II
Mieceslas III la Grande Pologne. Au début, les frères, obéissant aux volontés paternelles, reconnurent la suprématie de Wladislas 11^ mais quand celui-ci voulut attenter à leurs droits, ils le chassèrent et
fig- i3))
Fig. 1356
Boleslas IV prit possession de Cracovie et du pouvoir suprême. De Wladislas II (1139-46), on ne possède pour ainsi dire que des deniers muets, de petit module.
Voici les types principaux réunis par M. Stronczynski : Personnage debout devant le duc assis et tenant l'épée ; parfois la légende circulaire : voldislavs. Rev. : Guerrier combattant un lion. — Buste de face tenant une bannière et un bouclier. Même revers. — Même buste. Rev. : Buste de face tenant une épée et un boucher. — Même type que le revers précédent; parfois vladizlavs en légende. Rev. : Buste de face, avec crosse et livre, de saint Adalbert. — Guerrier debout armé d'une épée et d'un bouclier,
terrassant un ennemi. Rev. : Oiseau de proie fondant sur un quadrupède. h voldzit.
Le duc assis de face, tenant une épée. Rev.: Buste féminin à gauche, les mains levées à la hauteur du visage. — dvx vladislavs. Le duc tenant une bannière et chevauchant à droite. Rev. : Guerrier combattant un lion.
Boleslas IV Kedzierzawy (1146-73) multiplia les émissions. Ses ateliers furent établis à Gnesen, à Cracovie et principalement à Breslau. Pour Gnesen, le type local par excellence se compose du nom et du
Fig- i5iS
chef de saint Adalbert; à l'avers des deniers le duc, BOLESLAVS, est assis de face, tenant une épée sur les genoux (tig. 1357). Les pièces frappées à Cracovie portent une représentation nouvelle, le collège des princes, trois personnages assis en rang derrière une table (fig. 1358). Quelques deniers plus rares montrent le duc assis de face, tandis que son nom, disposé en trois lignes, occupe le revers (fig. 1359). A côté de ces monnaies à légendes, nous trouvons diverses pièces muettes. Les plus intéressantes ont à l'avers l'image du duc debout, tenant un bouclier et une lance garnie d'un fanion; au revers, celle de deux princes assis à une longue table et tenant ensemble le fjlobe crucisjère.
M. Stronczynski attribue aux dernières années de Boleslas IV Kedzierzawy un grand nombre de bractéates de petit module, principalement frappées à Breslau, et portant en légende soit le nom d'un duc Boleslas, soit celui de la ville de Breslau ou de son patron, saint Jean- Baptiste. M. Friedensburg revendique ces pièces pour Boleslas le Grand, duc de Silésie, et cette opinion paraît infiniment plus plausible que celle du numismate polonais dont la critique est loin d'être sûre. Nous parlerons en détail de ces curieuses bractéates à la page 870.
Miecislas III Stary fut deux fois en possession de la suzeraineté, de 1173 à 1177 et de 1195 ^ 1202. Il n'existe de lui aucun denier biface. Ses bractéates, dont la trouvaille de Glembokie est venue répandre les exemplaires, appartiennent vraisemblablement à la première période. Miecislas III afferma l'exploitation de ses ateliers à des banquiers israélites qui confièrent la fabrication à des artisans de leur race ; c'est ce dont, à défaut de documents écrits, les monnaies elles-mêmes viennent témoigner. Les légendes des bractéates sont écrites tantôt en caractères latins, tantôt en caractères hébraïques et la langue employée est tour à tour le latin, l'hébreu et le polonais. On constate ainsi quatre groupes épigraphiques dictincts suivant l'idiome et l'alphabet :
a). Latin en lettres latines, par exemple MISICO DVX, MISICO.
b). Hébreu en lettres hébraïques, par exemple: Me^ka juseph hacoherij Miecislas, prince légitime.
c). Latin en lettres hébraïques, par exemple: Juhilate Abraham^ Isaac et Jacob.
d). Polonais en lettres hébraïques : Mies^Jca Gned:(^, Miecislas Gnesen, MidSTjia krol polski,' Miecislas souverain de la Pologne. Un certain nombre de ces légendes hébraïques n'ont pas encore été lues avec certitude.
Les types des bractéates de Miecislas III sont très variés. Le duc de Pologne y est représenté en buste, assis de face, à cheval, debout et tenant un oiseau, debout et accompagné d'un autre personnage, en buste sous une arcade, debout et combattant un lion, etc. Quelques pièces portent des représentations d'animaux, un lion, un dragon et deux colombes, un oiseau dévorant un serpent. Quelques-unes enfin portent simplement dans le champ quatre hgnes de caractères hébraïques.
