‹ Traité de numismatique du moyen âge (volume 4)Chapitre 4 sur 183 · III · texte numérisé non relu

III

nois; \e double parisis, une maille tournoise. En même temps, le roi fit frapper des gros tournois au type créé par Louis IX, à i 2 deniers argent le roi et de 60 au marc, circulant pour 1 5 deniers tournois, puis des pièces divisionnaires : deniers tournois, deniers et mailles parisis.

^« période (1346-1^50). — « La guerre avait repris en 1345 et déjà l'Angleterre préparait la campagne qui devait se terminer par la bataille de Crécy et le siège de Calais. » Philippe VI crut trouver les ressources nécessaires à la lutte dans une nouvelle altération des monnaies qui, dans l'espace de quatre ans, du 27 avril 1 546 au 21 août 1 550, subirent jusqu'à dix variations. Leur affaiblissement ne fut toutefois pas aussi considérable qu'il l'avait été précédemment.

Le 27 avril 1 546, des lettres patentes de Jean, fils aîné du roi, parlent des « bons deniers d'or fin appelés Jlourins de sainct George, que nous faisons faire à présent et lesquels auront cours pour 20 sols tournois la pièce ». Ces Jlorins-george, dont il existe deux variétés, portent à l'avers (fig. 1475) un saint George à cheval, terrassant le dragon qui personnifie évi- ^ demment l'Angleterre. Leur émission paraît avoir été spéciale au Languedoc qui, longtemps, se distingua des autres régions du royaume par une sorte de particularisme monétaire.

Le 17 juillet 1 546 parut la chaise d'or fin, de 52 f'g- '475 au marc et de même valeur que le Jlorin-george,

c'est-à-dire de 20 sols tournois. Son avers représente le roi assis de face sur un siège à clochetons, tenant le sceptre et la main de justice; une bordure gothique entoure le champ. En même temps que la chaise, on fit frapper des doubles parisis de j deniers 18 grains de loi et de 180 au marc, portant FRAN-CORV en deux lignes sous une fleur de lis. Des lettres royaux du 17 décembre prohibèrent le cours de toutes espèces autres que la chaise d'or et le double parisis. Le 24 février 1 ^47 (n. st.), les doubles parisis furent affaiblis. On les émit à 3 deniers de loi et à 216 au marc. Il faut probablement rapporter à cette émission les pièces portant à l'avers FRA-NCO en deux lignes 1 sous une couronne. '

Les affaiblissements alternent avec de légers rehaussements à partir j de janvier 1^48 (n. st.) jusqu'à la fin du règne et ne présentent plus qu'un intérêt secondaire. Chaque mutation portait sa marque secrète (globules ou annelets) qui la différenciait de l'émission précédente. Le double tournois de janvier 1 548 eut pour type de l'avers une couronne chargée du mot REX, et la croix de son revers est une croix trétlée à 1 long pied pattée coupant la légende. Sur le denier parisis de juin 1 548, j

le nom du roi entoure les lettres FRA, d'une hauteur démesurée. Enfin, de nouveaux gros tournois furent créés par lettres patentes du 15 janvier 1349 (n. st.). Ces pièces, à 6 deniers de loi et de 72 au marc, connues sous le nom de gros tournois à la queue, portent à l'avers le châtel tournois couronné, bordé de TVRONVS CIVIS et de . la traditionnelle couronne de lis ; le revers a une croix à long pied, ou queue, traversant la légende intérieure. Les doubles tournois se rapportant à la même émission sont à 2 deniers ç grains et un tiers de loi ; le type n'en fut pas changé, mais le trèfle supérieur de la croix du revers est accosté de deux globules.

Philippe VI mourut le 22 août i3$o.

§ VIII. — Edouard III d'Angleterre (1327-1377).

Fig; 147e

Le roi d'Angleterre, en déclarant la guerre à Philippe VI, prit aussitôt le titre de roi de France (1337). Il aura profité de ses premiers succès pour monnayer au type français, même avant la victoire de Crécy ( 1 346 et la capitulation de Calais, car ses prédécesseurs déjà avaient frappé monnaie à Abbeville, comme comtes de Ponthieu (p. 497-498). Il est donc rationnel de réunir ici celles des pièces d'Edouard, sur lesquelles il s'intitule roi d'Angleterre et de France sans faire mention du duché

d'Aquitaine. Nous n'en connaissons que deux : la chaise ou Vécu d'or, copié sur la pièce de Philippe VI et représentant le roi assis de face, avec l'épée et l'écu fleurdelisé; puis le léopard d'or (ûg. 1476). Mais d'autres pièces, de facture non moins française, viennent s'y joindre et se détachent, pour ainsi dire d'elles-mêmes, du groupe des monnaies frappées pour la Guyenne. Ce sont :

3. Le grand Mouton d'or, avec edvard' au-dessous de l'agneau (Grueber, n. 271). Il en existe une variante avec eoa (ou plutôt ed'a) rex.

4. Le gros de billon, avec -{- edvvardvs-rex et, autour du châtel, -\- tvronvs. REGEM, absolument pareil au gros tournois royal (fig. 1477).

5. Le double, avec rex sous une couronne, imité de celui de Jean le Bon.

6. Le double, avec rex sur le bandeau de la couronne (fig. 1478), comme ceux de Philippe VI et de Jean.

C)64 CiUATRlfc.MI-: PARTIE

Deux mois et demi après la prise de Calais (^ août 1547)» ^^ atelier

Fig. 1478

monétaire y était installé et fabriquait des gros et demi-gros d'argent, au buste de face, des csterlins et même des doubles à la couronne. Toutes ces pièces portent la lé^'cnde VILLA CALESIE. selon la coutume antjlaise (villa Bristollie. villa Berewici). Sur les doubles (fig. 1479), le roi

prend quelquefois le titre de sei- ^/7\ yé^3ê^ ^neur de iWerck-Saint-Liévin (DS :

MERK)- 11 paraît que dès 1565, on

fabriquait à (Valais des pièces d'or.

