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CHAPITRE CINaUIÈME

L'ITALIE . DE LA FIN DU Xe SIÈCLE A LA SECONDE MOITIÉ DU XlIIe

Sources : V. Promis, Tavoh sinoiliche delîe monctc. italiane. Turin, 1869, in-4. — F. et E. Gnecchi, Saggio di hihliografia niimisvtatka delîe ^ecche italiane. Milan, 1889, gr. in-8. — G. Bazzi et M. Santoni, Vade-vuctim del raccoglitore di inoneîe italiane. Camerino, 1886, in-8. — V. Bellini, De monetis Italiae medii aevi hactemis non evulgatis. Ferrare, 1755-79, 4 vol.4n-4. — G. -A. Zanetti, Nnoi<a raccolta délie vionete e :(fcche d'Jtalia. Bologne, 1775-89, 5 vol. in-4. — L). Spinelli, Monete enfiche hattiite. dai principi longohardi, normanni e suevi nel regno délie DueSicilic. Naples, 1844, in-4. — A. Engel, Recherches snr la numismatique et la sigillographie des Normands de Sicile et d'Italie. Paris, 1882, in-4. — C. A. Vergara, Monete del regno di Napoli. Rome, 1715, in-4. — Les autres sources sont citées dans le cours du chapitre.

§1. — Considérations générales, types, légendes, etc.

L'histoire monétaire de l'Italie, de la fin du x^ siècle à la seconde moitié du xiii% présente un double aspect, image exacte de l'état politique du pays. Dans le nord, le système et les empreintes sont, comme ailleurs dans l'occident de l'Europe à cette même époque, la suite naturelle, le développement logique, du système et des empreintes en usage à l'époque carolingienne. Dans le sud, nous assistons à une survie de civilisation monétaire byzantine, combinée d'influence arabe; la fin de la domination normande viendra seule mettre un terme à cette persistance des monnaies selon le mode antique.

Les monnaies italiennes du nord n'offrent pas, sous le rapport du type, de bien remarquables particularités. Jusqu'au second quart du xii*^ siècle, l'ornementation des coins reste presque exclusivement cantonnée dans des dispositifs épigraphiques. Plus tard, avec le développement des libertés locales, nous rencontrerons quelques emblèmes parlants, comme la porte, hjanua, de Gênes, la fleur de lis de Florence; plus tard encore, vers le temps de Frédéric II, les tailleurs de coins dessineront un buste, une aigle, un saint patron ; mais toujours les lettres disposées en croix, en triangle ou isolément dans le champ, resteront l'objet de

leurs faciles préférences. Les éléments des dispositifs épigraphiques sont fournis par le nom ou l'initiale de l'empereur, par son titre, par l'initiale du nom de lieu, mais souvent aussi parles dernières lettres d'un mot dont le commencement figure en légende circulaire. On trouve ainsi : P-V-S, fin du mot cpiscopiis, dans le champ des monnaies de Reggio d'Emilie, C-l-A, fin de Placencia, sur les pièces de Plaisance, A, dernière lettre de Bononia, sur les monnaies de Bologne, etc. Cette particularité est essentiellement italienne et les rares exemples qu'on en pourrait citer ailleurs constituent le plus souvent une adaptation évidente des habitudes ultramontaines.

Nous ne pouvons quitter le type sans dire quelques mots des légendes. Elles se réduisent généralement aux éléments suivants : nom de lieu, nom impérial ou immobilisation du nom de l'empereur auteur d'une concession monétaire, nom de saint. Rarement nous avons à noter une devise telle que alpha et oméga, qui figure sur les monnaies de Sienne. La forme des lettres, en Italie septentrionale et centrale, procède généralement d'un même principe calligraphique : elle est épaisse, massive, les jambages principaux sont énormes en proportion des jambages secondaires ; mais à partir du milieu du xii^ siècle, la gravure est remarquable

Fig. 12)9

et se distingue par une élégante taille en biseau. Nous empruntons à Lelewel un alphabet monétaire italien du xii^ siècle qui fera, mieux qu'une description, saisir ces particularités (fig. 1259).