Casimir II (1177-94) abandonna la Grande Pologne à son neveu Otton, fils de Miecislas III, mais il se réserva expressément la possession de Gnesen, de sorte qu'il put monnayer dans cette ville et à Cracovie. Les légendes hébraïques disparaissent complètement et nous n'avons, pour son règne, à signaler que des inscriptions latines, mais celles-ci.
de même que les types des bra^téates, présentent une grande originalité. Le nom du duc de Pologne, CAZIMIR ou DVX CAZIM, accompagne son buste couronné vu de face (fig. 1360) ou l'image d'un dragon, mais
Fig. 1360 Fig. 1561 Fig. 1502
l'inscription constitue le plus souvent une naïve explication du sujet représenté. C'est tantôt le buste de la Foi, FIDES (fig. 1361), tantôt une croix recroisetée, CRVX, ou la dextre divine, DEXTERA; ou enfin une sirène, SIRENA (fig. 1362), ou une aigle, ACVILA.
Les monnaies frappées en Pologne au xiii*^ siècle sont beaucoup moins nombreuses que celles du xii*. Les bractéates continuent à former' le principal élément de la circulation métallique, mais il se rencontre toutefois, de loin en loin, un denier à double empreinte. On possède des monnaies signées par quelques ducs ou prétendants à la suprématie : Wladislas III (1202-1207), Leszek Bialy ou Lesk V le Blanc (1206-27), Boleslas V (1227-79), Boleslas Pobozny, de Kalisch (1259-79), ^^ enfin son neveu, Przémislas IL Ce dernier prit le titre de roi de Pologne, malgré le Saint-Siège, et se fit sacrer le 26 juin 1295 par l'archevêque de Gnesen.
La période du gros d'argent commence en Pologne sous Casimir III le Grand (1333-70); ce règne sera le point de départ de notre quatrième partie.
§ IL — La Silésie.
En 1163, Boleslas le Grand, fils aîné de Wladislas, duc de Pologne, obtint de son oncle, Boleslas le Frisé, la Silésie, dont avait été dépouillé son père. Un partage eut lieu entre Boleslas le Grand et ses frères cadets. Il eut dans son lot le pays de Breslau ; Miecislas I reçut Oppeln, Ratibor, Oppau et Teschen ; enfin Glogau, Crossen et Sagan furent la part de Conrad. Ce dernier étant mort sans postérité en 1178, sa succession retourna à Boleslas le Grand, qui réunit ainsi toute la Basse- Silésie sous son sceptre. Voici le tableau de sa descendance :
* Bolcsias le Grand 1163-1201
BresJaii
• Henri le Barbu
Henri II 1238-41
Neisse Jaroslaw 1179-99
donne Neisse à l'église de Breslau
Licgniti
Boleslas II le Sauvatre
Breslau
Henri III le Blanc
Henri IV 1266-90
Glogau Conrad I 1241-74
* Henri III 1274- 1309
épouse en 1292
Mathilde de Brunswick
Licgfiit::^ Henri V le Gros
hérita en 1290
de Breslau
SchiL'cidnil:^ * Boleslas I 1278-1 301
Schweidnitx^ * Bernard 1301-1326
Mntisterbcrg
' Boleslas II
Boleslas III Henri VI 1311-48 1311-35
vendit Breslau
à la Bohême
en 1327
Sagan GJogaii Steinau Oeîs
Henri IV Przémislas Jean * Conrad I
La Haute-Silésie fut transmise aux descendants de Miecislas I qui se divisèrent également en plusieurs branches, comme on pourra le voir par le tableau généalogique suivant :
Miecislas I 1 163-1211
Casimir I 121 1-30
Miecislas II 1230-1246
Wladislas I 1246-I2Î
Teschen Casimir II 1289-1306
Ratihor Przémislas 1288-1306
Bcuthcn
Casimir
Oppehi Bolkon
Les premières monnaies silésiennes ont été longtemps confondues avec les bractéates polonaises. Si quelques-unes d'entre elles portent le nom
SyO TROISIÈME PARTIE •
de Boleslas le Grand, DVX-BO. BOLE. BOLESLA/S. et son effigie combinée avec une représentation architecturale, on rencontre en bien plus grand nombre les pièces muettes ou chargées de légendes ne fournissant aucune donnée chronologique. La tète de saint Jean-Baptiste, patron de Breslau, SCS-IOHS-BAP-TISA ou l-O-B-A, celle de la Justice personnifiée, IVSTICIA, une aigle, un ange, deux figures en regard sous des arcades, trois bustes disposés en triangle avec la légende transversale IVSTICI ou CARITAS. un buste armé de toutes pièces issant d'une enceinte sur laquelle est écrit le nom de Breslau, VRATIZ, un buste d'ange, des croix ornées, tels sont les principaux types à signaler. A côté des légendes latines usuelles, nous trouvons un exemple de l'emploi de l'idiome vulgaire ; le mot + MILOSl, équivalent de Caritas, entoure sur une petite bractéate une tétc de face qui doit personnifier cette vertu théologale.