Lan 1571, le maître de la Monnaie.

n„ ,^;., un Florentin, reçut l'autorisation de

frapper dos nobles (valant 80 esterlins) avec leurs divisions, le demi Ql le quart (à 40 et 20 csterlins) ; les numismates anglais ne doutent pas que les nobles d'iùlouard 111 qui ont un C au centre de la croix, ne proviennent de l'atelier de Calais.

§ IX. — Jean le Bon (13 50- 1364).

Le règne de Jean le Bon fut une suite de désastres : invasion étrangère et révoltes à l'intérieur. Ln 1 :;^ 5, la lutte axait repris entre la l-'rance et l'Angleterre ; l'année suivante, à la bataille de Poitiers, le roi fut fait prisonnier par le prince de Galles. Ivmmené en capti\ ité, Jean le Hon resta quatre ans en Angleterre, pendant que le dauphin, plus lard Charles V, administrait le royaume avec le titre de lieutenant général, puis de régent. La paix fut conclue en n6o ho mai) par le traité de lirétigny. Ldouard III renont;ait à ses prétentions à la couronne de Lrance. moyennant l'abandon, en sa laveur, de tout le pays situé au sud tie la Loire, et Jean le lion s'engageait à payer une rant^on de trois millions déçus d'or. Le 2^ octobre, le piisonnier recou\ra sa liberté, et le 15 décembre, il était ù Paris. Mais, en i;î6, n'ayani pu acquitter sa

LE ROYAUME DE FRANCE

rançon, Jean dut retourner à Londres, où il mourut le dimanche de « Pâques fleuries » (8 avril) 1 364.

Jusqu'au 18 mars 1^51, les monnaies continuèrent à porter le nom de Philippe VI, puis, les nouveaux coins se trouvant prêts, on remplaça Philippus par Johannes. Les changements du poids et du titre des espèces monnayées étaient toujours la grande ressource du Trésor. Du mois d'août 1350 à la fin de l'année 13 $4' 1^ titre des écus d'or (de 54 au marc), qui était de 24 karats, fut successivement réduit à 20 karats 1/2, à 20, à 18, puis relevé à 24; toutes ces émissions sont reconnaissables à des points secrets. Le 1^ août 135 1, une ordonnance créa, à côté de Vécu d'or, une nouvelle pièce d'or, le denier aux Jleurs de lis, taillé à 50 au marc (fig. 1480). Il représente le roi, debout sous une arcade gothique, dans un champ semé de lis. On n'en possède qu'un seul exemplaire, car il fut démonétisé presque aussitôt à cause de la supériorité de son titre. Du 24 novembre 1 554 datent le mouton ou agnel d'or et sa moitié, Vagnelet, qui est également très rare. Le nom du roi : IOH' REX y est inscrit au-dessous de l'agneau pascal, comme sur les vieilles pièces

Fig. 1480

Fig. 1481

de même type. Le 22 août 1 358 vit paraître le royal d'or, à 66 au marc, qui se distingue du denier aux Jleurs de lis par la forme du dais, occupant tout le champ et surchargé de colonnettes et de clochetons. La croix du revers y est cantonnée de quatre lis. Il en existe deux variétés. Les exemplaires frappés jusqu'au 1$ octobre portent: Johannes dei gra. Francorum. On s'aperçut alors que le mot rex avait été oublié par le graveur (fig. 1481), et des coins nouveaux, portant Johes dei gra. Francor. rex, furent taillés en toute hâte.

De 1 359 à 1 360, le comte de Poitiers, Jean, frère du régent, fit frapper à Montpellier et à Toulouse une monnaie très populaire dans le Midi, mais qui, jusque-là, était restée étrangère à la numismatique royale. Il s'agit du florin d'or au lis, pareil à celui de Florence et portant, autour de la fleur de lis épanouie, le mot + FRANTIA. Les cahiers de délivrance nous apprennent que 255 000 exemplaires de cette pièce ont été mis en

QlJATRlèME PARTIE

circulation'. Elle a pour différent un heaume surmonté soit d'un lis, soitd'un simple point (fig. 1482),

Enfin, le 5 décembre 1 560, on créa \q franc d'or de 6j au marc et le

Fig. ^482.

Fig. 1485

grand franc d'or (inconnu) de 42 au marc. Son type est un cavalier couronné, galopant à gauche, l'épée haute, la cotte fleurdelisée (fig. 148^).

Quant aux espèces d'argent et de billon, leur nombre et leur variété sont considérables ; nous allons les passer en revue en nous aidant de l'ouvrage de M. de Saulcy ^

Le gros denier tournois est frappé pendant toute la durée du règne, mais sa taille se modifie souvent et flotte entre 60 et 120 pièces au marc.

Le 4 décembre 1 556, le dauphin autorise les généraux-maîtres à faire délivrer 6512 livres 10 sols de gros tournois, prêts depuis quelque temps déjà, mais dont un défaut de fabrication (une faiblesse de poids supérieure à la tolérance) avait fait suspendre la mise en circulation. Il leur manquait 16 pièces au marc. C'est cette mesure imprudente, quoique justifiée par les circonstances, qui provoqua à Paris le premier des soulèvements populaires qui devaient rendre Etienne Marcel, pendant près de dix-huit mois, maître de la capitale.

Nous connaissons les points secrets de presque toutes les émissions successives du gros tournois :

22 juillet 1352 : un point sous le châtel.

24 nov. 1352: le fleuron qui surmonte le châtel est accosté de deux points.