La forme des flans, à l'avènement d'Otton I, était légèrement cupulaire dans les ateliers de la Lombardie ; de plus, les coins, plus petits que la rondelle métallique, laissaient autour de l'empreinte une bordure lisse. La technique resta la même jusqu'au temps de Frédéric Barberousse, et plus tard encore sur les confins des domaines autrichiens, à Aquilée et à Trieste. Au xiii'' siècle, les pièces sont d'une rondeur et d'une régularité surprenantes ; les produits de l'industrie monétaire italienne sont incontestablement alors les plus beaux de l'Europe.

L'argent resta longtemps, dans le nord, le seul métal monnayé. La république de Gènes, dont les coffres se remplissaient d'or par son commerce avec les Deux-Sicilcs et les pays musulmans, fut la première à monnayer le métal noble. Au commencement du xiv'^ siècle le numéraire génois se composait des pièces suivantes :

• a) Medaglia^ ou meno denaro, ou pitta genovese, ou obole d'argent, valant la moitié du denier.

b) Denaro ou deiiier d'argent, dont douze valaient un sou d'argent, monnaie de compte.

c) Grosso d'argent, valant 4 deniers, ou un tiers du sou d'argent», monnaie de compte.

d) Mei^a quartaroJa d'or, valant le huitième du genovino d'or taillé à 60 à l'once d'or fin, équivalant à l'origine à un sou d'argent, monnaie de compte.

e) QuartaroJa d'or ou quart de genovino d'or, taillé à 30 à l'once d'or fin, pesant par conséquent o gr. 89, équivalant, d'après M. Desimoni, au /aro d'or de l'Italie méridionale et valant, à l'origine, deux sous d'argent, monnaie de compte.

f) Genovino d'or, valant à l'origine huit sous d'argent, monnaie de compte.

Les monnaies, d'argent, grosso, denaro , obole, et parfois demi-obole, constituèrent, partout ailleurs qu'à Gênes, les seules espèces frappées, dans le nord et le centre de l'Italie, jusqu'en 1252, année pendant laquelle fut créé à Florence le célèbre fiorino d'oro ou florin d'or. En 1284, Venise, suivant l'exemple de Gênes et de Florence, émit ses premiers ducats ou sequins d'or.

Le monnayage de l'Italie méridionale ne cessa jamais de comprendre les trois métaux, or, argent, cuivre. La technique, comme les types, rappelle à la fois Byzance et la Sicile sarrasine. Les légendes sont souvent bilingues, et comprennent une formule arabe écrite en lettres coufiques, une formule latine écrite en lettres latines. Parfois encore apparaît une légende grecque, telle que le IC XC NIKA, célébrant la victoire du Christ sur l'Islam.

Une nouvelle période, caractérisée par l'introduction d'un numéraire d'aspect occidental, commence dans les Deux-Siciles lorsque le mariage de l'héritière Constance avec l'empereur Henri VI eut fait passer le pays dans la maison des Hohenstaufen.

§ IL — Le monnayage impérial et royal depuis Otion I jusqu'au milieu

du XII* siècle.

Le 2 février 962 Otton I, roi dç Germanie, après, avoir déposé Bérenger II, roi d'Italie, fut couronné empereur par le pape Jean XII, à Rome, où il s'était rendu avec la reine Adélaïde. C'est ainsi que l'em-

I. "Ltgros italien du xiiie siècle n'a, comme on voit, aucune analogie avec la monnaie du même nom créée en France par Louis IX et qui valait un sou d'argent. Il importe d'insister sur ce point pour éviter toute confusion. Le gros italien de quatre deniers est, en réalité, l'équivalent de Vesterlin.

pire d'Occident et la souveraineté de l'Italie passèrent aux princes dé la maison de Saxe, qui les transmirent à leurs successeurs.

Nous dressons ici la liste des empereurs et rois d'Italie en indiquant, à la suite de leurs noms, les ateliers dans lesquels ils ont battu monnaie :

Otton I le Grand, 962-973. Milan, Vérone, Pavie et Lucques.

Otton II, 973-983

. Milan, Pavie et Lucques.

Otton III, 983-1002 )

Arduin d'Ivrée, 1002-1015. Milan Qt Pavie.

Henri II, 1013-1025. Milan, Vérone, Pavie et Lucques.

Conrad II le Salique, Ï026-1039. Milan, Pavie, Lucques et Venise.

Henri III le Noir, 1039-1056. Milan, Lucques et Venise.

