‹ Traité de numismatique du moyen âge (volume 5)Chapitre 11 sur 85 · II · texte numérisé non relu

II

ments d'Éléonore et de Louis, ni les deux premières années du règne d'Henri (1152-1169). Toutes les pièces de ce prince portent son titre royal. Leur type est la continuation de la dernière empreinte de Louis. Richard Cœur de Lion (i 169-1 199) conserva sur ses JdwzVrj et ses oboles un dispositif analogue, mais son nom est placé dans le champ, tandis que celui du duché, + AGVITANIE, entoure la croix. Richard ne prend sur ses pièces ni le titre de roi, ni celui de duc. En 11 86, il donna à Téglise de Saint-André de Bordeaux le tiers des émoluments de la monnaie de cette ville.

Après la mort de Richard, Éléonore d'Aquitaine se ressaisit du duché, et elle en conserva le gouvernement jusqu'à la fin de ses jours (31 mars 1204); on sait qu'elle confirma à Saint-André de Bordeaux le privilège dont il vient d'être question.

On ne possède aucune monnaie ni de Jean sans Terre (1204- 12 16), ni d'Henri III (12 16-1272). Duby assure cependant qu'en 1228 ce prince ordonna à son sénéchal de Gascogne de firapper sa monnaie à Langon et à la Réole au même poids et à la même loi que la monnaie tournois. Le type de ses deniers serait un léopard. Du vivant d'Henri III, Edouard I obtint h souveraineté de l'Aqui- '°' ' taine. Ses deniers et ses oboles portent un léopard tourné

à gauche (fig. 788), et leurs légendes indiquent la filiation du duc : + 6DVVARD' FILI— + b-REG^IS ÀNGLIE.

Il est impossible de distinguer les pièces firappées par Edouard I après son avènement au trône d'Angleterre (1272-1307), de celles que fi-appa EdouardII(i307-i327), et même des premières émissions d'Edouard III. Le type se compose toujours d'un léopard, soit isolé dans le champ, soit placé au-dessus de la légende AGL'E en deux lignes. Sur les pièces les plus récentes les ateUers, devenus de plus en plus nombreux, sont mentionnés d'une manière expHcite, comme BVRD, Bordeaux, ou par une simple initiale, G, L, comme Guiche' ou Lectoure.

§ XLin. — Évéché d'Agen,

La monnaie des évêques d'Agen, dite arnaldaise, sans doute de Tévêque Arnaud de Boville (1040) qui la fit frapper le premier, est firéquemment mentionnée dans les chartes. On sait qu'un duc d'Aquitaine, probable-

I. H. Heulz, Restitution à Guiche des monnaies attribuées à Guessin, dans V Annuaire de la Soc. franc, de numism. 1867, p. 296.

ment Guillaume VIII, confirma à Tévèque Simon II (io83-iioi)le droit de battre monnaie, qui était déjà un don de son frère.

Jusqu'à ces dernières, années, les monnaies épiscopales agenaises étaient restées introuvables, lorsque M. le D"" Gally découvrit à Périgueux une o^o/^ ou /)zV^ du xii^ siècle dont voici la description : + oA EPIS- COPVS. Quatre croisettes pattées posées en croix, alternant avec cinq étoiles à six rais. H + oAGENENSIS. Croix pattée.

Il résulte de divers traités que les évêques d'Agen s'engagèrent à maintes reprises envers leurs -sujets à ne modifier ni le titre, ni la taille, ni le type des pièces arnaldaises. Les coins d'Arnaud de Boville furent donc immobilisés; mais il reste à retrouver les émissions contemporaines de son épiscopat.

§ XLIV. Comté de Fé:(en:iac.

Le comté de Fézenzac, dont la capitale était Auch, posséda sa monnaie particulière dès le milieu du xi*^ siècle. Il existe des deniers d'Astanove I (1032-1050) portant dans le champ l'alpha et l'oméga et ayant pour légende -f ASTA NOVA — + AVSCIO CIV.

Le successeur de ce comte, Aimeri II (1050-1097?) continua le monnayage et mit sur ses deniers un type que nous retrouverons à Toulouse, les lettres SOV disposées en triangle (fig. 789). Les pièces d'Aimeri portent comme celles d'Astanove l'indication de l'atelier d'Auch.

§ XLV. — Vicomte de Lomagne.

Les vicomtes de Lomagne ou de Lectoure s'éteignirent au xiii^ siècle en la personne de PhiHppe, fille unique d'Arnaud-Othon, qui épousa en 1280 Hélie Talleyrand VIII, comte de Périgord. Celui-ci céda en 1301 la vicomte de Lomagne à Philippe le Bel, qui à son tour la donna en 1305 à Arnaud Garcie de Goth, frère du pape Clément V. Régine de Goth, nièce de ce pontife, ayant épousé en 13 11 Jean I, comte d'Armagnac, lui légua le Lomagne, qu'il transmit à ses descendants.

Duby a publié des deniers d'Hélie Talleyrand (1280-1301) et de Jean d'Armagnac (1319-1373), qui ne sont pas connus en nature

aujourd'hui. Il est difficile de dire si les dessins de cet auteur sont exacts; dans tous les cas, nous ne pouvons noter les monnaies de la vicomte de Lomagne qu'à titre de rappel.

§ XL VI. — Evêché de Lectoure.

La ville de Lectoure était divisée au moyen âge entre trois pouvoirs, les évêques, les rois et les vicomtes de Lomagne. Nous venons de dire ce que Ton sait des monnaies de ces derniers. M. Caron a publié le premier les espèces battues par les évêques.

Ces monnaies sont anonymes. Le denier le plus ancien semble appartenir au XI"" siècle. Son type se compose d'un A, d'un annelet et d'une croisette, rangés en triangle dans le champ. Les légendes sont + SANCTI GINo et IIIOTIELITOR. Saint Génie était à Lectoure l'objet d'une vénération particulière.

Les deniers et les oboles d'émission plus récente portent, + LECTO- RAM — CIVITAS EPI, et quatre croisettes dans le champ du droit. C'est une dégénérescence d'un type d'Eudes.

§ XL VIL — ' Vicomte de Béarn.

La vicomte de Béarn, qui faisait primitivement partie du duché de Gascogne, appartint depuis le ix^ siècle jusqu'à la fin du xiii* à une même maison souveraine, dont presque tous les membres portent le nom de CentuUe ou de Gaston.

Le monnayage paraît avoir commencé au temps de Centulle IV (105 8-1088) par l'émission de deniers et d'oboles portant à l'avers le mot PAX disposé dans le champ. Les légendes sont CENTVLLO COMES et ONOR FORÇAS. Cette dernière inscription a exercé la sagacité des numismates ; oîior signifierait droit honorifique, ou domaine, et forças ou forquia serait, suivant M. de Barthélémy, un synonyme de palatium ou de castellum. L'historien du Béarn, M. Bascle de Lagrèze, auquel on doit une monographie numismatique de ce pays^, a rappelé que le château de Morlaas où se trouvaient les atehers de Centulle ^ portait le nom de la hourquie.

1 . Essai sur V histoire monétaire du Béarn, dans les Mém. de VAcad. des sciences de Toulouse, 18) 5.

2. En 1077, Centulle IV donna au prieur de Sainte-Foy de Morlaas la dîme de ses profils nionctaiies. Cette donation fut confirmée par Gaston V (1153-1170). Une

La monnaie morlane dut à la bonté de son titre d'être prise en faveur par le commerce du Midi. Les successeurs de CentuUe IV conservèrent fidèlement ses coins jusqu'au milieu du xiii^ siècle, sans y apporter la moindre modification. Nous ne reproduirons donc pas la chronologie des vicomtes de Béarn, qui ne présente aucun intérêt pour les numismates. Bornons-nous à rappeler qu'en 1290 la vicomte passa dans la maison de Foix par le mariage de Marguerite, fille de Gaston VII, avec Roger Bernard.

§ XLVIII. — Comté de Barcelone^.

Le comté héréditaire de Barcelone fut constitué sous Charles le Chauve en faveur de Wifred I, en 864. Divers territoires, qui en furent successivement détachés pour passera des branches cadettes de la maison comtale, formèrent les comtés d'Urgel, d'Ampurias, de Cerdagne, de Bésalu et de Roussillon. En 113 1, Raymond Bérenger IV devint roi d'Aragon

Fig. 790

Fig. 791

par son mariage avec Pétronille, héritière de ce royaume. Le comté de Barcelone resta sous la suzeraineté de la France jusqu'au traité passé le 1 1 mai 1258 à Corbeil entre Jacques I roi d'Aragon et Louis IX.

La chronologie des comtes de Barcelone présente encore de nombreuses incertitudes ; nous donnons ici le tableau généalogique de leur maison en nous aidant principalement des Stammtafeln de Grote, dont les dates ne concordent pas toujours avec celles adoptées par M. Heiss :

sentence contemporaine de ce même Gaston V nous apprend que le monnayeur Giraud. auquel appartenait le privilège héréditaire de fabriquer les coins béarnais, avait été inquiété par le vicomte ; Géraud gagna sa cause par le jugement du fer et obtint des lettres de confirmation en donnant cent sols et le dixième de ses émoluments à Sainte- Foy. — Cf. L. Cadier, CartuJaivc de MorJaas, 1884, p. 35.

I . Voyez sur les monnaies des comtes de Barcelone et des autres fiefs situés en Catalogne : Heiss, Dcscripcion gênerai de las moncdas hispano-cristianas'. Madrid, 1867, t. II.

Wifrcd I le Velu, mort en 907

Wifred II, mort en 914

Miron

comte d'Urgel,

mort en 929

Suniaire,

mort en 967

Suniaire comte d'Urgel

Borrel,

mort en 993

Raymond Borrel,

mort en 1017

Bérenger Raymond I,

mort en 1035

Raymond Bérenger I,

mort en 1076

Bérenger Raymondll, Raymond Bcrengerll, mort en 1092 mort en 1082

Raymond Bérenger III,

ép. Douce, comtesse

héritière de Provence,

en 1 1 1 2

Raymond Bérenger IV,

ép. Pétronille, héritière d'Aragon

Les premières émissions monétaires des comtes de Barcelone sont des immobilisations carolingiennes. A l'avers des deniers et des oboJes figure une sorte de temple à coupole avec le nom de lieu, 4- BARCINONA, souvent placé à rebours. Du côté de la croix, le nom royal, + CARLVS REX, sert de garantie à la bonne qualité des espèces.

Jusqu'à quelle époque ce type fut-il employé ? il est diflicile de le dire, car la numismatique catalane a énormément à attendre des découvertes futures. On peut toutefois aflirmer qu'il dura au moins jusqu'à la fin du x"-' siècle. Certains exemplaires sont d'une barbarie extrême et d'un métal très altéré (lîg. 790).

Au xi"^^ siècle, Raymond Bérenger I réorganisa lé monnayage. Ses deniers d'argent, tout languedociens d'allure, portent trois annelets dans le champ; les légendes sont RAIMS, abréviation de Raymundiis, et BAFiCAN, pour Barcanona (lig. 791). Pour les besoins des relations avec le monde arabe, Raymond Jk'renger I frappa de curieuses monnaies d'or qu'il signe en toutes lettres : RAIMVNDVS COMES. Les inscriptions

coufiques sont simulées et ne présentent aucun sens (fig. 792). Suivant une remarque sagace d'A. de Longpérier, ces pièces d'or sont copiées des dinars qu'Yahia, roi de Malaga, flibriquait en 1023 ou 1024. Le monnayage des pièces d'or ou mancus du comte Raymond Bérenger I est fréquemment mentionné dans des chartes contemporaines de son règne : « Mancusos ■ auri fini monete Barchinone » ^

Il est probable qu'après la mort de Raymond Bcrengcr I, le type de ses deniers s'immobilisa. C'est peut-être dans une interprétation fantaisiste des trois annelets, souvent déformés dans la frappe, qu'il But chercher l'origine du type de la fleur (fig. 793) qui marque les deniers et les oholes de Barcelone au xii^ siècle. Ces pièces sont anonymes ; TateHer BARCINO s'y trouve seul mentionné.

Fig- 792

Fig- 793

M. Hciss attribue à Alphonse I (i 1 62-1 196) des deniers et des oholes anonymes dont le type, une croix longue entre deux annelets, est la copie littérale de certaines pièces de Bertrand, comte de Toulouse (1105-1112). La légende est à l'avers BARQINO. Au revers, on trouve CI-VI-RE- :X: entre les bras d'une croix pattce. En 1180, Alphonse I fit frapper à Barcelone des deniers appelés uneîos parce qu'ils ne contenaient qu'un douzième d'argent au marc.

Les monnaies d'argent signées ne font leur apparition que sous Pierre I (i 196-12 13). Les deniers et les oboles ont d'un côté une croix brève et pattée, avec BARQINONA au pourtour; de l'autre, une croix longue, cantonnée de quatre annelets et coupant la légende : PE-TR- RE-:X:

Jacques I (1213-1276) fit usage de deux types didércnts. Los pièces les plus anciennes ont l'écu aux pals d'Amgon entouré de : BARQINO, et au revers -lACOB' REX et une croix brève. Sur les émissions les plus récentes, postérieures sans doute au traité de Corbeil, le roi d'Aragon met son buste couronné de profil à gauche: c'est le commencement

I. Nous sommes parfaitement de T.ivis de M. Ileiss lorsque cet auteur déclare imaginaire la monnaie d'or de Raymond lîérenger IV publiée par Salât, t. I, p. 178, et reproduite d'après lui par Poey d'Avant, pi. 77, ^1L,^ 17. Salât n'avait du reste jamais vu cette pièce en nature.

d'une nouvelle période monétaire dont nous parlerons dans notre quatrième partie.

§ XLIX. — Comté d*Ampurias.

Le comté d'Ampurias était un des plus considérables de la Catalogne carolingienne. En 991, Gausbert, comte d'Ampurias et de Roussillon, partagea ses possessions entre ses deux fils ; l'aîné, Hugues, eut Ampurias et le transmit à ses descendants :

Hugues I, 991-1044.

Pons I, 1044-1070.

Hugues II, 1070-1092.

* Hugues Pons I, 1092-1 153.

* Hugues III, 1153-1175.

* Hugues IV, 1 173-1 1S8.

Hugues Pons II, 1188-1 197...

Hugues V, ...-1230.

Hugues Pons III, i230-i2(-'8.

Hugues VI, 1268-1277.

