‹ Traité de numismatique du moyen âgeChapitre 132 sur 206 · I. — LES PREMIERS CAROLINGIENS lit · texte numérisé non relu

I. — LES PREMIERS CAROLINGIENS lit

« le souverain centralisait dans ses mains l'administration monétaire, « et enlevait à la corporation des monnayers son autorité et son mo- « nopole, quelques-uns de ces fonctionnaires d'ordre inférieur aient « encore osé signer des deniers. A la rigueur, cela aurait pu avoir lieu « dans les premières années de Pépin, mais sous Charlemagne, il ne « devait plus en être question. »

M. de Barthélémy préfère voir dans ces noms ceux de quelques grands personnages que leurs hautes fonctions faisaient les lieutenants du roi. Dès lors, il est naturellement amené à songer aux comtes des Marches, gouverneurs des confins militaires et véritables vice-rois de territoires qui formaient une ceinture de défense autour du royaume franc. Les noms relevés sur les monnaies viennent confirmer d'une manière éclatante le système de M. de Barthélémy. Sur les sept noms que Fig. 388

nous avons énumérés plus haut, trois appartiennent à des personnages connus dans l'histoire pour avoir occupé du temps de Charlemagne une situation vraiment exceptionnelle.

Rodlandus, le paladin Roland, devenu si célèbre par les romans de chevalerie, était, au dire d'Eginhard, préfet des marches de Bretagne : Hruodhndus Britannici limitis praefectus. Roland fut tué à la bataille de Roncevaux en 778.

Le comte Milon est cité à Narbonne en 782, comme fondateur de l'abbaye de Cannes. Il était vraisemblablement chargé de défendre, dès le règne de Pépin, la frontière du royaume du côté des Wisigoths.

De Longpérier lui-même, en pubHant le denier ôiOdalricus, n'a pu s'empêcher de faire remarquer l'existence d'un beau-frère de Charlemagne appelé de ce nom. Cet Odalric, frère de l'impératrice Hildegarde, avait été, au dire du moine de Saint-Gall, comblé de dignités tant dans la partie orientale que dans l'ouest du royaume.

Les noms d'hommes disparaissent des monnaies de Charlemagne avec la fin de la première partie de son règne. La campagne d'Italie, les honneurs reçus à Rome par le roi des Francs devaient, en flattant son orgueil, le disposer davantage à l'absolutisme et à la centraHsation; pendant toute la deuxième période de l'histoire monétaire de Charlemagne, son nom seul occupera les espèces.

CAMPAGNE d'iTALIE.

C'est au début de l'année 774 que l'armée de Charlemagne, divisée en deux corps, passa les Alpes et alla assiéger Didier, roi des Lombards,

Di:uxii:.MK PARTii:

dans Pavie, et son fils Adalgise, dans Vérone. Tandis que le siège de Povie traînait en longueur, Charlemagne se rendit dans la Ville Éternelle pour y passer la semaine pascale; le sénat et le peuple lui conférèrent le titre de palricc, qui lui permit d'exercer à Rome le pouvoir souverain.

La chute de Pavie marqua la fm du royaume lombard; mais le roi des Francs conserva au pays son autonomie, se contentant d'ajouter à ses titres de Rcx Franconim et de Palriciiis Roniaiionhu, celui de Rcx Langobardorum (mai-juin 774). De tous les ducs lombards un seul, Arigis, duc de Bénévent, refusa de reconnaître Charlemagne.

Des son entrée en ItaHe, Charles installa dans les principales villes qui tombèrent en son pouvoir des ateliers monétaires où Ton monnaya d'après le système carolingien, et en se coniormant aux types en faveur en deçà des monts. Les coins furent gravés toutefois par des artistes indigènes : les grandes lettres du champ ont une forme spéciale que seules nous donnent en France les monnaies de quelques rares villes du Midi. L'aspect de ces lettres est plus gracieux, plus grêle que sur les deniers de France et, particularité caractéristique, les extrémités des jambages sont fréquemment bifurques.