Henri IV, 1056-1106. Milan, Pavie et Lucques.

Henri V, 11 06-1 125. Milan ex Pavie.

Comme nous l'avons dit dans le précédent paragraphe, les types monétaires de cette période furent en général purement épigraphiques;

Fig. 1260

Fie;. 1261

ils ne nécessitent aucune description développée. Nous nous bornerons à donner la figure de deux spécimens de ces émissions, un denier d'Otton I frappé à Vérone (fig. 1260), un autre de Henri IV, frappé à Pavie (fig. 1261).

§ III. — Les papes et le Sénat romaine

Le monnayage pontifical continua à Rome tel que nous l'avons laissé à la fin de la période carolingienne : les papes joignaient à leur signature celle de l'empereur contemporain. Nous avons ainsi des deniers portant les noms suivants :

Jean XIII et Otton I, 965-972. Benoit VU et Otton II, 974-984.

Benoit VI et Otton I, 972-974.

Boniface VII, antipape, et Otton II, Léon IX et Henri III, 1049-1054. 974-985.

Sous JeanXIIIetOttonI, trois types se succèdent. Les deniers que Dominique Promis considère comme les plus anciens portent à l'avers :

I. Dominique Promis, Monete dci romani Ponte/ici avant i il mille. Turin, 1858, in-8. — A. Cinagli, Le monele dci Papi. Fernio, 1848, in-fol.

lOHS-PAPA-OTTO. dans le champ, en trois lignes; les monnaies de la seconde émission ont le monogramme de l'empereur (fig. 1263), et, en légende, le nom du souverain pontife. Le revers porte, dans les deux cas, un mono2:ramme de Roma elle nom de saint Pierre. Les deniers du troisième type ont : + OTTO IMPER autour d'une croix pattée et + SCS PETRVS RO autour du nom du pape : .P. — lOH — .P. disposé en trois lignes.

Les pièces de Benoît VI et Otton I (972-974) reproduisent d'abord le second type du précédent pontificat, puis le pape fait graver son etfigie sur les deniers; les lettres : + BE-hE-PA-P sont placées dans le champ aux côtés d'un buste de face très rudimentaire. L'antipape Boni face VII, contemporain d'Otton II (974-985), remplaça cette empreinte par l'image d'une sorte de plante à sept branches. Sous Benoit VII et Otton II (974-984), l'avers des deniers est occupé par la représentation d'une église (fig. 1262), puis parle buste, parfois mitre, de saint Pierre.

Fi?. 1262

Fig. 1265

Fig. 1264

Ces monnaies terminent la série suivie des espèces pontificales. Il faut passer au milieu du xi^ siècle pour retrouver quelques deniers de Léon IX et Henri III (1049-1054); le type en est purement épigraphique. Cinquante ans plus tard, Pascal II (1099-1118) frappa des bractéates d'argent de module minuscule portant: 4- PASCHALIS en légende et le chifi're II dans le champ. Après cette émission, le monnayage pontifical prit fin ^

L'atelier de Rome reprit son activité en 1 188, mais les droits monétaires furent exercés dorénavant par le Sénat et les pièces portèrent l'antique formule: SENATVS POPVLVS-Q-R. Le tvpc se compose à l'avers de l'image de saint Pierre, au revers de celle de saint Paul, auxquels la légende donne les titres de ROMANI PRINCiPEf^J.

En 1252, Brancaleone d'Andalo, devenu sénateur, écrivit son nom sur les espèces: + BRANCALEO-S-P-Q-R. Le type qu'il adopta tait

I. En 1077, la grande-comtesse douairière de Toscane, ALuhildc, lii donation au Saint-Siège de ses biens allodiaux qui constituèrent le Paiiinioine de S.iint Pierre, avec Viterbe pour capitale. Dans, le cours du xiie siècle, les papes y frappèrent des dénias anonymes dont nous parlons plus loin au § iv.

allusion à son nom : un lion passant à droite. Au revers figure la I personnification de Rome, ROMA CAPVT MVNDI, assise de face tenant 1 une palme et un globe. L'exemple de Brancaleone fut suivi de 1263 à 1285 par Charles I d'Anjou, auquel les Romains avaient décerné les honneurs sénatoriaux.