Hugues Pons IV ...12S3...

Hugues VII, ...1286...

Hugues Pons V, ...-1314.

Malgaulin, 13 14-1321.

En 1321, le comté d'Ampurias fut réuni à la couronne d'Aragon par défaut d'hoirs.

Les monnaies aujourd'hui connues du comté d'Ampurias ne sont pas

antérieures au xi^ siècle. La pièce la plus ancienne est une obole anonyme portant un buste de profil et, au revers, IMPVRIAS. autour d'une croix pattée (fig. 794). Sous Hugues Pons I apparaissent les espèces signées; elles portent d'un côté une épée en pal, COTvES €MPV?, et de l'autre, une croix pattée cantonnée de VCO POCI',

Il est impossible de répartir avec certitude entre les différents princes du nom de Hugues les deniers et les oboles portant HVGO COMES — IMPVRIARVM. Leur type est toujours une épée en pal ou un bras tenant une épée (fig. 795). La série d'Ampurias a encore beaucoup à attendre des découvertes futures.

§ L. — Comté de Bésalu.

Le comté de Bésalu fut démembre en 928 de celui de Barcelone par

Miron, qui le donna l\ son fils Oliba. Voici la chronologie des possesseurs de cette terre au xV siècle :

Bernard I, 98S-1020. * Bernard II, frcre du précédent,. ..1074...

Guillaume I, i020-iO)2. * Bernard III, ....-un.

Guillaume II, .........

En un, Bcsalu fut de nouveau réuni au comté de Barcelone; un document de m 8 qualitic Raymond Bérenger III de conies barchinonensis et bisnldiincnsis.

Une charte de Bernard II, datée de 1074, donne la dîme des monnaies d'or et d'argent frappées à Bésalu, à l'église de Sainte-Marie de cette ville. Nous reproduisons ici les parties essentielles de cette charte, qui explique le choix des types qui se rencontrent sur les monnaies de Bésalu : Kolum sit omnibus hominibiis praescntibiis et Juluris quia ego Bernardus, gratia Dci coincs, rccognosco quoniaui paicr meus Villelmus corne'; bonne memoriae dédit domino Deo et Sancto ligno Crucis et Sauctae Mariae, cujus eccksia est consecrata juxta murus Bisulduni, ipsa moneta de praescripto Bfsulduno, et ego ieneo eam per beneficium praedictae Sanctae Mariae. Et propter hoc in nomine Domini ego praedictus Bernardus, gratia Dei cornes, donaîor [su m] Domino Deo, et Sancto ligno Crucis et Sanctae Mariae et Sancto Micbaeli, et Sancto Genesio, et omnibus sanctis quorum reliquiae sunt in predicta ecclesia, propter eleemosynam et propter animam praedicii paîris mei, et fratris mei Villehni vel omnium parentorum meorum, seu propter remedium animae mcae de omnibus peccatis meis, ipsam decimam de ipsa moneta quae fuerit facta in praedicto Bisulduno amodo et usque in

sempiternum tam de auro quant de argento Le comte de Bésalu termine

son diplôme en appelant les châtiments célestes sur ceux qui troubleraient l'église de Sainte-Marie dans la possession de son droit, et le date ainsi : Facta ista caria donationis l^ idus septembris, anno XV regni Philipi Régis,

Les types monétaires de Bésalu font tous allusion aux reliques conservées dans l'église locale ; ce sont la tète de la Vierge, l'image de

l'archange, une croix ou un reliquaire en forme de bras, qui prennent place à l'avers ou au revers des monnaies (fîg. 796 et 797)- Les légendes sont SANCTA MAPxlA, S-R (sanctae reliquiae), SANCTA CRVX, le nom

de la ville, BISVLDVNO, ou celui du comte, BR-NR-DS-CO. Les monnaies de Bésalu étaient restées inconnues à Poey d'Avant et à M. Caron, ^on continuateur.

§ LI. — Comté d'UrgcL

Le comté d'Urgel fut détaché de celui de BarccMne par Wifred I en faveur de son fils Suniaire, en 884. Ses descendants le conservèrent jusqu'au xiii* siècle; voici leur liste:

Suniaire, 884-950. Ermcngaud IV, de Gerb, 1065-1092.

Borel, 950-993. Ermengaud V, le Baléare, 1092- 1 102,

Ermengaud I, le Cordouan, 993-1010. Ermengaud VI, le Castillan, 1102-1154.

Ermengaud II, le Pèlerin, 1010-1040. Ermengaud VII, de Valence, 11 54-1 183.

Ermengaud III, de Barbastro, 1040-1065. Ermengaud VIII, 1 183-1208.

A la mort d'Ermengaud VIII, sa fille et héritière Aurembiax lui succéda sous la tutelle de sa mère Elvire. Ses droits furent contestés par son cousin germain Gérard de Cabrera, mais Elvire confia la garde du comté à Pierre II, roi d'Aragon, jusqu'à la majorité d' Aurembiax qui épousa Pierre, infant de Portugal. En 123 1 Pierre de Portugal, devenu veuf, donna le comté d'Urgel à Jacques I le Conquén-lnt, roi d'Aragon, en échange des îles Baléares. Jacques I céda, peu de temps après, le comté à Pons de Cabrera, fils de Gérard. Voici quels furent ses successeurs :

Ermengaud IX, 1243. Thérèse, 1327-36.

Rodrigue Alvarez, 1243-1269. Jacques, infant d'Aragon, 1336-1347.

Ermengaud X, 1 269-1 314. Pierre d'Aragon, 1 347-1408.

Thérèse d'Entenza, 1314-1327. Jacques II, 1408-1412.

Alphonse IV, roi d'Aragon, veuf de

En 14 12, le comté fut réuni définitivement au royaume d'Aragon.

La numismatique d'Urgel présente encore bien des lacunes. La première monnaie connue est un denier que M. Heiss attribue avec infiniment de vraisemblance à Pierre Ansurez (11 02-....), tuteur d'Ermengaud VI et administrateur du comté pendant la minorité de ce seigneur. Le type de cette pièce est un T, peut-être l'initiale de tutor, accosté d'un alpha et d'un oméga (fig. 798). En légendes circulaires, on lit, PETRVS COMES — VRGELLOPVS.

Vient ensuite un denier qui appartient soit à Ermengaud VII (11 54- 1183), soit à Ermengaud VIII (1183-1208). Son type est un p posé dans un V, et les légendes sont, + ERr/ENCO COfvES — VRg'I AG'Rj-

MONT. En 1208, Ermengaud VIII donna au monastère de Poblet la dixième partie de la monnaie que les comtes d'Urgel frappaient à Agramont. C'est vraisemblablement dans cette ville qu'était placé le prin-

Fig. 798

cipal atelier du comté. En 1234, on trouve dans un traité de paix de Jacques le Conquérant la mention suivante : « In Cathalonia vero, iibi currit moneta Acromontensis , vendatur frumentum et ordeum ad valorem... )> Pourlerègned'Aurembiax, on connaît des (?^a/^^ portant + AVREM- BIAX — COMTESA VRGL. Leur type est une transformation légère de celui que nous venons de voir: une crosse sortant d'un V, en trapèze (fig. 799). Cette crosse est une constatation évidente des droits des

Fis. 800

Fig. Soi

abbés de Poblet sur l'atelier d'Agramont. Nous la retrouvons sur un précieux denier de Gérard de Cabrera aux légendes: 4- GIRARD'

COMES h VRGELLENSIS, qui a échappé aux recherches de M. Heiss

(fig. 800).

Sous Pons de Cabrera (1234-1243), le V se transforme en deux fleurons trifoliés, placés au pied de la crosse abbatiale. C'est le type que nous retrouvons sur les deniers et les oboles d 'Ermengaud X (1267- 13 14), et même sur les premières émissions de Pierre d'Aragon (13 47- 1408). Nous reviendrons en détail dans notre quatrième partie sur le monnayage d'Urgel postérieur à 1258, année où le traité de Corbeil vint rompre les liens féodaux qui rattachaient Urgel à la France.

§ LU. — Evêché de Vich.

On ignore à quelle époque commença le monna3^age épiscopal de Vich, viens Ansoniae. Le plus ancien document qui en fasse mention est une donation de 912, par laquelle Wifred II, comte de Barcelone,

concède à l'église Saint-Pierre de Vich la troisième partie du bénéfice de l'atelier monétaire local. Au xi' siècle, un très grand nombre de stipulations en monnaie de Vich apparaissent dans les chartes. En 1258, nous trouvons une convention entre Bernard, évoque de Vich, d'une part, et Garsende comtesse de Béarn et son fils Gaston, d'autre part.

F'g- So: Fig. 80J

relative à la restauration de^la monnaie de Saint-Pierre de Vich, et à la portion de bénéfice à percevoir sur les espèces frappées, à laquelle les comtes de Béarn avaient droite Le 22 septembre 13 15, l'évéque Bérenger Casaguardia céda au roi Jacques II d'Aragon sa juridiction sur la cité de Vich, ainsi que le droit de battre monnaie. En 1364, Vich fut réuni définitivement à la couronne d'Araeon.

Les deniers de Vich connus aujourd'hui forment, au point de vue du type, cinq groupes :

1° Sans légende. Tête de saint Pierre à gauche, accostée des initiales S-P. Au revers, 4- AVSONA. autour d'une croix brève et pattée, ou AV-SO-NA, et une étoile dans les bras d'une croix longue et pattée coupant tout le champ (fig. S02 et 803).

2° S-PETRVS- S-PAVLVS. Bustes des deux saints affrontés, séparés par une croix, r'. Personnage debout conduisant deux bœufs ; dans le champ, AVSO-NA.

3° Sans légende. Type analogue au précédent. Bustes des saints Pierre et Paul, affrontés et séparés par une croix longue. Au revers, un évéque crosse et bénissant, à mi-corps ; à gauche de la tète un B, peutêtre l'initiale d'un évéque.

4'' S. P-AVS (S. Paiilus. Ausona). Buste du saint nimbé, à gauche.

I. Voici un extrait de ce document: « ...Laudamus, cliam et npprchamus restauratioUim ir.cnctac S.in. Pclri Aun^'icnsis scdis, qiicim fccistis vos doviiuc Bcrihirdc Viccnsis episccpc, dssensu et i-Aii':'..it: :.:!^:i:il: irstri. r! :c'isiJio D:rnr.tdi di- Siintillis tcnctitis hciim f}i->struu:. et Gj;!c^::'< ùlli ■:cstri. 0:L:n: vionciani prcutitlimus tcucrc et chscrvarc. prout in

û'tff!.: :':s:r:iiKe'iti ecu'c::: p:r :\v <:ip:r di:!a ni:<'!e!j ph''!iuscon!it:cti{r Laudamus cliam,

et apprccamiis ec>}'pc>ii:c':em ir.uTi: e:!/». dicto Bernardo de Seintillis fecistis super parte quam r.cs et d::tu< G.:st.\ iiiias r.^ste'-, deremus recipcrc in dicta mcneta... « — Heiss, t. II, p. 150.

IV. Fleuron surmonté de RMN-BRG, nom de Raymond Bérenger III (1082-1131), comte de Barcelone (fig. 804).

5° + EPISCOPI VICI. Tête mitrée de profil à gauche; devant, une crosse. iV. SANCTI- PETRI. Deux clefs adossées et séparées par

Fig. 804

Fig. 80s

une croix longue (fig. 805). Il existe de ce type des deniers et des oboles. Ces pièces nous paraissent contemporaines du rétablissement de la monnaie épiscopale, qui eut lieu en 1258, à la suite de la convention entre l'évêque et la comtesse de Béarn.

§ LUI. — Evêché de Gérone.

Le monnayage des évêques de Gérone a dû commencer de la même manière que celui des évêques de Vich. On possède un acte de 934 par lequel Suniaire, comte de Barcelone, accorde à l'église de Sainte-Marie de Gérone le tiers des bénéfices de la monnaie du comté de Gérone K

Les plus anciennes monnaies féodales de Gérone connues jusqu'à ce jour sont frappées au nom du comte de Barcelone RAMVN, probablement Raymond Bérenger II (1076-82); leur type est la reproduction

Fig. 806

Fig. 807

Fig. 808

de celui de Narbonne aux 'quatre annelets (fig. 8oé). Rien sur ces pièces ne trahit une intervention épiscopale.

I . Voici un extrait de ce document : « In nomine Dei : Suniarius gratia Dei cornes et marchio donator sum ad domum Sanciae Mariae Virginis, quae est sita in Gerunda civitate, sedes de ipsa moneta; dono ibidem tertiam partent de qiiacumque moneta ibidem expresserint » — Cf. Heiss, t. II, p. 452.

Au XII* siècle, les deniers et les oboles de Gérone portent des types rcli£!ieux ou des ornements de flintaisie très varies, le buste de la Vierge,

Fig. 809

Fig. 810

Fis:. 811

SANCTA MARIA, celui du Christ ou d'un autre • crsonnage, une main étendue, des fleurons, ou enfin une balance accompagnée du mot IVSTVM^ (fig. 807 à 814).

Fier. 812

Fig. S13

Fig. 814

En 966, il est question de deniers de Vich, Barcelone et Gérone, dans un acte de Sunifred, comte de Barcelone.

§ LIV. — Comté de Rous sillon.

Le comté de Roussillon, d'abord uni à celui d'Ampurias, eut des comtes héréditaires depuis le commencement du x* siècle. Sa capitale était Perpignan. Voici la liste de ses souverains à partir de Tépoque où leur monnayage a pu commencer:

Gausfred I, 935-991.

Guilabert, 991-100S.

Gausfred II, 100S-1030.

* Gausfred III, 1030-1075, Guilabert II, 107 5-1 102.

Gérard I, 1102-1115.

Gausfred IV, 1115-1163, d'abord sous la

tutelle d'Arnaud Gausfred, qui prit le

titre de comte de Roussillon.

* Gérard II, 1163-1 172.

Ce comte étant mort sans enfants, le Roussillon passa à Alphonse II, roi d'Aragon.

On connaît les monnaies de trois comtes de Roussillon. Les deniers de Gausfred III (1030-1075) portent à Tavers une croix à long pied accompagnée dans le champ des lettres COMT. Les légendes sont 4- GAV-

I. Les deniers représentés sous nos fig. 810 et 81 s, ont été publiés par M. A. Pédrals McTîi'Jas acunadas en Gerona en les siglos XyXI dans le Mémorial tiumisuidtico espar'wJ, t. II, 186S, p. 264, pi. Vil ; l'auteur n'a pas su lire la légende ivstwm qui accompagne la représentation de la balance sur \e denier de la fig. 815.

