‹ Traité de numismatique du moyen âge (volume 4)Chapitre 157 sur 183 · DYNASTES GRECS ET GRANDS-MAITRES DE L'ORDRE DE SAINT-JEAN DE JÉRUSALEM · texte numérisé non relu

DYNASTES GRECS ET GRANDS-MAITRES DE L'ORDRE DE SAINT-JEAN DE JÉRUSALEM

Jusqu'à la prise de Constantinople par les princes croisés, l'île de Rhodes avait appartenu à l'empire byzantin. Profitant de l'anarchie qui suivit cet événement, le gouverneur grec, Léon Ga bal as (1204-40), se rendit indépendant et devint le fondateur d'une souveraineté qui réussit à se maintenir jusqu'à la conquête de l'île parlc's chevaliers de Saint-Jean. Sur ses monnaies de cuivre, qui ne portent que des légendes (trois lignes sur chaque face), il s'intitule César et serpilcur de l'empereur d'Orient:

1. Le mot néo-grec xapiÇta est une dét«5rioration de x.aXxo'ç, cuivre.

2. "Voir la suite dans notre Traité Je nuin. moderne, t. I, 48,3.

KAICCAP (sic) O TABAAAC O AOTAOC TOT BACIA€(o);). Ces mots sont quelquefois accentués.

De son frère et successeur, Jean Gabalas (i?.40-5o), nous connaissons des pièces analogues, avec |C0 O PABAAAC et le titre, plus byzantin, O AV0€NTHC (seigneur) THC POAOV.

Un nombre considérable de vilaines monnaies de cuivre, souvent quadrangulaires,aux angles rabattus, et qui ne se trouvent qu'à Rhodes, doivent avoir été frappées dans l'île entre 1250 et 1509, sous les Paléologues. Elles ont pour type principal la lettre B. parfois deux B accolés, ou quatre B placés dans les cantons d'une croix. Ces quatre B, qu'on a pris longtemps pour des briquets, constituaient alors les armes de l'empire d'Orient. On a aussi des pièces d'argent du xiii« siècle, frappées par les sultans seldjoukhides et contremarquées de deux B (fig- 1959)-

Fig. 1959

Les Chevaliers de l'Hôpital, chassés de Syrie après la perte de Saint- Jean d'Acre (1291), et retirés à Limassol de Chypre, réussirent en 1309 à s'emparer de Rhodes. Le conquérant de l'île, Foulques de Villaret (1305-19), grand-maître de l'Ordre, fit tout de suite acte de souveraineté en frappant une série de monnaies: gros, demi-gros et denier. Il est le créateur d'un coin qui se maintiendra pendant plus de cent cinquante ans et qui représente le grand-maître, en froc, une croisette sur l'épaule, agenouillé devant la croix patriarcale. Le revers de son gros (encore unique), avec sa double légende, rappelle le gros tournois

Fig. 1960

français; sur le demi-gros (fig. i960), on lit FRATER FVLCO- MAG(iste)R HOSPITAL'; le denier de billon a pour types un chàtcl à trois tours et une croix.

Jusqu'en 1376, tous les grands-maîtres étaient d'origine française, la plupart de langue provençale, lié lion de Villeneuve (1319-46) ne

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partit pour Rhodes qu'en 1332. C'est avec lui que commence la série des gigliati, dont la croix se distingue des croix fleuronnées ordinaires par quatre petits ovales, fixés aux extrémités des croisillons et renfermant chacun une croisette à long pied. Le gigliato d'Hélion (fig. 1961) oifre

Fig. 1961

deux variétés; il faut regarder si la barbe du grand-maître est longue ou courte, et si son froc a le capuchon ou non. En voici les légendes : FR(ater) ELION DE VILANOVA DE! GRA- MR — OSPITAL- S- lOHIS- IKLNI -97 {conventus) RODI.

A Dieudonné de Gozon (1346-53), devenu célèbre par son combat avec un crocodile, nous devons le premier ^or/n ou ducat d'or. Cette pièce, imitée des sequins de Venise, figure le grand-maître à genoux, recevant des mains de saint Jean-Baptiste une bannière; au revers, l'ange assis sur le tombeau du Christ tient un sceptre fleurdelisé. Il est vrai que les successeurs de Gozon (DEODAT : D : GOSONO), jusqu'à Fluviano, n'ont plus de ducats dans leurs séries monétaires, mais ils doivent en avoir frappé, et on les retrouvera un jour. A Rhodes,

le ducat valait 6 — basants

le besant — i — gigliati

le gigliato — 2 aspres l'aspre — 8 carats le carat — 2 deniers.

