AVANT-PROPOS
L'idée de ce livre nous est venue lors de la confection de notre Rcpcrtoîre des sources i m primées de la numismatique française.
Le dépouillement des nombreuses publications périodiques dans lesquelles nous espérions trouver quelques articles sur nos monnaies nationales, nous donna l'occasion d'étendre nos connaissances en numismatique étrangère, et de constater les énormes progrès universellement accomplis depuis l'apparition du livre de Lelewel.
Peu à peu, le projet téméraire de refaire l'œuvre de l'illustre Polonais s'empara de notre esprit, et bientôt nous arrêtâmes le plan suivant lequel nos recherches ultérieures devaient être conduites.
Une circonstance favorisa nos projets : nous avons une connaissance suffisante d'un assez grand nombre de langues étrangères pour recourir directement aux sources. Les ouvrages parus dans les idiomes slaves (Z -^ devaient seuls nous être fermés : la difficulté a été résolue .ivcc l'aide de traducteurs.
L'impression de notre livre était déjà commencée, lorsque l'annonce • ^ ' ' de l'apparition du Manuel coinplel de nuniismaîique du moyen ^;\v ei r:.'derne de AL L-Adricn Hlanchct failHi nous détourner de notre entreprise. Nous avons estimé cependant que noue Manuel^ pouvait ne pas
I. T. c litre tiiic nous avi<ins donné il'.i bord à noire livre Ouit M;vurl .;V uurii<rnJliijii,- Jn woycii «/;y. Obéissant à Jes scrupules que chacun comprendra, nous Avtins wu ilevoir remplacer ce liue par Traili' de uuniis!nini\i;ic tiu ii;i\\cu di^c.
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VIII AVANT-PKOPOS
faire double emploi avec l'œuvre si consciencieuse de ce numismate d'avenir. Notre plan diffère, en effet, essentiellement du sien. M. Blanchet a adopté des divisions purement géographiques qui facilitent beaucoup les recherches, mais empêchent de suivre dans les pays d'une même civilisation l'évolution parallèle et synchronique de la monnaie à travers les âges. D'autre part, l'espace restreint dans lequel notre confrère a été confiné ne lui a pas permis de donner à certains détails le développement désirable. En somme, son livre est l'aide-mémoire excellent, le vade-mecum indispensable de celui qui sait, tandis que le nôtre s'adresse à celui qui veut apprendre. C'est pourquoi nous n'avons pas hésité à multiplier les figures, car pour l'enseignement de la numismatique, comme pour tous les autres, la méthode qui consiste à mettre les monuments sous les yeux, est incontestablement la plus féconde.
L'avenir nous dira si nous avons atteint notre but. Ce que nous pouvons affirmer, c'est que nous ne nous sommes épargné aucune peine pour ne pas rester trop au-dessous de notre tâche.
Paris, 50 novembre 1890.
INTRODUCTION
§ I. — Coup d'œil sur l'histoire des études de numismatique médiévale.
Comme toutes les sciences dont Tattrait est avive par la collection des monuments, la numismatique eut de bonne heure de nombreux adeptes. Longtemps les souvenirs monétaires de la Grèce et de Rome tinrent seuls en éveil l'esprit d'investigation des curieux. Les monnaies du moyen âge, dédaignées pendant cette brillante époque intellectuelle qui fut la Renaissance, n'attirèrent l'attention qu'au début du XYii*" siècle.
En France, Paul Pet au, archéologue Orléanais (15 84-1 6 14), est un des premiers à faire graver dans un de ses livres quelques anciennes monnaies nationales. Le Feterum nummorum gnorisma paru en 16 10 nous donne le dessin de six mérovin<i:iennes et de huit deniers caro- Hngiens, mais aucun texte n'accompagne les figures.
. Un contemporain de Petau, Jean -Baptiste Haultin, conseiller au Châtelet, né à Paris vers 1580, mort en 1640, se proposait de publier un livre d'ensemble sur les monnaies royales de France. On ne possède de son œuvre que les planches: le texte n'a pas été imprimé. L'album de Haultin, tiré en 16 19, se compose de 126 planches gravées sur bois; les trois premières contiennent 17 monnaies carolingiennes; la quatrième commence les capétiennes par le règne de Philippe-Auguste.
Claude Bouteroue est le troisième auteur qui s'adonna en France à l'étude de la numismatique nationale. Reçu en 1654 conseiller à la Cour des Monnaies, il se trouva amené par ses fonctions à étudier en détail les monuments métalliques de la monarchie. Ses études devaient avoir quatre volumes : lu premier seul parut en 1666 sous le titre : Re-
X INTRODUCTION
cherches curieuses des nionnoies de France depuis le commencement de la monarchie. Ce livre comprend une introduction dans laquelle l'auteur donne quelques renseignements généraux et examine la numismatique des Juifs, des Gaulois et des Romains. Puis viennent des recherches sur les monnaies royales mérovingiennes. Bouteroue commence cette série avec Pharamond, Clodion et Mérovée; mais comme il n'a point vu, et pour cause, leurs monnaies en nature, il laisse, à l'endroit où doivent venir les gravures, des « places vuides pour lo'- remplir de pièces qui manquent ». Cet essai de numismati ^ue mérovingienne est d'une inexpérience naturellement puérile. On n'en doit pas moins à Bouteroue la reconnaissance à laquelle les initiateurs ont toujours droit.
Les volumes restés inédits des Recherches curieuses passèrent, après la mort de l'auteur, à François Le Blanc qui utilisa également les notes laissées par Haultin, pour la mise en œuvre de son magistral Traité historique des monnayes de France depuis le commencement de la monarchie jusqu'à présent. Ce livre parut en 1690; deux ans après, un libraire d'Amsterdam en fit une réimpression.
Cet ouvrage avait été précédé d'une Dissertation historique sur quelques monnoyes de Charlemagne, de Louis le Débonnaire, de Lothaire et de leurs successeurs, frappées dans Rome. Le Blanc se montre, dans l'un et l'autre de ses livres, d'une compétence et d'une érudition auxquelles peu de numismates atteignirent plus tard. Il fut le véritable fondateur de la numismatique française : tout ce qui a paru depuis, sur les monnaies royales, procède de Le Blanc. Il faut convenir toutefois que l'auteur avait à sa disposition des documents d'archives dont un certain nombre n'existent plus aujourd'hui.
Les monnaies féodales furent étudiées longtemps après les monnaies des rois. Claude Gros de Bozc, membre de l'Académie française et de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres (Lyon, 1680-Paris, 1753) les recueillit le premier d'une façon méthodique, mais son œuvre eut le sort de celle d'Haultin. De rarissimes épreuves des quarantecinq planches en subsistent seules aujourd'hui. De Bo/^e donna aussi un mémoire sur les monnaies obsidionales; mais ses travaux dénotent un savant de bien moindre envergure que ne le fut l'illustre Le Blanc.