A côté des monnaies d'argent destinées à circuler en Italie, le Sénat de Rome frappa des deniers et des oboles de billon destinés à faciliter aux Italiens l'accès des foires de Champagne, les réunions commerciales les plus assidûment fréquentées peut-être, au xii^ et au xiii^ siècle. Ces curieuses monnaies reproduisent exactement le type provinois du peigne (fig. 1264); sans leur légende: ROMA CAPVT MVNDf^/J et l'indication du Sénat romain, on les prendrait pour des pièces champenoises.

§ IV. — Les étais de l'Italie centrale et septentrionale.

« Il n'y a rien de plus obscur, dit Lelewel, que la formation des républiques italiennes dans la Lombardie. Elles s'affranchirent avant le xii'' siècle, et leurs gouvernements municipaux s'affermirent pendant le règne d'Henri IV. Les villes devenaient ainsi maîtresses chez elles, et les empereurs croyaient y dominer. Les deniers des Henri frappés à Milan, à Pavie, à Lucques, sont donc sous certains rapports de véritables monnaies municipales : il ne restait d'impérial que l'empreinte. Dans d'autres villes, des concessions de Conrad II et de ses successeurs vinrent de bonne heure créer des monnayages autonomes, et, fait curieux à noter, presque partout où ce fut l'évéque qui fut l'objet de l'octroi impérial, la cité annihila ses droits ou les accapara. »

Frédéric Barberousse voulut mettre fin à ces libertés municipales. La prise et la destruction de Milan (1162) épouvanta les communes qui se soumirent et reçurent les podestats de l'empereur ; mais bientôt une ligue se forma en Vénétie pour l'affranchissement des cités italiennes, les Milanais relevèrent leur ville détruite et lorsqu'en 1176 Frédéric livra aux Italiens la bataille de Legnano, il perdit avec elle l'espoir de rétablir son autorité. Réfugié à Pavie, l'empereur fut forcé de demander une trêve. Les préliminaires de Venise, en 1177, eurent pour conséquence en 1183 le traité de Constance. Cette paix célèbre assura l'indépendance des villes lombardes, et leur céda sans exception tous les droits régaliens, sauf un droit purement honorifique de haute suzeraineté.

Dans le traite de Constance furent comprises, comme faisant partie de la ligue lombarde, les villes de Verceil, Novare, Milan, Lodi, Ber-

game, Brcscia, Mantoue, Vérone, Vicence, Padouc, Trévise, Bologne, Faënza, Modène, Reggio, Parme et Plaisance. L'empereur déclara tenir pour alliées plusieurs autres cités telles que Pavie, Crémone, Corne, Tortone, Asti et Gênes. On réserva à Ferrare le droit de déclarer avant deux mois si elle accédait au traité. Quant à Venise, elle resta en dehors du traité : indépendante de l'empire, elle n'Jentendait pas se soumettre au plus léger asservissement.

Nous allons passer en revue les villes et les divers états italiens qui monna3'érent après Frédéric Barberousse, ou avant lui, d'une manière autonome. On remarquera que presque toujours un nom d'empereur figure sur les espèces à titre d'hommage platonique.

Acgui (Italie septentrionale). — La commune d'Acqui (Aquae Statillae) semble avoir obtenu de Frédéric II le droit de battre monnaie. Elle frappa des monnaies autonomes depuis 1220 jusque vers 1250. Ses cicnari portent : FREDRIC autour des lettres IP placées au milieu du champ et, au revers, A-Q-V-E dans les cantons d'une croix.

Alhenga (Italie septentrionale). — Quelques historiens affirment qu'Albenga (Alla Ingaunorum) exerça le droit de battre monnaie au xii^ et au xiii^ siècle, pendant sa période de liberté municipale. Les pièces de cette ville sont encore à retrouver.

Alexandrie (Italie septentrionale). — Cette ville fut fondée en 1168, à l'époque de la ligue lombarde. On la nomma du nom du pape Alexandre III, chef des Guelfes, en haine de Frédéric Barberousse. Assiégée en vain par l'empereur, elle ne fut pas comprise dans la paix de Constance, mais l'année suivante, en 11 84, Frédéric lui pardonna son héroïque résistance, à la condition qu'elle remplacerait son nom par celui de Cesarea. En 1197, la ville reprit son ancienne dénomination.

