CHAPITRE SIXIÈME
§ I. — Comté de Hollande'.
La grosse monnaie apparaît dans le comté de Hollande avec la majorité de Florent V (1266-1296). A cette époque, le pays jouissait d'une prospérité qu'il n'avait pas encore connue et qu'un traité de commerce, conclu en 1285 avec l'Angleterre, augmenta de plus en plus.
Sous le règne de Florent, la frappe des petits deniers d'argent à la tête de profil (p. 6^1) fut continuée à Dordrecht et à, Medemblick. (MONE MEDENBLEC); la création de ce dernier atelier doit être reportée après l'année 1288, lorsque Florent V eut vaincu les West-Frisons révoltés.
C'est le gros tournois français qui a servi de modèle au gros hollandais. Du côté du châtel, le TVRONVS CIVIS de l'original est reproduit intégralement. Au revers, on lit autour de la croix, en légende intérieure : + FLORENTIVS CO ou + FLORENTI' COMES. Ces gros, d'un métal aussi bon que ceux de France, ont été émis en très grand nombre et ne sont pas rares dans les collections ^ On possède aussi des esterlins à la tête, copiés de ceux d'Edouard I (DVR-DRE-NCIS-CIVr)» mais le type anglais semble ne pas avoir inspiré, en Hollande, d'autres imitations.
Florent V était le protecteur des franchises communales. Il périt, en 1296, victime d'une conspiration de la noblesse, laissant pour lui succéder un fils mineur nommé Jean 1. Les états de Hollande donnèrent au jeune prince, comme tuteur, Jean II d'Avesnes, comte de Hainaut,
1. Van der Chijs, De Muiilen der vooniialige giaa/scbappeii Hollami en ZeelaiiJ, Haarlem, 1858, in-4.
2. Van der Chijs attribue A Florent V un mouton d'or copié sur ceux du roi Jcni et de Louis de Mdle, comte de Flandre. Nous ne comprenons pas comment un numismate aussi érudit a pu commettre un tel anachronisme. Ce mouton d'or est de Florent de Wevelinckhoven, cvêque d'Utrecht (i379-J393)-
qui fut obligé, par les intrigues d'Edouard I, roi d'Angleterre et beaupère du jeune souverain, d'abandonner la régence à un seigneur nommé Wolfred de Borselen. Mais le i^'" août 1 299, Borselen fut massacré à son tour par le peuple et Jean d'Avesnes rétabli dans ses fonctions. Le comte de Hainaut, fort désormais de son autorité, substitua son propre sceau à celui de son pupille, qui, du reste, mourut peu de temps après, le 10 novembre 1299. Jean d'Avesnes lui succéda.
On a de Jean I quelques petits deniers et oboles frappés à Dordrecht,à l'ancien type hollandais de la tête de profil. Van der Chijs lui attribue aussi un gros tournois, analogue à ceux de Florent V, mais portant au revers les mots: + lObARRES COMES.
Une trouvaille faite, l'an 1885, en Belgique' est venu ajouter à ces monnaies deux exemplaires d'une pièce curieuse que ses légendes semblent rattacher à la tutelle de Jean d'Avesnes (1299). Il s'agit d'un gros, imitation servile du gt'os à l'écu aux quatre lions de Jean III, duc de Brabant, et sur lequel on lit: + lOHANNESiCOMITIS:
DE : HOLLANDINSIS - + MO- NETA DORDRT (fîg. i755)- Le mot Johannes, suivi d'un génitif, nécessite un complément qui ne peut être que tutor. Dans la numismatique flamande, nous avons vu une légende analogue
sur les gros contemporains de Philippe de Thiette : PH • COÏT ■ FLAND, où il faut sous-entendre ^//ms. L'attribution de la monnaie à Jean II d'Avesnes nous semble d'autant plus certaine que ce prince employa le même type dans son atelier de Valenciennes.
