Rymer, 1. 1, p
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Le monnayage d'Angoulême anonyme et immobilisé, aux légendes
+ LODOICVS — + EGOLISSIME. (fig. 778) dura aussi longtemps que
la première dynastie comtale, c'est-à-dire jusqu'à la fin du xii* siècle.
Le comte Vulgrin III mourut en 1181, ne laissant qu'une fille, Ma-
thilde, à qui ses oncles Guillaume et Aimar arrachèrent successivement
la plus grande partie de son héritage paternel. Mathilde élevait aussi des prétentions sur le comté de la Marche, dont Hugues K, seigneur de Lusignan, s'était emparé. Le différend se termina par un mariage entre Hugues et Mathilde. La réunion des comtés d'Angoulême et de la Marche, ainsi commencée, fut achevée en 1220 par le mariage de Hugues X de Lusignan, fils de Hugues IX, avec Isabelle, fille et héritière d' Aimar d'Angoulême.
C'est, suivant toute apparence, à la suite de son mariage avec Mathilde, et comme héritier des comtes d'Angoulême, que Hugues IX de Lusignan exerça le droit monétaire dans son comté de la Marche. Et en fait, les premières monnaies émises dans ce comté sont une reproduction presque complète des anciens coins angoumoisins ; les légendes immobilisées + LODOICVS — EGOLISSIME sont conservées, mais le type, au lieu d'être formé de quatre annelets disposés autour d'une croisette, présente autour de cette croisette trois annelets et un croissant (fig. 779). Les recherches de M. de Cessac' ont précisé cette attribution d'une manière certaine ; le monnayage de Hugues IX est cité pour la première fois en 1208.
Le passage suivant de la chronique de Saint Martial de Limoges, par Bernard Itier, nous apprend qu'en 12 11 Hugues IX modifia sa monnaie: Anno gracie M'^CC^XI'*... cornes Hugo de Marchia navam monetam instituit apud Belacfaciendam marques. Cette nouvelle monnaie, dont la création est également attestée par des auteurs plus récents, et dont l'atelier de fabrication fut placé à Bellac, porta + VGO COMES — + MARCHIE. Le type est une légère transformation du précédent: la croisette centrale est accostée de deux annelets et de deux croissants. Il est très difficile d'établir, avec quelque certitude, le classement des monnaies émises par les successeurs de Hugues IX, presque tous ho-
I . Cf. Un trésor de monnaies des comtes de la Marche et leur atelier monétaire de Bellac,
dans les Mélanges de numism., t. III, 1882, p. 361. — Un denier inédit de Hugues XI de
* Lusignan, comte de la Marche, dans la Revue numism,, 1883, p. 186. — Chronologie des
comtes de la Marche au point de vue du classement de leurs monn,, dans le même recueil,
monymes. L'examen patient des trouvailles réserve sans doute aux numismates de l'avenir la clef de ce problème, car les tentatives faites jusqu'à présent sont très conjecturales. Voici, telle que l'a fixée M. de Cessac, la chronologie des successeurs de Hugues IX ; nous reviendrons ensuite à leurs monnaies :
* Hugues X ; Marche, 1219 ; Angouléme, 1220 — 1249.
* Hugues XI le Brun; Angouléme, 1246 ; Marche, 1249 — 1250.
* Hugues XII, 1250 — 1270.
* Hugues XIII, 1270 — 1302.
•Gui, 1302 — 1308.
Yolande de Lusignan, usufruitière des comtés de la Marche et d* Angouléme,
Réunion des comtés à la couronne.
On possède un curieux document relatif au règne de Hugues X : le 18 décembre 1226, Henri III roi d'Angleterre ordonna que la monnaie de la Marche serait reçue en Poitou sur le pied de sa propre monnaie poitevine. M. de Cessac range à Hugues X les deniers elles oboles portant
Fig. 779 FIg. 780
dans le champ les lettres CHE, dernière syllabe du mot MARCHE (fig. 780). Ces pièces portent au revers soit LODOICVS ENGOL, souvenir de l'ancienne légende angoumoisine immobilisée, soit DNS LEZINIACI. seigneur de Lusignan.