Alexandrie commença l'émission d'une monnaie autonome à la fin du xii'^ siècle; son privilège prit fin en 1348 lorsqu'elle passa aux Visconti. Les monnaies de cette ville portent le nom et la tête de saint Pierre et une croix entourée de 4- ALEXANDRIA.

Ancoiie (Italie centrale). — Constituée en république au xiii"' siècle, Anconc frappa monnaie de sa propre autorité. La plus ancienne mention de son monnayage est une convention conclue en 1249 a\ec Ravenne. Les pièces autonomes d'Ancone portent l'image ou le nom de saint Quiriace, S-QVIRIACVS, patron de la cité.

Aqiiilée (Autriche italienne) ^ — Les anciens auteurs prétendent que

I. A. Puschi, L'aldier moiu'lairc des paiiiarchcs d'AijuiUc, dans V Annuaire de la Soc. frauç. de mimisni., 1887 et 18SS.

le droit de battre monnaie fut accordé à Poppon, patriarche d'Aquilée, en 1028, par Conrad II, mais on est généralement d'accord aii'ourd'hui pour admettre que le diplôme mentionnant le jus monclae, s'il n'est pas faux dans son entier, a du moins été l'objet d'une interpolation en ce qui concerne ce droit. « Il est probable, dit M. Puschi, le dernier qui ait traité, d'une manière complète, de cette numismatique, que le droit de battre monnaie n'a été accordé aux patriarches d'Aquilée par aucun souverain, mais que ceux-ci ont, de leur p'^pre autorité, commencé à frapper des espèces à une époque très postérieure au diplôme de Conrad, peut-être à l'époque de la paix de Constance. »

Les premières monnaies des patriarches frappées sous Godefroid (1182-99) sont des copies serviles des deniers que les archevêques de Salzbourg faisaient battre à Friesach et qui, depuis le milieu du xii*^ siècle, avaient cours dans le Frioul et dans le patriarchat. Sur les copies aquiléennes, la légende des prototypes est elle-même reproduite. Le i^' juin 1195, l'empereur Henri VI rendit en faveur d'Adalbert III, archcvêqi de Salzbourg, une sentence contre l'imitation dont les deniers archiépiscopaux étaient l'objet. C'est à cette époque que le patriarche fut obligé de substituer à la légende FRIACENSIS le nom de son propre diocèse: AQVILEGIA-P. Le type des deniers d'Aquilée est, au droit, une effigie épiscopale de face, tenant une crosse et un livre ; le revers, anépigraphe, représente un édifice très bas surmonté de deux tourelles à flèche ou à coupole. L'aspect des pièces est légèrement concave; les bords sont relevés. Par la qualité de leur aloi et l'uniformité de leur taille, les monnaies aquiléennes se répandirent rapidement dans les bassins de la Piave, de la Save et de la Drave.

Wolfgar de Leubrechtskirchen (1204-18) mit, le premier, son nom sur les espèces: 4- VOLF-KER-P. Ses types présentent deux variétés notables; sur le plus ancien, le patriarche est assis de face, et au revers nous retrouvons l'édifice à coupole flanqué de deux tourelles ; sur le plus récent, le revers est occupé par une aigle nimbée, éployée, posée sur un rocher et tournée à droite. Ces pièces sont d'une gravure exquise, comme du reste toutes celles des successeurs de Wolfgar. Nous indiquerons rapidement leurs types.

Berthold de Méranie (1218-51). i"" type, BERTO-LDVSP. Le patriarche assis de face, tenant une croix et un livre. Rev. : CIVITAS AQVILEG A. Buste nimbé de la Vierge de flice, les mains levées. — 2*^ type: Avers analogue. Rev. : Même légende. Edifice à cintre, pont ou porte de ville, surmonté d'une aigle, les ailes éployées. — 3^ tyP^- Avers analogue. Rev. : Même légende. Château avec porte et trois tours crénelées. — 4*^ type. BERTO-LDVS P. Le patriarche assis de flice,

tenant une crosse et une croix. Rev. : Sans légende. Pignon surmonté d'une croix et de deux tourelles, au-dessous duquel est une tête de face.