FREDVS h ROSILONVS. Les pièces de Gérard I (1102-1115) ont

dans le champ de l'avers PTA, mot inexplique, entre deux croisettes, et, comme légendes: + GVIRARDVS — 4- ROSCILIONIS (fig. 815). Enfin les monnaies de Gérard II (i 163-1 172) portent les lettres PAS et une croisette rangés en croix. Les inscriptions du pourtour donnent, comme sur les deniers de ses prédécesseurs, le nom du comté et celui du prince, GIRARDVS CO^E.

M. A. Colson, l'auteur d'un livre estimé sur la numismatique roussillonnaise ^, a relevé dans les chartes de nombreuses mentions qui permettent d'espérer la découverte d'autres monnaies.

Nous rappellerons notamment un document de 1 1 12 dans lequel on lit : « Et isti denariis (sic) sunt rosellos (sic) et valent LX f'g- ^''>

solidi de isti denariis prescripti, wiam libram de platafina. »

§ LV. — Comté et évêché de Toulouse,

L'histoire monétaire de Toulouse n'est pas encore définitivement reconstituée. De sérieuses tentatives ont été faites à cet égard par des savants distingués, mais bien des points restent à éclaircir^.

Une des particularités les plus remarquables de la numismatique languedocienne est que les droits et les revenus monétaires sont presque toujours partagés entre deux ou plusieurs seigneurs. A Toulouse, dès l'origine du monnayage féodal, l'atelier nous apparaît comme une propriété indivise du comte, et de l'évêque. Celui-ci ne signe presque jamais les espèces, mais très souvent la crosse, emblème de son autorité, est placée dans le champ des monnaies.

Après la constitution du comté héréditaire de Toulouse, vers, le milieu du IX* siècle, la fabrication des espèces fut laissée aux comtes, qui monnayèrent au nom des rois en partageant avec les évéques le bénéfice de l'atelier. Jusqu'à la fin du règne de Charles le Simple, le type fut

1. Recherches sur les monnaies qui ont eu cours en Roussiïlon, dans le Bull, de la Soc. agricole, scientif. et litt. des Pyrénées Orientales, t. IX, 1854.

2. Parmi les travaux récents consacrés à la numismatique languedocienne, nous citerons le Nouveau classement des monnaies languedociennes de M. Blancard, inséré dans les Mèm. de VAcad. de Marseille de 1888. Sans adopter toutes les conclusions de l'auteur, toujours ingénieuses et parfois très vraisemblables, nous avons tiré grand profit de ses savantes observations.

exclusivement royal. On sait que Raymond Pons III (923-950) demeura fidèle à ce roi tant qu'il vécut; à la mort de Charles, il ne voulut pas reconnaître Raoul. De cet événement date l'affranchissement féodal du comté de Toulouse et la première tentative de monnayage autonome.

Nous assistons à rémission de deniers sur lesquels le comte conserve le nom du roi Charles, tandis que l'évoque Hugues (926-972), cb-propriétaire de l'atelier, met dans le champ les lettres VG-0. Ce type rappelle l'ancien type d'Eudes : la seule différence consis^f? dans l'absence d'une lettre.

Sous Guillaume Taillefer III (950-1037), le nom du comte, WILELMO, est substitué à l'immobilisation de celui du roi Charles. Cette émission est la première qui témoigne d'une complète autonomie. Aussi longtemps que vécut l'évèque Hugues, c'est-à-dire jusqu'en 972, le type des deniers reste VG-0, puis, après la mort de ce prélat, le champ reçoit trois caractères dont l'un, la crosse, est un témoignage de l'inftuence épiscopale. Une émission de la fin du règne porte quatre annelets, dispositif d' rigine toulousaine qui s'était acclimaté à Carcassonne et à Narbonne^

Le type reste presque exclusivement épigraphique sous les successeurs de Guillaume Taillefer III. Pons (1037-1060), dont la sœur Constance avait épousé Henri, roi de France, met sur quelques-unes de ses monnaies le nom de son beau-frère. Le champ est occupé par les lettres RÈX

rangées en triangle. Les légendes, PONCIO COMES et AIANRIGO. se taisent sur le Heu d'émission qui, pour M. Blancard, doit être cherché ailleurs que dans la capitale du comté ^'s- sié Je Toulouse. Sur les monnaies signées'par Pons

seul, et qui portent toujours le nom de l'atelier, le type est formé de croisettes et de lettres dans lesquelles M. Blancard voit des indications numérales de la part que les comtes et les évèques avaient dans les bénéfices de la fabrication.

Guillaume IV (1060-1078) fit usage de quatre types différents, toujours formés de lettres ; nous nous bornerons à noter celui qui est

I. Au xie siècle, la monnaie toulousaine fut plusieurs fois affaiblie. Les premiers deniers de vG-o sont plus forts que ceux émis sous Guillaume Taillefer III. On trouve un témoignage écrit de ces affaiblissements dans l'acte passé en 1094 entre Roger, comte de Foix, et la vicomtesse Ermengarde, au sujet des comtés de Carcasionne et de Razès ; il y est question de qu'inque niiUc solidos îohsanos de monda </t'~r;z<i et de octogentos solidos Hugoncnscs de inonda octcna, exhibiîcs et percurrihilcs. Nous verrons plus loin que le pied monétaire fut modifié encore une fois sous Alphonse Jourdain et que les espèces devinrent septhies.

composé du mot PAX placé en triangle. Pour bien marquer Tintervention épiscopalc, on donne au P la forme d'une crosse.

Raymond de Saint-Gilles (1088-1105) poursuivit la frappe des deniers au type de PAX, mais sans doute pqur faciliter les transactions avec les pays voisins de son comté de Toulouse, il émit également des deniers dont les coins reproduisent ceux d'Albi, de Carcassonne ou du royaume d'Aragon. Nous considérons ^^""^^^î^x. les deux tctes représentées sur les monnaies /^^^^-^^^X copiées des pièces aragonaiscs comme [k,{3^«f5^}n^j celles du comte et de l'évéque de Toulouse \fôS^^Jy^7 (fig. s 17).

Sous Bertrand (1105-1 112), les mon- r>g- 817

naies reprennent leur simplicité traditionnelle : les lettres SOV en triangle, une croix à pied accostée de deux annelets, ou enfin + TOLO placé verticalement dans le champ.

Alphonse Jourdain (1112-1148), après une émission passagère de deniers et à' oboles marqués d'une croix longue entre deux crosses adossées, en revient au dispositif de PAX dont nous avons parlé à propos de Guillaume IV. Ce type, auquel le cours étendu des deniers béarnais des Centulle avait donné une grande popularité, resta en usage sans exceptionsous Raymond ¥(1148-1194), Raymond VI (i 194-1222), et Raymond VII (1222-1249). Il est impossible de répartir entre ces trois princes homonymes les deniers et les oboles au nom de RAMON COIVES ; on peut affirmer toutefois que chacun d'eux eut sa part dans la prodigieuse quantité des pièces mises en circulation. Dans la série féodale, les monnaies des Raymond de Toulouse sont au nombre des plus communes. Une charte de 1207, citée par du Mège^, fournit quelques renseignements sur la fabrication et le titre de ces pièces : le comte Raymond VI s'engage à ne pas changer, sa vie durant, le pied de sa monnaie, qui était scpîcue, c'est-à-dire à 7 douzièmes de fin ; il rappelle que la monnaie septène avait été trcée par son grand-père Alphonse et que son père Raymond V l'avait toujours conservée.

En 1249, Alphonse, fils de Louis VIII, roi de France, comte de

I. Histoire de Languedoc, nouv, cdit., t. Mil, col. 540. — Voici les passages essentiels do. ce curieux document: Xotinji si! qnod r^o (/. Rainiundus... conccdo et coti-

finno qucd ego 1:01 viutaho uec aliquis ne: aliqiia, invita mea, illani monetam scptciiam

TcJosdihim quiiiii doiiiinus pdter ukus Rainiumius^ qui fuit, constituit iunc temporis qiiando monetam Tclosanam mutdvit illmn quam dcniiuus Ildefonsus, patcr ejuî qui fuit, constituerat ut funnquan: mutùretur nec minueret ejus legalitatcvi nec pondus ullo modo... II. 29

Poitiers depuis 1241, succédai Raymond VII, dont il avait épousé la fille et héritière Jeanne. Les espèces frappées par Alphonse comprennent quatre groupes :

1° Deniers avec TOL-OSAC-IVI, en trois lignes dans le champ. C'est le type qu'Alphonse employait en Poitou.

2° Deniers tournois copiés des pièces royales. Cette émission commença en 125 1. Louis IX l'interdit en 1262. Il résulte des baux de la monnaie de Toulouse en 125 1 et 1253 que les deniers étaient taillés à 217 au marc. Le comte de Toulouse s'intitule sur ses tournois : + A-CO FILIVS REG ; parfois le dernier mot est REX par une erreur du graveur. Le nom de l'atelier est TbOLOSA Cl VI.

3° Deniers co^iits des monnaies du Mans au monogramme d'Herbert immobilisé. La légende est A COMES FIL REG FRAN. Ces deniers valaient, au moment de leur émission, deux tournois.

4° Après que Saint-Louis eut interdit à Alphonse d'user du type tournois, le comte de Toulouse adopta dans ses états un mi-parti de la fleur de lis et du château de Castille. Les légendes de ces pièces n'indiquent plus la filiation royale.

Alphonse mourut le 21 août 127 1, et le roi Phihppe III recueillit sa succession. Le comté ne fut toutefois réuni à la couronne qu'en 1361.

§ LVI. — Comté de Saint-Gilles.

En 975, Guillaume Taillefer III, comte de Toulouse, fit avec Raymond III, comte de Rouergue, un traité de partage des domaines dont ils avaient la possession indivise. Chacun se réserva la moitié du comté de Nîmes, dont leurs descendants hériteraient ; la portion de ce comté qui échut à Guillaume fut appelée le comté de Saint-Gilles, parce que l'abbaye de ce nom, située sur le Rhône, s'y trouvait renfermée.

Les comtes de Toulouse ouvrirent à Saint-Gilles un atelier dont la première mention remonte dans les chartes à 1095. On n'a toutefois retrouvé en nature que les deniers et les oboles d'Alphonse Jourdain (1112-1148) et de Raymond V (1148-1194). Leur type est un agneau pascal surmonté d'une croix grecque à long pied; leurs légendes donnent, outre le nom du comté, la curieuse formule ONOR SCI EGIDII (lig. 818).

§ LVII. — Vicomte et archevêché de Nar bonne.

Les vicomtes de Narbonne s'attribuèrent un monnayage autonome dès la fin du x* siècle. Le type adopté par Raymond I (966-1023) est une copie altérée de celui qui fut employé par le roi Eudes à Toulouse : le nom OD-DO s'est déformé en quatre annelets. Ce coin des quatre annelets reste immobilisé à Narbonne jusqu'au xiii^ siècle. Nous pouvons donc nous borner à transcrire la liste chronologique des vicomtes, en marquant d'un astérisque le nom de ceux dont les espèces ont été retrouvées :

* Raymond I, 966-1023, raimvn.

* Raymond Bérenger, 1023-1067, beringari. Raymond II, 1067-1079.

* Pierre, tuteur de son neveu Aimeri, 1079-108^.

Pierre, quoique destiné à la cléricature, n'en avait pas moins partagé avec ses frères, Raymond II et Bernard, l'héritage paternel. En 1080, il s'empara du siège épiscopal de Narbonne et le garda cinq ou six ans, malgré l'excommunication fulminée contre lui par le pape Grégoire VIL Les deniers et les oboles qu'on a de lui portent PETRVS EPOS ; il les frappa sans doute comme tuteur d'Aimeri I.

* Aimeri I, 1080-iios )

* . . . ,, > EIIMERICVS.

* Aimeri II, 1 105-1 134 )

* Alphonse Jourdain, îi 34-1 143, anfos Dvx

Alphonse Jourdain, comte de Toulouse, s'était emparé en 1134, après la mort d'Aimeri II, de la ville de Narbonne. Il rendit, en 1143, la vicomte à la jeune Ermengarde (1143-1193). Cette dame fut la dernière qui employa le type traditionnel des quatre annelets.

Avec Aimeri III (i 194-1239) apparaît une empreinte nouvelle: une clef marque désormais les deniers narbonnais, dont les légendes deviennent: 4- AIMERICVS ou AMARLRICVS. et NARBONE CIVI. En 1215, le vicomte accorda à l'archevêque Arnaud Amaury, en compensation des torts qu'il lui avait faits et en reconnaissance du pardon qu'il en avait obtenu, la moitié de sa monnaie, à la condition qu'elle serait battue au nom de tous les deux et le profit partagé. M. Caron fait observer que la légende AIMERICVS s'appUque à la fois au vicomte Aimeri et à l'archevêque Arnaud Amaury : ne portant aucun des deux titres, elle donnait satisfaction aux deux parties.

Cette intrusion des arclievcques dans le monnayage vicomtal fit naître dans la suite de fréquentes discussions. En 1242, nous voyons Tarchevêque Pierre Amelii se plaindre de ce que le vicomte Aimeri IV (1239-1270) s'était emparé par force de la moitié delà monnaie donnée jadis par son prédécesseur à l'archevêque Arnaud Amaury. En 1266, il intervint entre le vicomte et l'archevêque Maurin une sentence arbitrale qui nous a été conservée dans l'inventaire des actes de l'archevêché de Narbonne. Cette sentence établit en commun la fabrication, les bénéfices, les criées et la proclamation de la monnaie, sur laquelle on devait graver, d'une part, le nom, la mitre ou le bâton pastoral de Tarchevêque, et d'autre part, le nom du vicomte, le bouclier et la clef. Les consuls de la ville ne restèrent pas étrangers à cette convention : ils obtinrent la nomination des gardes de la monnaie.

Les historiens du Languedoc racontent qu'en 1271 des dissentiments sur le fait des monnaies surgirent, plus aigus que jamais, entre le vicomte et l'archevêque. Maurin, l'archevêque, excommunia Aimeri V (1270- 1298) et lit frapper de son autorité de nouvelles espèces de trois deniers et obole d'argent fin, taillées à 25 sols 8 deniers au marc. L'archidiacre de Fenouillèdcs et le sacristain de l'église de Narbonne promirent de donner cours à ces espèces dans tout le Narbonnais.