Au mois de mars 1243, Hugues X et Isabelle, sa femme, partagèrent leurs états entre leurs enfants. Ils attribuèrent à Hugues XI, leur fils aîné, les comtés de la Marche et d'Angoulême « et monetas utriusque comitatus ». Hugues XI obtint Angouléme en 1246, après la mort de sa mère. Son monnayage dut être fort restreint, car il partit pour la croisade Tannée de la mort de son père, et le suivit en 1250 au tombeau. M. de Cessac ne lui accorde qu'un seul denier.
Hugues Xn prit sur ses monnaies le surnom de le Brun, qui avait déjà dans le langage familier de Tépoque désigné ses prédécesseurs homonymes. Les deniers d'HVGVO BRVNNI rentrent dans la même donnée^ artistique que les pièces de Hugues XI : Tavers porte trois annelets ou trois croisettes rangées entre deux croissants, etc. (fig. 781 à 783). Sur quelques deniers firappés à Angouléme le type se compose des lettres SIS
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terminant le titre de C ENGOLIMEN qui entoure le champ. Hugues XII modifia plusieurs fois le pied de ses monnaies, et l'altération de titre qu'il leur fit subir finit par lui attirer, le 9 février 1265, un arrêt du parlement : ce quod cornes Engolismmsis mutaverat pluries tnonetam suam
et eamfecerat deteriarem in pondère et lege »
Hugues Xin était mineur lorsque son përe mourut, en 1270. Les comtés de la Marche et d'Angoulème furent administrés, pendant sa minorité, par sa mère Jeanne de Fougères, qui plaça sur les deniers frappés au nom de son fils, HVGVO BRVNNI, une sorte de fougère à trois feuilles, accostée de deux croisettes, représentant les armes de la maison dont elle était issue.
FIg. 781 Fig. 782 Fig. 78J
A la majorité de Hugues XIII, le champ des pièces prend les burellcs des Lusignan (fig. 784), puis enfin l'écu burelé. Ce comte altéra également ses monnaies, notamment en 1280 et en 1282. Il est possible qu'à ces altérations corresponde une modification du type.
L'attribution des monnaies de Gui (1302-1308) ne présente aucune difficulté. Toutes portent son nom et ses titres, G DO DE LEZiniACO COMES MARCblE. La plupart de ses pièces, deniers et oboles, ont à
Fig. 784 Fig. 78$
l'avers l'écu burelé de Lusignan (fig. 785), mais à cette émission, continuation de celle de Hugues Xm, en succède une autre pour laquelle Gui reprend un dispositif antérieur à l'adoption des types héraldiques : la lettre N accostée de deux croisettes, d'une étoile et d'un croissant.
A la mort de Gui, le roi Philippe le Bel réunit les comtés de La Marche et d'Angoulème aux domaines de la couronne. L'usufruit fut jtoutefois laissé à Yolande de Lusignan, mais cette comtesse n'eut certainement.pas le droit de battre monnaie. En 13x5, Louis le Hutin donna le comté de la Marche en apanage à son frère Charles. »Celui-ci se hâta de rouvrir l'atelier seigneurial, établi vraisemblablement à Charroux.
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L'ordonnance du 28 novembre 13 15, qui régla le monnayage des barons, constate en ces termes les droits monétaires du comte : « Item, la monnoit au conte de la Marche; les deniers doivent estre à iij d. vj graini de loy, argent le Roy, et de xx s. d. pois, au marc de Paris; et les maailles de la dicte monnoie doivent estre à ij d, xvj grains de loy, argent le Roy, et de xvij s. ij d. de maaille de double de poisy au marc de Paris ; et ne pourront faire que la x^ partie des maailles, c'est-àdire ix^ l[ivres] de deniers et c l[ivres] de maailles doubles; et ainsi vaul-dront les deniers et les maailles dessus dictes, avalui l'un parmi Vautre à peiix, tourn\oi:(\ et à ol^olesl tournoises, v s. moins la livre, c'est assavoir que les XV deniers ne vaudront que xij petix, tourn[oi:(] ».