Ce ne fut pas sans difïicultés que Jean II d'Avesnes (1299-1304) put recueillir et conserver la succession de son neveu. Les Flamands, sous la conduite de Gui de Namur, fils de Gui de Dampierre, envahirent la Zélande en 1 500 et l'occupèrent jusqu'en 1 304,
On possède des gros tournois de Jean II sur lesquels la marque tournoise est remplacée par + DORDRACENSIS et la bordure aux lis par des groupes de trois globules. Du côté de la croix, on lit lObES COMES, mots séparés par deux petites aigles. Sous le même règne, se montre une subdivision du gros: \c petit gros ou double esterlin ; Jean d'Avesnes y reproduit l'écu au lion des pièces flamandes avec d'autant plus d'à propos
I. R. Serrure, La Irouvailk d'Herch-la-ViUc dans le Bull, ik nuiiiisiii. el d'archcoL, t. V, p. 121.
que la Hollande avait les mêmes armes. On ne se trompera pas en lui attribuant aussi quelques petits deniers à la tête; mais comment les distinguer de ceux de son homonyme?
Pendant l'occupation de la Zélande, Gui de Namur (1^00-1304) ouvrit un atelier à Middelbourg. Il existe trois exemplaires d'un gros au chàtel, portant les légendes: MONETA ■ MIDDELB' et + GRATIA DOMINI DE! NRI FACTVS SVM — + CS GOIT î ZELARDIE '• Le génitif s'explique en sous-entendant^/ms, car c'est comme fils de Gui de Dampierre, et alors qu'il partageait avec ses frères Philippe deThiette et Jean de Namur la régence du comté de Flandre, que Gui entreprit son expédition.
Guillaume III le Bon (1504-1^37) succéda à son père Jean d'Avesnes dans les comtés de Hollande, de Zélande et de Hainaut. On connaît ses deniers d'ancien système, avec W ■ COMES - HOLLANDIE, et sa monnaie forte, le gros au lion imité de celui de Flandre, avec MONETA HOLANDIE et (TVJ-LEL-M • CO-MES.
Les pièces de Guillaume IV (13^7-1345) sont aussi difficiles à séparer de celles de son père que de celles de Guillaume V. Van der Chijs n'ose lui accorder qu'un gros au lion et un tiers de gros au même type, frappés à Geertruidenberg (MONETA M • S • GERT, Montis Sanctœ Gertrudis). Il fit usage de coins analogues dans son comté de Hainaut.
Après Guillaume IV, mort sans héritiers directs, la Hollande fit retour à l'empire. L'empereur Louis de Bavière en investit sa femme Marguerite d'Avesnes, sœur du dernier comte, et qui céda le pays à son. second fils, Guillaume V (1 }46-i 389), moyennant le payement d'une rente; mais dès 1347, le jeune prince n'ayant pas effectué le versement promis, elle reprit le pouvoir et le garda jusqu'en 135 1. Les Hollandais, mécontents d'être sujets à une femme, rappelèrent Guillaume V, qui occupa successivement toutes les villes, ne laissant à sa mère que la Zélande. Cette querelle de famille fut la source de discordes civiles qui déchirèrent la Hollande pendant un siècle et demi.
On n'a pas de monnaies hollandaises de Marguerite, mais Guillaume V est représenté dans nos collections par une superbe suite en or, en argent et en billon. Le comte y emploie parfois la formule dei gratia; ordinairement il écrit : GVILLELMVS : DVX : COMES : HOLA : Z : ZELANDIE.
Huit pièces d'or de Guillaume V sont connues :
I. Van Peteghem, Gui de Flandre, comte de Zélande, et sa monnaie de Middelbourg, dans la Revue belge de numism. de 1881.
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10 Double mouton, avec GVL-DVX sous les pieds de l'agnel.
2° Mouton au même type, ou portant les sigles D' <dL' CO' b'. ^^ P^u^ se demander si ces deux monnaies appartiennent à la Hollande ou au Hainaut ; il est possible qu'on les ait frappées simultanément dans les deux provinces.
30 Chaise ou écu d'or à l'aigle, imitation des clmises à Vécu à l'aigle que l'empereur Louis de Bavière fit frapper à Anvers par le maître de la monnaie Falcon de Pistoie. Le 19 octobre 1355, Guillaume V donna la Monnaie de Dordrecht à Jan van Scothem avec mission d'y fabriquer « eenen gouden ouden scilt op nieester Fakents slach » (un vieil écu d'or analogue à ceux que frappait maître Falcon).
4. Chaise d'or dite Willelmus-schild, sur laquelle le comte tient un écu écartelé de Bavière et de Hollande. La pièce est très commune et d'un métal moins fin que les précédentes.
