XXVIII INTRODUCTION
dos reis, régentes e governadores de Portugal, tous les monuments monétaires du royaume. Cet ouvrage montre une saine critique ; il se passera de longues années avant qu'il soit nécessaire de le remplacer. Parmi les autres numismates portugais qui ont enrichi leur littérature nationale d'œuvres méritoires, nous devons citer M. JoséAmaral B. deTôro, dont le Diccionario de niim'mnaîica porîugue^a n'est pas encore terminé. En Espagne, les séries celtibérienncs et arabes attirent Tattention d'un plus grand nombre d'érudits que les hispano-chrétiennes. Les rangs assez clairsemés des médiévistes se composent de MM. A. Pedrals y Moliné, spécialiste érudit pour la Catalogne; A. Campaner y Fuertes, auteur d'une monographie des monnaies du royaume de Majorque ; M. Vidal Ramon, possesseur de la plus belle collection de monnaies espagnoles connue, dont il a dressé un catalogue méthodique, encore manuscrit, et publié un inventaire ; J. de laRada yDelgado, bibliographe de la numismatique nationale; Celestino Pujol, etc.
L'Italie conserve, pour les temps contemporains, le rang élevé que les écrivains du dernier siècle lui avaient fait prendre. Dominique Promis, conservateur de la bibliothèque du roi de Sardaigne, né à Turin en 1804, décédé en 1874, est sans contredit le maître delà science au delà des monts. Ses travaux importants commencent en 1836 : il publie en 1841 les Monete dei reali di Savoia, qui resteront désormais comme une des plus belles et des plus savantes monographies de l'Italie. D. Promis étudie ensuite une série de monnaies inédites du Piémont, réunit les deniers pontificaux frappés avant l'an mil, met en lumière des pièces capitales pour la série lombarde, consacre des mémoires spéciaux aux atehers d'Asti, de Dezana, de Savone.
D. Promis légua ses connaissances spéciales à son fils Vincent qui lui succéda à la bibliothèque de Turin et dont les lettres italiennes déplorent la perte récente. L'œuvre principale de celui-ci consiste en des Tables synoptiques des monnaies frappées dans la Péninsule depuis le vii*^ siècle jusqu'en 1868, livre d'une composition ingrate, et qui demandait autant de critique que de savoir et de persévérance.
Parmi les érudits de la génération de D. Promis, nous citerons au hasard de la plume : C. Cordero di San Quintino, Cinagli, Gandolphi, Spinelli, Olivieri, Fusco, Ferrero délia Marmora, Gazzera, Massagli, C. Kunz, Lazari, Maggiora- Vergano, Remedi, Schweitzer, C. Strozzi, Biondelli, etc. Aucun de ces hommes n'est plus, mais un groupe nombreux de savants non moins actifs est venu prendre leur place : MM. E. et F. Gnecchi, auxquels on doit une excellente monographie de Milan et la biblio-
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graphie de la numismatique italienne; le comte N. Pappadopqli, qui nous livrera tous les secrets de la numismatique de Venise ; le chev. Brambilla, auteur des Monete de Pavia ; A . Portioli, dont l'histoire de la Zecca de Mantoue est justement appréciée; le savant modenais A. Crespellani, qui dirige ses investigations dans les archives de sa ville natale; U. Rossi, J. Sambon, O. Vitalini, qui tous font leur apport à l'œuvre commune. Avec de tels éléments, l'avenir des études numismatiques n'est pas en péril en Italie.
Si les pays de l'est de l'Europe, la Bohême, la Hongrie, la Pologne, les Etats danubiens, la Russie et la Grèce ne comptent pas cette profusion d'écrivains numismates que nous venons de signaler pour l'Occident, il serait injuste de ne pas reconnaître les sérieux progrès qu'y a accompHs la science. Privés le plus souvent des facilités offertes par les publications périodiques, les savants de ces régions ont publié très peu de ces mémoires de courte étendue dont nos bibliographies indiquent des centaines. Nous avons donc à signaler plutôt des travaux de longue haleine que des opuscules consacrés à des sujets variés. En 1846, J. Rupp achève à Pesth ses Numi Hungariae, le traité encore classique des monnaies hongroises. En 1888, les exécuteurs testamentaires de Max Donebauer éditent à Prague le catalogue illustré de sa collection de monnaies de Bohème, collection si complète que sa description vaut une monographie. Le livre le plus important sur la série polonaise est celui de M. Stronczynski, dont la dernière édition a paru en 1883, livre diffus où la critique trouverait énormément à reprendre et qui malheureusement est écrit en polonais.