Fig. 589

lig. 390.

Les premiers deniers Irappés dans les cités italiennes ont au revers les rrandes siizles RF; l'indication de l'atelier se borne aune ou plusieurs lettres placées dans le champ. On a reconnu ainsi les indices de Florence (P), de Parme (PARr.l), de Mantoue (CE, Q'iionicniiii), de Trévise (T), de Venise (v) et peut-être de Milan (lig. 309).

A ce monnayage dont la trouvaille faite à Sarzana^ a révélé presque tous les spécimens aujourd liiil connus, succéda de très bonne heure l'émission de deniers ])ortanL au revers, non plus le titre de Rrx Franconmi, ni:iis le seul nom de râtelier jnonétaire. On a relevé jusqu'à ce jour six localités possédant des monnaies de cette série : l'Ion'iicc. rL0-REi'4T en deuxli;;nes.

I. CI. A. lie Lon;'.pcrlcr, Dniurs iL- Chiirhiitiiyiti Ituui'cs à Siuzaïui, dans la AVis }iiiiiii:>iiiiiliipii', I060, p. 3 1)-

LES PREMIERS CAROLINGIENS

Lucques. LVCA en une ligne. — Les lettres L-V-C-A placées dans les cantons d'une croix pointillée. Ce denier est d'une gravure extraordinairement fine. Parma. PAR-MA en deux lignes. — Les lettres P-A-R-M placées dans

les cantons d'une croix (fig. 390).

Rome. Les lettres R-O-M-A placées dans les cantons d'une croix comme sur les deniers de Lucques et de Parme. A l'avers, le nom de Charles est écrit K/R; au-dessous un F couché (fig. 380). Ce denier a été attribué à Worms, mais cette attribution ne résiste pas à l'examen. Sienne. SEN en une ligne.

Trévise. + TARVISIVS en légende circulaire autour d'une croisette placée dans un grènetis. — Monogramme carolingien de grande dimension occupant tout le champ. Revers: + TARVISO en légende circulaire autour d'un globule placé dans un grènetis. Ce denier est le plus ancien sur lequel se montre le monogramme carolingien complet.

A Lucques, on continua jusqu'en 797 à fi*apper des tiers de sou d'or dans le système lombard ; la date de l'adoption définitive de la législation monétaire firanque a été établie dans un remarquable mémoire consacré à la numismatique lucquoise par M. D.

Massagli. Les trientes battus par Charlemagne ont un type absolu m.ent lombard ; le plus ancien est la copie servile d'une pièce de Didier; à l'avers, Charlemagne y est représenté de face à mi-corps entouré de DN CARLVS REX; le revers porte-f FL*AVIA*LVC*A en légende circulaire autour d'une étoile à douze rais. Sur des pièces d'une émission subséquente le buste du roi des Francs est remplacé par une croix potencée à branches égales.

La promotion de Charles au rang de patrice des Romains donna lieu à la frappe d'un denier qui constitue un monument exceptionnel dans la série monétaire du règne; car il a servi de prototype à la plupart des pièces frappées pendant la seconde période. Au droit on y lit le nom et le premier titre du roi: + CARLVS REX FR autour du monogramme carolingien placé dans un grènetis. Le revers continue l'énumération des titres + ET LANG AC PAT ROM ; le centre du champ est occupé par un monogramme sur l'interprétation duquel les opinions sont partagées. On y a vu tour à tour Ravenua, S. Marcus, Roma et les lettres A PACO (Adrianus Papa, Alpha Oméga); les deux premières lectures sont insoutenables : le titre exceptionnel de Patricius Romanorum indique à toute évidence que le denier a été frappé à Rome ; mais nous n'oserions

214 DEUXIliME PARTIE

nous prononcer plutôt en faveur de Roma que de A.P.ACO. Peut-être dans la conception môme du graveur des coins le monogramme était-il à double entente: nous avons déjà cité, d'après de Longpérier, un exemple de jeu d'esprit analogue à propos des deniers de Pépin de Chartres.

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