‹ Traité de numismatique du moyen âge (volume 5)Chapitre 15 sur 85 · II · texte numérisé non relu

II

en deux lignes, le champ droit de la monnaie. Ce type des légendes bilinéaires resta en faveur sous les successeurs de Guillaume III, Jean de Nesle (1251-1279) et Edouard I roi d'Angleterre (1279-1290); les monnaies de celui-ci portent généralement un léopard anglais passant entre les deux lignes (iig. 882).

Lorsqu'Hdouard II voulut succéder à son père, le comte d'Alençon lui contesta la possession du Ponthieu. Tandis que le procès demeurait en suspens, la terre resta consignée entre les mains du roi Philippe le Bel. En 1294, le roi de France reconnut à la cité d'Abbe ville le droit de faire frapper une monnaie municipale. iM. Deschamps de Pas rapporte à cette époque de rares deniers et oholcs de billon offrant au droit un écu triangulaire aux armoiries de Ponthieu^, entouré de l'inscription trilatérale: AB-BEV-ILE. Le revers présente un léopard surmonté du mot REX (tig. 883). Dans l'opinion de ce numismate, le magistrat d'Abbeville, en ordonnant la frappe de ces pièces, aurait voulu constater le droit reconnu du roi d'Angleterre, bien que celui-ci ne pût exercer une autorité effective dans le conné de Ponthieu.

Edouard II obtint gain de cause en 1299; il est le dernier souverain du Ponthieu qui ait monnayé.

Comté de Boulogne^.

Le comté de Boulogne, fief de la Flandre, puis de l'Artois, possède

une numismatique qui se distingue par la mobilité extrême de ses types.

M. Deschamps de Pas classe les premières monnaies battues à Bou-

Fig. Si4

Fig. SSi

logne à Eustachell (1049-1093). Les deniers de ce comte portent à

cos Voua fhh' iitpctc uostros hoiuincs et amicos, ea habita cûiisidcratioue, quod ipsi prcleiumiiic XX solides reddciit. Et ut hc: actio i\ita pcrmancat, si^illi nosiri auctoritatc preicntcm carta»i si^iurc jWiiniis. Tc'Stcs hnjus pactionis jnnii)it: Hugo, ahhas de VakoUs, etc., etc.. Actum hoc iiiiiio :v;7>/ iiu\:iiu2ti MCLXXXVI (11 86).

1. Le comté portait : d\i-ur à trois bandes d'or, à la bordure de gueules.

2, Deschamps de Pas, Etude sur les monnaies de Boulogn-:, dans la Revue numismatique^ 1885. •

Tavers une sorte de nœud ou fleur à trois pétales, dont le dessin est usité au X' siècle chez les rois de Northumberland. Les légendes sont + EVSTACHIVS — + VRBS BOLONIE. Les O dans l'épigraphie des monnaies de Boulogne affectent toujours la forme d'une rosace à quatre feuilles.

Le régne d'Eustache III (1093-1123) nous donne un denier d'un type essentiellement anglais, et qui pourrait fort bien avoir été battu dans les possessions du comte situées au delà de la Manche. On y voit un lion passant sur une sorte d'édifice à arcades et une légende: €IS- TAOblVS. La croix du revers est formée d'une escarboucle garnie de lis et de divers ornements ; sur le bord du flan, des croissants, des croisettes, des globules pointillés en creux tiennent lieu de légende (fig. 884).

Il faut également rendre à Eustache III un denier dont quelques exemplaires se trouvaient dans la trouvaille de Corbie et qu'on avait d'abord attribué à Eustache IV. Cette pièce est caractérisée au droit par un large carré angle de quatre annelets, figure dans laquelle on a voulu retrouver une représentation sommaire de la ville de Boulogne, qui offre en effet un plan carré avec tours aux angles. Au revers, ce denier porte tout au long la légende VRBS BOLO!N€ (fig. 885).

La première mention des monnaies de Boulogne que l'on ait jusqu'ici trouvée dans les chartes remonte environ à l'époque d'Eustache III.

