II
L'atelier de Saint-Antonin n'était pas à vrai dire un atelier royal. Dès les débuts de leur monnayage, les souverains espagnols s'habituèrent à laisser à certaines abbayes ou à certaines églises le droit de monnayer au nom royal en gardant pour elles, le profit de la fabrication; c'est le cas pour le monastère bénédictin de Saint-Antonin, fondé par la comtesse Sancie, femme du comte Muno Fernandez, et situé non loin de Saint-Laurent dans le district de Coyanza.
Alfonse VII (1126-1157). — En 1134, après la bataille de Fraga en Aragon gagnée par les Maures sur Alfonse I le Batailleur, qui en mourut de chagrin, Alfonse VII marcha au secours des nouveaux rois
d'Aragon et de Navarre, et par sa valeur préserva leurs états de l'invasion des infi-
„. , dèles; mais pour sa récompense il exigea
N^^^^^^ vl^ TT^ / ^u premier la ville de Saragosse et du
second l'hommage de la Navarre. Flatté ^'^' ''^^ d'avoir des vassaux d'un si haut rang, il
assembla l'année suivante les États à Léon et se fit couronner le jour de la Pentecôte, par l'archevêque de Tolède, empereur d'Espagne.
Les monnaies d'Alfonse VII se divisent chronologiquement en deux groupes, celles sur lesquelles il s'intitule roi, celles sur lesquelles il', prend le titre d'empereur, IMPERATOR, ou plus rarement SVPER REX. I" groupe. — Les monnaies d'Alfonse comme roi sont frappées à Tolède et à Léon. Leurs types sont le profil couronné à droite, le chrisme, deux crosses adossées contre un pal, un lion androcéphale
Fig. 1290
Fig. 1291
(fig. 1289), le mot LEON écrit dans le champ entre deux lignes de points et VCl et l'A, une sorte de fleur qui reviendra sous une forme plus ou moins variée sur d'autres deniers espagnols du xir siècle, enfin un cavalier à droite armé d'une épée. Au revers des deniers se montre toujours une croix, soit pattée, soit ancrée, soit à long pied et à branches ancrées, soit enfin pattée et placée au-dessus des lettres 00 A. 2= (groupe. — Lorsque Alfonse VII eut pris le titre impérial, aux ateliers existant à Léon et à Tolède vint s'ajouter l'hôtel de Burgos, dont les produits se distinguent par un petit B placé au commencement des légendes. Les types restent dans la donnée générale de ceux
de la première période du règne; on trouve le buste couronné placé de face ou de profil à gauche, deux figures en regard séparées par un fleuron crucigère analogue à celui des monnaies d'Aragon ^ (fig. 1290), un lion à droite (fig. 129 1), une tête de lion à gauche (fig. 1292), etc. Sous le règne d'Alphonse VII, le monnayage ecclésiastique que nous avons vu prendre naissance sous Urraque s'étend quelque peu. Trois ateliers religieux fabriquent des deniers au nom du prince ; à Ségovie, SOCOVIA CM, SVCOVIA CI. le chapitre de la cathédrale émet des pièces
Fig. 1292
Fig. 1293
au type de la crosse entre deux fleurons aboutés (fig. 1293) ; à Compostelle. la célèbre église de Saint-Jacques, S- lACOBI, frappe des deniers chargés soit d'un chrisme, soit d'un buste et d'un lion à gauche; enfin la cathédrale de Tolède marque les espèces battues à son profit, d'une crosse en pal entre deux croix.
Alfonse VII mourut le 21 août 1157, laissant de sa première femme deux fils, Sanche et Ferdinand, qui partagèrent ses États. Le premier eut le royaume de Castille, le second le royaume de Léon.
§ IL — Royaume de Castille.
Sanche III (1157-1158). — N'ayant occupé le trône que pendant un an, Sanche III n'a pu émettre un nombre de monnaies bien considérable. On a de lui des deniers portant d'un côté un grand buste couronné à droite et, dans le champ, le nom TOLETA. Du côté de la croix, la légende est REX SANCI3 ou SANCIVS REX (fig. 1294).