Le gigliato de Pierre de Corneillan (1354-55) porte F • PETRVS CORNILLIANIou CORNILLIANO. Sur ceux des grands-maîtres suivants, et sur les aspres, on voit, à partir de Roger de Pins (1355-65), régulièrement un écusson ou une pièce héraldique dans le champ. Roger (ROGIERIVS D. PINIBVS)y place une pomme de pin, même sur ses deniers anonymes, qui ne sont reconnaissables qu'à ce détail; Raymond, fils de Bérenger (1365-74), dont on ne connaît que Vaspre (RAIMVNDVS BERENGARII), et Robert de Juilly (ROBERTVS D. GVLIACO, 1374-76) y mettent leurs armes.

De l'Espagnol Jean de Heredia (1376-96), fils de Fernand (IOA- NES FERRANDI ou FERDINANDI), un des combattants de la bataille

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de Crécy, et de Philibert de Naillac (1396-1421), anciennement grand-prieur d'Aquitaine (PHILIBERT • DE NAILLACO ou NEILHACO), on a aussi le tiers de gigliato; mais sur les pièces de ce dernier, les légendes du revers sont à peu près inintelligibles. Enfin, deux nouveaux ducats font leur apparition sous le gouvernement d'An toi ne FI u via no (1421-37), qui faisait graver ses coins à Venise. L'un de ces ducats représente saint Jean tenant la bannière, l'autre est identique au sequin de Venise, car le grand-maître y reçoit la bannière des mains de saint Marc. Comme Hérédia, Fluviano était d'origine espagnole: ses monnaies d'argent se réduisent au gigliato, dont les subdivisions ne sont pas retrouvées encore; ses noms sont écrits en latin : ANTONIVS FLV- VIANI. tandis que son titre est en italien : grammastro(pu gran ma[str]o) di Rodi.

Nous arrivons à deux anciens grands-prieurs d'Auvergne, Jean de Lastic (1437-54) et Jacques de Mi lly (1454-61), dont on n'a que des aspres. Le premier (lOHS D. LESTIC ou JOHS LESTIC. rarement DE LASTIC) choisit, pour le revers de ses pièces, un dessin nouveau : saint Jean à mi-corps, portant l'agneau et l'étendard, type que ses successeurs adoptent à leur tour. Du second (lACOBVS DE MILLI ou MILI) on possède aussi le ducat d'or. Deux aspres seulement sont connus de Pierre Zacosta (1461-67), fils de Raimond (PERE RAMON SA- COSTA), qui appartenait à la noblesse castillane; l'Italien Jean-Baptiste Or si ni (1467-76), qui avait été grand-prieur de l'Ordre à Rome, fit frapper des ducats vénitiens et les derniers gigliati avec leurs subdivisions, Yaspre et le sixain. Son nom s'écrit BAPTISA (sic) DE VRSI- NIS. C'est avec lui que finit la numismatique médiévale de Rhodes, et les monnaies de son successeur seraient mieux à leur place dans notre volume suivant.

En effet, l'abandon du gros et l'introduction d'une espèce plus forte, se rapprochant du thaler, est due à un grand-maître français, le cardinal Pierre d'Aubusson (1476-1503), descendant des anciens vicomtes de la Marche. Ses premiers ducats ont encore des lettres gothiques, qui, peu à peu, cèdent la place aux lettres romaines, jusqu'à leur disparition complète. Comme types, la grande pièce d'argent de Pierre porte, sous un chapeau de cardfnal, l'écu écartelé aux armes de l'Ordre et des d'Aubusson (croix ancrée); au revers, entouré de la légende: ecce agnus dei, ecce qui tollit pcccata mundi, saint Jean debout tient la bannière et l'agneau. Sur le demi-écu, les armes sont écartelées dans le champ, mais la figure du revers reste la même, comme sur le denier d'argent ou de billon, qui n'a plus que les armes personnelles du grandmaître, une croix ancrée.

