Billon au lion
1. R. Chalon, Monnaies de Fallais dans la Rev. belge de nutnism., 1859, p. 378.
2. Woltcrs, Notice historique aur l'ancien comté de Hornes. Gand, 1850.
On ne possède pas de monnaie de Gérard (i ^43-1 ms)? ^t il est difficile d'attribuer à Guillaume VI (i 345-1 357) une pièce qui lui appartienne sans contestation.
Sous le long règne de Guillaume Vil (1357-1415), on peut classer également cinq monnaies différentes : un florin d'or au saint Jean- Baptiste, une imitation du double gros (roosebeker) de Jeanne de Brabant, sur laquelle le seigneur s'intitule WILb • D€l : GRA : DNS : HORNENS : Z : ALTENA*. un gros à l'aigle tenant deux écussons (fig. 1724), type créé en Flandre par Philippe le Hardi, un quart de gros à
l'écu écartelé, et un demi-gros au buste copié sur les pièces de son oncle, l'évêque d'Utrecht.
A la suite d'événements qui ne sont pas éclaircispar les historiens, les trois oncles de Guillaume VII exercèrent, de son vivant déjà, les droits de souveraineté dans le pays de Hornes. Tous ont frappé monnaie. On possède d'Arnould de Hornes, évèque de Liège (1378-1389), un demi-gros au buste mitre, qui porte au revers le nom de l'atelier de Wessem : MONETA : NOVA : DE : WESSE '.
Thierry de Hornes, sire de Perwez, mais aussi qualifié de sire de Hornes dans quelques documents, nous a laissé des gros au lion, de très mauvais aloi, frappés à Weert et à Wessem, puis un esterlin copié sur ceux des archevêques de Trêves, au buste épiscopal entouré de la légende DID6RIC D'bOR et portant au revers, avec les clefs en sautoir, le nom de l'atelier de Wessem.
Le troisième oncle, que les généalogistes appellent Thierry-Loef et les monnaies Lovicus, a frappé, à Weert, un beau botdraeger d'argent sur lequel on lit: b€R€ : VAR : bOR :E : ALTEN (Altena). C'était la mode, au xiv^ siècle, chez beaucoup de seigneurs des bords de la Meuse, d'employer la langue vulgaire sur leurs monnaies. Le même a frappé un gros à l'écu aux quatre lions, pareil à ceux de Jeanne et Wenceslas, et un gros au lion (MONETA + WIERD')-
r. R. Serrure, Les monnaies d'Arnould de Hontes, évêque de Liège, dans le BuU. de 1 imism., t. IV, p. 11.
IIl8 QUATRIÈME PARTIE
Nous ignorons si les successeurs de Guillaume VII ont continué le monnayage. Son petit-fils Jean I obtint en i45orérection de la seigneurie de Homes en comté.
§ XXXV. — Seigneurie de Heusden.
Au xiv* siècle, Jean de Heusden, sire d'Elshout, qui mourut vers 1320, ou son successeur du même nom, cité en 1357, établirent à Heusden un atelier monétaire. Les seuls produits qu'on en possède sont des billons imités de ceux de l'alliance entre Philippe le Hardi et Jeanne de Brabant.
§ XXXVI. — Seigneurie de Kuyk.
Le pays de Kuyk, sur la rive gauche de la Meuse, dans le Brabant septentrional, formait au moyen âge un fief brabançon d'une certaine importance. Le monnayage des sires de Kuyk. commence au xiv* siècle, avec Thierry de Hornes, seigneur de Perwez, qui administrait le pays comme tuteur de Jean IV, fils mineur de Jean 111 (mort en 1 364).
Thierry de Hornes, pendant les sept années que dura son pouvoir (1364-1371), fit frapper dans la petite ville de Grave, chef-lieu du pays de Kuyk, de beaux botdraegers et leurs demis, imités de ceux de Louis de Mâle. On y lit : Tb€OD€RICVS : D€I : GRA : DUS : P€RVI€I?SI et M0NETA:DE:GRAVENS'.
Jean IV de Kuyk devenu majeur (1371-1382) continua le monnayage à Grave. On possède une pièce de billon blanc, avec un lion dans le champ et, du côté de la croix, l'inscription lObA-PNE-S : D6-KVIC.
§ XXXVn. — Comté de Megen.
Ce comté était enclavé entre les duchés de Brabant et de Gueldre et les seigneuries de Kuyk et de Ravestein. Ses armes étaient de gueules au chef d'or. La chronologie des comtes de Megen est assez malaisée à établir, par ce fait qu'au xiv' siècle tous portaient le nom de Jean :
Jean I, .... 1285...