Nous ignorons comment ce différend se termina, mais nous trouvons dans VHisîoire de Languedoc un document des premières années du xiv^ siècle, qui fournit encore quelques renseignements curieux sur la numismatique locale: l'archevêque Gilles Aycelin (1290-13 11) et le vicomte Aimeri VI (1298-1328) firent frapper de concert de nouvelles espèces ou de la petite monnaie de Narbonne pour deux petits tournois de Valoi du roi sai)it Louis, en sorte quelle seroit de trois deniers dou^e grains de rarement du roi, et du poids au marc de Narbonne de 2 y sols narbonnais

blancs susdits. Ces nouvelles pièces furent 4^S^?Mf^-, /^^-^^^^ mises en circulation par les consuls en 1306.

V^^/;"T?^""^^ ^^^v^# convention sont depuis longtemps connus

^^i^-iii^ (tig. 819). Leur type est conforme à la con-

^'''"- ^'9 vention de 1266. L'avers représente la clef de

la ville et l'écu du vicomte ; le revers, une croix avec une mitre sur la

branche horizontale. Les légendes sont: kiinalricus) VICE COM(e)S

VAK^{oncnsis), et ^(gidius) AP^Cbl^P (iscopu)S nARB(pnensis) \

I . Duby a public une monnaie du module du gros qui aurait été frappée vers la même époque. Cette pièce n'est pas connue aujourd'hui en nature et tout porte à nous faire croire qu'elle n'a jamais existé.

On voit par ce qui précède combien il y a encore de lacunes à combler dans l'intéressante série de Narbonne. Il reste aussi à déterminer quand le monnayage prit fin ; ce dut être peu de temps après rémission de 1307, car l'ordonnance de Louis le Hutin n'en fait plus mention.

§ LVIII. — Comté et évêché de Carcassonne.

Les débuts du monnayage féodal à Carcassonne remontent aux années qui suivirent la mort du roi Eudes, ou pour préciser davantage, au commencement du x* siècle. Les premières émissions sont la continuation pure et simple du type odonique formé des lettres ODO et d'une croisette. Ici comme ailleurs le dessin alla en se déformant et les lettres du champ, comme le GRATIA D-l REX de la légende, devinrent méconnaissables.

En 1002, Roger I, comte de Carcassonne, partagea ses états entre ses deux fils aînés, Raymond I et Bernard. Les premières monnaies signées appartiennent à Raymond I dont Iqs deniers, d'une facture grossière, portent, disposées en triangle, les lettres LVX ou une autre dégénérescence de l'empreinte au nom d'Eudes, trois jambages et trois globules symétriquement placés autour d'un annelet central. Les légendes circulaires sont: +RAMVNDO ou + RVMANDO. et: CARASONA,

Raymond I mourut en loii, un an avant son père. Celui-ci donna alors à son troisième fils, Pierre, évoque de Gérone, une part dans le comté de Carcassonne. Les autres parts passèrent aux enfants de Raymond, Pierre II et Guillaume, et au fils de Bernard, Roger II.

On possède des deniers sur lesquels figure le nom de l'évêque Pierre, seul, et d'autres sur lesquels son nom est associé à celui de son neveu, Roger IL Le type des premiers est le mot LVX en triangle, que nous avons trouvé sur les monnaies de Raymond I; les légendes sont: PE- TRVS EPI — CARCASONA. Sur les pièces aux noms réunis de Pierre et de Roger, la légende est + PETRVS — + ROIDER ou RODGER; le centre du champ est occupé par VOX. Comme nous l'avons dit à propos des monnaies de Toulouse, M. Blancard a interprété par des notations numérales ces lettres placées dans le champ des deniers languedociens ; son travail est trop conjectural pour que nous puissions en adopter toutes les conclusions. L'évêque Pierre mourut en 1050.

Pierre II (1012-1060) survécut à son frère Guillaume et devint le tuteur de ses trois enfiints. Son nom se trouve sur un denier, associé à celui de Raymond II, l'aîné de ses neveux: + PITRVS CO — RAI-

MVNDO. Le type est ioxjné des lettres LV et de deux annelets, le tout formant croix.

Pierre II laissa un fils, Roger III, qui mourut en 1066, et une fille, Ermengarde , femme de Raymond Bernard , vicomte d'Albi . En mars 1068, Ermengarde et son mari vendirent leur part du comté de Carcassonne à Raymond Bérenger I, comte de Barcelone ; au mois de décembre suivant celui-ci acquit également la part des fils de Guillaume. Parmi les droits énumérés dans l'acte de vente de la portion d'Ermengarde et de Raymond Bernard, se trouve la monnaie : « Ego Raymundus Bernardi, vicecomcs, et uxor cjus Ermcngardis, vicccomitissa, nos simul in unum facimus vohis domno Raymundo, Barcheonae comiti, ...diffinitioncm, évacuât iouem et cruirpitionem de tota ipsa civitate de Carcassona.,. et de totas ipsas Icddas et monetas de ipsa civitate... et totum ipsum vicecomitatum ...Fuit facta haec diffinitio, evacuatio et gurpi^p vi nonas martii, anno ab incarnatione Christi MLXVII » ^

Le comte de Barcelone inféoda, le même jour, à ses vendeurs, le comté de Carcassonne, mais il se réserva la ville elle-même et tous les droits et revenus en dépendant.

En 1083, Bernard Atton, vicomte d'Albi, profitant de la minorité du comte de Barcelone Raymond Bérenger III, s'empara de Carcassonne. Ce nouveau maître ouvrit un nouvel atelier monétaire en remplacement de l'ancien que les comtes de Barcelone semblent avoir laissé en abandon 2. Les plus anciens deniers de Bernard Atton portent BERNARDVS CO autour d'une croix, cantonnée de quatre globules ou posée sur un cercle; de l'autre côté, la légende CARCASONA C!VI est complétée par le type qui est formé des lettres TATE ou ATE, rangées en croix ou en triangle dans le champ.

Suivant une judicieuse observation de M. Blancard, Bernard Atton ne semble avoir agi en souverain, à Carcassonne, qu'en faisant de sérieuses concessions aux puissances locales. Les monnaies prouvent qu'à partir d'une certaine époque, il dut partager avec Tévêque Pierre Artaud ses droits monétaires. Le type de ses dernières émissions, et celui qui fut adopté par ses successeurs dont les deniers sont retrouvés, comprend toujours une crosse accompagnée de lettres et d'emblèmes accessoires ; il en est ainsi pour Roger I (1130-1150) et Roger II (1167-1194).

Aucune monnaie ne nous est parvenue pour Raymond Trencavel

1. D. Vaisscttc, Hist. de Laïu^iiedoc, noiiv. cdit., t. V, col. 548.

2. Des textes de 1125 et 1126 prouvent que Bernard Atton donna à ses chevaliers les anciens bâtiments de l'atelier monétaire : a Damiis iibi, Nichola... ipsum inausiim... ciim ipsa lune monelaria vcteri. » — Cf. D. Vaissette, nouv. édit., t. V, col. 921.

(1150-1167), et ce fait est d'autant plus étrange qu'on a de lui un bail, en date de 1159, aux termes duquel la monnaie de Carcassonne est donnée à ferme à Arnaud de Carcassonne, Guillaume Etienne et Pierre Guillaume ; le titre de cette monnaie devait être fixé par le bailli vicomtal et la taille en était de 24 sous pour les deniers et de 26 pour les mailles. Ces dernières pouvaient comprendre la sixième partie de la fabrication totale.

Le dernier seigneur de Carcassonne dont on connaisse la monnaie, et encore d'après un dessin peu correct de Duby, est Raymond Roger (i 194-1209). Son successeur, Raymond Trencavel II, céda en 1247 tous ses états au roi de France.

§ LIX. — Vicomte de Bé:^iers.

Garsinde, vicomtesse de Béziers, en épousant Raymond I, fils de Roger I, comte de Carcassonne, apporta son domaine dans la maison de son mari. Les descendants de celui-ci en jouirent jusqu'à la cession faite en 1247 au roi par Raymond Trencavel IL

Le monnavas^e seis^neurial commença à Bczicrs avec Bernard Atton et fut continué par ses successeurs. Voici l'indication des principaux types et légendes qu'ils employèrent :

Bernard Atton (1082-1130). Les lettres EP ou IP avec deux annelets, le tout posé en croix. Le mot REX en triangle, copie évidente des pièces de Pons .de Toulouse. En légende : 4- BERNARDV CO. BERNARDVS CO ou BERNARDo CO — BITERRIS CIVI ou CIVITS.

Roger I (1130-1150). Les lettres EB ou PP, et deux annelets, en croix. Les lettres VRBS en croix. ROGER WŒCONE — BITERRIS ou BITERIS CIVI.

Raymond Trencavel (1150-1167). Les lettres E R et deux molettes, en croix. R\ TRENCAI' — BITERIS CIV. (fig. 820).

Bernard Atton II (1150), frère de Raymond Trencavel et son compétiteur pour la succession de l^oger. Même type. BERNARDVS —BITERRIS CIVIS. ^'^" ^^'"

Roger II (1167-1194). Grand R avec jambage oblique barré d'un trait abréviatif. RO- VICECOCO — + BITERI CIVI.

Raymond Roger (i 194-1209). Les deniers ont une croix longue accostée de deux I. Les oboles ont deux I et deux annelets, en croix. R ROO- ou R. ROGER- VICE CO — BITERIS CIVI.

On ne connaît pas de monnaies du dernier vicomte de Béziers, Raymond Trencavel II (i 209-1 247).

§ LX. — Comté de Melgueil^.

« La monnaie de Maguelonne, dit Poey d'Avant, connue sous le nom de monnaie melgorienne, est, sans contredit, celle qui a joué le plus grand rôle dans le midi de la France. La première mention que l'on en trouve dans les chartes est de l'année 946. » Le privilège de sa fabrication appartenait aux comtes de Melgueil. En 1085, le comte Pierre mit ses états sous la suzeraineté du Saint-Siège. Les comtes de Toulouse héritèrent des anciens comtes de Melgueil, mais lorsqu'ils accordèrent leur protection à l'hérésie albigeoise, le pape Innocent III leur enleva le comté de Melgueil et en investit les évéques de Maguelonne.

Le type des monnaies de Melgueil est une copie de celles de Narbonne ; les légendes des modèles sont elles-mêmes conservées. Peu à

peu, la croix des deniers melgoriens se transforma en un pal accosté de deux \^j pennons (fig. 821); cette croix spéciale, très caractéristique, se retrouve sur les sceaux des évéques de Maguelonne. Les Fig 8^' légendes RAIMVNDVS — NARBONA. im-

mobilisées, subirent sur les deniers melgoriens une altération particulière sur laquelle nous avons insisté, p. 375.

Lorsque les évéques eurent succédé aux comtes de Toulouse, ils ne se bornèrent pas à continuer l'émission au type narbonnais. Leur atelier frappa des copies des dirhems arabes pour l'exportation en Egypte et dans les pays barbarcsques. On a conservé un curieux bail du 23 février 1263 par lequel l'évéque Bérenger de Frédol prescrit la frappe d'espèces d'argent appelées millarcs, moncla mïUarcnsis. Dans une bulle de 1266, le pape Clément IV reprocha à l'évéque de Maguelonne d'émettre des espèces portant le nom de Mahomet; il est probable que ce monnayage* d'imitation fut alors arrêté.

Le monnayage des deniers melgoriens au type de Narbonne se continua très tard. On le trouve encore mentionné en ces termes dans l'ordonnance de 13 15 : « Item, la monnaie à Vevesque de Maguelone : les dc-

I. A. Germain, Mémoire sur les anciennes monnaies seigneuriales de Melgueil et de Montpellier, dans les Mêm. de la soc. archcol. de Montpellier, 1852.

nier S doivent estre à iii d. xvi grains de loy, a?'gent le Roy, et de xix s. vi d. de pois au marc de Paris ; item, les mailles de ladicte monnoie doivent estre a iii d. de loy, argent le Roy, et de xvi s. ix d. maailles doubles de pois, au marc de Paris ^ et ne pourront faire que le x^ de maaille, c'est-à-dire ix. c. l. de deniers et c l. de maalles doubles ; et ainsi vauldront les deniers et les maailles dessus dictes, avalué l'un parmi l'autre à peti:(^ tourn[oi^ et à mailles tournoises, xxd, mains la libvre que peti:( tourn[oi:(\; c'est assavoir que les xiiid. de la monnoie dessus dicte ne vauldront que xiipeti:^ tourn\oi^. »

§ LXI. — Seigneurie d'Aumelas.

La seigneurie d'Aumelas, fief de la vicomte de Béziers, se trouvait au xii^ siècle entre les mains d'une branche cadette de la maison de Montpellier.

Raymond Atton de Murviel, seigneur d'Aumelas (1186-1191), frappa des deniers portant à l'avers RAIMVNDVS en légende et ATO en triangle au milieu du champ. Le nom de la terre : 4- OMELLADIS est écrit autour de la croix du revers.

Après la mort de Raymond Atton, Guillaume VIII, seigneur de MontpeUier, s'empara d'Aumelas, qui passa à sa fille Marie et par le mariage de celle-ci, en 1204, à Pierre d'Aragon.

§ LXII. — Seigneuries d' And use, Sauve et Roquefeuil.

La maison d'Anduse se divisa, au xi^ siècle, en deux branches, dont l'une porta le nom d'Anduse et l'autre celui de Sauve. Au milieu du XII* siècle, probablement par le mariage de Bernard d'Anduse, l'aîné, avec une héritière de Sauve, les deux branches furent de nouveau réunies. En môme temps, Bertrand d'Anduse, frère de Bernard l'aîné, épousait Adélaïde de Roquefeuil, héritière de la maison de ce nom ^ Bertrand mourut après 11 69, laissant Roquefeuil à son fils Raymond.

Le monnayage commença avec Bernard l'aîné, qui mourut sous le froc en 11 64. Le type des deniers et oboles est un B, initiale de Bernard, placé dans le champ ; au revers figure une croix ancrée (fig. 822) ou nclée(fig.823). Les légendes sont + ANDVSIENSIS— + SALVIENSIS.