V){:u\ contemporains Je Gros de Boze, ses collègues à rAcaJéniie des Inscriptions, Nicolas Maluulel et P.-N. l)onamy, publièrent plusieurs notices de numismatique qui lirent longtemps autorité. La plus importante, parue \ Paris en 1725, est une Dissertation historique sur les nioimairs aniiqurs J7:V/^(/;^'-;/(* dans laquelle Mahudel étudie la série wisigothe.
Quelques dissertations parues dans les provinces dans le cours du
INTRODUCTION XI
XVIII* siècle vinrent faciliter peu à peu la rédaction d*un corpus de numismatique seigneuriale.
En 1728, Dom Augustin Calmet, bénédictin de la Congrégation de Saint- Vannes, publia son Histoire ecclésiastique et civile de Lorraine, dans laquelle les monnaies ne sont pas oubliées; une édition entièrement refondue fut imprimée de 1745 à 1757.
Vers cette même époque, Nicolas Travers, prêtre du diocèse de Nantes (1686-1750), fit paraître une Dissertation sur les monnaies de Bretagne, qui est le plus ancien écrit où il soit question de l'histoire métallique de ce duché. L'opuscule de Travers est anonyme; l'auteur en préparait une nouvelle édition, mais la mort vint interrompre son projet.
Un abbé italien, Philippe Venuti (1709-1769), qui s'était fixé en France et était devenu membre de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, joignit en 1754, à une dissertation sur les monuments de Bordeaux, un Traité historique sur les monnoyes que les Anglais ont frappées en Aquitaine; ce travail est accompagné de trois planches.
En Provence, Jules Fauris de Saint-Vincens, président au parlement d'Aix (1718-1798), réunit en un mémoire les monnaies en circulation dans cette province depuis la fin de l'empire d'Occident jusqu'au xvi* siècle.
L'abbé cambrésien, Henri-Denis M ut te (1706-1774), s'occupa de recueillir les Monnaies des évêques et archevêques de Cambrai et des fiejs du Cambrésis, mais on ne possède de ses recherches qu'un recueil de planches. Le texte ne fut jamais imprimé et se perdit.
Quand nous aurons cité les Recherches sur les anciennes inonnaies du comté de Bourgogne, publiées en 1773 à Besançon par le moine bénédictin Dom Pierre-Philippe Grappin (1738-1833), nous aurons à peu près terminé l'énumération des travaux existant, à la fin du siècle dernier, sur la numismatique de nos anciennes provinces.
Un capitaine d'infanterie, né en Suisse en 172 1, et qui devint à Paris interprète de la Bibliothèque du roi, Pierre Ancher Tobiésen Duby, entreprit de coordonner tous les travaux de ses prédécesseurs et de réaliser le projet de monographie des monnaies féodales que de Boze n'avait pu mener à bonne fin. Comme son devancier, Duby mourut avant l'achèvement de son œuvre. Son livre fut publié par les soins pieux de son fils et de Michelet d'Ennery sous le titre de Traité des monnoyes des Barons. Un autre ouvrage, le Recueil général des pièces obsidionales et de nécessité, parut dans les mêmes conditions. L'un et l'autre de ces livres restèrent classiques jusqu'à notre époque.
Nous voilà arrivés au début du xix'' siècle. La Révolution ne fut pas
XII INTRODUCTION
de nature à porter le goût du public vers le moyen âge; il était dangereux, ;i cette époque d'exécutions sommaires, de faire montre d'une trop grande passion pour les choses du passé. Le numismate nancéen F. Dominique de Mory d'Elvange paya de sa tête son attache^ ment à l'ancien régime. Sa mort nous a privés d'un Recueil pour servir à Vhisîoirc métallique des maisons et duchés de Lorraine et de Bar, que TAcadémie de Nancy couronna en 1780, et dont heureusement le manuscrit tut conservé.
Sous l'Empire, le moyen âge ne rentra pas en faveur : Rome et toujours Rome absorba les illustrations scientifiques. Si l'archéologue Millin recommande, comme essentielle, l'étude des monnaies anciennes, il a plutôt en vue les grecques et les romaines que nos souvenirs métalliques nationaux. Le seul nom que nous avons à enregistrer pour le commencement du siècle est celui du baron N.-D. Marchant, docteur en médecine, maire de Metz, qui publia une série de lettres très sagaces sur les byzantines, les monnaies des Barbares et celles de rOrient latin. C'est auprès du baron Marchant que de Saulcy et P.-Ch. Robert acquirent leurs premières notions de numismatique.
Le mouvement romantique de 1830 vint remettre complètement le moyen âge à la mode. C'est à vrai dire alors que commença l'étude sérieuse de tout ce qui précède saint Louis. Deux hommes de mérite, Etienne Cartier, ancien caissier de la Monnaie de Paris (1779-185 9), et Jean -Louis de la Saussaye, recteur de l'Académie de Lyon (1801-1878), donnèrent une irrésistible impulsion au mouvement scientifique, en créant, en 1836, la Revue de la numismatique françoise. « Le « but principal de notre Revue, disent les auteurs dans leur préface, sera « de fiiciliter les progrès de l'étude de cette partie de notre histoire qui
« traite spécialement des monnoies royales et seigneuriales » Le
moyen âge avait désormais un organe; les travaux en se multipliant allaient bientôt permettre la publication d'un sérieux corps de doctrine.
En Belgique, où l'histoire monétaire nationale a tant de rapports avec la nôtre, les monnaies médiévales ne furent étudiées sérieusement qu'à la fin du dernier siècle, grâce aux encouragements du gouverneur autrichien Charles-Alexandre de Lorraine.
L'abbé Joseph-Hippolyte Ghesquière, né à Courtrai sur les frontières de la Flandre française, en 1731, publia en 1786 son Mémoire sur trois points intéressants de l'histoire monétaire des Pays-Bas, ouvrage excellent pour l'époque et dont la lecture est encore pleine d'intérêt aujourd'hui.
Un autre ecclésiastique, X. lleylen, chanoine ei archiviste de
INTRODUCTION . XIII
l'abbaye de Tongerloo, donna en 1787 un mémoire flamand dans lequel il passe en revue les ateliers monétaires existant aux Pays- Bas pendant les xiv* et xv* siècles. Heylen eut à sa disposition de précieux documents d'archives dont il tira le meilleur parti.
L'académicien bruxellois Georges-Joseph Gérard, directeur de la bibliothèque de Bourgogne, présenta le '6 décembre 1786, à la compagnie d'éruditsà laquelle il appartenait, de conscïcndeusQs Recherches sur les monnaies frappées dans les provinces des Pays-Bas, aux nom et armes des ducs de la nmison de Bourgogne. Ce mémoire, que TAcadémie de Bruxelles fit imprimer, n'est pas le seul travail numismatique de Gérard, mais ses autres productions restèrent en manuscrit. Elles font partie aujourd'hui de la bibHothèque royale de La Haye.