La lecture des monnaies espagnoles de cette époque n'est pas toujours aisée, à cause de la forme particulière qu'affectent les A et les V; comme dans les légendes monétaires du
I. Dans une étude publiée dans le Mémorial niimismalico espahol, t. II, p. 155, M. Campaner a proposé la restitution de cette pièce aux deux profils en regard à Alfonse I le Batailleur, roi d'Aragon, et à sa femme Urraque. Nous signalons cette attribution nouvelle sans vouloir ni la repousser, ni l'admettre.
midi de la France, les jambages ne se rejoignent jamais, de sorte que sur les pièces de Sanclie, par exemple, on ne distingue à première vue que cet assemblage bizarre de traits: S/\IICI\/S REX.
Alfonsc VIII (1158-1214). — Alfonse VIII, surnommé par ses contemporains le Noble et le Bon, n'avait pas encore trois ans lorsqu'il monta sur le trône. L'an 1170 il épousa Hléonore, fille d'Henri II, roi d'Angleterre, qui lui apporta en dot le duché de Gascogne.
Pendant les premières années du règne d' Alfonse VIII, le gouvernement du royaume de Castille fut entre les mains de Ferdinand II, roi de Léon, qui exerça la souveraineté en qualité de tuteur. Il existe des deniers dont le type rappelle cette situation politique. Sur les uns, le buste du jeune prince, entouré de ANFVS REX, se montre au droit, tandis qu'au revers nous trouvons l'effigie couronnée de son oncle, une épée devant le visage; la légende est TOLETVA. D'autres pièces non moins curieuses représentent le roi Ferdinand II de Léon en pied et tenant une épée et une palme levées; à sa droite le roi de Castille adolescent se tient debout.
Une curieuse obole rappelle l'entrée du jeune roi à Tolède en 1166 : 4- ERA M ce lili. Croix dont les bras sont terminés par de petits croissants; globules dans les cantons. Revers : TOLETVM. Croix au sommet d'un fleuron. Cette pièce porte un millésime, exemple unique sur les monnaies à légendes latines frappées en Espagne à cette époque; la date 1204 de l'ère d'Espagne correspond à 1166 de la nôtre.
Les monnaies d'Alfonse VIII devenu majeur débutent par une belle pièce d'or imitée des dinars arabes et connue dans les documents sous le nom de marahotin alfonsin.
Le dispositif des prototypes a été entièrement conservé, sauf qu'au droit les trois lignes de légendes placées au centre du champ sont surmontées au-dessus d'une croix (fig. 1295). Les diverses inscriptions arabes de la monnaie d'or d'Alfonse VIII peuvent être traduites comme suit : 1° celle du centre de l'avers : + (le signe) de la religion chrélienne, de Dieu h très grand ; 2° l'inscription circulaire de l'avers : Au nom du père, et du fils et du Saint-Esprit, Dieu est unique. Celui qui croit et est baptise sera sauvé ; 3° la légende centrale du revers : L'émir des Catholiques , Al fons-ben-Sanch, est aidé de Dieu et Dieu le protège. Enfin 4° la légende circulaire du revers : Ce dinar est frappé à Médina
i-ig. 129;
ÉTATS CHRÉTIENS DE LA PENINSULE IBERiaUE
Tokitola (Tolède) Van 1224 de l'ère de Saphar, c'est-à-dire en 1186, suivant notre ère. L'année suivante, Alfonse VIII frappa un dinar d'imitation moins servile; dans le bas du champ, au revers, figurent les lettres latines ALF. Le roi de Castille ne borna pas ses copies du numéraire arabe à l'or; on possède de lui quelques fels de cuivre, qui reproduisent les types centraux du dinar.
Alfonse VIII fut, pour les Arabes, un rude adversaire. Dans la seule prise de Mérida, il leur tua, s'il faut en croire les historiens, près de deux cent mille hommes. Sa lutte contre les infidèles ne l'empêcha pas, lorsque l'intérêt commercial était en jeu, de copier leurs espèces et d'affubler les devises chrétiennes d'un costume mahométan.
