‹ Traité de numismatique du moyen âge (volume 3)Chapitre 6 sur 83 · I. Essai sur la numismatique nivemaise. Paris, 1854, in-S · texte numérisé non relu

I. Essai sur la numismatique nivemaise. Paris, 1854, in-S

du roi Louis IV sur lesquels le mot REX figure dans le champ. Les figures ci-dessous feront mieux comprendre qu'une longue dissertation comment le titre royal a pu fournir, à la suite d'altérations lentes, une figure bizarre composée d'une faucille et d'une croisette :

Fig. 75a R«- 7$î Rg- 754 Kg. 7$$

Ce type de la faucille, dont nous nous sommes borné à indiquer les principales phases, occupe sans partage le coin nivemais pendant le XI* et le xii« siècle. Les premières pièces féodales reproduisent en légende le nom du roi et celui de la ville. Remarquons, avec M. Caron, une particularité épigraphique des monnaies de Nevers, la forme de la lettre N. Toujours carrée au commencement de Nivernis, elle affecte dans la troisième syllabe une configuration particulière, une sone de fer à cheval. Nous avons parlé, p. 376, de ce détail paléographique.

Le premier comte de Nevers qui mette son nom sur les espèces est Guillaume IV (1161-1164), + COMES GVII€MIO. Le classement des deniers de ce seigneur et de ceux qui lui succédèrent n'offre aucune difficulté, car tous ont des légendes explicites ;

Gui I (1168-1174), COMES GVIDONIS.

Guillaume V (1175-1181), GVIIIERMVS CO.

Pierre de Courtenai (1184-1199), COMES PETRVS.

Hervé de Donzy(ii99-i223), COMES ERVEVS ou ERVIS CONS. Cette seconde légende semble écrite en firançais.

Gui de Forez (1226-1241), GVIDO COMES. Le type est une faucille et un dauphin.

Avec le règne de la comtesse Mahaut II (1257-1267), épouse d'Eudes de Bourgogne, le type de la faucille disparaît subitement et fait place à un dispositif spécial, que nous avons étudié à propos des monnaies de Mehun-sur-Yèvre : une fasce accompagnée, au-dessus, d'un lis, et au-dessous, de deux étoiles (fig. 736). On possède de Mahaut des deniers et des oboles; jamais le nom de la comtesse n'y figure autrement que par l'initiale suivie du titre: M COMITISSA. Les pièces signées par Eudes de Bourgogne, ODO COMES, inaugurent les types héraldiques; nous y trouvons en effet Técu aux armes de Bourgogne ancien (fig. 757).

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Jean Tristan (1265-1270), I. F: REGIS FRANCIE — CO: NIVER* NENSIS. marque ses espèces de deux fleurs de lis appointées et de deux étoiles formant croix (fig. 758). Au revers^ la croix est de la

Fig. 7s6 Kg. 7S7 Fig. 758

forme dite auxerroise : les branches sont pattées et à pointe. La présence de cette croix avait évidemment pour but de faire circuler les espèces nivemaises dans TAuxerrois.

Yolande, veuve de Jean Tristan, continua l'émission des deniers au type employé par son époux. Lorsqu'elle eut convolé en secondes noces avec Robert de Dampierre (1271-1296), celui-ci conserva tout d'abord le dispositif des deux lis et des deux étoiles ; inais il fit bientôt graver sur ses espèces les armes de sa famille, le lion de Flandre. D'abord, ce lion est placé dans le champ, mais sur les dernières émis** sions il est posé dans un écu.

Ce type de l'écu au lion persista jusqu'à la fin du monnayage des comtes de Nevers; il figure sans exception sur les deniers de Louis (1296-1321), le prince qui allait devenir comtjs de Flandre sous le nom de Louis de Nevers.

La monnaie des comtes de Nevers est la première dont (àsse mention la Êimeuse ordonnance de 13 15 : « PremUretnent, la monnaie le comte de Nevers : les deniers doivent estre à iij d. xvj grains de loy, argent le Roy y et de xix s. vj d. de pois, au marc de Paris. Item les maailles de la dicte monnaie doivent estre à iij d. de loy, argent le Ray, et de xvj s. ix d. de maailles doubles de pois au marc de Paris, et ne pourront faire que le disiime des maailles, c'est à dire ix. c. L de deniers et c l. de maailles doubles ; et ainsi vaudront les deniers et les maailles dessus dictes, avalui l'un parmi Vautre à peti^s^ tournois et à maailles tournois, xx d. mains la livre quepeti:^ tournoi:^; c'est assavoir que les xiij d. delà monnaie dessus dicte ne vaudront que xij peti:^^ tournoi:^. »

S XXIX. — Seigneurie de Montluçon.

En 1202, Philippe-Auguste donna la seigneurie de Montluçon à Gui de Dampierre, à l'occasion de son mariage célébré quelques années auparavant avec Mahaut, héritière de la seigneurie de Bourbon, pour le récompenser de ses services et en augmentation de dot. Gui s'empressa de £aire firapper monnaie dans ses nouveaux domaines et adopta pour type

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le monogramme dégénéré de Foulques d'Anjou, tel qu'il avait été popularisé par l'atelier si fécond de Gien. Les légendes des denins de Gui sont: GVIDONIS — + MONLVCON.