Après l'abdication d'Eustache III, sa fille Mahaut reçut le Boulonnais et les nombreux domaines que le comte possédait au delà du détroit. La princesse avait épousé un neveu d'Henri, roi d'Angleterre, Etienne de Blois (1125-1150). On ne connaît qu'une pièce pouvant être attribuée avec certitude à ce prince : un denier de style anglais portant à l'avers les images en pied d'Etienne de Blois et de sa femme s'unissant pour tenir un sceptre fleurdelisé.

Eustache IV (1150-1153) succéda à son père. Les numismates lui attribuent un denier où prend place sa tête de profil à droite, précédée d'une épée nue. Le nom du comte est écrit 6VSTACblVS, et l'atelier est indiqué par VRBS B0L0NI6 (fig. 886).

On a de Guillaume 11(1153-1 159), frère d'Eustache IV, des deniers portant une sorte de croix à pied fiché, les bras fleuronnés.

A la mort de ce comte, sa sœur Marie, qui était abbesse de Ramsey en Angleterre, quitta les ordres monastiques et ceignit la couronne comtale. Elle épousa Mathieu d'Alsace, fils de Thierry com.te de Flandre. Ce Mathieu fit forger à Boulogne des deniers portant sur l'une de leurs faces un grand A cantonné de croissants et accompagné de l'indication locale.

Ide, fille aînée de Mathieu et de Marie de Boulogne, leur succéda

ih- <

Si

en II 73. Elle eut quatre maris : Mathieu II, Gérard III duc de Gueldre, Berthold duc de Zaehringen et Renaud comte de Dammartin. La numismatique de ce dernier est seule retrouvée. Elle nous fournit d'abord un denier à la légende: R6INNAVT COMS, dont l'empreinte est un A précédé d'une épéc nue posée en pal. Du côté de la croix, le nom de l'atelier est écrit en français : BOLVNGNE (fig. 887). A ce type fut substitué celui des parisis que le roi Philippe-Auguste émettait dans ses villes artésiennes et picardes; il est beaucoup moins original. Le droit du flan porta dès lors la légende bihnéaire BOL-ONV, entourée de

Fijr. 8S6

Fig. 8S7

+ RENAD' COM. Renaud de Dammartin, qui mourut en 1227, prisonnier du roi de France à la suite de la journée de Bouvines, est le dernier comte de Boulogne qui semble avoir exercé les droits monétaires.

§ CI. — Comté de Lens^.

La numismatique de Lens est de découverte récente. A l'époque où Pocy d'Avant publiait son corpus des monnaies féodales, on n'en soupçonnait pas l'existence. Le comté de Lens, placé dans la mouvance du

l-ig. 888

comté de Flandre, appartenait aux comtes de Boulogne. Le créateur de l'atelier monétaire fut Eus tache I, dit à l'Œil, dont on possède deux deniers fort curieux reproduisant le type du monogramme carolin. Les légendes sont + EVSTAC.L..5nl et + LENSI CASTEL ; le titre qui

I. R. Serrure, L atelier féodal de Lens en Artois, dans V Annuaire de la Société franc, de numis)n., 1887.

suit le nom d'Eustache semble être celui de marquis, que prenait à cette même époque Baudouin IV comte de Flandre (fig. 888).

Eustache I, à sa mort (1049), laissa la terre de Lens en partage à son troisième fils Lambert. Elle passa ensuite à Eudes II (1054-1095). Ce prince nous donne un denier d'argent fin, de module réduit, analogue à ceux qui se battaient en Flandre à la fin du xi'^ siècle. Le type est formé d'un annelet autour duquel sont rangés quatre croissants et quatre annelets. Les détails de la gravure rappellent tout à fait les monnaies boulonaises. Les légendes sont 4- €VSTA'CHIVS — + L€SNEN- SIS (fig. 889).

Sous Eustache III (1095-1125) le type reste le même, mais est enfermé dans un grand carré aux côtés duquel est écrit le mot M-ON + €T-Â. La forme de l'O est identique à celle que cette lettre prend sur les monnaies de Boulogne. Du côté de la croix, Eustache écrit son nom en langue vul- p. g^^

gaire (fig. 890).