50 Demi-chaise.
6° Quart de chaise, mentionnée dans les ordonnances, mais non encore retrouvée.
Les n"s 4 à 6 sont au nombre des espèces que Jan van Scothem devait ouvrer à Dordrecht.
7. Franc à cheval (unique), avec les titres COMES • DNS HOLAND.
8. Florin d'or représentant à l'avers le comte debout, l'épée haute, tenant au bras gauche l'écusson de Bavière et ayant à sa droite un petit lion. Le revers porte l'écu écartelé de Bavière-Hollande dans une épicycloïde et la légende : FLORINI • DE * HOLAND ' Z î ZEL'. Ces florins sont les pièces d'or les moins rares de la série hollandaise.
Le monnayage d'argent de Guillaume V,si on élimine quelques attributions fausses, comprend cinq types :
1° Écusson écartelé surmonté du châtel tournois et placé dans une épicycloïde : MONETA: NOVA : HOLLANDI. C'est, sans doute, à ce coin que devaient être frappés les gros, 1/2, 1/4 et 1/8, mentionnés dans une ordonnance de 1355 et disparus complètement. Il ne nous reste que les dessins de trois de ces pièces.
2» Gros au lion heaume, dit hotdraeger, créé par Louis de Mâle en 1364.
30 Le comte à mi-corps, tenant l'épée et un écu parti au i" de Bavière, au 2^ coupé de Hollande et de Hainaut. Le heaume est orné d'une couronne et d'un panache, le vêtement est aux armes de Bavière. Au revers, la croix feuillue du hotdraeger. On ne possède de ce joli type que le gros (fig. 1756).
40 Gros à l'écu écartelé de Bavière et de Hollande dans un encadrement de trois angles et de trois arcs. C'est un type allemand.
50 Gros et qiiart de gros, d'invention assez originale. Le champ, bordé d'un quadrilobe, est divisé en trois compartiments; au milieu, le heaume couronné et panaché ; de chaque côté, une case coupée aux armes de Bavière et de Hollande. Ce type, nouveau comme le précédent, a été continué en Hollande sous Albert de Bavière, puis adopté en Gueidre et dans plusieurs petites seigneuries.
D'Albert de Bavière (1389-1404) nous avons des chaises ou klitic-
Fig. 1756
II4O dUATRlÈME PARTIE
karts d'or de deux coins différents, des ^or/;z5 d'or au type introduit par son prédécesseur, enfin une monnaie où deux lions debout soutiennent l'écu écartelé de Bavière et de Hollande. Une ordonnance de i ^90 mentionne des couronnes d'or non encore retrouvées.
Les monnaies d'argent reproduisent les deux types créés sous Guillaume V; d'autres pièces ont l'écu écartelé penché sous un heaume ou deux écus surmontés d'une aigle, copie d'un type flamand qui remonte au règne de Philippe le Hardi.
Sous Albert de Bavière, le métal perd considérablement de sa valeur intrinsèque. Les documents du temps indiquent des afiaiblissements successifs pour rétablir les finances du pays '.
Sous Guillaume VI (1404-1417), nous retrouvons en Hollande plusieurs types monétaires que ce prince avait employés dans son comté de Hainaut, c'est-à-dire VAnge dans la Haie sur l'or, et le lion ou Vécu dans la haie sur l'argent. L'unification complète des coins dans les diverses possessions de Guillaume de Bavière n'eut lieu, toutefois, que dans la seconde moitié de son règne. Les coins antérieurs, frappés pour la Hollande et la Zélande seules, sont la double chaise d'or, puis la série des doubles gros, gros, demi-gros, même du quart de gros, etc., au lion héraldique.
Jacqueline de Bavière (1417-1418) continua l'émission des monnaies d'argent de son père. Le 4 avril 1418, elle épousa à La Haye son cousin Jean I V, duc de Brabant. Le 17 février 1419 (v. st.), ce prince décida la frappe, dans ses états de Brabant, de Hainaut et de Hollande, des pièces nommées drielanders (de trois pays); mais en Hollande, l'ordonnance resta lettres mortes.