Les deniers d'argent d'Alfonse VIII présentent des types très variés. Le roi y est représenté ou en buste ou en pied, et tenant une palme et une épée, ou à cheval à droite. Parfois ses pièces portent le château aux trois tours qui deviendra l'emblème de la Castille, mais parfois aussi un édifice à deux tourelles entre lesquelles paraît la tête couronnée du prince. Le champ du revers est généralement occupé par une croix pattée.
Henri I (12 14-12 17). — Henri I était né en 1204; il n'avait donc que dix ans à son avènement. M. Heiss ne donne qu'une seule monnaie pour le règne de ce roi enfant : c'est un denier portant d'un côté un château à trois tours avec le mot REX écrit sur la fliçade, et de Tautre une croix pattée entourée de 4- ENhlCVS....
§111. — Royaume de Léon.
Ferdinand II (1157-1188). — L'introduction de l'or sous les coin monétaires eut lieu, dans le royaume de Léon, à peu près vers le même temps qu'en Castille; mais à la différence de ce qu'allait faire son neveu Alfonse VIII, le roi Ferdinand II adopta des types et des légendes absolument chrétiens.
Voici la description de la pièce d'or de ce prince : 4- FERNANDVS :
DEI : GRA : REX. Buste couronné avec sceptre, à gauche; derrière la tête, une épée. Revers: IN NE PATRIS I PLI I SPS SCI. Lion à droite; au-dessus, une épée; au dessous, le mot LEO, explication naïve du type (fig. 1296). Les deniers
Fig. 1296
reproduisent, en les réduisant, les types de l'or; mais parfois aussi le buste est remplacé par une croix pattée.
Alphonse IX (i 188-1230). — Le système monétaire du royaume de Léon reste sous ce prince ce qu'il était sous son prédécesseur. Pour l'or, les coins sont conservés et ne présentent de variante sensible que dans le nom propre. Les deniers frappés à Léon ou à Saint-Jacques de Compostelle, Cl lACOBI APES, portent un buste à droite, un lion.
Fig. 129S
deux lions sous un fleuron (fig. 1297), enfin le mot LEONIS au milieu du champ, entre deux barres horizontales, au-dessus et au-dessous, un fleuron (fig. 1298). Le nom du roi prend différentes formes dans les légendes. On rencontre concurremment Adefonstis, Alfonsus et Anfons.
§ IV. — Royaumes de Castilîe et de Léon.
Ferdinand lîl (1230-1252). — En 1217, Ferdinand III, fils d'Alfonse IX, roi de Léon, et de Berengère, fille d'Alfonse VIII, roi de Castilîe, fut reconnu roi de ce dernier pays. En 1230, à la mort de son père, Ferdinand se fit couronner roi de Léon et désormais les deux pays ne furent plus séparés.
M. Heiss classe à Ferdinand III les deniers, connus en si grand nombre, dont le type est uniformément, d'un côté le château de Castilîe, de l'autre le lion de Léon. Les légendes sont : F • REX • CASTELLE — ET LEGIONIS.
Alfonse X (1252-1284). — En montant sur le trône, Alphonse X arrêta la fiibrication des anciens deniers appelés pepiones, dont la création remontait à son père. Douze de ces pepiones valaient un sou et 180 un maravédis d'or. Alphonse X les remplaça par des pièces de deux deniers appelées blancos burgalèses, dont 90 équivalaient à un maravédis. Le type de ces pièces se compose d'un côté des armes écartelées de Castilîe et de Léon, placées dans le champ sans aucune légende; l'autre face est entièrement occupée par l'inscription suivante : ALF-ONSVS REX CAS-TELLE E-T LEG!0-NIS. L'émission de c^s blancos burc^aUses
dura jusqu'en 1258. En cette année l'on en revint à la fabrication de deniers simples appelés negros ou prietos, ayant la même valeur et le même type que les pepiones de Ferdinand III.
