LES ILES BR1TANNIQ.UES
supposer que la première fabrication des monnaies écossaises remonte assez haut, bien que, à Tépoque où le savant irlandais écrivait son livre, la plus ancienne pièce d'attribution certaine ne fût pas antérieure au règne de Malcolm III, qui monta sur le trône en 1057. C'est un denier d'argent imité des monnaies anglaises et portant au droit unetête couronnée de face, accompagnée à gauche d'un sceptre cruciforme. La
légende, mal venue, donne + MA REX. Le champ du revers est
occupé par une croix fleurdelisée.
On n'a pas de monnaies certaines de Donald VO (1093-1098), ni de l'usurpateur Duncan II, ni d'Edgard (1098-1107); mais sous Alexandre I (1107-1124), nous voyons apparaître pour la première fois le type du buste couronné de profil, avec le bras tenant un sceptre fleurdelisé, qui restera le type par excellence du numéraire écossais. Sous Alexandre I et sous David I (1124-1153), le buste est tourné à droite et la croix du revers reste le plus souvent fleurdelisée comme sur la pièce de Malcolm III. Les ateliers de David I furent établis à Ber- Wick et à Roxburgh.
L'existence des monnaies de Malcolm IV (115 3-1 165) n'est pas prouvée; mais pour le règne de Guillaume I le Lion (1165-1214), nous nous trouvons en présence d'une série de deniers très nombreuse. Quelques monnaies de ce roi sont d'un style déjà relativement bon; mais un grand nombre d'entre elles conservent encore la rudesse primitive. Sous le rapport des types, les émissions de Guillaume I comprennent trois groupes distincts.
Les deniers du premier groupe portent la tête du roi .tournée à gauche, avec la couronne aux trois lis et le sceptre fleurdelisé devant le visage. La croix du revers est brève, pattée et cantonnée de crois* sants. Le second groupe, de meilleur style, présente l'effigie royale avec le sceptre tourné à droite ; aucun grénetis ne la sépare de la légende. Au revers la croix pattée est cantonnée de quatre lis tournés la pointe vers le centre. En 1 195, dit la Chronique du Melrose, le roi Guillaume procéda à de nouvelles émissions monétaires : « Hoc anno Wilklmus rex Scotorum innovavit pecuniani suam ». C'est sans doute alors que commença la frappe des pièces du troisième groupe, qui donnent la tête royale tournée soit à droite, soit à gauche, dans un grénetis, mais qui se distinguent particulièrement de celles des deux autres par la présence, au revers, d'une croix à doubles bandes cantonnée de quatre étoiles. C'est une imitation évidente des pennies anglais contemporains.
Guillaume I écrit de différentes manières son nom autour de son effigie et, fait remarquable sur lequel nous reviendrons tout à l'heure, ce nom est écrit soit en français, soit en latin : LE REI WILLAME, REI
Googl(
846 TROISlàME PARTIE
WILUME. WIUME REX. WILELMVS. WILIELMVS REX. Comme sur les monnaies anglaises, le nom de l'atelier est toujours accompagné de celui du monétaire chargé de Texploiution. On trouve pour Guillaume I quatre officines en activité, Berwick, Edimbourg, Penh et Roxburgh. Nous noterons les diverses combinaisons de noms de lieu et de noms de monétaires en commençant par les deniers du premier groupe: ADAM BEREWIC. WILAM BEREWIC. ADAM ON EDEN (Edimbourg), HVE OF EDENEBV. FOLFOLT • DE • PERT (Perth), FOLFOLT ON ROC (Roxburgh), RAVL • DE ROCEBVR. La seule pièce que Ton possède du second type est battue à Roxburgh par Folpold* Les pièces du troisième groupe donnent quelques nouvelles combinaisons de noms de monétaires et de noms d'ateliers : HVE WALTER. HVE ON EDENBVR. WALTER ED. HENRI LE RVS DE PT (Perth), WALTER ON PERT. PERIS ADAM ON ROCI. HVE ON- ROCE. RAVL ON ROCEBVR.
