I. — LES PREMIERS CAROLINGIENS
Ce fut en 814 que Louis I recueillit Théritage de TEmpire de son père. Prince faible, il n'était point fait pour succéder à Charlemagne. Si son règne n'est pas un recul manifeste, c'est une de ces époques d'attente, de stationnement, d'immobilité plus funestes peut-être qu'une réaction franche et catégorique. L'Empire vit du souvenir du grand homme qui n'est plus, mais rien de nouveau, rien d'original ne se montre. La numismatique, en bon miroir de l'état social, reflète absolument la situation du règne. Pas un seul type inventé n'apparaît, tous sont la continuation de ceux créés par le génie artistique des contemporains de Charlemagne. Les monnaies de Louis le Débonnaire sont en général d'une exécution propre et soignée, mais il n'y a plus chez les graveurs des. coins cette largeur de burin, cette sincérité de taille de celui qui crée.
Au point de vue des combinaisons de l'empreinte, on distingue neuf catégories dans les monnaies d'argent de Louis I, mais on peut les ranger, pour ne pas multiplier les divisions, en trois groupes nettement déterminés :
1° Les monnaies à tête impériale;
2° Les monnaies dont le type général est d'un côté une croix pattée et de l'autre une légende disposée en une, deux ou trois lignes.
3° Les monnaies au temple.
Il est difiîcile de dire si ce classement par type a une importance quelconque au point de vue chronologique. Les textes, peu nombreux, qui nous ont été conservés, du règne de Louis I ne renferment aucun passage de nature à guider le numismatiste. Nous supposons toutefois, — mais ceci est une simple hypothèse, — que les monnaies à tête sont les premières émises, puisqu'elles continuent le type qu'employait Charlemagne au moment de sa mort. Nous pensons en outre que les pièces au temple et à la légende chrétienne, frappées dans un but de propagande religieuse, furent destinées spécialement aux transactions avec les peuples payens tels que les Wendes, les Frisons et les Saxons restés fidèles au culte de leurs pères, malgré la conversion apparente et obligatoire de quelques-uns d'entre eux. En effet, les trouvailles faites en France se composent généralement des monnaies que nous avons rangées sous notre deuxième groupe ; en Frise, au contraire, les deniers au temple abondent et forment parfois le seul contingent d'un trésor; il est à remarquer encore, à l'appui de la supposition que nous faisons ici, que l'empreinte du temple a été, bien plus que toute autre, l'objet d'imitations de la part de peuples situés hors de l'action directe du gouvernement carolingien.
Nous donnerons ici, pour Louis I comme pour les autres rois caro- I. 15
lingiens, un tableau du monnayage. Dans un travail comme le nôtre, il s'agit surtout de viser aux exposés pratiques.
Premier groupe : Monnaies à tête.
V^ Variété. — Au droit, les pièces portent la tête laurée du souverain et, en légende, son nom avec le titre impérial, HLVDOVVICVS IMP, parfois accompagné du qualificatif d'auguste AVG. Le revers présente une porte de ville analogue à celle que nous avons rencontrée sur les monnaies de Charlemagne; la légende nous donne un nom d'atelier.
On possède de ce type des deniers des sept villes suivantes : Arles, ARELATVM; Orléans, AVRELIANIS; Pavie, PAPIA; Sens, SENONES; Strasbourg, STRAZBVRG; Toulouse, TOLVSA et Tours, TVRONES. Toulouse est jusqu'à ce jour le seul atelier dont on ait retrouvé des oholes,
2^ Variété. — Au droit, nous retrouvons la tête laurée; au revers figure un temple tétrastyle. Sur le plus grand nombre d'exemplaires connus, la légende XPISTIANA RELIGIO remplace autour du temple toute indication locale. Nous avons cependant à mentionner des deniers de Milan, MEDIOLANVM. et de Sens.
Fig. 402 Fig. 403
3* Variété. — Cette variété est particulière à une seule fabrication : deniers et oboles. A l'avers, la tête laurée; au revers, des instruments de monnayage, deux coins et deux marteaux entourés du mot METALLVM.
4* Variété. — Cette variété est spéciale aux ateliers de Duurstede, DORESTATVS. et de Quentovic, QVENTOVVICVS. Au droit, une tête laurée et au revers, un navire avec mât et cordages.
5*^ Variété. — Toujours la tête laurée sur l'une des faces de la monnaie. L'indication locale est gravée dans le champ du revers en lignes horizontales. Nous ne connaissons de cette catégorie qu'un denier de Toulouse : TOLVSA, et une obole indéterminée portant VISTA-rEDCH.
Groupe intennédiaire.
6* Variété. — Oboles portant une croix du côté du nom impérial et des instruments de monnayage avec METALLVM, sur l'autre face.