Les faits historiques expliquent l'absence de monnaies hollandaises au nom de Jean IV de Brabant. A la faveur du parti des Cabeliaux, Jean de Bavière, oncle de Jacqueline et évèque non sacré de Liège; avait envahi le pays et s'était fait investir à Dordrecht, le 25 juin 1418. Après une courte lutte entre lui et le duc de Brabant, le prince bavarois fut chargé du gouvernement de la Hollande, avec le titre d'héritier présomptif, moyennant le payement d'une indemnité de 84400 nobles d'or et de 90000 couronnes d'or de France.
Jean de Bavière n'avait pas attendu la paix pour exercer le droit de monnayage. Dès son entrée en Hollande, il ouvrit un atelier à Gorcuni et y frappa des billons noirs à l'écu penché sous une branche d'arbre,
1. Dans l'ouvrage de Van dcr (Iliijs, le classcniciu des inomiaies de Guillaume \' et d'Albert, d'après les documents du temps, e^t plein d'anaeliroiiismcs. "l'oule cette partie est à refaire.
identiques à ceux qu'il avait émis dans le pays de Liège. L'atelier est désigné par MONETA NOVA GbORiCV et le prince par lOHNES- D'
BAVARI'.
Après la paix, qui lui assura la souveraineté réelle, Jean fît monnayer à Dordrecht en s'intitulant : lOHS • BAVAR • DVX • FILI[VS] • HOLATZD • Z • ZELAND ; parfois, le nom du Hainaut s'ajoute à ces titres, prétention qui ne répondait pas à la réalité des choses.
Le 20 juin 1418, trois jours avant son installation, Jean de Bavière promit à la ville de Dordrecht qu'elle seule aurait un atelier monétaire. Deux ans après, Jan Pigge, orfèvre, devint graveur des coins. \ Une ordonnance prescrit la frappe du double et demi-double d'or, de la pièce de deux gros, du gros, demi, quart ^t huitième en argent. Les espèces visées dans ce document sont faciles à reconnaître dans l'ensemble de celles qui nous restent. Elles présentent les deux écus (l'un de Bavière, l'autre écartelé de Bavière et de Hollande) accolés et placés sous un double dais ou une double arcade. Leur émission n'eut qu'une durée très courte, car elles sont de la plus haute rareté, et l'on n'a pas réussi encore à retrouver les deux pièces d'or.
Le 10 mars 1421, Jean de Bavière ordonna la frappe de chaises, de demi-chaises et de florins d'or. Les chaises sont très rares; le?, florins portent l'image de saint Jean-Baptiste ou de saint Pierre (type rhénan).
Un peu plus tard, le 22 juin 1422, le type de l'argent fut modifié et reçut la forme qu'il conserva jusqu'à la mort du prince. C'est le lion passant à gauche, sur une ligne horizontale, avec DORD' ou bOLD' en exergue. Seul, le huitième de gros porte l'écu penché sous un heaume.
Jean de Bavière mourut à La Haye le 6 janvier 1425. Jacqueline de Bavière, qui avait fait casser par l'anti-pape Benoît XIII son mariage avec le duc de Brabant, arriva en Hollande et se rendit maîtresse de quelques villes; mais Philippe le Bon, duc de Bourgogne, se fit reconnaître, dès le mois d'août 1425, son lieutenant à vie et son héritier présomptif. A ce titre, il frappa monnaie en s'intitulant PHS • DVX * BVRG • COM • FLAD • HES • HOL • Z • Z (hères Ilollandie et Zelandie). Il y eut des doubles chaises d'or ou klinckarts, des chaises et demichaises d'or portant ces titres. L'émission dura jusqu'en 1428. Le 24 juillet 1429, Philippe et Jacqueline se mirent d'accord pour placer leurs deux noms sur les monnaies. On possède en elîet des doubles chaises, chaises et demi-chaises d'or, des cromsieerfs et leurs subdivisions en argent et en billon, dont les légendes sont : PHS • DVX • BVRG • TVTOR-Z-HES-H'Z'etlACOB' DVC BAVA: COM -H'-Z'.
En 1433. Jacqueline renonça définitivement à son comté de Hollande au profil du duc de Bourgogne.
§ II. — Seigneurie d'Asperen.
Waleran de Fauquemont obtint la seigneurie d'Asperen par son mariage avec Elisabeth d'Arkel. il mourut en 1 378,
On a retrouvé plusieurs variétés de son gros au lion copié sur celui de Renaud III duc deGueldre. Les légendes sont : MONETA NOVA ASPE- RENSIS — WALRANVS : DE : VÂLKERBORCb. MONETA WALRANVS ASP'RSIS — WALRAR' • DE : VALKCRB' D' DE A ou encore MONETA NOVA ASPERENSIS au droit et au revers.