9 nov. 1353 et 8 avril 1354: châtel aux tourelles tréflées et renfermant trois petits sautoirs (X)> ^^ l'cu de trois points (fig. i484)-

17 mai 1554: Tour du châtel tréflcc et contenant trois petits sautoirs; la croix qui surmonte le châtel est placée entre deux gros points.

1. Mélanges de Nuin., t. III, 307 (article de M. de Saulcy). — Comptes rendus de la Société de ntim., 1897, p. XLi.

2, Histoire monétaire de Jean le Bon. Paris, 1880, in-4.

LE ROYAUME DE FRANCE

2.6 juillet 1356: un point placé sous le châtel, et un point de chaque côté du lis qui surmonte le châtel.

13 sept. 1356: un point dans le champ, à g. du châtel {costé dextre de la tour).

Fig. 1484

23 nov. 1356: châtel surmonté d'une croix, entre deux tourelles fleurdelisées (fig. 148s).

Gros du Languedoc frappé par le comte d'Armagnac: pseudo-châtel tournois, dont le centre est occupé par un lis couronné (fig. i486).

27 mars et 25 avril 1360: un point dans les o de iohes et de francorvm.

15 avril 1361 : châtel couronné, à trois points intérieurs.

Le type, pieusement conservé depuis un siècle, reste encore immobile, mais déjà on cherche à le transformer. Sur la variété dite Poillevillain, du nom d'un des maîtres-généraux, la croix s'allonge et coupe la légende

Fig. I

Fig 1487

interne. Un pié/orf remplace la bordure de fleurs de lis par une inscription, met au revers une croix ornée et la cantonne du nom du roi, disposé en quatre trèfles (fig. 1487).

Quant au demi-gros tournois, il est infiniment plus rare ; on n'a retrouvé que celui du i^ avril 1361, avec deux points dans l'intérieur du châtel. Sur la maille blanche du 14 mai 1351, le châtel est entouré du mot FRANCORVM et d'une bordure de onze lis (fig. 1488) ; ce fut la première modification de la pièce originale de samt Louis.

Nous arrivons aux monnaies d'argent de création nouvelle.

Lt blanc à la couronne {du 31 octobre 1354) porte à l'avers le mot

FRANC entre deux barres horizontales ; au-dessuset au dessous, le champ est occupé par une couronne entre deux lis (fig. 1489). La piçce n'eut

Tig. 1488

Fig. 1489

qu'une durée éphémère, de sept mois, et sa taille de 80 au marc s'éleva, ou plutôt s'abaissa rapidenient à 1 20. Voici ses points secrets :

24 janvier 1355 : le mot franc est précédé et suivi d'un point; la croix a un point au bout de chaque bras.

20 mars 1351: même ponctuation; de plus, à la bande supérieu-e, un point à droitede 1 a fleur de lis de droite, et à la bande inférieure un point à g. de la fleur de lis de gauche.

22 mai 1355 : quatre points dans le champ, près des lis accostant les couronnes.

Elle fut remplacée, le 11 juillet 1^55, par \e gros blanc à la queue (fig. 1490), ayantcours pour 12 deniers parisis, et ainsi nommé parce qu'il porte au revers une croix à long pied (queue) qui coupe la légende intérieure. Sur la face on voit, dans sa bordure traditionnelle de douze lis,

Fig. 1490

Fig. 1491

le châtel tournois couronné et à trois portes, entouré des mots Turonus civis. Émis à 72 au marc, puis taillé à 100 et chargé de points secrets, le gros à la queue disparut devant le gros à la couronne (rig. 1491) (mars 1^(7), autre métamorphose du gros de saint Louis, et incontestablement plus jolie. Unegrandecouronneroyale,ceintedes mots FRANCORVREX. s'y substitue au châtel, et la croix du revers est cantonnée de deux lis. La nouvelle monnaie était de 70 au marc ; elle ne subit aucune dépréciation. Néanmoins, en janvier 1 358, pour des motifs que nous ignorons, le dauphin créa une monnaie plus forte encoi-e, \c gros denier blanc à la

fleur de lis, de 60 au marc. Une fleur de lis comme celle du florin d'or, mais surmontée d'une couronnelle et ceinte d'une bordure gothique, en constitue le type (fig. 1492), très connu sous son nom populaire dç. patte d'oie ; la croix du revers est cantonnée de quatre lis. Mais les frais de la guerre contre les Anglais prirent alors des proportions telles qu'au 5 août suivant on le mit à 80 au marc [différent: un annelet de chaque côté de la fleur). En novembre 1359, il était à 120.

Fig. 1492

Fg. 1493

Après le blanc denier à trois fleurs delis (juin 1559), qui n'eut qu'une existance assez courte (fig. 1495)5 un nouveau gros blanc à la couronne, de 5 5 1/5 au marc, et très dissemblable du premier, parut le 22 août 1 358. Au lieu de FRANCO sur une seule ligne, il portait FRANCO - RV : REX sur d€ux lignes, abritées sous une grande couronne (fig, 1 49 ), et sa croix, fleurdelisée, était celle du gros à la queue. En moins de six mois, la taille de cette pièce en était arrivée à r 50 au marc ; des annelets ponctués, des points en forme de losange ou de triangle, guident le numismate à travers le dédale des émissions. Peu après, création du blanc à l'étoile, avec

lOH'S-FRA'CO-REX (en trois lignes) dans le champ, et la légenae circulaire : MONETA : DVPLEX : ALBA. Au revers, deux étoiles dans les cantons de la croix (fig. 1495)- Émise à 48 au marc (22 novembre i5$9)> il fallut trois mois à cette belle monnaie pour aller à 60, 72, 80, 100 et 125 au marc, toujours avec les changements obligatoires des points en lo-

sange, etc. Le ^o août i ;6o, on essaya d'un nouveau gros denier blanc à la couronne, de 66 au marc. Celui-ci se reconnaît facilement au mot REX < placé dans le champ sous la couronne royale (fig. 1496). Sur un autre

Fig. 1496

Fig. 1497

frappé en octobre à Poitiers, par ordonnance du maréchal de Boucicaut, il ne reste plus que la couronne seule (fig. 1497). Nous avons même le demi-gros à ce coin. La série finit par un superbe gros aux /leurs de lis (5 décembre 1360), de 54 au marc (fig. 1498). Quelques jours après, Jean le Bon revint de sa captivité, et il ne fut plus question de monnaies nouvelles.