L'ordonnance attribue à Charles de France deux types monétaires différents, dont l'un serait, suivant M. Blancard, le denier, l'autre l'obole. Le premier type est une réédition de l'écu de Lusignan que nous avons trouvé sur certaines monnaies de Gui. Les légendes seules sont modifiées ; elles deviennent + KFlL REGFRACIE — + COMES 5RARCIE. Le second type reproduit un coin de Hugues XII : trois croisettes rangées en fasce et accompagnées de deux croissants. Sur cette pièce, qui, pas plus que la précédente, n'a été retrouvée en nature, Charles s'intitule simplement comte de la Marche, sans se faire honneur de sa filiation royale. Les monnaies aujourd'hui connues de Charles de France portent les trois types suivants : i** trois croisettes rangées en pal, au-dessus un lis, au-dessous un lis couché ; 2® châtel tournois, sans fronton, portant au centre un grand lis; 3^ châtel tournois dont le fi-onton est surmonté d'un petit écu au lis. Les deux premiers coins ont comme légendes KAROLVS ou KROLVS COœES — MORGTA MARCbE : le dernier reproduit l'initiale du comte suivie de sa filiation et de son titre. Il est probable que les émissions au type tournois furent l'objet d'une intervention prohibitive du roi. Nous savons en efiet qu'en 1320, Charles de France fut ajourné au parlement de Paris par un mandement dans lequel le roi, son frère, disait : « Nous avons entendu de vous que les monnoies de vostre terre et de vos contiis vous ava^ nuiintenues et fait
faire en autre manière que vous ne pova^ ne devex^ Et pour «.... Nous
vous adjournons aus octaves de cesie prochaine Chandeleur à Paris par devant Nous ou no:^ gms à ce dont Nous voudrons approchier, soit seur forfaiture de monnoie, ou autre chose Donné à Paris le xxx^jour de déambre.
Van de grâce mil CCC et vint». D'après Duchêne, les procureurs du comte se soumirent à toute la volonté du roi. En 1322, le comté de la Marche fut définitivement réuni à la couronne par l'avènement de Charles au trône de France.
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S XL. — Comté de Périgord'.
Les monnaies des comtes de Périgord antérieurs à Hélîe VI (1245- 1261) sont anonymes; elles reproduisent le type et les légendes des deniers d'Angoulème, à cette diflférence près que la croisette Centrale de la dégénérescence odonique est remplacée par un cinquième annelet. L'emploi des coins angoumoisins à Périgueux paraissait, avec raison, très naturel à Poey d'Avant r « Antérieurement à 962, Angoulême et Périgueux ayant été réunis dans la même main, le monnayage dut être le même pour les deux villes. Lorsque vint la séparation, les seigneurs de Périgueux continuèrent un type auquel les populations étaient habituées.»
Malgré la présence du nom d'Angoulème sur les deniers aux cinq annelets ou «aux cinq œils», leur attribution à Périgueux est indubitable. Elle nous est affirmée, en effet, par deux textes du xiii* siècle. L'un, de 1266, porte : « et quod sint denarii petrag. cum quinque oculis ex utraque parte denarii et forma et litteris consimiles ». L'autre est un compromis en patois, de 1276, contenant cette mention: (nEt li peregœ^i deven esserfachs blancs ab volsn. Les deux textes que nous venons de citer apprennent en outre qu'à Périgueux la monnaie était commune entre le comte et la cité, et que le souverain ne pouvait battre ses espèces que sous le contrôle des consuls.
Hélie VI (1245-1261) essaya toutefois de se soustraire à l'intervention des magistrats municipaux. On possède un denier à son nom, +^ ELIAS COMES, portant à l'avers deux S et deux croisettes disposés en croix, avec + PETRACÔRIS en légende. Cette émission souleva de vives réclamations de la part des consuls.
Ces démêlés se renouvelèrent sous Archambaud III (1261-1295), parce qu'il voulait frapper monnaie, ainsi que son père l'avait fait, d'après de nouveaux règlements, dans la ville de Puy-Saint-Front ; il y eut un accord à la suite duquel il fut décidé que le comte ferait ouvrer suivant des règles invariables. Les monnaies d'Archambaud III n'ont pas été retrouvées, pas plus que celles d'Hélie VII (1293-1311), dont l'existence est certaine. On sait que ce comte bailla sa monnaie à deux florentins, Banquolo Hugolin et Lopez Amiguo, qui s'engagèrent à fournir 20,000 marcs de monnaie blanche de pierregordins, du 20 mai au 25 juillet 1305. Peut-être ces pièces sont-elles à l'ancien type des « cinq œils » ?
