JUSQU'A L'APPARITION DU GROS D'ARGENT CHEZ LES CHRÉTIENS
Sources: F. de Saulcy, Numismatique des Croisades. Paris, 1847, in-4. — G. Schlumberger, Numismatique de VOrienl laliu. Paris, 1878, in-4. Supplément, Paris, 1882, in-4. — Notre chapitre est presque textuellement emprunté à ce remarquable ouvrage.
§ I. — Les principautés de Syrie et de Palestine,
« Lorsque les chefs de la première croisade, immédiatement après la prise de Jérusalem, songèrent à poser les bases de la nouvelle administration des territoires qu'ils venaient de conquérir, ils n'eurent garde de négliger la question du droit de monnayage, question si importante à cette époque et surtout pour cette nouvelle société politique de Syrie, organisée d'après les plus purs principes de la féodalité. Aussi le droit de frapper monnaie a-t-il pris sa place dans ce recueil célèbre de lois et de coutumes, promulguées à l'aurore même de la conquête, par Godefroid de Bouillon et ses compagnons d'armes, et qui longtemps transmises par la tradition, sous le nom <ï Assises de Jérusalem, furent enfin résumées et codifiées sous les rois de la maison de Lusignan.
« Le chapitre CCLXX de la haute cour, lequel, du reste, se rapporte à une époque assez avancée de la domination franque en Syrie, contient rénumération des seigneuries de Terre Sainte qui jouissaient du droit de frapper monnaie. »
« Après avoir nommé le roi « le chief seignor », les Assises désignent successivement les vingt seigneuries suivantes : le comté de Japbe Qaï(3.) et (ï Escalonne (Ascalon) ; la seigneurie de Rames (Ramlèh) ; la seigneurie d'Ibelin ; la princée de Galilée ; le seigneur de Sayctte (Sagète, Sido^n) et de Biaujort ; la seigneurie de Cèsaire (Césarée) ; la seigneurie de Bessan ; la seigneurie du Crac et de Montréal ; la seigneurie de Saint-Abraham; la seigneurie de Blanchei^arde ; l'évêché de Saint-Georges de Lidde ; le seigneur d'Arsur; le seigneur de Caïplias ; la seigneurie de Scsaire au Chat eau-Pèlerin ; la seigneurie dou Caimonl ; l'archevêque de Nazareth; la seigneurie dou fie dou conte
Josselin ; la seigneurie d'Escaiidelion ; la seigneurie de Sur (Tyr) ; la seigneurie du Thoron ; la seigneurie de Baruîh (Beyrouth).
« Une variante du môme chapitre omet les seigneuries de Sésaire au Château-Pèlerin et du Caimont, mais indique par contre celles de i5^7maj(Panéas) et deVAssehebe (la Chamelle). Le rédacteur des Assises termine du reste cette énumcration par les lignes suivantes: « Et il peut estre que il ait aucune autre seigneurie au reiaume qui ait court et coins et justice; mais je ne suis orres viemhrant d'autres que dedans que j'ai erres devisie. »
« Ces listes ne visent que les fiefs dépendant directement du royaume de Jérusalem, la première des quatre grandes baronnies de Terre-Sainte. Les trois autres, Antioche, Tripoli, Édesse, qui ne sont point citées par les Assises, jouissaient naturellement du droit de frapper monnaie. »
Il s'en faut, dans l'état actuel des découvertes numismatiques, que l'on possède les pièces frappées en Palestine par les divers princes chrétiens. Assurément, il reste plus à retrouver que ce que les collections en renferment aujourd'hui.
« En arrivant dans le Levant, les croisés y trouvèrent, circulant en immense quantité, le numéraire byzantin et arabe, et en particulier le besant des empereurs grecs et le dinar des khalifes, appelé également besant sarrasin. Le besant devint, on le sait, pour les nouveaux arrivants comme pour les anciens possesseurs du sol, le véritable instrument d'échange, la base des transactions commerciales, tant internationales, c'est-à-dire avec les Arabes ou les Byzantins, qu'entre les Latins euxmêmes. La plupart des sommes citées dans les chroniqueurs et dans les actes contemporains sont indiquées en besants, le plus souvent en besants sarrasins, car le besant grec avait bien vite cédé le pas à la pièce d'or arabe.
« Les premiers croisés en quittant l'Occident, du moins les croisés originaires de France, qui étaient en immense majorité, ne connaissaient pas la pièce d'or ni celle de cuivre. En vrais barons féodaux, ils introduisirent dans leurs hefs de Syrie, pour subvenir aux mille exigences de la vie de chaque jour et aux besoins du petit commerce, le seul monnayage en usage dans la mère-patrie, le denier d'argent ou le plus souvent de billon, Vobole et sa division la pougeoise ou pile. Ils ne changèrent presque rien aux types en usage en Occident. Il en fut tout au moins ainsi à Jérusalem, à Tripoli, où l'afBuence des chrétiens fut rapidement très considérable, et où les croisés purent très promptcment faire pénétrer leur système monétaire en même temps que leurs coutumes politiques et administratives en face des Sarrasins vaincus. Plus au nord, au contraire, à Antioche et surtout à Édesse, les nouveaux conquérants eurent à compter avec un élément de plus, avec la population grecque indigène. C'est en considération de ces sujets de religion chrcticnne ^gjîe les premiers princes d' Antioche semblent avoir monnayé quelque
temps aux types byzantins, et que les princes d'Édesse semblent n'avoir jamais cessé de le f^iire. »
Longtemps on a cru que les princes latins de Syrie et de Palestine ne frappèrent pas de monnaies d'or : le bcsant et le besant sarasenat auraient suffi aux besoins des transactions commerciales. Un important mémoire de M. H. Lavoix est venu démontrer que dans un grand nombre d'ateliers les croisés émirent des besants servilement copiés des pièces arabes. Ce n'est qu'au milieu du xiii' siècle, l 's du séjour de saint Louis en Palestine, que l'imitation servile fut abandonnée. Nous verrons à la suite de quelles circonstances.
a). Comtes d'Edesse.