Un petit denier d'argent fin, selon le système de Flandre, reproduit exactement le dispositif des deux figures debout tenant le sceptre, créé à Boulogne sous Mah au t et Etienne de Blois (1125-1150).

On n'a pas encore retrouvé de monnaies de Lens d'Eustache IV (11 50-11 5 3) et de Guillaume II (11 5 3-1 15 9) ; mais il existe une maille d'argent frappée dans cette ville par Mathieu d'Alsace, époux de Marie de Boulogne. Du module des pièces flamandes ou contemporaines, cette maille reproduit, à quelques détails près, le type du denier à l'A battu à Boulogne par Mathieu. Jusqu'à la fin du monnayage de Lens, on remarque ainsi une double particularité : le système monétaire est emprunté à la Flandre, le type est pris à Boulogne.

Renaud de Dammartin, quatrième mari d'Ide de Boulogne, vendit à Philippe-Auguste la terre de Lens qui fut réunie au comté d'Artois.

§ CIL — Comté de Saint-Pol^.

Le comté de Saint-Pol, situé sur les confins de l'Artois et de la Picardie, releva d'abord de la Flandre, puis du comté de Boulogne. Ses anciens possesseurs, de la maison de Candavène, portaient comme armes : d'rt;(wr à la gerbe d'avoine d'or.

I . Rigollot, Mcm. sur les monn. dcr. comtes de Sniul-Pot, dans la Revue uumism., 1850, p. 203 et suiv.

Le premier comte de Saint-Pol auquel on attribue une monnaie est Hugues II ou son successeur immédiat Hugues III (1131-1141). On a de lui un denier portant dans le champ, en deux lignes, HV— 0(d avec l'inscription circulaire + SCS PAVLVS ; au revers est une croix pattée accompagnée dans deux de ses contours d'une longue tige d'avoine, prolongée jusque dans la légende M0N-6TÀ +. La forme des O est la même que sur les pièces de Boulogne.

Aucune pièce n'a été retrouvée jusqu'à ce jour pour Enguerrand (i 141- II 50), mais le monnayage d'Anselme (11 50-1 174) est représenté dans les collections par des deniers dont voici le type : + SC. PAVLVS. Tige d'avoine épanouie en croix. Revers: ANSEL. COMS. Croix cantonnée de deux croisettes et de deux annelets.

Le type que nous venons de décrire fut continué par Hugues IV (i 174-1205), mort en croisade à Constantinople. Une lacune existe dans la série de Saint-Pol pour Gautier de Chatillon (1205 -1220), Gui II (1220-1226) et Hugues V (1226-1248). Gui III (1248-1289) frappa des deniers sur lesquels il copie les deniers parisis de Philippe- Auguste. Le milieu du champ y est occupé par le mot PA-VLI en deux lignes; dans la première, entre le P et l'A, figure une petite gerbe d'avoine (fig. 891).

Les pièces de Hugues VI (1289-1292) ne sont connues que par un

dessin de Duby : une gerbe placée dans le champ en forme le type. C'est le même coin qu'utihsait Gui IV (1292-13 17), et qui lui fut solennellement reconnu par l'ordonnance royale de 13 15. Voici le passage qui, %• 89^ dans cet important document, intéresse le

comte de Saint-Pol : « Les deniers du conte de Saint Pol sont à iii d. xviii grains de loy et de xxs. de taille ». En 1306, Gui IV donna à Jehannin Tadin de Lucques un bail pour « faire et ouvrer la monnaie par tout le comté de Saint-Pol pendant le cours de dix-huit mois ».

§ cm. — Seigneurie de Fauquemberg .

Les seigneurs de Fauquemberg, châtelains héréditaires de Saint-Omer, exercèrent au xiii'^ siècle et au début du xiv^ le droit de battre monnaie.