I. Voyez sur l'histoire et la numismatique de ces seigneuries: L. Blancard, Nouveau classement des monn. languedociennes, dans les Mcin. de VAcad. de Marseille, 1888. — E. C:iïOïi y Le s monnaies de Roquefeuil, iiiàusV Annuaire delà Soc. franc, denumism., 1889, p. $.

OU + DE ANDVSIA — + DE SALVE. Après la mort de Bernard, les seigneuries d'Anduse et de Sauve furent tenues en pariage par ses descendants, qui continuèrent le monnayage à son coin.

Fig. 822

Fig. 82 5

Raymond de Roque feuil frappa des deniers analogues à ceux de ses parents d'Anduse. Leur type est son initiale et, au revers, une croix ancrée. Les légendes sont : + ROCAFOLIEN' — 4- LEX PRIMA M*. Cette dernière inscription n'a pas encore reçu d'interprétation satisfaisante.

En 1243, Louis IX confisqua et réunit au domaine royal la plupart des biens appartenant à la maison de Sauve et d'Anduse, et notarhment les mines d'Hierle où se faisaient d'importantes extractions d'argent et de cuivre. La terre de Roquefeuil passa vers la même époque, par mariage, aux comtes de Rodez.

L'atelier de la maison d'Anduse, Sauve et Roquefeuil semble avoir été établi à Sommières. Bermond de Sauve céda en 1248 Sommières à saint Louis en échange du château de Caylar^

§ LXIIL — Évêché de Lodève.

On ne sait à quelle époque les évêques de Lodève commencèrent à frapper monnaie. La première mention qu'on en trouve ne remonte pas

1. Les rois de France ouvrirent un atelier à Sommières. Un chevalier du nom de Pierre du Gros possédait sur la monnaie seigneuriale des Anduse une part de coseigneuriage qu'il prétendait conserver sur le même atelier devenu royal. Il saisit en 1265 le parlement de sa réclamation, mais fut débouté. Voici un passage du document où ces faits sont relatés : « Acccdcns ad dominuni Rcgcm Petrus de Crouso, viilcs, petehat a domino rcge sihi deliberari et rcddi qiiandam porcioncin in monetam qnam dominus Rex facit apnd So)indriuiii, in scnescaîJa Bcîlicadri, ciun ipse hahcat jus hahciidi dictant porcionem in dicta vwncta ex concessione Bernardi de Andiisia, qnondani doinini dicti îoci, cuj'us dominus

rex est successor Practcrea dicchalur pro Rc^c quod non dchchat audiri super hoc idem

Pclrus, cnm dominus Rex tanquam principalis dominus, non tanquam successor ipsius Bernardi, facial ihi nionclam snam turoncnsem ,cursunlcm pcr tolum rc^^^num, et non monetam Reniundi)iorum et Bcrnardinorun'i que erat moiieta ipsius Bernardi et hahebat cursum suum tantunimodo pcr terram snam in qua concessa erat dicta porcio dicto Petro. » (Cf. A., de Barthélémy, ManueJ de nuniism. mod., p. 181). M. Caron a parfaitement établi que les

au delà du commencement du xii^ siècle: en 1122, l'évêque Pierre I Raymond nomma Pierre Guibert maître de sa monnaie.

Une charte de Phiilippe-Auguste, de 1188, confirma à l'évêque Raymond Guillaume de Montpellier les privilèges de l'église de Lodève, notamment celui de faire battre monnaie. Ce prélat usa du jus monetae car, en 1 189, nous le voyons compléter, parla nomination d'un essayeur, le personnel de son atelier. Deux chartes de 12 10 et 1285 règlent le cours de la monnaie de Lodève.

Le type des espèces de Lodève fut d'abord une tête mitrée de face ; plus tard le champ de l'avers porta SCS sous un trait abréviatif. Les légendes donnent toujours le nom du patron du diocèse, saint Fulcran, qui avait été évêque de Lodève de 949 à 1006 : S. FVLCRANNVS — + EPS LODOVE. Aucun évêque ne semble avoir mis son nom sur les deniers, dont l'émission n'est plus constatée par l'ordonnance de 13 15.

^LXlW. — Évêché d'Usés.

Les évêques d'Uzès obtinrent leur privilège monétaire du roi Raoul, et cette concession fut confirmée par Louis IV d'Outremer; c'est ce qui résulte d'une charte de 1156 par laquelle Louis le Jeune confirme à l'évêque Raymond II (1152-1188) les libéralités faites par ses prédécesseurs. En 121 1, Philippe-Auguste confirma les évêques d'Uzès dans l'exercice de leur droit.

A Uzès, comme dans un grand nombre de cités épiscopales, le chapitre avait une part dans les bénéfices résultant du monnayage ; en 1 145 , il avait aUéné sa portion en faveur de Bermond de Caylar, seigneur en partie d'Uzès.

La seule monnaie connue d'Uzès est une obole de Raymond III

(1208-1212). Elle porte à l'avers + R. EPISC et un buste mitre à

gauche. Au revers, nous retrouvons la croix ancrée d'Anduse; la légende, dont la fin est ilUsible, commence par+ VSE

§ LXV. — Évêché de Me mie.

« En 1167, Aldebert, évêque de Mende, vint à Paris, à la cour de Louis VII, et en présence de tous les barons, il reconnut que son évêché

Raymondins et les Bernardins dont il est question dans ce document ne sont autre chose que les deniers au B et à l'R dont rémission fut commencée sous Bernard l'aîné d'Anduse et Raymond de Roquefeuil.

dépendait du royaume de France et lui fit serment de fidélité sur l'Évangile. En échange de cet hommage qui réglait des droits incertains entre le royaume et TEmpire, le roi lui concéda pour lui et ses successeurs Tévêché de Mende, cum regalihus ad nostram coronam pertinentibus. Or, observe M. Caron, les droits régaliens comprenaient le droit de battre monnaie. »

Les deniers des évêques de Mende sont anonymes ; ils portent tous la tête mitrée, le plus souvent de face (fig. 824), rarement de profil, du patron saint Privât. Les légendes sont : S. PRIVATVS — + MIMAS CIVITAS.

% 8^4 ou + PRIVATVS ^ + MIMATVM.

On voit dans le registre du Parlement tenu en 1266 que Tévêque de Mende avait été dépouillé de son droit monétaire par Arnould de Courferrand, sénéchal de Beaucaire, et que le roi mit fin à cette spoliation. En 1307, Philippe le Bel confirma encore une fois les droits monétaires épiscopaux : « Ad episcopum et ecclesiam Mimatensem pertinet jus cudendi monetam aère contaminatam et monetam argenteam. » L'évêque de Mende n'est plus cité dans Tordonnance de 13 15.

§ LXVL — Comté de Rode^,

Après l'extinction de l'ancienne maison des comtes de Rouergue, en 1088, Rodez fut réuni au comté de Toulouse sous Raymond de Saint- Gilles. Celui-ci engagea le comté de Rodez à Richard, vicomte de Cariât, qui en devint possesseur définitif par suite de l'aliénation, à titre d'hommage, qu'Alphonse Jourdain lui en fit vers 11 19. Voici la liste des comtes de Rodez jusqu'au miUeu du xiV siècle :

* Richard, 1096-1 132. Raymond, 1209-1.114.

* Hugues I, 1132-1156. * Henri I, 1214-1227.

* Hugues II, 1156-1195. HuguesIV, 1227-1274.

* Hugues III, 1195-1196. Henri II, 1274-1302. Guillaume, 1 196-1208. * Cécile, 1302-13 13.

Gui, 1208-1209. * Jean d'Armagnac, 1313-1373.

Le type des monnaies de Rodez est un dérivé de celui de Toulouse : il se compose de trois lettres et d'une croisette placées dans le champ de l'avers: + DVD sous Richard, 4- DVS sous les Hugues et sous Henri I, + DAS sous Cécile et Jean. Le nom de la ville, + RODES CIVI ou CIVIS, entoure ce dispositif. Les noms des comtes, + RICARD

COMS. + VGO COMES. 4- bENR' COMES. 4- CECILIA COMIT. + lOb'ES COMES, forment la légende circulaire du côté de la croix. Le comté de Rodez n'est pas mentionné dans l'ordonnance de 13 15.

§ LXVII. — Vicomte d'Albi,

Le 14 septembre 1037, Pons, comte de Toulouse, donna à sa femme Majore l'évèché, la cité, la monnaie et le marché d'Albi ^ Les espèces frappées à cette époque n'ont pas encore été retrouvées ; dans tous les cas, il ne peut être question dans la donation de Pons que d'une part du bénéfice résultant de la fabrication de l'atelier et non de la signature des monnaies. Cette dernière appartint de très bonne heure aux vicomtes d'Albi.

Raymond Bernard, qui mourut vers 1074, frappa en très grand nombre

des deniers de flan large sur lesquels on lit + RAVMVND h ALBIE

CL Leur type est formé de lettres disposées dans le champ que Poey d'Avant a lues VICOC, pour vicecomes. Cette monnaie prit le nom de Raymondine ; elle est fréquemment mentionnée dans les chartes.

Le type de Raymond Bernard s'immobilisa en subissant de grandes déformations : au xii*^ siècle, il était devenu une crosse entourée de quatre jambages. Les évêques d'Albi possédaient à cette époque une part des profits de l'atelier. Les légendes des deniers de cette époque sont presque indéchiff"rables et présentent un aspect aussi étrange que celles des monnaies de Maguelonne; une des principales particularités consiste dans la forme du B et la longueur démesurée des jambages horizontaux de l'E dans ALBIE Cl (fig. 825)- Fig- 825

En 1248, Raymond VII, comte de Toulouse, Durand, évêque d'Albi, et Sicard d'Alaman, ministre et favori de Raymond, convinrent de battre la monnaie d'Albi au ChateauNeuf de Bonafos, aujourd'hui Château-Neuf de Lévis (Tarn), que Raymond avait donné à Sicard en 1241. La monnaie devait appartenir par tiers aux contractants. Un bail de 1278 entre Bernard de Castenet, alors évêque d'Albi, le roi de France

I . Voici la charte de donation : « Muîtum déclarât autoritas et lex Romanorum et Gotorum sive Salicorum, ut unusquisque hovio depropriis rébus sive dare aut cedere aut condonare voluerit, licentiam habeat ad faciendum. Quapropter, ego in Dei nomine Pontius démo tibi, diîecte sponse mec Majore, episcopatum Albiensem, et civitatem, et monetam, et mercaîum, . . Fada caria donatione ista in mense septimbri, sub die feria liiî, vmx kal. oclobris, anno régnante EJjenrico rege ». — Cf. D. Vaisseite, Hisi. du Languedoc, nouv. édit., t. V, col. 428.

comme comte de Toulouse, et le même Sicard d'Alaman, fournit de très utiles renseignements sur le poids et l'aloi des espèces forgées à Bonafos. Il y est particulièrement établi que dans chaque marc d'argent il doit se trouver seulement douze deniers forts et douze deniers faibles; il n'était permis de fabriquer que le dixième en oboles, et elles devaient être de dix-neuf sols et deux deniers au marc.

Les monnaies de Bonafos retrouvées jusqu-'à ce jour présentent le type suivant : + BONAFOS. Dans le champ, PAX en triangle, le P en forme de crosse. R\ +ÀLBIENSIS. Croix dite en fuseaux, cantonnée d'une crosse.

§ LXVIII. — Évêché de Cahors^.

Les évêques de Cahors relevaient des comtes de Toulouse et c'est

vraisemblablement à leurs suzerains qu'ils devaient le droit monétaire. Un acte "de 1090 dit que l'évêque-Géraud II de Gourdon donna aux chanoines de la cathédrale, du consentement du comte de Toulouse, la dîme des produits de la monnaie de Cahors. Les deniers de Géraud portent une dégénérescence du type odonique : deux croisettes et deux T rangés en croix. A l'avers, la légende est, +CÂTVRCIS;au revers, le nom GERALDVS ER-S entoure une croix pattée (fig. 826). Géraud II fut évêque jusqu'en 11 12. Voici quels furent ses successeurs immédiats :

Géraud III de Cardaillac, 1113. Guillaume III, 1199-1206.

Guillaume II de Calmont, 1 113-1 143. Barthélémy, 1207.

Raymond I, 1150. Guillaume IV de Carvaillon, 1208-1234. Géraud IV Hector, 1 1 5 2-1 1 99.

M. Caron fait remonter à l'épiscopat de Guillaume II les plus anciens deniers de Cahors portant à l'avers la légende: 4- EPISCOPVSet une crosse posée sur une croisette et accostée de deux autres croisettes. Au revers, l'adjectif ethnique + CATVRCENSIS entoure une croix pattée dans un des cantons de laquelle est placé un V, initiale présumée du nom de Guillaume II. Ce type paraît s'être immobilisé sous les successeurs de Guillaume.

I, J. Chaudruc de Crazannes, Monnaies épisc opales de Cahors, dans la Revue numistn. 1839, p. 352. — Voyez aussi, même recueil, 1851, p. 333.

Au commencement du xiii^ siècle, l'évêque Barthélémy fit frapper des deniers d'un aloi moindre que celui des monnaies forgées jusqu'alors. Le peuple s'en émut, et les consuls de Cahors, au nom de leurs administrés et des communes environnantes, obtinrent que Barthélémy rétablît sa monnaie à l'ancien titre : <( in lege duorum deiiarioruni et aboli et unius grani ad argentum Montis Pessnlaiii et in pondus viginii triiun solidorum minus duohus denariis pro qualihet marcha. »

En 1224, l'évêque Guillaume IV, moyennant une somme de six cents sous, abandonna la monnaie aux consuls. Le régime résultant de cette cession dura jusqu'en 1265 ; c'est à cette époque qu'il faut placer les deniers et les oboles à la crosse et aux légendes -1- CIVITAS — + CATVRCIS. En 1265, l'évêque Barthélémy II (1250-1273) interdit aux consuls toute fabrication. Ils n'y persistèrent pas moins et frappèrent des pièces purement municipales. Les légendes restent les mêmes, mais tout emblème épiscopal disparaît du type, qui se compose de deux croisettes et des lettres AT en croix.

En 1280, sous l'épiscopat de Raymond de Cornil (1280-93) ^^ droit de monnayage fut exclusivement reconnu aux évêques par un arrêt du parlement. Les pièces émises par Raymond reproduisent l'ancien type épiscopal de Guillaume II, à cette différence que la crosse est tournée à gauche. Au revers, un R, initiale de Raymond, cantonne la croix.