Le comté d'Édesse était situé entre le royaume d'Iconium et la Grande Arménie, la principauté d'Alep, celle d'Antiochc et celle de Mossoul. Les comtes suivants s'y succédèrent :
'Baudouin I de Boulogne, 1097-1100.
*Baudouin II de Bourg-en-Rethelois, 1100-1118.
Josselin I de Courtcnai, 11 18-1 131.
Josselin II le Jeune, 1131-1144.
Le jour de Noël 1144, Emmad-ed-dyn-Zenghi I, sultan de Mossoul et d'Alep, s'empara d'Edesse et y mit fin à la souveraineté latine.
On ne posssède des comtes d'Edesse que des monnaies de cuivre imitées des foîlis de Byzance. Elles appartiennent aux règnes des Baudouin. Les plus anciennes, anépigraphes, représentent à l'avers le comte debout, en cotte de mailles, le casque en tète, tenant la croix de la main droite et s'appuyant, de la gauche, sur un bouclier. Le revers
Fig. 1431
Fig. 1432
montre une croix élevée sur deux degrés. Dès le règne de Baudouin I le nom du souverain parut cependant sur les espèces; on lit dans le champ de grands cuivres: BAVAOVINOC KOMEC ou BAVAOINOC KOMHC, puis sur d'autres, dont l'une des faces offre le buste byzantin du Christ avec le nimbe crucigère, on trouve au revers les lettres B-A'A-N cantonnant une croix (fig. 143 1).
l'orient latin 907
Sous Baudouin II les mômes types se reproduisent, à l'exception de celui de l'inscription trilinéaire. On retrouve notamment l'empreinte du comte debout; parfois l'effigie est accompagnée de la légende : BAAaOINOC AOTAO CTAY, pour BAAAOTINOC AOTAOC [TOT] CTAT- POT, Baudouin, serviteur de la croix (fig. 1432).
b). Seigneurs de Marach ou Mares.
Cette seigneurie formait un des fiefs les plus importants du comté d'Edesse, sur les confins mêmes de ce pays et de la principauté d'Antioche. M. de Saulcy a attribué à un Richard, cité en un comme praefectus de Mares, des cuivres imités des follis de Baudouin I d'Edesse et portant dans le champ: KE-BOHO-RIKAP-AH, Seigneur, sois secourable à Richard. Cette attribution n'est admise qu'avec hésitation par M. Schlumberiîer.
c). Principauté d'Antioche.
La principauté d'Antioche, dont l'importance fut très grande, était, au moment de son plus grand développement, bornée à l'ouest par la mer, au sud par le comté de Tripoli; au sud-est par les cantons montagneux de Kobeïs et de Massiad, possédés par les Bathénicns.
Le 3 juin 1098, la ville d'Antioche tomba aux mains des croisés, grâce à la bravoure et à l'énergie de Bohémond de Tarente, qui en devint le premier possesseur.
*Bohémond I (1098-111 1). *Bohémond 111 (i 140-1201).
*Tancrède, régent C1104-1112). *Bohémond IV, usurpateur (i 201-1232).
*Roger, régent (1112-1119). * Raymond-Rupin, prince légitime (1201-
* Bohémond II, 1119-1130. 1222).
Constance, 1130-1136. Bohémond V, 1233-1231.
Constance et *Raymond de Poitiers, Boliémond VI, 1251-1268. 1136-1149.
Le 29 ou 30 mai 1268, Antiochc fut prise par l'émir Bcïbars el-Bondokdari et la principauté détruite.
Les premières monnaies d'Antioche sont des cuivres à types byzantins et à légende grecque, comme celles des comtes d'Edesse. Dès le temps de Bohémond I nous trouvons une pièce portant au droit le buste de saint Pierre, patron d'Antioche, avec les lettres de la légende O FET- POC, adroite et à gauche; au revers, une croix pommelée, au pied fleuronné, entièrement analogue à celle de certaines monnaies d'Edesse, est cantonnée de BH-M-T (BaHM:jvTo.:).
Les monnaies frappées par Tancrèdc à Antioche sont du même système; elles portent le buste de saint Pierre, le buste dn Cbrist ou bien encore le buste deTancrède qui, « plus fin politique qu'on ne serait tenté de le croire », se flût représenter sous le costume musulman, pour complaire à ses nouveaux sujets. La légende habituelle des monnaies est KYPIE BOH0EI TH AOYAH COY TANKPHAn. mais elle est souvent abré£:ce et fautive.
Roger a frappé monnaie à plusieurs types Jitîl' mts. C'est sous son règne que paraît avoir commencé à Antioche l'usage des légendes en langue latine, mais les types des cuivres restent toujours purement byzantins : le Christ, la Vierge ou saint Georges.
Les monnaies de cuivre de Bohémond II sont les dernières frappées à Antioche avec des légendes en langue grecque. Elles ont à l'avers le buste de saint Pierre et au revers la croix pommelée.
Le système monétaire occidental des deniers d'argent et de billon s'introduit à Antioche sous Raymond de Poitiers. Les pièces de ce prince portent sa ère nue à droite: + RAMVNDVS ou RAIMVNDVS et, au revers, ANTIOCHIE autour d'une croix pattée. Des monnaies de cuivre longtemps réléguées parmi les incertaines portent le mot AN- TIOC-HIE dans le champ et les lettres R-A-.^, très déformées dans les cantons d'une figure à trois branches (fig. 1433).
Bohémond III continua l'émission au type de son prédécesseur. Il frappa en outre des pièces de très mauvais billon ou de cuivre presque pur (oboles ou pou^^eoiscs), sur lesquelles paraît dans le champ une Heur de lis; puis des deniers copiés des deniers à l'étoile et au croissant frappés par les Raymond comtes de Toulouse.
l'ig- '4 34
Les monnaies généralement attribuées à Bohémond IV sont les plus communes qui aient été frappées à Antioche. Ce sont des deniers au type du profil casqué à gauche; le casque est pourvu d'un nasal et porte latéralement une croix (fig. 1434). Il existe de cette monnaie un très grand nombre de variétés.