Les pièces de petit module eurent la même instabilité de types et de

Fig. 1498

Fig. 1499

Fig. i$oo Fig. 1501

I J58, l'avers de la monnaie ne porte plus qu'un grand lis, et son revers

taille. En octobre ij^jjle double tournois apparaît avec le mot REX ] sous une grande couronne (fig. 1499); deux ans après, la couronne est ! supprimée, et les lettres REX se trouvent entre six fleurs de lis, disposées sur deux rangs, les pieds tournés vers l'inscription (fig. 1 500). En janvier j

LE ROYAUME DE FRANCE

une croix à long pied (fig. 1501), qui finit par loger quatre autres lis dans ses cantons.

Le denier tournois conserve son vieux châtel fortifié (fig. i $02 et i 503),

Fig. 1502

Fig. 1)05

sans lequel il ne serait pas reçu dans les campagnes. La monnaie parisis aussi est d'abord frappée à l'ancien type, avec FRANCORVet FRA - NCO sur deux lignes ; à partir de janvier 1359, le denier n'a plus que FRA (fig- 1 504). Les mailles tournois et parisis nous sont inconnues; on ne les trouve que dans l'ouvrage de Leblanc.

Fig. 1504

La dernière pièce que nous devons citer est le double bourgeois (fig.

1 505), courant pour 2 deniers tournois, et que le comte d'Armagnac fit

frapper pour les pays de la langue d'oc. Son type est celui des bourgeois

forts de Philippe le Bel (1310); il compte parmi les raretés de la série

monétaire de Jean.

Les ateliers du règne de Jean sont, dans l'ordre alphabétique : Agen, Angers, Bourges, Chalon-sur-Saône, Chaumont, Dijon, Figeac, Limoges, Loches, Mâcon, Montpellier, Paris, Poitiers, La Rochelle, Rouen, Saint- Laurent (près de Chalon), Saint-Lô, Saint-Pourçain (Allier), Saint- Quentin, Toulouse, Tournai, Tours, Troyes, Le Vigan {Gard). Mais plusieurs d'entre eux n'ont monnayé que temporairement.

§ X. — Charles V (1364-1380).

A côté des monnaies de Jean le Bon, la numismatique de Charles V est presque insignifiante ; mais la taille et le titre des pièces, à part quel-

ques fluctuations passagères, se sont maintenus, sous ce règne, sur un pied excellent. Le royal (ou réal) d'or, pareil à celui de Jean, n'est encore connu que par son piéfort; mais \q franc-à-pied, appelé denier d'or auxjleurs de lis, parce que le dais gothique y est placé dans un champ semé de lis, se trouve en grand nombre. Ces deux pièces se ressemblent d'ailleurs, et si la croix du re'al est cantonnée de quatre lis, les cantons du franc à pied ont deux lis et deux couronnes. Sur \e franc à cheval, >( également pareil à celui de Jean, de petits dauphins sont apposés au I commencement des légendes, ce qui le fait rentrer dans la série delphitiale. En argent fin, on n'a frappé qu'une seule espèce, le vieux gros tournois, avec son châtel surmonté d'une couronne. Le denier blanc aux j Jîeurs de lis ('fig. 1 506), plus connu sous le nom de blanc de donne ', porte 1 un K couronné et accosté de deux lis. Créé en 1 365, ' en même temps que \e franc à pied, il ne disparaîtra qu'en 1 384. Quant à la monnaie d'appoint, elle ne sort pas de ses types usuels.

Depuis 1 349, Charles V avait le titre de Dauphin j de Viennois et les ateliers du Dauphiné frappaient j monnaie à son nom. Bientôt, après la mort de Jean, ^'g- ^>°^ le monnayage delphinal prit une extension consi- (

dérable et la variété de ses espèces fut même supé- j rieure à celle des pièces françaises. Le florin d'or ds gros poids, avec KA • FRANC • REX ■ DLPH • VI manque toujours à nos collections. Un franc à cheval, presque identique à celui que nous venons de citer 1 dans la série royale, portait la légende : KAROLVS : FRANC : REX : DALPS:VIENN (Hoffmann, n. 5). Lui aussi nous manque, avec le réal d'or au type du roi assis entre deux dauphins.

Les pièces d'argent, la cadière et le carlin, reproduisent précisément ; ce type, qui est celui des monnaies locales du Viennois au temps de Guigues VIII et d'Humbert. Deux dauphins ornent le siège du prince assis de face et tenant le sceptre. Au revers de la cadière, copié sur le gros tournois, le titre DALPHS. VENENS forme la légende intérieure ; sur le carlin, les mots K • DALPH • VIENES entourent l'cnigie du roi, et j les mots FRANCORVM R-EX sont coupés par la croix du revers, dont les cantons renferment quatre fleups de lis. Une autre imitation du gros tournois est le gros delphinal, également à « deux rondeaux d'écriture », 1 et où le châtel a cédé la place à un dauphin. Le dauphin est aussi le type principal de la monnaie d'appoint, excepté sur une pièce où les lettres KROL. dans le champ, sont accostées d'un dauphin et d'une couronne. '

I. Fausse lecture de Delombardy. Voir F. de Saulcy. Documents, t. I, 480.

LE ROYAUME DE FRANCE

Bien des variétés décrites dans les manuscrits contemporains restent à retrouver.