A ces bractéates, en général de bon style, succèdent, au commencement du xiii° siècle, d'autres pour lesquelles paraissent avoir servi de modèle non plus les pièces polonaises, mais celles de Bohême. Ces pièces sont en général muettes ; le module est petit, et le type est entouré, au lieu d'un fin grénetis, d'un lourd cercle en forte saillie. Les bractéates de cette catégorie sont innombrables, car les refontes, ahjcclio et rcnovatio monctae, avaient lieu jusqu'à trois fois l'an. La taille de ces pièces était souvent de six cents au marc; le poids moyen de celles de la trouvaille de Dahsau est de o gr. 175.
Voici les principaux types qui se trouvent sur les bractéates silésiennes : Personnage en pied ou en buste ; — tête couronnée; — tète coiffée d'un chapeau ; — tête mitrée ; — tête combinée avec des dispositifs architecturaux ; — tête entre deux ailes d'aigle; — couronne; — heaume couronné; — heaume avec plumes de paon; — plumes de paon ; — heaume cime de cornes; — heaume cime d'un double vol ; — bannière ; — écussons ; — pièces héraldiques ; — agneau ; — lion ; — quadrupède cornu ; — tête de taureau; — bois de cerf; — griffon; — écureuil mangeant un fruit; — éléphant harnaché ; — tête de licorne ; — coq ; — tête de coq ; — poissons ; — quatre poissons en cercle autour d'une étoile; — demi-aigle et poisson accolés; — aigle; — deux colombes adossées ; — une ou deux têtes d'oiseau à bec recourbé ; — serre d'aigle; — ailes d'aigle; — lettres de l'alphabet: A, B, E, G, H, M, R, S, Z; — édifices; — rosace; — fleur de Hs ; — feuilles de trèfle, de houx, etc; — croix de diverses formes.
Parmi les rares monnaies signées, nous rappellerons une bractéate de Henri I le Barbu, de Breslau', portant + DVX HEINRICVS, autour d'un buste de face, tenant un bouclier et une lance garnie de son fanion. Cette pièce présente encore tous les caractères des bractéates polonaises; la j^ravure est bonne et le grénetis qui entoure le type n'a pas encore fait place au cercle en saillie des pièces postérieures. Cette particularité se
voit sur une grande bractéate, de module exceptionnel, où la légende + HEINRICVS DVX entoure une aigle chargée en cœur d'un croissant couché.
La plupart des bractéates muettes n'ont pas encore reçu d'attribution quant à leur atelier d'origine. Les documents antérieurs à 1240 font mention de monnayeurs ou de monnaieries' dans les villes de Breslau, Leubus, Trebnitz et Liegnitz. Dans la seconde moitié du xiii^ siècle, nous trouvons les ateliers de Steinau, Lôwenberg, Schweidnitz, Mûnsterberg, Frankenberg, Neisse, Oppeln, Lôwen, Troppau, et Crossen dont nous avons reproduit une bractéate (p. 724, fig. 1203).
Vers la dernière décade du même siècle, une importante réforme monétaire fut opérée en Silésie. Nous voyons surgir de grands et beaux deniers bifaces, appelés dans les documents denarii quartenses, et pesant en moyenne i gr. 668.