§ III. — Seigneuries d'Arkel et d'Heukelom.
Vers la fin du xiv^ siècle, un seigneur d'Arkel, du nom de J ean, frappa des gros tournois avec TVRONVS CIVIS et, autour de la croix, + IObANN€S: D€:ÂRKLE'.
Est-ce à ce même personnage où à un homonyme plus récent qu'il faut attribuer les petits billons imités généralement de ceux d'Albert de Bavière, comte de Hollande, et frappés au début du xv« siècle dans la seigneurie d'Heukelom? Nous n'osons trancher la question. Les pièces dont il s'agit portent à l'avers l'écu d'Arkel : d'argent à deux fasces bretessées et contrebretessées de gueules. Les légendes sont lOb^DE: ARKEL et MONETA NOVA DE bOK. etc. \
§ IV. — Évêché d'Utrechti.
La plus ancienne monnaie épiscopale d'Utrecht qui n'appartienne plus au système des petits deniers, est un petit gros ou double esterlin au type du cavalier de Marguerite de Constantinople. Il porte au droit le nom de l'atelier de VoUenhoven : -|- MOTA • VOLLEbO • OJTÎI • DMI et au revers, en légende extérieure : + lOblS -TRÂIECTCRCIS • €. C'est avec raison, selon nous, que Van der Chijs donne cette monnaie à l'évêque
1. R. Chalon, dans la Rev. belge de nttmistn., 5* série, t. VL
2. Van der Chijs, De munten der voormalige graajschàppen Hoïland en Zeeland, pi. XLII. — R. Chalon, dans la Revue belge de numism., $« série, t. IV.
}. Van der Chijs, de viunten der bisschoppen van de heerïijkheid en de slad Uhechl, Haarlem, 1859, in-4.
Jean de Diest (1522-1 ?4i)qui frappait, également à Vollenhoven, des quarts de gros au lion. La ville fut engagée, vers 1336, à Renaud III, duc de Gueldre, qui y conserva l'atelier monétaire, h'esterlin aux légendes lOHES ELLECTVS et (CIVI)TAS SVLLE (Zwolle) doit appartenir au même prélat.
Le successeur de Jean de Diest, Jean d'Arkel (1342-1 364) fut le véritable organisateur du système monétaire nouveau. Au lieu de copier les types de Flandre, il prit pour modèles les superbes pièces frappées par son métropolitain, l'archevêque de Cologne, et créa une série de quatre coins d'un art merveilleux, dont les deux ateliers d'Utrecht et de Deventer firent usage.
1° Gros. Buste de face, la mitre ornée de pierreries, les cheveux bouclés; sur la poitrine, un petit écu aux armes d'Arkel ; autour du champ, une épicycloïde à sept lobes coupée par le buste. I^ Croix pattée coupant la légende intérieure qui donne le nom de l'atelier ; la légende extérieure est: + BRDICTV :
SIT:NO(D€:DNI :RRI:lbV:
XPI. Poids moyen: 2 gr. 50.
2° Demi-gros. Même type (fig- 1757). Poids moyen : i gr. 25.
30 Quart de gros. Même buste, mais la mitre coupe la légende dans le haut. Pas d'épicycloïde. Au revers, croix courte entourée d'une seule légende. Poids moyen : o gr. 60.
40 Huitième de gros. Écu d'Arkel surmonté d'une mitre. Revers pareil à celui de la pièce précédente. Poids moyen : o gr. 30.
L'administration de la monnaie tient d'ailleurs une grande place dans les annales de Jean d'Arkel. Encore à la veille d'être transféré à l'évêché de Liège, il sollicitait de l'empereur Charles IV une charte confirmative du droit de monnayage. Le transfert avait déjà eu lieu, lorsque le diplôme impérial fut signé; il est daté du 25 juin 1365 et adressé à Jean, évêque de l'église de Liège. La concession dit que Tévêque d'Utrecht pourra battre monnaie d'or et d'argent dans toute l'étendue de ses domaines temporels; qu'il pourra fixer le cours de toutes les espèces étrangères, celles de l'empereur exceptées.