Les documents monétaires nous apprennent qu'Alfonse X frappa encore des maravédis blancs appelée novenes, dont 60 valaient un maravédis d'or. Ces pièces, qui n'étaient pas encore connues en nature au moment où M. Heiss publia son livre, sont donc des triples deniers correspondant suivant toute apparence à Vesterlin d'Angleterre, dont le cours commençait à s'étendre dans toute l'Europe chrétienne.
Le règne d'Alfonse X fut troublé par une révolte de l'infant Henri, frère du roi. On a tenté d'attribuer à ce prince un denier de lecture douteuse qui semblerait porter E REX CASTE — E REX LEGIO. Le type est celui des pepiones de Ferdinand III et d'Alfonse X.
Sanche IV le Grand (1284-1295). — Les monnaies de ce roi sont très faciles à distinguer de celles de ses homonymes. Il est, en effet, le seul Sanche qui ait possédé les deux royaumes de Castille et de Léon réunis.
Sanche IV fit 'battre une dobla d'or portant son effigie à l'avers et, au revers, les châteaux et les lions alternant ; la légende est exceptionnelle : IMAGO : SANCU : REGIS: ILLVSTRIS : CASTELLE : LEGIONIS : E TOLETI; un M placé au-dessus du premier château est l'initiale de l'atelier monétaire de Madrid ^ Outre cette remarquable monnaie d'or, Sanche IV émit des pièces en billon appelées coronados, dont huit valaient un sou d'argent; c'étaient donc à vrai dire des monnaies correspondant à un denier et demi. Le type de ces monnaies porte uniformément à l'avers un buste couronné à gauche. Au revers paraît parfois une croix pattée, mais bien plus souvent le château de Castille. La flibrication des coronados se fit dans des proportions immenses ; ceux qui sont au type du château comptent parmi les pièces les plus communes de la série espagnole. Les ateliers monétaires sont distingués par des initiales. On a ainsi reconnu Burgos, Léon, Madrid, Palencia, Cuença^ Avila, Séville et Tolède. Il semble que vers la fin de son règne Sanche IV ait tenté le premier en Espagne une fabrication de forte monnaie d'argent. Un document de 1295 parle d'une « moneda hlanca de die:^ coronados, » mais jusqu'à ce jour cette monnaie n'a pas été retrouvée en nature.
Ferdinand IV (1295-1312). — Ce roi clôt la période de l'histoire monétaire à laquelle s'étend la troisième partie de ce traité. Ses pièces
I . Campaner, 'Novedades en la numismatica cspahoht de la cdcul m:dia, dans le Mémorial mmismatico espanol, t. II, p. 100 et suiv., pi. V, fig. i.
sont difficiles à débrouiller de celles de Ferdinand III. On lui attribue des deniers et oboles de billon ayant au droit le château de Castille et au revers le lion de Léon, placé le plus souvent dans une épicycloïde à huit lobes.
§ V. — Royaume d^ Aragon.
En 1035, TAragon fut érigé en royaume en fliveur de Ramire I, quatrième fils de Sanche III le Grand, roi de Navarre. Après la mort de Ramire I, son fils, Sanche-Ramirez I, fut proclamé roi.
Sanche-Ramirez I (1063-1094). — C'est à ce roi qu'appartiennent les plus anciennes monnaies classées par M. Heiss à l'Aragon. Le
type de l'avers des deniers et des oboles est une tête nue tournée à droite ou à gauche; la légende est SANCIVS REX. Au revers, nous trouvons une croix à long pied, accostée de deux fleurons et des deux parties des mots ARA-GON ou lAC-CA. placés transversalement dans le haut du champ (fig. 1299). Le mot lACCA désigne la ville qui était T antique capitale de l'Aragon; les espèces qui y furent frappées prirent le nom de jaquesas.
En 1076, Sanche-Ramirez s'empara du royaume de Navarre qu'il réunit à l'Aragon, sans égard pour les droits àts enfants de Sanche IV.