Les deniers de Raymond -Ru pin sont parfiiitement semblables à ceux de Bohémond IV, sauf la difixTence du nom 4- R-V-P-l-N-V-S au lieu de 4- EOAMVNDVS.
Outre les pièces que nous venons de passer en revue, il existe pour
la principauté d'Antioche un certain nombre de monnaies sur le classement desquelles on n'est pas encore fixé, monnaies de cuivre au cavalier ou au château, billons ùwqc B dans le champ, etc. L'étude des trouvailles viendra éclairer un jour ces points obscurs de la numismatique des croisades.
d). Royaume de Jènisalem.
« Le domaine royal était borné au nord par le Nahar Ibrahim, vers l'est par la vallée de Baccar et le Gor, noms déjà portés au moyen âge par le bassin du Jourdain et du lac Asphaltite. Pendant un demi-siècle, il posséda au nord-est du lac de Tibériade la ville de Belinas et la forteresse qui en dépend. Au sud, le royaume s'étendait jusqu'au golfe élamitique et était séparé de l'Egypte par le désert de Sûr, nom.mé alors la Berrerie. »
Godefroid de Bouillon fut élu chef du nouveau royaume de Jérusalem le 23 juillet 1099; il ne prit jamais le titre de roi et mourut le 18 août iioo. Voici la liste de ses successeurs :
Baudouin I, comte d'Édesse, 1100-1118. Amaury II, 1 197-1205.
* Baudouin II de Bourg, 1118-1131. Isabelle, 1205,
Foulques d'Anjou, 1131-1144. Marie de Montferrat, 1205-1210.
*Baudouin III, 1144-1162. Marie et Jean de Brienne, 1210-1212.
* Amaury I, 1162-1175. *Jean de Brienne, régent, 12 12-1225. *Baudouin IV, 1 175-1185. Yolande et Frédéric II d'Allemagne,
Baudouin V, 1185-1186. 1225-1228.
*Guy de Lusignan, 1186-1192. Frédéric II, régent, 1228-1243.
Conrad de Montferrat, compétiteur, Conrad, 1243- 12 54.
1190-1192. Conradin, 1254-1268.
*Henri de Champagne, 1192-1197.
« De toutes les séries monétaires de l'Orient latin, celle des rois de Jérusalem, qui est bien une des plus intéressantes, est peut-être aussi la plus pauvre. On ne connaît aucune monnaie du premier et du plus grand peut-être de ces barons de la première baronnie chrétienne, de Godefroid de Bouillon, et l'on n'en retrouvera vraisemblablement jamais. On ne connaît également aucune monnaie, ni de Foulques d'Anjou, ce roi chevaleresque qui périt si tragiquement, ni du brillant Conrad de Montferrat, ni de sa veuve Isabelle, ni de sa fille Marie. On ne connaît pas davantage de monnaies frappées spécialement pour le royaume de Terre Sainte par Frédéric II d'Allemagne, à son nom ou à celui de sa femme, l'impératrice-reine Yolande ou Isabelle, ni par son fils Conrad, le roi titulaire, ou par les régents successifs et divers qui détinrent le pouvoir en Syrie à cette époque, les deux IbeHn, la
reine Alix et son époux Raoul de Soissons. Il est bien probable que la plupart de ces personnages royaux et princiers ont fliit frapper monnaie soit à Jérusalem, soit plus tard à Tyr et à Saint-Jean-d'Acre; un jour ou l'autre on retrouvera certainement ces monuments si précieux. »
A l'heure actuelle la numismatique se borne à quelques deniers, quelques oboles aux noms d'Amaury, de Baudouin ou de Gui de Lusignan, d'Henri de Champagne et de Jep.n de Brienne :
Amaury I. — Deniers qi oboles. Type: le Saint Scpuk . Légendes: amalricvs PEX — DF. lERVSALEM (fig. 1435). Ces pièces, attribuées par Saulcy à Amaury II, ont été rendues au premier roi de ce nom par MM. de Vogué et Schlumberger.
Baudouin II, III et IV. — Deniers ci oholes. Type: la Tour-David. Légendes:
BALDVINVS REX — DE lERVSALE.M.
Guy de Lusignan. — Deniers, rex gvido d. Tête barbue du roi vue de face, couronne à pendeloques et chevelure foriement bouclée. Rcv. : -\- e iervsalem. La coupole du temple.
Presque aussitôt après la grande défaite de Tibériade, pendant la captivité du roi G y et de presque toute sa noblesse, l'armée victorieuse de Saladin alla mettre le siège devant Jérusalem. « Dans cette grande détresse, dit le chroniqueur Ernoul, on dépouilla les églises, et le peuple, effrayé de l'approche de Saladin, vit sans scandale convertir en monnaie le métal précieux qui couvrait la chapelle du Saint-Sépulcre. » On a voulu rattacher à cette émission de monnaies de nécessité les pièces de cuivre dont voici ia description : T-V-R-R-l-S. La Tour-David surmontée de ses deux guettes et accostée de deux besants. Revers : +-D-A'V-|-T. Étoile à huit rais. Cette Tour-David, dont les assises inférieures sont
fi.iî- 143;
lig, 1436
contemporaines des rois de Juda, est encore debout aujourd'hui. Au moyen âge, elle faisait partie de la citadelle, dont elle constituait le donjon; c'était là que résidait le vicomte qui était en même temps le châtelain de la Ville Sainte, premier magistrat militaire et municipal préposé à la garde de la capitale.
M. de Vogué a rattaché à la période pendant laquelle la royauté resta indécise entre Guy de Lusignan et Conrad de Montferrat (1190- 1191) le denier de billon suivant: MONETA REGIS. Croix à double traverse accostée d'un alpha et d'un oméga. Revers: + REX lERL'M. Croix pattée.
