blois et de Chartres furent momentanément séparés; mais ils se réunirent de nouveau en 1269» pour se séparer définitivement en 1292.

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