La crise politique qui arrêta en France l'étude des monnaies du moyen âge eut dans les provinces belges un résultat identique. Il faut enjamber une période de quarante ans pour retrouver trace de nouvelles publications spéciales. Nous trouvons alors le premier essai d'une monographie provinciale, V Histoire numismatique de Vévêché et principauté de Liège du comtQ Clément de Renesse-Breidbach, imprimée à Bruxelles en 1830 et 183 1. Toute critique fait défaut à l'auteur qui fit œuvre de simple collectionneur et non de savant.
Dans les Pays-Bas septentrionaux, le père de la numismatique médiévale s'appelle Erasme van Houweninghen. Né à Dordrecht, vers 1540, il était orfèvre-graveur de son métier. En 1597, van Houweninghen publia sous le titre de Penningboeck ofte wechwijser der Chroniken, une monographie des monnaies des comtes de Hollande, depuis Thierry Vil jusqu'à Philippe le Bon. Ce livré fut réimprimé en 1627 et refait complètement en 1700 par Corneille van Alkemade (1654-1737).
Un contemporain de ce savant, le peintre et historien François van Mieris dit le jeune, né à Leyde en 1689, et y décédé en 1763, décrivit les monnaies et les sceaux des évêques d'Utrecht. Son livre, qui date de 1726, est accompagné de 11 planches dont la première reproduit des tiers de sous de la première race et des deniers carolingiens. L'œuvre capitale de van Mieris, celle à laquelle est surtout attaché son nom et qui est encore le vade-mecum classique des collectionneurs néerlandais, est sa Medaliscbe historié der nedcrlandsche vorsten en troi^ in-folios imprimés de 1732 à 1735. L'auteur va d'Albert, comte de Hollande, jusqu'à l'abdication de Charles-Quint; mais, quels que soient les mérites de ce volumineux ouvrage, .c'est une histoire illustrée par les monuments métalliques plutôt qu'un livre de science numisma-
XIV INTRODUCTION
tique. Gérard van Loon, le continuateur de van Mieris, n'apporta rien à l'étude des monnaies du moyen âge, si Ton excepte quelques pages de son Inleiding tôt de hedendaagscbe peimingkunde, introduction à la numismatique moderne, dont la première édition est de 17 17.
Le pasteur Leitzmann^ auquel on doit une courte histoire des études numismatiques en Allemagne, cite comme le plus ancien auteur qui se soit occupé, au delà du Rhin, de monnaies médiévales, Tileman Friese dont parut en 1588 un Mûnx^'^piegèl, sorte d'encyclopédie monétaire accompagnée de dessins, le plus souvent très inexacts.
Il flmt passer à la fin du xvii^ siècle et au commencement du xviii^ pour assister à l'éclosion de travaux plus scientifiques. Quelques érudits tels que J.-Ch. Olearius, Schmidt et surtout Schlegel, rendirent à la numismatique des services sérieux. Le premier publia en 1694 à léna, sous le titre Isagoge. ad numophylacium hracteatorum, un petit livre dans lequel il montre de très bonnes aptitudes; en 1698, il signa un Spécimen univcrsae rei numniariae et en 1702-03 un Spicilegium antiquitatis dans lequel les monnaies ne sont pas oubliées.
Jean-André Schmidt attacha son nom à une dissertation parue en 1695, sur les bractéates de Naumburg et de Pegau. Quant à Chr. Schlegel, dont le jugement est souvent plus sûr, il étudia spécialement les séries monétaires de la Thuringe et des régions voisines : Gotha, Cobourg, Mersebourg, Altenbourg, Saalfeld, léna, Mansfeld, Henneberg, Stolberg, etc., etc. Les dessins qui illustrent les travaux de Schlegel sont, en général, très satisfaisants.
Ainsi qu'on l'aura déjà remarqué, ce furent, de toutes les monnaies médiévales de l'Allemagne, les bractéates qui piquèrent, les premières, la curiosité des chercheurs. C'est à ce genre de pièces que s'adresse également Otto Sperling qui fit imprimer, en 1700, à Lubeck une lettre De nummis cavis accompagnée d'une planche assez bien dessinée. Les publications deviennent plus nombreuses à mesure qu'on avance dans le cours du xviii^ siècle, mais le bibliographe a surtout à enregistrer des opuscules de peu d'étendue dans lesquels on étudie, avec plus ou moins de compétence, des questions spéciales.
En 1709, Jean-Pierre von Ludewig écrit une introduction à l'étude de la numismatique allemande, Einleitiing :;^//;» teutscben Miin^r luescn, dont Moser publiera en 1752 une nouvelle édition amendée. En 1711, Gottfried Dewerdeck consacre à la Silésie une monographie intitulée Silesia in nuniis qui restera longtemps classique. En 1707, Heineccius avait étudié, mais d'une façon assez superficielle, l'histoire de l'important atelier de Goslar. Vers cette même époque, le
INTI^ODUCTION XV
savant berlinois réunit les éléments d'une monographie brandebourgeoise, dont il ne nous est parvenu que les 24 planches. Nous citerons encore, parmi les érudits d'alors, Philippe Rechtmeier qui, en 1722, publia un grand nombre de pièces de Brunswick-Lunebourg ; Jean- Gerard Leuckfeld auquel on doit la mise en lumière de bractéates d'Halberstadt, de Magdebourg et de Quedlinbourg; Nicolas Seelander qui consacra dix dissertations à différents sujets de numismatique médiévale; Jean-David Koehler qui créa en 1729 à Nuremberg la première publication périodique exclusivement consacrée à la culture de notre science, les Woechentliche Mûnibelustigu7îgen, divertissements numismatiques hebdomadaires; Jean-François Joachim, bibliothécaire de l'université de Halle, qui dissémine des notices dans les Hàllische An^eigen, commence en 1739 son Groschen-Cabinet continué plus tard par Boehme; le champenois Valentin Jameray Du val qui, devenu conservateur du cabinet impérial des médailles à Vienne, en pubHe les monnaies d'or et d'argent en deux somptueux volumes (1756-59); Jean-Tobie Koehler qui donne en 1759-éo, sous le nom de Ducat en-Cabinet, un catalogue très complet des monnaies d'or du module du florin et du ducat; et tant d'autres lettrés dont la nomenclature nous mènerait trop loin.
En 1760, l'Allemagne avait une littérature spéciale si riche et si variée, que Jean-Christophe Hirsch, conseiller aulique et inspecteur de la Monnaie, put éditer une Bibliotheca numismatica où le moyen âge tient une large part..