Les successeurs de cet évêque ne nous ont pas laissé de marques monétaires qui leur soient personnelles. Peut-être trouvera-t-on un jour des deniers à leurs initiales :

Sicard de Montaigu, 1 293-1299. Pierre de Cazillac, 1311.

Raymond III Pauchelli, 1300-13 11. Hugues Géraud, 1311-1316.

Le monnayage de celui-ci est cité dans l'ordonnance de 13 15 en ces termes : « Item, la monnoie à Vevesque de Cahours : les deniers doivent estre a a d. xvi grains de loy, argent h: Roy, et de xxi s. xd. de pois, au marc de Paris, et i d. plus aus iii marcs ; et les maailles de la dicte monnoie doivent estre à ii d. iiii grains de loy, argent le Roy, et de xviii s. viii d. de pois au marc de Paris, et ne pourra faire que la x^ partie de maailles, et ainsi vauldront les deniers et les maailles dessus dictes, avalué l'un parmi Vautre à peti:(^ tourn\oix^ et à maailles tourn\oises\ les xx d. que xii d. »

Les monnaies de Hugues Géraud n'ont pas encore été retrouvées. Nous ne les connaissons que par le dessin joint à l'ordonnance de Louis le Hutin. Leur type est celui des anciennes monnaies épiscopales de Cahors, mais dans un des cantons de la croix qui figure au revers est placée la lettre b, initiale de l'évêque. Notons en terminant que de

toutes les monnaies seigneuriales dont il est question dans l'ordonnance, celles de Cahors occupent le dernier rang, pour la qualité du titre.

§ LXIX. — Comté de Mâcon\

Vers 995, Otton Guillaume, comte de Bourgogne, s'empara du

comté de Mâcon et monnaya à son nom dans la capitale. On a de lui des deniers à \//-?Hoï^\ la légende 0".'T*."0*.'T".*, Cù le nom '1yrSâ!%^J d'atelier est écrit MTSCONVS. MVTIS CON, etc. Le type de l'avers de ces pièces se compose soit d'une croix comme au revers, soit du monogramme 3R (fig. 827).

soit de la sigle H, types qui, jusqu'à ce jour, et malgré les efforts de numismates distingués, n'ont pas encore reçu d'explication satisfaisante.

En 10 14, le roi de France, qui s'était d'abord opposé à l'occupation du Maçonnais par Otton Guillaume, l'en investit solennellement; mais il semble que la couronne se soit réservé l'exercice du droit de battre monnaie, car on a des monnaies royales frappées à Màcon sous Robert, Henri I et Philippe I.

Fi-. S:

§ LXX. — Ahhayc de Cluni^-.

Fondée en 910 par Guillaume comte d'Auvergne, l'abbaye de Cluni était appelée à devenir l'une des plus puissantes de la chrétienté. Le roi Raoul lui donna le droit de battre monnaie et ce privilège fut confirmé non seulement par d'autres rois, mais encore par les bulles de divers papes.

Les monnaies de l'abbaye de Cluni qui ont été retrouvées ne sont pas antérieures au xi* siècle. Ce sont des deniers et des oboles dont le tvpe habituel est une clef, l'emblème du chef des apôtres. Les légendes sont, + CLVNIACO CENOBIO — PETRVS ET PAVLVS.

Outre la monnaie du monastère où les abbés frappaient des espèces au coin de la communauté, l'abbaye de Cluni possédait la fabrication monétaire et les bénéfices importants qui s'en trouvaient résulter, dans

1. P. Ch. Robert, Monnaies de Mdcou, dans la Rev. numisvi., 1S60, p. 456 et suiv.

2. A. de Barthélémy. Essai sur l'histoire mcnèteiire de Vahha\ede Cliiiii, dans la AV:'. nuvii>m., 1842. p. ^3 et suiv.

les ateliers de Saint-Jean d'Angely et de Niort. C'était grâce à la libéralité des ducs d'Aquitaine que le monastère jouissait de cette source de profits. On possède une charte prouvant que Guillaume duc d'Aquitaine confirma à l'abbaye de Cluni le don des deux ateliers ci-dessus indiqués, à charge d'y frapper la monnaie ducale de manière que leurs produits fiissent semblables à ceux que l'on frappait à Poitiers. Les successeurs de Guillaume ne furent pas moins généreux. Agnès, veuve de Guillaume le Grand, et son fils assurèrent de nouveau à l'abbaye monetam totam quam hahehant in villa quae nominatur Angeliacus et in alia villa quae dicitur Molgonus (Mougon). Gui Geoffroi en fit autant à son tour pour l'ofiicine de Niort.

§ LXXI. — Abbaye de Tournus.

Fondée d'abord sous le vocable de saint Valérien, qui y avait son tombeau, l'abbaye de Tournus fut en 875 concédée par Charles le Chauve aux moines de Noirmoutiers qui lui donnèrent pour patron saint Philibert, parce que, délogés de leur monastère par les invasions des Normands, ils transportèrent avec eux les ossements de ce saint.

Le privilège de battre monnaie fut, à la requête de l'abbé Blitgaire, accordé à l'abbaye de Tournus par le roi Eudes. Sur la demande de l'abbé Hervé, elle fut confirmée dans ce droit en 955 par Lothaire. On a d'autres confirmations des rois Charles le Simple, Louis V, Hugues Capet, Robert et Henri L

Les plus anciens deniers de l'abbaye de Tournus sont d'un aspect encore tout carolingien et d'un excellent style. En voici la description : + SCI PHILIBERTI MONETA. Au centre un mono- ^& gramme sur la signification duquel les numismates ne sont point d'accord. H. + LOTARII REGIS INSIGNE. Croixcanton- ^'^ ^"^ née de quatre points. Cette légende, qui paraît unique dans l'épigraphie monétaire, rappelle l'octroi fait au monastère par le roi Lothaire. Le mot insigne était synonyme de marque, de signe distinctif, et même de scçau, car Du Cange cite une charte d'Henri, roi des Romains, de l'année 1013, portant ces mots: hoc régis insigne roboravimus. Si l'on s'en tenait à cette légende des deniers et des oboles frappés à Tournus, le monogramme du droit serait celui de Lothaire; c'est l'expHcation qu'admet M. Caron.

« Les abbés de Tournus essayèrent momentanément le type de la tête, qui ne persista pas longtemps, et adoptèrent définitivement une II. 30

autre tête plus informe et ne dérivant nullement de la première, en revenant au nom de saint Valérien leur ancien patron. Je crois, dit Poey d'Avant, que ce changement est dû à une cause locale. Ce type persista jusqu'à la clôture de Tatelier qui dut cesser à la fin du XIII*' siècle. » Les premières pièces à la tète dont il vient d'être question ont la plus grande analogie avec les monnaies chinonaises. Leur attri-

Fig. 829

Fig. 830

bution à Tournas n'est pas absolument sûre. Leurs légendes donnent CAPVT REGIS et, au revers, + T:N:C:VC:T: (fig. 829). Les deniers et \vs oboles i\u tvpe du chef de saintValérien portent nettement leur certificat d'origine : 4- TORNVCIO CA5T (fig. 830).

Nous venons de résumer ce que Ton sait actuellement sur la numismatique de Tournas; nous faisons cependant toutes nos réserves sur lu classement adopté. Si les deniers à la légende CAPVT REGIS sont réellement de cette abbaye, nous croyons qu'on devrait les ranger bien plutôt en tète qu'au milieu de la série.

§ LXXIL — Cotnté de Chalon.

Le comté de Chalon fut rendu héréditaire par le roi Lothaire en 968, en faveur de Lambert L Jusqu'au règne de Philippe I, la ville de Chalon resta le siège d'un atelier royal, et ce n'est qu'à la fin du xii'^ siècle qu'on voit surgir une monnaie comtale.

Il existe des deniers de Guillaume II (ii 68-1 203); leur type est une croix ancrée au droit et pattée au revers. Les légendes sont,

+ GVILLE DNVS — + DOMIN CHALON.

Duby cite d'après de Boze une pièce de Jean II le Sage (1213- 1237) qui n'a pas été retrouvée en nature. Elle porterait, + IObARn€S CoH^ES — CABILO Cl VIS, et une sorte de portail. Jean le Sage fut le dernier comte de Chalon; en 1237 il céda cette terre à Hugues IV, duc de Bouri^o«rne.

§ LXXIII. — Seigneurie de Bourbon-Lancy.

Cette seigneurie était un fief du comté de Ciialon. Par le mariage de Jeanne de Luzy, fille de Simon de Luzy, avec Jean de Châteauvillain, la terre de Bourbon-Lancy entra dans les domaines de cette maison. Simon de Luzy mourut vers 1258. La chronologie de ses successeurs n'est pas fixée avec précision :

Jeanne de Luzy et Jean de Châteauvillain, ce dernier cité en 1259-1284.

Gui de Châteauvillain, leur fils, 1284 — mort avant 1298.

*Jean I de Châteauvillain, fils de Gui, ...i 299-1 325.

Jean II de Châteauvillain, fils de Jean I, 1325 — mort en 13S3.

Jean II décéda sans postérité, et la seigneurie de Bourbon-Lancy passa à Guibaut de Mello.

Le seul seigneur de Bourbon-Lancy qui nous ait laissé des souvenirs numismatiques est Jean I de Châteauvillain ^ Ses deniers et ses oboles portent à l'avers. un château flanqué de deux tourelles; les légendes sont + BORBONENSIS. et du côté de la croix: + 10 D. CASTVIL- LÂNO. Le monnayage de Bourbon-Lancy n'est pas mentionné dans l'ordonnance de 13 15.

§ LXXIV. — Évéché d'Autun.

Les évoques d'Autun obtinrent, suivant M. de Barthélémy, le droit de frapper la monnaie royale sous Carloman, entre 879 et 884, à l'époque où ce roi vint attaquer Boson et lui enlever le comté d'Autun. « Il ne paraît pas, ajoute cet auteur, que, dans les années qui suivirent la concession, les évoques aient joui paisiblement du privilège ; on dit que les comtes d'Autun s'en étaient emparés et quand Charles le Simple vint à Autun en 900, l'évêque Wallon obtint de ce roi qu'il leur rendît leur droit dans son intégrité, à la prière de Richard le Justicier, duc de Bourgogne et comte d'Autun. » Le pape Jean X confirma cette restitution en 921.

L'cvéque Wallon avait intéressé le chapitre d'Autun dans les bénéfices de la fiibrication. Le jour de son ordination, en 920, Hervé, successeur de Wallon, confirma cette libéralité. En 1182, l'évoque Etienne et le

I. E. Caron, Monnaies de Jean de Châteauvillain, sire de Bourbon- Lancy, dans la Rcv. nuviism., 1887, p. 402 et suiv., et 1890, p. 451.

chapitre convinrent de partager les profits de la monnaie par portions égales.

Les monnaies épiscopales autunoises sont des immobilisations du type de Carloman. Nous les avons décrites, p. 246, et avons reproduit sous notre fig. 434 un denier d'époque très récente sur lequel le nom du roi, CARLOMANVS, est traditionnellement conservé.

A ces émissions succédèrent, vers le milieu du xii*^ siècle, celles où le nom royal est remplacé par celui de saint Nazaire : MON ETA SCI NAZARI. Le type est, des deux côtés, une croix. Au revers on lit: + /EDVAXPI CIVITAS.

« A la fin du xii^ siècle, dit M. A. de Barthélémy dans son Manuel, les ducs de Bourgogne troublèrent les évoques d'Autun dans leur droit de frapper monnaie, mais cédant aux observations de l'évoque Robert, le duc Eudes III autorisa le cours de la monnaie épiscopale. Le pape approuva cet accord la même année, et il fut encore ratifié en 1244 par Hugues IV duc de Bourgogne, et en 1287 par le duc Robert IL » C'est néanmoins vers cette époque que le monnayage ecclésiastique a dû prendre fin, puisqu'on n'en trouve pas mention dans l'ordonnance de 13 15.

§ LXXV. — Abbaye de S aint-É tienne de Dijon,

Cet établissement religieux reçut le jus monetae de Charles le Chauve, par diplôme de l'année 863. En 887, Charles le Gros confirma la concession de son prédécesseur.

Robert I, duc de Bourgogne (1032-1075), donna à l'abbaye de Saint- Étienne, monetam de Dyvion. C'est à cette libéralité que l'on doit selon toute vraisemblance les deniers et oboles battus au commencement du xn'^ siècle et portant à l'avers, en trois lignes : PRI-MA SE-DES, légende qui complète le mot DIVIONENSIS. placé au revers autour de la croix.

§ LXXVI. — Duché de Bourgogne ^

Lorsque le roi Henri I monta sur le trône de France, il donna le duché de Bourgogne à son frère Robert, pour le tenir en fief héréditaire de la couronne.

I. A. de Barthélémy, Essai sur les monnaies des ducs de Bourgogne ^ Dijon y l8$0, in-40.

Robert I, 1032-1075.

Hugues I, 1075-1078.

* Eudes I, 1078-1102.

* Hugues II, 1102-1142.

* Eudes II, 1142-1162.

* Hugues III, 1163-1193.

* Eudes III, 1193-1218.

* Hugues IV, 1218-1272.

•Robert II, 1 272-1 305.

*Hugues V, 1305-1315.

Le premier duc de Bourgogne auquel, dans l'état actuel de la science, on puisse reconnaître une monnaie signée, est Eudes I (1078-1102). Nous avons de ce prince des deniers frappés à Dijon, 4- DIVION CAS- TRI," qui reproduisent, en le corrigeant un peu, le type lingon de la croix dite fichée. Le nom ducal y est écrit ainsi que le titre : 4- ODO DVX BVRG.

Hugues II (1102-1142) continua à utiliser cette empreinte en y apportant une variante légère. La croix pattée du revers est cantonnée de deux croisettes, et à Tavers le nom du duc est mis au génitif, le mot moneta étant sous-entendu: +HVGONIS DVCIS (fig. 831).

Fig. 831

Fig- 833

Sous Eudes II (1142-1162), la gravure devient moins grossière, la croix fichée s'agrandit, les bras se bifurquent et trois d'entre eux ont leur extrémité ornée de trois globules ou d'un annelet (fig. 832 et 833).

Sous Hugues III (1163-1193), la flibrication des monnaies ducales, restreinte jusqu'alors à Dijon, se dédouble. Une occupation momentanée (11 66-1 168) et partielle des domaines de Guillaume II, comte de Chalon-sur-Saône, permet au duc d'installer une forge bourguignonne dans cette ville.