Jean II, .... 1320-13S9.
Jean III, i359-i4iS-!
Van der Chijs a tenté de répartir les monnaies entre ces trois comtes.
LES tAYS-BAS MÉRIDIONAUX III9
A Jean 1, il accorde deux pièces, sans doute un denier et une obole, portantlecudeMegen avec le nom de l'atelier: -f MONETA MEGbERSI, et au revers : IOb-An€-SCO-!VIES ou IO-RC-05T2-6S. coupé par une croix pattée.
Jean II reçoit également deux monnaies : un demi-gros au lion et un quart de gros au lion, imités des pièces de Louis de Crécy. Le quart de gros est anonyme et répète au revers le nom de l'atelier déjà indiqué au droit.
Jean III, dont le règne s'étend sur plus d'un demi-siècle, a une série numismatique plus riche. Outre ses monnaies d'argent et de billon, il fit fabriquer des pièces d'or; c'est ce qui résulte d'un acte de 1 380, passé devant les échevins de Bois-le-Duc, et dans lequel il est question d'une somme évaluée en lis d'or de Megen (lilia aurea de Megen). Ces pièces, qui n'ont pas été retrouvées encore, étaient probablement copiées sur le lis d'or de Charles V, roi de France.
L'argent de Jean III est abondant. Sur les planches de Van der Chijs on en voit douze types différents, et depuis la publication de son livre plusieurs monnaies nouvelles ont été signalées. Comme toutes les pièces des petits feudataires brabançons, celles de Megen sont des imitations. Jean III copie le botdraeger de Flandre, les monnaies de Hollande, de Gueldre, de Lorraine et va chercher ses modèles jusqu'en Westphalie.
A sa mort, Jean III de Megen laissa son comté à sa fille Elisabeth, qui a frappé de menues monnaies copiées sur celles de Gueldre. Elisabeth semble être morte vers 1420.
Le comté de Megen, confisqué pendant quelque temps par le duc de Brabant au profit de Jean de Grimbergen, passa bientôt dans la maison de Dickbier, d'abord à Henri sire de Mierlo, puis (depuis 1430) à son frère Jean.
On possède diverses pièces au nom d'un Johannes cornes de Megen et sur lesquelles les armes de Megen sont écartelées de celles de Dickbier qui étaient à trois fers à moulin. Faut-il les classera Jean IV Dickbier (1450-1438) ou à son successeur Jean V (1438-1469)?
C'est sous ce dernier comte que la fabrication monétaire de Megen fut arrêtée brusquement. L'imitation des espèces étrangères, c'est-à-dire la frappe de fausses monnaies, à laquelle se livrait cet atelier, amena l'intervention du duc de Brabant qui exigea la punition d'Henri van Broekwyck, monnayeur du comte. Jean V s'y opposa d'abord ; mais il dut céder en livrant son subalterne au tribunal des échevins de Bois-le- Duc qui le condamnèrent au supplice du chaudron. Un autre de ses serviteurs, Jean Hoes, qui avait distribué les fausses monnaies, fut condamné par le même tribunal à périr par la corde. Finalement le duc
aUATRlÈME PARTIE
de Brabant contesta à Jean de Megen le droit monétaire, et le comte se désista, pour lui et ses successeurs, de toute prétention à ce sujet'.
§ XXXVIII. — Seigneurie de Ravestein.
Ravestein est une petite ville sur la Meuse, non loin de Grave; elle formait au moyen âge une seigneurie indépendante. En 1328, Jean de Fauquemont épousa Marie d'Herpen, héritière de P ivestein, et porta la seigneurie dans sa maison.
Renaud de Fauquemont, sire de Born, fils de Jean et successeur de son frère aîné Walerand, établit à Ravestein un atelier monétaire. On a son double gros aux deux écus surmontés de REI : D. BOR, imitation des pièces aux deux écus surmontés du mot FLADRES (Philippe le Hardi), puis un autre double gros, dit roosebeker, calqué sur ceux que frappait le même Philippe le Hardi conventionnellement avec Jeanne de Brabant. Renaud s'intitule: REINOLD DE VALKERB0:2: DNI... BORNE ou RER : D€l : GRA : DRS : BORRÇR : Z : RAV€ST€I. L'atelier est indiqué par les formules MONETA • NO • DE • RAVES ou MOn€TA : ROVA : BORNENS : IR : RAV6ST6I.
Renaud de Fauquemont mourut sans enfants, l'an 1 593, et la terre de Ravestein passa dans la maison de Salm.