A la liste des ateliers, il faut ajouter Condom et Saint-André-lès-Avignon (i^6y). La Monnaie de Tours fut réorganisée en 1^65. Plusieurs Jrancs à pied, et aussi un denier blanc au K couronné, portent une lettre isolée, plus petite, L, P ou R ; ils doivent avoir été frappés à Limoges, à Poitiers et à La Rochelle (i 572), villes reconquises sur les Anglais. En 1^6;, Limoges était encore un des ateliers du Prince noir; Poitiers appartenait à Edouard III depuis le traité de Brétigny (i?6o) jusqu'en 1371. En effet, ces petites lettres sont caractéristiques des monnaies anglaises d'Aquitaine.

§ XL — Charles VI (1380-1422).

Pendant sa minorité, Charles VI était placé sous la tutelle de son oncle, le duc d'Anjou. Marié en 1385 à Isabeau de Bavière, dont il eut douze enfants, il marchait contre le duc de Bretagne, lorsqu'il fut pris subitement d'un accès de folie (i 592). Les trente années qui suivirent cet accident comptent parmi les plus malheureuses de l'histoire de France, le roi ne recouvrant la raison qu'à de courts intervalles. Néanmoins, le règne de Charles VI fait époque dans la numismatique (Hoffmann, p. 47). Son écu d'or est devenu le type de la principale monnaie de l'Etat jusqu'à Louis XIV ; le gros tournois perd, dès cette époque, définitivement son chàtel; la vieille légende benedictiun sit, etc. s'efface devant une formule plus courte, sit nomen domini benedictum, qui ne sera abrogée que par la Révolution. Enfin, les points secrets des ateliers rcmonicnt à Charles VI, et la série des monnaies Iranco-italicnnes commence avec lui.

Parmi les pièces d'or, Wif^ncl seul conserve son type traditionnel. L'ccii d'ur. créé on 1 ^84. csi dune belle simplicité dig.

I s 117) ; le iicauiuc et son

demi. 11' petit hcauiuct dig. 1508), sont absolument nouveaux dans la Irappc rovnic: la chaise (lig. 1^09) diffère beaucoup de celles de Philippe 1\'. Philippe \' I cl .lean le X^^on. Appelée double <y'or dans les lexies. elle lui connnandée par le Dauphin, en 1420, mais sa fabrication

ne dura que six mois, ce qui explique sa rareté. Quant au salut d'or (fig. I J lo), qui représente la salutation angélique avec le mot AVE inscrit

Fig. 1508

Fig. 1509

sur une banderole et, au revers, la croix « hospitalière » dans une bordure d'arcs de cercle, il a été copié par les rois franco-anglais. Si la demi-chaise n'existe qu'en un seul exemplaire, le demi-écu et le demisalut ne sont connus que par un manuscrit du xvi^ siècle.

Dans la série d'argent et de billon, il y a une jolie pièce nouvelle, le gros heaume (fig. 1 5 1 1), avec sa croix ornée de pommes de pin. Le gros

Fig. 15 10

Fig. 1511

tournois, créé en 141 5, porte la légende grosus (sic) turonus autour de trois fleurs delissousunecouronne; \q demi-gros porte SEMI : GROSSVS au revers. Ces fleurs de lis sont le type favori de l'époque ; nous les retrouvons sur \aJiorette de 1417 (fig. 1 5 1 2) et ailleurs, tantôt trois, tantôt deux ou une seule, avec ou sans la couronne. Un petit paris is a les lettres FRAN sous une couronne.

Charles VI était en même temps roi de France et Dauphin de Viennois. Ses monnaies delphinales sont d'une fatigante monotonie. En dehors de la cadière d'argent, où le prince est assis entre deux dauphins, tous les types sont français, et la simple substitution d'un dauphin à un lis ou à l'une des couronnelles de la croix suffit pour les rendre viennois. On a le guenar (fig. 1 5 1 ^) et le gros blanc avec leurs demis, le liard à la croix longue, puis plusieurs autres espèces de valeur moindre.

Pour distinguer entre eux les produits des vingt ateliers monétaires du royaume, on se servait de points secrets ou, depuis 1411, d'annelets

LE ROYAUME DE FRANCE

placés sous une lettre déterminée de la légende. Ce système avait pris naissance en Dauphiné ; voilà pourquoi les noms des trois officines del-

Fig. ISI2

Fig. 1513

phinales figurent en tête de la liste suivante, dressée d'après l'ordonnance du 1 1 septembre 1 589 .

Lettre i Crémieux.

2 Romans ' .

3 Mirahel-aux-Baronnies, transféré à Embrun (1406), puis à Montélimar

(1426). Tous les ans, pendant cinq semaines, un atelier temporaire fonctionnait à la foire de Briançon (1406-17).

4 Montpellier.

5 Toulouse.

6 Tours.

7 Angers.

8 Poitiers.

9 La Rochelle.

10 Limoges.

1 1 Saint-Pourçain .

12 Mdcon, transféré temporairement à Lyon (141 5).

13 Dijon.

14 Troyes 2.

15 Rouen.

16 Tournai (17e lettre, pendant quelques mois, en 1421).

17 Saint-Quentin (àt 1 384-1465 avec une molette d'éperon').

18 Paris.

19 Saint-Lô.

20 Saint-André de Villeneuve-les- Avignon ,

Sainte- Menehould {i}^2): points remplacés par des croisettes. Marvejols (14 18): X entre les deux premiers mots des légendes.

