I. Revue niiin., 2= série, t. II, 165 et XV
denier, se trouvent dans les collections. Louis XI céda la ville au duc de Milan, François Sforce.
§ XVI. — Charles F/// (1483 -1498).
Après une courte guerre de succession, Charles VIII épousa l'héritière légitime de la Bretagne, la duchesse Anne, et réunit ainsi à la couronne le dernier des grands fiefs qui s'étaient soustraits à l'autorité royale (1491). En 1494, il envahit l'Italie pour reprendre au roi d'Aragon le royaume de Sicile qui appartenait, depuis saint Louis, à la maison d'Anjou. La ville de Pisc fut affranchie du joug florentin et, le 20 février 1495, le roi fit son entrée à Naples sans avoir rencontré d'obstacle sérieux. Les populations des Abruzzes se déclarèrent en sa faveur, il reçut l'investiture du pape, mais ne put résister à la ligue formée contre lui par la République de Venise et les autres états italiens. Dès le 7 juillet, Ferdinand II était rétabli sur le trône.
L'histoire monétaire du règne est une des plus intéressantes. Orr ne frappe plus d'écu d'or à la couronne; Vécu au so/e/7 est seul ordonné, et l'on essaie même d'en créer des multiples, car nous possédons un exemplaire unique du triple écu d'or. Mais les variétés en sont assez nombreuses ; de 1483 à 1494, les deux légendes y commencent par une couronnelle, remplacée alors par des fleurs de lis : puis à côté de la pièce purement royale, qui porte souvent les lettres TP ou B et un croissant dans les cantons de la croix, il y a les émissions de Perpignan (p au centre de la croix), Vécu aux armes écartclées de France-Dauphiné, puis Vécu breton, provenant des ateliers de Nantes et de Rennes, où les armes de France sont accostées de deux hermines couronnées (fig. 1 550).
L'argent et le billon conservent leurs anciens types. On a le ^ros de
Fig. 1530
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roi. diflîcile à distinguer de ceux de Charles VII ; le dou^ain ù l'ccusson 1 dans un trilobé ; le blanc au soleil, aussi pour le Dauphiné (fig. 1 ^ 5 1) ; le 1 carolus (de 10 deniers tournois), reconnaissable à son grand K couronné
LE ROYAUME DE FRANCE
entre deux lis. Sur le dou^ain breton deux hermines remplacent les couronnelles dans les cantons de la croix.
C'est une sorte de nouveauté lorsqu'on rencontre, sur le patard provençal, un K en plein champ, sans sa couronne habituelle. Mais on revient à trois siècles en arrière, ou plutôt on est en pleine numismatique italienne, en lisant sur quelques deniers de Marseille : CIVITAS MASSILlEou DENARIVS VNVS MA. et en y reconnaissant les armes de la ville '. Après l'annexion des comtés de Provence et de Forcalquier (octobre i486), plusieurs espèces furent frappées, à titre d'essai, dans le même atelier de Marseille, et qui sont d'une rareté extrême. Tel un bla7ic à l'écu penché sous le heaume. Le roi y prend le titre de cornes Provincie et Forcalq(ue)rii, et la croix reçoit deux A, initiales du nom d'Anjou,
dans ses cantons (fig. 1552). ,<<^^^i^^^^\^ .^^fC^.^^
Un piéfort en or est l'essai du demi-blanc, où un K couronné se trouve placé entre deux A.
Sous Charles VIII, les maîtres des ateliers prennent de F'g- '532 plus en plus l'habitude de
graver sur leurs coins une marque personnelle, indépendante du point secret. Huit de ces marques sont relevées dans l'ouvrage d'Hoffmann, p. 71; nous y ajoutons celle de Guillaume Griveau à Troyes (1495): deux anneaux entrelacés.