La pièce la plus ancienne que l'on possède est un denier de billon d'Adclinc de Gui nés, tutrice de Guillaume VIII qui devint majeur en 1273. Voici la description de cette curieuse monnaie: + AL' CAST' SCI-AVD'. Croix cantonnée de deux quintefeuillcs. Sur l'autre face, on

lit DNA FALCONB en deux lignes, accompagnées au-dessus et audessous d'une croisette entre deux roses (fig. 892).

Guillaume VIII, qui prit le titre de comte, ne nous a pas laissé de pièces, mais nous en possédons de sa fille ^^^^^^ Éléonore, qui lui succéda vers 1290. Les plus anciennes sont du même système que celles d'Aline. En voici le type : ELIE-NOR en deux lignes, dans le champ ; la légende Fig. 892

circulaire, qui commence par une petite tour, est COMITISSA DE; elle se continue au revers autour de la croix : FAVQVEMBERGVE.

A une époque difficile à déterminer, Éléonore introduisit dans sa seigneurie rusa2:e de mailles flamandes et artésiennes d'arijcnt fin. C'est la fabrication de ces pièces qui lui fut permise par l'ordonnance royale de 13 15, où nous lisons: ^i Item, la monnoic à la dame de Fauquembero- doit estre à xi d. et xii grains de loy, argent le Roy, et xlvii s. de pois au marc de Paris ^^. Le type des petites mailles de la dame de Fauquemberg se compose à l'avers d'une efligie fé- '"' ^^'

minine en pied, tenant sur le poing gauche un faucon, et au revers, d'une croix losangée cantonnée de quatre rosaces (fig. 893).

§ CIV. — Comté de Guines^.

Les puissants comtes de Guines exercèrent peut-être le droit de battre monnaie. C'est le sentiment de M. Deschamps de Pas, qui leur attribue de petits deniers d'argent fin, du xii^ siècle, frappés dans le système de la monnaie flamande et artésienne. Nous ne citons cette attribution que pour mémoire ; la question du monnayage de Guines devrait ctre étudiée à nouveau.

§ CV. — Comté de Flandre^. Les marquis, puis comtes de Flandre, qui relevaient en partie de

f . Descliamps de Pas, Quelques luonnaics inédites, dans le Bull, de la Soc. des aniiq. de, Morinie, 1878.

2. V. Gaillard, Recherches sur les vionnaies du coule de Flandre, Gand, 1852, in-8, — Dewismes. Catalot^ue raisonne des vionnaies du cou/le d'Jrlois, Snint-Omcr, 186(1, in-8. — C.-A. Serrure, Observations archèolo^^iqucs à propos de quelques luouiiaies ineJiles de

la France et en partie de l'Empire, s'attribuèrent les droits monétaires dans la seconde moitié du x* siècle ^

Arnould II (964-986) inscrivit le premier son nom, OLDVS

ou ER+RAINOLIDVS; sur de grands deniers très barbares frappés dans

FJg- 894 Fig. 895

Tabbaye de Saint-Bertin à Saint-Omer, ...AVDOMARV (fig. 894), ou dans la ville de Bergues-Saint-Winoc, BERGAS S. VINOC... (fig. 895); les premiers ont pour type une tète, les seconds une croix à centre évidé ou losange et cantonnée de fleurons, de manière à simuler un monogramme carolin.

Sous Baudouin IV le Barbu (989-1036), trois ateliers au moins sont en activité dans le comté de Flandre. A Gand, 6'ANT CIViTAS, les deniers sont à l'empreinte carolingienne du temple tétrastyle ; il en est de même à Bruges, SCI DONÂTI BRV (fig. 896). Un atelier non indiqué sur les pièces, mais que M. Deschamps de Pas croit, avec quelque apparence de raison, être celui d'Arras, marque tous ses produits de la légende BONVS DENARIVS.^ Il n'y a pas moins de trois types portant cette

Fig. 896 Fig. 897

inscription; on a des deniers au temple, on en trouve d'autres chargés d'une sorte de rosace formée de quatre ellipses entrelacées (fig. 897), d'autres enfin sur lesquels une épée nue posée en pal est accostée des lettres CO-00. Les légendes circulaires des monnaies de Baudoin IV lui donnent toujours le titre de marquis, BALD^'INI MAR ; le titre de cornes serait

Saint-Oiucr, dans le Messager tics sciences hisl. de Beli^iquc, i8$6, p. 212 et 500. — R. Serrure, Mélanines numistmUiqiies, iv^ article, tians la Revue hehge de imviisni., i8(So, p. 188.