§ XXXIX. — Seigneurie d'Herpen.
Cette seigneurie, située sur la Meuse et comprenant la ville de Ravestein, échut à la fin du xi' siècle à la maison de Kuyk et passa en 1 528 à
Fig 1725
celle de Fauquemont. C'est à Walerand de Fauquemont (1 H4-78) qu'on attribue un esterlin anonyme au type du lion, portant sur ses deux
I . P. Cuypers, Notice sur les monnaies des comtes de Megen, dans la Rev. belge d» numism., 1851.
faces la légende MONETA HERPENSIS. Le blanc que nous avons fait reproduire (fig. 172$), à la croix cantonnée de deux corbeaux, lui appartient incontestablement.
§ XL. — Comté de Namur.
En février 1263, Gui deDampierre (i 263-1 297), marquis de Namur, donna la permission de monnayer, pendant cinq ans, dans la capitale de ses états, à Huberti Alioni d'Asti. En vertu du droit qu'il s'était réservé, il adjoignit à l'Italien un habitant de Douai, Gillon Foret, qui partagea avec Alioni la direction de l'officine.
L'ordonnance du roi Philippe le Hardi, que nous avons citée à propos des monnaies du Hainaut, nous apprend que déjà avant 1275 des esterlins frappés à Namur étaient en circulation. Ce sont les pièces à l'écu au lion, sur lesquelles Gui s'intitule cornes Flandrie, bien qu'il ne devint qu'en 1 280 souverain du pays.
En dehors de ces esterlins, nous avons, de Gui de Dampierre, des deniers d'argent fin selon l'ancien système, des petits gros à l'écu, des esterlins anglais (à la tête), etc. Toutes ces monnaies lui donnent le titre de jnarchio Namurc(ensis) que ses successeurs abandonnent pour prendre celui de cojnes.
Le règne de son fils Jean I (1297-1^51) marque une époque très importante pour la numismatique. Sorties en grand nombre des officines de Namur et de Vieuville, les monnaies de Jean sont en général supérieurement gravées. Ainsi les gros, au portail brabançon ou au châtel crénelé (imités à Luxembourg, Looz et Élincourt), les gros aux quatre lions dans une épicycloïde, les gros au lion (ou doubles esterlins), les petits gros au cavalier, les esterlins à diverses empreintes, etc.
Parmi les pièces forgées à Vieuville, il en est une qui constate le fait d'une alliance monétaire (p. 1091) entre le comte de Namur et Louis de Crécy, comte de Flandre (i 322-1346). Il s'agit du gros aux quatre liotis portant les légendes : lOH'S COM • NAM • LVDOVC • CQM • FADIE — MONETA VETRIVIL.
D'autres gro5j mais au type du portail, ont été frappés conventionncllement par le comte de Namur et Jean II, duc de Brabant (1294-15 12). Leurs légendes sont: lOHS • COS • NAMR — BRABANTIE DVX ou MONETA NAMVI — BRABANTIE DVX (voir p. 1099).
Après Jean II (1351-1330 dont les monnaies se distinguent difïicilement de celles de son père, le trône fut occupé, pendant une année seu^
tI2à QUATRIEME PARTIE
lement, par Gui II, autre fils de Jean I. On a retrouvé de ce prince un petit gros au lion, copié sur ceux de Louis de Crécy, et un billon.
La courte durée du gouvernement de Philippe 1 1 1 (i 3^6-1 337) ne permit pas de frapper une grande variété de monnaies. Nous n'avons de ce troisième fils de Jean I'^'' que des billons au châtel tournois et à l'écu au lion. Sa mort prématurée plaça sur le trône un quatrième frère, Guillaume I, qui, encore mineur, resta provisoirement sous la tutelle de sa mère Marie d'Artois, Marie avait acheté, en son nom personnel, de Jean de Bohème, comte de Luxembourg, la terre de Mérode ou Poilvache, près de Dinant. Elle y frappa des pièces sur lesquelles elle s'appelle MARIA DCA (domicella) ARTESN, parfois en français: MARIE D'ARTOIS. On a ses esterliîis à la tète de face et ses deniers tournois ; l'atelier signe: MONETA MERAVD. Le 11 septembre i ^53, la comtesse douairière remit la terre et le château de Poilvache à son fils.
Guillaume! le Riche (1 357-1 391), admis en 1365 à faire hommage direct à l'empereur, est le seul des souverains de Namur, antérieurs à la maison de Bourgogne, dont on ait une monnaie d'or, \e florin, imité de celui qui parut en Gueldre en 1371, et représentant le prince à mi-corps, sous un dais gothique, l'épée à la main.
