MILES
Après sa mort, Isabelle se remaria avec Gaucher de Châtillon, comte de Porcien (1312-22), qui fit forger de nombreuses pièces dans l'officine d'Yves, principalement des esterlins à la tète de face, des deniers au type chartrain, des deniers à l'écu de Châtillon (fig. 1727), etc.
Pendant qu'il était maître de la terre de Florennes, Gaucher semble
Fig. 17J8
avoir obtenu en engagère, de son voisin le comte de Chiny, le village ardennais de Moiry (Moreium) . Là aussi, il frappa des esterlins (fig. 1728-1729) et dQS deniers à l'écu (jng. 1750), mais à la légende: MONETA
Fig. 1729
Fig, 1730
MOREI '• Ce sont les mômes pièces qui, par suite d'une erreur de lecture, ont été attribuées longtemps à Château-Porcien (MONETA
PORCI).
On n'a rien des successeurs immédiats de Gaucher, Mathieu et Raoul (1 J22-IJ46). Jean 1 (13^6-1391) émit quelques pièces à Florennes, et
I. R. Serrure, Moieium, dans VAnnuair» de la Soc.fratiç, dt numiim., 1886.
de Charles II de Lorraine (1591-1431) nous possédons un blanc de Florennes imité des blancs français au K couronné'.
§ XLII. — Seigneurie d'Agi mon t.
Agimont, dominé par un château dont on voit encore les ruines, était autrefois le chef-lieu d'une seigneurie qui s'étencia'it sur les deux rives de la Meuse, en aval de Givet. D'abord aux comtes de Chiny, cette terre passa dans la maison de Looz par le mariage de Jeanne de Chiny avec Arnould IV de Looz (mort en 1256).
On connaît une seule monnaie de la seigneurie d'Agimont, un es/er//n à la tète de face, attribué à Jean II (1280-1310); cette pièce porte du côté de la croix : MON-ETA-AGI-MOT.
§ XLIII. — Seigneurie de Fontaine-VÉvêque.
Au xvin^ siècle encore, les seigneurs de Fontaine-I'Evêque se targuaient du droit de monnayage qu'auraient possédé leurs ancêtres. M. de Manet attribue à l'un d'eux, Baudouin de Hen nin, qui obtint la terre en 141 9, un demi-gros et un quart de gros au type du saint Charlemagne d'Aix-la-Chapelle, portant comme légendes: S. BALDEVVINVS F' et MONETA • NOVA • FONTEINIS. Cette attribution n'est pas absolument certaine.
§ XLIV. — Évêché de Liège ».
De Renesse et Perreau ne font dater l'introduction, à Liège, d'une monnaie supérieure à l'ancien denier que de l'épiscopat de Jean IV. Ce prélat aurait, le premier, trappe des esterlins à l'écu au lion, dans l'atelier d'Huy. Mais l'examen attentif d'une trouvaille faite en 1866 à Bruges a permis à M. de Coster de restituer ces pièces à Jean 1 1 1 d'Enghien (1274-1281),
Quant à Jean IV de Flandre (1282-92), on saitqu'en 1283 il conclut
I . J. Roman, Blanc de Charles, duc de Lorraine, seigneur de Florennes, dans la Rev. helgc de niimism . , 1881, p. 356.
3. Sources : p. 573. — R. Serrure, éléments de l'histoire monétaire de la principauté èpiscopak de Liège (Gixnd, 1880). Plaquette in-l8.