La série franco-italienne est naturellement très riche. Un écu d'or, frappé par les Pisans affranchis, porte la légende KAROLVS • REX • Pl- SANOR(um) • LIB(erator) autour de l'écu de France accosté des lettres K et L, qui doivent avoir la même signification. Au revers, la légende PRO- TEGE VIRGO PISAS s'adresse à la sainte Vierge tenant l'enfant Jésus. Le gros d'argent reproduit tout cela, types et légendes, en un format plus grand. Sur le denier aux Heurs de lis, les mots CIVITAS PISANA font bordure autour d'un p majuscule.
Un décor nouveau distingue les pièces d'or et d'argent frappées à Naples. C'est la croix de Jérusalem (croix carrée, cantonnée de quatre croisettes) qui alterne avec la croix provençale. Depuis son investiture, Charles VIII était roi de Jérusalem, et il prend ce titre sur Vécu ifor (1495), où les sigles K-L brochent sur des croix provençales. Un de ses testons.
I. Revue tiiiin., 1883, p. 92 (L. Blancard); 1890, p. 241 et 1894, p. 221 (Adr. Blanchct).
qui, du reste, ne sont peut-être pas napolitains, n'a pour légende que des initiales: C(^^olus) 0{ctavus) etc., un autre: K: VIII etc.; un troisième explique la présence de la sainte croix par les paroles : per lignitm s. crucis liberet n[os] d. n. Mais les carlins reviennent à l'écusson et à la croix française fleurdelisée, comme les monnaies de cuivre reviennent aux trois lis sous une couronne. La vieille formule Xps pùictt etc. sert pour les trois métaux.
En même temps, six villes des Abruzzes et de la Terre de Labour eurent la pensée patriotique de battre monnaie au uom et aux armes de Charles VIII, les unes avec son consentement, les autres de leur autorité privée. Le carlin d'Aquila porte des légendes françaises : CHAR- LES • ROI • DE • FRANCE et CITE • DE • LEIGLE. Les cuivres de cette ville (CIVITAS AQVILANA) ont les armes municipales: une aigle éployée et couronnée. On y frappait aussi des écus d'or, même avant ceux de Naples, et le maître de la Monnaie y apposait un petit K sur la croix du revers.
A Sulmona, nous trouvons un carlin d'argent et toute une série de cuivres reconnaissables au cartouche qui renferme les sigles SMPE. Sulmo tnihi patria est, c'est-à-dire les premiers mots d'un vers d'0\ ide. Chieti (CIVITAS TEATINA) ' et Ortona (ORTONA FIDELIS FRA ou R-F) n'ont monnayé qu'en cuivre; de même, à Manopello, le baron Leopardo Orsini et à Sora le duc Piergiampaolo Cantelmi. Beaucoup de ces pièces ont reçu plus tard la surfrappe de l'effigie de Ferdinand.
§ XVIL — Louis XII (1498-15 15).
Les monnaies françaises de Louis XII, antérieures à l'introduction du teston, se réduisent à un petit nombre d'espèces, dont les légendes et les accessoires seuls varient autour de types immobiles. Il n'y a pas d'autre monnaie d'or que Vécu au soleil et Ve'cu aux porcs-épics (fig. 15?5), mais selon qu'ils sont frappés pour la France, le Dauphiné, la Bretagne ou la Provence, ils changent de symbole et se présentent tantôt avec les hermines, tantôt avec les dauphins ou la croix de Jérusalem. Sur les pièces bretonnes, on maintient la devise des anciens ducs : deus in adiutorium meum intende, bien qu'elle rappelle leur alliance avec les Anglais, et le roi ajoute à son titre celui de BRITONVM DVX. L'n des écus aux porcs-épics, frappé à Nantes, a la croix du revers cantonnée de deux A couronnés qui désignent évidemment Anne de Bretagne. La
I. Coiiiplcs rendus de la Société de Nnin., 1899, p. 15 (.Vrlliur Saniboii).
monnaie delphinale conserve ses armes écartelées. Celle de Provence porte PROVINCIE COMES après le mot REX, et les cantons de sa croix sont ornés de couronnellesou decroisettes. On sait que Louis d'Orléans avait adopté la devise continus et eyninus {de près etdeloifi), symbolisée par un porc-épic qui figure, depuis 1 507, sur ses monnaies.