A côté des ateliers qui relevaient directement du roi ou de la régente Isabeau de Bavière (141 7), ceux de Dijon, Mâcon, Châlons et Troyes

1. Variantes indiquées par R. Vallentin, Différents de la Monnaie de Romans, 1389- 1556 (Valence, 1894).

2. 1399: un point entre v et i de vincit, un autre entre v et s de Karolus. — 141 1- 141 3 : un point sous le c de gracia et sous I'e de régnât.

monnayaient, au nom de Charles VI, par ordre du duc de Bourgogne, le roi d'Angleterre tenait la Normandie, et le Dauphin (Charles Vil), retiré à Bourges depuis 1418, avait, le 12 octobre 1419, desoliicines dans une vingtaine de villes. Nous n'en connaissons que très imparfaitement les différents monétaires :

Bourges.

Chinon .

Figeac ou Four as.

Fontenayk-Comie (1420- 1450).

Gui se.

Loches.

trèfle

Lyon.

coquille

Mont-Saint-Michel (?).

Montferrand .

Niort.

Orléans.

Parthenay.

Sauniur (non pas Sens), 1 420-29

En I ^96, la République de Gènes, déchirée par les factions des Guelfes et des Gibelins, se mit sous le protectorat de la France et fut administrée par un délégué du roi, d'abord par Walerand de Luxembourg, comte de Lignv, plus tard par le maréchal de Boucicaut. Cela dura jusqu'en 1409 et finit par le massacre de la garnison française. Les monnaies franco-génoises de Charles VI ont, toutes, les armes parlantes de la ville, une porte [ianua), entourée de la légende Conradus lex Romanorum en souvenir du roi Conrad qui avait accordé à la cité le droit de fabriquer elle-même son numéraire. On possède le ducat d'or (fig. 1514), le tiers de ducat en deux variétés, le gros et la patacchina d'argent valant 6

l"ig- 1515

deniers (fig. 1 5 1 5)5 P"is quelques deniers en billon. Parfois les armes de France y sont combinées avec celles do (îcnes dans un même écusson. Le roi s'appelle: K • REX • FRANCOR ■ D(ominus) lANVAE. i-es lettres monétaires qui se trouvent sur quelques-unes de ces pièces sont les initiales des noms des maîtres d'atelier. Une série analogue, moins l'or, a été frappée à Savone, qui appartenait alors à la République de Gènes.

LE ROYAUME DE FRANCE

Ce sont des billons à l'aigle couronnée : patacchina, deniers et petits deniers (COMVNIS SAONE).

§ XII. — Henri V d'Angleterre (141 5-1422).

Henri V, roi d'Angleterre depuis 141 5, fut appelé en France par son allié, le duc de Bourgogne, et gagna la bataille d'Azincourt (141 5). Quatre ans après, il avait fait la conquête de toute la Normandie. Par la paix de Troyes (1420), il devint régent et héritier de la couronne, au détriment du Dauphin, mais bientôt la mort le surprit au château de Vincennes (22 août 1422), deux mois avant la mort de Charles VI.

Sa numismatique se divise nettement en deux périodes, séparées par le traité de 1420 et son mariage avec Catherine, fille d'Isabeau de Bavière. Ses monnaies sont copiées sur les espèces françaises. Aussi bien sous Henri V que sous Henri VI, les types franco-anglais sont surtout héraldiques, et le gros tournois reste à l'écart.

La première ordonnance monétaire du roi (15 septembre 1419) nous apprend qu'à cette date, àtsgros, frappés à son nom , étaient déjà en circulation. Elle décrète l'émission simultanée de petits moutons d'or, de gros, demis et quarts de gros, puis de doubles et deniers tournois. Quelques rares exemplaires du mouton sont venus jusqu'à nous ; ils portent les sigles HF-RX sous l'agneau pascal. Le gros, dit Jlorette, est pareil à celui de Charles VI (trois lis sous une couronne), le demi-gros et le quart (unique) ont l'écu aux trois lis. Au revers de ces trois pièces d'argent fin, la croix est cantonnée du léopard anglais, de lis et de couronnelles, et une // gothique se voit au centre de la croix du quart de gros. Une variété du gros est celle, d'aspect plus anglais, où deux léopards soutiennent une couronne abritant les trois lis de France (fig. 15 161.

Des billons de cette première période: doubles tournois (ou mansois) à trois lis, deniers tournois à deux lis, n'ont pas été retrouvés. Mais un denier au léopard et aux légendes llenricus rex, Turonus civis appartient certainement à cette même série.

Sur les monnaies de la seconde période, Henri V prend le titre d'Héritier de France, hères Francie. tandis que ses pièces anglaises continuent à l'appeler roi de France. On en connaît quatre : le salut d'or, le III. 62

Fig. 15 16

QUATRlfiME PARTIE

gros aux deux léopards soutenant la couronne, un autre ^ro5, où le léopard, entouré de lis, est surmonté d'une couronne, et un double tournois dont le type (léopard sous un lis) exprime plus simplement la même idée. Le salut représente 1 ecu écartelé de France-Angleterre entre la Vierge et l'ange Gabriel qui lui montre le mot AVE tracé sur une banderole et éclairé par le soleil. Au revers, dans une bordure fleuronnée, une croix à long pied est accostée d'un lis et d'un léopard, et, sous le pied de la croix, on dislingue 1'// minuscule qui est l'initiale du nom royal. Les monnaies d'argent de cette époque portent, sans exception, la même /r au centre de la croix. Henri V ne monnayait qu'en Normandie: à Caen, à Rouen {marque secrète : annelet sous la première lettre) et à Saint-Lô (annelet sous la seconde lettre).

§ Xin. — Henri VI d'Angleterre (1422-1461).

