CHAPITRE DIXIÈME LES FRISONS
Sources: A. Duchalais, Triens de Ja Frise dans la Rev. niimism., 1854, p. 41. — P.-O. Van der Chys, De munten der frankische en duitsch-nederlandsche vorsten. Haarlem, i866> in-4. — R. Serrure, Un nouveau triens de la Frise, dans le Bulletin denumism., t. V, 1885-86, p. 20. — J. Dirks. Monnaies anciennes trouvées en Frise, àa.ns\a. Revue belge de numismatique, 1858, p. 8. — J. Dirks, Trésor de Wieuwerd, dans le mêmp recueil, 1867, p. 149. — J. Dirks, La trouvaille de Dronrijp en Frise, dans le même recueil, 1887, p. 91.
Les Frisons formaient une nation indépendante, sans grande unité politique, gouvernée par des chefs auxquels les anciens auteurs donnent tantôt le titre de duc, tantôt le titre de roi. Les premières monnaies dont ils se servirent furent, comme chez tous les Barbares, des monnaies romaines, et l'on trouve fréquemment dans le pays jusqu'à des deniers de la République. A l'époque où commence le Moyen-âge, l'or du Bas- Empire formait la base de la circulation monétaire en Frise. Plus tard, le marché fut principalement alimenté par les triens mérovingiens et les sceattas anglo-saxons. Il ne se passe pour ainsi dire pas d'année sans que le nivellement d'un de ces tertres artificiels appelés terpen, sur lesquels les Frisons d'autrefois bâtissaient leurs habitations pour les soustraire aux inondations périodiques de la mer du Nord, n'amène l'exhumation d'un trésor; grâce à ces découvertes successives dont M. J. Dirks, président de la Société archéologique de Leeuwarden, a dressé l'inventaire avec une louable persévérance, nous sommes renseignés d'une manière à peu près complète sur le numéraire en usage en Frise du vi^ au viii*^ siècle.
On peut affirmer, sans crainte de verser dans l'erreur, que la fabrication d'une monnaie nationale fut toujours très limitée chez les Frisons. A part une tentative de monnayage autonome sur laquelle nous nous étendrons tout à l'heure, les émissions se bornèrent toujours à des contrefaçons serviles d'espèces étrangères.
La pièce la plus ancienne dont l'attribution puisse être faite à la
Frise est un tiers de sou d'or au nom de l'empereur Anastase I"
(491-518) sur lequel la légende de Tavers, DN ANA2TA2IV2 FRI2. semble intentionnellement tronquée pour se terminer par une Fig. 338. abréviation de l'ethnique. Cette curieuse mon-
naie, conservée au Cabinet des médailles de Berlin, est d'un assez bon style et, si la Frise est réellement son pays d'origine, il faut admettre, hypothèse d'ailleurs fort plausible, qu'un artiste bourguignon ou franc en a gravé les coins (fig. 338).
Nous ignorons où le triens, au nom d'Anastase, a été trouvé et l'absence de ce renseignement est très regrettable. C'est, en effet, en se basant sur leur provenance exclusive et constante qu'on peut classer aux Frisons une série d'imitations des triens de Justin, dont nous re-
Fig- 339
Fig. 340
Fig. 341
produisons ici trois spécimens (fig. 339 à 341). Le caractère- commun de ces pièces, œuvres incontestables d'artistes barbares, est la présence, non seulement dans le champ, mais encore dans les pseudo-légendes, du signe dit boucle perdue, que nous avons rencontré sur des mérovingiennes de Bourgogne et d'Austrasie. Il est évident qu'une de ces dernières monnaies, et non un original romain, a servi de modèle aux graveurs frisons.
L'histoire poHtique de la Frise est complètement inconnue; aucun auteur ancien n'a recueilli la liste de ses rois ou de ses chefs. La numismatique vient partiellement remplir cette regrettable lacune. Vers la fin du vi*^ siècle, un chef appelé Audulfus, qui régnait selon toute apparence sur la partie méridionale de la Frise, désireux de doter son pays d'un monnayage autonome, fit appel à des artistes francs et frappa des tiers de sou dont un seul exemplaire est parvenu jusqu'à nous. Voici la description de ce précieux monument publié pour la première fois par Duchalais et que B. Fillon, suivi par quelques autres numismatistes, a voulu, à tort selon nous, enlever à la Frisée A l'avers, la légende AV- DVLFVS FRISIA entoure un buste diadème, tourné à droite, les épaules
I. D'après Fillon, le triens serait frappé à Frise (Somme) et Audulfus serait un simple monétaire mér'ovingien. Voyez l'exposé de cette opinion dans les Etudes numismatiqucs, Paris, 1856, in-8, p. 27.