Grégoire de Montelongo (1251-69). Ses deniers présentent cinq empreintes différentes : 1° GREGORI-ELECTVS. Le patriarche debout tenant des deux mains un livre. Rev. : + CIVITA2 AQVILEGIA. Fleur de lis florencée. — 2° Même type. Rev. : Même légende. Deux figures debout, celle de gauche à tête nue, celle de droite à tête mitrée,. tenant ensemble une croix. — 3° GREGO-RIV'.PA. Le patriarche assis de face, avec la croix et le livre. Rev. AQVI-LEGIA. Fleur de lis florencée. — 4° Même type. Rev. : Même légende. Croix fortement pattée brochant sur une croix grêle, plus petite, dont chaque bras se termine par trois globules. — 5° Même type. Rev. : Même légende. Aigle éployée de trois quarts à gauche.

Après la mort de Grégoire, le chapitre élut Philippe de Carinthie, mais le pape n'ayant pas voulu le reconnaître, il y eut un interrègne de quatre ans jusqu'à l'époque de Raymond de Thurn (1273-99). Celui-ci, au dire de la chronique de Julien, changea quatre fois ses monnaies, en 1274, en 1278, en 1281 et en 1287 ; on trouve, en effet, des pièces de quatre types différents : 1° RAIMO-NDV PA. Le patriarche assis de face, comme précédemment. Rev. : AQVILE-GENSIS. Grande tour crénelée, armes de la maison de Thurn. — 2° Mêmes légendes. La Vierge assise, de flice, tenant l'enfant. Rev. : Aigle éployée, la queue fleurdelisée. — 3° Avers comme au n° i. Rev. : Deux sceptres fleurdelisés posés en sautoir. — 4° Même avers. Rev. : Grande croix grêle et pattée, coupant la légende, cantonnée de deux clefs et de deux tours. Outre les deniers, Raymond frappa deux bagattini reproduisant des dispositifs des monnaies dont ils sont les divisions.

Nous réservons pour notre quatrième partie la suite de l'examen de la curieuse série monétaire des patriarches d'Aquilée.

Are:(^o (Italie centrale). — Au xiii^ siècle, la commune d'Arezzo (Arretîum, Aritium) commença un monnayage républicain, bien qu'en 1196 l'empereur Henri VI eût concédé les droits monétaires à l'évêque. Le numéraire arétin porte l'image et le nom de saint Donat, S*DO- NATVS.

Ascoli (Italie centrale). — A la fin de l'année 1037, l'empereur Conrad I concéda aux évêques d' Ascoli (Asculum), le droit de battre monnaie, mais les plus anciennes pièces connues ne remontent qu'au commencement du xiii^ siècle et sont purement municipales. Elles portent le nom et souvent l'image du patron: PP'S'EMIDIVS.

^5/z (Italie septentrionale). — Cette ville reçut en 1140, de Conrad III,

ses privilèges monétaires et, jusqu'au milieu du xiv* siècle, la monnaie resta municipale. En souvenir du souverain auquel elle devait ses libertés, la ville d'Asti mit le nom de Conrad sur ses espèces : CÔN- RADVS II. Le mot REX écrit en triangle, dans le champ, forme le type; au revers, l'ethnique: 4- ASTENSIS entoure une croix pattée.

Bergame (Italie 'septentrionale). — Frédéric Barberousse donna en 1156 le droit monétaire à l'évêque de Bergame, qui paraît ne pas en avoir fait usage. La commune, au contraire, commença à battre monnaie

Fig. I2é>

Figr. 1266

en 1237, probablement à la suite d'une concession de Frédéric IL Notre figure 1265 reproduit un denier de Bergame; l'avers représente l'effigie laurée de l'empereur, le revers, une image réduite du principal édifice de la cité. La légende placée horizontalement le long du type estPGA-MVM.

Bologne. — Le 1 1 février 1 191, Henri VI donna la moneta de Bologne à la ville. Ses premières monnaies, les bolognini et leurs oboles, portent le nom de l'empereur et, dans le champ, quatre lettres de son titre, l-P-R-T, disposées en croix. Le revers a comme légende le nom de la cité, 4- BONONI, mais la dernière lettre du mot. A, est posée dans le champ et forme le type (fig. 1266).

B rescia (Italie septentrionale). — La république de Brescia commença à monnayer en 1186, en raison d'un privilège de Frédéric Barberousse qui lui fut accordé, selon V. Promis, en cette année ou l'année précédente. Le type des plus anciens deniers de Brescia est le même que celui des pièces de Crémone : + FREDERICVS, et, dans le champ, en deux lignes, l-PR surmonté d un trait d'abréviation. Le revers porte le nom de la cité : + BRI 'SI A autour d'une croix.