Fig- "533
Les deux belles pièces d'argent, gros et demi-gros, dont le type se rapproche le plus du type de l'or (écu accosté de deux L couronnées ou de deux lis couronnés), restent exclusivement royales ; mais dans le billon nous retrouvons les mêmes variétés provinciales qui rompent la monotonie des écus d'or. Les dou^ains à la couronne ou aux porcs-épics sont émis simultanément pour la France, pour le Dauphiné et la Bretagne, et le premier l'est aussi pour la Provence; de leur moitié, le sixain, on ne connaît que le coin royal. Le sixain (fig. 1 554) ^ 'L passée dans une couronne et accostée du numéro d'ordre du roi (X-ll ' est connu sous le nom de Ludovicus et imite le Carolus de Charles VIII. Il existe
Fig. 1534
aussi pour le Viennois ; de même, les double et denier tournois avec leurs trilobés renfermant deux ou trois lis. La Provence a son double tournois et son patard à l'L couronnée. La Bretagne possède en outre, et à elle seule, un grand blanc, un hardi et quelques pièces toutes nationales, telles que le denier à l'hermine et un blanc sur lequel le roi s'appelle simplement LVDOVIC[ : BRI]TONV : DVX.
C'est sous ce règne que l'art médiéval fait place à l'art moderne. Le monnayage italien a puissamment réagi sur celui de la France, alors en pleine torpeur et presque incapable de s'assimiler l'esprit nouveau. L'écriture gothique ne disparaît que peu à peu. Dans Hoffmann, Mon-
naies royales de France, p. 82, on trouvera la liste des dilTcrents personnels employés par les maîtres.
Louis XII, avant de monter sur le trône, était duc d'Orléans et seigneur de la ville d'Asti en Piémont. Sa i,'rand'mère, Valentine Visconii. héritière légitime du duché de Milan, avait reçu cette seigneurie en dot, j et le petit-fils suivit la coutume de son temps en prenant le titre de duc f de Milan sur les monnaies qu'il faisait frapper comme seigneur d'Asti. Après avoir épousé à Nantes (7 janvier 1499) la veuve de son prédécesseur, il déclara la guerre aux Milanais. Le duché fut tour à tour conquis ! (septembre 1499I, reperdu et repris, et Ludovic-Marie Sforce mourut î( dans la prison de Loches. En 1501, le royaume de Naples tomba au * pouvoir des Français, alliés aux Rois catholiques Ferdinand et Isabelle; mais bientôt le désaccord se mit entre les vainqueurs, et Naples resta | aux Espagnols (1504), comme plus tard (1513) la Lombardie dut être abandonnée à Maximilien Sforce.
La série franco-italienne de Louis XII se répartit entre six villes et forme un ensemble aussi remarquable par le nombre des pièces qiie par leur valeur au point de vue de l'art et de l'histoire.
Comme seigneur d'Asti, le roi ne fait que continuer ce que le duc d'Orléans avait commencé. Le porc-épic, déjà adopté pour type des monnaies piémontaises, reste sur le soldino et se place, surmonté d'une couronne, sur les premières parpailloles. Le patron d'Asti, saint Second, apparaît à cheval sur le cavalot ou en buste sur d'autres pièces d'argent. Mais en même temps, le buste du roi, au chaperon fleurdelisé, se montre sur le double ducat d'or et donne son nom au teslon, bien avant qu'en France l'efligie du souverain figure sur une monnaie. Les titres royaux sont: rex Francorum, Siciliac. J/ierusalem, Mediolani dux Astensisque dominus.