Le même savant avait réuni, de 1756 à 1759, en neuf in-foHos, sous le titre de Des teutschen Reichs Mûn:(^-Archiv , un corpus diplomaticus de l'histoire monétaire de l'empire.
Pendant la seconde moitié du xviii*^ siècle, l'activité des numismates d'outre-Rhin se ralentit quelque peu : les désastres de la guerre de sept ans n'étaient pas de nature à favoriser les travaux scientifiques. On assiste néanmoins, dans les pays germaniques, à l'apparition de quelques œuvres nouvelles; en 1771-78, A. Voigt a San Germano pubUe à Prague une Bcschreibung der bisher behannten bôhmische Miinien; en 1 780-8 1 , G.-Em. H a lier imprime à Berne une Beschreibung schwei^erischcr Mûn:(en und Medaillen, encore classique de nos jours.
Au commencement de notre siècle vient prendre place un nom qui marque un progrès considérable de la numismatique médiévale. Joseph de Ma der, professeur d'économie politique à l'université de Prague, imitant, dans une certaine mesure, ce que Eckhel avait fait pour les monnaies antiques, tenta, en coordonnant les résultats acquis, de donner pour celles du moyen âge un corps de doctrine. Son œuvre parut à
XVI INTRODUCTION
Prague de 1803 à 181 3; elle forme six volumes ornés d'excellentes illustrations, sous le titre modeste de Beitràgen ^ur Mûn:(Jsunde des Mittelalters. Les attributions de Mader sont en général heureuses; ses travaux témoignent d'une connaissance approfondie de l'histoire monétaire, mais la langue dans laquelle ils sont écrits les empêcha d'exercer sur l'érudition européenne l'influence à laquelle ils avaient droit.
En Allemagne, les Beitràgen de Mader contribuèrent énormément à développer l'esprit critique et facilitèrent l'accès d'une science qui n'eut jamais, pour se former des adeptes, la propagande d'un enseignement public.
Tandis que Mader préparait son fécond ouvrage, J.-G. Lipsius dotait les numismates d'un précieux instrument de travail: Sa Bibliotheca numaria, parue à Leipzig en 1801, vint remplacer la bibHographie de Hirsch vieillie d'un demi-siècle.
Les noms des savants et des collectionneurs qui apportent leur contingent de recherches à la science se présenteront désormais nombreux à notre plume.
En 1813, le conseiller Becker publie un recueil de 200 seltene Mûn:(en des Miitelalter, Le texte est sobre, les figures exactes : maint auteur de monographie spéciale y puisera avec fruit.
De 1820 à 1824, Joseph Appel, employé de la Monnaie et des mines d'Autriche, réunit en un immense catalogue les monnaies médiévales de l'Europe entière. Ce ^ Repertorium fit connaître un grand nombre de pièces inédites, mais la critique de l'auteur laisse parfois à désirer.
L'ouvrage de Chr.-J. Goetz, les Teutschlands Kaisermûn:(en des Mittelaltcrs, imprimé à Dresde en 1827, ne brille pas davantage par une critique rigoureuse et l'on peut chercher des qualités bien plus grandes dans certaines œuvres d'une portée locale comme celles de Bohl, pour Trêves, d'Hinkelbein et Herquet pour Fulda, de K.-F.-W. Erbstein pour la Saxe, de Beyschlag pour Augsbourg et la Souabe, de F.-J. Streber pour la Bavière, de Harzheim pour Cologne, de S. -A. Wurdtwein pour Mayence, etc.
Les pays du nord de l'Europe eurent une littérature beaucoup moins fournie que l'Allemagne. En Suède, le véritable initiateur est Elie Brenner (1647- 17 17), peintre en miniature de la cour. Son Thésaurus numonan Suco-Gothiconim, paru en 1691, reçut en 173 1 les honneurs d'une réédition posthume par les soins de Nicolas Keder(i659-i735) auquel nous sommes redevables de précieuses dissertations.
En Danemark, le premier travail important consacré à la numisma-
ÎNTRODUCTION XVll
tîque nationale est le Spécimen rei vwneiariae Danorum, ah aniiquîssîwis ' temporibus usqtie ad initium stirpis oldenhurgicae, par Th. Brod. Bircherod. Cet ouvrage date de 1701.
Quatre numismates anglais du xviii^ siècle méritent une mention dans l'histoire de la science. Voici l'indication de leurs travaux par ordre chronologique.
En 1705, Antoine Fountaine consacre un mémoire aux monnaies anglo-saxonnes et anglo-danoises.
En 1726, St. -Martin Leake publie son Historia niimi Britannîci, or an historial Account of Engiish moncy from tbe conquest to îhc uuiting of the two kingdoms by King James I and of Great-Briiain, to tbe présent tyme. Ce travail eut une seconde édition, dix-neuf ans plus tard.
L'auteur le plus fécond du siècle est incomparablement T. Snclling qui enrichit la littérature de l'Angleterre de nombreux écrits sur ses monnaies nationales. Adoptant la division pratique, mais peu savante, des pièces suivant leurs métaux, il étudie successivement l'argent (1762), r.-r (1763) et le cuivre (1766). En 1768, Snclling étend ses vues à l'histoire monétaire de l'Ecosse.
Un contemporain de ce numismate zélé, Samuel Pegge produisit moins de travaux d'ensemble, mais étudia des questions particulières. Ses mémoires furent insérés dans YArchcoJogia, journal de la Société des antiquaires de Londres.
En Ecosse, les monnaies furent étudiées avec ferveur par les fidèles de l'autonomie nationale. Jacques Anderson, né en 1662, décédé en 1728, réunit un recueil très estimé sous le titre : ScJecliis dipJoiiialuni et numismatum Scotiae thésaurus. Ce livre parut onze ans après la mort de l'auteur par les soins de Th. Ruddimann.
En 1786, Adam de Cardonnel publia un nouveau recueil des Numismata Scotiae depuis le règne de Guillaume le Lion jusqu'à l'union du pays avec l'Angleterre.
Les Iles Britanniques reçurent leur histoire monétaire définitive dans les premières années de notre siècle. L'œuvre due à sir Roger s Ruding a pour titre: Annals of the coinage of Great-Brilain and ils dcpcndencies. Quatre éditions successives, dont la dernière a paru en 1840 et a été continuée jusqu'au règne de Victoria, ont fliit de ce livre l'ouvrage classique, le « standardivork » de la numismatique anglaise.
Les- ouvrages mis au commencement de ce siècle à la disposition des curieux de numismatique espagnole par les savants du pays, étaient au nombre de trois.
XVIIÏ INTRODUCTION
En 1759, H. Fierez, moine de l'ordre de Saint-Augustin (Valladolid, 1701-1772) et Luis Jos. Velasquez de Velasco (Malaga, 1722- 1772), publièrent, chacun de leur côté, un ouvrage portant le même titre : Conjeturas sobre las medallas de los reyes Godos y Suevos de Espaha.