Le successeur de Jean d'Arkel fut Jean deVirnebourg(i 364- 1 371). Ses plus fortes monnaies d'argent reproduisent le type du double gros ou double botdraeger de Flandre, et sont frappées à Zwolle, chef-lieu du Zalland : MONETA • DE • ZALARDIÀ ou MON IN SVLE TRA. Le même atelier émit des gros et leurs subdivisions, avec l'écu à la croix penché sous un heaume. D'autres officines établies à Amersfoort et à Vollenhoven furent en pleine activité.
Arnould de Hornes (i Î71-79) monnaya à Campen, à Zwolle et à Hardervvyck. Les types sont ceux des règnes précédents.
Sous Florent de Wewelinkhoven (1379-9O apparaissent, dans l'évêché d'Utrecht, les premières monnaies d'or: un écu et un mouton,
Fig. 1758
copiés, sauf les modifications indispensables, sur le type français; puis deuxjlorins d'or comme ceux de l'alliance rhénane, et dont l'un porte même, au revers, la légende : MONETA • NOVA • FLORENI • RENENS. Les pièces d'argent portent généralement le buste mitre de l'évêque, émergeant derrière son blason de famille; au revers, un aigle au-dessus de l'écu de l'évêché. Le seul atelier mentionné par les légendes est Deventer.
L'or de Frédéric de Blankenheim (1395-1425) ne consiste qu'en Jlorins, le plus souvent à l'image de saint Jean-Baptiste. Les espèces d'argent ne sortent pas des types héraldiques. Quant aux ateliers indiqués explicitement par les inscriptions, nous connaissons Deventer (fig. 17)8) et Hasselt.
Après sa mort, deux candidats se disputèrent la mitre: Martin Zweder de Culenbourg (1425-54) et Rodolphe de Diepholt
(1452-55). Du premier, qui fut <^ f r.fs^ ir-K y<,fÇ',fcT4 oYK'^ d'abord reconnu, puis aban-
donne par le pape, il ne nous reste que deuxjlorins d'or, l'un en original, au type de saint Jean-Baptiste debout, l'autre en essai (de cuivre) au buste de saint Martin (fig. 1759), puis un double gros et un huitième.
La disposition des écussons, au revers des llorins, est copiée sur la pièce d'or de Frédéric, qui, de son côté, l'avait empruntée au monnayage rhénan. Le double gros a pour type le lion-léopard, imité des gros de Jean de Bavière, comte de Hollande, et pour légende un verset de
Fig. 17S9
l'épître aux Romains: 5/ deus pro nobis, quis contra nos? Les lettres M ART' qui cantonnent la croix du huitième (fig. 1760) se rapportent au prénom de l'évêque.
Jusqu'à Tannée 1433, où il fut agréé par le saint siège, Rodolphe
Fig. 1760
Fig. 1761
s'appelle modestement jyosfM/a/MS (fig. 1761). Déjà sur l'un de ses JIorins les plus anciens, il place l'image de saint Martin en pied, pour rendre hommage à la fois au patron d'Utrecht et au pape Martin V (1417-51), et ce type se retrouve sur tous les florins où le titre depostulatus a été remplacé par episcopus.
D'un autre concurrent de Rodolphe, Walram de Meurs (1431-50), simple electus, nous ne connaissons que deux pièces, lejlorin au saint Martin et le gros au saint Pierre, imité des raderalbus de Cologne. Il a aussi frappé monnaie dans sa seigneurie de Baar. Mais David de Bourgogne (1455-94) a laissé une très belle et très originale suite numismatique, surtout un florin dit Harpe de David (fig.
1762). Entouré de la légende:
mémento domine David, le psalmiste y est assis derrière un grand écusson et joue de la harpe ; le nom de l'évêque est relégué dans les cantons de la croix, dont le centre renferme
la lettre D, marque d'atelier de Deventer. La demi-harpe porte la date 1492 et un verset biblique : extulit eum de gregibus ovium (psaume 77, 70), car l'évêque d'Utrecht se compare volontiers avec le psalmiste, roi de Juda, et le commencement du même verset : elegit David servum suum figure sur d'autres harpes d'or où le roi David est assis de face sur une chaise gothique. Il y a aussi lejlorin au saint Martin assis.