I . V» de Gourgues. Essai sur Us mann, frappées m Périgord, dans b Revue numism,, 1841, p. 181 et suiv.
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Le monnayage comtal, afFranchi depuis les dernières années du xiii* siècle de toute ingérence municipale, continua très tard. En 13 12 la Chambre des comptes de Paris adressait à Archambaud IV (13 n- 1336) une lettre au sujet du cours de ses espèces. En 1322, l'atelier était au château de Sale-au-Comte. Le comté de Périgord fut confisqué en 1339 sur Archambaud VI et réuni à la couronne.
§ XLL — Comté de Saintonge.
La Saintonge, qui forma à Torigine un comté particulier, passa ensuite aux comtes d'Angoulème, aux ducs d'Aquitaine, aux comtes d'Anjou, et pour la seconde fois aux ducs d'Aquitaine.
Nous avons signalé, 1. 1, p. 256, un denier que Gariel attribue au roi Louis V (986-987), mais qui fut probablement frappé par les comtes d'Angoulême. Son type et ses légendes, trois croisettes, et LODOICVS — STCNAS ou STCINAS, sont une dégénérescence de l'empreinte d'Eudes et une immobilisation du nom de Louis IV d'Outremer ; ces coins restèrent en usage à Saintes jusqu'au milieu du xii' siècle.
Cent ans plus tôt, alors que la Saintonge se trouvait entre les mains des comtes d'Anjou, Geoffroi-Martel donna à l'abbaye de Sainte-Marie, fondée par lui à Saintes, la monnaie de cette ville ou plutôt les bénéfices résultant de la fabrication.
§ XLn. — Duchés de Gascogne et d'Aquitaine.
Les ducs de Gascogne devinrent héréditaires en 872, mais leur autonomie monétaire est postérieure à la seconde moitié du x* siècle, puisqu'on possède des deniers frappés à Bordeaux au nom du roi Lothairc.
Les premières pièces sur lesquelles nous trouvions une signature ducale appartiennent à Sanche Guillaume, qui mourut en 984. Ces pièces portent une dégénérescence du monogramme carolingien avec le nom de l'atelier BVDEGAL et, autour de la croix, + SANCHIYCO '.
Sous Bernard Guillaume (984-1010) les deniers et les oboles portent une main ouverte, peut-être un gant, symbole d'investiture, comme le suppose M. Caron. C'est sous le même règne que l'atelier bordelais
I. Le denier avec s au milieu du champ, publié par Poey d'Avant, pi. 58, fig. 21, appartient non à l'Aquitaine, mais à un atelier indéterminé de la Bourgogne transjurane. — Cf. A. Morel Fatio, dans les Méin. et doc. de la Soc. d'histoire de la Suisu romande, 1887.
aurait adopté le dispositif odonique des trois croisettes autour d'un annelet, et aurait émis des detiiers au nom de LODOICYS, c'est-à-dire, suivant Gariel, du roi Louis V le Fainéant.
Sanche-Guiliaume (i 010-103 2) transforma légèrement le type
précédent : les trois croisettes et Tannelet sont rangés en croix. Les
légendes sont GILELMVS-BVRDEGAL. A la mort de Sanche-Guillaume,
son fils Bérenger lui succéda, mais il mourut sans enfants, vers 1036,
laissant, à défaut d'hoirs directs, ses états à Eudes, comte de Poitiers
et'duc de Guyenne (1036-1040). On n'a pas retrouvé de monnaies de
Bérenger, mais il existe des deniers d'Eu de s y + ODO-
COMES. Leur type, dérivé de celui de Sanche-Guil-
i laume, se compose de deux croisettes et de deux anne-
I lets, posés en croix (fig. 786).