I. La luimismatiquc dénariale du comté de Flandre formant un ensemble difficile à scinder, nous parlerons dans ce paragraphe des ateliers situés dans la Flandre impériale comme de ceux placés dans la région relevant du royaume de France. Les premiers sont du reste en très petit nombre.

I . Deschamps de Pas, Oitelqucs observaHons sur les premières monnaies des comtes de Flandre, dans la Revue numism., 1883, p. 170.

une allusion à l'annexion à la Flandre du comté de Valenciennes opérée en 1006.

Les monnaies d'Arnould II et de Baudoin IV se trouvent rarement dans leur pays d'origine. Presque tous les spécimens connus proviennent de trouvailles faites sur les côtes de la Baltique, en Danemark, en Prusse, en Russie.

La première mention écrite d'un atelier monétaire sur le sol de la Flandre, celui de Lille, remonte à Baudouin V (1036-1067), et bientôt apparaissent des deniers d'argent battus dans ^'^* ^^^

cette ville. Leur type principal se compose de la légende Gû-A — + INS-VL/E. écrite en trois lignes séparées par des rangées de points; le nom de la ville est répété du côté de la croix (fig. 898).

L'atelier d'Ypres, IPEREA, s'ouvre presque en même temps que celui de Lille ; les deniers portent une tète casquée de profil, accompagnée d'une bannière. Aucun nom de comte n'y figure, mais on y trouve la signature d'un personnage : TANSMERVS, sur l'identité duquel on n'est pas encore fixé. A mesure qu'on s'avance dans la série monétaire de Flandre, on voit le module des pièces décroître d'une manière constante, mais le métal ne cessa jamais d'être fin. Les pièces de Baudouin IV mesurent 18 mm. environ; à la fin du xi^ siècle on ne trouve plus que 15 mm. ; à la fin du xiii*" les mailles ont 1 1 mm. à peine.

Mais reprenons notre examen chronologique de l'histoire monétaire de Flandre. Baudouin VI de Mons(io67-i07o) installa à Audenarde, au dire de Sanderus, un atelier dont les produits ne sont pas encore

Fig. 899 Fig. 900

retrouvés; peut-être y a-t-il dans l'afiirmation de cet historien une confusion avec l'ofiicine qui s'ouvrit vers cette époque non loin d'Audenarde, dans l'abbaye d'Eenham.

Le règne de Robert I le Frison (1070- 1092) apporte une riche moisson de pièces dont la gravure délicate et la frappe d'une régularité remarquable contrastent avec celles des monnaies flamandes antérieures. Les ateliers sont établis à Saint-Omer dans l'abbaye de Saint-Bertin, et à Arras dans le monastère de Saint- Vaast, VEDASTE, VEDASTV; fréquemment le nom du prince paraît sur les espèces, au génitif, RO- BERTI. Les types sont très variés et dénotent, au point de vue artistique, malgré la simplicité de la composition, de réels etforts (fig. 899 et 900).

Sous Robert II de Jérusalem (1092-1111) ces monnayages continuent, mais peu à peu les abbés auxquels les ateliers comtaux sont confiés s'affranchissent du contrôle du suzerain, et battent des pièces à

Fig. 901 »"ig. 902

peu près muettes. En 1108, on trouve citée la monnaie de Termonde. Pendant la croisade de Robert II, sa femme Clémence de Bourgogne exerça comme gouvernante la souveraineté en Flandre et frappa des deniers signés de son nom, CLEMENTIA (901). Le seul exemplaire connu de ce remarquable monument historique provient de la trouvaille d'Erweteghem, qui jeta tant de lumière sur la numismatique flamande du premier quart duxii' siècle. Cette même trouvaille renfermait un denier d'Arras, MO-ATBA'^N (fig. 902), présentant avec la pièce de Clémence une curieuse analogie ; les deux monnaies furent probablement frappées par les soins des abbés de Saint-Vaast.

