CHAPITRE PREMIER
LES PREMIERS CAROLINGIENS
Sources : Le Blanc, Traité historique des monnaies de France, depuis le commencement de la monarchie. 1690, in-4. — Guérard, Du système monétaire des Francs sous les deux premières races, dans la. Revue numism. 1837, p. 406 et suiv. — Fougères et Combrouse, Description complète et raisonnée des monnaies de la deuxième race royale de France. Paris, 1837-42, in-4. — A. de Longpérier, Notice des momtaies de France composant la collection de M: J. Rousseau. Paris, 1848, in-8. — A. de Longpérier, Cent deniers de Pépin, de Carloman et de Charlemogne, découverts près d'imphy en Nivernais, dans la Revue numism. 1858, p. 202 et suiv. — De Coster, Restitution de quelques monnaies à Charlemagne, dans la Rev. de la numism. belge. 1852, p. 369 et suiv. — De Coster, Renseignements pour servir à la numismatique de la seconde race, dans la Rev. de la numism. belge. 1853, p. 357 et suiv. — De Coster, Nouvelles considérations sur des monnaies restituées à Charlemagne, dans la Rev. de la numism. belge. 1855, p. I et suiv. — De Coster, Explications faisant suite aux précédentes notices sur Vattribulion à Charlemagne de quelques types monétaires, dans la Rev. de la numism. belge. 1857, p. 30 et suiv. — De Coster, Considérations à propos de quelques deniers inédits de Pépin le Bref et de Charlemagne, dans la Rev. de la numism. belge. 1859, p. 210 et ^uiv. — Cartier, Des monnaies de Charlemagne et particulièrement de celles qui portent son monogramme, dans la Rev. numism. 1853, p. 348 et suiv. — G. de Ponton d'Amécourt, Recherches sur l'origine et la filiation des types des premières monnaies carlovingiennes, dans V Annuaire de la Soc. franc, de numism., t. III, 1869, p. 306 et suiv. — A. de Barthélémy, Les monnaies de Charlemagne. Eclaircissement II, dans Charlemagne, par A. Vétault. Tours, 1877, gr. in-8. — P.-Ch. Robert, Numismatique de la province de Languedoc, lll. Période carolingienne. Toulouse, 1880, in-4. — Gariel, Les monnaies royales de France sous la race carolingienne. Strasbourg, 2 vol. 1883- 85, in-4. — L. Blancard, La pile de Charlemagne. Etude sur l'origine et les poids des deniers neufs et de la livre de Charlemagne, dans V Annuaire de la Soc. franc, de numism.,
§ L — Pépin h Bref (752-768).
Nous avons vu à la p. 169, de ce livre, comment, dans les derniers temps mérovingiens, l'argent rentra peu à peu en faveur dans la circulation monétaire de la France. Le signe d*échange se composait, dans la première moitié du viii* siècle, de triens d'or nombreux, mais dont
rémission se ralentissait de jour en jour, et de denarii d'argent, dont la fabrication prenait une extension sans cesse plus grande.
La coexistence de deux étalons monétaires, au rapport toujours variable et soumis à toutes les fluctuations du marché métallique, était, pour le négoce, une source concinuelle de confusions, de malentendus et de fraudes. Pépin se montra excellent administrateur en arrêtant complètement, dès le début de son règne, le monnayage de l'or déprécié par les altérations que les monetarii lui faisaient subir, et en bornant ses émissions à l'argent seul.
M. A. de Barthélémy a exposé de la manière la plus claire la révolution économique qui marque l'avènement des Carolingiens et qu'une évolution lente avait préparée. « Lorsque Pépin fut proclamé roi, dit « ce savant, il prit officiellement deux mesures que dès Charles Martel « on avait commencé à établir. Il abolit la monnaie d'or pour la remet placer par la monnaie d'argent; ensuite il supprima le monopole de « la corporation des monnayers, véritables industriels qui faisaient de « la monnaie une marchandise exploitée à leur profit. » La signature de la monnaie redevint, avec Pépin, ce qu'elle était à Rome, un des attributs essentiels de la puissance souveraine ; et, en même temps, la fabrication du signe d'échange se centralisa dans quelques grandes villes, quelques chefs-lieux de pagi, de rares églises et un nombre limité de monastères importants.
Il semble qu'aucun changement n'eut lieu dans la taille des espèces au commencement du règne de Pépin. Ses premiers deniers ont encore le flan épais des saigas taillées à 25 sous à la livre; le poids moyen, ou, pour mieux dire, théorique, peut être fixé à i gr. 08.