Fig. 1363
Fig. 1364
Un grand nombre de ces pièces sont muettes, d'autres nomment le seigneur et lui donnent parfois ses titres, d'autres encore mentionnent le pays ou l'atelier d'origine ; sur quelques-unes enfin, les inscriptions constituent une explication du type. Sur les deniers anépigraphes, l'inscription du pourtour est remplacée par un cercle de trèfles, d'étoiles, de feuilles, de tleurs de lis, etc., dans ie genre de ce que nous avons vu sur les bractéates de Souabe. Le type des deniers silésiens est le plus souvent emprunté à l'ornementation héraldique ou au symbolisme religieux : écussons, heaumes avec leur cimier, armes en plein champ, cimiers, lions, aigles, couronnes, clefs, feuilles, animaux divers, ange debout, agneau pascal, dextre bénissante, etc. Les croix sont rares au revers. Quelques spécimens reproduisent la tcte bouclée de face des esterîins d'Angleterre. Les inscriptions les plus remarquables sont :
a;. Sur les deniers frappés dans le duclic de Glogau : CLiPiiVS di: nRVKSW ; iienricvs
DVX GLi CLIPEVS BAVWARIE (fig. I363); HDVX GLOGOVIE ; GROSSI GLOGOI ; MONETA
CROSSENE (Crossen);.... onvs zagani (ateliers de Sagan); monlta po — de grodis (ateliers de Gratz). La légende clipeiis de Brunswick, placée autour de l'écu de Brunswick, rappelle le mariage de Henri III duc de Glogau, avec Mathilde de Brunswick; l'inscription cUpeus Bamvarie fait très probablement allusion à l'union contractée par Béatrix, fille du duc Henri III, avec Louis, duc de Bavière.
b). Sur les pièces frappées par la branche de Sclnveidnitz : -j- galla dvcis hol-
KONis autour du heaume de Boleslas I; \- galea-dvmcv.slesie h iwenym
BOL-KONVM ou -\- DVCVM SLESIE j- IVVENVM BOLKONVM aUtOUr du licaumc Ct de
Vécu à l'aigle des fils du môme Boleslas I (fig. 1364).
c). Sur les deniers de la branche d'Oels: wartenbere; trebnic; namslavia, indication des ateliers de Wartenberg, Trebnitz ou Namslau.
§ III. — Les evcchés de Pologne et de Silcsie.
Pour se concilier l'appui du clergé dans leurs luttes de famille, les princes polonais de la maison des Piastes accordèrent de grands privilèges aux églises. Entre autres droits importants, les archevêques de Gnesen et les évéques de Posen obtinrent celui de battre monnaie.
Archevêché de Gnesen. — En 1252, Wladislas Odon'cc donna Li moneta à l'archevêque Vincent Ralenczow ct en 1286, Boleslas de Masovic accorda le même droit pour la ville de Lowicz à l'archevêque Jacques Swinka : « danins liccnliani in dislricin Lloi'icensi nionelani hahendi tali racione, qnod cadem monda non discrcpet a vioncta terre nostre. » Cette dernière concession fut confirmée en 1298 en ces termes: « Vl specialeni monetiim in opido suc et casleUanta Loi'icensi praedictti cndere et hahere valait, cnni nostra PJocciisi moneta in valore et pondère conciirrcntcm, in forma nichilominus differenteni. » En 1284, le duc de Pologne Przcmislas accorda à Jacques, archevêque de Gnesen, le droit monétaire dans la ville de Znin, située entre Gnesen et Brombcrg: « In Zncyna civitate sna et alias in castellania Lendensi, ubi volnerit, monetani hahere liceat spcciaUni, quae per totuni doininiuin nostruni recipi debeat'sicnt nostra. » Les monnaies archiépiscopales n'ont pas encore été démêlées des bractéates anonymes de la même année. .
Evèchè de Posen. — En 1252, Wladislas Odoniec donna à Paul Grzymala, évêque de Posen, la monnaie de Krôben. Le 11 janvier 15 14, Wladislas Lokietck donna à l'évêque André : « Jus ct ntilitateni monetac sive cndendi denarios in Shipc:;^a civitate ecclesiae Posnaniensis, juxta qualitatem qtiantitateviqne monetae terrae Poloniae jure perpetuo possidendani, et qnod dicta moneta Shipcensis ad ecclesiam Posnanienscm pertinens per omnes civitates lerrae nostrae Poloniae et noslrnm dominiuin polonicnm recipi ct valere deheatnr sicnt nostra. » La ville de Slupce était située dans le woïwodat de Kalisch.
Evèchè de Breslan. — Jaroslaw, fils de Boleslas le Grand, duc de Silésie, laissa en 1201, à sa mort, le pays de Xeisse à l'évêché de Breslau. En 1290, le duc Henri IV donna à l'évêque la moneta de Xeisse et d'Othmuchow et, l'aimée suivante, Henri III, duc de Glogau, confirma cette concession. On possède plusieurs jVn/Vrj bifaces frappés par les évêques de Breslau dans leur terre de Neisse. Les plus intéressants portent l'image de l'évêque Henri de Wurben (i 302-1519), assis de face, et l'agneau pascal, avec CCS légendes: H'EPISCOPI-vr.\ti-de-\ica h ece-est-agnvs dei; un autre
atelier fut ouvert à Weidenau ; ses deniers ont la légende : s-iacobie wichowve.