Fig. 90J Fig. 904 Fig. 905

Quelques numismates attribuent à Baudouin VII dit de la Hache (m i-i 119), plutôt qu'à Baudouin de Hainaut, le compétiteur deRobertI, un denier sur lequel le nom BALDEVIN entoure une dextre bénissant

Charles le Bon (1119-1127) signe de son monogramme un charmant denier lillois aux légendes COMITIS — DE INSVLA, qui nous a été révélé ppr la trouvaille d'Erweteghem (fig. 905); sur une obole analogue le nom de l'atelier est remplacé par MON ETA, et le monogramme est légèrement varié (fig. 904).

Charles le Bon mourut assassiné en 11 27 sans laisser d'héritiers directs. De nombreux seigneurs aspirèrent au trône flamand. Guillaume de Normandie, qui l'emporta le premier grâce à l'appui du roi de France, ne nous a pas laissé de monnaies à son nom, mais à son règne éphémère se rapporte un des documents les plus intéressants que le temps nous ait conservés : l'octroi de privilèges, parmi lesquels celui de monnayage, fait le 14 avril 1127 aux habitants de Saint-Omer. Voici le passage de cette charte qui est relatif à la monnaie : « Monctam nieam in Sancto Au-

domaro, unde per annum XXX lihras hahtham, et quidquid in ea haberc debes ad nstaurationem dampnorum suorum et gildae suae sustentamentum constitua, Ipsi vero burgenses monetam per totam vitam meam stabilem et bonam, unde villa sua melioretur, stabiliant. »

Après la mort de Guillaume de Normandie, Thierry d'Alsace (1128-1168) resta seul maître du comté. Pour son règne les monnaies signées font totalement défaut ; mais nous savons qu'il retira aux habitants de Saint-Omer le droit monétaire qui leur avait été concédé par Guillaume, pour le rendre à l'abbaye de Saint-Bertin. En 113 2 Thierry» monétaire d'Ypres, et en 11 62 Thierry de Rode, monétaire d'Alost, sont cités dans des chartes.

Philippe d'Alsace (iié8-i 191) frappa des deniers à son nom, à Gand, à Ghistelles, GISTLE MO, à Ypres et à Arras. Ceux de Gand portent Pb COMES autour du type local de la tête casquée ; ceux de Ghistelles portent F-COMES; les pièces d'Ypres et d' Arras ont la légende PHI- LIPPVS en toutes lettres.

En 1173 Phihppe d'Alsace convint avec Frédéric Barberousse, empereur d'Allemagne, de donner cours dans ses états aux deniers et oboles de l'empire qui seraient expressément frappés à Duisbourg et à Aix-la-Chapelle pour la facilité des transactions commerciales : Ut autcm mercatorcs melius babeant commodum, dit le diplôme impérial, ;wz;aw monetam apud Dusbiirch cudi praecipimus in denariis et apud Aquisgrani in obolis, quorum marcha pracpondcrabit uno denario coloniensis monetae, hos ctiam dcnarios et obolos cornes Flandrensis per terram suam dandos esse praecipict.

Fig. 906

Fig. 907

Fig. 908

Vers la fin de son règne, Philippe d'Alsace afferma l'exploitation d'un atelier très important, celui d'Arras sans doute, à un financier nommé Simon, pcut-ctrc le même personnage avec lequel le comte de Ponthieu traita en 1186 pour l'exploitation de l'atelier d'Abbeville. Ce monétaire signe des mailles très communes, dont le type se compose de deux lis aboutés et accostés d'un croissant et d'une étoile. Le nom de Simon y paraît seul ou suivi des lettres F. FE, FEC, FECI (fig. 906).

Philippe d'Alsace avait pris pour emblème favori le lion, qui devint le meuble des armes flamandes. Ce lion figure sur des mailles municipales d'Aire. Le comte donna des privilèges municipaux à un grand

nombre de villes qui se prévalurent de leurs franchises pour monnayer : telles furent Bruges, Ypres, Orchies, Loo, Bergues-Saint-Wiroc, Gand. En 1185, les deniers de Douai sont cités dans les chartes.