De l'atelier de Naples (septembre 1 502) nous n'avons que deux pièces : le fameux ducal d'or à la légende perdam Babillonis nomen, dirigée contre le sultan du Caire, et un carlin au prince assis de face, l'un et l'autre portant le litre étrange de Franc(orum) regniq(ue) Neap(olitani) r(ex). Une des villes francophiles de l'Abruzze, Aquila, émet un soldino de cuivre à l'écusson français.
Pendant quatorze ans, le duché de Milan restait au pouvoir de Louis XII. Saint Ambroise, patron des monnaies milanaises depuis la mort de l'empereur Frédéric II (p. S02J, est aussi le type principal des pièces frappées pour le roi de France. On l'y voit en buste, entre les lettres S-A (Sanctus Ambrosius), ou assis, ou à cheval, agitant son fouet, comme s'il intervenait, selon la tradition, dans quelque bataille pour séparer les com. battants. En cavalier, il se présente sur le double ducal ci
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le teston ; assis, sur le ducaton d'argent ; en buste sur le gros au porcépic, et souvent sa tête mitrée, entourée d'un cercle, précède les légendes. Le buste du roi, toujours au chaperon fleurdelisé, est réservé aux pièces d'une valeur supérieure, c'est-à-dire au double ducat et au teston ; nous le retrouvons sur un magnifique essai en or, du poids de 35 grammes, dont il existe de rares épreuves en argent. Les autres types sont héraldiques : écu de France-Milan, fleur de lis, guivre des Visconti, porc-épic. Une guivre couronnée ou l'écusson entre deux guivres font le décor d'une monnaie divisionnaire, la tisonne. Seule, la demi-parpaillole porte une couronne royale passée dans une L. qui a été copiée sur le dizain français. Jean-Jacques Trivulce, un des partisans de Louis XII, nommé gouverneur de Milan après la conquête (1499), a fait frapper des patards aux lis français.
Gênes, au moment de l'occupation de la Lombardie, appartenait aux Sforce et partagea naturellement le sort du duché de Milan. Sous l'administration de Philippe de Clèves (1499-1506), on y reprit la frappe des ducats d'or au portail et au nom du roi Conrad ; le teston, avec son demi (non encore retrouvé) et son quart, reçut le même type. On a aussi de petits deniers au portail, marqués aux initiales de Philippe : FCGI (Filippus Cliviensis gubernator lanue] ou FDCGI [Filippus de Clivia). Mais après la révolte et le siège de 1507, le nom de Conrad fut remplacé par les mots COMVNITAS lANVE. et l'écusson français vint se fixer sur l'avers des monnaies, laissant le revers au vieux portail surmonté ou accompagné d'une croix. C'est à Gênes que le premier écu d'argent (appelé ducat) d'un roi de France a été fabriqué. Il valait 60 sols et représente l'écusson fleurdelisé entre deux porcs-épics; au revers, les armes parlantes de la ville. Le teston de 20 sols a les mêmes types. De cette période, on connaît quelques petits deniers aux initiales (LRFID, Ludovicus rex Francorum, lanue dominus), suivies des initiales A-C du monnayeur Augustin Calvi (1509-1512). L'occupation de Gênes prit fin en 15 12, à la suite d'une nouvelle révolte.
Quant à la ville de Savone,dès 1464 elle avait été cédée par Louis XI au duc de Milan. Toutes ses monnaies émises au commencement du XVI* siècle ont la fleur de lis comme seule marque distinctive de leur origine semi-française, car le nom du roi n'y paraît jamais. Nous possédons le ^oî^^/e ^«ca/ d'or, le ^«ca/ simple, le teston et plusieurs espèces inférieures. La Vierge à l'enfant Jésus, qui en est le type principal, rappelle celle de Pise, car la légende Virgo Maria protège civitatem Savonae est évidemment inspirée de celle des monnaies pisanesde Charles VIII.
Pour les dernières années de l'histoire monétaire de Louis XII, nous renvoyons à notre Traité de Numismatique moderne, t. I, i.