Henri de Champagne, troisième mari de la princesse Isabelle, héritière directe des rois de Jérusalem, refusa constamment de prendre le titre de roi. Il fit frapper à Saint-Jcan-d'Acre la rare monnaie de cuivre connue sous le nom de pougeoise d'Acre. + COMES HENRICVS. Croix pattée cantonnée de quatre besants. Revers: +PV&ES D'ACCON. Fleur de lis accompagnée parfois de besants (tig. 1436). La légende du revers, écrite en français, est très curieuse à noter; c'est la seule qui dans l'épigraphie monétaire des Francs d'Orient constate la valeur d'une monnaie. On sait que la pougeoise valait le quart du denier. Il existe de cette monnaie un piéfort.
Jean de Brie n ne. — On possède de ce roi une monnaie d'argent dont, le poids semble faire un quadruple denier. Comme les monnaies d'Amaury I, nous y trouvons la représentation du Saint Sépulcre. Les légendes sont lOHANNES REX — DE lERVSALEM.
Jean de Brienne émit à Damiette (DAM I AT A) des deniers d'argent sur lesquels il fit graver sa tête, couronnée et posée de face. C'est en 12 19 que cette ville fut occupée par les chrétiens.
e). Comté de Tripoli.
A partir de la seconde moitié du xii'' siècle on doit considérer le sommet de la crête du Liban et celui de la chaîne des Ansariés comme ayant formé du côté de la terre ferme la limite effective du comté de Tripoli. Voici la chronologie des comtes :
* Bertrand de Saint-Gilles, 1109-1112. * Raymond II le jeune, 11 52-1 187. Pons, II 12-1 136. * Raymond III, 11 87-1 200.
* Raymond I, 1 136-11 52.
En I20I, le comté de Tripoli fut usurpé par Bohémond IV d'Antioche. On ne possède aucun document contemporain concernant le monnayage du comté de Tripoli ; mais les monnaies elles-mêmes forment aujourd'hui une série assez complète. Les deniers tripoHtains, ainsi qu'on le verra par notre énumération, reproduisent le plus souvent les types employés par les souverains dans leur marquisat de Provence.
Bertrand. — + BERTRANDVS CO. Croix pattée. Revers : -f TRI- POLIS CIVI. Dans le champ les lettres TAS accompagnées de globules. Denier de billon. On possède une pièce au même type sur laquelle le nom de Bertrand est remplacé par celui de + TRI-:-PO-:-LIS, répété aussi deux fois sur les monnaies.
Raymond I. — M. de Saulcy attribue à ce prince le denier de
cuivre suivant : RAIMVNDI COMITIS Croix dite de Toulouse. Revers: MONETA TRIPOLIS. Croix cantonnée.
Raymond II. — Il existe de ce prince plusieurs types monétaires.
Le plus fréquemment employé est celui du croissant et du soleil,
particulier au numéraire du marquisat de Provence au xii^ siècle. Sur quelques pièces nous trouvons un agneau pascal ou une tour. Quelques-unes des me naies à l'empreinte provençale, puis les pièces à la tour sont ^'°' '^^^ anonymes et se bornent à indiquer CIVITAS
TRIPOLIS. Il est possible, dit M. Schlumberger, qu'elles aient été
émises pendant la longue captivité de Raymond II, c'est-à-dire entre
1163 et 1171.
Raymond III conserva le type du marquisat de Provence, mais en le réduisant à la représentation d'un astre à huit rais. Ce coin continua à être employé sous les premiers Bohémond de la maison d'Antioche.
f). Comte de Jaffa.
On ne possède qu'une seule pièce rappelant ce fief: un denier de billon, aux légendes + lOPPENSIS — + DENARIVS. présentant à l'avers un édifice ayant quelque rapport avec la porte de Gènes. M. de Vogué estime que cette monnaie appartient à la fin du xii^ siècle ou au commencement du xiii''.
g). Seigneurie de Sagète ou Sidon.
La seigneurie de Sidon était une des principales baronnies du royaume de Jérusalem. « Sur les rares deniers de cuivre ou de billon, seules monnaies connues des seigneurs fi-ancs de Sidon, figurent les curieuses armes parlantes qui furent, au moyen âge, celles de la vieille rivale de Tyr. Elles le devinrent, grâce à une série de transformations qui modifièrent, petit à petit, l'ancien nom de Sidon, pour en fliire, dans la langue des croisés francs, celui de Saette, qui voulait dire flèche en vieux français )>.
Les premiers deniers à la flèche d'une frappe correcte portent le nom de Girard qui fut seigneur de Sagète, entre 1154 et 1164 environ. Voici leur description : + GIRARDVS. Ldiflce crénelé identique à la Tour-David de Jérusalem. Revers: SYDONIA à rebours. Flèche. Ces deniers à la flèche
Tig. 1438
furer.t continués par Renaud, fils de Girard, qui fut comte de 1165 à 1204 environ (fig. 1438).
Un curieux denier de Sagcte porte des légendes françaises: + D-E- N-l-E-R. Croix pattée. Revers: + D-.E-S-E-E-T-E. Édifice large et bas avec portique à triple arcade et coupole centrale.
V A la numismatique des seigneurs de Sagète se rapporte un passage de Joinville intéressant parce qu'il est une affirmation contemporaine de l'existence de leurs monnaies. Lorsque le roi Louis IX se trouva de passage à Sagète où gouvernait, en l'absence de son époux, Marguerite de Risnel, « il fist faire (à l'occasion d'une cérémonie religieuse) le service en telle manière que chacuns chevalier offri un cierfj^e et un denier d'argent, et li roys offri un cierge et un bcsant d'or, tout des deniers Madame de S aie te ».
h). Seigneurie de Barnt (Beyrouth).
