‹ Traité de numismatique du moyen âge (volume 5)Chapitre 16 sur 85 · CVI · texte numérisé non relu

CVI

Comté d'Artois^.

Le territoire qui devait former le comté d'Artois fut dctaché de la Flandre pour servir de dot à Isabelle, nièce de Philippe d'Alsace, lors de son mariage avec le roi Philippe-Auguste.

Saint Louis, en exécution du testament qu'avait laissé son père Louis VIII, donna l'Artois à l'aine de ses frères, qui devint comte sous le nom de Robert I (1237-1250). Ce prince eut pour successeurs son fils Robert II (1250-1302), et Mahaut (1302-1329).

Ces trois feudataires nous ont laissé des monnaies. Ce sont de petites mailles d'argent fin, analogues à celles qu'on frappait en Mandre à la même époque. Leur type se compose uniformément d une réduction

simplifiée de l'écu comtal : d'a:^ur, scmc de jlcurs de lis d'or, brisé eti chef d'un lamhel d'argent de trois pièces, char^aées chacune de trois tourelles d'or.

Les mailles des Robert sont anonymes, mais portent le nom de l'atelier A-R-A-S dans les cantons de la croix (fig. 927). Sur les pièces de Mahaut, le nom de la comtesse ME-HA-VT entoure l'écusson aux armes d'Artois; au revers sont gravées les quatre premières lettres du nom Arthesia.

Fig- 9-7

§ CVII. — Evéché de Tournai-,

Différents témoignages écrits prouvent que dès le x' et le xi' siècles on forgeait à Tournai un numéraire pour le compte des évéques, mais les pièces de Lambert (1113-1121) sont les premières dont nous avons connaissance.

A cette époque, Tournai possédait un sys- f;-. ,:.

tème complet de deniers et d'oboles calqué sur le système fiamand et artésien. L'empreinte que les pièces de Lambert inaugurent, un buste tonsuré accompagné d'une crosse, se conserva immuable aussi long-

1. Hermand, Histoire vionîtdirc de la province d'Artois et des seigneuries qui en dépendaient. Saint-Omer, 1843, in-8. — Dewismes, Catalogue raisonné des monnaies du comté d'Artois. Saint-Omer, 1866, in-8.

2. R. Serrure, Latclier monétaire des cjéques de Tournai, dans le Bull, de numism. et d'archéol, t. II.

temps que les évêques furent en possession du jus monetae. Notre fig. 928 reproduit le denier de l'usurpateur Nicolas d'Avesnes ; les légendes sont + MON ETA h NICOLON. Sur les pièces de l'évêque

Etienne, on litSTEPHAN — TORNACVS, ou ces mêmes mots abréiiés. Voici la liste des évêques de Tournai au xii^ siècle, successeurs de Lambert :

* Simon de Vermandois, 1123-1146. Gérard, 1149-T166. Anselme, 1146-1149. Gautier, 1166-1171.

* Nicolas d'Avesnes, avoué, usurpateur Éverard d'Oisy, 1173-1191. du temporel, 1149-1150. * Etienne, 1 192-1203.

On ne sait pas jusqu'à quelle époque les évêques de Tournai monnayèrent à leur nom. Toujours est-il qu'au xiii'^ siècle, il dut y avoir une assez longue interruption dans l'exercice de la prérogative, car les bourgeois de Tournai avaient perdu le souvenir d'une monnaie épiscopale, lorsqu'en 1286 l'évêque Michel de Warenghien (1283-1292) voulut imprimer une activité nouvelle à l'atelier depuis longtemps abandonné. La Commune, dont les intérêts avaient été depuis son origine contraires à ceux de l'évêque, s'opposa un instant à la création de CCS monnaies. Mais la contestation se termina par une transaction, approuvée par le roi de France, à la suite de laquelle l'évêque put monnayer en se soumettant au contrôle des magistrats municipaux.

Quelques auteurs ont voulu retrouver à Tournai une monnaie communale, mais leurs efforts n'ont pas infirmé le témoignage de l'historien local Cousin, d'après lequel « le prélat seul avoit puissance de faire forger monnoye en Tournai ».

Les droits monétaires de l'évêque se bornaient toutefois à la signature des espèces et à la législation du monnayage. Par une de ces bizarreries assez fréquentes dans le droit féodal, l'exploitation de l'atelier affectait à Tournai la forme singulière d'un fief héréditaire appartenant d'abord à la famille des châtelains, les Radoux, puis transmis par eux à une branche cadette, les de le Vigne ou de Vineis. En 1201, Éverard III de le Vigne céda au roi Philippe-Auguste le tiers des bénéfices que lui procurait la fabrication des monnaies épiscopales.

A la fin du xiii^ siècle, les rois de France acquirent de l'évêque le droit de fabriquer à Tournai des espèces royales, et le monnayage féodal fut désormais arrêté.

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