En 1818, José Salât écrivit un Tratado de las monedas lahradas en el Principado de Cataluna, précieux travail accompagné de cinq planches de monnaies et fournissant de nombreux documents justificatifs.
En Itahe, les travaux numismatiques de quelque importance paraissent à la fin du xvii* siècle. En 1669, Philippe Bonanni publie un important ouvrage sur les monnaies pontificales : Numismata Pontificum Romanorum, quae a tempore Martini V usque ad annum i66p, in liicem prodiere. Quarante-quatre ans plus tard, César-Antoine Vergara donna ses Monnaies du royaume de Naples, depuis le roi Roger jusqu'à Charles VI.
Par ordre chronologique, nous trouvons ensuite les noms de Vettori qui en 1738 consacre un intéressant discours académique au florin de Florence; Muratori, bibliothécaire du duc de Modène, qui réserve à l'histoire monétaire d'importants chapitres de ses Antiquitates Italiae mediiaevi; l'antiquaire frioulan, J.-Jo. Liruti qui publie en 1749 à Venise un livre sur les monnaies locales et étrangères circulant dans le duché de Frioul; le comte- Giacomo Acami qui soutient une thèse numismatique, chère aux partisans du pouvoir temporel, dans sa Disserta:(ione dell origine ed antichità délia ^ecca pontificia, parue en 1752 et réimprimée l'année suivante; Philippe Argelati, savant bolonais, qui rend à l'histoire monétaire l'inappréciable service de réunir en quatre volumes de nombreuses dissertations, manuscrites ou imprimées, dues à diflférents auteurs ; Vincent Bellini qui étudie les annales métalliques de Ferrare et pubHe les monnaies inédites de sa collection personnelle; enfin Guid' Antonio Zanetti, conservateur du musée de Ferrare, qui imite l'exemple d'Argelati et fait imprimer de 1775 à 1789 cinq volumes intitulés : Nuova raccolta délie monete e ^cche d'Italia, dans lesquels il réunit à des travaux personnels des mémoires inédits ou rares dus à ses devanciers.
Si, en quittant l'Italie, nous passons aux régions de l'Europe centrale et orientale, nous avons à signaler une bibliographie beaucoup moins riche. En Bohême, Adauct Voigt a San Germano publie à Prague, de 177 1 à 1787, quatre volumes sur la numismatique nationale. Son ouvrage intitulé: Beschreibung der bisher bekannten Bôhmischen Miin^en
., ÏNTRÔDUCTiON XIX
nach chronologischer Ordnung, est une des meilleures monographies imprimées jusqu'alors.
En Hongrie, Etienne Schoenvisner consacre en 1801 aux monnaies de son pays un mémoire illustré de vingt planches sur cuivre : Notifia hungaricae rei numariae ab origine ad praesens tempus.
En Pologne, Thadée Czacki, savant et homme d'État, résume en 1800 la numismatique en un volume malheureusement écrit dans un idiome peu répandu.
Nous avons terminé le rapide examen de ce que pouvait être une bibliothèque de médiéviste vers 1835, c'est-à-dire au moment où Lelewel donna son immortelle Numismatique du moyen âge considéra sous le rapport du type,
Joachim Lelewel naquit à Varsovie le 21 mars 1786. Après de brillantes études à l'université de Wilna, il y obtint la chaire d'histoire, qu'il conserva jusqu'à la suppression de l'établissement en 1824. Mêlé d'une manière active à l'insurrectio'n de 1830, ministre de l'instruction publique et membre du gouvernement provisoire, il fut, après la prise de Varsovie par les Russes, obligé de s'expatrier. Lelewel vint alors en France, mais en 1833 il alla se fixer à Bruxelles.
Profondément versé dans l'histoire et la géographie historique, sachant le grec, le latin, toutes les langues slaves, le français, l'anglais, l'italien, l'allemand, l'espagnol, l'arabe, l'hébreu et le persan, connaissant par ses voyages et son exil nos musées et nos collections privées, Lelewel se trouvait admirablement préparé à composer l'ouvrage qui devait lui assurer la première place parmi les numismates du xix* siècle.
Dans l'avant-propos de son livre, l'auteur raconte comment il fut attiré vers les études numismatiques. La Société philotechnique de Varsovie ayant acquis en 1825 un nombre considérable de monnaies trouvées près de Plotzk, chargea Lelewel de faire un rapport sur la découverte. Ce mémoire terminé, l'auteur étendit le cadre de ses recherches; lorsqu'il vint en France en 1830, il put étudier à loisir les monnaies mérovingiennes, caroHngiennes et féodales; enfin son séjour en Belgique lui donna la connaissance des pièces si nombreuses de l'ancienne Lotharingie. .
Le plan de Lelewel est assez restreint au point de vue chronologique. Il prend l'histoire de la monnaie à la chute de l'empire romain d'Occident et l'abandonne au moment de l'introduction du gros d'argent. Tel qu'il est, ce livre exercera une influence énorme. Comme l'auteur le dit lui-même, il écrit « dans une langue universellement connue » ; il révèle ainsi aux numismates français, généralement ignorants des lanj^ues
XX Introduction
étrangères, du moins ceux d'alors, les monnaies des régions situées au delà du Rhin. Grâce à Lelewel, la science prit un caractère international qu'on lui aurait vainement cherché jusqu'alors.
Désormais les numismates de l'Europe entière ont une base commune ■à leurs études, et Ton peut dire sans excès de louanges que tout ce qui a été écrit depuis 1835 sur les monnaies médiévales procède de l'admirable synthèse du savant polonais.
La période de cinquante-cinq ans qui nous sépare du livre de Lelewel a été plus féconde pour l'étude des monnaies du moyen âge que ne le fut celle des deux siècles précédents. Le goût des recherches historiques se répand partout, les sociétés scientifiques se créent, les revues, les journaux spéciaux se multiplient.
En France, la Revue numismatique de Cartier et de La Saussaye sert de lien à tous ceux qui s'intéressent à nos études. Il semble que chacun des collaborateurs assume une tâche à laquelle il se consacre tout entier. Félicien de Saulcy, dont le nom peut être mis à la tcte de nos maîtres, classe le premier les monnaies byzantines; il déchiffre les pièces si curieuses de l'Orient latin; donne d'excellentes monographies pour la Lorraine et le Barrois. Plus tard, la numismatique de l'antiquité l'absorbera, mais il reviendra dans les dernières années de sa vie à ses études de début pour dépouiller les trésors des archives et permettre le classement méthodique des monnaies capétiennes.