Busca (Italie septentrionale). — Les marquis de Busca, feudataires de Savoie, paraissent avoir obtenu de Frédéric II une concession monétaire. On possède des monnaies d'un seul d'entre eux, Manfred II Lancia, qui régna de 1217 à 1255.

Corne (Italie septentrionale). — C'est en 1178 que la commune de Côme reçut de Frédéric Barberousse le droit de battre monnaie. Le diplôme impérial stipule que les espèces auront « formam nostram pariter

l' ITALIE

cum nomîne nostro ». Les deniers de Corne portent à l'avers : FEDERICVS IMPERT autour de son buste de profil à droite, et au revers CVMANOS et une aigle ; les oboles ou mei7:i danari ont un type purement épigraphique. Sous le règne de Henri VI, le nom de ce prince figure sur les deniers au type de l'aigle.

Cortone (Italie centrale). — On ignore l'origine de l'atelier municipal de Cortone, lequel, pour autant qu'on puisse l'affirmer, ne travailla qu'au xiii^ siècle.

Crémone (Italie septentrionale). — En 1154, Frédéric Barberousse, ayant privé Milan de son privilège monétaire, le donna à Crémone pour récompenser cette ville de sa fidélité à l'empire. L'atelier fut inauguré en 115 5. Plus tard, Crémone entra dans la ligue lombarde et signa la paix de Constance. Son droit monétaire fut confirmé en 11 88 et en 12 19. Les monnaies portèrent d'abord le nom de l'empereur et, dans le champ, le mot PK\(jnus) en deux lignes, sous un signe abréviatif. Plus tard parut l'image du patron, S-IMERIVS, assis de face, mitre, tenant la crosse et bénissant.

Ferma (Italie centrale). — Otton IV accorda, le i" décembre 1211, à cette ville, le droit de battre monnaie. Ce droit fut confirmé en juin 1214 par Aldobrandino d'Esté et en 1220 par Azzone VII d'Esté auquel le pape Honorius III avait donné la seigneurie de Fermo. Les monnaies de Fermo portent en légende SANCTA MAR. et dans le champ, lA avec une étoile, nouvel exemple de ce dispositif particulier à l'Italie qui consiste à achever dans le champ un mot de l'inscription circulaire. Au revers, le nom de l'atelier: DE FIRMO, entoure une croix.

Ferrare (ItaUe centrale). — Vers la fin du xii' siècle, la ville de Ferrare se donna un gouvernement populaire; en 11 64, Frédéric Barberousse lui accorda des libertés que les Ferrarais interprétèrent de la manière la plus large en s'arrogeant le droit de battre monnaie. Ses pièces portent : + IMPERATOR en légende, F-D-R-C (Fredericus) dans le champ, et au revers, + FERRARI A, autour d'une croix.

Florence (ItaHe centrale). — A la fin du xii^ siècle, les Florentins secouèrent le joug de l'empire et se donnèrent un gouvernement républicain, à l'exemple de Pise, de Sienne, de Lucques et des autres cités de la Toscane. M. Vincent Promis place le commencement du monnayage florentin vers 11 89. Dès l'origine, les espèces prirent un caractère absolument autonome et reçurent le type qu'elles conservèrent jusqu'au xvi'= siècle : d'un côté l'effigie de saint Jean-Baptiste, + S-IOHANNE-B-,

8oo

d'abord représenté à mi-corps, et de l'autre côte, une fleur de lis florencée, + FLORENTIA (fig. 1267). En 1252, la ville d: '^lorence émit ses premiers ^on;// d'oro ou florins d'or.

Fig. 1267

Fi^. 1268

Gênes (Italie septentrionale) ^ — Suivant les Annales génoises rédigées par Caffaro au début du xiii'^ siècle, c'est en décembre 11 39 que Conrad, roi de Germanie, octroya aux Génois le droit de frapper monnaie. Le privilège leur fut confirmé en 1194 par l'empereur Henri VI. Lors de l'ouverture de leur officine, les Génois décidèrent que le nom de Conrad serait empreint à perpétuité sur leur numéraire ; cette décision fut religieuser -nt observée pendant tout le moyen âge.