A la mort de PhiHppe d'Alsace, sa veuve Ma haut de Portugal reçut un douaire considérable. On lui attribue un denier de Saint-Omer portant COMITISSA en légende (fig. 907), et des pièces du monétaire Simon, portant dans le champ le monogramme ^JE entouré de la letttre C quatre fois répétée et d'annelets (fig. 908), dispor'^if dans lequel ou a vu une sorte de charade pour Meo rom(itissa). Les charades et les jeux d'esprit sont assez communs sur les monnaies frappées vers la même époque à Saint-Omer ; cette explication des deniers de Simon ne doit donc pas être absolument condamnée, quelque singulière qu'elle puisse paraître.

Le comte Baudouin VIII de Hainaut (1191-1194) est généralement doté par les numismates belges de mailles au type brugeois du guerrier debout, sur lesquelles celui-ci tient un bouclier à trois chevrons vu de profil. Les trois chevrons sont en effet les armes de l'ancienne maison de Hainaut. C'est peut-être à Baudouin VIII, plutôt qu'à son fils et successeur Baudouin IX de Constantinople, qu'il faut attribuer les mailles gantoises à la légende B- COMES ; elles offrent en effet une ressemblance parfaite avec les monnaies de Philippe d'Alsace.

On ne connaît aucune monnaie de Jeanne de Constantinople (1205-1244); mais c'est à son époque qu'on vit s'achever le mouvement d'affranchissement municipal et surgir, par le fait, de nombreuses mailles locales. La comtesse octroya des privilèges à Termonde, Courtrai, Axel, Bourbourg, et toutes ces villes monnayèrent.

Nous allons réunir en un tableau alphabétique le monnayage flamand non comtal, qui prit une certaine extension dès la première moitié du xii*^ siècle. Ce monnayage comprend trois abbayes et un grand nombre de villes ; nous marquons d'un astérisque les localités situées dans la partie du comté de Flandre qui relevait de l'empire.

Aire, type : lion passant ; légende, ariensis (fig. 909).

* Alost. Les plus anciens deniers d'Alost portent à l'avers un profil casqué avec épée, et la légende arnot ; au revers, une croix brève et alost. Au début du xiiF siècle

rie. 910

ou à la fm du xiF, les pièces portent un guerrier à mi-corps, la main droite tenant une bannière, la gauche appuyée sur la hanche. C'est le type des sceaux com-

munaux. Sans légende.

Audenarde, type : branche de chêne. Sans légende.

* Axel, type : tête diadémée à gauche ; légende : axle.

Bergues-Saint-Winoc, type : fleur de lis ; légende : moneta bergens.

Béthune, types : triangle terminé par des lis (fig. 910) ; — croix évidéc en losange avec

fleurons dans chaque angle ; légendes : betvne — betv. Bondues ? type : croix évidée en losange avec fleurons dans chaque angle ; légendes :

BVNTBVE BONA — DENARivs BONA. Ces deniers, représentés dans le trésor d'Er-

weteghem, appartiennent au début du xiie siècle. L'attribution à Bondues proposée

par M. Picqué est très sujette à caution. Bourboiirgy type : triangle ; légende : brovborg (fig. 911).

Fig. 912

Fig. 913

Fi£

Bruges, types : guerrier debout l'épée levée et tenant un bouclier armorié. Quelques rares exemplaires portent brvg dans les cantons de la croix, mais ordinairement les mailles sont muettes.

Cassel, type : un château crénelé, comme sur les sceaux municipaux. Sans légende (fig. 912).

Cherisy, type : lis entre une étoile et un croissant ; légende : cherisi (fig. 913).

Courir ai, type : l'écu de la ville, à un chevron accompagné de trois étoiles ; légende :

CVRT.

Dixmude, type : tête mitrée de face ; légende : dixm.