Après de Saulcy nous rangeons dans la série des numismates médiévistes français P. -Charles Robert. A lui nous devons la première lumière jetée sur l'organisation monétaire des Francs, les importantes monographies féodales de Cambrai, de Toul, de Verdun, une étude des mérovingiennes et carlovingicnnes de la Belgique première et du Languedoc, sans compter les nombreux mémoires qui prodiguent les richesses d'une érudition aussi sûre que variée.
A côté de ces savants de haute marque, viennent prendre place: Duchalais trop tôt enlevé, mais qui eut le temps de faire montre d'un jugement pénétrant et d'une ingénieuse perspicacité; Adrien de Longpérier, intelligence d'élite, traitant avec une facilité égale les sujets les plus divers mais se laissant entraîner parfois par un regrettable parti pris; Charles Lcnormant, dont l'imagination souvent téméraire a toutes les précieuses qualités de son défaut; Benjamin Fillon, érudit un peu flintaisiste mais artiste autant que numismate et possédant au plus haut degré le talent subtil de reconnaître les styles; Gustave dcPontond'Amécourt rêvant un corpus des monnaies de la première race, dont il débrouille souvent avec succès l'inextricable écheveau.
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A ces noms de savants regrettés nous devons joindre ceux des maîtres actuels de la science française: M. Anatole de Barthélémy dont la plume féconde a enrichi notre littérature spéciale de mémoires où le bon sens marche de pair avec la clarté et l'érudition; M. Louis Blancard, qui réunit à une connaissance approfondie des textes, toutes les ressources de son intelligence novatrice et hardie.
Il nous reste à citer une légion d'érudits dont le rôle est plus modeste, mais qui n'en ont pas moins rendu à l'œuvre commune les plus grands services. Ce sont les défricheurs de la numismatique régionale ou locale : dans le Nord, Rigollot, Hermand, Desains, Voillemier, Dancoisne, Van Rende, Dewismes, Rouyer, Deschamps de Pas, dont l'ensemble des travaux résume l'histoire monétaire de la Picardie, de l'Artois et de la Flandre; dans TEst, Monnicr, Rolin, Bretagne, Lepage, Laurent, Servais, Maxe Werly, qui contribuent à faire connaître d'intéressants détails de numismatique lorraine; en Alsace, l'abbé Hanauer dont les Etudes économiques sont trop peu répandues; en Franche-Comté, Plantet et Jean net, auteurs d'une monographie; en Savoie, Rabut et Perrin; en Dauphiné, Morin-Pons, Roman, Ludovic Vallentin, Roger Vallcntin et Vallier; en Bretagne, Bigot; dans le Maine et le Poitou, Lecointre-Dupont et Hucher; en Aquitaine, Chandruc de Crazannes; dans le Nivernais, le comte de Soultrait; en Champagne, Bourquelot et Ph. Salmon; dans le Limousin, M. Deloche; en Provence, le marquis de Lagoy, Carpentin et le zélé conservateur actuel du musée de Marseille, AL Laugier. Cette nomenclature est forcément incomplète, mais nous ne pouvons reproduire ici tous les noms qui figurent dans notre Répertoire des sources imprimées de la numismatique française.
Les matériaux préparés par tous ces zélés travailleurs, divers écrivains s'occupèrent de les coordonner. De 1858 à 1862, le vendéen F. Poey d'Avant groupa en trois volumes toutes les monnaies féodales. Il s'en faut toutefois que ce vaste ouvrage soit une simple compihuion ; la part qui revient exclusivement à l'auteur est assez grande pour lui assurer une phice honorable parmi les savants. Fougères et Combrouse s'étaient occupés de réunir de 184011 18. 15 les monnaies rovales de France. Leurs ouvrages, qui n'ont de mérite que par leurs illustrations, ont été très bien remplacés pour la série capétienne par le somptueux volume dont i\L H. Hoffmann a pris l'initiative. Les carolingiennes ont été traitées à leur tour par Gariel, mais ici encore les planches seules ont une valeur: le texte ne résiste guère à la critique. Nous terminerons cette revue des ouvrages d'ensemble par le
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précieux supplément que M. Car on est venu donner aux Monnaies féodales de Poey d'Avant.
La numismatique étrangère n'eut jamais en France de fervents adeptes. A part M. Schlumberger auquel on doit une intéressante étude des bractéates allemandes et un magistral ouvrage sur les monnaies de l'Orient latin, nous n'avons d'autres travaux à rappeler que ceux de M. Heiss sur les wisigothes et les hispano-chrétiennes, ceux de Victor Langlois sur les monnaies d'Arménie et de Géorgie, puis encore l'utile monographie du type esterlin que son auteur, M. Chautard, devait faire suivre d'un livre analogue sur le gros tournois, malheureusement resté à l'état de projet.
En Belgique, le premier nom qui se présente à notre plume est celui de C.-P. Serrure, professeur d'histoire à l'Université de Gand : en 1847, cet érudit publia sous le titre modeste de Notice sur le Cabinet monétaire de S. A. le Prince de Ligne un ouvrage qui servit de base et de plan à toutes les monographies de l'histoire monétaire belge. Vers cette même époque, fut créée la Société belge de numismatique et une Revue parut sous ses auspices. Cette publication résuma longtemps le mouvement scientifique du pays : tous les numismates belges y collaborèrent. Ses premiers directeurs, R. Chalon, C.-P. Serrure et L. De Coster lui firent prendre une place considérable dans la presse scientifique.
Le montois Renier Chalon est peut-être de tous les numismates celui qui a imprimé le plus de notices et de mémoires. Savant d'un mérite réel, il est loin cependant d'égaler Louis De Coster, dont la plume fut beaucoup moins prodigue. Les travaux du premier sont en général purement descriptifs; ceux du second sont attributifs. Chalon se dérobe aux difficultés par un mot d'esprit ; De Coster les attaque de front et parfois les résoud. Nous verrons dans le cours de ce livre les résultats dont lui est redevable la série carolingienne.
Parmi les numismates belges qui apportèrent encore au moyen âge de sérieuses contributions, nous citerons MM. C. Piot, Perreau, Cuypers van Velthoven, de La Fontaine, J. de Chestret, et surtout C.-A. Serrure. Ce dernier exerça sur les progrès de l'histoire monétaire des Pays-Bas une influence prépondérante, mais plutôt orale qu'écrite.
La Hollande compte beaucoup moins de médiévistes que sa sœur du midi. Quand nous aurons cité Rethaan Macaré, W. de Voogt, J. Meycr, J. Dirks, P.-J. Van der Chys et Hooft van Idde-
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kinge, nous aurons achevé la liste des principaux numismates néerlandais. Le plus laborieux de tous fut incontestablement Van der Chys, le professeur de l'Université de Leyde ; on lui doit les monographies du Brabant, de la Hollande, de la Gueldre, de la Drenthe, d'Utrecht, de rOveryssel et de la Frise. Le plus remarquable, tant par le savoir que par la vivacité de l'esprit, fut Hooft van Iddekinge, dont les qualités rappellent celles du français Duchalais.