Aussitôt après la concession faite par Conrad, le monnayage autonome commença. Il existe un bail de 1141 dans lequel il est fait mention du titre des espèces que les concessionnaires devaient fabriquer : « Ita iamen ut eam monetam januensem in suo statu firmiter honestcve retincant, ita vidclicct ut îertiani argenti optimi et duas partes rami, etc. »

Le type des monnaies génoises resta uniforme; il se composa toujours d'une porte de ville, janua, emblème parlant de la cité. Les légendes sont: + lANVA et CVNRADI REX (fig. 1268). En 1252, l'inscription de l'avers devint + lANVA CIVITAS.

La ville de Gènes devança toutes les autres cités italiennes dans la fabrication d'une monnaie d'or. Le commerce que faisait la république avec la Sicile et l'Orient nécessita de très bonne heure l'emploi de ce métal précieux : on a la preuve évidente de la fabrication de pièces d'or dès la seconde moitié du xii'^ siècle. En 1149, la commune de Gènes aff"erme pour vingt années consécutives, au prix de douze cents livres, l'usufruit et la rente de sa Monnaie, et l'émission de monnaies d'or est expressément autorisée par le contrat. De plus, ce même bail,, prévoyant le cas où le contrat serait résilié du fait de la commune, assigne comme indemnité aux preneurs, « totum quod de ripa... et de moneta auri exicrit usque ad proximani Purificationcni sanctc Marie. » Les plus

I. Gandolfi, Ddh monda anti'ca di Genova. Gènes, 1842, 2 vol. in-8. — Tavok descrittive delle monctc deîJa ^ecca di Genova dal mcxxxix al mdcccxiv. Gênes, 1891, in-4.

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anciens génois d'or, genovini d'oro et quarts de génois, reproduisent complètement le type des monnaies d'argent; la gravure est superbe, les lettres larges, à vives arêtes, taillées en biseau.

Ivrée (Italie septentrionale). — On ignore quand la commune d'Ivrée (Yporegia) a reçu son privilège monétaire, mais c'est certainement à Frédéric Barberoussc ou à Frédéric II qu'elle en fut redevable. Ses monnaies portent le nom de l'empereur et parfois celui du patron: SBESVS.

Lodi (Italie septentrionale). — Frédéric II accorda vers 1240 à la ville de Lodi la direction de son atelier monétaire. Elle ne le tint en activité que pendant une dizaine d'années. Voici la description de ses deniers et oboles: +IIVIPERATORE- F. Dans le champ: S.B. Revers: LAVDENSIS. Croix.

Lucques (Italie centrale). — Lorsque la commune de Lucques commença son monnayage indépendant, elle conserva sur ses pièces le nom d'Otton IV, qui lui avait accordé en 1209 d'importants privilèges. Le type particulier de Lucques fut la sainte face couronnée, S-VVLT(w5) D(0 LVCA ^

Mantouc (Italie septentrionale). — Si un diplôme accordé en 945 par l'empereur Lothaire II à l'évoque deMantoueest authentique, c'est dès cette époque que l'évêque aurait obtenu l'exercice de ses droits monétaires. Les premières pièces connues ne sont pas antérieures à la première moitié du xii^ siècle; elles consistent en deniers et oboles anonymes. Les deniers mantouans ont pour type les lettres du mot EPS et un signe abréviatif disposés en trois lignes; les légendes sont + MANTVE et le nom de Virgile, + VIRGILIVS. Sur les oboles, le nom du poète figure en abrégé (un V surmonté d'un I) dans le champ, et le mot 4- EPISCOP apparaît en légende.

Vers 1200, les Mantouans se proclamèrent en répubHque; ils monnayèrent pour leur compte jusqu'en 1329. La commune de Mantoue frappa des grossi aquilini, au type de l'aigle, et des deniers représentant la tête de Virgile de face.

Massa di Maremma (Italie centrale). — Cette ville secoua en 1225 le joug de son évèque et se constitua en commune, en suivant le parti de l'empereur. C'est probablement Frédéric II qui lui accorda son atelier

I. J. C. di San Q.uintino, DcUa :^ccca e dclle monde di Lucca, dans Mcmork c docuiiiciili pcr kl storia di Lucca, t. XI, 1860.

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