Prise par les chrétiens lors de la première croisade, la ville de Beyrouth tomba au pouvoir des Sarrasins après la défaite de Tibériade. Elle fut reprise en 1198 par le roi Amaury II et les croisés allemands et fut donnée à Jean d'Ibelin (i 198-1236). Ce prince y frappa des deniers de billon et leurs subdivisions ayant pour type une porte crénelée. Les" légendes sont lOHANNES DE BERITI (%. 1439).
Sous les successeurs de Jean I, les pièces devinrent anonymes. Au droit, elles conservent la représentation de la porte ; le revers est occupé tout entier par une sorte d'entrelacs ou frctte pointilléc difficile à décrire.
Fig. 1439
i). Seigneurie de Toron.
Hugues de Saint-Omer ou de Fauqucmbcrg, prince de Tibériade, éleva à dix milles de cette ville une forteresse considérable à laquelle sa situation ^^ ' sur une colline fit donner le nom de WMitiSl''] Touron ou loron. 11 existe une picce trap- ^^^^j^x pée à Toron: [CAS]TRI TORONE. Elle rig. iho
reproduit le type des monnaies anonymes de Beyrouth (fig. 1440).
j). Principauté de Tyr.
Tyr, appelé Sour ou Sur par les conquérants arabes, ne tomba II. 58
qu'en 1124 au pouvoir des croisés. Suivant des clauses convenues d'avance, Tyr et son territoire furent divisés en trois parts par les vainqueurs, une pour les Vénitiens, les deux autres pour le roi.
On n'a pas encore retrouvé les monnaies que les rois de Jérusalem ont- pu émettre dans cette ville. Nous examinerons sous la rubrique suivante les pièces frappées par les Vénitiens, pièces consistant en besants d'or imités des besants sarrasins.
Lorsque le territoire royal de Tyr appartint aux princes de la maison de Montfort (1246-1291), deux d'entre eux, Philippe de Montfort, et son fils Jean de Toron, y monnayèrent. Leurs petites monnaies de cuivre ont comme type un édifice à colonnes et à fronton triangulaire. Les légendes, conçues en français, sont: PHELIPE — DE-SVR pour le père, et lOHS TRO - DE- SVR pour le fils.
k). Monnaies d'imitation arabe frappces par les Francs de Syrie et de Palestine.
A l'exemple de M. G. Schlumberger, dont nous suivons l'ouvrage pas à pas, nous réunissons sous une rubrique les monnaies que les croisés ont imitées du numéraire arabe.
Dans tous les monnayages qu'on vient de passer en revue, on a pu remarquer l'absence complète de monnaies d'argent de grand module et de pièces d'or. Les pièces frappées par les croisés, et portant leur marque personnelle, ne sont que de menues espèces d'une valeur infime, susceptibles tout au plus de servir d'appoint dans les transactions.
C'est que pour l'or et l'argent les croisés se bornèrent longtemps à l'imitation pure et simple des monnaies des Khalifes. Les premières imitations sont grossières. Sur les besants frappés au début, les graveurs occidentaux, ne comprenant pas les légendes des prototypes, défigurent
Fig. 1441
Fig. 1442
complètement l'écriture arabe et l'entremêlent parfois de lettres latines dans lesquelles on a voulu retrouver les initiales de princes chrétiens tels que Bohémond I et Tancrède (fig. 1441)- Plus tard, familiarisés avec l'arabe, les graveurs chrétiens produisent des copies plus correctes.
L ORIKNT LATIN 915
Le siège. principal des flibriques d'imitation se trouvait à Saint-Jeand'Acre, sur le territoire laissé aux Vénitiens lors du partage fait après la prise de la ville; mais Tyr et Tripoli curent également leurs ateliers.
« La fabrication de la monnaie pseudo-arabe se poursuivait depuis près d'un siècle et demi, lorsque débarqua en Terre-Sainte le célèbre légat pontifical Eudes de Châteauroux, qui accompagnait Louis IX à la croisade. Ce prélat fut outré de colère en constatant l'existence de ce monnayage d'imitation arabe si directement en opposition avec l'esprit général des croisades. Il en écrivit longuement au pape Innocent IV; sa lettre même n'a malheureusement pas encore été retrouvée, mais nous avons la réponse du souverain pontife. Innocent IV approuve l'excommunication lancée par son légat contre les chrétiens de Saint-Jeand'Acre et de Tripoli « qui frappaient des besants et des drachmes avec le nom de Mahomet et l'ère musulmane » ; il ordonne à Eudes de Châteauroux de faire cesser cette abominable coutume. »
L'intervention du pape fit cesser la flibrication, mais elle reprit bientôt sous une forme nouvelle. L'atelier de Saint-Jean-d'Acre frappa des dinars ou besants. d'or, des drachmes et demi-drachmes d'argent portant des légendes chrétiennes écrites en lettres arabes. Notre figure 1442 représente le besant d'Acre de 125 1. Voici la traduction de ses légendes: Dieu seul. Le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Frappé à Acre Van 12 ji de l'Incarnation du Messie — et de notre résurrection, et par Lui nous sommes sauves et aimés. Nous nous glorifions par la croix de notre seigneur Jésus le Messie dans lequel sont notre salut et notre vie. Les besants d'or les plus récents sont datés de 1257 ou 1259.
§ IL — Le royaume de Chypre.
En 1192, Gui de Lusignan acheta de Richard, roi d'Angleterre, qui venait de la conquérir sur Isaac Ducas Comnène, l'ile de Chypre, pour la somme de cent mille besants d'or.
♦Gui de Lusignan, 1192-1194. Hugues II, 1253-1267.
Amaury de Lusignan, 1 194-1205. Hugues III, 1267-1284. .
*Hugues I, 1205-1218. *Jean I, 1284-1285.
^Henri I, 1218-1253. *Hcnri II, 1285-1324.