En Allemagne, pendant la période qui s'étend depuis 1835, un nom domine tous les autres dans l'innombrable famille des numismates médiévistes, celui du hanovrien Hermann Grote. Né en 1802, Grote commença assez tard à prendre place parmi les écrivains numismates. Le journalisme politique constitua son début littéraire et son début scientifique fut la création d'un journal. Les Blaetter fur Mûit/^kunde parurent de 1834 à 1844; ils furent suivis de deux autres recueils que Grote rédigea sans faire appel à la collaboration de personne. De 1855 à 1877, le savant hanovrien publia les Mûn:(studîen ; de 1874 ^ ^^ fin de 1881, les Blaetter fïir Mûn^freunde. Ces publications rendirent d'inappréciables services ; elles renferment plusieurs monographies importantes, les monnaies de Berg, de Munster, de Clèves, de Juliers, d'Osnabruck, d'Isembourg, de Werden, d'Essen; toute la Westphalie et la Bavière du moyen âge sont étudiées avec soin ; des articles critiques, aux vues originales et marquées au coin du plus sévère bon sens, examinent le système monétaire mérovingien, la métrologie numismatique, le classement rationnel et systématique des monuments monétaires du moyen âge ; un volume entier est consacré aux Stammtafeln, tableaux généalogiques et chronologiques, soigneusement revisés, qui sont pour nous ce que sont pour les historiens de l'Église les précieuses listes de Gamms.
* Grote apporte dans ses écrits la vivacité d'un ardent polémiste ; presque impeccable, il est sans pitié pour les fautes d'autrui, caractérise d'un mot la faiblesse de chacun, et pousse parfois l'ironie jusqu'à la cruauté.
Parmi les savants qui s'adonnèrent en Allemagne aux monnaies du moyen âge, deux autres noms sont à mettre hors de pair : Bernard de Koehne et M. Hermann Dannenberg.
De Koehne débuta dans la science à un âge beaucoup plus tendre que Grote. Né à Berlin en 18 17, il n'avait que 20 ans lorsque sa première monographie le mit en lumière ; elle était consacrée aux monnaies de sa ville natale. Comme le numismate hanovrien, de Koehne comprit tous les services que la presse périodique pouvait
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rendre à la science. Il commença en 1841 une revue sous le titre de Zcitschrift fiir Miin^, Siegel-imd Wappenkunde ; ce recueil fut interrompu en 1847 par suite du départ de l'auteur pour Saint-Pétersbourg, où de puissants protecteurs le firent attacher à la direction de l'Ermitage impérial. De Kochne fut le proaiotcur de la Société russe d'archéologie et de numismatique, dont il dirigea les Mémoires. De 1859 à 1862, le savant reprit à Berlin la publication de sa Zcitschrift, qui fut continuée ensuite jusqu'en 1873 sous le titre de Bcrlincr Blaet ter fiir Miin:^ Siegelund Wappcnhiinde.
Le troisième chef de file des médiévistes allemands, M. H. Dannenberg, est berlinois comme de Koehne et plus jeune que lui de neuf ans. M. Danncnberg ne se borna pas à publier des articles de revues, il osa aflronter les travaux de plus longue haleine. Ses Dcutschen Miin::^en der sccchsischm und fraenhischcn Kaiser :(cit, témoignent de deux qualités, dont la réunion n'est pas fréquente : l'expérience nécessaire aux travaux de première main, et la patience laborieuse indispensable aux compilations éclairées.
Si Grote, de Koehne et Dannenberg sont d'incontestables savants, peut-on sans profaner ce titre l'appliquer à Leitzmann et à Cappe ? Peu d'écrivains furent aussi persévérants et aussi producteurs que Leitzmann, mais il en est peu qui occupent une place à la fois aussi grande dans nos bibliothèques et aussi restreinte dans la science. Grote, qui ne ménage pas ses termes, dit quelque part, en parlant des travaux de Leitzmann : Miilla sed non niulluni. Cette brutale appréciation d'un compatriote est parfaitement exacte : on doit au pasteur de Tunzenhauscn une revue, la Numisinalischc Zeitnuç, qui commence en 1834 et finit en 1871 ; un Wegweiscr a 11 f de m Gcbiete der deutschen Mun:Jcunde, sorte de dictionnaire géographique de la numismatique allemande ; une Bihliotheca niimaria, faisant suite à celle de Lipsius. Tous ces travaux se ressentent d'une hâte de confection, d'une négligence, d'un désordre intellectuel et parfois d'une ignorance qui étonnent encore plus que la fiévreuse activité de l'auteur. La seule chose qu'on ne puisse contester à Leitzmann, c'est sa bonne volonté.
Cappe est avant tout un collectionneur. C'est un négociant fortuné qui réunit des monnaies du moyen âge et s'amuse ensuite à les publier en monographies. Nous lui devons ainsi la description des monnaies des empereurs et rois d'Allemagne et celle des séries féodales de Munster, Osnabruck, Paderborn, Corvei, Hervord, Augsbourg, Hildesheim, Cologne, Mayence, etc. Beaucoup de ces monographies sont remplacées aujourdluii, mais il faut reconnaître que Cappe sç rendit très utile par la publication des planches qui illustrent ses livres. Nous
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avons porté un jugement analogue sur Gariel; ces deux numismates peuvent être placés exactement sur la même ligne.
A côté de ces savants et de ces travailleurs viennent prendre place les écrivains qui portèrent leur attention sur des questions particulières ou des séries spéciales. Pour la génération du milieu du siècle, nous devons citer : Berstett, qui étudia les monnaies d'Alsace et de Bade; Binder, auquel on doit un catalogue malheureusement non illustré des monnaies du Wurtemberg; Hoffmeister, auteur d'une copieuse monographie de la Hesse; Beyschlag, qui recueillit les monnaies d'Augsbourg comme Heller colligea celles de Bamberg ; Posern- Klett, qui augmenta nos connaissances en numismatique saxonne; J.-P. Beierlein, connu par ses travaux sur la Bavière; Vossberg, qui mit en œuvre les souvenirs laissés en Prusse par l'Ordre Tcutonique; le docteur Rùppell, voyageur francfortois, qui se reposait de ses explorations africaines par d'autres explorations moins dangereuses dans la série monétaire de sa ville natale ; Bergmann, qui fit avancer nos connaissances en numismatique autrichienne et étudia un plan général pour le classement des séries du moyen âge ; Merzdorf, qui apporta un utile tribut à l'histoire monétaire de l'Oldenbourg et du pays de Jever ; Bode, qui passa en revue les monnaies des villes et des états de la Basse-Saxe; von Pfaffenhoffen, qui consacra un mémoire aux ducs d'AUemanie ; Lise h, qui s'adonna de préférence à l'histoire métallique du Mecklembourg ; Soetbeer, auteur d'un travail estimé sur le monnayage des Barbares; Mùller, dont on regrette de ne pas avoir au complet la Deutsche Miin:(^gescbich1e.