Les plus anciennes monnaies d'argent du prélat, \qs gros et doubles gros de 1466 à 1473, ont l'aigle éployée dans le champ ou dans l'un des écussons; elles sont remplacées plus tard (1474-79) par un type nouveau qui rappelle le gros tournois de saint Louis avec sa bordure de lis
Fig. 1762
H46 Q.UATRIÈME PARTIE
(fig. 1763). Le lion héraldique paraît en 1482, à côté d'une longue série de pièces qui ne portent que des armoiries (1487-94). Le briquet de
Bourgogne est la marque de quelques menues monnaies de cuivre, les premières, en ce métal, qu'on ait frappées à Utrecht.
Deux coins seulement appartiennent à Engelbert de Fig. ,763 Clèvesqui, pendant deux ans
(1481-83), fit valoir ses droits ou ses prétentions à i'évèché. Son^or/Vz d'or au saint Martin est anonyme et ne porte que les écussons de Clèves et de la famille de la Marck. Sur son double gros de 1482, il se nomme simplement Engelbert(us) de Clivis et de Marka, sans autre qualification.
Les successeurs de David: Frédéric de Bade (1496-1 s 17), Philippe de Bourgogne (1 5 i7-24)etHenri de Bavière (1 524-28), s'en tiennent à leurs armoiries. Desiderium peccatorum peribit est la devise d'un ^orm de Frédéric; sur un de ses gros, il s'appelle marchio de Baden. Lç.Jlorin^ dit Dominus-gulden, de Philippe a pour légende un vers de Juvénal (X, 365): nullum numen abest si sit prudentia. C'est sous son règne que l'écriture gothique se transforme en écriture romaine. Henri de Bavière prend, au commencement de son épiscopat, le titre d'electus.
En 1528, fatigué des révoltes incessantes de ses sujets, il vendit à Charles-C^uint la souveraineté temporelle de l'évêché.
§ V. — Église de Saint-Martin et ville d' Utrecht.
On attribue, non sans vraisemblance, à cette église le gros tournois k la légende SANCTV MARTIN' ou MARTINI (fig. i764)2tauchâtel bordé,
Fig. 1764
Fig. 176$
tantôt de treize, tantôt de douze fleurs de lis, pièce qu'on avait faussement classée à Saint-Martin de Tours. Elle est de la première moitié
du XIV' siècle '. Bien plus tard, l'église fit frapper des deniers destinés aux aumônes et portant l'inscription, en langue allemande, DIT* IS • DER • ARM EN* PEt^(nïng), ceci est le denier des pauvres (fig. 1765).
Ce n'est que vers la fin du xv^ siècle que la ville d'Utrecht commence son monnayage municipal. Elle prend pour types : saint Martin à cheval, l'écusson de Gueldre ou son propre écusson, etc., et presque toutes ses pièces sont datées.
§ VI. — Seigneurie de Baar^.
Cette seigneurie, située près d'Arnhem, appartenait depuis 1417 à Walram de Meurs, évêque d'Utrecht (1431-50), puis de Munster (1450-56). Deux de ses Jlorins d'or sont frappés à Baar: l'un anonyme (MONETA • NOVA • AVREA • BAER), au type rhénan (144O» l'autre portant à l'avers le nom de Walram et au revers le nom de Thierry de Meurs, archevêque de Cologne.
§ VII. — Comté de Zélande.
Nous avons parlé (p. 1 i-^%)d\igros tournois que Gui de Namur (1300- 1 504) faisait frapper à Middel bourg et sur lequel il prenait le titre de comte de Zélande (G: COÏT: ZELANDIE). Guillaume V (1 ^6-89) s'appelle déjà cornes Hollandie et Zelandie, et le même titre se retrouve sur les monnaies de tous ses successeurs, mais il n'y a plus de pièce qui porte le titre de cornes Zelandie seul.
§ VIII. — Comté puis duché de Gueldre i.
En 1 282, l'empereur Rodolphe de Habsbourg accorda à Renaud I (1271-1326) le droit de frapper de nouvelles espèces dans la ville d'Arnhem, et aussitôt nous y voyons, à côté de l'ancien petit denier d'argent, d'informes esterlins imités de ceux d'Henri 111 d'Angleterre.
1. Annuaire de la Société de Ntim., 1893, p. 129 (M. de Marchéville).