Poey d'Avant émet l'hypothèse que le monnayage de Montluçon cessa après le traité conclu en 12 13 par Gui de Dampiene et le prieur de Souvigny.

De nouvelles émissions montluçonnaises nous reportent à Eudes de Bourgogne (1249-1269), dont les deniers portent un type analogue aux pièces nivemaises de Mahaut. La fasce est accompagnée de trois coquilles, meubles tirés du blason de Bourbon. Eudes écrit sur ses deniers + HODO DOMINVS ou + ODO DOMINVS — MVNTE- LVCIO ou MONLVCONIS.

S XXX. — Les prieurs de Souvigny et les sires de Bourbon^.

En 926, Aimar, sire de Bourbon, octroya à l'abbaye de Quny la seigneurie de Souvigny et les terres quien dépendaient. Régi d'abord par des doyens et ensuite par des prieurs, le monastère de Souvigny resta toujours sous la dépendance de celui de Cluny.

Longtemps on a fait remonter l'origine de l'atelier de Souvigny à une concession qui aurait été faite en 994 par Hugues Capet; mais il est reconnu aujourd'hui que cette charte royale est apocryphe. Le monnayage des prieurs de Souvigny ne commence qu'à la fin du XI* siècle. Le plus ancien acte qui en fiisse mention émane de l'archevêque Aldebert de Bourges (1095-1098). Cest à cette époque que remonte l'émission des premiers deniers à l'effigie de saint Mayeul : SCS-MAIOLVS. Buste de face; à côté de la tête une petite crosse. n + SILVINIACO. Croix simple (fig. 739).

La monnaie de Souvigny avait cours dans les domaines des sires de Bourbon. Cet état de choses dura pendant quelque temps, mais les seigneurs de Bourbon, à mesure que leur puissance s'agrandissait par suite des progrès de la féodalité, ne manquèrent pas de secouer un joug qui leur pesait, et dès le commencement du xii* siècle, ils empiétèrent sur les droits des prieurs en émettant des monnaies particulières.

Les plus anciennes monnaies des sires de Bourbon reproduisent la tête de face de saint Mayeul ; mais au lieu du nom du saint, c'est le mot BORBONENSIS qui forme la légende circulaire. Au revers, le nom du roi Louis Vil, + LVDOVICVS REX, sert d'excuse à l'usurpation bourbonienne, qui parait ainsi émaner de l'autorité royale.

I. J. de Soultrait, Essai sur h numismoHqui bourbonnaise. Moulins, 1858, iQ-8.

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Plus tard on imita le type de la tête de saint Maurice de Vienne, la maîn bénissante des estevenants de Besançon, la faucille de Nevers ; mais le nom du roi Louis, passé à Tétat d'immobilisation; continua toujours à marquer les espèces.

Fig. 759 Fîg. 7éo Fig. 761

La fabrication des sires de Bourbon souleva entre eux et les prieurs de vifis démêlés. En 121 3, Gui de Dampierre et le prieur Hugues convinrent, pour faire cesser les disputes, de s'associer et de monnayer à frais communs dans l'atelier de Souvigny (fig. 760). Gui ne stipule que pour lui : quandiu vixero, dit la charte.

Après sa mort, Archambaud IX et Archambaud X se font associer à leur tour au monnayage des prieurs, et c'est dans cette période que furent vraisemblablement émis, dit M. Qu'on, les deniers au buste de saint Mayeul de profil, qui portent dans les cantons de la croix les deux lettres D B. doniinus Borbanensis.

C'est à cette même époque qu'on rattache aujourd'hui le denier au type de la Marche qui porte d'un côté + EMRICVS DE FRAN et dans le champ CIE entre deux croissants. Au revers on lit autour de la croix LODCVS RX BORBO'.

La seconde moitié du xiii*" siècle nous donne quelques monnaies émises et signées par les sires de Bourbon, qui désormais acquièrent la prépondérance sur les prieurs de Souvigny. Un des premiers actes d'Agnès de Bourbon et de son mari Jean de Bourgogne (1262), après leur avènement, fut d'interdire la monnaie de Souvigny et de battre des espèces à l'ancien type nivernais. Le nom de Louis immobilisé reparait du côté de la faucille ; au revers nous lisons : I DNS BORBONIL

En 1263 un nouveau traité avec le prieur de Souvigny fut consenti par le sire de Bourbon; il resta en vigueur jusqu'à la fin du monnayage. Il existe des deniers et des oboles (fig. 761) de Robert de Clermont, R DNS BORBON. au droit desquels se montre l'effigie de profil de Saint Mayeul avec la légende SCS M AIOLVS. Robert de Clermont avait épousé en 1272, Béatrix, fille de Jean de Bourgogne et d'Agnès

I. Duchalais, Monnaie inédite du Bourbonnais et de Souvigny, dans la Rev. nwnism,, 1852, p. 135 et suiv.

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de Bourbon ; il devint sire de Bourbon à la mort de cette dernière arrivée en 1283» et mourut à son tour en 13 10.