« L'organisation monétaire du royaume de Chypre diflî"érait entièrement du royaume de Jérusalem où plus de vingt fcudataircs jouissaient, à côté du souverain, du droit de frapper monnaie. En Chypre, elle se résumait en ces mots de l'écrivain contemporain Pcgolotti : « tuta l'isola di Cipri ha pure uno peso c una misura e una moneia ». Cette mon-
naie unique, c'était la monnaie royale; le roi jouissait seul du droit de frapper monnaie. »
Aussitôt après son avènement au trône de Chypre, Gui de Lusignan commença son monnayage. On a de lui des deniers de billon portant comme type au droit, soit une étoile à huit rais, soit un édifice à deux tourelles et à créneaux. Les légendes sont: 4- REX GVIDO — + DE CIPRO.
On n'a pas encore retrouvé de monnaies d'Amaury, mais, pour Hugues I, les trouvailles ont fait connaître des ^^«/^r^ de billon et des lésants d'or.
Le hcsant d'or de Chypre, appelé besant blanCj était une monnaie concave, imitée des pièces byzantines. Suivant les calculs de M. Lambros, il pesait 22 carats, dont 3 3/4 d'or, 4 1/4 de cuivre et 14 d'argent pur.
Sa valeur fut fixée dans la suite à deux gros d'argent. Les lésants lianes du roi Hugues I le représentent debout, en grand costume de souverain byzantin, enrichi de pierres précieuses, la tête couverte d'une couronne, tenant de la main gauche un globe crucigère, s'appuyant de la dro'te sur un long sceptre surmonté d'une croix. La légende est HVGO REX CYPRI. Au revers, comme sur les prototypes byzantins des Comnènes et d'Isaac l'Ange, le Christ IC — XC est assis sur un trône richement orné (flg. 1443).
Les deniers de Hugues I reproduisent l'édifice que nous avons trouvé sur ceux de Gui de Lusignan.
Henri I frappa, comme son prédécesseur, des lésants d'or blanc, dont le type reste le même. Ses cuivres et ses billons portent sa tête couronnée, de face, un grand édifice à trois tours crénelées avec REX sur le fronton, ou un petit édifice analogue à celui des deniers de Guy et de Hugues.
On n'a pas encore retrouvé les monnaies de Hugues II et de Hugues III. Mais on a de Jean I un besant d'or blanc sur lequel le roi prend le titre de lOb' REX IRLM E CYPR.
Le règne d'Henri II est le point de départ d'une nouvelle période dans l'histoire monétaire cypriote, période caractérisée par l'apparition du i^ros et du denii-o^ros d'argent. Nous reprendrons la numismatique du royaume de Chypre dans notre quatrième partie.
§ III. — Les Frincipautcs frauqucs fondées en Grèce et dans V Archipel à la suite de la croisade de 120^.
a). Principauté iVAcimie.
Lors de la croisade de 1204, Geoffroi de Villehardouin et Guilhuimc de Chnmplitte s'emparèrent de l'Achaïe ou Morée et y créèrent une principauté souveraine. Voici la chronologie des princes :
Guillaume I de Cliamplitte, 1 205-1209.
Geoffroi I de Villehardouin, 1209-12 18.
Geoffroi II de Villehardouin, 1 218-1245. *Guillaume II de Villehardouin, 1245-1278. *Charles I d'Anjou, 1278-1285.
Charles II d'Anjou, 1 285-1 289.
* Florent de Hainaut (et Isabelle de Villehardouin), 1289- 1297.
* Isabelle de Villehardouin, 1 297-1 301.
*Philippe de Savoie (et Isabelle de Villehardouin), 1 301-1307.
* Philippe de Tarente, 1 307- 1 3 1 3 .
* Louis de Bourgogne (et Mahaut de Hainaut), 1 313-13 16. *Fernand de Majorque, prétendant, 13 15-13 16. *Mahaut de Hainaut, 1316-1318.
*Jean d'Anjou-Gravina, 13 18-1333.
Les premières monnaies des princes d'Achaïe sont des deniers de billon et de cuivre, portant comme légende G • PRINCEP5- ACHAIE ou G-P-ACCAIE, légende qui laisse leur attribution forcément douteuse entre les différents princes qui se succédèrent au début du xiii^' siècle et dont le nom commence invariablement par un G. M. L:imbros, dont l'avis fait autorité en cette matière, penche pour l'attribution de toutes ces pièces à Guillaume de Villehardouin.
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rig. i-l 15
Le type de ces petites pièces est, soit la tète du prince posée de face (lig. 1-144), soit un édifice crénelé, le chàteau-fort de rAcro-(-oriiuhe accompagné de CORINTVM (fig. i-lfS). ^^'^^ encore un portail qui n'est pas sans ressemblance avec la janua de Gènes.
9l8 TROISIÈME PARTIE
En 1249, Guillaume de Villchardouin se rendit en l'île de Ch3^pre, pour aller saluer le roi de France Louis IX en route pour la croisade. Ce prince lui accorda, en cette circonstance, l'autorisation de frapper des deniers tournois au type de ceux de France. Voici comment Marino Sanudo, l'auteur de VIstoria del Regno di Romania, raconte cet événement d'une si haute portée pour l'histoire monétaire : « Inlendcndo il principe Gugliehno che il Ré passava in persona, volse andar egli a passarvi con circa 2^ trâ gallere navili e con 400 boni cavalli passa al Ré : « Signor Sir, « tu sei maggior signor di me, e poi condur gente dave vuoi e quanta vuoi « sen::ia denari : io non posso far cosi )). Il Rc li fcce gratia, che el potesse « battere Torneselli délia lega del Ré, mettendo in una libra trc on:^e e « me/^xs^ d'argento. »
De retour en Achaïe, Guillaume s'empressa d'user de la faculté qui venait de lui être accordée et d'ouvrir à Chiarenza un atelier pour la frappe des deniers tournois, dont voici le type : 4- : G : PRINCEPS. Croix. Revers : CLARENTIA. Châtel tournois.
Après la victoire remportée par Guillaume sur son vassal le mégaskyr Guy de la Roche, le prince d' Achaïe frappa quelques deniers tournois à Thèbes. Le denier tournois de Chiarenza resta la seule monnaie de la principauté d'Achaïe jusqu'au second quart du xW siècle. Sa vogue fut immense et presque tous les ateliers de la Grèce l'imitèrent.
b), Barounic de Karylaeiia.