une convention monétaire avec son beau-frère Jean I, duc de Brabant, relativement à l'atelier de Maestricht. L'acte est trop curieux pour que nous n'en citions pas quelques lignes : « Item il est ordonei et accordei « ke li monnaie de la vile de Treit soit commune aussy bien al eveske ke « au duc, et tout le profit ki en venront aussy seront portables autant « al un que al autre, et li un dans ne puet la faire monnoie par luy, « mais tout ensemble et de commun accort le puissent /aire et rien « autrement, et doit celé monnoie estre férue tout en un mesme coing, « et toute d'un pois et d'une valeur, et doit en prendre le coing à «. Liège. »
En 1289, l'évêque abandonna la gestion du temporel de son église à son père Gui de Dampierre, Le comte de Flandre profita de sa « mainbournie » pour battre à Statte-lez-Huy des petits gros à l'aigle portant son nom. à
Après une vacance de quatre années, Hugues III de Chalon (i 295- 1301) succéda à Jean IV. Complétant le système monétaire liégeois, il fit frapper des gros tournois à Liège (fig. 173 1) et à Huy (fig. 1752), des 1
Fig. 1751
petits gros à l'aigle (valant deux esterlins) à Statte (fig. 173?)» Thuin (fig. 1734) et Fosses (fig. 1735), enfin des esterlins à tête à Huy, Statte
(fig. 1736) et Fosses. D'autres pièces se retrouveront un jour, car le moine Zantfliet dit dans sa Chronique : « Anna iigô apud Hoyum, in loco qui dicitur Al Stat, nova moneta fabricatur, aère commixta, vix valens unum turonensem. »
Hugues de Chalon eut à Liège la réputation qu'avait en France son
contemporain Philippe le Bel. En 1301, le pape Boniface VIII l'envoya à l'archevêché de Besançon, sur les instances du Chapitre de Saint-
Fig. 1736
Lambert qui, ému des réclamations populaires, reprochait au prélat d'altérer sa monnaie.
Adolphe de Waldeck (i 301-1303) en revint à l'émission du dfew/er d'argent fin, et cette pièce est la seule que nous ayons de son épiscopat. Elle porte à l'avers le buste mitre de face et le nom ADVLPH'; au revers, une aigle de profil et LEOD (fig- '737)-
La numismatique de Thibaut de Bar (i 305-1 3 12) offre beaucoup plus d'intérêt.
A Liège, Statte, Thuin et Fosses, l'évêque frappe des gros tournois de
Fig- «737
type royal; à Waremme, il copie le gros au châtel brabançon. Une pièce d'argent, un peu plus grande que l'esterlin, rappelle par son type (l'évêque assis, tenant la crosse et bénissant) l'Ambrosino de Milan. Une subdivision porte seulement le buste de l'évêque (fig. 1758). On a voulu établir un rapprochement entre l'introduction à Liège de ces coins de style italien et le séjour que Thibaut de Bar fit en Italie (1 303) pour obtenir du pape la confirmation de son élection. Les noms de ses ateliers s'écrivent LESTAT, PHOSIS. VAREM.
Adolphe de la Marck (i 3 1 3-1 344) fut le créateur d'un type monétaire qui obtint la plus grande faveur dans les Pays-Bas: l'aigle posé au naturel, les ailes entr'ouvertes pour prendre son vol. A en juger par le poids des monnaies, le système d'Adolphe se compose de cinq pièces :
I. Gros. Le premier coin employé donne, à l'avers, l'aigle entourée du nom de l'atelier et d'une bordure de douze trèfles ; au revers, une croix longue coupant la légende interne. C'est une adaptation du type au gros au //ow gantois frappé vers 1505. Mais ce coin ne semble pas avoir servi longtemps ; on ne connaît qu'un seul exemplaire de la monnaie, frappé dans l'atelier d'Avroie. Le type définitivement adopté
montre l'aigle perchée sur Vécu des de la Marck et bordée de huit arceaux. Il existe des 0^05 à ce type pour Liège et pour Avroie ; ils ont été copiés à Wessem par Guillaume, seigneur de Homes.
2. Petit gros ou double tiers de gros. Aigle simple. Rev. : Croix feuillue. Cette pièce, très commune et qui existe pour les ateliers d'Avroie et de Huy, fut imitée dans un grand nombre de seigneuries : Looz, Luxembourg, Chiny, Elincourt, Arleux et Serain.
3. Tiers de gros ou esterlin. Aigle perchée sur l'écu des de la Marck. Rev. Croix cantonnée de groupes de globules, comme sur les esterlins anglais. Ces pièces sont frappées à Liège et à Huy.
4. Quart de gros. Aigle simple. Rev. Croix, feuillue. Même type que celui du /W/V gros. Ce quart se trouve fréquemment, toujours avec les noms des ateliers de Huy et d'Avroie. Louis IV, comte de Looz, l'a imité.
5. Denier de biîlon, représentant le perron liégeois dans une enceinte flanquée de deux tourelles. Il y en a de Huy et d'Avroie. Ce qu'on appelle perron liégeois est une croix haussée ou un calvaire.