Le monnayage de Souvigny est mentionné dans l'ordonnance de Louis le Hutin de 1315- Ainsi que le fait remarquer M. Caron, les droits du seigneur de Bourbon y priment ceux du prieur: « Item la monnaie de Sauvignye, qui est a monseigneur Loys de Clermont, et au prieur de Sauvigny : les deniers doivent estreà iij d. xvj grains de loy, argent le Roy^ et de xix s. vj d. de poisy au marc de Paris. Item, les maailles de la dicte monnoie doivent estre à iij d. de loy, argent le Roy, et de xvj s. ix d. maailles doubles de pois au marc de Paris; et ne pourront faire que le disiime de maailles, c'est à dire ix. c. livres de deniers et c livres de maailles doubles; et ainsi vauldront les deniers et les maailles dessus dictes, avalui Vun parmi Vautre à petit toumoix^ et à maailles tournoises, xx d. mains la livre quepetix,toumoi:(^; c'est assavoir que les xiij d. de la motinoie dessus dicte ne vauldront que xij petiz^ tournoix^. »

S XXXI. — Comté d'Auvergne.

Nous avons parlé, dans la seconde partie de ce livre, des grands deniers au monogramme carolin dégénéré frappés dès le milieu du X* siècle à Brioude et signés par un Guillaume, comte d'Auvergne : +YLELMO — COMS BRIVITES. Ce monnayage s'immobilisa et dura pendant la plus grande partie du xi* siècle.

Les comtes d'Auvergne semblent avoir attaché peu d'importance à la possession du monnayage ; nous allons voir, dans les pages qui suivent, qu'ils se dépouillèrent de leurs ateliers du Puy et de Clermont en faveur des évèques locaux. A Brioude, l'immobilisation des deniers au nom de Guillaume a peut-être sa source dans l'abandon que les comtes ont pu faire à l'église de Saint-Julien des bénéfices de la fabrication monétaire. Quoi qu'il en soit, ces pièces de Brioude sont les seuls souvenirs numismatiques que nous aient laissés les anciens comtes d'Auvergne, dont la chronologie est dès lors sans intérêt pour le numismate.

En 1241, le roi Louis IX donna à son frère Alphonse une partie considérable du comté d'Auvergne, qui avait été confisquée sur Gui n par Philippe-Auguste. Alphonse s'empressa d'ouvrir à Riom un atelier où il frappa des deniers tournois à l'imitation des pièces royales.

Fig. 7<a Fîg- 7«î Lçur type se compose du châtel, mais avec certaines variétés de formes et l'adjonction de plusieurs ornements accessoires (fig. 762 et ^6i)• Les légendes sont, à quelques variantes près, AN- FOVRS COMES — DE RIOMENSIS.

S XXXn. — Évéchi du Puy.

Les évoques du Puy obtinrent de bonne heure les droits monétaires. Le 8 avril 924, le roi Raoul donna à Tévêque Adalard (919-925), du consentement de Guillaume II, duc d'Aquitaine et comte d'Auvergne, le bourg contigu à l'église du Puy et le droit de battre monnaie : « omnem burgum ipsi eccUsie adjaccntem et universa que ibidem ad dominium et potes tatem comitis hactenus pertinuisse visa sunt; forum scilicet, teloneum, ma-

netam, et omnem districium cum terra et mansionibus ipsius burgi »

Cette charte fut confirmée par le roi Lothaire, le 8 mars 855.

On peut partager en quatre groupes les monnaies autonomes frappées par les évoques du Puy. Le type des espèces reste toujours uniforme ' : une des faces est occupée par une sorte de rosace à six branches ou feuilles ; l'autre côté porte une croix.

a) Seconde moitié du x« siècle et partie du xi«. Grands deniers de frappe analogue à celle des pièces de Brioude : facture barbare, grandes lettres, rosace à feuilles pattées paraissant être un chrisme dégénéré. Les légendes sont MONETA — SCE MARIAE (fig. 764). Quelques

exemplaires portent MONETA — SCE MANVE. que plusieurs numismates prennent pour une altération de la légende primitive, mais où M. de Longpéricr a voulu retrouver le nom de Manosque, Manuesca, ville du comté de Forcalquier.

b) Fin du xi« siècle et partie du xii*. Deniers de module plus petit, le plus souvent rognés et à légendes inintelligibles ou même simulées par une ligne en zigzag. La rosace et la croix ont les branches arrondies (fig. 765). *

I. Une trouvaille faite en 1888 à Lons-le-Saulnier renfermait un certain nombre de deniers du roi Robert le Pieux sur lesquels on a cru voir le monogramme d*Étienne I, évéque du Puy. M. de Marcheville a montré que ce soi-disant monogramme n'est autre chose- que le nom du Christ et que les (ientVrj appartiennent non au Puy, mais i l'atelier de Sainte-Marie-au-6ois, Sancta Maria in Bosco, dans l'ancien comté de Màcon. — Cf. Revue numismatique, 1890 et 1893.

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