‹ Traité de numismatique du moyen âgeChapitre 111 sur 206 · IX. — LES ANGLO-SAXONS · texte numérisé non relu

IX. — LES ANGLO-SAXONS

L'émission des rares pièces d'or semble au surplus s'être concentrée dans les régions méridionales, peuplées par les Saxons ou par les Angles de Mercie, et dont les habitants étaient en contact continuel avec les Francs. Le système monétaire des Anglo-Saxons paraît du reste être tout entier d'importation mérovingienne. ^

L'étude de cette numismatique barbare est des plus difficiles et les classements faits jusqu'à ce jour sont purement empiriques. M. Head, dans son récent catalogue des séries anglo-saxonnes du Musée britannique, n'a jeté aucun jour sur la matière; il réunit en un immense chapitre d'indéterminées la majeure partie des monnaies frappées en Angleterre au vi* et au vu' siècle, et n'ouvre de séries géographiques que pour un petit nombre de pièces sur lesquelles une légende indique l'origine. Nous ne pouvons, dans ce Hvre où tant de sujets divers sont successivement abordés, essayer de mieux faire que le savant conservateur du Musée de Londres. Nous examinerons donc rapidement les monnaies jusqu'à ce jour inclassées, pour passer ensuite en revue les pièces dont l'attribution particulière à l'un des divers royaumes de l'heptarchie est certaine ou probable.

Toutes les difficultés semblent accumulées à plaisir pour rendre plus obscure la numismatique anglo-saxonne. Les types présentent une variété infinie et, sauf pour la Northumbrie, l'immense majorité des pièces est muette. Les rares légendes que l'on renconire peuvent être classées en quatre catégories :

1° Immobilisations de légendes romaines sans signification propre.

2° Légendes en caractères analogues à ceux employés par les Mérovingiens. Elles se trouvent dans le Kent et l'Essex, c'est-à-dire dans les pays où nous constaterons une imitation constante des types francs.

Fig. 292

3° Légendes en caractères runiques^ qui semblent spéciales à la Mercie et à la région limitrophe des Est-Angles. Nous étudierons dans les §§ IV et V des sceattas portant en lettres runiques les noms d'Epa,

I. Voyez sur les légendes runiques: B. V. Head, Anglo Saxon coins with runic Ugends dans h Ntimismatic Chronick, 1868, p. 75, et D. H. Haig, Misceîlaneous notes on the ohî cnglish coinagc dans le même recueil, 1869, p. 171.

iy4 PREMIÈRE PARTIE

Peada, Aethelred, rois merciens, et de Beonna, roi est-angle. A ce même groupe épigraphique se rattachent deux précieux sous d'or, les deux seuls sous d'or anglo-saxons du vu* siècle. Copiées d'une pièce d'Honorius, les légendes latines ont été immobilisées, sauf au revers où elles ont été remplacées partiellement par des caractères runiques. La légende de la première pièce peut être transcrite par Scanomodu, mot

Fig. 294 Fig. 29s

qui semble être un nom d'homme. Les caractères du second sou d'or, qui peuvent être rendus par Hama, n'ont pas encore reçu d'interprétation satisfaisante.

4** Légendes en caractères latins légèrement transformés par l'introduction de quelques runes. Ce quatrième groupe comprend la numismatique de la Northumbrie.

Sous le rapport du type, les monnaies anglo-saxonnes muettes se partagent en trois catégories, suivant que le graveur s'est inspiré d'un coin romain, d'un coin mérovingien ou qu'il fait preuve d'une invention propre.

Fig. 296 Rg. a97

Pour les pièces appartenant à la première de ces catégories, l'un des prototypes les plus curieux est un sou d'or de Magnus Maximus (fig. 296). Le revers de la pièce romaine représente deux personnages assis de face, tenant ensemble le globe et séparés par une Victoire dont les ailes ouvertes couvrent leurs têtes. Les artistes anglo-saxons ont ' reproduit ce dispositif à la fois sur des sceattas et sur des triens d'or (fig. 297), en l'accommodant naturellement à leur façon. Un autre emprunt, non moins curieux, a été fait à des monnaies romaines portant la louve, nourrice de Romulus et de Rémus (fig. 298). Cette louve d'abord copiée avec quelque exactitude devint successivement, entre les mains des graveurs barbares, un serpent et un oiseau. Nous reproduisons sous les n*" 299 à 302 les dégénérescences de ce type qui montrent les transformations qu'une copie malhabile suivie d'une interprétation erronée ont pu faire subir à une image: la numismatique féodale nous fournira de nombreux exemples de phénomènes

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