Fig. 915

Fig. 91e

Fig. 917

Douai, type : rameau orné. Sans légende (fig. 914). Le système monétaire douaisien diff'érait de celui des autres régions de la Flandre ; le métal des deniers est bien moins bon que celui des deniers flamonds, aussi fallait-il trois douaisiens pour valoir un denier de Flandre.

*Eenhavi (abbaye), type: monogramme formé du type dégénéré de Cologne; légendes : EGAMio — EGAMO — EEEE (fig. 915). Le monnayage d'Eenham dura jusqu'au milieu du xiii^ siècle.

Farbus, type : lis entre une étoile et un croissant ; légende : fayrebie (fig. 916).

Fig. 918

Fig. 919

Gandy type : tête casquée à gauche. Sur les plus anciens deniers, cette tête est entourée du nom gerolf, sur la signification duquel on n'est pas encore fixé. Du côté de la croix les pièces portent gant, ou n'ont pas de légende.

TROISIliME PARTIE

GravcUncs, type : ancre. Sans Icgcnde.

Lille, types : ilcur de lis dans un cercle, — fleur do lis dans un losange (fig. 918), — fleur de lis dans un écu (fig. 017), — triangle (lig. gic)), — deux triangles superposes, — trois lis aboutés autour d'un point ; légendes : lila — lii.e — i.i.

Loo, tvpe : aigle ; légende : telo.

Orchics^ type: alpha et oméga superposés ; légendes : moitsat orcsiet (fig. 920).

OstiiiJt', tvpe : buste niitré de L\cc ; légende : ostd.

Pcpcriii'^'l'c, tvpe: bras tenant une crosse (ainies locales); légende: aeae.

5.:;;;/-/?<t//;; à S.::-it-0»::r (abba\-e). Il v a une vingtaine de types variés, parmi lesquels lunis citerons: Saint Pierre de!\Mit de profd (l'ig. o: 0- — Saint Pierre debout de (.ICC (lig. 0:2 et 0: 0. — dcxtre bénis-^ant, — rameau entre deux crosses, — crosse,

— rosace à huit mvud^. — ro^^ace à qua'.re nœuds (lig. 02;). — tête royale couronnée d.e profil (l!g. o:5\ — croix f.eurdelisée. etc. ; légendes: sinti.mae oma-

KM'IEI — SOr SOM — SESSOS — SOSO — AVDOMARX S l'.l.RTIWS — SCS EETVS —

SM SM — soMi: soNH- - etc. Le tvpe de la tète royale de. profil rappelle le séjour que fit A Saiiu-Omer le roi Louis VI lorsqu'il vint en Flandre, après l'a-^sassinat de Charles le l'on, pour soutenir les droits de Guillaume de Xorniandie (i 127). Sjirt-O'mr (vilIeV Nous avons vu qu'en 11 27 la ville reçut le droit de battre monnaie, mais que dè> 11 28 elle en fut dépouillée par Thierry d'Alsace. Vers la fin du xii'-^ siècle, les habitants de S.u:it-Omcr eurent un nouvel atelier municipal : types, mayeur debout. — deux nia\eurs debout, — deux tètes en regard ; légendes : ssss

— soso.

,•/-/':.:>■.' .; A!)\i< (abb.iye\ Le monnay.ige de l'abbaye de Saint-Vaast, commencé sous Robert I par l'émission des pièces comîales, continua vraisemblablement pendant le premier quart da xn- siècle ; mais ses produits sont diflîciles à distinguer des motinaies atiépigr.vpb.es frappées à Sair.t-Bertin.

:/-/>';.;';.'. type : croix évidée en losange avec fleuron dans chaque angle; légende :

VXAEXTO.

;•//;.'•;./;•. type : ch.'iteau, comme sur le sceau municipal ; légende : dc dc dc dc. v.>. types : triangle, — nœud, — deux triangles superposés, — écu au lion ; léi^endes : ifra — ipre.

L*cir.i<?ion de mailles municipales continua dans les grands centres tels que Bruges, Gand, Ypres, jusque dans les premières années du xiv^ siècle. Mais au temps de Louis de Crécy, leur emploi disparut complètement.

LES riEFS FRANÇAIS

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