Pierre I (1094-1104). — Fils de Sanche-Ramirez, Pierre avait hérité des qualités guerrières de son père. Les historiens espagnols disent que ce prince, dans un combat, abattit la tête à quatre rois maures, et de là viennent, ajoutent-ils, les quatre têtes noires qu'on voit dans les armoiries d'Aragon. Du vivant de son père, en 1085 ou 1086, Pierre I reçut les titres de roi de Sobrarbe, de Ribagorza et de Monçon. On possède un denier frappé à Monçon, sans doute vers cette époque; il reproduit le type de Sanche et a comme légendes : PETRVS REX — MON-SON. Lorsque Pierre I eut succédé à son père, il continua à monnayer au même type, mais avec les légendes : PETRVS REX— ARA-GON. ou, plus rarement: PETRVS SANCIVS — REX ARAGON. Pierre I mourut en 1104, peu de temps après le seul fils qu'il avait eu d'Agnès, fille de Guillaume VI, comte de Poitiers.
Alfonse I (11 04- 11 3 4). — La couronne d'Aragon passa à un frère de Pierre, Alfonse, que les nombreux combats livrés par lui aux infidèles firent surnommer le Batailleur. En 1109, il épousa Urraque,
héritière de Léon et de Castille; nous avons vu plus haut comment cette union finit.
Les premières émissions d'Alfonse I, ANFVS REX. reproduisent les types de ses prédécesseurs, à cette différence près que la tête est remplacée par un buste dont le bas coupe la légende. On connaît deux autres types monétaires ^ dont l'emploi fut certainement postérieur au type dont il vient d'être question : 1° ANFVS SAN REX. Buste à gauche. Au revers, une croix à pied et la légende ARAGONENSIS. 2° ANFVS S REX. Croix pattée. De l'autre côté, le champ est occupé par un annelet, une croisette et deux E couchés; la légende est ARAGON ES. Ce dispositif rappelle certaines monnaies languedociennes, et il est très probable qu'il fut adopté pour faciliter le cours des deniers aragonais dans le midi de la France. On remarquera la présence, dans les légendes des dernières émissions royales, de l'indication de la fiUation ; cette circonstance rend indubitable l'attribution de ces pièces à Alfonse, fils de Sanche.
Après la mort d' Alfonse I, arrivée en 11 3 4, les Aragonais et les Navarrais ne purent se réunir dans le choix d'un même souverain. Les premiers appelèrent à la couronne Ramire II, troisième fils de Sanche-Ramirez, qui vivait retiré au monastère de Saint-Pons-de- Thomières, au diocèse de Narbonne. Ce prince épousa Agnès, fille de Guillaume IX, duc d'Aquitaine, dont il eut une fille nommée Pétronille, en fliveur de laquelle il abdiqua en 113 7.
Dona Pétronille avait deux ans lorsqu'elle commença à régner sous la tutelle de Raimond-Bérenger IV, comte de Barcelone, à qui son père l'avait fiancée. Raimond gouverna le royaume sous le titre de prince d'Aragon et célébra en 1151 son mariage avec sa pupille; il mourut en 1162. On ne possède jusqu'à ce jour aucune monnaie aragonaise ni de Ramire II, ni de Pétronille, ni de Raimond-Bérenger.
Alfonse II (1162-1196). — Alfonse II, fils de Raimond-Bérenger et de Pétronille, succéda à son père dans le comté de Barcelone et fut placé par sa mère sur le trône d'Aragon.
M. Heiss estime qu'Alphonse II reprit le type primitif d'Alfonse le Batailleur, mais le buste ne coupe pas la légende, et le sommet de la tête dépasse le grénetis; au revers, le mot ARA— GON est placé
I. M. Campaner a publié, dans le Mémorial mimismatico espahol, t. IV, p. 22, un denier dont l'attribution reste incertaine entre Alfonse I le Batailleur et Alfonse VII de Castille. Voici le type de cette pièce : al rex. Buste couronné de face. Revers : m SPANIA. Croix pattée.
verticalement aux côtés du fleuron. Le nom du roi est orthograpliié ANFOS, forme plus moderne que ANFVS.