Cette seigneurie, la seconde des deux grandes baronnies de la Mésarée (ancienne Arcadie), comprenait la plus grande partie de l'ancien territoire de Skorta. Son premier seigneur fut Hugues de Bruyères (1209), f^endre de Geoffroi de Villehardouin.
En 1291 Hélène l'Ange, duchesse douairière d'Athènes, obtint par son maria2:e avec Hugues de Brienne la moitié du fief de Karvtaena. On possède d'elle des deniers tournois, portant en légende : HE LENA D'I GRA-CLARICTIA-S'F (Clarictiue semi fcudi domina^.
c)'. Barounic de Vcli^osti et Darnali.
Veligosti ou Vélicourt en Laconie, élevée sur les ruines de Mcgalopolis, devait son nom à son premier baron franc Mathieu I de Walaincourt (1209). En 1325 la baronnie passa par mariage dans la maison des Zaccaria, seigneurs de Chio.
On attribue à Martin Zaccaria un denier tournois anonyme, portant sur chaque face la légende : CASTE DAMALA.
d). DitchS d'Athènes.
Le duché franc d'Athènes, créé par Boniface de Montferrat en faveur d'Otton de la Roche, comprenait l'Attique et la Béotie avec Athènes, Thèbes et Mégare pour villes principales. La résidence habituelle des mégaskyrs fut Thèbes, qui prit un développement considérable.
Otton de la Roche, 1205-1225. *GuiIlaume I de la Roche, 1280-1287.
*Gui I de la Roche, 1225-1263. *Gui II de la Roche, 1287-1308.
Jean de la Roche, 1 263-1 280. * Gauthier I de Brienne, 1308-13 11.
Le monnayage des ducs francs d'Athènes, dit M. Schlumberger, est fort voisin de celui des princes d'Achaïe. Le premier des mégaskyrs, Otton de la Roche, n'a probablement jamais frappé monnaie, pas plus que les deux premiers princes d'Achaïe. Du long règne de Gui I, on ne connaît encore que quelques oboles de billon ou de cuivre, toutes rares, sur quelques-unes desquelles figure un portail de forme génoise, tandis que sur d'autres paraît dans le champ un grand G, initiale du nom ducal. Les légendes circulaires sont : 4- DNS ATHEN et + THEBCIVI.
Les monnaies du mégaskyr Jean n'ont pas encore été retrouvées. Son successeur Guillaume I a frappé pendant quelques années de petites pièces fort rares portant, pour la plupart, au revers, le châtel analogue au portail génois, et sur l'autre face une fleur de lis. Plus tard, le duc, G. DVX-ATENES, met au droit de ses oboles l'écu des la Roche : cinq pointes de gueules équipollces à quatre d'hermine. Les dernières émissions du règne consistent en deniers tournois dont Guillaume II fit fabriquer des quantités considérables.
Son successeur Gui II frappa également des deniers tournois en grande abondance, puis des oboles au portail génois. Les pièces de son règne se divisent en trois groupes chronologiques au point de vue des légendes. Sur les plus anciennes, frappées pendant la minorité et la régence d'Hélène l'Ange, le nom ducal est omis et les deniers aussi bien que les oboles portent + DVX ACTENAR ou DVX ATENES. Pendant l'adolescence de Gui II, à l'époque où on l'appelait communément Guiot, nous trouvons 4- GVIOT-DVX-ATH. Enfin de 1294 à 1308 le nom et le titre deviennent 4- GVI-DVX-ATENES.
Les pièces de Gauthier de Brienne sont très rares. On lui donne des oboles anonymes portant dans le champ un grand G*.
Toutes les monnaies connues jusqu'à ce jour pour le duché d'Athènes portent l'indication de l'atelier de Thèbes.
En 13 II, la dynastie française d'Athènes fut chassée par les Catalans; ceux-ci semblent ne pas avoir émis de monnaies qui leur soient propres aussi longtemps que dura leur domination.
e). Seigneurie puis comté de Sahnc.
Deux dynasties féodales d'origine étrangère ont régné à Salone (Sula, la Sula), l'ancienne Amphissa, sur le golfe de Corinthe. D'abord, la seigneurie eut des possesseurs français, les Stromoncourt, dont le pouvoir fut anéanti en même temps que tombait le duché d'Athènes; puis, il partir de 13 11 jusqu'à la conquête turque, il y eut à Salone une dynastie d'origine espagnole.
C'est au temps de Thomas II et Thomas III de Stromoncourt, dans la seconde moitié du xiii'' siècle, que la seigneurie de Salone exerça, le droit monétaire. Il existe du premier de ces fcudataires un denier sur lequel figurent ses armoiries: un écu chargé d'une flisce. Les légendes
sont: + THOMAS h DELLA SOLA. Thomas III introduisit dans
son atelier la fabrication des deniers tournois. Leur légende est la même que celle des pièces de Thomas IL
« Il nous reste un curieux document concernant le monnayage des seigneurs de Salone. C'est une ordonnance du roi Charles II d'Anjou, en date du 20 décembre 1301. Le mégaskyr d'Athènes ayant interdit à Thomas III de Stromoncourt de continuera battre monnaie à Salone, ce dernier avait demandé au roi de Naples, son suzerain, Tautorisation de faire fabriquer sa monnaie à l'atelier princier de Lépante. Cette autorisation lui fut accordée. »
f). Seigneurie de 'Nègrcpont ou d'Euhèe.
On ne connaît encore pour l'importante seigneurie de l'île de Négrepont qu'un seul denier frappé par Guillaume de Villehardouin, prince d'Achaïe, entre 125 5 et 1260, en qualité de tiercier du chef de sa femme Carintaiia, lîlle et héritière de Riccardo dalle Carceri. Voici la description de cette pièce: Croix ancrée cantonnée des lettres G-P' — A-C (Guillehnus princeps Aebaïe). Revers: 4--NE'GRI-P. Dans le champ le chiffre III, abréviation exprimant le titre de tertiarius.