Une bibliothèque de numismatique russe doit débuter par V Aperçu du baron de Chaudoir. Elle comprendra le livre de T.-J. de Schubert (1843 et 1858), le catalogue de la merveilleuse collection de J. de Reichel, numismate de l'école de Thomsen et qui écrivit aussi peu que le savant danois ; enfin, les mémoires étendus, consacrés par M. le comte Tolstoï, aux monnayages de Kiew, de Pskow et de Nowgorod. Ces trois derniers ouvrages sont écrits en russe.
Les pays slaves des rives du Danube, la Bulgarie, la Serbie et la Bosnie, ont reçu deux monographies intéressantes : le livre de J. Luczen bâcher, publié en 1843, et celui du professeur d'Agram, M. S. Ljubic, publié en 1875; l'un et l'autre sont rédiges en serbo-croate.
En Roumanie, le prince D. A. Sturdza, secrétaire général de l'académie de Bucharcst, se livre avec fruit à l'étude de la numismatique
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nationale. Outre divers mémoires, on lui doit une petite bibliographie spéciale publiée en 1879.
Le pays par lequel nous terminerons cette rapide histoire des études numismatiques médiévales est la Grèce. Un seul nom est à citer, celui de P. Lambros, d'Athènes. Ses dissertations nombreuses, écrites en t^rec, ont puissamment contribué à faire connaître les séries si curieuses des fiefs de l'Orient latin.
§ II. — Limites et divisions de la numismatique du moyen âge.
La numismatique est, suivant la définition très exacte de M. Louis Blancard^ la science de la monnaie dans ses rapports avec l'histoire, l'art et l'économie financière.
Ainsi limitée, la numismatique comprend, pour le moyen âge, deux groupes de monuments ^ :
1° Les monnaies, équivalents métalliques de valeurs ou signes métalliques représentatifs d'une valeur, destinés à faciliter les transactions commerciales.
2° Les méreaux, signes métalliques, représentatifs d'une somme à acquitter ou d'une somme à percevoir. Cette dernière destination leur fit donner très fréquemment un cours fiduciaire exclusivement local. Modestes auxiliaires de la circulation, les méreaux se multipHèrent au moyen âge à partir du xiii* siècle; au point de vue de l'histoire générale, de l'art et de l'économie financière, leur importance est secondaire, mais leur examen n'est pas à dédaigner pour l'histoire des usages et des mœurs.
1. Essai sur les monnaies de Charles 1, comte de Proi'ence. Introduction.
2. La plupart des numismates ou numismatistcs, par suite d'une extension abusive accordée à la numismatique, annexent à cette science tous les monuments vionétiformcs. Les trois principales catégories de ces monuments sont: 1° \qs jetons, instruments servant à calculer et dont l'mvention remonte à l'époque où l'emploi des chiffres romains rendait les opérations arithmétiques très difficiles; 2» les médailles, monuments métalliques destinés à rappeler les traits d'un personnage, à commémorer un événement, à servir de récompense honorifique; inconnue de la plus grande partie du moven âge, la mode des médailles ne prit une extension sérieuse qu'à la Renaissance ; 3" les poids, dont un certain nombre, ceux du midi de la France par exemple sont monétiformes. L'étymologie même du mot numismatique s'oppose à ces annexions contre lesquelles on commence à réagir un peu aujourd'hui. La jetonistique (qu'on nous passe ce néologisme), la mcdaillistique et la stathmetiquc sont trois branches de l'archéologie.
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Nous ne nous occuperons pas de ce genre de monuments, auxquels nous souhaiterions de voir consacrer un ouvrage spécial.
Au point de vue chronologique, la numismatique embrasse, comme l'histoire, quatre grandes périodes, dans les pays de civilisation grécolatine : l'antiquité, le moyen âge, l'époque moderne et les temps contemporains.
Il est impossible de fixer, entre ces diverses périodes, une date précise, où l'une finit et où l'autre commence. Le progrès n'a jamais procédé par sauts brusques et entre deux périodes règne toujours un temps de transition appartenant aussi bien à l'espace chronologique qui précède qu'à celui qui suit. De plus, un même progrès ne s'accomplit pas à la même heure dans tous les pays d'une même civilisation : pour certaines régions, Vantiquité dure encore quand dans d'autres le moyen âge a depuis longtemps commencé. Aujourd'hui, si l'on considère l'adoption du système décimal comme la caractéristique de l'histoire monétaire contemporaine, certains pays, tels que l'Angleterre, en sont encore à l'époque moderne.