Nous pourrions allonger indéfiniment cette liste, mais quelle place laisserions-nous à la vaillante phalange de la génération actuelle ? Bien que nous lui accordions d'implicites éloges par les nombreuses indications bibliographiques dispersées dans notre livre, nous tenons à rappeler, parmi tant de noms de laborieux érudits, ceux de MM. J. Friedlaender, Paul Joseph, Jules et Albert Erbstein, Max et Emile Bahrfeldt, Ad. Meycr, A. Dùning, F. Friedensburg, J. Isenbeck, Menadier, F. van Vleuten, Weingiirtner, Eheberg, Tergast, F. Wibel, von Saurma-Jeltsch, G. -A. Mûlverstedt, A. Luschin von Ebengreuth, Pichler, von Hôfken, etc., etc. Presque tous ces écrivains réunis autour de leur vénérable nestor, M. H. Dannenberg, représentent la numismatique médiévale dans la revue dirigée à Berlin, avec tant d'autorité, par M. A. von Sallct, conservateur du Cabinet royal de Prusse, et dans celle publiée à Vienne sous les auspices de la Société autrichienne de numismatique.
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En Suisse, c'est un Français devenu directeur du Musée de Lausanne, A. Morel-Fatio, qui coopéra le plus à l'avancement de l'histoire monétaire. Entretenant des rapports presque journaliers avec les maîtres de la science française, possédant au plus haut degré la secrète intuition du rare et de l'intéressant, toujours à l'affût de trouvailles, Morel Fatio écrivit beaucoup, et qui mieux est, d'excellentes choses. Son œuvre capitale, pour le moyen âge, est une Histoire monétaire de Lausanne, parue par fragments.
Avant Morel Fatio ou de son tem^^, J.-H. Meyer, conservateur du Musée de Zurich, et les érudits genevois Chaponnière et Mallet, publièrent des recherches sur leurs séries locales. Ces travaux, auxquels on peut joindre ceux de M. Ch.-F. Trachsel, donnent une meilleure idée de la science suisse que les livres sans critique, consacrés par Rod. Blanchet à la numismatique des bords du Léman et de la Bourgogne transjurane.
Depuis quelques années, la Suisse possède une revue spéciale, où le moyen âge n'occupe pas encore toute la place à laquelle il a droit. La rédaction actuelle semble nous réserver un avenir plein de promesses.
Le moyen nge eut toujours pour les numismates Scandinaves un irrésistible attrait. La collection générale, la plus complète et la mieux classée que jamais particulier put réunir, fut formée en Danemark. Par une circonstance digne de remarque, le collectionneur se trouva être un savant : Chr. Jurgersen Thomsen, directeur des Musées royaux danois (1788-1865). Ce médiéviste imprima peu; c'est dans sa correspondance privée qu'on trouverait dépensés les trésors de son grand savoir. Après la mort de Thomsen, un groupe de patriotes éclairés acheta le médaiUier et en fit hommage au Cabinet des médailles de Copenhague. Dans le Catalogue publié de 1873 à 1876, par M. Erslev, sous la direction de M. de Herbst, le classement de Thomsen a été religieusement conservé : il témoigne d'une connaissance de la numismatique générale que possédèrent peut-être seuls Lelewel et Grote.
Les traditions scientifiques de Thomsen sont continuées en Danemark par MM. Mû lier, conservateur du Cabinet royal, Bergsoë et P.-C. Hauberg. Ce dernier publie dans les Mémoires de la Société des Antiquaires du Nord une série d'articles dont l'ensemble formera un jour l'histoire monétaire définitive de sa patrie.
Pendant la première moitié de ce siècle, Ch. A. Holmboë représente la numismatique médiévale en Norwège. Ses recherches/ habilement conduites, furent reprises vingt ans plus tard par C.-H, Schive,
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auquel nous devons une monographie, parue de 1858 à 1861, sous le titre : Norges Mynter i Middelaldereu. Il est regrettable que Schive n'ait pas imité son devancier et n'ait pas écrit en latin ou en allemand, L'emploi de l'idiome national prive cet ouvrage d'un grand nombre de lecteurs. Un reproche analogue peut être adressé à M. Stenersen, le conservateur actuel de la collection de l'Université de Christiania, et à M. Hans Hildebrand, conservateur du Cabinet royal de Stochkolm, savant aux aperçus ingénieux, dont les travaux sur la numismatique suédoise nous ont été du plus puissant secours.
L'étude des monnaies médiévales ne prit d'extension considérable en Angleterre qu'après 1836, lorsque John Yonge Akerman eut créé son Numismatic Journal. Deux ans plus tard, une Société était formée à Londres, et le journal, repris par elle, devint le Numismatic Chronicle, qui compte aujourd'hui quarante-deux ans d'existence.
Les ouvrages publiés en dehors de ce recueil sont assez rares ; ce sont des monographies d'ensemble que leurs dimensions ne permettaient pas d'insérer dans une publication périodique. Nous citerons les travaux de Lindsay sur l'Irlande (1839) et l'Ecosse (1845); la monographie des monnaies anglaises en argent d'Ed. Hawkins, dont une troisième édition posthume a paru en 1887; celle des monnaies d'or, complément de la précédente, due en 1884 à M. R. Lloyd Kenyon ; le savant catalogue des monnaies anglo-saxonnes du Musée britannique de M. Ch.-F. Keary (1887) ;les ouvrages de MM. R.-W. Cochran-Patrick et Ed. Burns sur les annales métalliques de l'Ecosse ; puis un grand nombre de livres qui tiennent plus de la vulgarisation que de la science pure.
Presque tous les auteurs que nous venons de citer ont collaboré au Numismatic Chronicle. Leurs noms s'y retrouvent en compagnie d'une foule d'érudits qui s'efforcent de pénétrer les secrets encore nombreux de l'histoire monétaire nationale. Nous relevons, parmi tous ces noms, ceux de MM. D.-H. Haigh, J. Evans, H. Montagu, Bunbury, Aquilla Smith, Neck, Pownall, Willett, etc., etc.
La pré^u'île ibérique n'est pas restée en arrière, dans le grand mouvement qui a porté les esprits vers les monnaies médiévales. Si pour l'Espagne, c'est un savant français, M. Heiss, qui a dû prendre l'initiative de la monographie, en Portugal, il s'est trouvé un érudit pour mener à bonne fin l'histoire monétaire du pays. Don A.-Ch. Teixeira de Aragào, conservateur du Cabinet des médailles de feu le roi Louis, a réuni en une Descripçào gcral c historica das moedas cunhadas en noinc