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Aimeri d'Amboise (1503-12), frère du cardinal d'Amboise, conserve ce nouveau système et cette nouvelle figure du saint Jean debout. Son ducat simple a l'aspect d'un sequin de Venise ; mais son double ducat \iorlt a.u revers le type du vieux wo«fo;z d'or français : l'agneau tenant la bannière {ecce agnus dei etc.), tandis que le champ de la face principale est écartelë à ses armes et à celle des Hospitaliers. Il s'appelle MERICVS ou EMERICVS DAMBOYSE. A l'ccw et au demi-écu, il ajoute le quart; sur ses deniers, on voit tantôt la croix de Jérusalem (I^ l'agneau au pennon), tantôt l'écu à ses armes ou d'autres combinaisons héraldiques.

Les monnaies de Gui de Blanchefort (1512-13), neveu de Pierre d'Aubusson, et qui mourut pendant la traversée, ont été frappées en Europe. Ce sont des cuivres à l'écu écartelé (GVIDO: DE : BLANCHE- FORT) et à l'écu de l'Ordre (|N HOC SIGNO VINCES).

L'amiral génois Fabrice del Carretto (1513-21) est le dernier grand-maître dont nous ayons une série monétaire à peu près complète : sequin d'or, écu d'argent, demi et quart d'écu, tous d'une extrême rareté. L'île de Rhodes tomba au pouvoir du sultan Soliman le i^'" janvier 1523, pendant la maîtrise de Philippe Villiers de l'Isle- Adam (1521-23) qui, avant son élection, fut grand-prieur de France et résidait à Paris. Les pièces frappées à Rhodes par Philippe Villiers (PHPS DE LILE ADAM) se réduisent à un ducat vénitien et à un demigros d'argent, dont il existe une variété en or. Cette variété représente son buste, de profil à gauche, coiffé d'un bonnet; l'écu écartelédu revers est cerné du verset biblique: da mihi virtutem contra hostes tuos.

En dehors de ces pièces dont l'attribution n'est pas douteuse, on possède un j:ertain nombre de deniers anonymes au type du châtel et à la légende MAGISTER OSPITALIS. Ceux qui portent, en outre, les mots CIVITAS RODI doivent appartenir aux premiers successeurs de Foulques, les autres, avec CONVENTVS RHODI etc., résistent au classement chronologique et doivent se répartir entre plusieurs grands-maîtres.

§ VL — Principauté d'Achaïe.

Un seul nom reste à ajouter à la liste des princes d'Achaïe que nous avons dressée plus haut (p. 917). C'est celui de Robert d'Anjou- Tarente (1346-64), le dernier souverain qui paraisse avoir frappé des deniers tournois (ROBT P ACHI) à Chiarenza. Ses pièces d'or sont des imitations de monnaies étrangères ; \q florin au lis (R • CLAR-ENTIA) et le â^Mca^ vénitien, tous df x du plus mauvais aloi.

§ VIL — Duché de l'Archipel'.

On sait (p. 922) qu'en 1210, l'empereur latin Henri avait conféré à un noble vénitien, Marc Sanudo, le titre de Duc de la Dodécanèse ou de la Mer Egée. Le prince eut sa résidence à Naxos. Ses arrière-petits-fils Nicolas l"^'' (1325-41) et Jean (1341-62) ont frappé monnaie, de petites oboles d'argent au type de la tète chevelue de face, avec, autour de la croix du revers, l'inscription : AGIOPEL' NIXE ou NIXIE.

§ VIIL — Les Génois seigneurs de Chio.

L'an 1304, le Génois Benoît Zaccaria, apparenté à la maison des Paléologues, s'empara de l'île de Chio et la reçut ensuite en fief. Ses petits-fils, Benoît II et Martin Zaccaria (1314-30), ont frappé des quarts de ducat, l'un à leurs armes, l'autre au Christ assis, puis quelques

jolies pièces d'argent qui représentent le mur d'enceinte de Chio (CIVITAS SYI) avec ses tourelles (fig. 1962). Les deux frères n'y mettent que les initiales de leurs prénoms, M*7'B. puis ZA ou ZA- CHARIE en toutes lettres, et s'appellent servi imperatoris pour reconnaître la suzeraineté d'Andronic Paléologue. Le nom de Martin Zaccaria seul (M'Z) figure sur un matapan au type du seigneur debout, recevant la bannière des mains de saint Isidore, patron de l'île; ses deniers tournois portent aussi la légende CIVITAS SYI.