A la mort de son père, Henri VI était âgé de quelques mois seulement : proclamé roi de France après le décès de Charles VI, il fut placé sous la tutelle du duc de Bedford qui prit le titre de « Monseigneur le gouverneur et régent le royaume de France ». Le mariage d'Henri avec Marguerite d'Anjou, fille du comte René de Provence, eut lieu en 1445 ; mais à cette date, le prestige des armes anglaises avait déjà diminué considérablement. Paris appartenait aux Français depuis 1456, Rouen et la Normandie furent repiis en 1448 et 1449, la Guienne en 1455.

Toutes les provinces au nord de la Loire, et même la Bourgogne, ont frappé monnaie sous la régence du duc de Bedford. La première pièce de billon ordonnée est \e grand blanc aux écus (fig. 1 5 17) qui porte deux fois le mot HËRICVS dans le champ : à l'avers au-dessus des écus juxtaposés de France et France-Angleterre, au revers sous une croix pareille

Fig. 1517

Fig. 15 18

à celle du salut d'or. Le roi y est appelé Francorum et Anglie rex. Le salut d'or (C]^. 1 jiB) fut maintenu avec cette modification que la bande-

LE ROYAUME DE FRANCE

rolc, portant le mot AVE, ne s'y développe plus en ligne horizontale, mais en ligne verticale.

On a ensuite le petit blanc aux écus accolés (fig. 1 5 19), où la croix du revers est flanquée, non plus d'un lis et d'un léopard, mais des lettres HR; le tresin (de 3 deniers), où les écus accolés sont coifles d'une couronne (légende: TVRONVS : TRIPLEX: FRANC); ie denier tournois (fig. Il 20) portant sur une même ligne la fleur de lis et le léopard

Fig. 1520

(TVRONVS FRANCIE); la7na///e/owrno/5e(fig. 1 521) au léopard sous une croix pattée et au lis sous une croix pattée (OBOLVS CIVIS)- On a aussi deux types différents du jt7ef/^j[?ar/s/5 (PARISIVS CIVIS) avec HËRI sous une couronne,

La seule pièce vraiment nouvelle du règne est V angelot d'or de 1427

Fig. 1521 Fig. 15:2

(fig. 1522), bien que son revers ne soit qu'une simplification de ceux du salut et du grand blanc. Nous en connaissons une variante, un piéfort de bas argent, ayant servi d'essai, qui porte la croix habituelle des pièces d'or françaises et la légende Jîat pax in virtute tua.

Voici la liste des ateliers d'Henri VI, avec leurs différents monétaires :

Amiens agneau pascal au pennon.

Arras. ....... losange.

Auxerre fer de moulin.

Châlons-siir -Marne . . croissant.

Dijon véronique (saint suaire).

Mdcon trèfle.

Le Mans racine (armes du duc de Bcdford).

Nevers étoile.

980 Q.UATRIÈME PARTIE

Paris couronnelle.

Saint-Lâ fleur de lis.

Saint-Quentin molette d'éperon.

Rouen léopard.

Troyes rosette.

Les pièces frappées à Calais sont toutes au type anglais. Nous en possédons la série complète, argentetbillon : \q gros de4esterlins (fig. 1523), le demi-gros, le denier ou esterlin, la maille (1/2 esterlin) et le quart.

On y lit régulièrement VILLA CALISIE. Quant au noble d'or k la légende DNS ■ HIR • CA, son attribution à Calais est douteuse.

§ XIV. — Charles VII (1422-146 1).

Exclu de la succession par le traite de Troyes (1420), Charles VII n'était obéi, à la mort de son père, que de l'autre côté de la Loire. Son royaume allait de la Touraine au Languedoc. Il soutenait mollement et sans succès la lutte contre les Anglais, lorsque la fortune lui revint avec les victoires de Jeanne d'Arc (1429); mais il fallut un quart de siècle pour reconquérir progressivement Paris (1457)» Rouen (1448), Bordeau.x (1451) et le duché de Guiennc (1453). Calais seul dut rester entre les mains de l'ennemi.

Les monnaies d'or de Charles VII sont au nombre de quatre :

1. Vagnel. C'est le dernier qu'on ait frappé en France; il se distingue difficilement de celui de Charles VL

2. Vécu à lu couroiiue, dont il existe plusieurs variétés. L'écusson est toujours accosté, soit de deux couroiiiielles, soit de deux lis couronnés (janvier 14^$ ^"C. style- 144")), soit d'une couronuelle et d'un lis. Le second type porte, au commencement des légendes, tantôt une croisette, tantôt une couronnelle. Ordinairement, les cantons de la croix du revers renferment quatre couronnelles, mais sur les exemplaires frappés par ordre du duc de Bourgogne, deux d'entre elles sont remplacées par des briquets. Au revers du troisième type, il n'y a pas de bordure; une seule couronnelle occupe le centre de la croix, qui est cantonnée de quatre fleurs de lis atuchées.

LE ROYAUME DE FRANCE

Sur le demi-écu, aucun symbole n'accoste l'écusson, et une simple croix, sans cantonnement, est inscrite dans un champ sans bordure.

3. Le royal d'or (1429-143 5). Type: le roi en grand costume, debout et de face, tenant le sceptre et la main de justice. Champ semé de fleurs de lis (fig. 1524).

4. Le franc-à-chei'al, dont on ne possède qu'un seul exemplaire. Cavalier galopant à gauche. Revers : croix cantonnée de deux k.

La chaise d'or, frappée à Tournai, de 1422 à 14^3» f'^st pas retrouvée.