Le II juillet 755, Pépin réunit un concile à son palais de Vernonsur-Seine ; la taille des monnaies y fut modifiée, ainsi que le constate le canon 27 du capitulaire que le roi des Francs promulgua : De moneîa constituimus . . , , ut amplius non haheat in libra pensante nisi viginti duo solidos, et de ipsis viginti duohus solidis monetarius habeat soîidum unum, et illos alios domino cujus sunt reddat. Cette taille nouvelle, à 22 sous, fournit des deniers pesant, selon les calculs de M. de Barthélémy, I gr.'28 environ.
En même temps que le poids s'accroît, le flan monétaire s'élargit et s'amincit ; le denier prend, en un mot, l'aspect général qu'il conservera pendant toute la durée du moyen âge. Suivant une remarque sagace de M. P.-Ch. Robert, l'élargissement et l'amincissement des flans ne sont pas un perfectionnement imaginé de toutes pièces par les monnayeurs de Pépin, mais le résultat plutôt d'une heureuse influence arabe.
LES PREMIERS CAROLINGIENS
Sous le rapport du type, les monnaies pipiniennes sont d*une réelle rudesse. Le dispositif, d'une uniformité manifeste dans tout le royaume, montre la centralisation dont nous parlions tout à .'heure. D'un côté,
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les deniers de Pépin portent, à une seule exception près, les initiales RP, ux Pipinus ou RF, rex Francorum, placées dans le champ qu'elles
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occupent tout entier. Sur l'autre face, les pièces ont généralement une légende en une ou deux Hgnes horizontales, quelquefois une légende circulairement disposée autour d'une rosace, quelquefois encore une initiale ou un monogramme, plus souvent enfin la reproduction d'un type local en usage sous les Mérovingiens. C'est ainsi qu'à Poitiers, dans l'abbaye de Sainte-Croix, les monnaies de Pépin perpétuent l'image de la croix potencée et à pied fiché; qu'à Chartres on retrouve la représentation de saint Chéron debout, qu'à Maestricht les coins con-
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servent le quatrefeuille qui auparavant y marquait les saïgas, qu'à Paris, qu'à Tours on recourt à des dispositifs créés sous la première race.
Les légendes des monnaies de Pépin disent le nom et le titre royaux. Le nom n'est indiqué que par l'initiale, sauf dans le nord de l'Austrasie, à Duurstede, où l'on trouve nPIPI, et à Tours où se Ht PIPI REX. Un denier unique dans la série carolingienne, et dont la légende du revers ELI-MOSI-NA nous enseigne la destination spéciale, porte à l'avers DOM-PIPI; cette pièce est la seule donnant au roi des Francs le titre de dominus.
Après la mention royale, les indications les plus fréquentes sur les monnaies de Pépin sont les noms d'ateliers -monétaires, exprimés souvent en abrégé, mais aussi en toutes lettres. Dans ce cas, ces noms
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sont déclinés, à Taccusatif pluriel ou à Tablatif lorsqu'ils sont ceux d'une ville, au génitif et rarement au nominatif lorsqu'il s'agit de monastères désignés par le nom du saint patron. Par exemple : Tricas, Camhraco, Nuessio, Sci Cirici, Sci Martini, Sci Pétri, Ses Ao, Sca Maria. A. de Longpérier a reconnu sur les deniers de Pépin trois noms d'hommes indubitables : Gaddo, Had... et Milo. Ces noms sont écrits au nominatif, comme le nom royal.
Nous donnons ci-après le tableau général et complet du monnayage de Pépin; nous procéderons d'une manière analogue pour ses successeurs.
1° Monnaie spéciale pour les aumônes royales.
Avers: DOM-PIPI en deux lignes soulignées chacune d'une barre horizontale; au-dessous, trois points. Revers : ELI-MOSI-NA en trois lignes séparées par deux barres horizontales (fig. 359).
20 Monnaies sans nom d'atelier, ni de second personnage.
Il existe quelques deniers portant d'un côté RP et de l'autre RF ; leur fabrication les place au centre de la France. Sur d'autres pièces d'origine septentrionale, on lit à l'avers TTPIPI et au revers RF.
30 Monnaies avec indication locale.
Ces monnaies sont les plus nombreuses. Nous les classerons par
ordre alphabétique d'atelier monétaire et n'indiquerons que le type du
revers.
Angers. Monogramme pour Andccavi (fig. 361).
Antrain. ANT-TRA-NO en trois lignes séparées par deux traits horizontaux. La légende est fréquemment altérée.