Pendant les premières années de Hugues III, les deniers dijonnais {Portent au droit une croix à branches ancrées ; c'est la dernière étape des transformations subies par le type de Langrcs, qui va faire place à un dispositif nouveau : les trois lettres du titre ducal placées dans le chfimp en triangle et alternées d'annelets (fig. 834).

Dans l'atelier temporaire établi par le duc de Bourgogne à Chalon, nous retrouvons un type qui traînait depuis plus de deux siècles sur les monnaies royales de cette ville. Le champ, qu'entoure la légende CABILON CIVITA, est chargé d'un grand B précédé de trois globules : et suivi d'un annelet.

Sous Eudes III (i 193- 12 18), le type adopté par Hugues III à Dijon

se transforme. Nous assistons à la création de Vanille, qui restera jusqu'au XIV* siècle la caractéristique des deniers et des oboles bourguignons

(fig- 835)-

Hugues IV (1218-1272) acquit en 1237 de Jean le Sage le comté

de Chalon-sur-Saône, en échange de la seigneurie de Salins, et la seigneurie d'Auxonne en échange de trois autres fiefs. On possède de ce

<Jb

Fig. 834

Fig. 835

duc des monnaies battues à Dijon et à Chalon. L'ouverture de l'atelier d'Auxonne ne semble avoir eu lieu que sous Hugues V.

Les deniers et les oboles dijonnais nous montrent l'anille accostée d'un globule et d'une étoile. Les légendes 4- VGO DVX BVRGiDIE — + DIVIONENSIS, ne diffèrent guère, que par le nom, de celles du. règne

Fig. 837

Fig. 838

précédent (fig. 836). A Chalon, le type reste tel qu'il était pendant l'occupation de Hugues III, à cette différence près que le : B est suivi d'une croisctte et non d'un annelet.

Le règne de Robert (1272-1305) ne semble donner que le seul atelier de Dijon; mais la fabrication monétaire, jusque-là restreinte aux

Fig. 841

Fig. 84:

Fig. 845

Fig. 8.H

deniers et aux oboles, s'étend à des doubles deniers dont le nom, Dl GE- NOIS DO V BLES, est écrit en toutes lettres au revers.

Le type le plus fréquemment en usage sous Robert II est l'anille ou un de ses dérivés (fig. 837 à 843); mais à côté de cette figure déjà

traditionnelle, nous voyons surgir pour la première fois l'ècu de Bourgogne ancien : bandé d'or et d'a:(ur de six pièces, à la bordure de gueules

C'est au règne de Robert que remontent les premiers textes connus sur le monnayage des ducs de Bourgogne. Ils ont été résumés par M. A. de Barthélémy dans son intéressante monographie :

« Dès le mois d'octobre 1282, Robert avait fait marché avec Jean Bernier, de Vézelai, bourgeois de Beaune, à l'effet de fabriquer du numéraire pour 15,000 gros. Deux ans plus tard, le duc, de concert avec Agnès sa femme, donnait une charte par laquelle il s'engageait à fliire frapper dorénavant une monnaie qui ne serait plus modifiée ni pour le type, ni pour la loi, ni pour le poids; à l'avenir on devait tailler 19 s. 8 d. dans un marc de Troyes composé de 2 onces d'argent fin de Montpellier, et de 6 onces de mciail : de telle sorte que 15 deniers de Dijon vaudraient douze petits tournois. Fabriquée de deux ans en deux ans, et dans la proportion nécessaire pour le commerce, cette monnaie était soumise à l'examen des évéques de Chalon et d'Auxerre, ou seulement de l'un de ces prélats assisté de deux châtelains. Le duc autorisait ces arbitres, en cas d'inexécution de sa part, à mettre l'interdit sur ses domaines, et miéme à le priver du droit de frapper monnaie qui, dans ce cas, devrait revenir au roi de France. Il enjoignait aussi à ses successeurs de jurer obéissance à ce règlement aussitôt leur avènement, ou, au plus tard, dans les trois mois qui suivraient.

« En 1300, Philippe le Bel qui, dès 1298, avait écrit au duc pour éveiller son attention sur les monnaies étrangères qui abondaient de toutes parts, lui fit 'parvenir un nouveau mandement, dans le but d'obtenir un bénéfice dont il y a des exemples assez analogues. Il s'agissait de cesser pendant trois années la fabrication des monnaies ducales, et, pendant ce délai, de laisser courir en Bourgogne les espèces royales. Robert accéda sans difficulté à cette demande, à condition toutefois que cette complaisance ne serait jamais considérée comme un précédent préjudiciable à ses droits. A l'expiration de ce délai, le duc reprit l'administration de ces monnaies et fit un traité à cet égard avec deux Florentins, Balde Fin et Quinquenel Comrat. » Ces deux entrepreneurs acceptèrent l'exploitation de l'atelier pour un an à partir de la Saint-Jean Baptiste 1303. Ils s'engagèrent à fabriquer « scxantc gros iniUicrs de digcnois y) qui courront i<- par Bourgogne... les cinc digcuois pour quatre bons tournois petits. »

Le duc Robert signe rarement ses espèces de son nom entier. C'est presque toujours son initiale qui commence la légende.

l.cs deniers de Hugues V (1305-1313), battus non seulement à

Dijon, mais à Auxonne, portent, suivant M. Maxe-Werly% dont nous avons adopté le classement en ce qui concerne les pièces au type de l'anille, cet emblème coupé par une fasce chargée du mot DVX (fig. 845). On ne possède aucun document d'archives sur le monnayage de ce duc, le dernier dont nous ayons à nous occuper ici. On sait seulement qu'en 1308 Philippe le Bel obtint de Hugues V qu'il laisserait courir en Bourgogne les pièces royales, pro utilitate regni, et qu'en 13 15 Fig- 84-, [q monnayage bourguignon est mentionné en ces termes laconiques par l'ordonnance de Louis le Hutin : Les dyionois du duc de Bourgoigne sont à ii d. et xviii grains fin et de xx s. de taille.

§ LXXVII. — Évéché de Langres.

Les évêques de Langres obtinrent en 874 de Charles le Chauve la monnaie de leur ville et celle de Dijon. Les pièces frappées à la suite de cette concession sont au type royal. Nous en avons parlé en traitant de la numismatique carolingienne. Le dernier roi signataire d'un denier lingon semble avoir été Louis IV d'Outremer ; puis son coin s'immobilise et finit par donner au x^ siècle le type de la croix fichée, imité à Dijon et dans d'autres villes bourguignonnes.

Dans le courant du xi^ sièle, un évoque, Hugues I de Breteuil (1032- 1049), signe un denier ; mais sa tentative reste isolée. Voici la description de cette monnaie : + HVGO+ 6PISC0PV en légende rétrograde. Croix cantonnée ^'z- 84e de deux croisettes. H. 4- hlNGONIS

CVTS. Croix fichée surmontée de deux traits en forme de chevron désuni (fig. 846). Il est probable que le coin de Hugues fut immobilisé à son tour ; quoi qu'il en soit, il faut passer au xii'' siècle pour rencontrer une nouvelle monnaie Hnc^one.

Une révolution artistique s'est accomplie, et la première tentative des monnayeurs de Langres pour sortir du désordre et de la routine leur réussit à merveille. Les deniers qu'on attribue communément au roi Louis VII (1137-1180), dont ils por.tent en effet le nom, nous offrent comme type une crosse épiscopale accostée d'un croissant et d'une étoile. Au revers on lit, VRBS LINGON IS. Les caractères sont nets et régulièrement tracés (fig. 847).

I. L. Maxc Werly, Trouvailîe de Largue^ dans la Rcv. numism., 1883, p. 233.

Il serait difficile de dire jusqu'à quelle époque ce monnayage fut poursuivi ; il ne semble pas qu'il ait dépassé le règne de Louis VII. A la fin du xii^ siècle, nous trouvons à Langres un denier dont le type est emprunté aux deniers à l'anille de Hugues III duc de Bourgogne (fig. 848). Cette pièce a pour légendes, 4- SCS MAMGDES hLIN-

Fig. 847

Fig. 848

GONIS VRBS; l'évêque Renard (1065-1085) avait obtenu de l'empereur d'Orient le bras de saint Mammès et traduit en latin le commentaire grec de Métaphraste sur les actes de ce saint, que les habitants de Langres tinrent depuis en vénération particulière.

On n'a pas retrouvé les monnaies des évêques de Langres pour la première moitié du xiii^ siècle, mais on sait qu'ils en émirent, puisqu'un document écrit témoigne qu'en 1238, Robert de Thourotte voulut: monetam novam concedere. Nous donnerons donc ici la chronologie épiscopale en prévision des découvertes futures :

Robert, io8$-iiio.

Jocerand, 1113-1 126.

Willenc de Saulx, 1126-1136.

Guillaume de Sabran, 1136-1138. Godefroid, 1140-1164.

Gautier, 11 64-1 180.

Mariasses, 1180-1193.

Garnier II de Rochefort, 11 93-1 199?

Hilduin de Vandœuvre, 1200- 1203.

Robert II de Châtillon, 1204- 1208.

Guillaume II de Joinville, 1209-1218.

Hugues II de Montréal, 1219-1232.

Robert III de Thourotte, 123 2-1240.

Hugues III de Rochecorbon, 1 244-1 250.

Gui î de Rochefort (125 0-1266) inscrivit son nom sur des deniers portant à l'avers un écu écartelé d'un sautoir avec quatre Us dans ses cantons. Ce monnayage continua vraisemblablement sous Gui II de Genève (1268-1292).

Les pièces de Jean I de Rochefort (1296-1305) et de Bertrand de Got (1306) sont encore à retrouver; mais, si elles existent, il est fort probable qu'elles reproduisent le type à l'écu, puisque nous retrouvons celui-ci sous Guillaume III de Durfort (1306-1318), le dernier évoque dont le monnayage soit dûment constaté. L'atelier de Langres n'est plus cité dans l'ordonnance de 13 15.

• § LXXVIII. — Comté de Tonnerre.

La numismatique des comtes de Tonnerre débute dans le courant du X* siècle par des deniers anonymes d'un type également en usage à Auxerre, et composé, au droit et au revers, d'une croix. Sur l'une des faces la bordure est occupée par la légende 4- TORNODORI CASTI, ou + TORNERO MONEIC, ou enfin sur les plus récentes émissions: + COMES TORNODOR. De l'autre côté, il n'y a pas de légende, bien .^^ss^ip?^ qu'entre les deux grénetis la place habituelle /./■' rY^""^ \ de 1 mscription soit réservée; aux quatre l^u^v^l^^^^ extrémités de la croix, les graveurs ont ^''^''''^^='-'^' // seulement marqué une croisette ou une ïS:^ lettre (fig. 849).

Fig. 849 Les monnaies de Tonnerre ne com-

mencent à être signées qu'à la fin du xiii*^ siècle ; mais, dès lors, la série en est assez continue.

* Charles I, roi de Sicile, 1273-12S5. Guillaume de Chalon, 1 192-1304.

* Marguerite de Bourgogne, sa veuve, * Jean II de Chalon, 1 304-1 346. 1285-1292.

Jusqu'à la fin de leur monnayage, les comtes de Tonnerre conservèrent au droit et au revers de leurs monnaies le type de la croix. Elles ne présentent donc rien de réellement particulier à part leurs légendes, dont voici l'énumération :

Charles I: + KREXSICILIE — 4- COMTORDODOR.

Mar^^uerite: + MON ou M.: REG : SICILIE — + COM-TOR- NODOR.

Jean II commença à régner sous la tutelle de sa mère, Filéonore de Savoie (1304-1308). Cette princesse signe à cette époque les deniers de Tonnerre: 4- ALI€PORDDSÂBÂD — GD0P6TAT0RP0D0RV.

Les monnaies de Jean II sont les dernières que les comtes de Tonnerre semblent avoir émises. Il n'est plus question de leur droit de battre monnaie dans l'ordonnance de Louis le Hutin.

§ LXXIX. — Comic d' Auxerre.

Le monnayage des comtes d'Auxerre, qui pour le type se rapproche beaucoup de celui des comtes de Tonnerre, resta toujours anonyme. La légende réservée à l'une des faces des deniers et des oboles ne se compose que du nom de lieu, AVTI5I0DER Cl ou ALTISIODOR.

§ LXXX. — Comté de Sens\

Le comté de Sens devint héréditaire au milieu du x^ siècle, lorsque Fromond en eut été investi par Hugues le Grand, duc de Bourgogne.

FromondI, 941-931. Fromond II, 996-1012.

* Renaud I le Vieux, 951-996 ?. Renaud II, ioi2-iO)5.

A la mort de ce dernier comte, décédé sans enflmt, le roi Henri se saisit du Sénonais et le réunit à la couronne.

Le monnayage de Sens débute au x^ siècle par des deniers au temple que signe le comte Renaud I (951-996 ?). Le type et le style de ces pièces sont identiques à ceux des monnaies de Gislebert, duc bénéficiaire de Lorraine (fig. 850). Après cette émission, les espèces deviennent anonymes. L'atelier de Sens émet des deniers et des oboles analogues à ceux de Tonnerre et d'Auxerre, muets d'un f's- ^5°

côté et portant de l'autre -h SENONES CIVITÀS. Sur certaines pièces, l'une des croix est remplacée par une main ouverte, mais l'emploi de ce type est exceptionnel.

§ LXXXL — Co}}ité de Champagne^.

« Le nom de Champagne, dit M. Caron, ne désignait d'abord qu'une contrée et non une circonscription politique. Sous les Carohngiens et sous les seigneurs de la maison de Vermandois, il n'y avait pas de comté de Champagne ; il y avait des comtes de Troyes et Herbert II devint le premier comte de Meaux ; lui et son fils Etienne sont appelés comtes de Troyes et Meaux. Ce ne fut qu'après la mort de ce dernier, mort sans enfants (10 19), qu'Eudes, comte de Blois, s'empara de ces comtés et se quahfia comte de Champagne, Campania, nom donné aux vastes et arides plaines du comté de Troyes. )>

1, Ch. Salmon, Fragments de niwiism. scnonaise, dans la Rev. numism., 1854, p. 186, et dans la Rcv. belge de mimisni., 1855, p. 175 et 187, p. 61.