Pierre II (1196-1213). — Pierre II fit usage des mêmes types que son père, mais le buste royal est couronné. En 1204, Pierre s'était rendu à Rome et s'était fait couronner par le pape Innocent III, auquel il s'était engagé pour lui et ses successeurs à payer un tribut annuel de deux cent cinquante maravédis d'or. Les frais du voyage à Rome et du tribut au pape furent couverts par un nouvel im^)ôt appelé monedaje, qui consista en un droit prélevé sur la fabrication des espèces; il est probable que l'établissement de ce monedaje correspondit à un affaiblissement monétaire.
Jacques I (1213-1276). — En 1204, Pierre II avait épousé Marie, fille et héritière de Guillaume, comte de Montpellier; leur fils unique monta sur le trône en 12 13. Jacques I le Conquérant eut, au point de
vue historique, un règne remarquable; le limai 1258, ses plénipotentiaires signèrent à Corbeil avec Louis IX un traité par lequel le roi de France céda au roi d'Aragon, à perpétuité, tous les droits de souveraineté
Fig. 1300 . . » 1 T> 1
qu il avait sur les comtes de Barcelone, d'Urgel, de Besalû, de Roussillon, d'Empurias, de Cerdagne, de Gérone et de Vich.
Les monnaies de Jacques I portent son buste couronné à gauche, avec la légende ARA-GON. Le nom du roi, lACOBVS REX, entoure au revers une croix patriarcale, à double traverse (fig. 1300).
On ne connaît pas de pièces aragonaises des deux successeurs immédiats de Jacques le Conquérant, Tierre III (1276-1285) et Alfonse III (1285-129 1). Les dernières monnaies de la période dénariale appartiennent à Jacques II (1291-1327). C'est du moins à ce roi que M. Heiss attribue dts deniers et des oboles, aux mêmes types que ceux de Jacques I, mais d'une gravure beaucoup plus moderne. Nous n'avons ■pas, en ce qui nous concerne, toute confiance dans ce classement, uniquement basé sur la forme des lettres, l'emploi de U au lieu de N, et de 6 au lieu E.
§ VI. — Royaume de Navarre.
Bien que les Carolingiens se soient ernparés de la Navarre, leur domination n'y fut jamais solidement établie, et il est aussi inexact dç
joindre la numismatique navarraise à celle des feudataires français, qu'il est naturel d'y faire entrer celle des comtés de la Catalogne.
Sanche III (1000-1035). — Le monnayage de la Navarre remonte à ce prince qui possédait également la Castille et l' Aragon et prenait le titre d'empereur. Il fut le créateur d'un type monétaire qui fut continué en Navarre et en Aragon par ses fils : d'un côté une tête à gauche, de l'autre une croix longue sortant d'un fleuron. Les légendes de ses deniers sont IMPERATOR et NAVARA.
Garcie III (1055-1054). — Ainsi que nous venons de le dire, les coins créés par Sanche continuèrent à être en usage; la légende de l'avers fut seule changée et devint GARCIA REX.
Sanche IV (103 4- 107 6). — Fils de Garcie III, ce prince modifia peu les coins paternels ; à part le nom, le seul changement introduit consiste dans la position du mot NAVARA, qui surmonte la croix . du revers au lieu d'être coupé par elle.
En 1076, Ramire, frère de Sanche IV, forma une conspiration contre lui et le fit périr. La Navarre fut réunie à l'Aragon, dont elle suivit les destinées jusqu'à la mort d'Alfonse le Batailleur. Pour toute cette période, le monnayage navarrais semble avoir été arrêté; on n'en possède aucun produit. Il est fort probable que les deniers d'Aragon eurent cours dans le pays annexé.
Garcie Ramirez IV (1134-50). — Après la mort d'Alfonse, Garcie, frère de Sanche IV, fut proclamé roi de Navarre à Pampelune par les grands de la nation.
Les deniers de ce roi reproduisent à l'avers la tête qui figurait sur les pièces de ses prédécesseurs; au revers, le centre du champ est occupé par une croix à long pied accostée de deux étoiles dans les cantons supérieurs; le nom de pays NAVARA forme une légende circulaire.