Chacune des grandes périodes que nous venons d'indiquer se subdivise naturellement elle-même. Pour le moyen âge, dont nous nous occuperons exclusivement ici, quatre groupes chronologiques se montrent, nettement tranchés :
1° L'époque barbare, qui n'est à proprement dire que la transition entre la numismatique antique et celle du moyen âge réel. Pour bien la comprendre, pour remonter à sa source, il fliut aller jusqu'à la séparation de l'enîpire romain en empire d'Occident et empire d'Orient (395). Tous les monnayages barbares procèdent de ceux de ces deux empires.
2° U époque du denier carolingien commence avec Pépin le Bref (752) et va jusqu'à la chute de la maison carolingienne, dans l'Occident de l'Europe. En Orient, et dans les pays d'influence byzantine, tels que le centre et le sud de l'Italie, cette époque ne se distingue pas de la première partie du moyen âge : ici nous assistons à l'évolution lente de l'ancien système romain, à la décadence irrémédiable du monnayage antique.
3° U époque du denier féodal commence en France, avec Hugues Capet (987); en Allemagne, avec Henri l'Oiseleur (919); en Italie, avec Otton le Grand (962). Pour l'Angleterre, où la féodalité ne se développa jamais au détriment de la puissance royale, on peut adopter, comme point de départ de cette époque, un fait de l'histoire politique qui eut une grande influence sur l'art: la conquête de Canut le Grand (1016). Dans la péninsule ibérique les débuts du monnayage chrétien, dans les
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pays slaves et Scandinaves le commencement d'émissions nationales régulières, tels sont les points de départ de la troisième période du moyen âge numismatique.
En Orient, la série byzantine se poursuit et continue à former un groupe particulier exerçant une certaine influence sur la numismatique de l'Europe centrale. Les expéditions des Croisés créent en Syrie un monnayage essentiellement occidental.
4° U époque du gros d'argent et du florin d'or est la dernière du moyen âge numismatique. Son caractère principal est l'adoption en Occident d'une monnaie d'argent fin plus forte que le denier et d'une monnaie d'or dont l'émission avait cessé depuis l'avènement des Carolingiens.
La date initiale de cette époque, en France, est le milieu du règne de Louis IX (1226-1270). Dans les autres pays de l'Europe, à l'exception de l'Italie, la réforme a lieu un peu plus tard : en Allemagne, sous Louis de Bavière (13 14-1347); en Angleterre, sous Edouard I (1272- 1307); en Bohême, sous Wenceslas II (1278-1305); en Hongrie, sous Charles d'Anjou (1-310-1342); en Pologne, sous Casimir le Grand (13 3 3- 13 70). L'empire byzantin continue son monnayage traditionnel jusqu'à la prise de sa capitale par les Turcs en 1453.
En Occident, la fabrication de monnaies d'argent à flan épais, les testons et les thalcrs, marque la fin du moyen âge numismatique, dans les dernières années du xv^ siècle et les premières du xvi^. L'Italie est à la tète de cette réforme monétaire qui est une des manifestations les plus curieuses de la Renaissance. En France, le moyen âge se prolonge j usqu'aux dernières années du règne de Louis XII ; ailleurs, plus tard encore.
Voilà, indiquées à grands traits, les quatre grandes divisions de l'histoire médiévale de la monnaie. Pour qui connaît l'histoire universelle, il est facile d'établir les limites géographiques de chacune d'elles. Les pays compris dans notre Manuel sont bornés par ceux où la fabrication de la monnaie est inconnue, ou par ceux où les Arabes frappent un numéraire exclusivement musulman.
« Tout ordre géographique de monuments historiques doit correspondre à hi géographie qui leur est contemporaine. » Ce principe a été établi par Mader et Grote^; nous ne nous en sommes jamais départis. Nos cha-
I. Voyez Mndcr, Vdh'r die Grii)i:^cii und Ordniing eiucr Samiiiliing von Miïii:;^i'ii des Miltt'IiiUi'rs dans les Bcilrii^c, t. II, p. 24, et Grotc, Die syslenuitisilh' Aiiordntiiig der luodenicn Mniiien dans les Mfm::^stiidie}i, i. VII, p. 241. Ce dernier auteur discute tous les systèmes proposés avant lui.