2. A. de Bartliclcmy, Les monnaies des comtes de Champagne, dans V Histoire des ducs et comtes de Champagne, par d'Arbois de Jubainvillc, t. IV, Paris, 1865, p. 759 et suiv. — L. Bourquelot, Eludes sur les foires de Champagne, dans les Mém. présentés par divers savants à l'Acad, des Inscriptions, 2c série, t. V, ne partie,

Eudes, 1019-1037. Henri II, 1181-1197.

Etienne II, 1037-1048. Thibaut III, 1197-1201.

Eudes II, 1048-1063. Thibaut IV, 1201-1253.

Thibaut I, 1063-1089. Thibaut V, 1253-1270.

Hugues I, 1089-vers 1125. Henri III, 1270-1274.

Thibaut II, 1125-1152. Jeanne, 1274-1305. Hônri I, le Libéral, 11 $2-1 181.

Le monnayage des comtes de Champagne embrasse quatre ateliers. Troyes, Provins, Meaux et Reims, qui ont chacun leurs types particuliers. Nous les examinerons donc l'un après l'autre, comme l'ont fait nos devanciers.

Troyes, — Le monnayage de Troyes, dit Poey d'Avant, a eu la plus large influence sur la numismatique champenoise, et doit y tenir la première place. Comme dans beaucoup d'officines, le type des premières monnaies de Troyes est une dégénérescence du monogramme de Charles ; née au commencement du x*^ siècle, cette immobilisation persista jusqu'au milieu du xi*. Les légendes des deniers carolingiens sont elles-mêmes conservées au début, mais le (7RATIA DI'REX en est réduit parfois à un assemblage incohérent de lettres tels que + SPACIA Dl DES ou +GDACIV D REX.

C'est à cette période anonyme du monnayage de Troyes que se rattachent les monnaies sur lesquelles le nom de cette ville, TRECASCIVI, est associé parfois à celui de Crespy, CRITPEIS CITAO, ou plus fréquemment à celui de Meaux, MELDIS CIVITAO. On n'est pas d'accord sur les circonstances qui amenèrent des villes champenoises à émettre ce numéraire commun, ni sur l'époque exacte à laquelle les premières émissions eurent lieu ; mais il date assurément, ainsi que nous l'avons vu, des temps carolingiens. Comme le dit fort bien Fillon, ces monnaies d'associations furent un moyen de remédier au fractionnement du royaume en petites circonscriptions territoriales, divisées par leurs intérêts politiques, mais non par leurs intérêts commerciaux. Les monnaies de Troyes et Meaux, comme celles de Troyes et Crespy, ne paraissent pas avoir été frappées au delà du xi^ siècle.

C'est sous le règne de Thibaut I (1063-1089) que les monnayeurs

de Troyes renoncent à produire des espèces anonymes.

Leurs deniers sont toujours empreints du monogramme,

qui ne conserve de carolin que l'apparence générale. On

Fig. ssi y lit en effet très clairement VRBS (fig. 851). Les légendes

du pourtour sont PETVS EPICOPVS, nom de S. Pierre, patron de la

ville, et, du côté de la croix, TRECAS CIVI TEBO.

Le successeur immédiat de Thibaut I, Hugues (1089-1125 ?) conserva son type en se bornant à substituer le nom de HVGO à celui de TEBO. Les deniers de ce comte sont excessivement rares.

Sous Thibaut II (1125-1152) le monogramme se modifie. C'est désormais le nom du comte qui en fournit les éléments, TEBO C(omes). Cette forme Tebo est très remarquable: c'est l'expres-

sion simple de la prononciation vulgaire ; I^IM Ml^i Iff^ll Jloa! on retrouvera un fait analogue dans le monnayage de Flandre, où la veuve de Philippe d'Alsace, Mehaut de Portugal, Fig. 852

a des mailles portant en monogramme

Meo. Sur les deniers de Thibaut II, le nom de Troyes, TRECAS CIVI- TAS, entoure le type principal, et la légende BEATVS PETRVS figure du côté de la croix (fig. 852).

Henri I (1152-1181) et Henri II (1181-1197) reproduisent sur leurs espèces le monogramme de Thibaut, mais perdant sa signification primitive et n'ayant d'autre but que de faciliter le cours des deniers et

Fig- 8>3

Fig- 854

Fig. S;5

des oboles ; peu à peu on l'enjolive, on en modifie les éléments dans un but décoratif. Le nom du prince des apôtres écrit du côté de la croix est remplacé par HENRICVS COMES.

Au temps de Thibaut III (1197-1201), le monogramme complètement dénaturé devient une figure inexplicable : les graveurs font une image bien symétrique, mais assurément ils en ignorent le sens. La flmtaisie s'accentue encore sous Thibaut IV (1201-1253), le dernier comte de Champagne qui semble avoir monnayé. Nos figures 852 à 855 permettent de suivre pas à pas la transformation lente du monogramme de Thibaut.

Provins. — Le monnayage de Provins présente un type tout à fait différent de celui de Troyes, et connu des numismates sous le nom de type provinois . Il commence par l'émission de deniers qui prouvent l'existence, au x*= et au xi'^ siècles, d'une alliance commerciale avec Sens. Les

légendes de ces pièces sont très incorrectes et dénotent une fabrication longue et routinière ; voici trois exemples des inscriptions les plus altérées :

PCORIVINS CATO — SENOINS CIVI.

lOIVSIVIS CATO — SENONS CIVI.

RILDViVilS CATO — SEEEOMSCiVI.

Sur les pièces les plus anciennes de cette associ ation . on voit des traces très apparentes du monogramme d'Eudes, ODO RE, sur une fasce (fig. 85e). La croix du revers est simple. Le flan des deniers est large et leur poids

Fig. 85e

Fig- 857

élevé. Puis le type se transforme, les traces du mot rex prennent insensiblement l'apparence d'un peigne, jusqu'au jour où, forçant la note, le graveur dessine franchement cet objet qui lui fournissait l'occasion d'un jeu d'esprit. Le peigne dans le champ devint l'emblème parlant du pays de Champagne (fig. 857 à 859).

Ils sont plus fréquents qu'on ne pense, ces jeux d'esprit sur les monnaies du moyen âge, et l'on aurait grand tort de croire que le rébus ne fut em.ployé qu'en héraldique pour former les armes parlantes. Nous verrons plus loin des deniers de Rethel sur lesquels figure un râteau ou ratcl ; la porte, janua, marque de Gênes, rentre aussi dans la catégorie des calembours; enfin nous trouverons parmi les monnaies de l'Orient latin les pièces de Saïda ou Sagete portant comme type une sagcte ou flèche.

Meaux. — Le monnayage de Meaux commença à la fin du ix' siècle ou au début du x*^ par l'émission de deniers anonymes portant les noms réunis de Meaux et de Troyes, de Meaux et de Reims. Le type fut une immobilisation du monogramme de Charles.

Au XI'' siècle, Thibaut I (1048-1089) imita dans son atelier de Meaux le type de la dextre bénissant, employé sur les monnaies épiscopales. Ces imitations continuèrent assez longtemps et furent, entre les comtes et les évéques, la source de discussions sur lesquelles nous reviendrons plus loin.

Reims, — Le monnayage des comtes de Champagne à Reims n'eut aucun caractère, permanent. Il fut la conséquence d'une occupation de cette ville par Eudes II (1019-1037). Le type de ses deniers rémois est une tète barbare de face. Les légendes, souvent très altérées, sont ODO COMES — F^g- s^o

+ REMIS CIVITA ; parfois le nom du comte est répété sur les deux faces de la monnaie (fig. 860).

§ LXXXII. — Évêché de Meaux.

Il est probable qu'au début des temps féodaux les évoques de Meaux partagèrent avec les comtes de Champagne les bénéfices de la fabrication des monnaies au type carolingien immobilisé. Au xi^ siècle, le comte et i'évèque eurent chacun leur atelier spécial. Voici la succession des évcques à partir de cette époque :

Macaire, vers 1020.

Bernier, vers 1028.

Dagobert ?

* Gautier I Saveir, vers 1045-1082.

Robert I, 1082-1083.

* Gautier II de Chambly, 1085-1102, Mariasses I, 1 103- 1 120.

* Burcard, 11 20-1 134.

Manassès II, 1134-1158.

*Renaud, 1158-

Hugues, 1161-1162.

* Etienne de la Chapelle, 11 62-1 171.

* Pierre I, 1172-1175.

Pierre II, vers 1175.

Simon, vers 1177-vers 1195.

Anseau, vers 1 197-1207.

Geoffroi de Tressy, 1207-12 14.

Guillaume I de Nemours, 1 2 14- 1 221.

Amaury, 1221-1223.

Pierre III de Cuisy, 1223-123 5.

Aleaume de Cuisy, 1253-1267.

Jean I de Poincey, 1267- 1269.

Jean II de Garlande, 1269-1272.

Eudes, 1274.

Jean III de Montrolles, 1274-vers 1286.

Adam de Vaudoy, 1 289-1 298.

Jean IV de la Grange, 1299- 1300

Jean V de Montrolles, 1 301-1304.

Nicolas Vole, 1305-1308.

*SimonII Festu, 1308-1317.

Les deniers et les oboles de Gautier I (1045 -1082) ont pour type une dextre bénissant, entourée de son nom, GALTERIVS PESV ou PRESV. Le nom de la ville, + MELDIS CIVITAS, entoure la croix du revers (hg. 861). Sous Gautier II (1085-1102), les monnaies meldoises portent une crosse accostée d'un alpha et d'un oméga. L'évêque continue à prendre le titre de prcsid. Burcard (1120-1134) s'intitule episcopus. Ses monnaies ont dans le champ de l'avers une main tenant une crosse. Sous Renaud (1158-iiéi), le type se compose de deux crosses adossées. L'évêque Etienne de la Chapelle (1161-1171) a recours suc-

cessivement à deux coins différents : ses deniers et oboles les plus anciens portent une crosse entre deux lis ; ses pièces les plus récentes

rijr. 861

Fis. 862

portent sa tète mitrée, de profil à gauche (fig. 862). Ce dernier type est conservé par Pierre I (1172-1175), mais devant le visage est placée une crosse.

Un vide énorme existe dans la série des monnaies de Meaux pour le dernier quart du xii^ siècle et toute la durée du XIII^ Les documents prouvent cependant, à n'en pas douter, que l'atelier épiscopal ne fut pas en perpétuel chômage. Le plus ancien témoignage écrit que nous ayons du monnayage épiscopal à Meaux est un accord de 1130 entre l'èvêque Burcard et ses monnayeurs. En 11 67, l'évêque Etienne eut une grave discussion avec Henri, comte de Champagne, qui avait contrefait les monnaies épiscopales ; le comte s'engagea à ne plus émettre d'espèces dans son atelier de Meaux. En 1208, la comtesse Blanche de Champagne fit avec l'évêque Simon une convention par laquelle il s'engageait à frapper monnaie en commun pendant trois ans à Meaux, Provins et Troyes, de telle façon que les deux tiers des bénéfices fussent pour la comtesse et le dernier tiers pour l'évêque.

En 1225, l'évêque Pierre III de Cuisy démonétisa les anciennes espèces, en fit frapper d'autres, et s'engagea à ne plus changer sa monnaie sans prévenir le roi quatre mois auparavant, à moins que le comte de Champagne ne fit le même changement.

Les droits monétaires des évêques de Meaux sont encore constatés dans l'ordonnance de 13 15 : « Item, la monnoie à l'évesque de Meaux : les deniers doivent estre à iii d. et de x grains de loy, argent le Roy, et de xix s. vii d. de pois, au marc de Paris; et les maailles doivent estre à ii d. xxi grains de loy, argent le Roy, et de xvii s. iiii d., oboles doubles au marc de Paris; et ne pourront faire que la x^ partie des maailles, c'est à dire ixc. l. de deniers et c l. de maailles doubles ; et ainsi vauldront les deniers et les maailles dessus dictes, avaluc l'un parmi Vautre à peti:^^ tourn[oi:(\ et à maailles tourn\oiscs\ iii s. iiij d. mains la livre que petits tourn\oix], c'est à dire que les xiiii d. de la monnoie dessus dicte ne vauldront que xii peti:( tour7î[oi:(\. »

Les manuscrits de l'ordonnance sont accompagnés du dessin d'un

denier de Tévêque Simon II (1308-13 17) qui n'est plus connu aujourd'hui en nature. Le type de cette pièce est celui des monnaies de Pierre I : un buste mitre, de profil, à gauche, précédé d'une crosse.

§ LXXXni. — Evêché de Châîons-sur-Marne.

Nous avons précédemment parlé de l'acte par lequel Charles le Chauve accorda, en 865, à l'église de Châlons les profits de la fabrication monétaire locale.

L'émancipation monétaire des évêques de Châlons ne semble pas, au point de vue des types, antérieure à Guillaume I de Champeaux (1113-1122).

Poey d'Avant et son continuateur M.

Caron ne reconnaissent à cet évêque qu'un seul denier, portant dans le champ les lettres EPS entre deux lignes de grénetis, et se Fig. 864

distinguant par les légendes circulaires, + GVILLERMVS h CATHA-

LAVNI. M. L. MaxeWerly^a restitué à Guillaume I les c?^m>rj portant le mot PAX dans le champ, dont ses devanciers faisaient descendre la fabrication à Guillaume II du Perche (12 15-1226).

Dès le temps de Guillaume de Champeaux, le cours de la monnaie châlonnaise prit la plus grande extension en Champagne ; les mentions en deviennent très fréquentes. On n'a cependant pas retrouvé de monnaies aux noms d'Ebles de Roucy (1122-1126) et d'Erlebert (1127- 1130).

La série monétaire reprend avec Geoffroi I (1131-1142), auquel M. Maxe Werly restitue les deniers jadis classés à l'évêque Geofiroi II. Les monnaies de Geoffroi conservent le type PAX, souvenir du coin verdunois d'Henri l'Oiseleur, que nous avons vu paraître sous Guillaume I. Les légendes sont 4- GAVFRID' EPISCOP h CATALAVNI

Cl VI (fig. 864). Ces pièces sont les dernières monnaies de Châlons qui aient été retrouvées. Il y a lieu de croire cependant que les émissions cojitinuèrent jusqu'au milieu du xiii*' siècle, car en 1290 les chartes parlent encore de la circulation des deniers et oboles châlonnais, dont la valeur était la même que celle des parisis.

I. Maxe Werly, Études sur les monnaies au type altéré de Henri V Oiseleur, dans les Metn. de la Soc. des lettres de Bar-le-Duc, 1879.

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