Sanche VI (1150-94) et Sanche VII (i 194-1234). — Il est difficile de distribuer entre ces deux princes les deniers et oboles navarrais connus au nom de rCOANCIVS REX. M. Heiss tranche la difficulté en les accordant tous à Sanche VII.
Les rois de Navarre Sanche VI et Sanche VII conservent, à l'avers, la tête à gauche ; le coin du revers est copié de celui que les comtes de Toulouse employaient dans leur marquisat de Provence; il porte un croissant et un soleil. La légende est NAVARRE sur les pièces qui nous paraissent les plus anciennes, NAVARRORVM sur celles que nous croyons les plus récentes.
Thibaut I (1234-53) et Thibaut II (1253-70). — Thibaut I,
quatrième comte de Champagne de ce nom et neveu de Sanche VII, fut solennellement adopté par lui comme son successeur, c r 1224. Il fut proclamé roi dans la cathédrale de Pampelune le 7 mai 1234.
Thibaut introduisit en Navarre un type monétaire inspiré par celui des pièces champenoises. Le côté principal de ses deniers et oboles porta une fasce donjonnéeàtrois tours crénelées, accompagnée d'un croissant. Les pièces de Thibaut I se distinguent de celles de son successeur, en ce que les unes portent TEBALDREX. et les autres ""IC^LD REX.
Henri I (1270-1274), Jeanne (1274-1284). — On n'a pas encore retrouvé de monnaies d'Henri I, mais s'il en frappa il est probable
qu'elles furent au type de Thibaut; le
dispositif de la fasce donjonnée à trois
tours crénelées se trouve en effet sur les
deniers et les oboles de Jeanne, lOHANNA
REGINA — DE NAVARRA (fîg. 1301).
^'^- ^5°' En 1284, Jeanne épousa Philippe le
Bel, roi. de France. Le monnayage navarrais cessa jusqu'au moment
où le royaume eut passé à la maison d'Évreux.
§ VII. — Royaume de Portugal.
Henri de Bourgogne, petit-fils de Robert I duc de Bourgogne, étant venu au secours d'Alfonse VI, roi de Castille et de Léon, contre les Maures, avec Raimond, comte de Toulouse, Raimond de Bourgogne et d'autres seigneurs français, reçut vers 1095, pour récompense de ses services, la main de Thérèse, fille naturelle d'Alfonse, qui le fit en même temps comte du canton de Lusitanie situé entre le Douro et le Minho. Henri se signala par plusieurs victoires remportées sur les Maures, auxquels il enleva successivement Viseu, Lamego, Braga et Coïmbre. A sa mort, en 11 12, il transmit son comté à son fils Alfonse I.
Alfonse 1(1112-1185). — Le comte Alfonse I, mineur au moment de son avènement, gouverna jusqu'en 1128 sous la tutelle de sa mère. En 113 9, il remporta, le 25 juillet, dans la plaine de Campo-Ourique qui fut appelée depuis Cabeza-de-Reis (tête de rois), une grande victoire sur cinq rois maures. C'est de cette victoire, en mémoire de laquelle Alfonse mit dans ses armes les quinas, cinq petits écussons en croix, que date la fondation du royaume de Portugal. Le prince fut proclamé roi sur le champ de bataille, et les états convoqués à Lamego le confirmèrent dans ce titre. En 1147 ou 1148, les Portugais s'emparèrent de Lisbonne.