Après un court interrègne de gouverneurs grecs, les Génois prirent définitivement possession de Chio en 1346. De cette seconde période datent les curieux gigUati anonymes (fig. 1965), où la légende DliX lANbcNS QliEN (sic) DEliS P(ro)TEGAT entoure l'image du doge assis de face et coiffé de son chapeau caractéristique. Le nom du roi Conrad, écrit au revers, ne pouvait manquer sur une monnaie génoise. Sur le tiers de gigiiato, il n'y a que le buste du doge, et la formule « que dieu protège » y est supprimée, mais le nom du roi Conrad s'y retrouve ; le denier tournois conserve le type traditionnel du château fort.

Dès la fin du xiv<= siècle, la compagnie de patriciens génois établie à

j. Papadopoli, la ^ecca di Nasso. Milan, 1895.

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Chio frappe des sequins d'or au type vénitien, si inconsciemment que même les noms des doges de Venise (Antoine Venier et Thomas Mocenigo) y sont reproduits, et que la contrefaçon ne se distingue de l'original que par une exécution plus grossière, un métal moins pur et une

Fig. 1963

orthographe fautive. Mais bientôt, les copies serviles disparaissent ; saint Marc est remplacé par saint Laurent, patron de Gènes, plus tard par saint Pierre, en même temps que les noms du doge Thomas Campofregoso (1415-21) et le titre du duc de Milan (D. MEDIOLANI) Philippe-Marie Visconti, alors seigneur de Gênes (1421-36), viennent se substituer aux noms vénitiens.

A partir de 1437, la lettre S, initiale de Sius, est toujours gravée sous la hampe de la bannière que saint Laurent remet au prince, et levers sit tibi Christe etc., est remplacé par: gloria in excelsis etc. Ces pièces, frappées dans l'espace de vingt ans, appartiennent à :

Thomas Campofregoso (1437-43). T D CAMPO FRE. Raphaël Adorno (1445-47). RAFAËL ADV.

Janus Campofregoso (1447-48). lANVS DCF. Louis Campofregoso (1448-50). LODVIC DCF. Pierre Campofregoso (1450-58). PETRVS DCF.

Un seul ^«ca^ vient à leur suite, celui qu'à bon droit on classe aux années 1458-61, pendant lesquelles Charles Vil, roi de France, était

Fig. 1964

le seigneur de la République de Gênes. On y voit le roi agenouillé et recevant la bannière des mains de saint Laurent; les inscriptions sont : COMV(n)E lANVE et, le long de la hampe, CLI {Carolus liberator).

Sur les gigliati de cette période et leurs subdivisions, le château à trois tours, le nom de Conrad et les mots CIVITAS SI. SU, SIY sont de règle. Quelques rarissimes variétés portent les noms de Galéaz-MarieS force (1466-77). Nous avons fait reproduire la pièce, encore unique, qui représente Galéaz à mi-corps et la forteresse de Chio (CIVITAS CMI) surmontée de l'aigle impériale naissante. Cette même forteresse, avec ses trois tours et l'aigle, est devenue le blason de la famille Giustiniani (fig. 1964) '.

§ IX. — Les Génois seigneurs de Lesbos (Mételin) et de Phocée.

Jean V Paléologue donna la seigneurie de l'île de Lesbos à un riche patricien génois, François Gattilusi (1355-76), qui l'avait aidé à remonter sur le trône. Une pièce de cuivre, imitée des soldini de Venise, est la monnaie la plus intéressante de François; on y voit le seigneur à genoux, tenant une bannière (fig. 1965), et au revers l'agneau pascal avec l'invocation : agnus dei adiuva nos. Sur d'autres pièces, il n'y a que des types héraldiques: l'écusson des Gattilusi et celui des Paléologues, la croix cantonnée des quatre B encore inexpli- ^'s "^' qués. FRANCISCVS GATILVXIVS DOMINVS