(( L'absence de monnaies des tierciers d'Lubée s'explique par la prépondérance de Venise dans l'administration de l'île; c'était la monnaie vénitienne qui y avait presque exclusivement cours. »
g). De spot at d'Épire.
Nous avons traité à la p. 901 de ce livre des monnaies frappées dans le goût byzantin par les despotes d'Épire de la maison des Anges. En 13 18, l'assassinat de Thomas l'Ange fit passer le pays aux mains de Nicolas Orsini (13 18-1323).
On possède un assez grand nombre de variétés de deniers tournois frappés à Artapar le successeur de Nicolas, Jean Orsini (1323-1335). Les légendes en sont: + lOHS DESPOTVS — DE ARTA CASTRV.
On n'a retrouvé aucune pièce du dernier despote d'Epire, Nicéphore II, tué en 1358 dans sa lutte suprême contre les Albanais.
h). Séhaslûcratoral de. la Grande Vlaquic.
A la mort du despote Michel II d'Epire, en 1271, son fils bâtard, Jean l'Ange, hérita de la Thessalie ou, plus généralement, de tous les pays connus au moyen âge sous le nom de Grande Vlaquie et s'étendant entre TOlympe au nord et le Parnasse au sud. Jean fixa sa résidence à Néopatras.
*Jean I l'Ange Comnène, 1271-1296. "Jean II l'Ange Comnène, 1303-1318.
Constantin l'Ange, 1 296-1 303.
Les monnaies des sébastocrators de la Grande Vlaquie sont encore à peine connues. Les plus anciennes, celles de Jean I, sont des pièces concaves aux types purement byzantins.
Jean II frappa à Néopatras Jes deniers Ion mois de type français ayant comme légendes, soit H- ANGELVSSAB -C' (Angélus sahdslocralor Comnenus) — NEOPATRIE ou DELLA PATRA, soit + DVX ANGE- LVS DELLA PATRA. Ces pièces sont d'une grande rareté.
§ IV. — Possessions napolitaines de la Grèce continentale et insulaire.
a). Hpire et Cor/ou.
Vers la fm de 1259, Michel II, despote d'Epire, donna sa fille en mariage à Manfred, bâtard de Prédéric II et roi de Sicile. Cette princesse apportait en dot d'importants territoires épirotes, tels queDun^zzo, Vallona, Berat, etc. Le prince souabe prit dorénavant le titre de despote ou seigneur de Romanie. On possède une curieuse monnaie de cuivre, d'aspect tout italien, frappée par Manfred dans ses possessions épirotes, sans doute à Corfou ou à Durazzo (lig. 141 6).
Fig. 1446
« Durant les cent vingt années qui s'écoulèrent depuis la mort de Manfred en 1266, jusqu'à la prise de Corfou par les Vénitiens '^n 1386, les divers princes des deux lignes de la maison d'Anjou-Naples ont certainement dû frapper monnaie dans les trois principales places de leurs
possessions épirotes et ioniennes, Durazzo, Corfou et Lé pan te. »
Cependant toute cette région est encore si peu xplorée qu'on connaît à peine quelques-unes de ces pièces si curieuses; ce sont des deniers tournois de Philippe de Tarente, fils de Charles II d'Anjou, investi en 1294 par son père de la suzeraineté des possessions de la couronne de Naples en Épire.
Ces deniers sortent soit de l'atelier de Lépante (NEPANTI CIVIS), soit de celui de Corfou (CORFOI DOMINVS). La légende du côté de la croix est sur les premiers PHS'-P-ACH-TAR-D-R (cest--i-dirc princeps Achaie, Tarenîi, d< 'vtns Rovmnie), sur les autres, PHS DEI GRA.
b). Lciicûiii', Zaute et Céphalonie.
Les comtes palatins de Zante et Céphalonie comptèrent au moyen âge parmi les plus puissants vassaux de la principauté d'Achaïe. Deux familles différentes ont successivement porté ce titre, celle des Orsini qui finit par monter sur le trône d'Épire, celle des Toccho qui régna sur les îles jusqu'à l'occupation vénitienne.
On ne possède pas de monnaies frappées au nom des comtes de Zante et de Céphalonie; mais il existe un denier tournois aux légendes REX LADISLAVS — DN ou IN TOCCHL En 1396 le roi de Naples I.adislas accorda à Charles I Toccho que ses seigneuries seraient séparées de h\ principauté de Morée et placées sous la suzeraineté directe de la couronne de Naples; le denier que nous venons de décrire rappelle ce flùt historique.
§ V. — Seigneuries latines de VArehipel.
a). Dnch: de F Archipel.
En 1207, Marc I Sanudo, patricien de Venise, s'empara des îles de Naxos, Milos, Paros, Syra, Délos et quelques autres Cyclades, leurs voisines. Naxos, Tune des îles les plus riches et les plus fertiles de la mer Egée, devint la résidence ordinaire des Sanudo.
Nicolas I (13 23- 13 41), duc de l'Archipel et de Naxos, frappa des deniers de billon sur lesquels figurent sa tète de face et, au revers, une croix pattée. Les légendes sont NICOLAVS DVX — AGIOPEL'-NIXE.
b) Seigneurie de Tinos et de Mykonos.
Parmi les plus hardis de ces aventuriers vénitiens qui concoururent, sous la direction du grand Sanudo, à la conquête de l'Archipel, après' le partage de 1204, se trouvaient les deux frères Ghisi, qui eurent pour leur part les îles de Tinos et de Mykonos et plusieurs autres moins importantes.
On possède un denier tournois d'un lORGIVS GISI. sans doute Georges I, qui régna de 1303 à 13 11. Cette pièce est frappée à Tinos, THINE CIVIS, comme on lit autour du châtel.