ÉTATS CHRÉTIENS DE LA PÉNINSULE IBÉRIdUE
Fig. 1302
C'est du règne du roi Alfonse I que datent les premières monnaies portugaises. La série s'ouvre par des monnaies d'or frappées sur le pied des pièces arabes des Almoravides et appelées par le fait almorabitmi, morabitini, marahitini, maravitini ou maravédis. Le maravédis d' Alfonse I porte d'un côté le roi à cheval, l'épée haute, à droite ; sur l'autre face les quinas cantonnées de trois étoiles et d'une croisette ou de trois étoiles et d'un B, initiale de l'atelier de Braga. La légende commence au revers par MONETA DOMINI AFNSI, et continue au droit, + REGIS PORTVGALENSIVM (fig. 1302). En argent, ou pour mieux dire, en billon, les monnaies frappées sont le denier {dinheiro) et sa subdivision la maille. On en trouve mention dans un très grand nombre de documents. On connaît aujourd'hui deux types différents pour le denier :
1° ALFONSVS. Figure dite pentalpha. Revers : REX • POR. Croix latine accostée d'un alpha et d'un oméga déformés, type inspiré de certains deniers d' Alfonse I, roi d'Aragon.
2° ALFONSVS. Buste de profil cà gauche. Sur le cou, les deux lettres CO, qui paraissent indiquer l'atelier monétaire de Coimbre. Revers : REX PORTVGAL. Croix pattée cantonnée d'un globule et d'une étoile. La maille ou obole d'Alfonse I porte à l'avers un petit écusson ovale, l'une des quinas, et au revers, une croix courte cantonnée de quatre globules.
Dans toute l'étendue du royaume de Portugal, le droit de signer le numéraire resta toujours un privilège essentiel de la couronne; mais au début, l'exploitation d'un atelier fut parfois abandonnée à une église qui battait ainsi aux coins royaux en bénéficiant des profits assez considérables attachés au monnayage, tout en se conformant pour le type, la taille et l'aloi, aux volontés du souverain. Le 27 mai 1128, le roi concéda à l'archevêque de Braga le droit de battre monnaie^ à la condition d'affecter le bénéfice de cette opération à la fabrique de son église. Cette concession fut confirmée plus tard par Alphonse II en ces termes : « Et sicut avus meus rex Alfonsus dédit adjutoriuvi ad Ecclesiam S. Jacobi faciendam: simili modo do, atque concedo sanctae Marine Brach. Monetam, unde fabricetur Ecclesia... » La date de la concession d'Alfonse I (1128) prouve que dès avant la bataille de Campo-Ourique on monnaya en Portugal; mais il est très admissible que les monnaies d'alors n'aient été que des copies du numéraire arabe.
Sanche I (1185-1211). — En 1197, Sanche I reprit Lisbonne, qui était retombée sous la domination arabe. Ce fut alors, dit-on, que le roi commença J prendre le titre de roi des Algarves ; mais nous ne le rencontrerons sur les monnaies qu'à la fin du xiii° siècle. Sanche I frappa des maravedis d'or analogues à ceux de son prédécesseur. Les légendes sont, au droit : + SANCIVS REX PORTVGALIE, et au revers : + IN NE PTRIS T FILM SPS SCI A. Lcsdeniers et les oZ^o/^^ de Sanche portent tous dans le champ une des quinas, soit évasée et ovale, soit en forme d'écu. Au revers nous trouvons une croix courte et pattée sur les émissions les plus anciennes. Les pièces plus récentes ont une croix longue coupant le mot PO-RT-VG-AL.
Alfonse II (1211-1223), Sanche II (1223-1248), Alphonse III (1248-1279). — M. Teixeira de Aragâo n'attribue à Alfonse II qu'un maravedis d'or; mais cette pièce est la dernière du genre qui semble avoir été battue en Portugal. Sanche II et Alfonse III ne frappent que des deniers de billon. Sur ceux du premier le type du droit est formé de quatre ou cinq quinas disposées en croix; au revers, une croix longue coupe le mot PO-RT-VG-AL. Les deniers d' Alfonse portent une croix brève cantonnée d'étoiles et de croissants et les quinas rangées en croix et coupant la légende.
C'est sous le règne du roi Denis (1279-1325) que fut réalisée en Portugal la réforme monétaire qui fit du sou d'argent de 12 deniers une monnaie réelle. La période dénariale finit donc dans ce pays, comme dans la plupart de ceux qui imitèrent l'exemple donné par les rois de France, à la fin du xiii*= siècle ou aux premières années du xiv^.