Ses monnaies d'argent et de billon blanc ou noir forment une série de plus de quatre-vingts variétés ; presque rien d'original ; la Flandre et le Brabant lui fournissent le plus grand nombre de types. Nous y retrouvons le botdraeger, le roosebeker, \egros au //o« (fig. 1726), des pièces à l'écu
Fig. 176
dans une bordure en arc de cercle ou aux quatre lions dans un quadrilobe, le gros à l'écu heaume, Vesterîin anglais, etc. Le génie inventif des graveurs namurois ne s'est exercé'que sur le billon noir, où nous voyons tantôt les lettres RA5TÎ dans le champ, tantôt l'écu au lion et, au revers, l'écu à l'aigle.
Les ateliers en activité sous ce règne étaient, en dehors de la capitale, Vicuville, Poilvache ou Mérode, Bouvigne et la Neuveville-lez- Namur.
Un fait assez rare dans les annales de la numismatique est la triple alliance monétaire conclue entre le comte de Namur, l'cvèque de Liège
Adolphe de la Marck, et le duc de Luxembourg, Jean de Bohème. Le synchronisme des règnes de ces trois princes limite aux années 1337 à 1545 l'espace pendant lequel l'alliance a pu se former. Les monnaies frappées en vertu de la convention sont d'une extrême rareté ; elles portent les noms et titres des trois souverains avec la marque de l'officine de Namur. Sur le gros au lion, nous lisons lOHS • REX BOEM • ADVL- PH'EPS • GVILL* COM ; sur le demi-gros à la tête de face (type anglais): I • REX • BOEM • AD • EPS • LEOD • GVILL- CO.
Vers la même époque, après 1337 et avant i3)S, Guillaume I doit avoir conclu une autre alliance monétaire avec Jean III, duc de Brabant, car un curieux billon au type du châtel, pareil aux pièces de Jean, porte les légendes DVX : BRABANTIE — MONETA NAMVRC '.
Les monnaies de Guillaume II (1391-141 8) ne sont pas aisées à démêler de celles de son père. M. Chalon lui attribue des roosebekers et des pièces aux deux écus surmontés de la légende NAMVRES, qui ressemblent aux coins de Philippe le Hardi. Tout ce que l'on croit frappé par Guillaume II provient des ateliers de Namur ou de la Neuveville.
Sous Jean III, dit Thierry (141 8-1429) on ne rencontre que de rares pièces d'argent, imitations serviles des monnaies flamandes et bourguignonnes de Jean sans Peur.
Après trois ans de règne, Jean III, perdu de dettes et ne pouvant obtenir de nouveaux crédits, vendit ses états à Philippe le Bon, duc de Bourgogne (1421). Philippe a désormais le droit de monnayera Namur, d'abord sans prendre le titre de comte, et Jean conserve le tiers des bénéfices de la fabrication. Mais dès le 14 octobre 1421, le duc de Bourgogne nomma un maître particulier à Namur, avec mission d'y forger des monnaies flamandes. Elles ne sont reconnaissables qu'à leurs points secrets. Les chaises d'or de Philippe, émises à Namur en 1426, lui donnent le titre d'héritier du comté de Hollande.
Jean III mourut le i*^'' mars 1429, et le comté de Namur, réuni à la Monarchie bourguignonne, disparut comme état indépendant.
§ XLL — Seigneurie de Florennes^.
Le pays de Florennes, compris aujourd'hui dans la province belge de
1. R. Serrure, Monttate conventionnelle de Brabant-Namur dans \e Bull, de Niimism., t. I, p. 20.
2. R. Chalon, Les seigneurs de Fhrewies, leurs sceaux et leurs monnaies, \n-4, 1863.
dUATRIEME PARTIE
Namur, formait au moyen âge une seigneurie considérable relevant de l'évêché de Liège.
Thibaut de Lorraine (i 28 i-i 3 12) qui, en 1281, avait épousé Isabelle de Rumigny, héritière de Florenncs, obtint en 1298 de l'empereur Albert d'Autriche le droit de monnayer à Yves. Ce droit fut, en 1500, confirmé par l'évêque de Liège, Hugues de Chalon, et étendu à Florennes; son successeur, Thibaut de Bar, le contesta en 1 507.
On ne connaît pas de monnaie de Thibaut trappée à Yves; mais ses petits gros à l'aigle et ses ^ros tournois au type français sont dans nos collections. Ils viennent de l'atelier de Florennes, car ils portent le mot FLORINENSIS autour du châtel. Thibaut s'y intitule simplement