‹ Traité de numismatique du moyen âgeChapitre 139 sur 206 · I. — LES PREMIERS CAROLINGIENS · texte numérisé non relu

I. — LES PREMIERS CAROLINGIENS

« languissante et sans progresser pendant trente-deur ans (768-800) « pour arriver subitement à un état de perfection si élevé. »

La nécessité d'un monnayage intermédiaire, d'une transition artistique est évidente. Or, c'est ici que se viennent placer les pièces au monogramme dont quelques-unes ont conservé des traces de rudesse très apparentes. Jusqu'en 1848 aucun doute ne s'était, du reste, élevé sur l'attribution à Charlemagne des deniers au monogramme accompagné de la légende CARLVS REX FR. Le Blanc, Lelewel, tous les auteurs qui avaient écrit sur la numismatique étaient d'accord sur ce point. « M. de Longpérier, dans sa Notice sur les monnaies françaises « composant la collection Rousseau, s'éleva contre l'opinion reçue. Com- « battu par M. de CosteretM. Cartier, il fut soutenu par M.- B. Fillon; « la querelle prit des- proportions aiguës que ne semblait pas devoir « comporter le débat. Enfin M. B. Fillon s'étant rallié à l'opinion gé- « nérale, M. de Longpérier resta seul. »

Dans cette grande discussion du monogramme, vidée aujourd'hui, on perdit de vue deux points très importants soulevés par de Coster : l'attribution à Charlemagne des deniers avec CARLVS REX et le nom d'atelier en deux lignes, et des deniers au temple ou à la porte de ville. Gariel ne mentionne même pas dans son livre l'opinion de son expert devancier. C'est ici que nous aurons surtout à exposer des preuves, preuves qui se sont, depuis la mort de de Coster, renforcées d'arguments nouveaux :

A. — Les trouvailles de Wyk-by-Duurstede. La ville de Duurstede, Dorestatum, fut complètement détruite en 837; les Normands la brûlèrent et on retrouve aujourd'hui à un mètre sous le sol du village de Wyk la couche de ruines qui seule témoigne de son ancienne splendeur. Des fouilles pratiquées à Wyk depuis 1837 amenèrent la découverte d'un grand nombre de monnaies de la seconde race, répandues au miheu de charbons et de cendres, de débris de poteries, d'ustensiles de ménage. Les plus récentes de ces monnaies appartiennent à Louis le Débonnaire et à Lothaire I qui, ayons hâte de le dire, fut associé à l'empire dès 817 : jamais on na trouvé à Wyk-by-Duursîede un Charles le Chauve avec la légende GRATIA D-l REX. Par contre, on y a recueilli un denier de Paris avec CARLVS REX et PARI-SU en deux lignes et des pièces au temple ou à la porte de ville de Reims, Orléans, Sens, Saint-Martin-de-Tours, etc. Donc ces pièces sont de Charlemagne.

B. — Trouvaille de La Haye. Cette trouvaille a été décrite par Gariel. Elle se composait des pièces suivantes :

Deniers au temple de Charles (Reims et xpistiana religio). Denier à tête de Charles, empereur (Lyon).

224 DHUXIl-ME PARTIE

Nombre considérable de deniers de Louis le Débonnaire, 814-840 (Duurstede, Mayence, Strasbourg et xpistiana religio). Denier de Pépin I d'Aquitaine, 817-858.

Ce trésor avait ctc réuni par un habitant du pays où il a été enfoui et non par un étranger nouvellement arrivé dans ce pays; la présence des Louis le Débonnaire qui appartiennent tous à la Germanie le prouve. Si les deniers au nom de Charles sont de Charles le Chauve (S40-877), l'enfouissement a dû s'être £iit apr-'^s 875, puisque la pièce de Lyon est de KAROLVS IMP AVG. Or, dans cette hypothèse, le trésor enfoui en plein territoire de Lothaire I renfermerait des pièces de ce prince qui monnaya activement à Duurstede pendant son association à l'empire et régna jusqu'en 855. L'absence de monnaies de Lothaire et la présence du grand nombre de monnaies de Louis I prouvent que l'en fou issemcnt a eu lieu du vivant de celui-ci. Donc les monnaies au nom de Charles ne peuvent être que de Charlemagne.

C. — Trouvaille fdilc dans l'Indre, publiée par Gariel. Elle comprenait 24 pièces dont 22 de Louis le Débonnaire (814-840), i de Pépin I d'Aquitaine (817-838) et i de Charles au type du temple.

Ce trésor a été confié à la terre au moment oîi les espèces de Louis le Débonnaire étaient en plein cours, c'est-à-dire de son vivant. Donc le Cliarles au temple appartient à Charlemagne.

Les trouvailles de Ballon, de Neuvi-au-Houlme et de Brioux sont de composition analogue à celle que nous venons de rappeler.

Voilà ce que Topinion de de Coster, adoptée par nous, peut revendiquer aujourd'hui comme preuves positives. Comme preuve négative, il sulllt d'examiner les trésors dont la masse se compose de Charles le Chauve indubitables, c'est-à-dire de deniers avec GRATIA Dl REX. Pas un seul de ces trésors ne renferme un denier :wcc CAROLVS REX FR et le temple, ou un denier :\\cc CAROLVS REX etle nom de l'ateHer en deux lignes !

En résumé, Charlemagne fut le créateur de tous les types monétaires carolingiens et, au point de vue numismatique, comme à tous les autres, ce prince résume en lui tout l'esprit de la seconde race.

C r.\ — Louis I Je Débonnaire (814-840).

Louis I, né en 778, fut sacré roi d'Aquitaine en 781. Nous décrirons dans le chapitre suivant les monnaies qui rappellent son règne dans ce pays, monnaies Irappées plutôt ad ponipani vel ostcntatîoncm qu'à titre de numéraire régulier.

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