Engclbert de la Marck. (i 545-1 364), qui ajouta au temporel du siège le comté de Looz, semble avoir frappé la première monnaie d'or liégeoise, un florin anonyme, dans l'atelier de Saint-Pierre-les-Maestricht. La pièce porte autour du lis épanoui les mots : SANT PETRII et son différent est une mitre. Les auteurs italiens et français l'attribuent à Avignon et au pape Jean XXII, erronément, car le plus grand nombre d'exemplaires connus proviennent d'une trouvaille faite, il y a quarante ans, à Tournai.
Quant aux monnaies d'argent, Engelbert conserva au début de son règne les types arrêtés par son prédécesseur. Nous avons son gros à l'aigle, frappé à Saint-Pierre et à Dinant (MONETA DYONE'SIS.
i-'ig. '7)9
Fig. 1740
^'g- 1739)» son petit gros (fig. 1740) et son tiers de gros frappés également à Saint-Pierre.
A une époque que des documents écrits pourraient seuls préciser, les monnaycurs liégeois ont empruntée l'archevêque de Cologne, Walcrand de Juliers (1 n^-' H9) "J" ^XPC nouveau : le buste mitre de face. D'abord, ce buste était bordé d'arcs fleurdelisés et enserré dans la légende marginale (fig. 1741); au revers, la croix restait brève et ceinte de sa double
inscription. Plus tard, une bordure de trèfles à la façon des lis du gros tournois ou des feuilles de vigne du gros au lion remplacent la légende qui, réduite outre mesure, est placée dans le champ, autour de la tête.
Fig. 1741
sans en être séparée par un grènetis. En même temps la croix pattée du revers allonge ses branches pour couper la légende intérieure. Ce type doit être le dernier employé par Engelbert, car nous le retrouvons sous son successeur.
L'abandon du type de l'aigle semble coïncider avec une modification du système monétaire: le gros, au lieu d'être subdivisé en doubles tiers et en tiers (esterlins), est désormais subdivisé en demis, et sans doute en quarts, bien que ces derniers nous soient encore inconnus.
Jean d'Arkel (1364-1^78), qui occupait pendant vingt-trois ans le siège d'Utrecht lorsqu'il fut transféré à Liège, a frappé deux monnaies d'or: \e grand mouton (fig. 1742) copié d'après celui de Jean III de Bra-
Fig. 1742
bant et portant le titre de duc de Bouillon, puis Ve'cu au saint Pierre (fig. 1743), dont le type est emprunté au Pieter d'or frappé à Louvain par Jeanne et Wenceslas.
Pour l'argent, l'évêque commence par s'en tenir au dernier type usité sous son prédécesseur; puis il imagine deux types nouveaux: l'un, réservé à l'atelier de Maestricht, représente le saint comme sur Vécu d'or (fig. 1744): l'autre, fabriqué à Liège, figure l'évêque à mi-corps, tantôt bénissant, tantôt avec un livre à la main, au-dessus de son blason de famille. Un atelier monétaire, créé à Tongres, ne nous a fourni jusqu'ici que des pièces de la première émission.
aUATRlEME PARTIE
Arnould de Hornes (1378-1389) avait été, comme Jean d'Arkel, évêque d'Utrecht, avant d'obtenir la mitre liégeoise. On possède de lui deux monnaies d'or différentes, deux en argent et un certain nombre
Fig. 1744
de billons; trois ateliers : Liège, Tongres et Maestricht ont pourvu aux besoins de la circulation monétaire.
Les types d'Arnould de Hornes sont tous empruntés aux monnaies des princes voisins, sauf pour le billon qui reproduit l'image épiscopale, à mi-corps au-dessus d'un écusson. L'un de ses Jlorins d'or représente saint Pierre, comme font les 77or/ns trévirois de Conon de Falkenstein;
Flg- 174s
mais au revers, deux écussons sont placés dans une épicycloïde (fig. 1745), ce qui rappelle les yZor/ns de Renaud, duc de Gueldre. Sur son secondjiorin, l'évêque de Liège place le saint Jean des pièces florentines, et au revers sa propre effigie, sous un dais gothique, l'écu de Hornes à
»-ig- «747
ses pieds (fig. 1746). Ce type est un emprunt évident fait à Florent de Wevelinkhoven, évêque d'Utrecht.
Sur ses pièces d'argent, Arnould reproduit le coin du brymati de Jeanne et Wenceslas, ou du double gros aux deux écus surmontes de