La présence sur les monnaies de Guillaume d'une légende française, l'existence au nombre de ses monétaires de plusieurs personnages à noms français, tels que Raoul, Hue pour Hugues, etc., donne beaucoup de poids à la supposition de Cardonnel < que la plupart de ces pièces ont été battues par des monnayeurs recrutés par le roi d'Ecosse, en France, pendant la captivité de Guillaume le Lion en Normandie, et après sa mise en liberté. On doit encore remarquer, à l'appui de cette ingénieuse hypothèse, que les ateliers monétaires sont précisément situés dans les villes et châteaux donnés comme garantie de la rançon que Guillaume dut payer à Henri II, roi d'Angleterre.
Les monnaies d'Alexandre II (1214-1249) sont très difficiles à distinguer de celles de son successeur Alexandre III. C'est à M. Haigh qu'il appartient d'avoir établi la distinction entre les pièces de ces deux rois en se fondant sur la forme des croix du revers. Les monnaies d'Alexandre II reproduisent le type du troisième groupe de Guillaume, soit à Tavers la tête royale, à droite ou à gauche, avec ou sans sceptre, et au revers une croix brève à doubles bandes cantonnée de quatre étoiles. Roxburgh et Berwick semblent avoir été les seuls ateliers en activité pendant ce règne. Les légendes, d'une lecture souvent très difficile, donnent, au revers, des noms de monétaires parmi lesquels il s'en trouve dont l'origine française est indiscutable: ALAIN ANDRV. ANDRV. PIERES, WALER. WILLE.
Avec Alexandre III, qui monta en 1249 sur le trône d'Ecosse, la
I . A. de Cardonnel, Numistnata Scotiae, or a séries of the scolish coinage, from tlte reigii of William tJjc Um to t1)e Union, Londres, 1786, in-4.
Googl(
LES ILES BRITANNiaUES 847
croix du revers, resserrée jusqu'à cette époque dans le grénetis, le franchit et coupe la légende. Nous avons vu une modification analogue se produire en Angleterre au temps de Henri III. La tête des pennies d'Alexandre III est tournée ou à droite ou à gauche, presque toujours couronnée et toujours accompagnée du sceptre. Le style, la gravure et la frappe s'améliorent et les légendes deviennent plus lisibles, mais par leur aspect d'ensemble, les pièces ne se séparent pas de celles que nous avons vues jusqu'ici. Les ateliers mentionnés sur les deniers sont Aberdeen (ABE. ABIRD), Berwick (BERWI. BER), Edimbourg, Dunbar (DNBARE. DVN), Kinghorn (KING), Inverness (IN. INVER), Lanark (LAN. LA), Penh (PERTH. PERTE), Forres (PRE), Forfar (POR), Glasgow (GLA), Montrose (MVN), Roxburgh (ROHESB. RO. R), Stirling (STR. STRIVE) et Saint-Andrews (AN. ANDER). Il faut peut-être y ajouter Marchmont (MARE).
Vers la fin de son règne, Alexandre III accomplit dans son monnayage une révolution qui marque, dans l'histoire monétaire de TÉcosse, le début d'une nouvelle époque. Le nom des monétaires disparaît ; à la croix à doubles bandes se substitue la croix pattée, la gravure des coins devient décidément belle : nous assistons à la naissance de ïesterlin et de SQs subdivisions, en attendant que paraissent sous David II It gros et la monnaie d'or.
§ IV. — Les, Hébrides:
L'archipel des Hébrides, situé dans l'Océan Atlantique, à l'ouest de l'Ecosse, ne fut réuni à ce royaume qu'en 1264. Il appartenait auparavant à des rois d'origine Scandinave auxquels on attribue la fabrication d'un certain nombre de monnaies copiées des pennies d'Aethelred II et de ses successeurs. Cette attribution est toutefois dépourvue de toute preuve positive, et nous nous bornons à la mentionner sans y attacher autrement d'importance.
Googl(