METELINI 7 D en est la légende. Jacques Gattilusi (1376-96), fils et successeur du précédent, a fait frapper des ducats d'or au type vénitien et un très grand nombre de monnaies d'argent, toutes à l'agneau pascal portant l'orifîamme. Il s'appelle lABOBVS GATELVXIVS et prend le même titre que son père: Oiominus) METELINI. De Dorino Gattilusi (1400-1449), nous avons une série plus riche, car deux ateliers monétaires, Mételin et Phocée, travaillaient pour lui. Sur ses ducats d'or de Mételin, on lit DORINVS GTA ; Vagnus dei et le blason des Paléologues sont ses types usuels; il y ajoute l'aigle bicéphale aux armes "des Gattilusi et introduit les petites pièces de cuivre qui portent à l'avers une lettre gothique (b), initiale de son prénom. Souvent, ses légendes sont incompréhensibles. De sa seigneurie de Phocée, nous possédons le ducat (avec D. FOLIE derrière le saint) et des cuivres au b gothique, dont le revers (DOMINVS FOLIE) est orné du blason impérial. Dominique Gattilusi (1449-59) continue la frappe des pièces d'argent aux armes des Paléologues et à l'agneau (D. DOMINICVS. G. D. M.), et ses cuivres portent aussi un b gothique; l'i? gothique se rapporte à Nicolas Gattilusi (1459-62), le dernier prince de cette dynastie.

I. Voir la suite dans notre Traite de uum. moderne, t. I, 483.

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§ X. — Colonie génoise de Caffa.

La ville de Caffa, l'ancienne Théodosie, en Crimée, était au xiv^ siècle une colonie génoise très peuplée et très importante. A côté du consul génois, renouvelé chaque année, y résidait un lieutenant du khan tatare, qui percevait le tribut etautres redevances. En 1420, l'atelier monétaire de Caffa était déjà en pleine activité, et l'on croit qu'il fonctionnait dès 1381. On y frappait principalement des aspres d'argent, ayant d'un côté le portail génois et la légende G. A. F. A précédée de quelques lettres isolées (M. D. D. V etc.) ; de l'autre, le chiffre du khan tatare, le tamga, cerclé de points. Les lettres isolées sont les initiales des consuls génois, et l'on est parvenu à en identifier un grand nombre. Le tamga se présente sous deux formes: tantôt il ressemble à un n grec, surmonté d'un pal; tantôt à une 5T2 gothique. La première forme est celle des khans de la Horde d'or, et sa légende marginale donne le nom, écrit en arabe, de Deulet Birdi-khan (1427). La seconde appartient aukhanat particulier de la Crimée ; on y lit presque toujours le nom et les titres de Hadgi-Ghéraï-khan (mort en 1475), et celui de la villey est orthographié: C. A. F. F. A. Mal frappées et mal conservées, ces pièces bilingues, aussi bien les aspres que les /olleri de cuivre, n'ont pu être classées, jusqu'ici, qu'avec une certitude approximative, car leurs légendes arabes sont presque illisibles.

§ XL — Les émirs turcomans d'Asie mineure.

Les princes musulmans établis en Lydie, en lonie et en Carie, ont frappé quelques monnaies pseudo-chrétiennes pour faciliter le commerce avec les Francs d'Orient. Ce sont des pièces d'argent, des gigliati, aux types du prince assis de face et de la croix fleuronnée. Elles doivent avoir été fabriquées par des ouvriers italiens, car elles portent de longues inscriptions latines.

Sur \qs gigliati de Saroukhan (1299-1345), qui résidait à Magnésie du Sipyle, on lit: MONETA QVE FIT IN MANGLASIA (Magnésie) DE VOLVNTATE SARCANI D(omONI DIC(^0 LOCI.avec les variantes QVE FIT MANGLASIE et DE VOLVNTATE DNI EIVSDEM.

Les monnaies de l'émir Omar-Beg (1341-48), résidant à Ephèse, ont la légende: MONETA QVE FIT IN THEOLOGOS DE MANDATO DNI EIUSDE (m) LOCI (fig. 1966). Éphèse, célèbre par son église de Saint-

Jean Théologue, s'appelait alors Hagios Theologos, en turc Aïasolouk. D'un troisième émir, celui de Balâth {Palacià) en Carie, nous avons

Fig. 1966

un gigliato de lecture plus difficile: MANDAVIT DOMINVS PALATIE HANC MONETAM FIER! TVRCNIE. M. Karabacek l'attribue à Orkhan-Beg (1333), Sauvaire lisait : i(n) t(erra) Vrcanie, mais ni l'une ni l'autre de ces interprétations n'est satisfaisante.

En dehors de ces pièces, dont l'intérêt n'échappe à personne, beaucoup de lis d'argent, frappés dans les mêmes régions, circulèrent alors sur les côtes d'Asie mineure. Leur module dépasse souvent les dimensions du gigliato ordinaire, et leurs légendes sont toujours fictives; on a de la peine à distinguer au revers la devise lionor régis iudicium diligit.

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