Après la mort d'Eudes, Bernard H, comte d'Armagnac, issu en ligne masculine de la race des ducs de F«g- 7W Gascogne, se rendit maître du pays ; il s'y maintint jusqu'en 1052 ; à cette époque il fut contraint de le rendre à Gui- Geoffroi, fils de Guillaume V, comte de Poitiers. La Gascogne fut ainsi définitivement réunie à la Guyenne et se fondit dans le duché d'Aquitaine;
Les deniers de Gui-Geoffroy (1052-1086) reproduisent d'abord les coins d'Eudes avec le changement de légende nécessité par le changement de règne : GODERIDVS COMES et + BVRDECAIE. Plus tard le champ est occupé par le mot REX placé en triangle à l'imitation d'un coin de Toulouse, et le nom de l'atelier est remplacé par celui du pays : AQVITANIE. Gui-Geoffroi assista en 1059, en qualité de duc d'Aquitaine, au sacre du roi Philippe I ; il eut dans cette cérémonie le premier rang après le clergé. Faut-il attribuer à ces circonstances la présence du mot REX sur ses deniers ?
Guillaume IX (1087-1127) remplaça le mot REX par DVX :
les légendes devinrent + GVILELMVS- AQVITANIE. Sur d'autres deniers et oboles le champ est occupé par trois croisettes
et les légendes sont + GVILELMO h
VICTORIA (fig. 787). On a beaucoup Fig- 787 disserté sur le sens de Victoria. M. de la
Fontenelle, qui attribuait la pièce à Guillaume VII, croyait que ce mot s'appliquait à la victoire de Barbastro remportée par ce prince. MM. de Gourgues et Poey d'Avant font de Victoria un nom de lieu. Nous ne pouvons admettre cette dernière hypothèse ; pour nous ces deniers sont bien de véritables pièces commémoratives d'une victoire, mais comme
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LES FIEFS F^IANÇAIS 433
leur émission semble remonter sans conteste au règne de Guillaume XI, nous rappellerons la part que le duc d'Aquitaine eut dans le désastre infligé) en 1119, aux infidèles de Cordoue.
Guillaume X (11 27-1 137) peut revendiquer, selon nous, les deniers si communs aux quatre croisettes et aux légendes + GYILELMO — + BVRDEGALA. L'année même de sa mort, sa fille et unique héritière Éléonore épousa le 22 juillet, à Bordeaux, Louis le Jeune, qui succéda quelques mois après à son père Louis VI sous le nom de Louis Vil.
On possède des monnaies anonymes que Ton est généralement d'accord pour classer à Éléonore, et qui furent firappées, sans doute, entre la mort de Guillaume X (9 avril 11 37) et le couronnement de Louis le Jeune comme duc d'Aquitaine (8 août 1137). Le type de ces pièces se compose de deux croisettes et des lettres symboliques alpha
et oméga, rangées en croix. Les légendes sont + DVCISIT h AQVI-
TANIE.
Nous avons déjà parlé, p. 366, des monnaies qui appartiennent au roi Louis VII comme duc d'Aquitaine. Suivant un certain nombre d'auteurs, les monnayeurs bordelais en seraient revenus d'abord à l'ancien type de Louis V, les trois croisettes avec LODOICVS, qui s'était immobilisé à Saintes et était resté très populaire dans toute la région du Sud-Ouest'. A ce type aurait succédé celui qui porte LODOICVS en légende, REX en triangle, et au revers, + ET + DVX autour de la croix.
Une dernière modification fut l'introduction en Aquitaine du dispositif poitevin des inscriptions en plein champ. Le nom du roi, + LO- DOICVS REX, figura désormais autour de la croix, tandis que sur l'autre face des pièces la légende DVX AQVITANIE fiit tracée en quatre lignes.
En 1152 Louis VII, mécontent de la conduite licencieuse d'Éléonore, fit prononcer, le 18 mars, la nullité de son mariage, sous prétexte de parenté. La duchesse d'Aquitaine, en se séparant de son époux, reprit naturellement les terres qu'elle lui avait apportées et, le 18 mai, elle épousa à Poitiers Henri Plantagenet, qui en 1154 devint roi d'Angleterre sous le nom d'Henri H.
On ne possède pas de monnaies aquitaines rappelant ni les dissenti-
I. La classification des deniers à ce type, dont Gariel attribue à Louis V les exem* plaires du module le plus grand, et M. Hoffmann à Louis VII ceux du module le plus petit, est loin d'être certaine. Il y a là une étude à faire. « Nous sommes convaincu, dit M. Blanchet, que par Tétude comparée des monnaies de la Marche, d*Ângouléme, de Saintes et de Bordeaux, on arriverait à des résultats importants ». Nous partageons absolument cet avis.