Fig. 1524

Fig. 1525

Dans la série d'argent etdebillon,lesfleursdelis jouent un rôle prépondérant, mais quelques très belles pièces attirent le regard par l'originalité du dessin ou leur intérêt historique. Ainsi le gros aux rondeaux (fig. 1 525) et cet autre où l'écu de France se détache sur un trèfle orné de trois couronnelles(fig. 1 5 26).Holïmann a eu raison d'enlever une partie de ces gros à Charles VIII et de les restituer à Charles VII, car il en existe une variété dont les légendes commencent par des briquets, et sur beaucoup d'exemplaires, deux briquets se substituent à deux des couronnelles de l'avers. Ces monnaies {gros et demi-gros] ont été émises par le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, après sa réconciliation avec le roi.

La. plaque de Tournai et la demi-plaque portent une croix coupant la légende et dont les cantons renferment les lettres FRAC, rappelant le FLAD des gros flam.ands du même Philippe le Bon. Fabriquées de 1427 à 1441, elles devaient faciliter les relations commerciales entre la Flandre

Fig. 1526

Fig. 1527

et les provinces frontières. La. Jlorette {1426-1451) est copiée sur celles

de Charles VI et de la régence.

La jolie suite des grands blancs et petits blancs au K couronné entre deux lis (fig. 1 527) fut créée en 1432 et destinée à la solde des francs-archers ; de là, leur nom populaire de « gros des gens d'armes ». Il y en a de deux sortes : les uns portent une croix non cantonnée, les autres, frappés à Bourges sous la maîtrise de Jacques Cœur (1435), ont dans leurs cantons les symboles accoutumés, dont le nombre variait selon la valeur de la pièce. Sur la monnaie tournois on lit invariablement :

TVRONVS FRACIE.

En dehors des ateliers dont nous avons donné la liste, les documents de l'époque citent ceux de Mouzon (1418-1430), du Puy-en-Velay (1420- 1423) et de Riom (1422-1423). Un des maîtres de la Monnaie d'Angers remplace temporairement la marque secrète, un point sous la septième lettre, par un cœur.

Charles VII était Dauphin de Viennois depuis la mort de son frère Jean (1416). Ses monnaies delphinales postérieures à la mort de son père lui donnent les deux titres de Rex et de Dalphinus. Leurs types restent stationnaires : armes écartelées ou un dauphin seul, tantôt dans l'écusson à bordure gothique, tantôt dans le champ, et presque toujours accompagné d'un lis ou d'une petite couronne.

La République de Gènes s'étant de nouveau donnée à la France (1458), le roi, à la sollicitation du doge Pierre Fregoso, en confia le gouvernement à Jean, duc de Lorraine, qui fut expulsé trois ans après (1461). Le ducat d'or frappé pendant l'occupation française, de même que \q gros d'argent et les petits deniers au type du portail génois et de la fleur de lis, ressemblent à ceux de Charles VI. Mais sur un ducat d'or de la colonie génoise de Chio, on voit le roi de France agenouillé et recevant des mains de saint Laurent une bannière. Les lettres CLI [Carolus liberator] y sont gravées le long de la hampe.

11 n'existe pas de pièce de Savone émise au nom de Charles VII.

§ XV. — Louis XI (1461-1483).

Dans une grande partie des provinces qui composent la France actuelle, le monnayage change de fond en comble sous le règne de Louis XI. Après l'annexion du Dauphiné (1461), la Normandie (1466) et la Guicnne (1472) font retour à la couronne, et à la mort de Charles le Téméraire (1477), la Bourgogne, la Picardie et l'Artois sont incorporés à la France. Louis XI vise déjà à la simplification du système monétaire. Il n'a qu'une seule pièce d'or : Vécu à la couronne ou au soleil, carVangclot, dont on ne possède plus que le demi [iv^. 1 J28), n'était

LE ROYAUME DE FRAXCE

qu'une espèce de médaille commémorative de l'institution, faite au château d'Amboise, de l'Ordre de Saint-Michel (1 août 1469). Sur Vécu et le demi-écu au soleil, les armes de France sont timbrées d'un petit soleil; sur Vécu à la couronne, les mêmes armes sont accostées de deux fleurs de lis, et la croix du revers est cantonnée de quatre couronnelles.

Une belle pièce d'argent, aux trois lis sous la couronne royale, est appelée gros de roi. Dans le billon, Fig- 1528

nous retrouvons la couronne et le

soleil comme signes distinctifs. On a aussi le grand blanc delphinal au soleil. La monnaie d'appoint reste fidèle à la tradition et le hardi de Guienne, au type du prince à mi-corps, devient une espèce française, probablement par nécessité, les paysans de la Guienne ne connaissant que les types anglais.

L'an 1467, le maître de l'atelier de Montpellier, Philippe de Vaulx, met sur ses coins une fleur de souci, son emblème personnel ; celui d'Angers remplace le point sous la septième lettre par un croissant. Leur exemple sera suivi par d'autres et bientôt deviendra la règle jusqu'à la fin du règne de François l.

Beaucoup de monnaies de Louis XI — or, argent et billon — portent au centre de la croix la lettre p.- Elles sont frappées à Perpignan '. L'an 1462, le roi acquit sous la réserve du rachat, de Jean II d'Aragon, le Roussillon et la Cerdagne. Dix ans après, Jean reprit Perpignan par la force des armes, mais dès 1476, le pays tout entier était reconquis par les Français et resta sous l'autorité du roi de France jusqu'en 1493. Les documents écrits nous apprennent que l'atelier de Perpignan monnayait pour Louis XI depuis 1464.

Nous avons son écu d'or, son gros d'argent, son blanc au soleil, le petit blanc, le hardi au dauphin et plusieurs autres espèces de valeur inférieure.

Jusqu'à la révolte de 1464, Gênes et Savone appartenaient ^'s- '>^'

à la France. On ne connaît pas

de pièce franco-génoise de cette époque; mais quelques rares monnaies de Savone, telles que iQgros d'argent (fig. 1 529), le triple denier et le petit

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